Coucou tout le monde! :D Comment allez-vous? J'espère que votre rentrée s'est bien passée ;D Malgré un horaire assez "soft", je ne me prononce pas encore sur la régularité des chapitres de cette année parce que j'ai un énorme (énoooooorme) travail à rendre à la fin de l'année, et d'après les plus grands, ça demande beaucoup de travail D: Ca risque de ralentir mon écriture, mais ce n'est pas encore certain... Je vous tiendrai au courant ;)
Avant tout, réponses aux reviews! :D
Layame: Salut! :D Je le plains aussi, il ne mérite pas tout ça, surtout venant de son frère :'( (mais oui, Aspros est une personne exemplaire UoU) Je suis super contente qu'il t'ait plu :D (Haha ne t'en fais pas, l'attente est rarement facile à supporter :'D) J'espère que ce chapitre te plaira aussi et à bientôt! :D
Angeline: Coucou! :D C'est vrai qu'un peu d'action ça ne fait jamais de mal ;) Oui Aspros est vraiment menaçant envers eux (et même envers son frère :/) J'espère que ce chapitre te plaira aussi ;) A très bientôt! :D
Sur ce, je vous offre un chapitre deux fois plus long que d'habitude! Cadeau! :D J'espère que vous aimerez ;3
Enjoy! :D
Kardia renversa le contenu de sa gourde sur sa tête en retenant un ronronnement ravi, avant de secouer vivement ses cheveux. La nuit commençait à tomber, et pourtant, il faisait encore une chaleur impressionnante. Bizarre (mais pas inhabituel) pourtant à cette période de l'année (bon, il avait déjà connu des mois de juin de ce genre de température mais c'était assez rare…) d'avoir une chaleur pareille une fois le soleil couché… Enfin, après tout, on était déjà presque en juillet alors…
Attendez,… Est-ce que c'était vraiment normal d'avoir si chaud?
Un instant, il craignit de simplement commencer une nouvelle crise et il porta vivement la main à son coeur, les yeux écarquillés:
-Ha non, tu vas pas me faire ça!
Il attendit une longue seconde avant de pousser un soupir soulagé quand un doux battement régulier émana de sa poitrine. Ouf, fausse alerte! Enfin, il n'aurait vraiment plus manqué que ça! Il venait de sortir d'une crise de plusieurs semaines, il avait bien droit à quelques mois de repos, nan?!
Kardia souleva ses cheveux et glissa sa serviette dans sa nuque en grommelant: bon, c'était pas qu'ils devenaient vachement longs, mais presque! S'il avait bien estimé, ils lui arrivaient maintenant plus bas qu'aux hanches, presque au milieu des cuisses. Franchement, pendant qu'il courait, il s'était dit qu'il allait s'en débarrasser et les couper une bonne fois pour toutes!
Il attrapa une longue mèche bleue foncée entre ses doigts et y chipota distraitement, les yeux dans le vague. A la base, il avait décidé de ne jamais les garder trop courts pour une bonne raison: ne pas ressembler à son père. Kardia serra le poing et tiqua légèrement. Oui, tout plutôt que ça. Hors de question de les garder plus court que jusqu'à ses épaules. Hors de question d'avoir un autre point commun avec ce type.
Petit, il se souvenait déjà qu'il détestait la couleur de ses cheveux. Trop reconnaissable, trop… Comme son père, pas assez comme cette mère qu'il aurait voulu pouvoir aimer. Oh mais sans sentimentalisme, hein! Il détestait (haïssait même) tellement son paternel qu'il préférait avoir un minimum de choses à voir avec lui.
Difficile vu la couleur de ses cheveux donc, mais aussi vu son goût assez prononcé pour la violence et ce plaisir qu'il en tirait… Il ferma les yeux et souffla: à quoi bon ressasser tout ça? D'ailleurs, pourquoi est-ce que ce genre de souvenir lui revenait maintenant? Ca faisait quoi, bientôt onze ans qu'il n'avait plus vu ce pâle type? Onze ans… Pff… Le temps passait vraiment à une vitesse folle! Et tant mieux au fond!
Heureusement qu'en devenant Chevalier, il avait « dû » abandonner son passé pour toujours: il ne voulait rendre de compte à personne, surtout pas à son père. S'il avait eu un peu plus de morale, peut-être aurait-il pensé au médecin qui avait pris soin de lui,… Mais non. Cette pensée ne l'effleura même pas…
Ce n'était pas que son passé lui faisait honte ou peur, il l'avait simplement en horreur. Comparé à maintenant, ça ne faisait pas photo, il avait un bol de fou d'être né avec un cosmos.
Bref, il s'égarait!
Deuxième raison de les laisser pousser, vu les cheveux déjà longs de Dégel lors de leur rencontre, il avait décidé de l'imiter, juste pour le taquiner. Puis, il avait trouvé ça tellement classe qu'il n'avait plus voulu les couper.
Kardia passa la main dans les quelques mèches qui tombaient devant son visage en soufflant distraitement:
-Faudrait peut-être que je raccourcisse juste ça… Histoire de voir quelque chose…
Comme pour lui donner raison, il manqua une marche et trébucha en poussant un juron bien senti:
-Putain!
-Comme tu y vas!
Kardia se retourna, pas vraiment surpris (au vu de sa position, à savoir, juste derrière le deuxième temple) de trouver le Taureau à la sortie de sa maison, les bras éternellement croisés et un large sourire franc sur les lèvres:
-Surveille ton langage voyons, il y a parfois des enfants dans les parages!
Dit-il de sa grosse voix avant d'éclater d'un grand rire jovial. Le Scorpion manqua d'esquisser un demi sourire face à la bonne humeur légendaire d'Aldébaran. C'était drôle, il savait que le géant se méfiait de lui et de ses tendances trop violentes mais qu'il faisait malgré tout des efforts pour être gentil et amical avec lui comme il le faisait avec tous ses frères d'armes. Comme s'il voulait être égal avec tout le monde, sans faire de différences.
Du coup, Kardia s'amusait à essayer de pousser le Taureau hors de ses gonds, du moins qu'il arrête de sourire avec autant de naïveté, juste pour l'ennuyer et voir combien de temps il tiendrait. Et en trois ans, jamais le géant n'avait esquissé un signe d'énervement. Impressionnant, vraiment!
Le Scorpion passa la main dans ses cheveux:
-Les apprentis montent pas aussi haut, tu t'en fais pour rien, comme d'hab'.
-Et mes apprentis à moi? Tu oublies qu'ils passent dans mon temple tous les vendredi ou quoi?
-Ouais, j'avais oublié.
-Dis plutôt que tu n'étais pas au courant.
-C'est pas incompatible.
Le sourire d'Aldébaran s'élargit encore (comment était-ce seulement possible?) et il gratifia Kardia d'une vigoureuse claque dans le dos (claque qui manqua presque de l'envoyer valser au bas des escaliers):
-Tu ne cesses jamais de faire le pitre, toi!
-Bah, (le grec fit rouler son épaule gauche en retenant une grimace) la vie est trop courte pour ne pas en profiter.
Le visage du géant se figea avant de se faire plus grave:
-Comment vas-tu, Kardia?
Le Scorpion plissa les yeux, soudain sur la défensive: pourquoi cette question? D'habitude, quand Aldébaran lui adressait la parole, c'était plutôt pour échanger des banalités et des politesses, des broutilles en gros. Alors pourquoi est-ce qu'il avait soudain l'air si sérieux?
-Ca va, pourquoi?
-Tu devrais peut-être te reposer un peu plus longtemps, tu viens de te remettre.
-Tout le Sanctuaire est au courant que j'ai eu la grippe ou quoi?
Rit-il faussement, peu désireux de laisser sous-entendre qu'il était bien plus en danger que ça. Mais le géant souffla, comme pour essayer de l'apaiser:
-Vu ta longue absence, je me permets de penser que ce n'était pas la grippe.
-Et pourtant! C'est vraiment trop con de chopper ce truc par un temps pareil!
-Kardia, tu devrais arrêter de tous nous prendre pour des demeurés.
-Oh mais j'aime trop ça.
Aldébaran fronça les sourcils, sans pour autant avoir l'air de s'énerver, et posa sa large main sur l'épaule du grec:
-Je sais que tu es malade, les autres aussi, mais nous ne connaissons pas les détails.
