Coucou tout le monde! :D Comment allez-vous?
Désolée de ne poster que maintenant, j'ai vraiment énormément de boulot et j'ai très peu de temps pour écrire :( Enfin, j'espère que ça vous plaira quand même malgré le délai :')
Angeline: Hey! :D Merci beaucoup! Je suis vraiment très heureuse que le chapitre précédent t'ait plu ^^J'espère que celui-ci te plaira aussi ;) Merci pour ta review et tes encouragements :D A bientôt!
Sur ce, vous connaissez la chanson, c'est par là ;D
Dégel sentit plus qu'il ne vit sa propre attaque l'emporter sur celle de Crest, il se sentit tomber et heurter de la neige plutôt qu'il ne le vit. Il comprit vite qu'il avait perdu conscience quelques secondes car il sentit qu'il rouvrait les yeux….. Sauf que tout ce qu'il voyait n'était que blancheur et lumière. Aucun détail, aucune image,… Un bref instant, il paniqua et passa la main devant ses yeux papillonnants:
-Je ne vois plus rien…
Mais bien vite, comme il clignait des yeux un peu plus vivement, il put enfin distinguer une large forme sombre juste devant lui, derrière le corps agenouillé de son maître. Une large silhouette pourvue d'ailes sombres déployées et, juste devant elle,… Un joyau rouge qui brillait vivement. Dégel plissa les yeux avant de les écarquiller:
-Mme Grenat…
Comme si elle avait attendu d'entendre le son de sa voix, la jeune femme releva lentement la tête vers lui et esquissa un demi sourire:
-Félicitations, Dégel…
Au moment même où elle ouvrait la bouche, les bras serrant toujours le corps immobile de Crest contre elle, le grenat de la Vouivre se craquela et vola en mille morceaux. Dégel leva le bras par réflexe, les yeux douloureux à cause de la lumière vive qui lui brûlait les pupilles. Mais malgré ce léger désagrément passager, il put constater que son Maître était recouvert d'une fine couche de gel, tout comme le visage de Mme Grenat:
-Ta réponse m'a convaincue.
Le Verseau fronça les sourcils:
-Pardon?
La jeune femme sourit tendrement, avec une douceur sincère:
-Il y a deux cent ans, je vivais dans la région avec mon époux, un seigneur féodal juste et gentil, aimé et respecté de tous. Nos terres prospéraient dans la paix et dans la joie, tout était parfait. Mais une épidémie a décimé presque l'entièreté de la population, même mon mari n'y a pas survécu, et des bandits venaient piller le peu de biens qu'il nous restait. Je me suis enfuie à regret mais j'ai trouvé dans cette grotte, (Elle leva la main et désigna le relief de vouivre sur le mur), ce joyau capable de manipuler les esprits et de conférer l'immortalité à son propriétaire.
Dégel écarquilla les yeux:
-Quel âge avez-vous donc?…
Grenat rit doucement:
-Tu devrais savoir que ça ne se fait pas de demander l'âge d'une dame, enfin… (Elle inspira légèrement et reprit) Je pensais qu'en devenant immortelle, je pourrais continuer ce que mon époux avait commencé: une ère de paix et de prospérité, même au prix de nombreux sacrifices. Et le seul qui a compris mon rêve était Crest.
La jeune femme posa un regard doux et ému sur le corps figé de Crest et murmura, si bas que Dégel l'entendit à peine:
-Mais il continuait de se poser des questions quant à notre objectif, il voulait être sûr que notre chemin était le bon. Alors nous avons envoyé cette fausse lettre d'appel au secours au Sanctuaire en sachant que tu finirais par accourir.
-Mais pourquoi moi?
-Parce que nous voulions savoir si notre chemin était juste, et que Crest avait une confiance aveugle en ton jugement.
Dégel sentit sa gorge se serrer et se coeur s'arrêter quelques secondes comme il baissait les yeux vers son maître. Comme pour l'imiter, Mme Grenat caressa distraitement la joue de l'ancien Verseau:
-Et je suis heureuse de voir que ta réponse était la bonne… Que tu nous aies remis dans le droit chemin…
Le Verseau cligna des yeux ébahis: est-ce que sa vue lui jouait un nouveau tour ou bien… Non, pas de doutes… Les cheveux si sombres de la jeune femme devenaient blancs et son visage parfait se couvrait de rides, comme si le temps la rattrapait malgré elle. Dégel entrouvrit les lèvres mais fut incapable de prononcer un mot. A la place, Mme Grenat leva la tête vers lui et sourit en murmurant d'une voix chevrotante:
-Merci, seigneur Dégel: c'était une merveilleuse soirée d'anniversaire.
-Madame…
-Le temps reprend son cours, et il m'emmènera avec elle, Dégel.
Le français sursauta et baissa les yeux:
-Maître!
Crest se releva difficilement, lentement, et articula péniblement:
-Séraphina n'a rien, dépêche-toi de la sortir d'ici… (Un doux sourire étira ses lèvres, et, pendant un instant, Dégel revit celui qui l'avait élevé et entraîné) Retournez vivre dans l'époque qui vous convient… Je souhaite de tout coeur que votre vie soit belle. Merci, Dégel: j'espère que tu pourras me pardonner.
Crest se tourna vers Mme Grenat et se saisit délicatement de sa main, tendrement:
-Mme Grenat, acceptez-vous de demeurer avec moi dans ce cercueil de glace?
Elle esquissa un sourire ému et Dégel crut même apercevoir une larme rouler sur sa joue:
-Oui, Crest… Et cette fois, ce sera pour toujours.
Ils échangèrent un doux sourire puis, la glace, comme animée d'une volonté propre, se referma sur eux.
A jamais.
Et malgré sa victoire, Dégel n'était pas certain d'avoir fait le bon choix…
Il ne parvint jamais vraiment à se souvenir de comment il réussit à remonter à l'air libre, portant Séraphina dans ses bras. A vrai dire, il gardait un souvenir flou du reste de la nuit… Et flou… C'était le cas de le dire. Il avançait péniblement, les yeux plissés pour essayer de préciser ces formes qui se dressaient devant lui, trébucha plusieurs fois et manqua de tomber à de multiples reprises,…
-Mais qu'est-ce qui m'arrive?
