Coucou tout le monde! :D j'espère que vous allez bien et que vos vacances commencent bien :3 (si vous en avez :O Pas comme moi DX) Voici enfin ce nouveau chapitre :D J'espère qu'il vous plaira ;)

Angeline: Merci beaucoup! :D J'espère que ce chapitre-ci te plaira aussi ^^ Oh que oui! Le pauvre, il ne sait pas ce qui l'attend :O Hé oui! Lui qui fait son dur et qui fait genre qu'il ne supporte pas les enfants, on dirait qu'il les apprécie plus qu'il ne le laisse entendre ;3 Encore merci pour ta review et à bientôt :D

Elyone: Salut! :D Haha merci beaucoup! Je suis très heureuse qu'il t'ait plu et que Liam te plaise toujours autant :D Héhé, surprise ;D Oui, je faisais pareil aussi! Je trouve que ce couple aurait vraiment beaucoup de charme *^* J'espère que ce que je prépare te plaira ^^ (oui moi aussi je suis frustrée qu'on n'en sache pas plus sur leur lien :o) Pauvre Kardia, c'est vraiment un manque de bol quand même! D: Normalement ça devrait être dans deux ou trois chapitres (si tout va comme je l'espère ^^) ;) GoT: Oh làlà tellement *^* Ca c'est un homme *^* Je serais venue avec toi :'O (j'ai éclaté en sanglots devant toute ma famille XD) Oh oui ils sont adorables! :D Haha ne t'en fais pas, ta review me fait énormément plaisir :D (je n'ai d'ailleurs rien contre les longs messages *^*) Haha il n'y a aucun souci voyons XD (c'est trop gentil :D) Mes examens se sont très bien passé, merci :D (je les ai tous réussis *^*) J'espère que les tiens se sont bien passés aussi ;) Encore merci pour ta review et tes encouragements, ça me fait énormément plaisir :D A très bientôt! :3 (PS: Ouh! J'accepte avec joie! (rooooh les trois en même temps, le pied! Quel luxe! OuO) merci bien! XD Ton petit dialogue m'a bien fait rire XD)

GriniAngel: Merci beaucoup! :D (bien sûr! C'est très gentil de ta part en plus :D) Plein de bonheur, de joie, de santé et tout et tout à toi aussi :D Il n'y a aucun souci voyons, c'est déjà super gentil d'avoir pris le temps de laisser une review malgré ton emploi du temps chargé :D Je ne t'en veux bien sûr pas XD je suis contente que son intro t'ait plu :D (oui je trouve aussi XD) J'espère que ma vision de Grenat (Garnet? je ne sais plus DX) te plaira aussi ;)
Il ne se rend pas compte le pauvre XD (contente qu'il te plaise :D Comme c'est un de mes OC, j'avais un peu peur qu'il ne soit pas apprécié mais je suis contente de voir qu'en rajoutant un peu de mystère, ça passe :D) (J'accepterais aussi *^*) Haha avec plaisir: je me suis inspirée de Harada Sanosuke dans "Hakuouki" (ce personnage est à tomber *^*) Je suis désolée, j'étais sûre que le l'avais dit DX Haha j'adore l'expression XD Je suis très contente que leur relation te plaise! Je voulais essayer de montrer leur lien tel qu'il apparait dans les mangas et je suis heureuse de voir que ça passe :D Tu vas voir, Sasha est plus accrochée qu'elle n'en a l'air ;D Le pauvre, il est tellement concentré sur sa mission (espérons que Kardia ne lui en tiendra pas rigueur D:) Haha ne t'en fais pas, j'adore les longs messages, c'est motivant :3 Merci à toi et à bientôt :D (PS: je les ai tous réussis, merci beaucoup :D J'espère que les tiens se cont bien passés aussi ;) moh c'est gentil :D)
(PS2: Haha c'est plus fort que moi XD Ca me rend tellement heureuse de voir que mes fics vous plaisent :3 Compte sur moi pour continuer ;D Merci beaucoup pour ton soutien, ça me fait chaud au coeur *^*)

Avant de vous laisser continuer, la honte sur moi, je me suis trompée dans le chapitre précédent en appelant Mme Garnet ainsi... Apparemment c'est Grenat (ce qui a plus de sens) :O J'espère que vous me pardonnerez cette erreur D:

Sur ce, bonne lecture à tous! :D


La voix de Mme Grenat s'éteignit en un ultime vibrato d'une pureté et d'une précision rare, puis ce fut le silence. Un silence rempli d'émotion et d'adoration de la part des spectateurs, presque tous tombés à genoux, les visages trempés de larmes incontrôlables.

Puis, ils se relevèrent et se mirent à applaudir, si fort que Dégel sursauta presque tant ce bruit contrastait avec le silence qui l'avait précédé. Se secouant mentalement, le Verseau fit un pas difficile en arrière, haletant, le coeur battant:

-Bon sang, qu'est-ce qui s'est passé?

Quand Mme Grenat s'était mise à chanter, ça avait été comme si tout avait disparu autour de lui. Comme s'il se retrouvait soudain seul au milieu de nulle part, guidé uniquement par la voix si magnifique de cette femme.

Et son coeur s'était serré dans sa poitrine lorsque le visage de Mme Grenat avait été remplacé par celui d'une jeune femme plus maigre, aux yeux bruns remplis de douceur et aux longs cheveux verts… Il avait écarquillé les yeux, tenté de tendre la main, d'appeler cette femme qui chantait avec tant de douceur et d'amour…

Mère?!

Dégel secoua la tête, honteux d'avoir manqué de se laisser emporter par des émotions si fortes qu'il avait manqué de laisser couler une larme.

Il ne parvenait pas à comprendre comment la simple voix de cette femme avait pu arrêter tous ses mouvements, focaliser toutes ses pensées sur elle,… Et puis, comment sa voix, ce simple chant, avait-il pu faire ressurgir le souvenir de sa mère dans sa mémoire?! Comment était-ce possible?!

Il frissonna légèrement et se retourna vers Séraphina, restée assise à l'arrière de la salle. La jeune femme avait le visage figé, comme hésitant entre grave et charmé, suspicieux, les yeux fixés sur Mme Grenat qui saluait humblement. Mais Dégel savait que quelque chose n'allait pas.

Il n'avait jamais vu Séraphina avec un tel air (hormis lorsqu'elle traitait d'affaires politiques) mais surtout,… L'émotion semblait avoir été si forte qu'elle en avait laissé tomber son verre, et ses yeux brillaient, comme si elle retenait difficilement ses larmes.

Un frisson glacé remonta le long de la colonne vertébrale du Verseau: il n'avait jamais vu Séraphina dans un état de telle émotion auparavant. Même lors de la mort de sa mère, elle avait eu l'air plus sereine, ne montrant jamais ouvertement son chagrin, se forçant à sourire et à rester digne pour le bien de son cadet.

Dégel déglutit difficilement: Séraphina avait-elle vu le même genre de chose que lui? Un souvenir de sa mère défunte? Plus touchant encore?

Se tournant de nouveau vers leur hôte, le Verseau fronça légèrement les sourcils. Il en avait désormais la certitude: cette femme (ou du moins sa voix) possédait une espèce de pouvoir, une sorte de magie ancienne, plus perfide qu'un cosmos mais pourtant relativement semblable… Se pouvait-il qu'elle soit…

-Mes chers amis,…

Dégel leva les yeux vers Mme Grenat. Ses superbes cheveux noirs tombant en boucles épaisses sur ses épaules dénudées, ses lèvres maquillées de rouge, couleur de sa longue et luxueuse robe, ses yeux aussi sombres que la nuit et pourtant si envoûtants,… Oui, cette femme était clairement très belle…
Mais sa beauté semblait dissimuler quelque chose d'étrangement dangereux… Comme une superbe rose dont les énormes ronces seraient dissimulées par de larges pétales.

-Je suis heureuse de vous voir tous réunis en ce jour pour mon anniversaire. Votre présence me touche énormément.

La femme esquissa un doux sourire, offrant un regard à chacun des invités, et lorsque ses yeux plongèrent dans ceux de Dégel, elle sembla s'y arrêter plus longtemps. Juste le temps que le jeune homme comprenne que quelque chose le dérangeait dans le regard de cette dame.
Il y avait quelque chose de légèrement faux dans son sourire, de…

Particulier…

-Je vous en prie, amusez-vous et profitez de cette merveilleuse soirée.