Kardia gronda, soutenant le regard inquisiteur du Taureau:
-Parce que je veux pas que vous les connaissiez: ce que j'ai me regarde, pas vous.
-Nous sommes une famille, nous pouvons peut-être t'aider.
-Personne peut m'aider, et même si c'était le cas, j'ai pas besoin ni envie de votre aide.
-Tu ne…
-C'est tout ce que t'avais à me dire? (L'interrompit Kardia en se dégageant de sa poigne de fer) J'ai pas que ça à faire.
Aldébaran hésita puis se renfrogna:
-Je voulais juste que tu saches que tu n'es pas seul ici, nous sommes frères, et tu peux compter sur nous et nous faire un peu plus confiance.
-Trop aimable.
Kardia sentit que le Taureau voulait encore dire quelque chose mais il se détourna en secouant la main, peu désireux de continuer cette conversation qui risquait de le mener sur un terrain qu'il ne voulait pas aborder.
Il grimaça: merde quoi, qu'est-ce qu'il avait à se mêler de ce qui ne le regardait pas?! Et tous les autres pensaient pareil alors? Quoi, est-ce qu'ils louchaient sur lui quand ils le voyaient passer en se demandant quand il finirait par crever, ou quoi?
-Font chier! Merde quoi, ça les regarde pas! Est-ce que je leur ai demandé la couleur de leur caleçon?
Tous des hypocrites avec leur délire de famille, de frères et tout le tintouin: ils attendaient juste de trouver un point faible pour le faire chier jusqu'à la fin de ses jours, il le savait!
Kardia grommela et shoota dans un caillou: il pensait aller saluer Manigoldo, mais bien joué, il avait plus envie de voir personne. Juste de rester dans son temple et d'attendre que la seule personne qui comptait à ses yeux ne revienne de mission. Un instant, il hésita à appeler Dégel, puis il renonça: il avait besoin d'être un peu seul.
Ils serra les poings, sans savoir s'il était en colère contre le monde entier ou contre son coeur, seul responsable de ses malheurs et de ses tourments. Et comme si tout ça ne suffisait pas, le souvenir de Calvera et de cette nuit de trop au Mexique continuait de le hanter, de lui faire presque mal physiquement tant il regrettait de s'être laissé aller à ce point…
Kardia grinça des dents: il avait besoin d'action, de bouger, d'occuper son corps et son esprit pour éviter de penser tout ça… N'importe quelle activité ferait l'affaire. Même la plus banale.
Au lieu de ça, il se laissa tomber sur les dernières marches de son temple et croqua dans la dernière pomme qui trainait dans sa poche, réfléchissant à ce que Dégel dirait s'il était là… S'il était courant de ce qu'il avait fait. Sans doute qu'il ne lui pardonnerait jamais, le nierait à tout jamais,… Oh bon sang, si ça arrivait, Kardia ne pourrait tout simplement pas le supporter!
Comme pour confirmer son pressentiment, il eut soudain l'impression que le cosmos glacé du Verseau disparaissait d'un coup. Avec un frisson inquiet, Kardia se redressa et jeta un coup d'oeil vers les ruines de l'ancien Sanctuaire, hésitant à aller y jeter un coup d'oeil.
Mais il haussa les épaules quand l'esprit de Dégel effleura de nouveau le sien: sans doute qu'il devenait parano… Après tout, il ne pouvait pas disparaître comme ça, en un claquement de doigts…
$s$s$s$
Dégel rattrapa Deuteros in-extremis et réussit à éviter les flammes les plus proches. Une grimace de douleur déforma ses traits et il tomba à genoux en retenant une exclamation:
-Bon sang!
Et du sang, il y en avait partout: sur le sable de l'arène, sur son armure, et surtout sur Deuteros. Les mains sur le point de se briser, les yeux révulsés, le visage tordu par la douleur et la chemise déchirée, il faisait peine à voir. En même temps, c'était déjà impressionnant qu'il soit en vie vu le nombre de coups qu'il venait de recevoir!
Un ombre gigantesque se dressa au dessus d'eux, rappelant inévitablement à Dégel que le temps jouait contre eux. En effet, peu après avoir mis Ema en difficulté, Deuteros avait dû affronter le frère aîné de ce dernier, Kokalor, bien plus grand, plus massif et plus cruel également. Le Verseau frissonna et jeta un coup d'oeil alerte au jeune Berserker aux cheveux noirs: le souffle court, le visage livide et le dos en sang, il tenait à peine debout sur ses jambes flageolantes.
Dégel serra le poing: à peine Kokalor avait-il mis un pied sur le sable qu'il frappait déjà mortellement son cadet, lui reprochant de ne pas s'être débarrassé d'eux assez vite à son goût. Acte déjà horrible pour n'importe qui, le Verseau avait eu l'impression que cet acte avait rendu Deuteros fou de rage. Ayant d'abord affronté l'allégeance aveugle d'Ema envers son frère, essayant de lui ouvrir les yeux, toute son énergie avait été dirigée contre l'aîné et sa violence inutile, le fait qu'il utilise simplement son frère…
Et Dégel se doutait qu'en combattant tour à tour ces deux frères, le grec combattait ses démons en même temps, tout en remettant toute sa vie en question. Sa vie, sa relation d'admiration aveugle à son frère aîné,… Il se battait pour survivre, certes, mais il se battait aussi pour lui-même. En vainquant ces deux Berserkers, il vaincrait ses doutes.
Sauf que là, il était quand même sacrément amoché! Il fallait dire que les coups de Kokalor étaient autrement plus puissants que ceux de son cadet. Et sans armure, Deuteros, aussi fort soit-il, ne pouvait pas rivaliser avec ce monstre!
Dégel essuya une goutte de sueur qui avait roulé sur sa tempe: bon, il ne voulait pas en arriver là, mais il allait devoir appeler des renforts. Parce que seul, avec Deuteros à protéger, tout en empêchant les Berserkers de quitter l'arène, cela relevait de l'impossible! Tant pis, le Pope comprendrait!
Il se concentra, fit légèrement gonfler son cosmos pour le projeter enfin vers Kardia, prêt à délivrer son appel et son messa-… Dégel rouvrit les yeux en retenant un hoquet surpris:
-Qu'est-ce que?!
C'était étrange, il avait eu comme l'impression que son cosmos s'était heurté à un mur, une résistance l'empêchant de sortir de l'arène. Fronçant les sourcils, il recommença, plus lentement mais avec plus de cosmos cette fois-ci. Nouvelle tentative, nouvel échec. Le Verseau écarquilla les yeux: bon, ne pas paniquer, réfléchir posément.
Il n'y avait pas vraiment fait attention jusque là, mais il remarquait maintenant que, contrairement à ce qu'il pensait, aucun des Berserkers ne cherchait à sortir de l'arène. Tous restaient bêtement devant les sorties, comme coincés par une barrière invisible. Deux, alors qu'ils étaient assez proches du Sanctuaire, personne n'était venu en renfort une fois leurs cosmos et ceux des ennemis éveillés. Dégel fronça les sourcils: comment était-ce possible?
Comment cet affrontement phénoménal n'avait-il pas alerté tous les gens du Sanctuaire? Pourquoi… Pourquoi est-ce que ces deux hommes qu'il avait croisé juste avant n'intervenaient-ils pas? Et surtout… Pourquoi ne parvenait-il tout simplement pas à envoyer son cosmos vers Kardia?
Non, ce n'était pas la bonne question. Pourquoi ne parvenait-il pas à envoyer son cosmos à l'extérieur de l'arène? Qu'est-ce qui pouvait empêcher une chose aussi simple? Qui pouvait avoir autant de…
Dégel écarquilla des yeux horrifiés, la bouche sèche:
-Impossible…
Et pourtant, il ne voyait pas d'autre solution. Aucun Chevalier présent au Sanctuaire ne pouvait construire de bouclier qui déformerait le temps et/ou l'espace. Mais dans les environs… Il y avait quelqu'un capable d'envoyer n'importe quoi dans une autre dimension, où à la fois l'espace et le temps seraient complètement chamboulés, isolant immanquablement ceux qui s'y retrouvaient enfermés.
-Another Dimension…
Murmura Dégel, horrifié.
