Coucou tout le monde! :D Je ne suis pas morte! TToTT Enfin je peux vous poster ce chapitre! (Et bon sang mes amis, il est long! Deux fois plus grand que d'habitude! *^*) Bon, je ne vous cache pas qu'avec les examens, j'ai eu énormément de mal à le finir (je ne me rendais vraiment pas compte qu'il était si long en fait D: ) et je ne sais pas non plus quand je pourrai poster le suivant :/ Enfin, chaque chose en son temps! Commençons par profiter de ce chapitre-ci, tout chaud, tout neuf :D
GriniAngel: Coucou! :D Ne t'en fais pas voyons, prends tout ton temps! Oh, j'espère que ça va mieux maintenant et que ce n'était rien de grave :( (allez, câlin pour te réconforter) Je suis vraiment très heureuse qu'ils t'aient plus: ce que tu dis me flatte énormément :'D (Si j'avais cru lire un commentaire aussi flatteur un jour! TT-TT)
Je vois qu'on est d'accord concernant l'idéologie de Dégel/Saint Seiya avec tout ce qui est arrivé/arrive ces temps-ci... (oui j'ai entendu parler de ces manifestations D: ) J'avais vraiment envie de faire passer mon point de vue sur ces choses à travers le personnages de Dégel, ça comptait vraiment pour moi (et au final, ces chapitres que je redoutais m'ont vraiment motivée!) :') Ca serait trop facile de le laisser tranquille, pas vrai? :'s (ouf, je croyais que c'était trop évident XD) J'aime beaucoup écrire ces scènes avec Sasha :D Elle est tellement adorable et le comportement qu'a Kardia avec elle me fait vraiment rire! Il est à la fois maladroit et je m'en-foutiste :')
Merci à toi pour ta review et ta fidélité :D Haha aucun souci voyons, merci beaucoup! (Merci! ;0;) Gros bisous et encore merci pour tout! :D
Angeline: Salut! :D Il le fallait, crois-moi :( (enfin, pour que mon plan diabolique soit mis à exécution…) Ouh à mon avis, ça risque d'être violent :x suspense! Merci pour ta review et à très vite :)
Sur ce, enjoy! :D
A travers les délires de la fièvre, Kardia sut pourtant que Dégel était de retour avant même qu'il ne franchisse l'entrée du Sanctuaire.
Un soupir soulagé lui échappa en même temp qu'un petit rire rauque:
-Enfin…
-Il y a problème?
S'inquiéta Liam qui, au simple son de sa voix, avait bondit de sa chaise. Le Scorpion lui adressa un signe de la main pour le rassurer:
-T'en fais pas… Maintenant… Tout va aller mieux… (Il sourit) Tu vas pouvoir retourner t'entrainer…
Le petit garçon aux cheveux rouges sembla hésiter: cela faisait quinze jours qu'il veillait sur son supérieur, surveillait qu'il avait tout ce dont il avait besoin (de l'eau dans la cruche, un linge humide sur le front, aérer la chambre de temps en temps, le nourrir tant bien que mal,…). Kardia lui avait expliqué que cette tâche faisait partie de son entraînement, cela développait sa capacité à prendre soin des autres, et particulièrement de son maître. Ca, mais aussi de lui obéir et de se tenir à carreau, attentif au moindre froncement de sourcils,…
Une leçon de vie, certes, mais pas uniquement.
Parce qu'il avait aussi appris à mieux maîtriser son cosmos, à être plus précis en l'utilisant…
-Tu sais ce qui me rendrait heureux, Liam?
Le garçonnet se redressa:
-Etre guéri de cette fièvre?
-Haha ouais, entre autres. Mais j'aimerais surtout que t'ailles à la rencontre de Dégel et que tu me l'amènes… Ca serait cool…
Le petit garçon aux cheveux rouges (qui, une fois détachés, lui arrivaient désormais aux épaules) hocha vivement la tête et, obéissant au quart de tour, sans poser de question, quitta le huitième temple pour courir à toute vitesse vers les étages plus bas. Le plus vite il allait, le mieux Kardia s'en porterait. Il avait cru comprendre que seul le Seigneur Dégel pouvait en venir en aide à son modèle, du moins, plus que lui et son cosmos encore trop faible.
Il ne savait pas si le Verseau était déjà rentré, ne savait pas si ça valait la peine de courir, mais puisque Kardia lui en avait donné l'ordre, il ne se posait pas de question et obéissait au quart de tour.
Traversant les septième, sixième, cinquième et quatrième temples à toute vitesse, il manqua de foncer directement dans le gardien du troisième. Parvenant à l'éviter de justesse, Liam trébucha, se rattrapa miraculeusement et s'arrêta pour s'excuser. S'inclinant respectueusement, il murmura un « Veuillez m'excuser » poli: il savait que le Chevalier des Gémeaux avait la réputation d'être l'un des plus puissants de tous, mais il savait surtout que, en plus de sa puissance, il était aussi reconnu pour être guidé par sa propre ambition.
Chose que Liam trouvait étrange au vu du rang de ce Chevalier, véritable gardien de la paix: était-ce vraiment juste de laisser son ambition personnelle prendre le dessus et nous diriger? Alors que le rôle premier des Chevaliers d'Athéna était plutôt de faire passer la vie des autres avant la leur?
Bien évidement, le jeune apprenti n'en laissa rien paraître mais, comme il faisait demi tour, la voix assurée et douce d'Aspros le rappela:
-Où cours-tu comme ça, petit?
Un étrange mauvais pressentiment serra le coeur de Liam: le seigneur Kardia lui avait dit, lors d'un de ses entrainements, de se méfier de plusieurs Ors, à savoir lui-même, le Chevalier de la Vierge, le Chevalier du Poisson et celui des Gémeaux. Et il se fiait entièrement à son jugement:
-Je vais à la rencontre du seigneur Dégel, sire.
Le jeune homme face à lui était grand, clairement plus grand que lui, et une aura assurée se dégageait de chacun de ses mouvements. Aspros passa la main dans ses longs cheveux bleus azurés, un air doux sur le visage qui semblait pourtant légèrement faux à Liam:
-Dégel? (Il rit doucement et s'accroupit, comme pour accentuer sa différence de taille et de niveau avec lui) Tu ne sais donc pas qu'il est en mission?
Liam faillit sursauter quand la main du Gémeaux se posa sur le sommet de sa tête pour lui ébouriffer affectueusement les cheveux. Il ne parvenait pas bien à comprendre pourquoi son maître se méfiait tant d'Aspros: il avait pourtant l'air brave, gentil et fort. Certes, cette ambition faisait office de tache sur un CV mais bon… Il ne semblait pas non plus mauvais. Alors, qu'est-ce qui perturbait le Scorpion?
Comme s'il suivait le cours de ses pensées, le jeune homme esquissa un sourire qui éclaira ses yeux clairs d'une étrange lueur:
-Tu es donc devenu muet?
-Non, sire.
-J'aime mieux ça: le respect de ses aînés est une valeur ici, au Sanctuaire. Mais ce n'est certainement pas ce qu'on apprend aux jeunes apprentis dont le destin n'est pas encore tracé, tu ne pouvais pas savoir.
Son ton légèrement condescendant alarma le garçon aux yeux ambrés et il faillit rétorquer. S'il avait été plus impulsif, il aurait peut-être répondu qu'il avait déjà un maître « attitré » et qu'il avait dépassé le stade de test. Mais il se contenta de baisser les yeux et de hocher la tête:
-Pardonnez mon insolence.
Aspros eut une sorte de petit reniflement ravi et il sourit:
-Tu apprends vite, petit, tu m'épates. Je te pardonne.
-Merci, sire.
Grommela le garçon, réfrénant la légère colère qu'avait provoqué son supérieur. Le Gémeaux se releva et ajusta (Liam le remarquait seulement maintenant) les plis de son long manteau noir (sans doute partait-il en mission, lui aussi):
-Tu peux donc vaquer à tes occupations d'apprenti: Dégel ne sera de retour que dans quelques jours.
-Je m'excuse mais le seigneur Kardia m'a demandé d'aller accueillir le seigneur Dégel.
Aspros écarquilla les yeux:
-Kardia?
-Oui, sire.
-Kardia, tu veux dire, Kardia du Scorpion?
-Oui, sire.
-Il t'a adressé la parole sans te tuer après?
Liam fronça légèrement les sourcils:
-Oui.
Le « sire » rempli de respect avait disparu devant le ton moqueur du Chevalier. Chevalier qui rit doucement, moins gentiment que quelques secondes auparavant, sur un ton presque moqueur et méprisant:
-Tu en as de la chance, petit! Tu dois être béni des Dieux pour survivre à une entrevue avec ce malade!