Termina-t-elle en adressant un léger signe de tête à l'orchestre. Le chef baissa légèrement la tête, leva sa baguette et les musiciens entreprirent une valse le plus naturellement du monde. Tous les invités qui étaient tombés à genoux se relevèrent et, une fois leurs larmes séchées, se mirent peu à peu à danser, l'air légèrement surpris et peut-être un peu penauds.

Avisant la petite domestique qu'il avait croisé plus tôt, Dégel se dirigea vers elle, bien décidé à offrir un nouveau verre à sa cavalière. La petite fille blonde cligna des yeux en le reconnaissant:

-Oh, alors? Qu'avez-vous pensé de ma maîtresse?

Dégel cligna vaguement des yeux:

-Oh… He bien… Je ne sais pas vraiment quoi dire.

La fillette rejeta une tresse derrière son épaule, l'air un peu plus froide et distante qu'au début de la soirée (sans doute imaginait-elle qu'il était un simple noble qui essayait de se faire une place dans la bonne société):

-C'est souvent le cas: elle a vraiment une voix merveilleuse.

-En effet.

Dégel se saisit délicatement d'un verre et retourna auprès de Séraphina, l'air préoccupé. Lui tendant le verre, il souffla:

-Est-ce que ça va?

La jeune femme aux cheveux argentés déglutit difficilement et passa un doigt sur sa tempe:

-Je… Je ne suis pas sûre…

Elle poussa un soupir tremblant en passant une main fébrile sur son visage:

-Je ne me sens pas très bien.

Dégel fronça les sourcils et s'agenouilla près d'elle, prenant sa main entre les siennes. Une main étrangement glacée…

Certes, il n'avait serré la main de la jeune femme qu'une ou deux fois, mais il avait l'impression qu'elle était frigorifiée.

Le visage grave, il se releva et ajusta le col de sa veste:

-Ne bouge pas de là, je vais aller réclamer une calèche: tu rentres.

Séraphina leva la tête et, les yeux écarquillés, protesta en Russe:

-Mais tu as besoin que je…

-J'avais besoin de toi pour entrer à cette réception, pas que tu te rendes malade pour moi.

La jeune femme pâlit légèrement et Dégel se gifla mentalement. Flute! Emporté par son inquiétude et sa difficulté à exprimer, il avait plutôt donné l'impression qu'il était en colère contre elle!
Esquissant un demi sourire, il serra sa main si frêle dans la sienne:

-Il faut que tu te reposes, Séraphina. Je m'en voudrai toute ma vie si tu devais rester ici pour moi alors que tu te sens mal.

Elle sembla hésiter, puis sur le point de parler…

Mais à ce moment-là, une main se posa sur l'épaule de Dégel qui se retourna calmement, le visage fermé… Puis écarquilla légèrement les yeux:

-Mme Grenat?

La jeune femme, car c'était elle, esquissa un sourire charmeur et plissa légèrement les yeux:

-Voudriez-vous m'accorder cette danse, Monsieur?

Dégel cligna des yeux, encore une fois ravi de maitriser parfaitement ses émotions: étrangement… Maintenant qu'il voyait et entendait leur hôte de plus près… Il avait l'impression que sa simple voix (même parlée) était capable d'ensorceler n'importe qui.

Il pouvait presque sentir Séraphina se raidir derrière lui, tous les hommes présents désespérer ou bien se vexer (voire même le jalouser) et le regard de toutes les dames se poser sur lui. Impossible de refuser.

Pas alors que c'était une opportunité rêvée d'approcher la femme qui devait avoir énormément de liens avec la disparition de son maître.

Alors, esquissant un sourire aussi naturel et chaleureux que possible, Dégel prit délicatement la main de Mme Grenat dans la sienne:

-Avec plaisir. Vous m'en voyez honoré, Madame.

La femme sourit et, sans le quitter des yeux, se laissa guider vers la piste de danse. Dégel posa doucement la main sur la hanche de Mme Grenat tandis qu'il soutenait galamment l'autre main, puis, ils se mirent à tourner.

D'abord doucement, comme s'ils prenaient le temps de découvrir le rythme de l'autre, puis, avec plus d'assurance, de fluidité, de légèreté même. Le monde semblait avoir disparu autour d'eux. La seule chose qui comptait était cette étrange lueur dans les yeux si sombres et si envoûtants de Mme Grenat.

Dégel se forçait à esquisser un sourire qui se voulait rassurant: il devait absolument protéger sa couverture. Elle ne devait surtout pas se douter de la raison de sa venue i-…

Mme Grenat lui ôta son masque avec tant de rapidité qu'il ne s'en rendit vraiment compte que lorsqu'il le vit entre ses doigts. Il cligna des yeux et la jeune femme sourit malicieusement:

-Hé bien, hé bien… Vous êtes aussi fascinant et charmant que le disent les rumeurs.

Le jeune homme aux cheveux verts hésita, il y avait quelque chose d'étrange dans le sourire de cette dame,… Quelque chose de… Faux.

Lorsqu'elle glissa une main presque perfide sur son torse et s'arrêta au niveau de son coeur, Dégel se raidit immédiatement (bon sang, il avait intérêt à ce que Kardia n'entende jamais parler de ça!). Mais lorsqu'elle se mit sur la pointe des pieds pour approcher ses lèvres de son oreille, il eut l'impression que son coeur cessait de battre:

-Nous nous rencontrons enfin,… (Son sourire s'agrandit légèrement) Très cher Seigneur Dégel, Chevalier d'Or du Verseau…

Il entrouvrit la bouche, incapable de conserver un air neutre: comment pouvait-elle le savoir?! La seule personne au courant de sa venue était Séraphina et elle n'avait pas pu prévenir leur hôte! Il avait une confiance absolue en elle et il la savait incapable d'une telle trahison!
Mais alors comment?!

Bon, inutile de nier. Il valait mieux aller dans son sens pour essayer de trouver qui ici pouvait être au courant de sa venue et donc, de sa mission.

Il s'empêcha de balbutier:

-Comment connaissez-vous mon nom?

Mme Grenat rit doucement:

-C'est parce qu'il y a ici une personne qui ne cesse de me parler de toi, mon cher…

Alors que Dégel pensait cela impossible, il se raidit encore d'avantage. Qui donc?…

Mme Grenat se lova contre lui, juste assez longtemps pour susurrer:

-Tu voudrais savoir de qui il s'agit, n'est-ce pas? Tu voudrais que je te mène à elle, pas vrai?

Le Verseau déglutit difficilement, tenta de se dégager… Et fronça légèrement sourcils lorsqu'il se rendit compte qu'il ne pouvait tout simplement plus bouger, comme paralysé, voire même hypnotisé par la simple voix de la jeune femme.

Reculant la tête, usant de toute sa volonté pour se dégager ne fut-ce qu'un peu, il souffla:

-Je ne vois pas ce que vous…

-Bien sûr que tu sais… Je parle de Crest, bien évidemment.

Il écarquilla les yeux et il eut l'impression que son coeur manquait un battement: son maître… Son maître était donc bien ici?! Il était retenu ici par cette femme?! Bon sang, il devait à tout prix le secourir! Il devait absolument…

-Et si tu tiens à le rencontrer ce soir, (Elle redressa lentement le bas de sa robe, jusqu'à dévoiler le bas de sa cheville) je pourrais peut-être te faire entrer dans ma boite à bijoux…

Dégel rougit furieusement à cette allusion (parce que c'en était définitivement une, non?!) et se recula:

-De quoi est-ce que vous?!…

Mais un grand bruit les fit tous sursauter violemment et tous cessèrent de danser. Un vague « C'était un coup de feu?! » résonna dans la salle juste avant que les portes de la grande salle ne s'ouvre dans un grand fracas.

Instinctivement, Dégel, enfin libéré de l'emprise de la voix de Mme Grenat, la lâcha et se plaça devant Séraphina. La jeune femme leva des yeux inquiets vers lui:

-Dégel?

-Reste derrière-moi.

Dans l'encadrement de la porte enfoncée, se tenait une silhouette vêtue de noir et armée d'un lourd fusil:

-Quelle soirée magnifique, Grenat! Je vois que tu prends du bon temps!

Dégel fronça les sourcils: une femme? Oui, pas de doute, c'était bien une femme qui avait parlé de la sorte! Une femme au chignon blond et qui portait des vêtements de deuil!