Alors, cela signifiait deux choses: un, Aspros savait que les Berserkers s'étaient réveillés, ce que personne d'autre ne semblait avoir compris. Ce qui impliquait donc qu'il était sans doute responsable de la destruction du sceau protecteur. Et deux, en enfermant l'arène toute entière dans une autre dimension, il voulait sans doute empêcher toute personne se trouvant à l'intérieur d'en sortir, Berserkers comme témoins. Et apparemment, il savait parfaitement que son frère s'y entraînait tous les soirs sans fautes. Ce qui voulait dire qu'il tenait certainement à l'éliminer.
Et en additionnant tout ça, Dégel avait la presque preuve qu'Aspros voulait se débarrasser d'un témoin, de quelqu'un qui aurait vu une chose qu'il n'aurait pas dû voir… Et sur quoi enquêtait-il justement? Sur le degré d'inculpation du Gémeaux dans l'affaire du meurtre des Pythies.
-Aspros a tué les Pythies et les a fait disparaître… Sauf que Deuteros les a vues et son frère veut se débarrasser de tout témoin éventuel… Même s'il s'agit de son propre frère…
A vrai dire, même s'il se méfiait d'Aspros, il n'aurait jamais, alors là jamais, osé imaginer un scénario aussi horrible. Et pourtant, tous les indices étaient là, tout criait que le Gémeaux était derrière ces deux affaires et qu'il tentait de faire taire leur seul témoin oculaire, même s'il s'avérait qu'il s'agissait de son cadet.
Dégel serra le poing: comment osait-il?! Comment pouvait-il être aveuglé par son orgueil et son égo au point de tuer des gens?! Qu'avaient pu lui révéler les Pythies avant qu'il ne les abatte? Qu'avait donc vu Deuteros pour qu'il doive le faire disparaître?
Sans qu'il parvienne à comprendre comment il pouvait s'être senti proche de Deuteros aussi vite (sans doute à cause de cette histoire d'étoile maudite et à cause de cette mentalité torturée qu'il voulait aider), le Verseau sentait qu'il était choqué de voir à quel point il était dans le faux. Il vénérait un grand frère qui le considérait à peine, qui ne l'aidait pas plus que ça, qui allait même jusqu'à vouloir le tuer…
Un rayonnement soudain émana de son armure, accompagné d'un son de cloche, le sortant de ses pensées. Il baissa les yeux:
-Mon armure? (Une moue interloquée se dessina sur son visage) Elle entre en résonance avec quelque chose?
Mais… Qu'est-ce qui pouvait traverser les dimensions pour essayer de les rejoindre? Un Chevalier? Un cosmos? Ou bien…
-Une armure d'or…
Au même moment, Deuteros leva difficilement le bras, toujours à moitié évanoui. Et quand il tendit la main, ses doigts entrèrent en contact avec le métal chaud de l'armure d'or des Gémeaux. Un éclair doré les aveugla tous les deux et l'instant d'après, l'armure s'était détachée pour se poser sur le grec, le recouvrant d'une douce lumière solaire.
Dégel écarquilla les yeux:
-Deuteros!
Le jeune homme ouvrit difficilement les yeux, mais le Verseau pouvait voir qu'il avait repris des couleurs et que ses blessures semblaient aller beaucoup mieux, comme si le cosmos de l'armure lui avait rendu les forces qui lui faisaient défaut:
-Bon sang, tu es digne de porter l'armure des Gémeaux! Est-ce l'autre raison qui pousse ton frère à vouloir ta mort? Aurait-il peur de l'ombre que tu projettes sur lui, Deuteros? Serais-tu le responsable indirect de son égo?
Mais Dégel repoussa toutes ces questions dans un coin de son esprit et aida le… « Gémeaux » (?) à se relever:
-Est-ce que ça va? Est-ce que tu me vois et m'entends?
-Oui… (Haleta Deuteros) Oui, ça va…
Il sursauta légèrement, jeta un coup d'oeil autour de lui puis baissa les yeux, l'air interloqué et douteux:
-Est-ce que… Est-ce qu'elle… Parle?
Le Verseau sourit à demi devant la candeur et la surprise du jeune homme: avait-il seulement eu une éducation correcte durant toutes ces années? Sans doute que non, personne ne devait lui avoir parlé du fait que les armures étaient vivantes.
-Oui, la voix que tu entends est celle de Gémeaux.
Un instant, il avait failli dire « ton armure », mais pouvait-il en être sûr? Astros avait-il envoyé son armure de son plein gré pour sauver son cadet, réduisant toutes ses théories à néant? Ou bien au contraire, l'armure était-elle venue d'elle même, allant contre le bon vouloir de son porteur?
La meilleure façon de le savoir aurait été de demander directement à Gémeaux, mais Dégel estima que ce n'était absolument pas le moment quand le poing de Kokalor s'écrasa à quelques mètres de l'endroit où ils se trouvaient. Sans doute que la fumée causée par les flammes l'avaient aveuglé: au fond, cet incendie était presque à leur avantage!
La voix caverneuse et pourtant étonnement monotone du géant résonna autour d'eux, sans qu'ils puissent le localiser précisément:
-Une tête, une pièce d'or… Une tête, une pièce d'or…
C'était presque comme une litanie, comme s'il avait perdu la tête ou s'il était en transe, comme hypnotisé. Nouvelle chose que Dégel trouvait étrange, mais qu'il ne pouvait pas impliquer à Aspros sur ce coup-là: à sa connaissance, le Gémeaux ne possédait pas d'attaque lui permettant d'hypnotiser les gens, encore moins à distance.
Enfin, le corps gigantesque de Kokalor se dressa devant eux, juste derrière le corps si frêle, en comparaison, de son cadet. Ema se retourna pourtant, un large sourire sur les lèvres et Deuteros retint une nausée: l'amour et l'admiration de cet homme pour son frère avaient-ils seulement une limite? Comment pouvait-il encore le regarder avec de tels yeux après qu'il l'ait presque tué?! Avait-il perdu la tête?
Tous deux se mirent en garde au moment où Kokalor gronda, l'air complètement absent:
-Tiens… J'en vois un qui a encore sa tête…
Et à la surprise générale, il parla en regardant son frère droit dans les yeux. Autant les deux Ors se jetèrent un regard interdit, autant Ema sembla légèrement perdu quand il répondit, hésitant:
-Ko… Kokalor? C'est moi, ton frère.
La panique pointait dans ses paroles, et Deuteros sentit son coeur se serrer dans sa poitrine, derrière l'or de l'armure des Gémeaux. Quand il comprit que le géant ne reconnaissait pas son cadet qui l'aimait tant. Quand le colosse leva son arme. Quand il comprit qu'il allait le tuer de ses propres mains.
Etait-ce pour Kokalor, pour lui éviter de faire une chose aussi horrible et d'en souffrir après que, méprisant les cris de Dégel, il se rua en avant pour rouler dans le sable, serrant Ema dans ses bras, hors de danger? Ou bien était-ce pour sauver ce dernier et lui éviter de souffrir d'une trahison qui n'avait pas lieu d'être?
A moins que ça ne soit pour se sauver lui-même à travers cette projection de son passé? Il ne parvenait pas à savoir, et à vrai dire, il s'en fichait. Il était simplement hors de question qu'Ema meure de la main de l'homme qu'il aimait et respectait plus que tout. Rien ne pourrait être pire que d'être trahi par un ami, sauf peut-être d'être trahi par un membre de sa famille. Surtout un frère.
Deuteros grimaça légèrement: était-ce une farce du destin? Est-ce que cette chose lui arrivait à lui pour qu'il remette en question la seule personne qui comptait à ses yeux? Devait-il commencer à se demander si tout ce que faisait Aspros était vraiment le bien? Défendre la justice, les faibles et les innocents?
Comme pour confirmer ses doutes, il revit les corps sans vie, brisés, des Pythies. Du sang tachant leurs longs cheveux blonds, presque blancs, leurs visages déformés par la souffrance,… Il refusait d'y croire, mais… Et si Aspros lui avait menti?… Et si c'était bien lui qui avait tué ces femmes?
Il avait l'impression que son coeur allait se déchirer tant ses doutes le torturaient depuis des jours. Il refusait de ne plus croire en son frère… Mais il ne pouvait plus fermer les yeux sur ce qu'il faisait de mal…
-Lâche-moi!
S'écria Ema en se dégageant brutalement, le faisant sortir de ses réflexions. Le jeune homme aux cheveux noirs se redressa, les jambes tremblantes et les épaules secouées de spasmes. Son visage éclaboussé de sang semblait hésiter entre la colère et le désespoir. Deuteros pouvait presque voir des larmes dans ses yeux bruns:
-Ne fais pas l'idiot! (S'écria le Gémeaux en se relevant) Il ne te reconnait pas! Tu veux vraiment te faire tuer aussi bêtement?! Que penserait ton frère?!