-Avec tout le respect que je vous dois, sire, c'est faux.
Aspros darda un regard légèrement mauvais sur lui et il grinça:
-Ha oui?
-Oui, sire. Le seigneur Kardia est un homme bon qui m'a sauvé la vie et qui m'entraine pour faire de moi un Chevalier d'Athéna.
Le jeune homme esquissa un sourire mauvais et plissa les yeux: non mais, pour qui se prenait cet insolent? Savait-il réellement à qui il parlait, lui, le futur Pope? Savait-il seulement quelles conséquences son irrespect entrainerait?
Aspros se pencha dangereusement en avant, ne faisant pourtant pas reculer cet insolent aux cheveux rouges:
-Un conseil, petit, si tu veux survivre, tiens-toi loin de ce malade (Il insista sur le dernier mot). Tu risques de te faire tuer si tu traines trop autour de lui. Tu ferais mieux de te choisir un autre maitre, ou du moins une armure plus accessible et moins pitoyable que celle-là. Quoique je doute que tu aies même le niveau de cette armure… Je te vois plus en Acier, ça t'irait très bien…
Liam serra dangereusement les poings: comment cet homme, aussi puissant et Or soit-il, se permettait-il de dire ainsi du mal de Kardia? De lui, ça pouvait encore passer, mais dire autant de choses horribles sur un homme de la trempe du Scorpion, c'était intolérable!
Les sourcils froncés, les yeux plissés, il feula presque:
-Je vous interdis de dire du mal du seigneur Kardia. Il est plus grand que vous ne le serez jamais.
Aspros sembla rester sans voix un court instant, puis il pouffa vaguement:
-C'est que tu serais presque susceptible, ma foi… Mais peux-tu te servir de tes poings et de ton cosmos aussi bien que de ta langue?
Alors que Liam ouvrait la bouche pour rétorquer, un cosmos glacial le fit frissonner en même temps qu'une voix si reconnaissable dans son dos:
-Un problème, Aspros?
Le petit garçon se retourna, un sourire soulagé sur les lèvres:
-Seigneur Dégel…
Malgré les étranges lunettes sur son nez, le jeune homme qui venait de pénétrer dans le troisième temple était bien Dégel. Impossible de confondre cette aura glaciale, ces longs cheveux verts et cette attitude distante. Le Verseau avait les yeux légèrement plissés, comme s'il reprochait silencieusement à Aspros son comportement envers un apprenti aussi jeune.
Mais le Gémeaux ne sembla pas plus impressionné que ça. Au contraire, il rejeta une mèche de cheveux en arrière avec un sourire assuré:
-Aucun, Dégel: je donnais juste une leçon de vie à ce jeune apprenti, tout en lui conseillant de se méfier de Kardia. Après tout, on ne sait jamais à quoi pense cette brute épaisse, pas vrai?
Comme Liam ouvrait de nouveau la bouche, Dégel soupira:
-Je ne peux pas te contredire sur ce point…
Le petit garçon écarquilla les yeux, comme choqué par la réponse inattendue de celui qu'il pensait le meilleur ami de son maître. Dégel passa la main dans ses cheveux avant de la poser sur le sommet de la tête de l'enfant:
-Mais Liam est assez malin pour le comprendre lui-même: il ne convient pas à quelqu'un de ton rang de pousser un apprenti hors de ses gonds, tu ne trouves pas?
Aspros plissa légèrement les yeux et, Liam en était sûr, une légère lueur éclaira son regard pâle:
-Certes… Tu as raison.
-Je sais, ça en deviendrait presque lassant à force. Sur ce, je te laisse, je dois aller faire mon rapport au Grand Pope.
-On m'a justement dit qu'il t'attendait, ne tarde pas trop.
-Compte sur moi.
Dégel adressa un signe de tête respectueux à son aîné et, sans autre parole, empoignant discrètement Liam par le col, sortit du troisième temple. Dans leur dos, le garçon aux cheveux rouge pouvait encore sentir le regard brûlant du Gémeaux… Et il s'en voulu d'avoir réagi à des provocations aussi bêtes, surtout devant le français…
Dès qu'ils eurent mis un pied dehors, le Verseau souffla en le lâchant:
-Arrange-toi pour ne plus jamais te retrouver seul avec lui, d'accord?
Liam, qui arrangeait le col de sa tunique, sursauta, surpris d'entendre de tels mots de la part de Dégel:
-Oh… Oui, d'accord…
-Je ne suis que très rarement d'accord avec le point de vue de Kardia, mais pour une fois je suis presque sûr qu'il a raison: Aspros a changé depuis ces dernières années et il vaudrait mieux pour toi que tu restes éloigné après ce qui vient de se passer, on ne sait jamais. Je doute qu'il en arrive à de telles extrémités, mais j'aurais tendance à penser qu'il chercherait à te faire ravaler ta dernière phrase.
Le garçon déglutit difficilement et hocha la tête: qu'est-ce qui pouvait tant inquiéter des hommes tels que Kardia et Dégel? Cela devait vraiment être grave… Peut-être qu'il devenait plus…
Une sorte d'électrochoc le secoua tout entier et il agrippa vivement la main du Verseau pour essayer de le faire avancer plus vite:
-Mais qu'est-ce que tu fais?
-Le seigneur Kardia m'a envoyé vous chercher au plus vite! Il a énormément de fièvre depuis ces dernières semaines et…
-Plusieurs semaines?!
-Oui, ça a commencé une semaine et demie après votre départ et…
Il se tut: Dégel venait de se liquéfier. D'une carnation déjà pâle, son visage s'était soudainement vidé de toute couleur et l'expression sur ses lèvres était comme crispée, figée. Liam fronça un sourcil:
-Seigneur Dégel?
-Nous n'avons pas une seconde à perdre alors.
Le murmure du Verseau était presque imperceptible, tellement bas que Liam ne comprit pas immédiatement ce qu'il avait dit. A vrai dire, bien qu'il ne le connaisse pas depuis très longtemps, il avait l'impression que Dégel était dans un état proche de la panique… Lui qui était toujours si calme, posé, paisible, rempli de sang-froid,…
Ca avait un côté terriblement angoissant de le voir dans un tel état!
Dégel, quand à lui, avait eu l'impression que le monde cessait de tourner et que son coeur s'était soudain arrêté: Kardia faisait une seule et même crise depuis des semaines entières… Il devait souffrir le martyr! Etre aux portes de la mort peut-être!
Et il n'avait rien senti, rien du tout.
Comment était-ce possible?! Avec leur lien, il aurait dû sentir cet étrange pincement douloureux au niveau du coeur avant de, dans le pire des cas, perdre connaissance, mais là… Là…
Rien, juste le vide. Une étrange solitude.
Se pouvait-il… Se pouvait-il que la nuit avec Séraphina ait brisé ce lien? Non! Non, c'était tout bonnement impossible! Ca n'avait aucun sens!
Et pourtant, malgré tout, Dégel sentait son coeur se serrer un peu plus à chaque marche qu'il franchissait.
Pendant son trajet de retour, il s'était demandé ce qu'il allait faire: avouer et risquer de perdre sa confiance à jamais, de le perdre lui… C'était une chose qu'il ne pouvait même plus envisager. Vivre sans Kardia était devenu complètement impensable!
Il esquissa une grimace dégoûté: comment avait-il pu lui faire un coup pareil? Comment sa culpabilité envers Séraphina avait-elle pu être plus forte que sa culpabilité envers Kardia? Envers son compa-…
Dégel porta la main à ses lèvres, les joues teintées de rouge: une petite minute? Mais… Qu'est-ce qu'il venait de penser? Lui qui refusait à tout prix cette appellation, lui qui avait fait justement comprendre à Kardia qu'il rechignait à utiliser ce terme,… Lui, était en train de clairement considérer le Scorpion comme sa moitié?!
Bon sang, il ne savait plus ce qu'il pensait! Il voulait juste dormir et se remettre de ses émotions paisiblement… Et espérer qu'à son réveil, tout n'ait été qu'un cauchemar: cette mission, cette nuit,… Ses remords dévorants qui l'avaient empêché de dormir depuis des jours…
Bon, se ressaisir. Là, pour l'instant, ce n'était absolument pas le plus important. Là, il devait sauver cet idiot de Scorpion!
Bien qu'il commençait à se demander lequel des deux était le plus idiot…
$s$s$s$
Kardia avait l'impression de vivre dans une fournaise depuis des années, des lustres, des siècles,… Presque des millénaires…
Alors, vous imaginez bien que lorsqu'un grand coup de froid, bien plus froid que ce que Liam projetait vers lui depuis quelques jours, engloba soudain son coeur, le choc le réveilla en sursaut, le souffle coupé par la température glaciale qui régnait soudain dans la pièce. Il ne vit d'abord pas grand chose hormis le plafond, ô combien haï pendant ces dernières semaines, de sa chambre.