La nouvelle venue fit un pas en avant:

-Je ne te pardonnerai jamais ce que tu nous as fait! (Elle haletait, comme sur le coup d'une émotion trop forte) Dès que j'aurai débarrassé le monde de ta présence, j'irai moi-même rejoindre mon mari dans l'autre monde!

Loin de se laisser impressionner, Mme Grenat haussa les sourcils, l'air à la fois lasse et innocente:

-Madame Fraille, je vous l'ai déjà dit à de multiples reprises: je ne suis en rien responsable de la mort de votre mari. Je ne lui ai jamais demandé de se ruiner pour m'offrir des bijoux et me faire des avances, il s'est précipité dans la tombe de lui-même.

Les épaules de la jeune femme (Mme Fraille donc) furent secouées de tremblements enragés et Dégel jeta un coup d'oeil interrogateur à Séraphina. Cette dernière secoua légèrement la tête, ne semblant pas en savoir plus que lui.

-Il est trop tard à présent, je ne peux plus faire marche arrière…

Souffla la jeune femme blonde, comme si elle se parlait à elle-même, et plusieurs hommes en armes apparurent soudain à ses côtés, parés à faire feu. Dégel écarta les bras, plus par réflexe qu'autre chose: bon. Rester calme à tout prix. D'abord, mettre Séraphina en sécurité. Ensuite, sauver la seule personne qui semblait savoir où se trouvait son maître. Enfin, se débarrasser de ces hommes sans utiliser ses pouvoirs.

Mais comme il faisait un pas en avant, deux choses survinrent en même temps. D'abord, Mme Fraille donna le signal et les hommes armèrent leurs fusils. Puis, une baguette de chef d'orchestre lui barra la route et il écarquilla des yeux surpris:

-Mais que?!

-Restez en retrait.

Dégel haussa les sourcils. Celui qui venait de parler… Et les quatre autres qui le suivaient… Mais c'étaient…

-Des enfants?!

Mme Grenat pouffa légèrement devant l'air déconfit du Verseau:

-Ils font partie de ma garde personnelle.

Comme Dégel lui jetait un regard interdit, elle sourit:

-Ne vous en faites pas: ils sont assez puissants pour défaire les armées de Versailles. Ce ne sont pas quelques petits mercenaires qui risquent des les vaincre. (Elle esquissa un sourire rêveur) Surtout pas leur chef, Koh-I Nor…

Le temps qu'elle termine de parler et que Dégel se retourne, le combat était déjà fini. Alors, comme il écarquillait des yeux abasourdis, Mme Grenat souffla:

-Ils sont mes cinq joyaux les plus précieux…

Le Verseau cligna des yeux deux fois de suite, hésitant quand à la conduite à suivre. Mais une fois encore, leur hôte le devança, comme si elle lisait dans ses pensées:

-Sire Dégel, faites-moi donc le plaisir et l'honneur de passer la nuit ici. Après tout… (Son sourire se teinta de mystère) La fête ne fait que commencer, pas vrai?

Devant eux, le jeune garçon aux cheveux poivres et sel esquissa un sourire mauvais, juste ce qu'il fallait pour convaincre Dégel. Mme Grenat et ses joyaux voulaient jouer? Hé bien ils risquaient d'être servis.

Esquissant un sourire, il porta la main à son coeur et salua légèrement:

-C'est trop d'honneur que vous me faites-là, Madame. J'accepte avec plaisir.

La femme passa une main lascive dans ses épais cheveux noirs et sourit:

-Vous m'en voyez ravie, mon cher ami.

A ce moment là, comme les Joyaux emmenaient les fauteurs de trouble, la musique reprit et Mme Grenat rit:

-Allons mes amis: plus de peur que de mal, pas vrai?

Il y eut des petits rires dans la salle:

-Profitez donc de cette soirée, je vous en prie.

Elle jeta encore un regard entendu à Dégel puis, se laissant prendre galamment le bras par un jeune homme masqué, elle disparut de sa vue. Le Verseau poussa un soupir, le genre de soupir qu'on pousse lorsqu'on a retenu sa respiration trop longtemps, puis se pinça l'arête du nez. Bon… Cette mission de repérage sous couverture était un échec total.

Pire que total, même, mais bon, il n'allait pas tout de suite commencer à remuer le couteau dans la plaie!

Il fallait voir le côté positif des choses: au moins, il n'avait pas eu à tourner autour du pot, à ruser, à essayer de s'attirer les faveurs de leur hôte! Il avait immédiatement eu l'information dont il avait besoin! Et dire que la soirée venait tout juste de commencer…

Il retint un nouveau soupir d'épuisement et se retourna vers le fauteuil où sa cavalière était assi-…

-Séraphina?

La jeune femme s'était levée et le regardait avec un air préoccupé:

-Est-ce que ça va?

-Hé bien, disons que je ne m'attendais pas à ce que la soirée se déroule de la sorte.

Avoua-t-il avec un demi sourire. Séraphina sembla rassurée par cette réponse:

-Je suis désolée que la mission ne se passe pas comme tu l'espérais… J'aurais peut-être dû…

-Je t'en prie, ne te reproche rien. Tout est de ma faute. De la mienne et de ma naïveté.

Dégel baissa la tête, honteux de montrer un tel échec à celle qu'il considérait désormais comme sa soeur. Pitoyable, définitivement et terriblement pitoyable.

Mais comme toujours, la jeune femme s'attribuait toutes les erreurs des autres, préférant les soulager de leur souffrance.

Tellement altruiste, tellement elle.

Ils restèrent un instant silencieux, le temps qu'un jeune homme non loin tende le bras à une demoiselle avec un sourire sincère. Le temps qu'une légère gène ne s'installe.
Avant que Dégel ne croise le regard hésitant de Séraphina.

Bon… Quitte à rester un petit peu plus longtemps que prévu… Autant rendre la soirée plaisante pour elle,… Non? Alors, il leva mentalement les yeux au ciel et se saisit doucement de la main de la jeune femme:

-Dé..?

-Est-ce que tu me ferais l'honneur de m'accorder cette danse?

Séraphina rougit légèrement, hésita, puis sourit en hochant la tête:

-Avec plaisir.

Dégel avait rarement eu l'occasion de danser. Il avait bien eu quelques leçons lors de son séjour à Bluegraad et lu un ou deux bouquins pour être sûr de passer inaperçu ce soir, mais il devait avouer que danser avec Séraphina était complètement différent que de danser avec Mme Grenat.

Elle était beaucoup plus simple, douce, légère même. Il y avait quelque chose dans son attitude de plus naturel que leur hôte. Quelque chose de plus naturel et pourtant de tout à fait charmant. La nuance était difficile à exprimer, et pourtant, il était clair que les deux jeunes femmes étaient diamétralement opposées.

Séraphina gardait les yeux légèrement baissés, comme si elle craignait de croiser son regard. Et lui-même gardait les yeux fixés sur leurs pieds, faisant mine de s'assurer qu'ils ne trébuchent pas. Mais leurs regards se croisèrent inévitablement et Dégel esquissa un sourire en réponse à celui, rempli de douceur et de soudaine timidité que sa cavalière lui lançait.

Et lorsqu'elle posa doucement sa joue contre son torse, il se raidit imperceptiblement: bon, bien évidemment, ce n'était rien de grave, mais il devait à tout prix faire en sorte que Kardia n'entende jamais parler de ça!

$s$s$s$

Une quinte de toux réveilla Sasha en sursaut et elle se frotta vivement les yeux:

-Oh non! Je me suis endormie!

Mais elle ne s'apitoya pas bien longtemps et se dressa sur la pointe des pieds pour voir si Kardia s'était révei-…

Elle pâlit et poussa un soupir désespéré: le corps brûlant, tremblant et trempé de sueur, le Scorpion n'était plus que l'ombre de lui-même. Livide, le visage tordu par la souffrance, le sang qu'il avait craché en toussant tachait ses draps et ses lèvres.

Qui aurait cru qu'à peine quelques heures plus tôt il s'entrainait et donnait l'impression d'être monté sur ressorts!

Sasha trempa le linge qu'elle avait posé sur le front brûlant de Kardia dans le seau d'eau glacée à ses côtés et le reposa à nouveau, tamponnant délicatement ses tempes, espérant que ce contact pouvait le soulager. Mais il grinça soudain des dents et tourna vivement la tête sur le côté, presque comme si c'était plus douloureux encore.