Ema ouvrit la bouche, la referma, hésita… Et sursauta lorsque Kokalor poussa un grognement animal en se tournant vers eux:
-Une tête, une pièce d'or.
Le jeune Berserker jeta un coup d'oeil par dessus son épaule ensanglantée et, quand il croisa le regard vide de son aîné, il cessa de trembler. Lorsqu'il leva son arme, Deuteros se raidit:
-Tu comptes encore te battre pour lui après ce qu'il t'a fait?! Ouvre les yeux enfin!
-Tu ne pourras jamais comprendre. (Le coupa Ema, le visage à la fois dur et souriant) Ce lien entre mon frère et moi est plus puissant que tu ne pourrais jamais l'imaginer. Il est tout ce que j'ai, tout ce en quoi je crois, celui à qui je dois tout. Alors s'il décide de me trahir ou de trahir la terre entière, je serai toujours derrière lui pour le soutenir.
Deuteros retint un frisson: c'était incroyable. Comment avait-il pu mettre des mots aussi précis sur ce qu'il ressentait lui-même? Ou plutôt… Non, une fois qu'il les entendait clairement dans la bouche d'un autre, il se rendait compte de l'idiotie de ces paroles. Même si le choix était difficile à faire, une fois qu'un membre de sa famille, surtout son frère, commençait à emprunter le mauvais chemin, il ne fallait pas se contenter de le suivre aveuglément.
Au contraire, il fallait absolument l'arrêter et le ramener vers la lumière!
Mais Ema n'avait pas sa réflexion. Ema était encore plus aveugle que lui. Le jeune homme aux cheveux noirs leva sa lame, lentement:
-Alors si ma tête peut lui rendre sa raison…
Deuteros se tendit:
-Arrête! Ne fais pas ça!
Mais la lame se rapprochait toujours un peu plus de la gorge du Berserker, sans qu'il cesse de sourire. Sans qu'il parvienne à cacher sa fierté et sa peur:
-Je la lui offre avec plaisir.
Le sang gicla violemment sur le sable, éclaboussant le visage de Deuteros, lorsque la lame trancha la peau, les muscles et l'os comme s'il avait s'agit de beurre. La tête d'Ema valsa sur le sol et roula jusqu'aux pieds de Kokalor, de telle manière que ni Dégel ni Deuteros ne purent voir l'expression de son visage. Ce qui était peut-être mieux, au fond.
Le Verseau sembla prit de nausées: le visage livide teintant sur le verdâtre, il vacilla mais parvint à rester debout, une main pressée sur la bouche. Deuteros lui-même resta interdit une longue seconde, incapable de croire ce qu'il venait de voir, les yeux écarquillés sous le coup de l'horreur. Est-ce que… Est-ce qu'il venait de…
De se suicider, de mourir pour son frère? Aussi aveuglément?
A la surprise générale, Kokalor lâcha son arme, faisant sursauter les deux Ors. Sa bouche s'ouvrit sur une plainte silencieuse, laissant simplement échapper un souffle légèrement étouffé et aigu, et ses yeux reprirent une teinte naturelle, moins vide,… Mais remplis de larmes, écarquillés à l'extrême, incapables de se détourner du visage de son petit frère… Qui souriait encore…
Le colosse tomba à genoux et serra la tête contre son coeur pour la bercer lentement, comme s'il s'agissait d'un enfant à consoler. Il se comportait comme s'il était seul, comme s'ils n'étaient pas là, en train de le regarder sans comprendre.
Une première larme roula sur ses joues marquées de cicatrices, suivie par une deuxième. Puis, comme des larmes de sang rejoignaient les autres, un premier filet de voix s'échappa de ses lèvres:
-Monstre…
Dégel, qui s'était placé juste derrière Deuteros, s'immobilisa, prêt à attaquer ou à défendre. Mais c'était comme si la peine et le désespoir de Kokalor, sa colère, étaient destinés à une autre personne… Comme si…
Le géant se redressa lentement, serrant toujours la tête d'Ema contre lui, dévoilant un visage ravagé par la douleur:
-Vous pensez que c'est moi, le monstre… Et qu'il était un idiot… Mais le véritable monstre, c'est celui qui nous a réveillés et qui a causé tout ce malheur… (Il darda sur Deuteros un regard rempli d'incompréhension et de douleur, soudain ravagé par les larmes, lui qui semblait si fort encore deux minutes auparavant) Si moi je suis un monstre, alors ton frère doit être un véritable démon…
Deuteros sentit son coeur se serrer dans sa poitrine, comme si la main de Kokalor le comprimait jusqu'à-ce qu'il explose. Il ne remarqua pas Dégel froncer les sourcils et serrer les poings. Il ne sut jamais comment il trouva la force de vaincre le géant, plus pour abréger ses souffrances qu'autre chose,… Tout ce qui tournait en boucle dans sa tête, était qu'Aspros avait réveillé ces guerriers dans l'arène où il savait que son frère se trouvait…
Que son frère ainé qu'il aimait et respectait tant avait essayé de se débarrasser de lui, au mépris de sa vie et de celles d'innocents…
Il eut juste l'impression que tout se déroulait très vite, et qu'il se retrouvait assis sur le sable de l'arène, le corps sans vie de Kokalor affalé devant lui, serrant toujours la tête de son petit frère contre son coeur désormais immobile.
C'est pour ça qu'il sursauta lorsque Dégel l'appela pour la troisième fois:
-Quoi?
Le Verseau poussa un soupir soulagé:
-Est-ce que ça va? Tu n'as rien de cassé?
Deuteros s'examina mentalement, palpa une épaule légèrement douloureuse avant de secouer la tête:
-Non, je crois que tout va bien…
Dégel passa la main dans ses cheveux et se redressa, l'air neutre et pourtant légèrement ennuyé comme il regardait l'arène jonchée de cadavres: quelle tragédie… Tout ça orchestré par Aspros pour se débarrasser de son frère-témoin et sans doute de lui-même en même temps… Il murmura:
-Je ferai appeler les gardes du Sanctuaire pour m'aider à nettoyer tout ça…
-Je vais le faire.
-Hors de question: les gardes ne vont pas tarder, je pense qu'il serait mieux pour toi de partir si tu ne veux pas être découvert. (Il hésita et murmura, plus pour lui que pour Deuteros) Même si je pense que tu ferais mieux de sortir de l'ombre…
Le jeune homme aux cheveux bleus resta silencieux un long moment, se mordillant légèrement la lèvre inférieure:
-Tu ne voulais pas m'interroger?
Dégel posa un regard surpris sur lui avant de faire la moue:
-Sans vouloir te vexer ni te provoquer, j'ai eu assez de preuves sur la culpabilité de ton frère pendant tout ce combat… Tu as toi-même entendu Kokalor: inutile de nier que tu as toi-même des doutes.
Deuteros baissa la tête, incapable de soutenir le regard améthyste du Verseau. Il serra les poings avant de les rouvrir lentement, contemplant le métal doré qui couvrait désormais ses mains. Il ne savait pas quoi faire… Il n'avait même plus la force de défendre Aspros, pas même pour la forme. Mais en même temps… Malgré tout ce qui venait de se passer,… Il ne parvenait pas à se détacher de son seul repère, il ne parvenait pas encore à l'avouer…
-Je ne sais pas… Je ne sais plus quoi penser…
Dégel passa la main au niveau de sa clavicule en retenant une légère grimace douloureuse avant de répondre:
-Prends le temps de te reposer et de penser à tout ça à tête reposée. Je ne pense pas que je peux comprendre ce que tu ressens, mais j'imagine que ça doit être un choc. Aspros est parti en mission ce matin: ça te laisse une bonne semaine, minimum, pour y réfléchir.
Le Verseau attendit que Deuteros réponde, réagisse, s'énerve même, mais il se contenta de hocher lentement la tête. Dégel s'empêcha de laisser sa langue aller claquer contre son palais: il devait absolument se reprendre! Une fois que son frère serait de retour de mission, il s'empresserait sans doute de le tuer! Alors, pourquoi restait-il aussi calme?!