Il poussa un long soupir qui se termina presque en sorte de ronronnement de ravissement et de soulagement: oh bon sang, ça faisait vraiment un bien fou! Il avait l'impression que son coeur ralentissait peu à peu, que son corps reprenait une température normale,…
Comme s'il revenait à la vie…
Petit à petit, ses yeux s'habituèrent à la soudaine luminosité de la pièce… Des mains englobées d'un cosmos doré, des bras fins, de longs cheveux verts, un visage concentré et marqué par la fatigue et l'angoisse dissimulées, des lèvres pincées,…
Et deux magnifiques yeux améthystes légèrement plissés.
-Dégel…
Il ne savait même pas comment il avait réussi à articuler ce simple prénom tant sa gorge était sèche. Mais le fait est que l'apparition se tourna vers lui, comme au ralenti, comme si ses yeux ne fonctionnaient pas encore correctement.
Kardia esquissa un sourire: c'était sans doute le même rêve qui venait le hanter… Sans doute que Dégel n'était pas vraiment là, qu'il délirait encore et qu'il allait de nouveau finir par voir apparaître Calvera… Mais peu lui importait, il voulait juste profiter de ces quelques secondes avec le Verseau, même si ce n'était qu'un rêve, que le fruit de son imagination…
-Je suis désolé tu sais…
D'ailleurs, son imagination était certainement en train de gentiment partir en cacahuète puisqu'elle avait soudainement décidé de pourvoir son cher et tendre français d'une paire de lunettes. Un léger ricanement lui échappa presque: quelle bêtise… Est-ce que ça voulait dire qu'il commençait à sombrer dans la folie en plus de tout?
-Mais qu'est-ce que tu racontes encore?
Etrangement, l'apparition lui répondit d'une manière différente de d'habitude. Au lieu de l'accuser dans la seconde, Dégel esquissa un sourire rassuré et son visage s'illumina:
-Je suis rentré, Kardia… Maintenant tout ira bien.
Le Scorpion écarquilla les yeux, entrouvrit la bouche, la referma,… Se saisit doucement des mains du Verseau, frissonna en réalisant qu'elles étaient bien réelles, que Dégel était bien là…
Alors, après quelques secondes, le temps qu'il réalise pleinement que son frère d'armes était bien de retour et qu'il avait failli se trahir tout seul, il souffla:
-J'ai failli attendre, seigneur Dégel…
Il eut comme l'impression que le Verseau hésitait avant de rétorquer, faussement moqueur:
-Ca te fera les pieds…
Kardia rit doucement, incapable de répondre tout de suite, savourant cette sensation de froid salvateur sur sa peau. Puis, en serrant un peu plus les mains de Dégel dans les siennes, il parvint à souffler:
-Je suis content de te revoir…
Alors qu'il s'attendait à une réplique cinglante, à une légère tape sur la tête, quelle ne fut pas sa surprise lorsque le Verseau l'enlaça soudain de toutes ses forces, si brusquement qu'il sursauta presque. Ouh là, quelque chose n'allait pas! Pour qu'il se laisse aller à montrer clairement son attachement, il devait vraiment être chamboulé!
-Dégel?
-Tu m'as fait si peur, espèce d'abruti.
Kardia passa doucement la main dans les longs cheveux verts de Dégel, comme pour le rassurer et s'assurer de sa présence, rassuré, apaisé même...
-Tu m'as manqué aussi…
Dégel poussa une sorte de début de rire:
-Tu es devenu sentimental en quelques semaines?
-Pas spécialement, c'est juste que j'avais vraiment peur de clamser sans pouvoir te le dire…
-Tais-toi. (Murmura le Verseau, la voix légèrement rauque mais pourtant assurée) Je t'interdis de parler de ça en ma présence.
Kardia haussa un sourcil surpris: sa maladie le préoccupait donc tant que ça? Avait-il réalisé à quel point il comptait pour lui?
Le Scorpion faillit laisser échapper un sourire mauvais et victorieux mais un léger sentiment d'incertitude l'en empêcha. Bon, certes, il avait gagné leur petit jeu du chat et de la souris (depuis longtemps mais quand même) mais la manière, le ton sur lequel Dégel avait dit ça…
Quelque chose le préoccupait. Sans doute que sa crise y était pour quelque chose, mais il avait l'étrange impression qu'il y avait autre chose. Quelque chose qui pesait plus sur le coeur du Verseau, comme s'il s'en voulait…
-Bah pour une fois que c'est vrai…
-Tu es plus attirant quand tu ne dis rien de stupide…
-Hmpf… Ca n'arrive pas souvent, désolé.
-Idiot...
-Toi-même.
-Tu récupères vite on dirait. (Se moqua gentiment le français) Hé bien comme tu n'as plus besoin de moi, je vais aller faire mon rapport au Grand Pope…
Comme Dégel faisait mine de se redresser, Kardia s'assit et l'agrippa vivement par le bras, l'empêchant même de se relever:
-Hep hep hep, pas si vite: j'ai pas encore eu mon vrai cadeau.
-Te sauver la vie ne compte pas pour un cad-?…
Avant qu'il n'ait eu le temps de s'en rendre compte, Kardia l'embrassait. Fermement, mais sans cette violence dont il usait parfois, comme si c'était pour fêter des retrouvailles trop longtemps retardées. Et malgré la passion et l'attachement que dégageait son frère d'armes, Dégel ne sut pas immédiatement comment réagir.
D'un côté, il sentait son coeur battre légèrement plus vite et l'incendie qui lui avait tant manqué reprendre. D'un côté, il voulait juste se laisser aller et oublier…
Mais en même temps…
En même temps, il se dégoutait de simplement le laisser l'embrasser ainsi. Il se dégoutait de se rendre compte qu'il essayait de faire comme si de rien était alors qu'il l'avait clairement trahi. Mais comment lui faire comprendre? Comment lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas sans lui expliquer pourquoi?
Le léger hoquet que poussa Liam dans son dos fut salvateur et Dégel se recula:
-Pas maintenant, imbécile, tu vois bien que Liam est juste là!
Kardia se décala légèrement pour apercevoir le petit garçon aux yeux ambrés qui semblait complètement perdu, comme s'il ne savait pas où se mettre. Il esquissa un sourire moqueur et plissa les yeux, s'adressant de nouveau à Dégel, s'amusant de voir le visage cramoisi de son apprenti:
-Genre ça te dérange?
-Et lui alors?
-Il a pas l'air ennuyé, pas vrai, Liam?
Le visage aussi rouge que ses cheveux, le petit garçon avait les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, comme sous le choc et envahi par la gêne. Oh bon sang! S'il avait cru qu'en fait les deux hommes qu'il respectait le plus étaient plus qu'amis! Pas que ça lui semble illogique, non, après tout, l'amour pouvait être porté par n'importe qui pour n'importe qui, et ce quelque soit le sexe (du moins, c'était ce qu'il pensait), mais il ne s'y attendait tout simplement pas.
Et il avait l'horrible impression de ne pas savoir où se mettre, d'être un vulgaire voyeur d'une situation dont il ne devrait pas avoir connaissance.
Il espérait ne pas avoir à répondre tant il avait peur que sa voix ne ressemble à un coassement ridicule, mais sous le regard insistant et moqueur du Scorpion, il balbutia:
-Ha… Euh… Je ne… Je vais… Je… Est-ce que… Non, je…
Dégel leva les yeux au ciel et, tout en gratifiant Kardia d'une claque sur le crâne, soupira:
-Tu peux aller, Liam. Merci de m'avoir prévenu.
Le garçonnet cligna vivement des yeux, les joues cramoisies, et s'inclina vivement avant de sortir de la pièce à toute vitesse. Dès que la porte de ses appartements claqua derrière lui, Kardia éclata d'un rire à la fois moqueur et attendri:
-Pauvre petit! Je lui en fais vraiment voir de toutes les couleurs!
-Et ça t'amuse?
Léger silence.
-Bah ouais.
Dégel leva les yeux au ciel en poussant un long soupir:
-Peut-être que j'aurais dû te laisser souffrir encore quelques minutes, ça t'apprendrait à te moquer des plus faibles.
-Oh ça va… C'est lui qui m'a demandé de l'entrainer, je fais que lui rendre ce service.
Bon, il ne lui avait pas tout à fait demandé mais ce n'était qu'un détail, pas vrai? Après tout, il avait accepté alors merde!
-Tu entraines Liam?