La petite fille poussa un long soupir désespéré et angoissé à la fois:

-Sa température ne fait qu'augmenter… (Elle se prit la tête entre les mains) Qu'est-ce que je dois faire?

-Vous étiez donc là, Athéna.

Sasha sursauta violemment et se retourna d'un bond, prête à se défendre s'il me fallait. Mais elle poussa un soupir de soulagement palpable lorsqu'elle reconnut celui qui était rentré dans la pièce:

-Sage…

Le Grand Pope esquissa un sourire fatigué et referma doucement la porte derrière lui:

-Vous devriez vous reposer: vous ne pouvez rien faire de plus pour lui.

La fillette déglutit difficilement mais ne fit pas mine de bouger. Kardia était son ami et protecteur, hors de question qu'elle le laisse seul dans un état aussi horrible. Comme s'il avait lu dans ses pensées, le Pope esquissa un sourire légèrement tendu:

-Je vais faire mander le médecin du Sanctuaire, vous devriez aller vous reposer…

Sasha se mordilla la lèvre inférieure, incapable de se décider, sa propre fatigue lui semblant infime par rapport à l'état dans lequel se trouvait le Scorpion. Et lorsqu'il se mit à tousser brusquement, elle tressaillit:

-Il… Juste avant de perdre connaissance, il m'a demandé de faire appeler Dégel, que lui pourrait l'aider! Est-ce que tu sais où il est?

Sage se raidit imperceptiblement et resta silencieux une demi seconde, juste ce qu'il fallait pour que Sasha palisse:

-Il… N'est pas au Sanctuaire. Je l'ai envoyé en mission il y a quelques jours, en France.

La petite déesse passa de blanche à livide, voire même transparent, et son coeur manqua un battement. Non… C'était impossible! Il ne pouvait pas être aussi loin dans un moment aussi critique! C'était tout simplement impossible!

-Mais sans lui Kardia risque de mourir! (S'écria-t-elle, des larmes effrayées dans la voix) Il doit y avoir un moyen de l'aider, je t'en prie, Sage! Dis-moi ce que je peux faire pour l'aider!

Le Pope s'agenouilla aux côtés de la fillette et retint une grimace: certes, il avait toujours su que Kardia était malade et que cette maladie finirait sans doute par le tuer, mais il n'avait encore jamais eu l'occasion d'assister à l'une de ses crises.

-Quelle horreur…

Le jeune homme haletait difficilement, agrippait ses draps avec violence, tremblait de tous ses membres,… Et au vu de ses mouvements agités, presque des spasmes, et de la fièvre qu'il dégageait, ses cauchemars devaient être bien peu reposants… Mais hormis Dégel, qui pouvait posséder un pouvoir assez puissant pour lui venir en aide?

Passant en revue tous les apprentis et Chevaliers présents au Sanctuaire, Sage s'avoua bien vite vaincu: Dégel seul pouvait sauver la vie de Kardia. Il n'y avait aucune autre solution. Mais pouvait-il vraiment se permettre de perdre un Chevalier avant même que la Guerre n'ait commencé? Pouvait-il vraiment laisser Kardia mourir sans rien essayer de plus?

Alors, poussant un léger soupir, le vieil atlante souffla:

-Il existe un moyen de le sauver… Définitivement.

Le regard vert de Sasha s'illumina et un sourire rayonnant éclaira son visage fatigué:

-C'est vrai?! Que dois-je faire?

Sage passa une main lasse dans ses cheveux:

-Il s'agit d'une technique très ancienne, d'un cadeau que la Déesse Athéna offre à certains élus: Misopetha Menos.

La petite fille entrouvrit la bouche, répétant lentement ces deux mots inconnus qui résonnaient pourtant en elle comme si elle connaissait leur signification. Le Pope hocha doucement la tête:

-Si vous donnez ne fut-ce qu'une goutte de votre sang à l'un de vos Chevaliers, et que vous décidez de lui offrir la vie éternelle, il suffit de prononcer ces mots en éveillant votre sang dans les veines de ce même Chevalier. Non seulement son coeur ne battra plus que cent-mille fois par an (c'est-à-dire le nombre de battements en un jour d'un coeur normal) et il ne vieillira que par simulation, mais en plus, ce Chevalier sera guéri de tous ses maux et pourra vivre des centaines d'années, voire même plus.

Sasha fit mine de compter sur ses doigts, ébahie:

-Ca veut dire que là où cette personne vivra une année, elle n'aura réellement vécu qu'un jour?! C'est incroyable!

Sage esquissa un demi sourire devant l'enthousiasme et la surprise de la petite fille. Elle se leva d'un bond:

-Donc, tout ce que je dois faire pour que Kardia soit guéri à jamais, c'est lui donner un peu de mon sang, pas vrai?

-C'est cela.

-Alors je n'attendrai pas une minute de plus.

Souffla-t-elle, déterminée, avant de se diriger d'un pas assuré vers l'endroit où les couteaux étaient rangés. Elle ne doutait pas, elle n'avait pas peur de la douleur infime qu'elle allait ressentir. Cette simple coupure au niveau du poignet n'était rien comparée à la vie de Kardia. Tant qu'elle pouvait le sauver (d'ailleurs, pourquoi diable personne ne lui avait-il dit qu'elle pouvait faire quoi que ce soit pour l'aider?!), elle était prête à faire n'importe quel sacrifice.

Mais comme elle se saisissait d'un couteau qu'elle jugeait assez aiguisé pour entailler sa peau sans trop de problème, la main de Sage se posa sur la sienne, lourde, comme pour l'en empêcher:

-Sage?!

-Je vous en prie, Athéna: réfléchissez bien avant de faire ça. Si vous perdez trop de sang, vous risquez de mourir sans pouvoir rien faire.

Elle leva des yeux brillants vers lui et le vieil homme tressaillit sous le poids de son regard déterminé. Le regard d'une adulte, le regard d'une Déesse:

-Je ne mourrai pas, Sage. Et même si c'est le prix à payer, je refuse de ne rien tenter.

Elle se tourna vers la chambre et la désigna du bras:

-Il est mort une fois pour moi, c'est à mon tour de risquer ma vie pour le protéger.

-Athéna, ce n'est pas votre rôle.

-Au contraire, Sage, c'est mon rôle.

Le Grand Pope cligna des yeux surpris devant la maturité soudaine dans la voix de la fillette, devant sa détermination… Et son coeur se serra lorsqu'il reconnut dans son cosmos cette vague d'amour si caractéristique de sa Déesse… De celle qu'il avait connu deux cent ans plus tôt…

Mais il ne desserra pas son étreinte, au contraire:

-Si vous souhaitez essayer, je ne vous empêcherai pas, mais écoutez au moins ceci. Juste avant que Kardia ne rejoigne le Sanctuaire, quelqu'un lui avait déjà proposé de le soigner à l'aide de cette technique.

Sasha fronça les sourcils:

-Mais tu as dit que j'étais la seule à pouvoir le faire.

-J'ai dit qu'il fallait votre sang et votre parole…

La petite fille resta un instant silencieuse, puis, elle souffla:

-Existe-t-il… Un Chevalier d'une précédente Guerre Sainte à qui une de mes précédentes incarnations aurait fait don de ce cadeau?…

Sage hocha lentement la tête:

-Le maître de Dégel, à la recherche duquel il parti, Crest.

Sasha porta son pouce à sa bouche et en mordilla nerveusement l'ongle:

-Il aurait proposé à Kardia de lui donner un peu de son sang et d'attendre que je naisse pour que je confirme ce présent?

-Athéna…

-Dans ce cas, je n'ai plus qu'à prononcer cette espèce de formule pour que le « sort » fasse effet…

-Athéna, vous ne…

-Et il sera sauvé!

-Kardia a refusé ce présent.

Sasha se tut instantanément, comme si le vieil homme l'ait giflée. Elle faillit même en lâcher le couteau:

-Il a… refusé? Mais… Mais pourquoi?!

-D'après ce qu'il m'a dit, il refuse de vivre éternellement si c'est pour tourner en rond, qu'il préfère une vie courte et bien remplie.

La petite fille sentit son coeur se serrer dans sa poitrine lorsqu'elle se souvint, qu'en effet, Kardia avait dit une chose assez semblable lorsqu'ils étaient encore au Mexique. Et ses yeux brillaient avec assurance lorsqu'il avait prononcé ces paroles, empruntes de volonté et d'envie de vivre malgré tout, même une simple dizaine d'années…

Pouvait-elle vraiment lui imposer une longue vie de solitude après de telles paroles? Pouvait-elle le priver de ce souhait en étant aussi égoïste?