Il secoua légèrement la tête: il ne pouvait pas comprendre… Il n'avait pas été trahi par la personne qu'il aimait le plus et ne pouvait même pas imaginer la douleur que devait ressentir Deuteros. Pendant une seconde, il essaya d'imaginer ce qu'il pourrait ressentir si Kardia trahissait sa confiance de la sorte…
Pâlit lorsqu'il se rendit compte que lui avait trahi la confiance du Scorpion. Et lorsqu'il sentit son coeur se serrer dans sa poitrine sous le coup de la culpabilité, s'imaginant que la douleur devait être exponentielle en vérité et en étant celui qui était trahi, il envisageait maintenant mieux pourquoi le jeune homme se trouvait dans cet état d'hébétude.
Dégel secoua la tête, préférant sortir cette idée de trahison de sa tête, et se pencha de nouveau vers Deuteros:
-Que veux-tu faire de l'armure?
-… Je suppose que je vais la rendre à mon frère… Même si je n'ai aucune idée de comment je peux faire ça…
Dégel retint un froncement de sourcils agacé: est-ce qu'il était sérieux?! Il allait rendre cette armure qui l'avait clairement choisi à son frère? Son frère qui venait d'essayer de l'assassiner?! Il espérait presque qu'il allait se réveiller ou que Deuteros allait lui dire que c'était une blague. Mais non.
Le jeune homme à la peau mate se leva, sembla hésiter puis lui demanda le plus sérieusement du monde:
-Comment j'enlève ça?
$s$s$s$
Aspros ne sursauta même pas quand une douce lueur dorée se matérialisa devant lui ni quand l'image mentale de Dégel se manifesta, l'armure des Gémeaux à ses côtés. Le grec esquissa un sourire parfaitement maitrisé malgré sa colère et sa légère anxiété:
-Salut, Dégel. Que me vaut l'honneur de ta… « Visite »?
Le Verseau plissa légèrement les yeux en offrant un sourire aussi sincère que possible quoique légèrement figé à son interlocuteur:
-Je te ramène l'armure des Gémeaux à la demande de ton petit frère.
Aspros feignit la surprise, ravi de savoir parfaitement jouer la comédie:
-Tu as rencontré Deuteros? Mais comment?
-Le Pope m'a envoyé en mission et je suis tombé sur lui par hasard.
-Ha… Je vois…
Face au visage fermé du Verseau, il baissa la tête et laissa échapper un soupir rieur:
-C'est un brave garçon, un peu timide, certes, mais très gentil.
-Je n'en doute pas.
Répondit lentement Dégel sans lâcher le Gémeaux des yeux, comme s'il le jugeait sans vraiment s'en cacher. Aspros s'empêcha de froncer les sourcils: il savait. Il avait tout compris.
-Je pense que je pourrais devenir ami avec lui: nous aurions un tas de choses à nous dire.
Sourit le Verseau, dissimulant à peine son sous-entendu. Le grec s'empêcha de tiquer:
-Tu crois que j'ai pas compris ce que ça voulait dire? Tu pourrais être ami avec mon frère mais pas avec moi? Tu pourrais apprécier Deuteros mais pas moi? Tu sais, je ne suis pas aussi idiot que ton abruti de Scorpion, je lis parfaitement entre les lignes!
Au lieu de ça, il rendit un sourire lumineux à celui de Dégel:
-J'en suis sûr. Et je suis certain qu'il s'entendrait à merveille avec Kardia, tu n'es pas de mon avis?
Le Verseau se tendit imperceptiblement, juste ce qu'il fallait pour que le sourire d'Aspros se fasse un peu plus mauvais. La menace était à peine dissimulée: quitte à éliminer son frère, pourquoi ne pas se débarrasser d'autres fauteurs de troubles? Dégel repoussa la montée d'adrénaline qui l'envahissait et répondit calmement:
-Qui sait?
Ils se défièrent du regard encore une longue seconde avant que le Verseau ne brise le silence glacé qui s'était installé entre eux:
-Sur ce, je te laisse. Ah, tant que j'y suis, l'élection du nouveau Pope se fera dès ton retour.
-J'ai cru comprendre, oui.
Le sourire froid de Dégel se teinta d'un léger air déçu:
-J'espère que nous aurons un nouvel élu de grande valeur.
Aspros bomba fièrement le torse: Sisyphe était un rival de qualité, mais il n'avait ni la volonté ni la force nécéssaire pour diriger et régner sur le Sanctuaire. C'était presque déjà dans la poche. Alors, il feula doucement, passant machinalement la main sur son armure en un geste possessif:
-J'en suis sûr… Ne t'en fais pas trop pour ça…
Sans rajouter un mot de plus, l'image télépathique disparut, laissant Aspros seul sur le pont. Libre de serrer les poings et de grincer des dents face à l'arrogance de Dégel, mais surtout, face à son propre échec.
Si seulement l'armure des Gémeaux n'avait pas rejoint Deuteros, il serait mort depuis longtemps! Lui et ce parasite de Verseau!
Le beau visage d'Aspros fut déformé par la colère, méconnaissable, quand il posa des yeux irrités et vexés sur son armure:
-Bordel!
$s$s$s$
Quand Dégel rouvrit les yeux, Deuteros faisait disparaître les derniers corps dans une autre dimension, là où aucun sceau ne pourrait plus les réveiller. Le Verseau cligna des yeux:
-Je t'avais dit que je m'en occuperais: tu dois reprendre des forces.
-Je vais bien.
Soupira Deuteros en refermant la dimension, le front parsemé de légères gouttes de sueur dues à l'effort. Dégel haussa les épaules (et grimaça quand sa clavicule se rappela douloureusement à lui) et dit doucement:
-Bien… Je vais retourner au Sanctuaire faire mon rapport au Pope. (Il se tut une seconde) Veux-tu venir avec moi?
-Quoi?
S'étonna le grec, sincèrement surpris par la proposition du Verseau. Dégel retint un sourire:
-Pourquoi pas? Le Pope sera conciliant avec toi, tu auras peut-être même le droit de vivre au Sanctuaire, officiellement.
Deuteros sembla hésiter une longue seconde avant de baisser la tête:
-Je ne préfère pas, désolé.
-Pourquoi? C'est une bonne opportunité.
-Je ne me sens pas encore capable de témoigner contre mon frère.
-Malgré ce qu'il vient de te faire?
Le grec lui jeta un regard mauvais:
-Tu ne peux pas comprendre ce que je ressens, tu ne le pourras jamais. Tu ne viens pas d'être trahi par ton frère, par la seule personne en qui tu avais confiance, celui que tu aimes plus que tout au monde. Alors tu ne peux pas comprendre pourquoi j'hésite encore.
-Malgré ce que tu viens de voir? Malgré que tu aies vu où son aveuglement a mené Ema?
Deuteros poussa une sorte de grognement:
-Estime-toi heureux que cette histoire me fasse réfléchir: je pourrais bêtement resté borné et au lieu de ça, je remets toute ma vie en doute et en question. Ca devrait te suffire.
-Je disais ça pour toi… Mais le choix est évidemment tien.
-Et je choisis de ne pas venir avec toi. (Se renfrogna-t-il) Je vais réfléchir à tout ça, et rester discret, au cas où.
Dégel voulut encore argumenter, convaincre Deuteros de le suivre, mais il renonça en un soupir:
-Comme il te plaira… Mais si jamais tu changeais d'avis, n'oublie pas que je suis ton allié et ami: tu peux compter sur mon soutien en cas de problème.
Le grec resta silencieux, de telle manière que Dégel crut qu'il ne l'avait pas entendu. Puis, Deuteros souffla tout bas:
-Merci… Je m'en souviendrai.
Le Verseau lui adressa un signe de tête respectueux et ajouta:
-Tu devrais aller voir un médecin, juste pour vérifier que tu n'as rien.
-Pas besoin.
Dégel n'insista pas et se détourna:
-Sur ce…
Il sortit de l'arène, un peu tourmenté pour Deuteros, et incroyablement déçu par Aspros. Il serra les poings:le Pope saurait tout, et il espérait qu'il forcerait Aspros a se retirer de la liste des candidats. C'était pour leur bien à tous.