S'étonna le Verseau, les sourcils haussés: non, il devait avoir mal compris. « Kardia » et « entraîner des enfants » étaient deux expressions tout à fait incompatibles. De un, le Grand Pope ne le laisserait pas faire (bien trop dangereux pour lesdits enfants). De deux, il savait très bien que les enfants avaient plutôt tendance à agacer le Scorpion… Quoique, Liam et Sasha semblaient être des exceptions à cette règle…
-Ca te surprend? Figure-toi qu'il m'a aidé à tenir me coup en faisant le même genre de truc que toi!
Les sourcils froncés, le jeune homme aux cheveux verts sembla hésiter:
-Liam?
-Ouais!
-Toi?
-Ouais!
La main glacée du français sur son front encore légèrement fiévreux le fit taire. Il grommela:
-Tu fais quoi là?
Le visage soucieux, Dégel souffla, soudain proche, si proche:
-C'est bien ce que je pensais: tu as dû inventer ça pendant que tu délirais.
Kardia se dégagea, les sourcils froncés, agacé:
-Purée, mais puisque je te le dis! T'as qu'à aller demander au vieux si tu me crois pas! Merde!
-Tu n'arrives toujours pas à comprendre quand quelqu'un ironise on dirait.
-Genre, toi, faire de l'humour?
-De l'ironie, nuance.
-Mon cul, oui!
-Il y en a une, même si tu n'es pas assez cultivé pour t'en rendre compte.
-C'est clair que ça sert à grand chose d'être cultivé quand on est censé mourir pendant une guerre imminente.
Les yeux de Dégel se firent soudain plus sombre et sa voix se fit aussi tranchante que la lame d'un couteau:
-Je t'interdis de parler de ça.
Le Scorpion plissa les yeux: depuis quand est-ce que Dégel utilisait un ton pareil? Qu'est-ce qui l'avait secoué à ce point lors de sa mission? Merde quoi, il n'avait rien fait de mal, il était juste réaliste! Non, non,… Il y avait quelque chose d'autre que cette peur soudaine dans les yeux améthystes du Verseau… Une étrange lueur qui ressemblait à celle de la douleur et du regret…
Kardia fronça légèrement les sourcils et souffla, la voix presque douce:
-Qu'est-ce qui s'est passé là-bas, Dégel?
Comme il s'en doutait, le Verseau cligna des yeux avant de baisser légèrement la tête:
-Rien du tout.
-A d'autres, ouais. Je suis peut-être un peu à la masse, mais je ne suis pas non plus le dernier des abrutis: je sais voir quand quelqu'un va mal, surtout si c'est toi.
-Puisque je te dis que je n'ai rien.
-Ca concernait ton maître, non?
Dégel se tendit, plissa les yeux et fit mine de se lever, de s'éloigner, de fuir le problème une fois de plus. Mais une fois encore, le Scorpion l'en empêcha, le mit face à la réalité, à l'obstacle. La main brûlante de Kardia sur son bras l'empêchait de se défiler, de même que la lueur inquiète dans ses yeux si clairs…
-Lâche-moi.
-Pas tant que tu ne m'auras pas expliqué ce qui te perturbe.
-Je t'ai dit que tout allait bien, alors lâche-moi.
Il avait beau essayer de se convaincre, son frère d'arme était bien moins stupide qu'il ne le disait. Le noeud qui lui tordait l'estomac se resserra: il savait. Au vu de la lumière étrange dans ses yeux, il savait que Kardia avait compris ce qui le perturbait. Peut-être même avait-il tout compris depuis longtemps!
Ils se dévisagèrent une longue seconde, les yeux plongés dans ceux de l'autre, un mur de tension presque palpable entre eux… Avant que Kardia ne cède et passe une main coupable dans sa nuque en poussant un soupir:
-Pff… Ok, j'ai compris que tu me dirais rien… T'as de la chance: j'ai pas la force de me disputer avec toi pour l'instant, mais faudra bien que tu me dises ce qu'il t'est arrivé là-bas…
Dégel remercia mille fois sa maîtrise de lui qui l'empêcha de pousser un soupir soulagé. Certes, ce n'était que partie remise, mais au moins, il avait le temps de se préparer une défense… Et il avait vraiment intérêt à la mettre au point le plus vite possible! Il se leva et ajusta ses nouvelles lunettes sur son nez:
-Je ne me souviens pas avoir signé un papier disant que je devais te raconter toutes mes missions dans le détail. D'ailleurs, tu ne m'as pas plus parlé des détails de la tienne que je sache, je ne sais même pas où tu as dormi.
Alors qu'il pensait juste le taquiner, il comprit que sa phrase avait presque blessé Kardia lorsqu'il le vit tressaillir légèrement. Les épaules légèrement crispées, le haut du corps raide, un léger tic ayant secoué son oeil droit, le visage du Scorpion avait légèrement pâli. Presque rien, des détails infimes et insignifiants, le genre de choses que personne n'aurait remarqué.
Sauf que Dégel n'était pas « personne ».
-Qu'est-ce qu'il y a? Tu te sens de nouveau mal?
Kardia cligna des yeux et passa une main machinale sur son torse:
-C'est rien, c'est juste un vertige. T'en fais pas, ça va passer.
Un vertige, mais bien sûr… Et il osait lui dire qu'il ne savait pas mentir? Mais pour qui le prenait-il? Il n'était pas né de la dernière pluie non plus!
Mais plutôt que de s'en servir comme d'une revanche puérile, Dégel se leva:
-Je vais te chercher à manger: tu dois être à bout de force.
-Merci, mec…
-Tu ne veux pas arrêter avec ça?
Soupira le Verseau en entrant dans ce qui servait de cuisine à son compagnon (s'empêchant de grimacer devant le désordre évident de la pièce). Il put presque entendre (si, entendre) le sourire dans la voix de Kardia quand il répondit:
-Tu sais que j'adore t'emmerder…
-Oh que oui…
Il referma une armoire en secouant la tête, attrapa une pomme et alla la lancer au Scorpion, toujours assis dans son lit:
-Tiens, c'est bon pour ce que tu as.
Kardia rattrapa le fruit de justesse, comme s'il avait été surpris, et rit doucement:
-Vu mon état alors que mon alimentation s'est uniquement constituée de pommes, je suis pas sûr que ça marche vraiment mais si ça te fait plaisir…
Dégel leva les yeux au ciel:
-En même temps je parie que tu n'as pas pris tes médicaments.
-Même pas vrai.
-Ah bon?
-Je les ai pris avant de faire ma crise! Après je pouvais plus!
-Kardia, je viens de vérifier tes doses.
-… Et?
-Et il en reste beaucoup trop pour que ce que tu dis soit vrai.
Le Scorpion ouvrit la bouche, la referma, hésita, puis se roula en boule dans son lit en grognant:
-C'est dégueulasse ces trucs!
-Tant que ça te sauve la vie, le goût a peu d'importance!
-Parle pour toi! C'est pas toi qui dois les avaler!
-Est-ce que tu crois vraiment que cette réponse est intelligente? Sérieusement?
-Oh ça va hein!
Dégel poussa un long soupir et se pinça l'arête du nez, essayant de reprendre plus calmement:
-Ecoute, je te dis ça pour ton propre bien: si tu ne te soignes pas, tu n'iras jamais mieux.
-Dégel, je n'irai jamais mieux, tu le sais ça?
-Arrête de dire ça!
-Pourquoi? Ca sert à rien de mentir ni de fuir la réalité, je te l'ai déjà dit.
Dégel plissa les yeux:
-Quelle belle leçon d'honnêteté de ta part. C'est vrai que tu ne m'as jamais caché l'existence de cette maladie, pas vrai?
-Arrête! Ca n'a rien à voir! (Kardia se redressa brusquement) Tu vas m'en vouloir encore longtemps?! T'avais dit que tu me pardonnais, alors pourquoi tu reviens dessus maintenant?!
-Ce n'est pas ce que je…
-On va se mettre d'accord tout de suite, ok? (Le Scorpion pointa un doigt accusateur vers lui et haussa le ton) Celui qui a un souci ou un truc à se reprocher, pour l'instant, c'est toi! Moi j'étais gentiment en train de crever dans mon coin et j'étais de très bonne humeur avant que tu ne décides de te refermer comme une huitre! J'ai fait que te demander ce qui allait mal, vu? Alors soit tu me dis ce qu'il se passe et on avance ensemble, soit tu veux pas m'en parler et tu assumes, c'est clair?!
Dégel manqua presque de reculer quand Kardia se leva et fit un pas menaçant vers lui:
Au fond, il n'avait pas tort… C'était lui qui avait débarqué avec ses angoisses et son énervement, Kardia n'y était pour rien. Il n'avait pas à tout lui faire passer sans explications… Mais comment lui dire qu'il avait passé une nuit dans les bras d'une autre personne que lui…
-Est-ce que c'est clair?