Etait-ce la douleur et la peine qui le mettaient dans un état pareil? Non voyons, c'était impossible. Il devait y avoir autre chose. Enfin, la lumière se fit dans son esprit: c'était sans doute le reflet de la lumière sur la glace et sur la neige qui avait blessé ses yeux à ce point. Et il ne s'en était rendu compte qu'en cessant de brûler son cosmos… Avec un peu de chance, ses sens retourneraient à a normale dans peu de temps, mais il en doutait…
Il secoua légèrement la tête au souvenir si douloureux de son maître en train de lui sourire, en train de lui demander pardon,… Puis de mourir, paisiblement, dans la glace, comme il avait toujours vécu. Mais au moins, il n'était pas seul, il avait avec lui une personne à qui il tenait… L'air de rien, Dégel se demandait si, quand son heure viendrait, il aurait une personne à ses côtés. Kardia, peut-être… Il l'espérait…
Il grimaça sous le coup de la douleur physique combinée à la perte de son maître: il ne parvenait pas à croire que Crest était mort pour une chose aussi stupide que ça… Pouvait-il seulement dire qu'il était mort pour défendre son idéal? Dégel sentit ses yeux s'emplir de larmes rageuses et désespérées: tant de morts, tant de sacrifices pour rien.
Bien qu'il ait survécu, il avait le sentiment que cette mission était un échec, une véritable perte de temps,… Une déception et une blessure profonde dans son coeur, une plaie qui mettrait sans doute du temps avant de cicatriser… Et il avait la douloureuse impression que sa propre idéologie était ébranlée, loin d'être intacte…
Une main douce effleura sa joue et le fit légèrement sursauter:
-Dégel,… Tu pleures?
La voix de Séraphina ne parvint même pas à lui faire esquisser un sourire, mais malgré tout, son coeur se fit plus léger: elle allait bien. Il esquissa un sourire rassurant et la posa doucement sur le sol:
-Non, ne t'en fais pas, tout va bien. Comment te sens-tu?
La jeune femme posa la main sur le haut de sa tête en retenant un soupir légèrement douloureux:
-Je vais bien… J'ai juste un peu mal à la tête et mal aux articulations, mais je vais bien…
-J'en suis soulagé.
Elle sembla hésiter puis serra les mains de Dégel dans les siennes:
-Que s'est-il passé? Où est Mme Grenat? Et Crest? L'as-tu retrouvé?
Le Verseau déglutit difficilement mais fut soulagé de constater que sa voix ne tremblait pas quand il répondit aussi paisiblement qu'à son habitude:
-Ils sont morts, tous les deux.
Séraphina écarquilla des yeux horrifiés et pâlit subitement, les lèvres entrouvertes:
-M… Morts?…
Il détourna le regard:
-Je n'ai pas eu le choix.
La jeune femme serra les mains du Verseau dans les siennes:
-Oh, mon dieu, Dégel… Je suis désolée. Que s'est-il passé? Est-ce que tu vas bien? Tu devrais…
-Je vais bien, Séraphina, ne t'en fais pas.
Elle fronça doucement les sourcils:
-Personne ne peut aller bien après la mort d'un être cher, Dégel, ne me prends pas pour plus bête que je ne le suis.
Séraphina soupira et encadra le visage ensanglanté du Verseau de ses mains pour le forcer à la regarder dans les yeux, lui arrachant un léger sursaut:
-Je te connais, et tu ne pourras pas me mentir ni me cacher ta peine. Il faut que tu en parles avant que ta peine ne te…
-Oh! Je le savais! C'est le seigneur Dégel!
La seconde d'après, une furie blonde se jetait dans ses bras en riant, tellement fort qu'il trébucha et manqua de s'écrouler:
-Il est sain et sauf! Je le savais! Je savais que vous gagneriez! Hein que je vous l'avais dit, Mme Fraille?!
-Oui, oui c'est vrai…
Haleta la jeune femme, à bout de souffle d'avoir dû courir pour ne pas perdre la petite fille de vue. Ou du moins… C'était ce que supposait Dégel. Il plissa les yeux:
-Cette voix… Fluorite? Mme Fraille? Vous allez bien?
La fillette fronça les sourcils avant d'écarter les yeux:
-Vous… Vous ne voyez plus?!
-Non, non, ce n'est rien: je vois juste un peu flou, mais ça va passer.
Il pouvait presque sentir le regard réprobateur de Séraphina dans son dos quand il avoua son soudain problème de vue mais il fit mine de rien. A vrai dire, il était épuisé, vidé, et avait juste envie de dormir. Dormir pendant au moins vingt-quatre heures et se réveiller chez lui, au Sanctuaire, en espérant que cette mission ne soit qu'un rêve, qu'un cauchemar.
Fluorite sauta de ses bras et sembla chercher quelque chose dans les poches de son tablier en grommelant avant de fourrer quelque chose dans ses mains en souriant:
-Tenez! Je vous les offre!
Dégel plissa les yeux et leva la main: qu'est-ce que c'était? Ca avait l'air léger, fin, fragile et… Il sursauta:
-Mais ce sont les lunettes de ton père!
-Hm hm!
Acquiesça la petite fille bonde en hochant fièrement la tête:
-Je ne peux accepter: c'est le dernier souvenir que tu as de ton père! Je ne peux pas…
-Hahaha c'est bon voyons! (Rit Fluorite en secouant les mains) Elles vous serviront plus à vous qu'à moi. Et puis, je ne suis pas aussi faible et fragile que j'en ai l'air: je vais bien. Et… (Elle sourit) Et puis, j'ai aussi les mots de mon père en tête: il sera toujours avec moi, alors je peux vous laisser ces lunettes. C'est en gage de ma gratitude et de mon amitié pour vous. Comme ça, vous aurez un souvenir de moi!