Quand Dégel eut quitté l'enceinte de l'arène, Deuteros se laissa tomber sur le sol, légèrement haletant et le front luisant de sueur. Il avait l'impression que son coeur allait exploser tant il lui faisait mal, tant il battait vite dans sa poitrine. Sa gorge sèche lui faisait mal, comme si un noeud la comblait. Il se força à respirer profondément:
-Reste calme… Il doit y avoir une explication logique à tout ça. Aspros ne peut pas m'avoir fait un coup pareil. Ce n'est pas possible… (Il leva la tête vers le ciel) Pitié, faites en sorte que ça ne soit qu'un cauchemar et que je me réveille… Pitié…
Une légère étincelle de cosmos lui fit vivement tourner la tête, sur ses gardes. Mais quand il le reconnut, il poussa un soupir soulagé. Il reprit son souffle quelques secondes avant de jeter un regard acéré vers gauche et d'appeler:
-Je sais que tu es là: tu peux te montrer. A moins que je ne te fasse peur?
Il y eut un léger soupir, presque un rire étouffé, puis, une silhouette se dessina. Une silhouette aux yeux clos, et pourvue de longs cheveux d'or et vêtue d'un sari orange pâle:
-Je n'ai pas peur de toi.
-Alors pourquoi te cachais-tu, Asmita?
Le Chevalier de la Vierge, car c'était lui, se rapprocha lentement, descendant paisiblement les marches des gradins sans faire un seul faux pas:
-Je m'assurais que tu ne fasses pas de mal à Dégel: c'est une personne juste et je n'aurais pas apprécié que tu essayes de le faire disparaître.
Deuteros ricana:
-Je vois que la confiance règne.
-Je savais que tu risquais de paniquer, je voulais simplement empêcher ça.
Le grec darda un regard légèrement accusateur sur lui:
-Et pourquoi tu n'es pas intervenu?
Asmita hausse les épaules et posa un premier pied assuré sur le sable de l'arène:
-Parce que je savais que tu n'en ferais rien.
-Et après?
-Après? (Répéta la Vierge en haussant un sourcil)
-Quand ces Berserkers nous ont attaqué: pourquoi n'es-tu pas intervenu?
Insista Deuteros en haussant légèrement le ton, sans se lever pour autant. Asmita sourit, ce sourire qui pouvait à lui seul apaiser le coeur du grec:
-Parce que c'était ton épreuve, Deuteros. Ton obstacle, et je me devais de te laisser le franchir seul.
Deuteros hésita puis se leva et épousseta ses genoux (sa chemise était déchirée à plusieurs endroits et il avait l'impression d'être couvert de sang):
-Tu savais?
-Pour l'histoire de ces deux frères? (Supposa Asmita) Oui. Et je savais que c'était une occasion en or de t'ouvrir les yeux…
-Qu'est-ce que tu veux dire?
Le jeune homme blond sembla lever ses yeux clos sur lui:
-C'est à toi de trouver les réponses: je ne peux que te montrer la voie.
Deuteros soupira:
-Je sais où tu veux en venir, mais je ne peux pas en arriver à de telles conclusions, Asmita. C'est mon frère, il me protège et m'aime, je le sais. Et je ne peux pas douter de lui, sinon…
Sa voix s'éteignit sur la fin de sa phrase comme il se rendait compte qu'il essayait plus de se convaincre lui-même que de convaincre Asmita. Il savait bien qu'il devait douter de son frère, que c'était lui le responsable de ce massacre,… Mais… Mais il ne pouvait pas…
Impitoyable, Asmita insista:
-Sinon?
Deuteros soutint le regard imaginaire de la Vierge:
-Sinon c'en est fini de nous, de ce lien qui nous unit depuis la naissance. Et c'est ce lien qui m'a maintenu en vie toutes ces années.
Asmita hésita puis secoua la tête, un air visiblement déçu, presque las, sur le visage. Il soupira en haussant les épaules en signe de résignation:
-Si c'est la réponse que tu choisis…
-Est-ce que c'est la bonne?
-Si c'est ce que ton coeur te dit… Je n'ai pas à interférer… Mais je t'avoue que je préfèrerai que tu y réfléchisses encore un peu.
Avoua-t-il en repoussant une mèche blonde que le vent avait placé en travers de son visage. Deuteros entrouvrit la bouche et baissa la tête, abattu:
-Je ne peux pas…
-Si tu ne le fais pas pour toi ou pour ton frère, fais-le au moins pour moi. Je ne vois pas ce que je peux te dire d'autre sans interférer dans ton choix…
Et comme il faisait mine de se détourner, ayant la ferme intention de s'en aller, Deuteros l'agrippa violemment par le bras et le serra contre lui de toutes ses forces. Tellement fort qu'Asmita en eut le souffle coupé et qu'il ouvrit les yeux sous le choc. Le grec était couvert de sang, poisseux, et ses habits semblaient être dans un piètre état, et pourtant… La Vierge sentait que son coeur était dans un état encore pire.
Comme pour confirmer ses pensées, Deuteros souffla:
-Je ne peux pas… J'ai peur de la réponse que je vais trouver… J'ai peur, Asmita, je suis faible…
Asmita resta silencieux une longue seconde, écoutant seulement le coeur du grec tambouriner dans sa poitrine. Puis, il passa une main douce dans le dos de Deuteros, comme pour le rassurer:
-Si tu as peur, c'est que tu n'es pas un idiot, seuls les imbéciles ne ressentent pas la peur. Et avoir peur ne veut pas dire que tu es faible, bien au contraire: c'est une grande force de le reconnaitre.
Il referma les yeux en même temps que ses bras sur le corps brisé de Deuteros:
-Et je sais que tu auras la force de faire le bon choix…
Le grec le serra encore plus contre lui et Asmita se lova contre sa poitrine, plus pour le rassurer qu'autre chose. Puis, tous deux se laissèrent glisser à genoux sur le sol, sans que leur étreinte ne cesse. Et quand il sentit une larme tomber sur sa nuque et rouler dans son dos, il caressa doucement le dos secoué de tremblements de Deuteros:
-J'ai mal…
-Je sais… (Murmura Asmita) Je ressens ta souffrance…
Deuteros enfouit son visage dans sa nuque, comme pour cacher ses larmes de douleur aux yeux aveugles du blond:
-Ne me laisse pas…
-Promis…
Et il resta avec lui, serré contre lui, le temps que ses larmes silencieuses se tarissent et que son coeur reprenne un rythme normal. Et même quand il se fut calmé, Asmita resta avec lui.
Sans que leur étreinte ne cesse.
$s$s$s$
Dégel sortit du treizième temple, les mains tremblantes sous le coup de la colère. Il avait fait son rapport au Pope, étalé sur la table tous les indices qui prouvaient la culpabilité d'Aspros, prouvé qu'il avait tué les Pythies de Delphes et qu'il avait tenté de le tuer lui ainsi que son cadet en réveillant les Berserkers qui sommeillaient dans l'ancienne arène,…
Et il avait vu Sage se liquéfier. Son visage déjà pâle s'était vidé de toute couleur et ses mains s'étaient mises à trembler sur les accoudoirs de son fauteuil de pierre:
-En es-tu certain, Dégel?
Avait-il demandé, comme s'il peinait à y croire. Le Verseau avait baissé la tête et Sage avait presque manqué de défaillir, choqué. Debout à sa gauche, Sisyphe n'en menait pas large non plus. A chaque nouvelle accusation, son visage avait changé de couleur. De normal à livide, de livide à transparent, de transparent à vert, de vert à jaune… Et Dégel avait même cru que ses jambes allaient le lâcher quand il avait murmuré:
-Je n'arrive pas à y croire… Pourquoi… Pourquoi a-t-il fait des choses pareilles?…
Le Verseau n'avait pas répondu: la question était rhétorique, tous connaissaient sa réponse.
Pour le pouvoir.
Sage s'était prit la tête entre les mains un court instant avant de souffler:
-Et Sisyphe qui vient de se retirer de la liste…
Dégel avait écarquillé des yeux horrifiés:
-Quoi?!
Le Sagittaire, qui avait eu les yeux dans le vide pendant de longues secondes, avait soufflé:
-Je ne savais pas qu'Aspros avait fait toutes ces choses… Et je me sens incapable de diriger le Sanctuaire…
Dégel s'était levé:
-Il faut absolument faire quelque chose! On ne peut pas laisser Aspros seul sur la liste des prétendants! Tu ne peux pas te retirer, Sisyphe! On ne peut pas… Plus faire confiance à Aspros, ce serait de la folie! Je vous en prie, Grand Pope, il faut faire quelque chose et empêcher ça!