Le français déglutit:
-Tu as raison…
-Là n'est pas la question.
-Quoi?
Kardia le plaqua soudain contre le mur, sans douceur aucune mais sans réelle agressivité non plus. Et comme Dégel levait les yeux, il croisa le regard bleu clair du Scorpion, si proche qu'il avait l'impression qu'il allait s'y noyer. La voix devenue presque un sifflement, Kardia murmura dangereusement:
-Je ne t'ai pas demandé si j'avais raison ou non, ça je le sais déjà. Je t'ai pourtant posé une question simple: oui ou non, est-ce que c'est clair?
Sa main se posa doucement sur sa joue, comme une contradiction du ton presque menaçant qu'il venait d'utiliser, et Dégel se fit violence pour réfréner un frisson. Il ne savait simplement pas s'il s'agissait d'un frisson de terreur ou de bonheur d'être de nouveau en contact avec le Scorpion…
Incapable de baisser les yeux, il souffla:
-C'est clair.
-Tant mieux.
Le murmure du grec lui chatouilla la gorge juste avant que ses lèvres ne s'y posent, presque rien, juste ce qu'il fallait pour que Dégel doive retenir un halètement surpris:
-Qu'est-ce que tu… Fabriques?
Kardia sourit, sans faire mine de bouger:
-Je fête nos retrouvailles.
-Idiot, pas maintenant. Je dois aller faire mon rapport au Po-…
Sa voix se fit légèrement plus aiguë sur la fin avant de se couper net tandis qu'il se cambrait légèrement, incapable pourtant de se défaire de l'étreinte de fer du Scorpion. Une main posée sur le bas de son dos, l'autre posée sur la sienne, leurs doigts entremêlés, même si Dégel avait eu la volonté de se refuser, il n'aurait pas pu se dégager.
Mais… Mais au fond…
Comme ses dernières barrières s'effondraient, la porte des appartements du Scorpion s'ouvrit brusquement:
-Kardia!
Tous deux tournèrent la tête, sans bouger d'un centimètre, vers la petite fille aux cheveux mauves qui venait de débarquer à toute vitesse, essoufflée, les joues rougies et les yeux brillants. Autant Dégel rougit violemment, autant Kardia haussa simplement les sourcils:
-Sasha?
-Oh dieu merci, tu es guéri!
Inconsciente de la situation qu'elle venait d'interrompre (ha… la naïveté de la jeunesse!), la petite Déesse se jeta dans les jambes du Scorpion et se mit à sangloter légèrement:
-Qu'est-ce que je suis soulagée!
Profitant de l'effet de surprise, Dégel se décala de quelques centimètres et ajusta ses lunettes sur son nez. Kardia lui jeta un regard interloqué et légèrement boudeur avant de baisser les yeux vers la fillette et de tapoter le sommet de son crane:
-Je t'avais dit qu'il fallait pas t'en faire, miss!
-Kardia!
-Quoi?
-Tu parles à notre Déesse!
-Et alors?
-Et alors tu lui parles de façon beaucoup trop informelle!
-Bah ça va, c'est une enfant avant tout, faut la traiter comme telle sinon elle va prendre la grosse tête! Pas vrai, Sasha?
La petite fille rit doucement et hocha la tête:
-C'est très gentil de ta part, Dégel, mais je préfère aussi que tout le monde me traite comme une personne normale, une amie avant tout. Je ne veux pas vous être supérieure à ce point.
Le Verseau écarquilla légèrement les yeux: tiens, ça c'était intéressant. Contrairement à ce qu'il s'était imaginé, leur Déesse était loin d'être prétentieuse, sûre d'elle, hautaine et distante. Loin de vouloir simplement les utiliser comme des pions, elle les considérait comme des amis fidèles, des protecteurs,… Des humains à part entière, pas de simples coquilles qu'elle pourrait utiliser puis jeter.
Impressionnant, vraiment très impressionnant.
-Malgré ça tu devrais quand même me lâcher la grappe et arrêter de sécher tes devoirs de Déesse pour me couver hein! (Ricana Kardia en pinçant amicalement la joue de Sasha) Je suis sûr que t'as un tas de choses plus importantes que ça à faire!
Bon, elle avait beau vouloir être traitée comme une amie et une humaine avant tout, Dégel trouvait quand même que Kardia prenait cette demande un peu trop au sérieux… Profitant de cette occasion en or pour prendre la poudre des scampettes, il ajusta ses lunettes et souffla:
-Bon, je vais enfin aller faire mon rapport. Je reviens te voir dès que je me suis lavé, alors ne fais pas de bêtise en attentant.
-Ca marche! Tiens mais au fait: c'est quoi ces lunettes?
-Tu ne les remarques que maintenant?
Kardia se redressa:
-Bien sûr que non! J'avais pas encore eu l'occasion de te le faire remarquer, c'est tout!
Dégel leva les yeux au ciel, un léger sourire sur les lèvres:
-Disons que j'ai regardé le soleil de trop près?
-Nan mais c'est bon, dis-moi juste ce que t'as eu.
-Promets juste que tu ne vas te moquer de moi.
Kardia leva les yeux au ciel:
-Je jure.
-J'ai été ébloui par le reflet de mon attaque sur la glace, content?
Court instant de silence, juste le temps que les yeux du grec s'agrandissent et que le coin de ses lèvres se redresse légèrement:
-T'es sérieux?
Jugeant inutile de répondre, Dégel haussa les épaules. Au moment où il faisait ce geste, il sut que Kardia ne pourrait pas garder sa promesse: ses yeux bleus se remplirent de larmes, il pinça les lèvres et plaqua la main dessus, comme pour le cacher. Puis, il pouffa derrière la paume de sa main, la voix rendue légèrement plus aiguë par son éclat de rire contenu:
-Pfff! C'est terrible! Et tu t'en es rendu compte pendant que tu t'aveuglais toi-même ou alors c'était après?
-Après.
-Mfff! Quelle injustice! Je suis désolé, Dégel, je suis vraiment… Dé… Pff!
Mais Kardia renonça bien vite à se contenir et il roula sur son lit en explosant littéralement de rire:
-Hahahaha! Excuse-moi! C'est juste que c'est tellement triste et pitoyable! Je m'en remets pas! Hahaha oh pitié on dirait une blague!
Malgré lui, Dégel esquissa un sourire: au fond, autant en rire puisque ce n'était pas si grave. Et puis, l'air de rien, le fait de voir Kardia rire de si bon coeur mettait du baume sur le sien et le rassurait sur l'état de santé de son frère d'armes.
-J'avoue que c'est assez risible.
-Assez?! Tu rigoles ou quoi, on dirait une blague!
Dégel haussa les épaules, un léger sourire sur les lèvres:
-Puisque tu vas mieux, je vais vite faire ce rapport.
-C'est au moins la cinquième fois que tu dis ça!
-Eh bien cette fois-ci, j'y vais vraiment.
Mais comme il se détournait, une question survint dans son esprit et il souffla:
-Kardia?
-Hm?
-Si… Si on t'offrait la vie éternelle… Qu'en ferais-tu?
Kardia haussa un sourcils, interloqué: bizarrement, Dégel lui posait le même genre de question que le vieux qui lui avait appris ces techniques interdites pour le sauver. Et puis, depuis quand le Verseau lui demandait-il son avis pour question aussi existentielle et philosophique? Qu'est-ce qui le turlupinait à ce point?…
Il haussa les épaules et passa la main dans ses cheveux:
-Franchement, la vie éternelle, j'en veux pas. (Il sentit Sasha se raidir juste à côté de lui mais il n'y prêta pas attention) Je préfère une vie courte mais bien remplie et sans regrets qu'une longue vie d'ennui et de solitude. Maintenant, je dois être influencé par mon expérience et ma maladie, mais je pense que si on donnait ce don à des humains, ça serait plutôt une malédiction, nan? Tu finis forcément par t'emmerder et par te poser trop de questions avant de perdre la boule. Fin, c'est juste mon avis hein.
Dégel resta silencieux un instant, et Kardia crut une seconde qu'il avait répondu de travers. Mais quand le Verseau se tourna vers lui avec un sourire franc (presque rassuré) sur les lèvres, il sut qu'il était dans le bon:
-J'aime ta manière de penser, Kardia.
-Merci bien.
-Non, merci à toi.
Le Scorpion sourit avant de secouer les mains, comme pour le chasser:
-Allez, zou! Va faire ce rapport et reviens vite! On a un tas de choses à se dire!
Tu n'imagines pas à quel point…
Mais ça, Dégel ne le dit pas, du moins, pas encore…
Quand la porte se fut refermée sur lui, Kardia jeta un regard à Sasha:
-Et toi, miss?
-Hm?