Comme s'il lisait dans ses pensées, Sage s'accroupit, sans lâcher sa main:

-Réfléchissez bien, Athéna: pensez-vous que Kardia serait heureux de vivre pour toujours? Pensez-vous qu'il vous en serait reconnaissant?

Sasha sentit sa lèvre inférieure se mettre à trembler, refusa de se laisser submerger par l'émotion…
Hoqueta douloureusement en baissant la tête:

-Je… Je pense qu'il m'en voudrait à jamais de lui faire une chose pareille… Du moins sans son consentement…

Sage hocha doucement la tête en esquissant un léger sourire rassuré: si la petite fille avait été au bout de son idée avant de l'avoir écouté, il avait vraiment craint que le Scorpion ne lui pardonne jamais, voire même qu'il déserte les rangs qu'il avait rejoint par simple « caprice »… Ils avaient besoin de tous leurs guerriers, et ils ne pouvaient pas se permettre de perdre un Chevalier comme lui.

Alors, lorsque Sasha céda et fondit en larme dans ses bras, il la serra doucement contre lui: la gentillesse de leur Déesse l'avait toujours profondément ému, mais il devait avouer que l'attachement qu'elle portait chaque fois à ses Chevaliers ne cesserait jamais de l'épater et de le surprendre.

Jamais, de mémoire d'homme, elle ne s'était comportée de manière égoïste, jamais elle n'avait eu un air hautain, jamais elle n'avait voulu faire de sacrifices,… Et toujours elle versait des larmes sur les morts, amis comme ennemis…

-Je veux tellement l'aider! Je ne veux pas qu'il meure!

Sanglota la petite fille, le visage enfoui dans l'étoffe noire de la longue toge du Pope. Il ferma les yeux et retint un soupir:

-Vous ne pouvez qu'attendre le retour de Dégel, Athéna…

Et le jour où il mourra sur le champ de bataille, il est fort probable que vous ne pourrez rien y faire…

Mais ça, Sage savait qu'elle n'était pas encore prête à l'entendre…

$s$s$s$

Une fois complètement gelé, le cadenas n'offrit plus une seule résistance et il se brisa en mille morceaux lorsque Dégel claqua des doigts. Derrière lui, Fluorite poussa une exclamation de surprise, lui arrachant un millième de sourire.

Il regrettait un peu d'avoir emmené la petite domestique avec lui, après tout, il la mettait en danger. Mais en même temps, la laisser seule revenait à la condamner à mort. En effet, quelques minutes plus tôt, il avait été attaqué par l'un des Joyaux de Grenat et il s'en était fallu de peu pour que la petite soit carbonisée!

Il fronça légèrement les sourcils: il avait vite compris que Grenat possédait une sorte de cosmos mais il n'aurait jamais imaginé que chaque membre de sa garde personnelle d'enfants avait aussi un pouvoir particulier. Et cela les rendait d'autant plus dangereux au vu de leur mentalité tout sauf enfantine. Alors qu'il pensait être au bout de ses surprises, lorsqu'il avait vaincu le garçon qui l'avait défié peu avant, ce dernier s'était transformé en morceau de quartz brillant.

Contrairement à ce qu'il avait cru, les « Joyaux » n'étaient donc pas un nom de code, ces enfants étaient tous des pierres précieuses auxquelles Mme Grenat semblait avoir donné forme humaine et pouvoirs.

Le Verseau porta machinalement la main à son menton: cette affaire était de plus en plus étrange et intéressante.

S'assurant que personne ne les avait repérés, Dégel se tourna vers la fillette avant de s'avancer dans les couloirs sous terrains:

-Reste près de moi, Fluorite.

-Oh, bien sûr!

S'exclama la petite domestique blonde en trottinant pour rester à son niveau, l'air anxieux et curieux à la fois.

Il y avait aussi une autre raison justifiant la présence de Fluorite: non seulement il avait besoin d'un guide et de la protéger, mais en plus, cette enfant était elle aussi à la recherche d'une personne chère, il pouvait le sentir.

-Pourquoi trahis-tu ta maîtresse en me venant en aide?

Fluorite sursauta légèrement, croisa son regard, puis se renfrogna légèrement, comme si elle hésitait à lui mentir. Dégel décida de ne pas insister (après tout, si elle ne voulait pas lui répondre, c'était son droit), mais, à sa légère surprise, la fillette souffla:

-Je n'ai jamais vraiment été à son service… Je suis venue réclamer du travail parce que je pense que mon père disparu est ici.

Dégel fronça légèrement les sourcils: un père disparu? Cela confirmait les paroles de Mme Fraille, plus tôt dans la soirée. En effet, la jeune femme leur avait avoué que, depuis que Mme Grenat avait emménagé dans la région, plusieurs disparitions avaient eu lieu. Trop pour que l'arrivée de la chanteuse ne soit qu'une simple coïncidence..

-Déjà avant ma naissance, il y a eu plusieurs disparitions dans cette région que tout le monde disait liées à la présence et à la voix de Mme Grenat, mais je n'y avais jamais vraiment fait attention parce que ça ne m'avait jamais touché personnellement. (Continuait Fluorite) Mais il y a deux mois, mon père a disparu à son tour.

Elle se tut quelques secondes, comme si elle devait réfréner une émotion trop forte, avant de continuer, plus bas encore:

-J'ai d'abord cru qu'il était juste allé prendre l'air, mais ça m'a vite paru étrange: sa plume était encore trempée d'encre et son écriture était déjà sèche.

-Sa plume?

Elle leva un visage nostalgique et souriant vers lui, bombant fièrement le torse:

-Mon père est écrivain et il adore écrire des histoires. Voilà pourquoi il ne peut pas avoir abandonné son travail aussi brusquement, ça ne lui ressemble pas.

-Et les rumeurs t'ont amenée ici?

Fluorite secoua légèrement la tête, faisant voler sa tresse blonde dans son dos

-Les rumeurs et une voix.

Comme Dégel la regardait avec une légère lueur interloquée dans les yeux, elle s'expliqua:

-Quand je suis sortie pour partir à la recherche de mon père, j'ai entendu une femme chanter. Au début, c'était juste un murmure, mais plus j'avançais, plus elle était forte et assurée. Une voix superbe et pourtant, quand j'y repense, j'en ai encore des frissons. (Elle passa les mains sur ses bras, comme pour se réchauffer) Et quand je suis arrivée devant le château de Mme Grenat, j'ai immédiatement su que mon père était ici, sans doute retenu prisonnier par cette femme.

Le Verseau plissa légèrement les yeux et, sans rien rajouter, redressa la tête, perturbé malgré tout. Il avait l'impression que le lien unissant ce nombre important de disparition à la présence de Mme Grenat était presque trop évident pour qu'il soit vrai. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser que son maître avait disparu pour la même raison que le père de Fluorite et tous les autres, charmés par la voix de cette femme.

Mais alors… Comment diable avait-il réussi à leur envoyer ce message d'au secours? Y avait-il un allié dans ce château?

Ces quelques questions hantant encore son regard perdu dans le vide, il s'arrêta soudain lorsqu'une porte se dressa devant eux. Dégel fronça légèrement les sourcils, fit signe à Fluorite d'être silencieuse, poussa la porte (étrangement ouverte…) et…

Ecarquilla des yeux étonnés lorsqu'il découvrit la nature de la pièce dans laquelle ils venaient de rentrer:

-Mais… Mais qu'est-ce qu'une bibliothèque fait dans un endroit pareil?

Ca n'avait aucun sens! Qui serait assez inconscient ou stupide pour entreposer des bouquins dans un sous-sol aussi humide?! Et pourquoi se donner tant de mal pour construire une bibliothèque au sous-sol alors que le château était aussi énorme et apte à l'accueillir?!

Passant la main sur les livres soigneusement rangés dans les étagères (des livres étonnement savants et d'autre complètement mystiques), Dégel fronça les sourcils: cette manière de ranger les livres… Cette manière de légèrement les décaler pour les attraper plus facilement… Ca lui rappelait bizarrement cette manie de son maître…

Mais alors, se pourrait-il qu'il soit réellement ici? Mieux, serait-il dans une pièce voisine ou même dans celle-ci? Ou alors était-il…

Dégel se figea soudain lorsqu'un frisson glacé remonta le long de sa colonne vertébrale… Mais surtout lorsqu'un léger courant d'air froid effleura sa joue…

-Seigneur Dégel!