Termina-t-elle avec un large sourire ému mais sincère. Dégel sentit son coeur se serrer dans sa poitrine devant la sincérité et la maturité de la fillette, et il sourit en serrant doucement les précieuses lunettes dans la paume de sa main:
-J'en prendrai grand soin, Fluorite. Merci beaucoup.
Et comme la petite fille se tournait vers Mme Fraille pour se chamailler avec elle, Séraphina murmura doucement:
-Je me demande… Mme Grenat m'a expliqué que vouloir protéger ce monde était stupide, que nous nous battions pour un rêve éphémère… Alors, pourrons-nous veiller sur notre monde malgré tout? Pourrons-nous réellement protéger la paix, ou bien n'est-ce qu'une illusion? Un combat vain et perdu d'avance?…
Les yeux dans le vague, la jeune femme sembla se perdre dans ses pensées, remplie de doutes quia assombrissaient son beau regard clair. Dégel chercha ses mots quelques secondes avant de se saisir doucement de la main de son amie:
-Mon maître s'est rallié à la cause de Mme Grenat parce qu'il pensait la même chose. Il m'a fait venir ici pour voir si leur chemin était le bon, et ce n'était pas le cas. Protéger notre monde, protéger la paix… Même si c'est un idéal éphémère, c'est une chose que personne ne peut obtenir sans volonté ni détermination. Si nous voulons vraiment protéger notre futur, même s'il s'agit d'un rêve, même si le temps passe, il faut continuer de croire en ces rêves et d'en réunir de plus en plus, pour assurer un avenir brillant aux générations suivantes.
Il leva la tête vets le ciel, là où de la neige commençait à tomber doucement:
-Si nous voulons vraiment protéger notre monde, il suffit d'y croire et de se battre pour nos idéaux, jusqu'au bout du rêve. Du moins, c'est cette pensée qui m'a permis de vaincre. Et apparemment, c'est le bon choix. Nous battre pour protéger notre idéal de paix et de sécurité, c'est ce que nous faisons, nous, Chevaliers d'Athéna, et j'en suis fier.
Un court silence respectueux s'en suivit, mais le coeur du Verseau était apaisé, calme, rassuré: il avait raison. Il le savait, il avait repris confiance. Comme pour confirmer ses pensées, Séraphina sourit doucement:
-Tu as raison, Dégel. La paix dans le monde est peut-être un rêve, mais tant qu'il existe des gens prêts à se battre pour cet idéal à léguer aux générations futures, il est réalisable. (Elle serra la mains du Verseau dans la sienne) Et je suis heureuse de choisir de me battre pour cet idéal, moi aussi.
Dégel sourit et inspira profondément l'air frais de la nuit française…
Rassuré et confiant en l'avenir.
Oui, peu importe les obstacles, peu importe les ennemis, il se battrait pour défendre cette paix qu'ils aimaient tant. C'était son rôle, en tant que Chevalier d'Athéna, de protéger les innocents et de se battre pour défendre son idéal.
Il vaincrait. Et tant qu'il y aurait des gens pour y croire, le bien triompherait. Il en était sûr.
$s$s$s$
Quand Sasha poussa la porte du huitième temple, elle manqua de laisser tomber le bac d'eau qu'elle transportait:
-Kardia!
Le Scorpion, accoudé à la fenêtre (bon sang, comment avait-il pu se lever dans son état?!), se tourna vers elle et esquissa un sourire qui se voulait lumineux. Sourire qui ressemblait d'avantage à une grimace douloureuse qu'à un quelconque signe de joie:
-Salut, miss. Comment va?
-C'est à moi de te demander ça! (S'écria la petite Déesse en se précipitant vers lui) Qu'est-ce que tu fais debout?! Tu te sens mieux?!
-Ouais, beaucoup mieux!
-Fais voir!
Kardia haussa les sourcils:
-Hein?
Sasha tapait lentement le sol de son pied en lui adressant un mouvement d'index lui intimant de se pencher en avant. Le grec leva les yeux au ciel en poussant un grognement puis, réticent, se pencha. La fillette aux cheveux mauves plissa les yeux et posa le dos de sa main sur le front du Scorpion…
Et fronça dangereusement les sourcils:
-Tu es brûlant de fièvre!
-Mais non, mais non.
-Mais si, mais si! (Insista-t-elle) Retourne immédiatement te coucher plutôt que de traîner dans les courants d'air, espèce de sot!
Kardia esquissa une grimace faussement choquée devant « l'insulte » terrible qui lui était destinée:
-Ouille!
-Allez!
Sasha le fit se retourner et le poussa vers son lit:
-Tu dois te reposer et attendre que Dégel rentre pour te soigner! Alors tu restes au lit et tu ne bouges plus!
-Puisque je te dis que je me sens mieux!
-C'est cela, oui!
-M'enfin! Je sais ce que je sens, nan?!
Fit mine de s'énerver le Scorpion en lui jetant un regard mauvais:
-Apparemment non!
Arrivés face au lit, elle le désigna d'un mouvement de bras:
-Assis!
Kardia rit franchement: non mais! Elle le prenait pour un chien ou quoi? Mais malgré ça, il se laissa tomber sur son lit sans rechigner: à vrai dire, avec de nouveaux draps, il avait moins l'impression de nager dans sa propre sueur! (La grande classe, pas vrai?) Sasha appuya sur ses épaules, comme si elle pouvait avoir assez de force pour le faire obéir. La fatigue semblait avoir évincé sa timidité légendaire comme elle grondait presque:
-Couché!
-Et quoi, j'abois maintenant? Je te préviens, je risque de mordre aussi!
La petite fille leva les yeux au ciel en poussant un soupir rieur:
-Je fais ça pour toi.
-Ouais… Je sais… Merci d'ailleurs.
Elle sourit et remonta les draps blanc jusqu'au menton du Scorpion (qui s'empressa de les redescendre jusqu'à son ventre):
-C'est normal voyons.
Kardia étouffa un bâillement:
-Tu devrais dormir un peu, miss: tu vas finir par tomber malade à force de veiller ainsi.