-Tu n'as rien à me dire?
Comme il le pensait, la petite Déesse écarquilla légèrement les yeux et balbutia:
-Non, je ne crois pas…
-Ha bon?
Il la vit clairement déglutir avant de secouer la tête:
-Non, non, je t'assure.
Kardia haussa un sourcil, pas dupe pour un sou, mais, encore un peu trop las et fatigué, il décida de renoncer:
-Ca va alors. Bon, tu m'excuseras, mais je vais juste dormir un peu avant d'aller me donner un air un minimum présentable, ça te va?
Sasha sourit, visiblement soulagée de voir que le Scorpion abandonnait ce petit interrogatoire:
-Bien sûr! Je vais aller chercher de l'eau!
-Trop aimable, princesse.
$s$s$s$
Dégel décida de se rafraichir une bonne fois pour toute avant de retourner voir le Scorpion, comme pour retarder autant que possible ce face-à-face qu'il commençait à redouter. Il hésita même à se reposer quelques heures mais il estima que la patience de Kardia avait ses limites…
Et puis, il l'avait déjà fait attendre assez longtemps.
Mais comme il allait sortir de ses appartements, il tomba justement nez-à-nez avec ledit arachnide doré, un large sourire sur les lèvres:
-Bouh!
Dégel leva les yeux au ciel et singea une expression effrayée:
-Ha… Oh ciel, tu m'as fait peur…
-Ouais, je sais, c'est ma spécialité!
-Ca je sais, oui. Qu'est-ce que tu fais là?
Kardia écarquilla légèrement les yeux:
-Bah, comme tu trainais j'ai décidé de venir plutôt que de t'attendre: (Il sourit avec un air mutin) belle initiative, pas vrai?
Dégel esquissa un demi sourire et s'effaça pour le laisser entrer:
-Allez, viens t'installer.
-Manquerait plus que ça!
Grommela faussement le Scorpion en entrant, comme chez lui. Enfin…
Techniquement, c'était presque le cas. Le temple du Verseau était presque autant le sien que celui du Scorpion était un peu à Dégel…
Enfin bref, passons!
Bon, combien de temps Dégel estimait-il avoir avant que Kardia ne lui saute dessus? Dix minutes? Vingt? Cinq? Ou peut-être…
Quand le Scorpion se lova dans son dos, l'entoura de ses bras pour le serrer contre lui, et enfouit son visage dans son cou, il comprit qu'il avait surestimé son compagnon.
Dégel ferma légèrement les yeux et souffla:
-Tu ne peux pas attendre quelques minutes?
-J'ai déjà attendu beaucoup trop longtemps.
Le murmure du Scorpion caressa sa gorge, lui arrachant un frisson ravi, presque conditionné. Il ferma les yeux à demi et se cambra légèrement quand les lèvres tant aimées déposèrent plusieurs baisers sur sa peau: oh bon sang, il n'allait pas pouvoir tenir… Pas avec des stimuli pareils.
Et pourtant,… Et pourtant, il avait l'impression que malgré le fait qu'il se soit lavé juste avant, il était encore sale jusqu'aux os.
Il haleta en tentant de se dégager:
-Arrête… On est juste devant la porte…
Kardia poussa un soupir rieur:
-Ca pimente un peu la chose, non?
-Ce n'est pas ce que je voulais dire, idi-…
Sa voix s'éteignit en un hoquet légèrement choqué quand la main du grec descendit le long de son corps, descendit plus bas, toujours plus bas,…
Dégel ferma les yeux, comme pour s'arracher mentalement à son étreinte, comme s'il pouvait disparaitre: il en avait envie, monstrueusement. Mais se dégoûtait de faire comme si de rien n'était, comme s'il ne s'était rien passé,…
Il sursauta légèrement quand le Scorpion le fit se retourner, légèrement brusquement, avant de l'embrasser furieusement. Même s'il l'avait voulu, il n'aurait pas pu se dégager. Et quand Kardia le souleva dans ses bras pour le coller d'avantage contre lui, il n'essaya même pas de résister.
Il était déjà perdu, corps et âme.
Tout lui avait tellement manqué: la chaleur que dégageait le grec, son sourire, ses yeux, sa voix rieuse,… Tout lui avait fait plus cruellement défaut. Bien plus qu'il ne l'avait cru…
Pourtant, quand son dos entra délicatement (c'était presque un miracle) avec le matelas de son lit, Dégel cligna vivement des yeux et se dégagea légèrement: le mieux aurait peut-être été de tout avouer à Kardia, de ne pas lui cacher plus longtemps sa trahison, d'être honnête… Au lieu de ça, il choisit de mentir, enfin, seulement à demi:
-Arrête… Je n'ai pas le coeur à ça…
-Le coeur peut-être pas, mais le corps, si! Crois-moi!
Susurra le Scorpion, légèrement moqueur. Mais Dégel se força à se dégager, à s'arracher à ces attentions et à le regarder dans les yeux. Il manqua de sourire devant la lueur surprise et frustrée qui éclairait ceux de Kardia, face à la moue d'incompréhension qu'il avait dessiné sur son visage:
-Pas maintenant, c'est tout.
Le grec plissa légèrement les yeux avant de pousser un long soupir et de poser la main sur la joue de Dégel:
-Qu'est-ce qu'il y a?
-Rien.
-Arrête ton char et dis-moi simplement ce qui te préoccupe. Je t'ai jamais senti aussi tendu, nerveux et triste que maintenant.
-Puisque je te dis que…
-Dégel, t'as la fâcheuse tendance à oublier qu'on est liés: même si j'arrive pas à savoir précisément ce qui te préoccupe, j'arrive quand même à t'entendre paniquer…
Le Verseau se liquéfia littéralement et ses yeux s'agrandirent légèrement sous le choc. Kardia esquissa un sourire:
-Touché.
Dégel se força à garder un visage neutre, à faire comme si de rien était: bon, même s'il savait qu'il cachait quelque chose, Kardia n'avait pas l'air de pouvoir le deviner, autant qu'il en tire profit et le lance immédiatement sur une fausse piste.
-Bon, tu me dis ou est-ce que je vais devoir reprendre là où on s'est arrêtés pour te faire parler?
Le Verseau soupira et baissa la tête:
-Je suis allé en mission pour sauver mon maître.
-Ouais, j'ai vaguement entendu.
Souffla Kardia sans bouger d'un iota, toujours à quatre pattes au dessus de lui. Dégel resta silencieux une courte seconde juste avant de finir:
-Et j'ai échoué.
Immédiatement, le Scorpion fronça un sourcil:
-Comment ça?
Dégel hésita avant de le pousser légèrement sur le côté pour s'assoir. Et étonnement, Kardia se laissa faire, restant simplement assis à côté de lui, attentif:
-Mon maître a plus de… Avait plus de 500 ans et il gardait des blessures et des cicatrices des nombreuses guerres saintes qu'il a vécu. Je savais bien qu'il en souffrait encore, mais je pensais qu'elles étaient toutes refermées et qu'il avait choisi d'avancer et de regarder vers l'avenir plutôt que de s'en lamenter. Mais on dirait que j'ai été trop naïf… Encore.
Il dit cela en adressant un regard mi-triste mi-amusé au Scorpion. Scorpion qui sourit à demi, comprenant l'aveu silencieux de son frère d'armes derrière ce changement de temps: cela voulait donc dire que le fameux maître de Dégel était mort… Sans doute tué de sa propre main. C'était donc ça qui le torturait de la sorte?…
-J'arrête pas de te le dire.
-Oui… C'est vrai… Pour une fois, tu as peut-être raison.
-J'ai bien plus souvent raison que tu ne le penses.
-A savoir?
-Bah, j'ai tout le temps raison.
-N'exagérons rien.
-Bref, ne change pas de sujet.
Dégel inspira longuement avant de continuer:
-Je n'imaginais pas qu'il puisse imaginer trahir sa déesse, et pourtant, il a suffit de quelques mots et d'une chanson pour que cette femme l'envoûte.
-Une femme?
-Oui, un Spectre isolé dont le pouvoir était d'hypnotiser les gens par le simple son de sa voix. Et quelle voix…
-A ce point-là?
-Tu n'imagines même pas… Et pour te dire à quel point son pouvoir était puissant, elle a réussi à me faire douter un moment…
Kardia plissa les yeux:
-Douter de ton allégeance à Athéna?
Un léger frisson secoua les épaules du français qui murmura en passant distraitement les mains sur ses bras, comme s'il avait soudain froid:
-De tout… De mon allégeance, d'Athéna, de mes choix, de mon passé, de mon maître, de la personne que je suis vraiment,…
Il y eut un bref silence, comme si Dégel ne parvenait pas à continuer, puis Kardia souffla:
-De moi aussi?