S'écria Fluorite en s'agrippant violemment à sa cape et se collant contre lui, et il se retourna d'un bond, prêt à défendre la petite.

-Qu'y a-t-il?

Livide et tremblante, les yeux exorbités sous l'angoisse, la petite fille blonde tendit le bras, désignant un couloir sombre:

-L… Là… J'ai vu… Une ombre…

Le Verseau déglutit: cela coïncidait étrangement à cette présence qu'il avait ressenti pile avant que Fluorite ne pousse ce cri. Se pourrait-il que cette ombre mystérieuse soit la détentrice de cette aura glaciale?… Se pourrait-il que son maître se trouve bien ici?

Plissant légèrement les yeux, Dégel se décolla tant bien que mal de l'étreinte de la petite et souffla:

-Attends-moi ici, je reviens tout de suite.

Les lèvres tremblantes, Fluorite faillit le supplier de ne pas la laisser seule, de la garder avec lui. Mais elle se secoua mentalement: elle devait rester forte, ne pas être un fardeau pour lui. Alors, elle hocha la tête et souffla d'une voix qu'elle aurait souhaité plus assurée:

-D'accord…

Dégel lui adressa un sourire rassurant et disparut de sa vue en un éclair.

Il était presque sûr à cent pour cent que cette ombre devait être son maître. Mais si c'était le cas, une chose le perturbait, ne tournait pas rond: pourquoi ne pas s'être approchés d'eux en les entendant? Et surtout… Pourquoi ne pas s'être enfui puisque cette porte était ouverte? Etrange, trop de détails étranges qui perturbaient le Verseau…

Mais il devait se tenir prêt à toute éventualité, garder son sang froid à tout prix. Mais son coeur battait trop vite, trop de choses le perturbaient, trop de sentiments tentaient de se frayer un chemin jusqu'à lui,… Alors, fermant les yeux un court instant, Dégel inspira profondément et souffla lentement…

-Du calme… Rester calme et posé… La précipitation ne mène à rien…

Comment cela se faisait-il?… Pourquoi était-il plus nerveux que lors de ses précédentes missions? Qu'y avait-il de différent? Un léger sourire étira ses lèvres lorsqu'il se rendit compte avec étonnement que ce qui lui manquait,…

C'était tout simplement Kardia.

Lui et son aura si rassurante et assurée, si sûr de lui, si lumineux… Oui, il était la lumière qui le guidait dans l'obscurité qui l'entourait… Poussant un léger soupir moqueur, Dégel esquissa un léger sourire: quelle idée stupide… Ce sentimentalisme ridicule ne lui allait pas du tout…

Et pourtant, au fond de lui, il savait qu'il avait raison. Parce qu'à la simple pensée du Scorpion, son coeur s'était apaisé.

Apaisement qui fut hélas de courte durée et qui prit fin lorsque Dégel arriva devant des barreaux, des barreaux qui ressemblaient étrangement à ceux d'une cellule,…
Et lorsqu'il s'approcha, ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il reconnut la jeune femme qui était enchainée au mur, la tête ayant roulé sur sa poitrine:

-Mme Fraille?!

Mais la jeune femme semblait évanouie et elle ne lui répondit pas. Son chapeau avait valsé sur le sol et plusieurs mèches de cheveux blonds s'échappaient de son chignon, bien moins strict que précédemment. Dégel sentit un filet de sueur froide glisser le long de son dos:

-C'est impossible…

Elle ne pouvait pas être là! Il l'avait vue partir dans sa calèche moins de trois heures auparavant! Et elle était accompagnée par deux de ses soldats et de…

Dégel écarquilla des yeux horrifiés et un murmure lui échappa:

-Séraphina…

C'était impossible, ça ne pouvait pas arriver! Séraphina n'avait rien à voir là dedans! Oh bon sang, si il lui arrivait malheur, si elle était blessée ou pire… Comment pourrait-il seulement rentrer à Bluegraad pour faire face au gouverneur? Comment pourrait-il encore regarder Unity dans les yeux après une chose pareille?!

Comme il faisait mine de libérer Mme Fraille pour vite savoir où se trouvait sa cavalière, une baguette de chef d'orchestre posée sur son épaule et un courant d'air glacé le fit frissonner:

-Je ne ferais pas ça si j'étais toi.

Dégel écarquilla les yeux, figé par un constat soudain: ce léger accent laissait entendre que son interlocuteur n'était pas français, cette aura glacée qui l'entourait, cette manière de parler, calme et pourtant alerte, cette attitude,…

Il se retourna vivement:

-Non, c'est impossible, ça ne peut pas être vrai!

Et pourtant, même si le jeune homme qui lui faisait face lui avait été présenté comme Koh-I Nor, il reconnut dans ses yeux et dans sa posture une toute autre personne. Une personne qu'il connaissait très bien mais qu'il n'aurait pas pensé retrouver ainsi:

-M… Maître Crest?!

Mais… Son maître avait plus de cinq cent ans! Comment pouvait-il avoir rajeuni de la sorte?! Pourtant, il n'y avait presque aucun doute possible: ce jeune homme aux cheveux sombres teintés de blancs ne pouvait être que son maître porté disparu.

Mais s'il était aux ordres de Grenat, pourquoi avait-il envoyé une lettre d'au secours?! Ca n'avait aucun sens! Dégel ne parvenait pas à comprendre, ne parvenait pas à garder son calme tant il avait peur de comprendre. Le vieil homme à l'apparence juvénile plissa légèrement les yeux:

-Toujours prompt à perdre ton sang froid, pas vrai, Dégel?

-Mais… Je ne comprends pas. (Balbutia le Verseau, indécis, incapable de comprendre cette mise en scène) Comment se fait-il que vous obéissiez à Mme Grenat? Et pourquoi avez-vous cette apparence?

Mais Crest leva sa baguette d'ivoire, l'interrompant d'un simple mouvement:

-Tu parles trop: si j'étais sérieux, tu serais déjà mort. Alors passons immédiatement aux choses sérieuses.

Et sans laisser une seconde de plus à Dégel, il fronça les sourcils et tendit sa baguette droit sur lui:

-Diamond dust!

Trop ébahi pour réagir ou même pour se défendre, le Verseau fut frappé de plein fouet par l'attaque et il s'effondra en poussant un cri plus surpris que douloureux. Le coeur battant, rempli d'incertitude et d'incompréhension, Dégel se redressa en haletant, incapable de comprendre ou de réagir.

De un, comment son maître pouvait-il être aussi puissant sans armure? Ensuite, pourquoi l'attaquait-il alors qu'il avait appelé à l'aide? Pourquoi faisait-il une chose pareille? Dégel avait l'impression d'être poignardé dans le dos: son maître, celui qu'il avait considéré comme la personne en qui il avait le plus confiance, lui le (les) trahissait?! C'était insensé! Pourquoi faire une chose pareille après cinq cent ans de fidélité?! Pourquoi?!

Il toussa et essuya le sang qui avait roulé sur son menton, puis Crest posa un regard mi surpris mi déçu sur lui:

-Bon, tu n'étais manifestement pas assez concentré. Allez, je pense que tu n'étais pas sérieux: après tout, tu n'as même pas essayé de te défendre. Attaque-moi sérieusement, maintenant.

Cette fois-ci, ce fut comme si une décharge électrique secouait le corps du Verseau et il leva vivement le bras: s'il voulait des réponses, il devait absolument immobiliser son maître. Il n'avait pas d'autre choix que de se battre sérieusement:

-Koltso!

Le cercle de glace se dirigea à toute vitesse vers le jeune homme, l'entoura et… Crest se contenta d'un simple mouvement du poignet et Dégel écarquilla des yeux horrifiés lorsqu'il comprit qu'il venait de lui renvoyer son attaque, simplement.

Esquiver, il devait esquiver à tout prix!

Mais ses jambes tremblantes refusèrent de le porter et le cercle de glace s'enroula autour de lui avec plus de puissance qu'il n'avait jamais pu créer. Est-ce que Crest avait le pouvoir de lui renvoyer son attaque mais encore plus puissante?! C'était insensé!

Immobilisé, le souffle court, Dégel tenta de se dégager, grinça des dents lorsque ses membres refusèrent même de bouger d'un millimètre.