Sage lavait levé la main, redevenu maitre de ses émotions:
-Ne t'en fais pas Dégel, je ne compte pas laisser Aspros s'en sortir ainsi… (Il avait poussé un soupir) Je ne voulais pas en arriver là, mais je n'ai pas le choix.
Il s'était tourné vers Sisyphe:
-Ce que je vais vous dire doit absolument rester entre nous, compris?
Tous deux avaient hoché la tête, curieux de voir ce que le Pope avait préparé comme plan de secours:
-Je vais annoncer que mon choix se porte sur Sisyphe. Non, attends. (Avait-il dit en levant la main vers le Sagittaire quand celui-ci avait sursauté) Je ne vais pas te forcer à prendre une place que tu ne veux pas. Ce sera une manière de voir comme Aspros réagira à cette provocation. En fonction de sa réaction, je verrai si nous pouvons encore avoir une chance de lui faire confiance ou bien s'il nous faudra l'écarter du Sanctuaire… Voire même… (Les mots avaient semblé impossible à prononcer) Le condamner à mort pour trahison…
Dégel inspira profondément: c'était donc le plan du Pope? Un guet append pour voir si Aspros pouvait se racheter, ou pire, se condamner d'avantage? Pas bête, mais il ne voyait pas pourquoi perdre autant de temps… Enfin, il avait toujours su que Sage était digne de son nom… Autant espérer que le Gémeaux parviendrait à le convaincre…
Pour ce faire et pour leur propre sécurité, Sisyphe et lui-même devaient quitter le Sanctuaire et accomplir des missions qui auraient été plutôt confiées à des chevaliers d'argent. Si jamais Aspros prenait mal cette déclaration et décidait de se rebeller, son rival et celui qui l'avait démasqué seraient les premiers sur sa liste. Et Sage ne voulait prendre aucun risque.
Dès demain, Dégel devait donc partir pour la Russie pour démanteler un réseau de trafic d'armes aux pratiques louches… Apparemment, une femme pourvue d'un cosmos négatif semblait les aider dans leur tâche et causait des dégâts terribles et des morts innombrables. Spectre liée à Hadès ou bien isolée? C'était à lui de le découvrir.
Quand il avait demandé s'il devait partir seul, le Pope avait semblé hésiter avant de répondre:
-Je préfère, oui. Kardia n'est pas encore tout à fait remis et il serait dangereux de lui faire faire le chemin et accomplir une mission si tôt.
-Et si jamais il faisait une nouvelle crise?
Un léger sourire avait étiré les lèvres de Sage:
-Liam s'en occupera: son cosmos est le seul à être « proche » du tien, ici, au Sanctuaire. Ne t'en fais pas.
Impossible.
Soupira Dégel en poussant la porte de son temple. Impossible de ne pas s'en faire pour cet idiot de Scorpion. Surtout qu'il serait enragé de voir qu'il lui faisait de nouveau faux bond… Tiens… Le Verseau fronça les sourcils en enlevant son armure: où était donc cette triple andouille? En projetant son cosmos aux alentours, il le trouva avec soulagement dans son temple, et non pas effondré dans l'arène.
Tiens… Et s'il profitait de ce calme divin et miraculeux pour lire un peu? Pour se laver correctement et se détendre un peu? Mais il fronça légèrement les sourcils: le cosmos de Kardia semblait… Comment dire… Tourmenté? Las? Comme s'il avait un peu perdu de son éclat.
Dégel poussa un soupir et ôta sa chemise: bon… Tant pis pour le livre et la détente… Il se lava à toute vitesse, profitant autant que possible de cette solitude qui l'apaisait étrangement après un combat aussi tendu et une trahison aussi vile. Et quand il termina de préparer ses bagages pour le lendemain, il descendit au huitième temple.
Pour y trouver un Kardia roulé en boule dans son lit.
Pendant une seconde, Dégel fut tenté de refermer la porte et de le laisser dormir. Puis, il remarqua que le Scorpion était réveillé, seulement plongé dans ses pensées. (Ce qui, il fallait l'avouer était extrêmement rare). Le Verseau écarquilla les yeux et referma la porte derrière lui: qu'est-ce qui s'était passé pendant son absence?
-T'as été rapide sur ce coup-là.
Dégel haussa les sourcils: comment ça rapide? Ce combat avait au moins duré une bonne heure et la discussion le précédent et celle le suivant au moins une grosse demi-heure. C'était, au contraire, très long! Mais quand il jeta un coup d'oeil à l'extérieur et se rendit compte que le ciel était encore légèrement rosé à l'horizon, il comprit que le temps s'écoulait différemment dans l' « autre dimension ». Une heure et demie étaient passés comme une dizaine de minutes pour tous les autres.
-Ca a été?
Demanda Kardia sans bouger d'un pouce, interrompant le cours de ses pensées. Dégel passa machinalement la main sur sa clavicule:
-Bien pour moi mais moins bien pour d'autres…
-Je suppose que tu peux pas m'en dire plus?
-En effet.
Kardia poussa un « Tch » râleur et se mura de nouveau dans son silence obstiné. Dégel ôta ses lunettes de son nez (il constatait avec joie qu'il n'en avait désormais besoin que pour lire ou pour reposer ses yeux) et s'assit doucement au bord du lit en murmurant:
-Quelque chose ne va pas?
Il ne pouvait pas croire que c'était juste le fait de ne pas pouvoir savoir qui l'agaçait autant. Il devait y avoir quelque chose d'autre. Kardia, qui lui tournait le dos, haussa les épaules en grommelant un vague « rien ». Dégel insista et se pencha en arrière, essayant de voir le visage du grec:
-Qu'est-ce qui te préoccupe?
-Rien…
Dégel leva les yeux au ciel:
-Est-ce qu'il s'est passé quelque chose pendant l'entraînement de Liam?
-Nan, y'a rien je te dis.
Gronda Kardia, preuve que quelque chose, paradoxalement, n'allait pas. Dégel fronça les sourcils et parvint enfin à voir le visage boudeur du Scorpion… Et il haussa un sourcil tout juste froncé:
-Mais qu'est-ce que tu t'es fait?
Kardia sursauta et le repoussa d'un mouvement de bras:
-Mais rien, bordel! Fous-moi un peu la paix!
Dégel agrippa son poignet, l'empêchant de bouger, libre d'observer avec un air atterré et rieur à la fois, le visage de Kardia. De sa main libre, il effleura une mèche de la frange bleue marine:
-Comment est-ce que tu as fait ton compte?
Il chipota à une mèche coupée de travers en secouant la tête, hésitant entre le désespoir et l'attendrissement devant ce geste. Kardia dégagea son poignet et baissa les yeux, comme s'il refusait de croiser ceux de Dégel, honteux:
-Je me suis raté en essayant de raccourcir cette merde. Mais j'ai foiré alors je touche plus à rien.
-C'est vrai que comme ça tu as l'air particulièrement malin.
-Hin hin, (Grinça-t-il) merci beaucoup pour ton soutien!
Dégel leva une nouvelle fois les yeux au ciel et se redressa:
-Assieds-toi, je vais essayer d'arranger ça.
Comme il se levait et trouvait, comme prévu, la fameuse paire de ciseaux à une distance assez éloignée (donc, le Scorpion l'avait jeté en travers de la pièce après son seul essai), Kardia se redressa vivement:
-Sérieux?!
-Il faut bien que quelqu'un le fasse, non?
Un sourire, enfin, effleura les lèvres du Scorpion et il croisa les jambes. Dégel s'assit en miroir face à lui:
-Ne bouge pas.
-Genre.
-Chut, je dois me concentrer pour rattraper ta bêtise.
Kardia fronça les sourcils mais se tut et resta parfaitement immobile. Dégel approuva d'un mouvement de la tête et, avec une précision rare, coupa une première fois. Quelques cheveux bleus tombèrent sur la petite serviette qu'il avait posé entre eux, d'autres glissèrent sur le visage du Scorpion et restèrent coincés sur son nez, le faisant grimacer:
-Pas bouger, j'ai dit.
-J'dois éternuer, j'en peux rien!
Dégel soupira et, de sa main libre, chassa les importuns:
-Allez, tiens-toi tranquille.
Heureusement pour lui, la mèche coupée n'était pas centrale mais située sur le côté, au niveau de la tempe. Il n'avait qu'à la rattraper autant que possible et faire de même de l'autre côté. Pendant tout le temps qu'il s'appliqua, Kardia resta parfaitement immobile, les yeux détaillants le visage concentré de Dégel.