Sasha haussa les épaules, un doux sourire épuisé sur les lèvres:
-Je tiens le coup, ma fatigue n'est rien comparée à ta souffrance.
-Ouais mais faut pas que tu te rendes malade parce que je le suis, hein. Le sens du sacrifice c'est bien, mais trop c'est trop.
Il était sérieux en disant ça. La petite fille était livide et de lourdes cernes (et encore, elles n'étaient rien comparées aux siennes) s'étiraient sous ses grands yeux verts. Grands yeux verts qui avaient légèrement rapetissés et qui avaient perdu leur éclat. Elle allait finir par se tuer à la tâche, et pour rien en plus.
-Je ne me sacrifie p-…
-A d'autres ouais! Si tu veux vraiment m'aider, va te coucher et fais venir Liam.
Sasha cligna des yeux interloqués et répéta sans comprendre:
-Liam?
Kardia ébouriffa ses cheveux mauves:
-Contente-toi d'obéir, pour une fois. Tu dois te reposer et ça lui servira d'entraînement.
-Tu ne vas quand même pas l'entraîner alors que tu es dans un état pareil?
Le Scorpion esquissa un sourire moqueur, le front de nouveau trempé de sueur et les joues rougies par la fièvre:
-T'en fais pas… C'est une très bonne occasion… Pour nous deux…
$s$s$s$
Dégel n'eut presque pas le courage de se débarbouiller (ou du moins d'essuyer le sang qui avait taché son visage) avant de se laisser tomber dans son lit, épuisé, fourbu, et le corps en miettes. Avant de se laisser sombrer, il prit quand même le temps d'inspecter ses blessures: hormis la légère coupure sur sa joue, la douleur qui émanait de sa poitrine quand il respirait trop fort et le large bleu qui s'y étalait, tout semblait normal. Enfin… Presque…
Le fait de voir flou en permanence finissait par l'agacer. Et comme il n'avait pas l'habitude de porter des lunettes, si il les gardait un peu plus de vingt minutes, les montures lui faisaient un mal de chien sur le haut des oreilles et lui donnaient un mal de tête infernal.
Dégel poussa un long soupir et se pinça l'arête du nez, déposant de l'autre main la fameuse paire de lunettes sur la table de nuit. Il était épuisé, et pourtant, même s'il ne désirait que dormir, la blessure de la trahison de son maître semblait plus profonde qu'il ne le pensait puisqu'elle le tenait éveillé.
Dans la chambre d'en face, Séraphina dormait sans doute du sommeil du juste. Nouvelle preuve de sa gentillesse, la jeune femme aux cheveux argentés avait payé une chambre pour Mme Fraille et Fluorite, leur offrant à toutes les deux un toit pour la nuit, et même pour la semaine si elles le voulaient.
Mme Fraille avait décidé de se retirer dans sa demeure dans le sud de la France, loin de cette région, loin de ses malheurs et de ses souvenirs douloureux. Suite aux conseils de Séraphina, elle avait réfléchi à l'idée de se remarier et de faire un mariage heureux pour finir paisiblement sa vie. Sa fierté de femme de haut rang l'empêchait de l'accepter immédiatement, mais personne n'était dupe: sans doute qu'elle saisirait cette occasion pour vivre heureuse, sans se torturer sur son passé.
Dégel savait qu'elle était inquiète, du fait qu'elle avait dépensé le reste de sa fortune pour payer ces gardes, de ne pas pouvoir vivre confortablement, mais il était sûr qu'elle était assez débrouillarde pour trouver un bon parti, aussi bien pour subvenir à ses besoins que pour l'aimer.
Quant à Fluorite, elle avait décidé de se trouver un nouveau travail de domestique et de vivre de nouveau dans la maison qu'elle avait partagé avec son père pour continuer son roman. Dégel esquissa un sourire et étouffa un bâillement: la fillette avait insisté pour qu'il revienne lire ce qu'elle avait écrit aussi souvent que possible et il n'avait pas eu le courage de refuser. Après tout, il suffisait qu'il demande au Grand-Pope une permission pour venir lui rendre visite.
Il lui avait bien proposé de venir avec lui au Sanctuaire pour y travailler comme servante (tout en étant rémunérée, logée et nourrie), puisqu'elle ne possédait pas de cosmos, mais elle avait refusé. Elle tenait absolument à rester ici, là où elle avait de si bons souvenirs de moments passés avec son père. Il n'avait pas insisté, comprenant parfaitement ses raisons.
Ses yeux se fermèrent malgré lui, bercé par le « tic-tac » de l'horloge, et ses rêves furent peuplés de neige. De neige et de souvenirs.
-Vous allez attraper froid si vous sortez de nouveau sans vous couvrir, Maître.
Son ton de reproche était affectueux, et il déposa sa propre veste sur les épaules maigres et frêles du vieil homme, assis à même la neige, face au vent. Imperturbable, l'homme tendit le bras et désigna l'énorme bloc de glace qui lui faisait face:
-Regarde, Dégel.
Redevenu jeune garçon, aux alentours de ses 8 ou 9 ans, peut-être, il écarquilla les yeux devant le magnifique spectacle qui se déroulait devant lui: des cygnes. Des dizaines de cygnes volaient autour du pic de glace, s'y posaient en chantant, battant de leurs ailes gracieuses, aussi blanches que la neige:
-Est-ce qu'ils viennent faire leurs nids dans les glaces éternelles? Je ne savais pas que les cygnes venaient jusque dans le grand nord pour ça.
-On dirait bien… A moins que quelque chose ne soit en train de naître dans les glaces éternelles.
Un coup de vent secoua les courts cheveux verts en bataille de Dégel:
-A l'intérieur?
-Oui, Dégel. Tu vois, même ces glaces qui n'ont encore jamais fondu sont un rêve éphémère face au temps qui passe. Tu comprends?
Le garçon hocha la tête et Crest continua doucement:
-Alors avant de céder face au temps, elle laisse quelque chose derrière elle. Laisser quelque chose aux générations futures avant de s'éteindre semble naturel pour l'homme, il en est de même pour la nature, les animaux,… Sais-tu pourquoi?