-Tu es faible parce que tu doutes.

Bien évidemment qu'il doutait! Après tout, celui qui lui faisait face n'était autre que celui qui l'avait élevé et entraîné! Comment pouvait-il imaginer une seconde l'attaquer sérieusement?!

Dégel redressa difficilement la tête, un rictus d'effort et d'incompréhension sur les lèvres:

-Je ne parviens pas à y croire… Vous avez toujours été fidèle au Sanctuaire, alors pourquoi le trahir maintenant?! Pourquoi, Maître?! Ca ne vous ressemble pas! L'homme que je connais ne ferait jamais une chose pareille!

Crest ferma les yeux un court instant, comme s'il réfléchissait aux mots qu'il devait utiliser. Comme s'il devait à tout prix le convaincre de quelque chose…

-J'ai plus de cinq cent ans, Dégel, je suis le guerrier le plus âgé du Sanctuaire. J'ai participé à de nombreuses guerres, de cruelles batailles contre de nombreux Dieux,… Hadès, Poseidon, Ares, et j'en passe. J'avais à peine le temps de panser mes plaies à la fin d'une guerre qu'une nouvelle éclatait aussitôt. C'est comme un véritable cauchemar sans fin, un cercle vicieux infini.

Il ne mentait pas en disant cela. Dégel se savait que ces nombreuses guerres avaient laissé des blessures profondes dans le coeur de son Maître, il le lui avait souvent dit, prônant ainsi la paix à la place des combats inutiles. Mais la question restait la même: pourquoi trahir le Sanctuaire?

-Je me suis longtemps demandé si ce cauchemar avait une fin, si nous étions autre chose que les jouets et les distractions des Dieux,… Pendant près de cinq siècles je me posais ces questions sans parvenir à trouver des réponses, une solution pour échapper à cette vie de souffrance. Jusqu'à ce qu'elle vienne me trouver et me donne enfin une réponse.

Crest se tut quelques secondes et plongea ses yeux bruns dans le regard perdu de Dégel:

-Si les êtres humains sont immortels, seulement quelques uns, alors ils pourront guider les générations suivantes sur le chemin d'une paix sans fin.

-Quoi?! (Dégel n'avait pas pu retenir ce cri) Maître, ça n'a aucun sens!

-Mme Grenat est venue me trouver, il y a cinquante ans, et elle m'a ouvert les yeux: (Continuait l'ancien Verseau, comme s'il ne l'avait pas entendu) elle possède le pouvoir d'être immortelle et sa voix permet de guider les autres sans laisser de place aux doutes. Elle est capable de guider l'espèce humaine vers une ère de paix, Dégel. Et sa voix avait fait disparaitre ma souffrance, ma peine, mon incertitude. Elles est notre salut. Alors je l'ai rejointe, et pense bien qu'en cinquante ans j'ai eu le temps de peser le pour et le contre. En reniant ce corps desséché, en reniant le Sanctuaire et ses principes stupides, j'ai enfin trouvé la paix qui me fuit depuis cinq siècles.

Dégel écarquilla les yeux, incapable de croire ce qu'il entendait. Ca n'avait tout bonnement aucun sens! Comment son Maître pouvait-il croire à ce que Mme Grenat lui avait dit? Des humains immortels? Même s'ils existaient, comment pourraient-ils rivaliser avec des Dieux? Comment pourraient-ils éviter des guerres et des massacres? C'était insensé! Comme un homme aussi sage et réfléchi que Crest pouvait être tombé dans le panneau?

-C'est de la folie! Ca n'a aucun sens, Maître! Comment ne vous en rendez-vous pas compte?! C'est cette femme qui vous a ensorcelé avec sa voix, je ne vois pas d'autre solution! Vous devez absolument ouvrir les yeux!

Crest fronça légèrement les sourcils et un léger tic secoua sa lèvre, comme s'il était déçu:

-Je vois que tu ne comprends pas. Après tout, tu es encore trop jeune. (Il passa la main sur son menton et murmura) Je me suis peut-être montré trop confiant, je t'ai un peu trop surestimé.

Il haussa les épaules et darda un regard sans pitié sur son élève:

-Si tu ne peux pas comprendre et raisonner correctement, alors tu mourras inutilement pour Athéna. Les guerres vont reprendre, Dégel. Même si vous remportez celle-ci contre Hadès, même si tu y survis, tu finiras par mourir pour une cause perdue. Parce que ces guerres reprendront des siècles plus tard, et tu seras mort pour rien. (Il leva sa baguette) Dans ce cas, je préfère encore te tuer de mes propres mains.

Dégel se raidit et entrouvrit les lèvres, incapable de trouver les mots justes pour raisonner le jeune homme aux cheveux poivre et sel. Immobilisé, seul un murmure s'échappa de ses lèvres:

-Maître…

Il devait se défendre à tout prix. Il devait se dégager et riposter. S'il n'immobilisait pas Crest, il mourrait, sa mission serait un échec et la Terre serait en danger… Et il ne pourrait plus revoir Kardia. A la simple pensée du Scorpion, ce fut comme si une décharge électrique le secouait tout entier et une résolution toute nouvelle se dessina sur son visage: non, il n'allait pas mourir! il allait faire entendre raison à son Maître, vaincre Mme Grenat, et rentrer au Sanctuaire.

Il n'y avait pas d'autre solution.

Mais comme il se préparait à attaquer, une petite voix fluette lui fit baisser des yeux surpris:

-Tu ne trouves pas que tu vas un peu vite en besogne, Koh-I Nor?

Un petit garçon aux cheveux noirs et aux yeux bandés était assis juste derrière lui, le menton enfoncé dans la paume de sa main. Un Joyau, Chalcédoine. Et Dégel n'avait même pas senti sa présence. Comme il écarquillait des yeux horrifiés, l'enfant poussa un soupir:

-D'ordinaire, je n'aime pas trop intervenir, et encore moins interrompre tes retrouvailles avec ton élève, mais comme c'est l'anniversaire de Mme Grenat, je vais faire une exception pour lui faire plaisir.

Crest baissa sa baguette avec une légère réticence, comme si il hésitait légèrement. Chalcédoine se leva souplement et, tout en chipotant à la longue cape du Verseau, termina:

-Ca te va si nous échangeons nos rôles, Koh-I Nor? (Il s'enroula dans la cape, comme s'il n'en avait jamais vue une, comme s'il jouait) Je serai son adversaire.

-Pas si vite, Chalcédoine! Si tu fais un seul faux pas, on risque de te perdre comme l'autre andouille de Flint!

Dégel sursauta: là, appuyé sur l'épaule de Crest, un deuxième Joyau flottait dans les airs, un air mauvais sur le visage. Chalcédoine sembla hésiter:

-Tu crois, Tourmaline?

-J'aurais trop peur de te laisser t'occuper de ça tout seul, tu es encore si maladroit!

Le garçonnet blond gloussa et s'adressa ensuite à son aîné:

-Désolé d'interrompre tes retrouvailles, mais c'est à nous d'entrer en scène.

-Ce sont les ordres de Mme Grenat?

Tourmaline lui adressa un clin d'oeil légèrement faux:

-En effet: je sais très bien que tu n'obéis qu'à elle, je ne me permettrais pas de te donner des ordres, mon cher. (Il se pencha en avant et murmura à son oreille) Mme Grenat te réclame à ses côtés et nous demande t'occuper ton disciple, « papy ».

L'ancien Verseau jeta un regard en coin à Dégel, haussa les épaules et se détourna sans hésitation:

-Dans ce cas…

-Maître, attendez!

Crest s'arrêta mais ne fit pas mine de se retourner. Dégel tenta de faire un pas en avant:

-Je ne peux pas croire que vous fassiez une chose pareille! Comment une personne aussi sage que vous peut-elle être bernée par des paroles en l'air? Je vous en prie, Maître, reprenez vos esprits!

Le jeune homme aux yeux marrons poussa un soupir las:

-Tu es toujours aussi naïf, à ce que je vois… Moi qui croyait que tu avais grandi… (Il sembla fouiller dans ses poches) Bien que je déteste cette manière de faire, si je veux espérer que tu te battes sérieusement, tu ne me laisses pas le choix. Peut-être qu'il te faut un peu de… Motivation.