Enfin, le Verseau se recula en poussant un soupir soulagé devant le résultat obtenu:
-Voilà, je pense que c'est égalisé tant bien que mal.
Kardia passa les mains sur son visage pour ôter quelques cheveux qui y étaient resté et sourit franchement avant de poser un baiser furtif sur les lèvres du Verseau:
-Merci!
Dégel se recula légèrement:
-La prochaine fois, évite de faire ça tout seul: tu serais capable de te crever un oeil.
-Ouais…
Sourit Kardia, l'air de nouveau calme,… « A plat » était l'expression parfaite. Et ça ne lui convenait absolument pas. Alors, après une seconde d'hésitation, Dégel souffla:
-C'est tout?
-Hm?
-C'est juste ça qui te tracassait autant?
Kardia soutint longuement son regard avant de hausser les épaules, bien déterminé à ne pas révéler le pourquoi de son état. Il n'allait tout de même pas avouer à Dégel, alors qu'il faisait toujours le fier, que sa conversation avec Aldébaran l'avait plus secoué qu'il ne le pensait.
Oh, pas qu'il avait peur, loin de là… Il s'était juste rendu compte qu'un jour, quand il mourrait, il n'aurait plus Dégel avec lui… Et ça, ça lui foutait un peu le blues…
Dégel sonda son expression pendant une minute, dans un silence parfait, puis, il fit mine de se lever:
-Alors je m'en vais.
Kardia le retint par la manche, l'air légèrement inquiet:
-Tu veux pas rester?
-Pour que tu boudes sans raison? Non merci.
Rétorqua impitoyablement Dégel. Zut quoi, il n'allait pas non plus commencer à lui passer tous ses caprices et à rester bêtement muet en espérant qu'il daigne enfin lui parler!
Mais à sa grande surprise, Kardia raffermit un peu plus sa prise sur sa manche:
-Reste… S'il te plait.
Dégel fronça un sourcil puis, une sorte de pensée se glissa dans son cerveau. Une pensée qui n'était pas la sienne:
J'ai pas peur de mourir, j'ai peur de rien. Mais j'ai peur de te perdre en mourant. C'est con hein? J'ai hâte de clamser à la guerre mais je veux me séparer de toi. Ha mais c'est tellement la honte de dire ça, je peux pas le faire. Autant inventer un truc!
Le Verseau entrouvrit les lèvres, sincèrement touché par les paroles, même mentales, de son frère d'armes. Alors, avant que Kardia ait pu inventer quoi que ce soit, il fit mine de rechigner et finit par céder:
-D'accord.
Mais tu dois apprendre à contrôler tes émotions si tu veux vraiment me les cacher.
Kardia lui jeta un coup d'oeil mi-surpris mi-horrifié mais Dégel fit mine de rien et se coucha immédiatement. Le Scorpion désigna la cuisine du doigt:
-Tu veux pas manger avant?
Dégel sentait ses yeux se fermer d'eux même:
-Je n'ai pas faim… Je veux juste dormir.
Kardia s'allongea à son tour, face à lui:
-Ca va pas?
Dégel soutint son regard un moment puis ferma les yeux:
-Je suis juste épuisé… Et puis, j'ai mangé une tranche de pain avant de venir.
-C'est clair que tu dois être calé avec ça.
Se moqua Kardia en le serrant contre lui. Malgré lui, Dégel le laissa faire, se lova un peu plus confortablement contre lui, calant sa tête face à la sienne. Il fut tenté de rouvrir les yeux quand la main du grec glissa sur son bras, lentement, comme une litanie, mais il se contenta de pousser un soupir et de se laisser bercer jusqu'à ce qu'il s'endorme. Sans même s'en rendre compte.
Kardia resta éveillé encore un moment, détaillant la légère brulure sur la pommette de son compagnon et celles de ses doigts, le large bleu sur son bras et celui qui s'étalait sur sa clavicule, essayant de comprendre ce qui s'était passé… Aperçut des images mentales d'un géant tenant la main d'un jeune homme aux cheveux noirs et au corps parsemé de cicatrices, d'Aspros poignardant un double de lui-même mais à la peau mate, une autre image de lui-même en train d'essayer de se couper les cheveux… Comprit qu'il s'agissait du rêve de Dégel.
Poussa un soupir rieur et finit par sombrer à son tour.
Rassuré.
$s$s$s$
Quelques heures avant l'aube, Dégel échappa à l'étreinte du Scorpion et se glissa hors du lit. Kardia poussa un grognement et se retourna dans son sommeil, envoyant valser la couverture sur le sol d'un coup de pied, et enlaçant un coussin en remplacement.
Le Verseau roula des yeux désespérés sans pouvoir s'empêcher de sourire malgré lui. Il attrapa un morceau de papier et écrivit:
« Je suis parti en mission en Russie. Sois sage et évite d'essayer de te couper les cheveux, je suis sérieux. Plus sérieusement, essaye aussi d'éviter Aspros, et arrange-toi pour que Liam ne se retrouve pas seul face à lui.
Je reviens aussi vite que sauras tout à mon retour.
Dégel. »
Satisfait de son message, Dégel le déposa sur la table de nuit et quitta le huitième temple sans un bruit pour aller récupérer ses affaires au onzième. Enfilant rapidement la tenue adaptée lors des missions, il réfléchit au chemin le plus court pour se rendre en Russie.
Oui, le mieux était de prendre le bateau pour traverser la mer Egée, puis de longer (à une distance raisonnable pour ne pas perdre de temps) la côte de la Mer Noire pendant une bonne centaine de kilomètres avant de remonter en ligne droite jusqu'à Moscou. Oui, il ferait ça, et selon ses calculs, il y serait au bout d'une vingtaine de jours. Après une légère hésitation, il renonça à amener la tente, restée dans le temple du Scorpion.
Vite prêt, il ajusta sa Pandora Box sur son dos, et quitta son temple, bien décidé à partir au plus vite.
Mais quand il arriva au huitième temple, il s'arrêta, abasourdi:
-Kardia?
Le grec était appuyé contre une colonne, habillé, Pandora Box sur le dos, et souriant malgré son air encore légèrement endormi:
-Tu croyais quand même pas que j'allais te laisser me faire le même coup une deuxième fois?
Dégel haussa les épaules et avança jusqu'à lui:
-Le Pope veut que tu te reposes
-J'en ai rien à branler de ce que le Pope veut: je viens, point barre.
Rétorqua Kardia avec sa politesse légendaire, croisant les bras sur son torse avec une résolution digne de celle du Taureau. (Bras croisés, tout ça…) Dégel soupira mais sourit en même temps, incapable de refuser la compagnie du Scorpion tant elle était devenue indispensable. Et puis, tant il était sûr qu'il ne parviendrait pas à convaincre ledit Scorpion de rester tranquillement ici. Surtout qu'il était en « danger » en restant ici au vu de la menace d'Aspros:
-Tu es impossible…
-Ouais, c'est ma spécialité!
-Ton foulard est de travers.
Fit simplement remarquer Dégel en passant devant lui. Kardia écarquilla des yeux horrifiés et courut à sa suite:
-Sérieux?! Vas-y, aide-moi à le mettre droit!
-Débrouille-toi tout seul.
-T'es pas cool mec!
Du haut du treizième temple, Sage les regarda partir et secoua la tête en souriant malgré son angoisse causée par les révélations de Dégel. Il soupira en se détournant:
-Ces enfants…
Et voilà! :D J'espère que ça vous a plu! ^^
J'avais envie d'écrire un petit moment de douceur et de tendresse entre eux deux (vu que ça ne risque pas d'arriver souvent!), j'espère que vous avez aimé ^^ Sans oublier le Deuteros/Asmita :3 J'adore ce pairing, je trouve qu'ils se complètent parfaitement (la douceur d'Asmita pour la violence peu contenue de Deuteros) *^* J'espère que ça vous a plu aussi ;3 (je vous ai dit que j'adorais faire des caméos avec les différents personnages de Lost Canvas? ;D)
Les prochains chapitres se passeront donc en Russie pendant une mission de mon cru (j'avais hâte d'en arriver là mes amis, j'ai planifié ça depuis des lustres *O*): j'espère que ça vous plaira aussi ^^
Gros bisous à tous et à bientôt! :D (Je vous aime!)