-Parce que tout est animé par le Cosmos?
Il put presque voir le sourire de son maître derrière son épaisse barbe:
-Exactement, parce que le cosmos anime toute chose: vivants, inertes, hommes, pierres,… Même la glace. Et tu sais aussi quel est le point commun entre toutes les choses?
-Toutes sont vouées à disparaître un jour.
-C'est ça. (Crest hocha la tête et murmura plus bas) Disparaître… Oui, tout ce qui existe est voué à disparaître à partir du moment où il naît. C'est le cycle de la vie. Et les humains s'efforcent de survivre malgré tout: chaque homme qui meurt laisse une partie de son âme, un souvenir, dans le coeur des gens qui l'ont aimé. Sais-tu quel autre moyen ont trouvé les hommes pour survivre et perdurer, même dans la mort?
Dégel secoua la tête, incapable de détacher les yeux des cygnes comme de trouver une réponse:
-Créer un lien avec l'avenir, Dégel. Laisser une trace de son passage en léguant un monde en paix à ses descendants. Faire de son mieux pour défendre la paix et assurer un futur sûr aux suivants.
Les yeux soudain voilés par les souvenirs, Crest souffla:
-Il faut que quelqu'un protège ce lien entre les générations, que quelqu'un assure la paix dans le monde pour l'offrir aux générations suivantes. Et c'est pour ça que les Chevaliers d'Athéna existent, Dégel.
Le garçon sursauta légèrement lorsque la large main ridée, presque diaphane, de son maître se posa sur la sienne, étonnamment chaude. Chaude et rassurante. Paisible, calme,… Tellement semblable à Crest lui-même. Dégel sourit et serra la main du vieil homme dans la sienne:
-Comptez sur moi, Maître: je protègerai ce lien du mieux que je peux, ce lien et la paix.
Un léger rire attendri secoua les épaules du cinq fois centenaires:
-Tu es un brave garçon, Dégel, et ton sens de la justice est le bon. Je sais que tu ne me décevras pas.
En face d'eux, un cygne prit son envol d'un battement d'aile et s'éloigna vers l'horizon.
Dégel ouvrit difficilement les yeux, fronça les sourcils avant de se rappeler qu'il ne verrait plus jamais net, et poussa un léger soupir rassuré. Alors qu'il craignait de faire des cauchemars plus angoissants les uns que les autres, il était soulagé de voir que ce simple souvenir avait réussi à l'apaiser: il était dans le bon. C'était une mission que son maître lui avait confié depuis déjà plusieurs années. Il n'avait pas tort, et Crest était mort en paix.
Tout allait bien.
Alors, qu'est-ce qui l'avait réveillé?
Comme il tournait la tête vers la droite, il rencontra deux grands yeux bleus clairs, deux yeux reconnaissables. Ha… Ca devait être Kardia... Il esquissa un sourire: sans doute était-il encore en train de rêver... Un nouveau rêve apaisant, rassurant... Il n'avait qu'une seule envie, se blottir contre le corps si chaud du Scorpion, se laisser bercer par les battements si vigoureux de son coeur et par ses caresses dans ses cheveux,... Dormir...
Mais comme il s'apprêtait à murmurer le mauvais nom, il se redressa subitement:
-Séraphina?!
Pas de doute! C'était elle! Mais bon sang, qu'est-ce qu'elle fabriquait dans sa cham-… Dans son lit?!
La jeune femme sursauta et se recula vivement:
-Oh désolée! Excuse-moi, j'espère que je ne te réveille pas.
-Absolument pas, (Mentit-t-il après une seconde de réflexion et en se reculant d'avantage), je venais juste de me réveiller.
-Tant mieux…
Lourd silence gêné, presque palpable, avant qu'il ne reprenne:
-Est-ce que tout va bien?
Bien qu'elle essayât de le cacher, ses épaules étaient secouées de légers tremblements: elle ne pourrait pas lui mentir, ou du moins, pas longtemps. Quelque chose n'allait pas.
-Je… (Elle balbutia) J'ai… J'ai peur.
-Peur?
-Tu vas sans doute trouver ça ridicule, (Elle rit) à vrai dire, je me fais pitié à moi-même, mais j'ai fait un cauchemar et je n'arrivais pas à me rassurer seule…
Dégel haussa un sourcil:
-Un cauchemar?
Séraphina s'assit et passa les mains sur ses bras, comme pour se réchauffer:
-J'ai… Je ne pensais pas que Mme Grenat m'aurait autant terrifiée… Je suis désolée d'être entrée sans ta permission mais… Mais j'espérais que tu accepterais de… (Elle rougit légèrement) De me laisser rester dans ta chambre quelques minutes? Juste le temps que je m'endorme?
Dégel s'empêcha de tiquer: pardon? Que lui avait fait Mme Grenat pour qu'elle en ait si peur? Non, non, la vraie question était plutôt: depuis quand Séraphina faisait-elle une chose pareille?! Il hésita une longue seconde: d'un côté, il avait terriblement envie de dormir, mais de l'autre, il ne pouvait pas laisser la jeune femme seule dans un moment pareil. Sans doute avait-elle besoin de parler, d'être rassurée…
Alors, après cinq longues secondes de silence, il finit par murmurer:
-D'accord.
-Merci...
Le sourire de Séraphina quand elle lui répondit était à la fois penaud et soulagé: la pauvre, elle devait vraiment avoir fait un cauchemar angoissant.
-C'est normal.
Dégel se recoucha, tournant pourtant résolument le dos à la jeune femme, le coeur battant et les yeux écarquillés. Bon, rester calme, il n'y avait aucune raison pour se mettre dans un état pareil. Tout allait bien, ils étaient juste deux amis d'enfance qui avaient vécu une expérience traumatisante et qui se rassuraient mutuellement, et puis, ils ne faisaient que dormir, non?
Mais alors, pourquoi son coeur s'emballait-il à ce point?
-Dégel?
-Hm?
-Est-ce que tout va bien?
-Hm hm.