Et il leva la main, une main au dessus de laquelle flottait un long ruban. Non, en plissant légèrement les yeux, Dégel comprit qu'il s'agissait d'une longue mèche de cheveux argentés. Des cheveux… Argentés…

Le Verseau écarquilla des yeux horrifiés et sentit son coeur battre plus vite:

-Séraphina!

$s$s$s$

Séraphina ouvrit difficilement les yeux en poussant un soupir légèrement douloureux: elle ne se souvenait pas s'être endormie… Elle devait réellement être épuisée pour s'être effondrée sur son lit et s'être endormie sans même s'en rendre compte. D'ailleurs, est-ce que Dégel était rentré? Elle ferait bien d'aller jeter un coup d'…

Mais la jeune femme pâlit lorsqu'elle se rendit compte que la pièce dans laquelle elle se trouvait ne ressemblait en rien à sa chambre d'hôtel. Lorsqu'elle se rendit compte qu'elle ne savait absolument pas où elle était…

-Où… (Elle déglutit) Où suis-je?

Souffla-t-elle par réflexe, la tête légèrement douloureuse. Sentant la panique enfler dans sa poitrine, Séraphina se força à inspirer profondément et à rester calme:

-Bon, doucement… J'étais à la fête de Mme Grenat avec Dégel et Mme Fraille a essayé de la tuer. Dégel a préféré que je rentre à l'hôtel avec elle et…

Elle écarquilla les yeux et se redressa: oui, maintenant elle se rappelait! Elle était dans la calèche avec Mme Fraille quand les Joyaux les avaient attaqués! Mais… Où était donc Mme Fraille? Séraphina avait beau regarder de tous côtés, elle ne voyait la femme blonde nulle part!

-Je dois me dépêcher!

S'encouragea-t-elle silencieusement avant de se lever d'un bond et de… Elle écarquilla des yeux à la fois horrifiés et surpris lorsqu'une légère douleur fusa dans sa jambe à partir de sa cheville et lorsqu'elle comprit qu'elle ne pouvait pas bouger. Séraphina déglutit difficilement et, le coeur battant, redressa légèrement le bord de sa lourde robe: une chaîne reliait sa cheville au pied du grand fauteuil sur lequel elle était assise, l'empêchant désespérément de bouger ou d'essayer de fuir.

Comme elle réalisait cela avec horreur, un petit rire à peine étouffé la fit sursauter violemment et, portant la main à son coeur, elle leva la tête, une légère goutte de sueur froide glissant le long de sa tempe:

-Qui est là?

Elle ne l'avait pas remarqué tout à l'heure mais, juste en face d'elle, il y avait un lit dans la pièce. Et vu les ombres qui se reflétaient sur les rideaux, ce lit contenait au moins deux personnes. Le premier réflexe de la jeune femme aux cheveux argentés fut de les appeler à son secours, mais elle se rendit bien vite compte que ces personnes devaient être ses geôliers.

Alors, s'humectant les lèvres et se redressant, elle appela une seconde fois, plus fort, plus assurée qu'elle ne voulait le faire croire:

-Qui est là?

Un nouveau ricanement s'échappa du lit puis, une voix de femme souffla à l'adresse de la deuxième personne:

-Merci, mon cher Cornélian…

Les rideaux s'ouvrirent et Séraphina eut l'impression que son coeur cessait de battre:

-Tu étais délicieux…

Là, assise sur le lit, Mme Grenat la regardait avec un air fiévreux, presque lubrique,… Et dans ses bras, elle caressait tendrement les cheveux blancs d'un corps plus frêle,… Un corps… Desséché.

Mort.

La respiration hachée, Séraphina entrouvrit la bouche sur un hurlement muet lorsque, derrière les rides et la peau froissée, presque brune, elle reconnut le visage et le corps de l'un des Joyaux, Cornélian. Lui qui était si jeune semblait désormais âgé d'une centaine d'années. Ses yeux vitreux ne voyaient plus rien, et ses mains squelettiques retombèrent sur le lit sans un bruit, comme si elles étaient trop légères et frêles pour peser quoi que ce soit.

Et lorsque le corps osseux glissa sur le sol, la voix de Séraphina fut comme libérée. Le hurlement horrifié et terrifié qu'elle poussa résonna dans tout le couloir, lui donna presque mal à la gorge tant elle criait fort.

Elle ne parvenait plus à respirer. Son coeur s'était glacé avant de repartir à toute vitesse, affolé, battant tellement fort qu'elle avait l'impression qu'il allait finir par sortir de sa poitrine. Le corps figé par l'effroi et par ses chaines, elle put à peine se reculer lorsque Mme Grenat se rapprocha d'elle d'une démarche sensuelle et assurée:

-Allons allons, ma chère, il ne faut pas vous effrayer de la sorte.

Séraphina se recula autant que possible et balbutia, la voix remplie de sanglots terrorisés:

-Qu'est-ce que vous avez… C'était… Ce garçon était sous vos ordres! Pourquoi… Pourquoi l'avoir…

Elle se tut en un petit cri étouffé et elle ferma les yeux lorsque Mme Grenat se pencha en avant, jusqu'à ce que leurs joues se touchent. La femme inspira profondément et souffla:

-Comme tu es gentille…

Elle haussa les épaules et repoussa une lourde mèche de cheveux sombres:

-Mes Joyaux me servent à ça voyons: ils aspirent l'énergie vitale des gens qui viennent à moi et me la transmettent pour que je conserve une jeunesse éternelle. Futé, non?

Termina-t-elle avec un sourire tellement terrifiant et honnête que Séraphina se mit à trembler: c'était… Impossible, non? Mme Grenat était en train de jouer avec ses pieds, c'était… Ca ne pouvait pas…

Mais au fond d'elle, elle savait que la femme n'avait aucune raison de lui mentir, ni d'inventer un mensonge aussi énorme et impossible à croire. Mais alors… Mais…

-Toutes ces disparitions… (Elle haleta) Sont votre oeuvre?…

Mme Grenat sourit et posa un regard étrangement bienveillant sur elle:

-En tant que fille du gouverneur de Bluegraad, tu dois pouvoir me comprendre facilement: la paix et le bien-être d'une nation sont des choses très difficiles à maintenir. (Elle passa la main dans les cheveux argenté de Séraphina et son regard se perdit dans les reflets brillants de sa chevelure avant de rencontrer ses yeux bleus terrifiés) Pour les conserver et dans l'intérêt de tous, il faut faire des sacrifices.

Elle lui adressa un clin d'oeil complice et Séraphina frissonna:

-En échange de quelques vies pour maintenir la mienne, cela me permet de veiller éternellement sur cette région grâce à ma voix et à mes chants. N'est-ce pas merveilleux, Dame Séraphina?

La jeune femme tressaillit lorsque les doigts de Mme Grenat glissèrent sur sa joue et elle pâlit:

-Vous êtes folle…

La femme éclata d'un rire joyeux:

-Pas du tout voyons, je ne consens qu'à quelques sacrifices pour le bien de tous.

Son sourire se teinta d'une nuance mauvaise et ses yeux se plissèrent légèrement:

-Et tu ferais un sacrifice parfait, ma chère…

Séraphina frissonna violemment et se mit à haleter, terrorisée:

-Non… Dégel…

Mme Grenat se rapprochait toujours plus d'elle, jusqu'à ce que son souffle caresse ses joues:

-Je raffole des belles jeunes femmes comme toi…

Séraphina ne sentit pas une larme terrifiée rouler sur sa joue, pas plus qu'elle ne put crier. Elle put à peine appeler mentalement à l'aide avant de perdre connaissance:

-Au secours, Dégel! Viens me sauver, je t'en prie!


Et voilà! :D J'espère que ce chapitre (un peu plus long que d'habitude) vous a plu ;) Dégel en mauvaise posture, Séraphina entre les mains de Grenat, Kardia aux portes de la mort,... Quel suspense! (Hum hum) Que pensez-vous de l'avis de Crest? Aurait-il raison, selon vous? (je suis juste curieuse de voir ce que vous pensez de sa trahison :3)

Ne vous en faites pas, Dégel aura droit à plus d'action dans le chapitre suivant (je suis bien consciente qu'il est resté un peu trop en retrait mais après tout, il est plus dans la réflexion que Kardia (qui avait donc droit à plus d'action) C'est drôle de voir à quel point ils sont différents) ;) Je ne sais pas quand je pourrai le poster, mais gardez la foi *o* (avec un peu de chance, ça sera avant les "vacances" Pâques...)

Gros bisous à tous! Je vous aime! ~