Il y avait quelque chose dans sa voix qui manqua d'alerter le Verseau, comme… Comme si le grec avait soudain… Peur? Non, il devait rêver…
-En fait… A la réflexion, tu es la seule chose dont je n'ai pas douté…
Les lèvres du Scorpion se redressèrent bêtement mais il parvint à s'empêcher de faire une remarque ou de se vanter: non, là, il devait penser à Dégel et l'aider, le rassurer. C'était un peu à son tour de penser aux autres, pour une fois.
Il se rapprocha de son compagnon et passa doucement les bras autour de ses épaules, rassurant:
-Tu n'as surtout pas à douter de toi, de tes choix ni de qui tu es, Dégel: elle n'a fait ça que pour te perturber, ce n'est pas vrai, ok?
-Je pense que tu ne comprends pas…
-Au contraire, je te connais parfaitement et j'imagine bien l'état dans lequel tu te trouves. Mais tu n'as pas à t'en faire ni à te poser de questions: elle t'a fait douter parce qu'elle a lu dans ton coeur je suppose, non?
Le Verseau hocha lentement la tête, repensant au souvenir de sa mère qui avait ressurgi dans sa mémoire avec une netteté impressionnante:
-Je suppose.
-Tu étais dans de mauvaises conditions en allant là-bas, tu pensais à ton maître, tu étais hésitant, perdu: elle en a juste profité, d'accord?
-Je ne sais pas… J'ai l'impression que tout ce en quoi j'avais foi a été remis en question.
Kardia plissa les yeux:
-Si j'ai bien compris, cette femme a rallié ton maître à sa cause et a réussi à te faire douter.
Dégel hocha la tête:
-Mais tu es revenu, donc tu as gagné. Je me trompe?
Dégel secoua la tête.
-Donc, une fois de plus j'ai raison.
-Est-ce que la raison du plus fort ou du vainqueur est d'office la meilleure?
Rétorqua le Verseau, hésitant. Kardia haussa les épaules:
-A partir du moment où c'est toi le meilleur, oui. Point, barre.
Dégel poussa un petit rire et renversa la tête en arrière, la faisant rouler sur l'épaule du Scorpion:
-J'aimerais bien que tu aies raison, sur ce coup-là…
-J'ai raison.
-J'en doute…
Kardia leva les yeux au ciel et poussa un long soupir:
-Bon, moi et la philosophie, ça fait quatre, mais pour une fois que ça peut me servir à quelque chose…
Dégel, sans bouger de sa position, posa un regard légèrement intrigué sur lui:
-Philosophie? Toi?
-Ouais, je suis plein de ressources! Si je me souviens bien, y'a un type qui a dit un jour « je doute donc je suis » et…
Dégel sourit:
-Tu connais Descartes, toi?
-Puisque je te le dis! Bref, puisque tu doutes tant, prend exemple sur ce type et avance en te disant que c'est la preuve que du vis et que tu peux avoir confiance en qui tu es vraiment, ok?
-Cogito ergo sum. (*)
Une délicate grimace d'incompréhension déforma le visage de Kardia quand il grogna:
-Hein?
Non mais, est-ce qu'il venait de l'insulter, cet animal?!
Cette fois, Dégel rit franchement:
-C'est ce que tu viens de dire, je te signale. Pour Descartes, douter, c'est penser. Donc, quand tu doutes, tu penses. Et comme c'est la pensée qui définit les êtres humains existants, si tu doutes, tu penses et donc tu vis. Je pense donc je suis, cogito ergo sum.
Kardia n'essaya même pas de cacher la leur moqueuse dans ses yeux:
-T'es fier là, hein?
-Assez.
-Tu m'étonnes! Tu manques pas une occasion de te la peter, Seigneur Dégel!
Le Verseau haussa les épaules et ferma les yeux, la tête toujours appuyée contre l'épaule du grec, les bras refermés sur ses jambes, et le corps soutenu par Kardia:
-Dis plutôt que j'ai écouté mes leçons et pas toi, nuance.
-C'est ça, ouais!
-Exact.
Ils se fixèrent longuement, les yeux dans les yeux, comme pour voir qui craquerait en premier, et Kardia céda. Il sourit et se pencha en avant, juste ce qu'il fallait pour qu'il pose son front contre celui du Verseau:
-Tu sais ce que c'est ton problème?
Dégel sourit:
-Je suis trop naïf?
-Y'a de ça, mais le souci principal c'est que tu réfléchis beaucoup trop.
-Tout simplement?
-Tout simplement.
Dégel poussa un léger soupir rieur, vite étouffé par les lèvres du Scorpion sur les siennes. Et étonnamment, alors qu'il s'attendait à plus d'impatience, ce baiser était très doux, très tendre, rassurant même. Il ferma les yeux, refusant de voir dans le bleu des yeux de Kardia le reflet de ceux de Séraphina. Préférant se bercer d'illusions et de mensonges pour se rassurer à sa manière.
Il était bien là, lové dans l'étreinte si chaleureuse et rassurante du Scorpion, à n'avoir rien d'autre à faire que d'apprécier le contact de ses bras et de ses lèvres. Juste paisible. A vrai dire, Dégel était assez surpris que Kardia ne l'ait pas déjà plaqué sur le matelas: depuis quand parvenait-il à se contrôler de la sorte?
Comme s'il avait lu dans ses pensées, le grec grommela faussement:
-Franchement, là, tu peux pas dire que je fais pas d'effort.
-Je n'ai rien dit.
-Non mais tu l'as pensé bien fort!
-C'est faux.
-Menteur.
Dégel esquissa un sourire mutin mais ne lui donna pas raison ni tort, se contentant de se caler plus confortablement dans les bras si protecteurs de Kardia:
-Tu m'as manqué, tu sais?
-J'espère bien!
-Tu es vraiment impossible…
Kardia haussa les épaules:
-C'est un peu normal que tu penses à moi: t'as déjà oublié ce qu'on s'est dit en revenant de Paris?
Dégel hocha la tête, légèrement nostalgique (après tout, cela faisait presque un an déjà (bon, huit mois, exactement)) et le rouge aux joues:
-Comment le pourrais-je?
-Tu es à moi…
Commença le grec, laissant le Verseau embrayer à sa suite:
-… et tu es à moi.
Un sourire légèrement mauvais étira les lèvres de Kardia quand il caressa sa joue du bout des doigts:
-Exactement.
Dégel frissonna d'anticipation: il avait bien compris le message silencieux derrière ce serment récité… Kardia avait assez attendu, aussi bien depuis qu'il était parti que depuis qu'il était rentré. Et il avait l'étrange impression qu'il tentait de cacher une certaine rancune derrière ces sourires carnassiers:
-Ka-…
Mais une nouvelle fois, le Scorpion le fit taire, plus brusquement cette fois-ci. Et Dégel ferma les yeux, incapable de résister à l'incendie qui croissait dans sa poitrine.
Il ne résista pas non plus quand Kardia se dégagea et le plaqua sur le lit, sans pour autant que leurs lèvres se séparent. Comme s'il essayait de se défiler d'une manière détournée, un vague souvenir lui revint en tête: il haleta difficilement tandis que le Scorpion ouvrait sa chemise pour embrasser sa peau:
-Tu… Tu as parlé de Liam tout à l'heure…
Le petit rire moqueur que poussa Kardia lui chatouilla le torse:
-T'es jaloux? T'en fais pas, je les préfère plus grands et avec les cheveux plus verts.
-Idiot… (Dégel ferma les yeux et pinça les lèvres pour empêcher un soupir de s'en échapper) Mais… Tu as dit qu'il t'avait aidé…
-Ouais, il a fait le même genre de truc que toi mais avec moins de puissance vu qu'il doit encore apprendre.
-Comment ça?
Kardia poussa un long soupir:
-On est vraiment obligés de parler de ça maintenant?
Dégel faillit éclater de rire devant l'air rageur et déconfit de son frère d'armes:
-Disons que ça m'intrigue.
-Ouais bah voilà, il a l'air de maitriser la glace, point barre. (Il grommela encore avant de se pencher de nouveau) Moi qui voulait en faire mon disciple, on dirait que je vais devoir te le laisser pour l'apprentissage de son cosmos.
-Je n'ai pas signé pour ça: il me semble qu'on avait dit que c'était ta responsabilité.
Le regard quasi meurtrier que lui lança le Scorpion le fit taire:
-C'est plus fort que toi hein? T'oses pas faire ta petite prude clairement alors tu essayes de me distraire.
-Je ne me permettrais pas.
-Alors tais-toi et laisse-moi faire, merde à la fin.
-Encore une petite chose.
La plainte que poussa Kardia valait tout l'or du monde, ça et le regard désespéré qu'il lui jeta:
-Quoi encore?!