Il s'était fait une belle résolution: garder les lèvres scellées et ne rien articuler de plus que ces « Hm hm » éloquents. Il avait trop peur que sa voix ne ressemble à un croassement angoissé, et il était hors de question qu'il se rende aussi ridicule devant elle! Avec un léger bruissement des draps, Séraphina se redressa et poussa un soupir:
-Tu ne peux pas me mentir, Dégel, pas à moi. On se connaît depuis trop longtemps.
Non mais, est-ce qu'elle n'était pas en train de le rassurer alors que c'était à lui de le faire?! Qu'est-ce que c'était que cette inversion de rôles?! Incapable de se résoudre à changer de sujet (de toute façon, elle le remarquerait et reviendrait au sujet de conversation premier), il remonta la couverture jusqu'à son menton, le dos résolument tourné:
-Je ne mens pas.
-Va donc dire ça à quelqu'un de plus naïf.
-Puisque je te dis que je vais bien, ne t'en fais pas.
-Dégel…
Soupira-t-elle avec tant de lassitude qu'il se retourna à demi, les sourcils à demi froncés. Séraphina était assise, accoudée, plus précisément, ses longs cheveux blancs aux reflets argentés se coulant sur ses épaules dénudées, ses superbes yeux bleus posés sur lui en un regard à la fois légèrement réprobateur et blessé.
La lumière de la lune dans son dos englobait sa silhouette d'une douce aura blanchâtre et bleuâtre à la fois. Une aura presque magique, qui ressemblait même à un cosmos.
Malgré lui, Dégel se redressa légèrement, ébloui, presque abasourdi. Mais il se secoua mentalement et n'en laissa rien paraître, grognant presque:
-Pourquoi me fais-tu des reproches?
La jeune femme sembla hésiter, chercher ses mots, avant de souffler:
-Parce que je pensais que l'on pouvait tout se dire…
Dégel s'empêcha de lever les yeux au ciel:
-Même si j'avais envie de mentir, ce serait mon droit le plus strict.
Il se mordit l'intérieur de la joue quand Séraphina tressaillit et entrouvrit les lèvres, surprise, choquée peut-être. Le Verseau baissa les yeux, incapable de soutenir le regard déçu de son amie, et soupira:
-Excuse-moi, je suis fatigué et je ne sais pas ce que je dis.
Il s'empêcha de sursauter quand les mains de la jeune femme, si douces, si tendres, s'emparèrent paisiblement de la sienne pour la porter à sa joue. Redressant la tête, Dégel sentit son coeur s'emballer:
-Qu'est-ce que tu…
-Tu sais que tu peux tout me dire: si tu ne parles pas, cette peine va enfler et te dévorer. Je connais cette douleur, j'ai moi aussi perdu un parent, je sais à quel point c'est difficile. Alors… Comme je te connais…
Elle sourit doucement, presque tristement, et ferma les yeux:
-Je suis sûre que tu es en train de te morfondre et de te dire que tu es responsable.
-C'est f…
-C'est vrai, Dégel.
Le jeune homme déglutit difficilement et il eut la vague impression qu'une larme effleurait sa main, toujours posée sur la joue de la jeune femme. Il ne parvenait pas à nier, à se dégager, il avait l'impression de ne plus être maître de lui-même, d'être un spectateur. Au fond de lui, il avait l'horrible instinct que quelque chose clochait, qu'il ferait mieux de se reculer, de renvoyer Séraphina dans ses appartements ou bien de quitter la pièce,…
Mais en même temps… En même temps…
La jeune femme aux cheveux argentés se pencha en avant, jusqu'à poser sa joue sur le torse de Dégel qui s'empêcha de reculer:
-S'il te plaît, ne t'isole pas, ne te referme pas…
Sa main se posa sur la poitrine du Verseau, douce, légèrement tremblante mais assurée:
-Ouvre-moi ton coeur, Dégel…
Son souffle caressa sa gorge tandis que sa voix tremblait légèrement, comme si elle allait se briser.
-Séraphina… (Dégel haleta, les joues en feu et le coeur battant à tout rompre) Je crois qu'on… Qu'on ne devrait pas…
-Je peux t'aider, te soulager de ce fardeau. Nous pouvons nous entraider, comme autrefois. Comme tu m'as aidée quand ma mère est morte.
Elle se redressa légèrement et encadra doucement le visage, étonnement livide, du Verseau de ses mains, caressant ses joues, ses traits de ses pouces:
-Ne remets pas ton armure… Je t'en supplie…
Ses magnifiques yeux bleus furent voilés par ses paupières, puis elle souffla:
-Laisse-moi t'aider…
C'est seulement lorsque ses lèvres effleurèrent les siennes que Dégel se rendit compte que tout allait beaucoup trop vite. Il ne parvenait pas à garder son sang-froid, à réfléchir posément,… Les yeux grands ouverts, le corps raide et crispé, tout ce qui tournait dans sa tête était que son amour d'enfance l'embrassait, l'aimait,…
Une vague de chaleur et de joie enflamma son coeur, immédiatement refroidie lorsque le visage de Kardia, lumineux puis réprobateur, s'imposa à lui. Alors seulement, après de longues secondes, Dégel posa les mains sur les épaules de Séraphina et la repoussa doucement:
-Non…
La jeune femme lui jeta un regard perdu, rempli d'incompréhension et de doutes. Les joues rosées, les yeux brillants et le souffle saccadé:
-M-mais… Tu ne… Non?
Dégel se força à soutenir son regard, manqua de s'y noyer et baissa les yeux:
-Non.
Séraphina écarquilla les yeux et entrouvrit la bouche, comme s'il l'avait giflée ou insultée. Les deux lacs de ses yeux brillèrent plus intensément à cause des larmes de douleur et de déception:
-Pourquoi?…
Sa voix se brisa et un sanglot secoua ses épaules si frêles. Dégel se mordilla la lèvre, incapable de relever les yeux vers elle, de supporter son chagrin, d'avouer la vérité:
-Tu es une princesse, je ne peux pas me permettre de…
-Ton rang m'importe peu!
Séraphina entoura de nouveau son visage de ses mains, le força à la regarder, la voix tremblante et le souffle haletant:
-Tu pourrais être dieu, roi, mendiant ou encore lépreux que je m'en moquerais, je te voudrais toujours. Encore et toujours. Tu sais très bien que je dis la vérité. (Elle esquissa un sourire triste) Et je sais que tu me mens,… Encore…
Elle essuya une larme de dépit qui roulait sur sa joue avec son index et se recula. Dégel balbutia:
-Je ne te…
-Je ne peux pas te forcer à m'aimer… Mais je t'en prie, arrête de me mentir… Je préfèrerais encore que tu me dises honnêtement que tu ne m'aimes pas…
Séraphina inspira profondément et, quittant le lit, se leva, droite, noble malgré son chagrin évident, mais sa voix trembla, accompagnant ses yeux inondés de larmes, lorsqu'elle se retourna vers lui:
-J'espère qu'elle se rend compte de la chance qu'elle a…
Son sourire était si sincère que le coeur du Verseau se serra dans sa poitrine: pourquoi restait-elle aussi douce? Aussi gentille? Il préfèrerait mille fois qu'elle crie, qu'elle le gifle, qu'elle s'en aille en claquant la porte et en le maudissant… Tout sauf ce sourire douloureux et sincère qui lui brisait le coeur et l'emplissait de culpabilité!
Séraphina hoqueta légèrement, les mains pressées sur le haut de sa robe, au niveau du coeur, et une mèche de cheveux argentés glissa sur son épaule:
-Je te souhaite d'être heureux avec elle, Dégel…. Je ne t'en veux pas, c'est ma faute d'avoir trop tardé… J'aurais du faire ce pas il y a bien longtemps…
Il sursauta légèrement lorsque les mots lui parvinrent. Lorsqu'il comprit que cette jeune femme qu'il avait si longtemps aimé sans espoir l'aimait depuis toujours. Lorsqu'il comprit qu'il avait manqué sa chance et qu'il était désormais trop tard.
-S'il-te-plaît, n'en parlons pas demain, ni jamais…
Séraphina posa la main sur la poignée de la porte et lui adressa un nouveau sourire, si doux, si tendre malgré les larmes qui roulaient sur ses joues:
-Restons bons amis, d'accord?
Sa couardise la faisait souffrir, la faisait pleurer,… Et lui faisait mal, à lui aussi. Comment avait-il pu être aussi aveugle pour ne pas remarquer cela?! Maintenant qu'il y pensait… Oui… Ces sourires qu'il avait toujours cru destinés à un garçon qu'elle considérait comme son frère étaient en fait pour lui, pour le garçon qu'elle aimait.
Sans doute qu'elle avait espéré qu'il comprenne, qu'il fasse le premier pas vers elle, qu'il lui avoue ses sentiments et qu'elle les accepte avec un large sourire. Sans doute attendait-elle cela depuis toujours. Comment avait-il pu être aussi aveugle? Comment n'avait-il pas compris qu'il avait toutes ses chances?
Il avait l'impression que son coeur allait exploser, à la fois sous le coup de la culpabilité et de la honte, de la colère et de la tristesse, trop d'émotions, trop de choses traversaient son esprit. Des souvenirs lui revenaient en tête, des souvenirs où Séraphina lui adressait un sourire, lui prenait la main, s'appuyait contre lui, dansait avec lui, riait avec lui,…
Alors, quand la jeune femme fit mine d'ouvrir la porte, sans qu'il comprenne comment il avait bougé aussi vite, sans qu'il puisse s'en empêcher, Dégel l'agrippa par la taille, la fit se retourner et, violemment, presque brusquement, l'embrassa avec fougue, avec l'énergie du désespoir.
Séraphina écarquilla les yeux quelques secondes avant de pousser un soupir mi-rieur mi-sanglotant. Elle referma les bras sur sa nuque, l'attira à elle tandis qu'il la plaquait contre lui. Ses mains remontaient le long de son dos, caressaient ses longs cheveux argentés, ses épaules,…
La jeune femme se détacha difficilement de son étreinte, haletante, les joues rouges et les yeux brillants (de larmes ou de joie? Il ne parvenait pas à savoir). Elle passa les mains sur le visage tant aimé du Verseau, caressa ses joues, dessina ses traits, et murmura:
-Tu n'es pas obligé de faire ça… Je ne veux pas que tu te rendes malheureux pour causer mon bonheur…
Dégel déglutit et caressa doucement la joue de la jeune femme: ce n'était pas lui qu'il avait peur de rendre malheureux. Mais elle. Il refusait de la faire pleurer, de lui faire de la peine, elle qui méritait tout le bonheur du monde, elle qui était si gentille,…
Alors, malgré le poids qui pesait sur son coeur, il posa ses lèvres sur son front:
-Je ne le regretterai pas, et toi non plus.
La joie fit couler de nouvelles larmes sur les joues claires de la princesse et Dégel sentit son coeur gonfler dans sa poitrine, comme si, en la rendant heureuse, en lui mentant, il se blessait immanquablement. Lui et…
Kardia…
Si elle perçut son trouble soudain, Séraphina n'en laissa rien voir, se contentant de se serrer contre lui, les bras passés dans son dos et la joue posée sur sa poitrine:
-Dégel…
Pourquoi ne parvenait-il pas à se refuser entièrement? Pourquoi l'avait-il rattrapée? D'un côté, il savait depuis bien longtemps qu'il avait aimé Séraphina plus que quiconque. Mais il s'était fait une raison, pensant qu'elle ne l'aimait pas, ne le remarquait pas, le considérait comme son frère,…
Et puis, il fait rencontré Kardia, avait découvert ce que « être aimé » voulait dire. A sa seule pensée, le Scorpion parvenait encore à faire frissonner Dégel, à faire battre son coeur plus vite. Oui, il l'aimait, de tout son coeur. Même s'il avait essayé de se mentir, il aimait cet homme, ses manières, sa façon d'être,... Tout en lui était si lumineux, le complétait parfaitement...