-Pendant mon combat, là-bas, en France…
-Ouais, j'avais compris, accouche!
Dégel le regarda droit dans les yeux, comme pour montrer à quel point il était sérieux:
-Est-ce que tu m'as aidé?
Kardia resta un instant interloqué et silencieux, comme s'il était surpris, puis il sourit et poussa un soupir rieur:
-Je pensais que c'était un rêve pourtant. Mais on dirait que je l'ai fait.
-Alors merci.
-De quoi?
-Tu m'as sauvé la vie, tu m'as guidé dans l'obscurité où je m'étais perdu. Et je t'en remercie.
Le Scorpion leva les yeux au ciel:
-Pas besoin d'en faire tout un plat: c'était tout naturel.
-Comment as-tu su?
Kardia haussa les épaules:
-Je t'ai entendu paniquer, dire que tu ne voulais pas mourir… Puis tu m'as appelé et j'ai juste… (Il hésita) Fin', envoyé mon cosmos vers toi, je suppose. Je t'avoue que j'ai pas bien pigé le principe mais du moment que ça a marché, c'est tant mieux, non?
Un doux sourire étira les lèvres du Verseau:
-C'est vrai. Mais ça m'a vraiment sauvé.
Kardia sourit:
-Je dois être ton ange gardien, nan?
Dégel ouvrit la bouche pour rétorquer, mais il plaqua une main sur sa bouche pour étouffer le son de sa voix, arrachant un nouveau rire au Scorpion:
-C'est vraiment adorable comme attitude, Seigneur Dégel: que penseraient les autres?
Le Verseau rougit furieusement et le fusilla du regard:
-Je t'interdis de parler de… De « ça » avec quiconque!
-Ou sinon?
Ponctuant sa question par un mouvement bien précis, Kardia passa une langue mauvaise sur ses lèvres quand Dégel se cambra, les jambes légèrement tremblantes:
-Sinon je fais la grève…
Parvint-il tout de même à souffler. Le Scorpion fronça les sourcils:
-La grève?
-La grève du lit.
Après une demi-seconde de silence, Kardia éclata franchement de rire et embrassa tendrement son front:
-Ca te gène tellement que tu dois dire « lit » à la place? On dirait un gamin!
-La ferme.
Grommela Dégel, les joues rouges et le souffle court. Le grec poussa un soupir rieur avant de mordiller sa gorge:
-J'adore bien trop te taquiner pour ça!
-Ca je m'en doute…
Kardia sourit avec un air satisfait et se redressa pour enlever sa chemise d'un mouvement ample, l'envoyant valser sur le sol:
-Tu n'arrêtes jamais de mettre le bazar?
-Rien que pour ça je vais aussi taper tes vêtements et le reste des miens par terre.
Mettant immédiatement ses paroles à execution, il se délecta de la peau qu'il redécouvrait avec délice, sans jamais s'en lasser. Bon sang, si cette conversation avait duré une minute de plus, il n'aurait pas pu se contenir!
Un léger ricanement ravi, presque un ronronnement, quand Dégel ferma les yeux, le visage rougit et la main plaquée sur ses lèvres, laissant pourtant échapper des soupirs étouffés. Qu'est-ce qu'il était beau, qu'est-ce qu'il lui avait manqué,… Bon, il s'était juré de lui donner une bonne leçon à son retour, mais au vu de l'horreur de sa mission et de ce léger traumatisme, il reportait ça à plus tard.
Il se pencha en avant et hésita un instant avant d'ôter la paire de lunettes du nez du Verseau qui sursauta:
-Qu'est-ce que tu fais?
-J'aurais pas envie qu'elles soient abîmées dans le feu de l'action.
Dégel rougit d'avantage et plaqua les mains sur son visage, comme pour se cacher, dissimuler son expression aux yeux du Scorpion. Kardia poussa un petit rire:
-Tu rates quelque chose là, franchement!
Vaguement curieux, le Verseau entrouvrit les mains, hésitant… Avant de pousser un soupir rieur, presque un éclat de rire (je dis bien, presque):
-Tu as vraiment l'air ridicule!
-Merci bien!
Kardia se redressa, bombant le torse, les lunettes de son frère d'armes trônant fièrement sur son nez:
-On dirait presque que tu es un intellectuel supérieur.
-Ouais, je sais: ça me va trop bien! (Il grimaça et les enleva) Par contre je vois rien. T'es sûr qu'elles te servent à quelque chose?
Dégel hocha la tête:
-Crois-moi ou non, mais le monde est entièrement flou.
-C'est chiant?
-Tu n'imagines pas à quel point.
Soupira le Verseau, las: d'avoir goûté au luxe de voir tout très clairement, devenir aussi subitement myope le rendait presque malade. Quoique, il avait l'impression que sa vue s'était légèrement améliorée depuis qu'il avait quitté la France…
Il sursauta légèrement quand Kardia se pencha brusquement, jusqu'à ce que leurs nez se touchent:
-Tu me vois là?
Dégel lui donna une légère tape sur le front:
-A cette distance, même un aveugle te verrait, idiot.
Kardia sourit et souffla juste avant de l'embrasser:
-Tant mieux: ça fait partie de mes principes. (Avisant le regard interloqué de son compagnon, il développa) Tu ne me quittes pas des yeux, on reste ensemble jusqu'au bout.
-C'en est presque poétique…
-Ouais, j'ai trop de talent.
Dégel poussa un hoquet de surprise quand les mains brulantes du Scorpion agrippèrent ses cuisses:
-Ne me quitte pas des yeux, mon Dégel… Ne me lache jamais des yeux…
Leurs deux coeurs se serrèrent dans leurs poitrines, sans qu'ils le sachent. Sans que Kardia sache pourquoi Dégel se tendait si soudainement et pourquoi son regard se faisait légèrement fuyant. Sans que Dégel ne sache pourquoi une ombre de douleur voila quelques secondes le regard si clair de Kardia.
Le Verseau referma les bras sur la nuque du grec et murmura, si bas que Kardia l'entendit à peine:
-Et ne me laisse jamais…
Etonnement, Kardia ne rétorqua pas, ne lança pas de commentaire moqueur. Non.
Au lieu de ça, il serra Dégel dans ses bras, si fort qu'il l'empêchait presque de respirer, et enfouit son visage dans sa gorge:
-Jamais…
Il sentit que Dégel souriait légèrement contre lui, alors, leurs lèvres se trouvèrent, d'une manière étrangement violente, presque assoiffée… Et après quelques secondes, ce fut au tour de leurs corps.
Dégel esquissa une légère grimace juste avant de se mordre les lèvres en fermant les yeux, presque rien. Juste ce qu'il fallait pour que Kardia emprisonne son visage entre ses mains:
-Regarde-moi, ne regarde que moi.
Le Verseau hocha lentement la tête et articula difficilement, la voix saccadée:
-Promis...
Le grec sourit, les joues à peines rougies (en fait, Dégel l'avait déjà remarqué, mais c'était surtout ses oreilles qui rougissaient), et l'embrassa de nouveau.
Alors, Dégel cessa de se poser des questions, de réfléchir à son passé, à son futur,… Il se contenta de profiter de l'instant présent, de la chaleur de la peau de Kardia sur la sienne, de ses baisers, de ses caresses,…
Sans penser à ses remords, il se laissa emporter par l'incendie qui émanait du Scorpion, espérant que ce feu réduirait ses pêchés en cendre…
$s$s$s$
Le soleil les trouva endormis, Dégel lové dans les bras de Kardia qui, malgré son sommeil, continuait de le serrer contre lui, comme pour l'empêcher de partir une nouvelle fois. Enfin, les battements du coeur de l'autre pouvait les rassurer et les bercer.
Et pour la première fois depuis des semaines, leur nuit ne fut pas peuplée de cauchemars…
Ils étaient simplement ensemble, enfin.
(*) Ouuh qu'est-ce que ça fait du bien de placer ça! (#ErgoProxy)
Et voilà! J'espère que ça vous a plu! :D
A votre avis, qui craquera en premier? Si toutefois l'un d'entre eux se décide à avouer sa faute :O J'avais vraiment envie de parler un peu d'Aspros, personnage assez difficile à cerner au fond :o (Et je compte bien parler de son cadet dans le suivant :3) J'espère que ça vous aura plu aussi ;) (j'aime encore bien faire des petits caméos avec les autres golds :'D)
Encore merci à vous tous de me suivre et de m'encourager, ça me fait vraiment plaisir et ça me motive comme pas possible :')
A bientôt! :D (croisons les doigts pour que mes examens se passent bien (il m'en reste trois)! Comme ça j'aurai trois mois pour écrire ;-; )
Je vous aime!