Mais alors… Pourquoi venait-il d'allonger délicatement Séraphina sur son lit? Pourquoi l'embrassait-il de nouveau? Pourquoi ses mains faisaient-elles glisser sa robe sur sa peau diaphane?
Dégel se redressa légèrement: il avait l'impression que sa poitrine allait exploser, que malgré cette culpabilité et cette douleur, c'était comme si son corps était dirigé par un autre, comme s'il était relégué au second plan et possédé par un autre.
Il ne se rendit pas compte que Séraphina faisait glisser sa chemise le long de ses bras, et il ne comprit jamais comment ils se retrouvèrent nus sans qu'il n'en prenne conscience.
Les joues rouges, la jeune femme haletait, caressait son dos, sa nuque, murmurait son prénom, un air de pur abandon sur le visage,… Dégel sentit un frisson remonter le long de son dos, se reconnaissent horriblement dans l'attitude de Séraphina. Mais était-ce vraiment elle? N'était-ce pas un autre rêve terriblement réaliste? Un rêv où ses yeux seraient aussi affectés par ce nouveau trouble?
Il ferma les yeux un court instant, incapable de continuer:
-Je ne peux pas faire ça… Qu'est-ce qui me prend? C'est moi qui suis dans cette situation d'habitude. Je ne peux pas trahir Kardia, je ne peux pas…
Il rouvrit les yeux, croisa deux orbes bleues claires, nettes, seule chose qu'il percevait clairement dans l'obscurité de son trouble visuel et sentit son coeur se faire plus léger. Ce n'était sans doute pas elle... Une seule personne pouvait avoir des yeux pareils...
-Kardia…
Séraphina tendit les bras et murmura:
-Viens…
Elle savait pertinemment qu'il y avait quelqu'un d'autre dans la vie de Dégel, sans doute une fille bien, une fille qui le méritait. Elle savait qu'elle aurait dû s'en aller dès qu'elle l'avait compris, avant de commettre l'irréparable.
Mais quand il l'avait embrassée, quand il avait posé ses mains sur elle, elle avait cédé. Elle l'aimait. Elle était faible. Peu lui importait de n'être qu'une consolation, elle voulait être à lui, même si ça n'était qu'une fois, qu'une nuit,… Elle voulait s'empêcher d'avoir plus de regrets qu'elle n'en avait déjà.
En même temps, Séraphina avait peur de le blesser en agissant ainsi. Elle ne voulait pas qu'il lui cède uniquement pour la soulager de sa peine, elle ne voulait pas qu'il soit malheureux… Mais elle n'avait pas pu se refuser…
-Je t'aime… Je t'aime tellement, Dégel…
Hoqueta-t-elle, les épaules secouées par des sanglots à la fois désespérés et comblés. Elle savait qu'il était trop tard, que plus jamais Dégel ne pourrait l'aimer exclusivement. Elle avait trop attendu et devait en payer le prix. Cette nuit serait la seule qu'elle passerait avec l'homme qu'elle aimait. Cette nuit serait la seule où ils ne feraient qu'un.
Oh bon sang, elle donnerait tout pour porter son enfant… L'enfant de Dégel et le sien… Et elle donnerait encore plus pour que cet enfant soit un garçon aux cheveux verts et aux yeux améthystes… Elle regrettait tant de ne pas avoir fait ce premier pas plus tôt. En attendant bêtement, elle l'avait perdu…
A tout jamais…
-Moi aussi…
Elle entrouvrit les yeux, l'air intriguée. Le visage de Dégel était si proche du sien, leurs souffles saccadés s'entremêlaient, leurs nez se touchaient presque,… Et elle se perdit une nouvelle fois dans les yeux mauves du Verseau quand il murmura:
-Je t'aime aussi, Séraphina…
La jeune femme eut l'impression que son coeur explosait de joie et elle eut un petit rire mêlé de larmes de reconnaissance:
-Dégel…
-Je suis désolé, Kardia…
Séraphina se cambra et il étouffa son cri de ses lèvres, s'empêchant ainsi de parler tout haut sans le vouloir:
-Je suis faible…
La jeune femme déglutit difficilement, la voix tremblante, et referma les bras sur son dos:
-Dégel… Dégel…
-Je suis perdu quand tu n'es pas là pour me guider… Je m'en veux tellement…
Il ne put s'empêcher de laisser échapper un halètement:
-Je ne sais pas ce que je fais…
-Pardonne-moi…
-Kardia…
-Séraphina…
Quand il rouvrit les yeux, se fut pour plonger dans les orbes si pures de la jeune femme. Ces yeux bleus qui ressemblaient tant à ceux de Kardia… C'était comme si… Comme si le Scorpion le regardait à travers ces yeux, le jugeait, l'observait avec douleur et colère… Au fond, peut-être était-il déjà au courant… Peut-être que ce lien qui les unissait avait fait son travail et l'avait informé de sa trahison…
Pour la première fois depuis longtemps, Dégel eut l'impression qu'il allait pleurer.
Pourtant, pas une seule larme ne roula sur sa joue lorsque, leurs ébats finis, Séraphina se lova contre lui, un sourire ravi sur les lèvres, ni lorsqu'elle murmura doucement « Merci » à son oreille avant de s'endormir.
Non, il ne pleurait pas.
Parce que son coeur le faisait pour lui.
Kardia ne devait jamais entendre parler de ça.
Jamais.
Et voilààà... *Se barricade une nouvelle fois dans son bunker de choc* Pitié de me haïssez pas! DX
J'ai eu énormément (énoooormément) de mal à orchestrer ça vu que Dégel est tellement plus réservé! Mais sa culpabilité et son sens du devoir m'ont bien aidé pour le coup ^^" Je vous jure que c'est pour une bonne cause! Vous serez contents! (plus tard, en tout cas!)
J'espère que ça vous a plu malgré tout ;) (je n'ai aucune idée de quand je pourrai poster le chapitre suivant au vu des examens qui approchent, etc etc...) Sur ce, gros bisous à tous et à bientôt! :D
