Coucou tout le monde! J'espère que vous allez tous bien! :D

Bon, comme prévu, ce travail de fin de cycle (on va l'appeler TFC hein) risque de me prendre pas mal de temps, mais je vais essayer de continuer à poster tous les mois :') Si jamais je devais reporter, je vous tiendrais au courant ^^ (Prions pour que ça ne soit pas le cas!)

La mission en Russie commence enfin! (Ca fait un temps fou que j'ai hâte d'en arriver là!) Nouvelle mission, nouveaux (nouvelle?) ennemis, mais aussi de nouveaux OC! J'espère qu'ils vous plairont! :D (Un petit « concours » sera lié à l'un d'entre eux… Je vous explique ça à la fin du chapitre ;3)

Avant tout, réponses aux reviews :D

Layame: Salut! Ils ont vraiment une histoire terrible ces deux-là, ça me fend le coeur à chaque fois (mais c'est aussi un de mes arcs préférés dans tout TLC) :( Et autant j'aime beaucoup Aspros, autant là j'ai du mal à lui pardonner… Même si on sait (si on a lu le manga) qu'il y a « autre chose » (je ne dis rien pour être sûre de ne spoiler personne :x) et qu'on pourrait peut-être lui « pardonner »… Pauvre Dégel, il se fait toujours amocher (c'est Kardia qui va pas être content!)
Je suis très heureuse qu'il t'ait plu, merci beaucoup! (c'est normal, j'ai toujours eu du mal à être patiente moi aussi XD) Haha, qui sait :'D (même si on n'est pas à l'abri avec Kardia!) Encore merci et à bientôt! :D

Angeline: Salut! Je suis très contente qu'il te plaise :D Dégel doit être épuisé à force de se battre le pauvre XD Oui, une bonne discussion était nécéssaire avec ce Aspros, même si, comme tu le dis, ils vont devoir faire attention à eux :o Merci pour ta review et à très vite! :D

Guest: Salut! Haha hé bien tant mieux, tu m'en vois ravie! :D Si tout va comme je le prévois, les révélations sont pour plus tard (un peu après la mission en Russie) (ouais, en fait ça se rapproche D:) et j'espère que ce chapitre de révélations sera à la hauteur de tes espérances :3 Haha merci! Je suis très contente que ça t'ait plu *O* (il leur faut un peu de pureté et de douceur à ces deux-là!) Merci à toi pour ta review et à la prochaine! :D

Sur ce, je ne vous retiens plus! :D Enjoy! ~


Kardia passa les mains sur ses bras, terminant de remonter les manches de sa chemise au dessus de ses coudes:

-Bah merde alors, moi qui ai toujours cru qu'il faisait caillant en Russie… (1)

-On est en mi juillet, c'est assez normal d'avoir ce genre de température.

Répondit Dégel en levant les yeux au ciel, fatigué de voir que le Scorpion considérait la Russie comme un glaçon géant et sempiternel.

-Sempi-quoi?

-Rien, Kardia.

Le grec poussa un reniflement irrité et désignant les premières habitations de la grande ville de Moscou:

-Bon, et on va faire comment pour communiquer avec ces types-là? Ils parlent pas grec ni français, je suppose?

-Ca doit dépendre desquels. Mais ne t'en fais pas, je parle russe alors ça devrait aller… Même si je n'ai pas pratiqué depuis quelques mois…

Ajouta-t-il pour lui-même, se raidissant au souvenir de Séraphina et de son sourire si doux. Se rapprocher autant de la Sibérie (en toute relativité) le stressait plus qu'autre chose, surpassant même son sentiment de nostalgie. Inconscient de son trouble, Kardia écarquilla les yeux, épaté:

-T'es sérieux?! Tu parles russe?

-Oui, c'est la deuxième langue que j'ai apprise.

-Allez?!

-Da.

Le Scorpion fronça les sourcils:

-Quoi?! Tu viens de m'insulter là?!

Dégel ne put s'empêcher de sourire et de lui taper « affectueusement » l'arrière de la tête:

-Bien sûr que non, idiot, ça veut juste dire « oui »: arrête d'être aussi susceptible.

Kardia se dégagea et fit mine de se recoiffer, faussement précieux:

-On sait jamais hein! Moi j'y connais rien alors je sais pas comment je vais faire pour me faire comprendre.

-Tu restes avec moi et je m'occupe de tout, voilà comment tu te feras comprendre: je servirai d'interprète.

-Ouais mais si on se perd?

Dégel poussa un long soupir:

-Kardia, on ne va pas se perdre, tu le sais ça?

Le Scorpion haussa les épaules:

-On sait jamais hein!

-Même si c'était le cas, le français est à la mode ces temps-ci, on trouvera bien quelqu'un pour nous aider au cas où je ne parviendrais pas à me faire comprendre. Et au pire, ton cosmos devrait t'aider à communiquer un minimum.

-C'est possible ça?

S'exclama Kardia, sincèrement surpris. Le Verseau lui jeta un regard légèrement las:

-Tu ne t'es jamais demandé comment tu avais réussi à te faire comprendre au Mexique?

Le grec se tendit légèrement, mais son malaise fut bien vite surpassé par une surprise croissante. Tiens, mais c'était vrai ça, comment est-ce que ça se faisait qu'il avait compris ce que disait Calvera et Huesuda alors qu'ils parlaient espagnol?

Bon, il avait bien eu quelques cours (bien vite séchés, évidemment) mais ses maigres bases n'expliquaient absolument pas comment il avait pu absolument tout comprendre. Et sans doute dire, vu que personne n'avait été surpris ou choqué en l'entendant parler.

-C'est dingue, je savais pas qu'on pouvait faire ça!

S'exclama-t-il, sincèrement ébahi. Dégel haussa les épaules:

-Si tu avais correctement écouté tes leçons, tu saurais justement qu'on a eu des cours de langues, celles des différents Chevaliers d'or, basiques pour avoir un minimum de vocabulaire, grammaire et connaissances. Grace au cosmos, le cerveau assimile le reste seul et inconsciemment: après tout, notre capacité cérébrale est légèrement plus élevée que celle du reste des humains, d'où notre maîtrise de notre cosmos.

-Mouais, en gros c'est de la magie ton truc.

-Si tu veux, et si tu considères que le cosmos est un tour de passe passe.

-Je comprends franchement pas comment c'est possible. (Grommela Kardia en se grattant le crane) On a pas eu des cours poussés quand même?

-Non, mais une fois les bases acquises, le reste est venu seul et instinctivement, je viens de te le dire.

Kardia poussa un « Mmmm… » admiratif et impressionné: dingue! S'il avait su, il aurait prêté un peu plus attention… Quoique, avec ses maigres bases, il s'en était plutôt pas mal tiré! Bon, il ne comprenait pas bien comment son cerveau parvenait à comprendre et traduire et en plus à le faire parler une autre langue sans qu'il s'en rende compte, mais tant pis. Il allait pas se creuser la tête pour ça: c'était possible, point barre. Autant l'accepter.

C'est dingue, j'ai un système de traduction automatique dans le cerveau!

Mais il fronça soudain les sourcils en se rappelant de leur première mission: néanmoins, malgré le côté magique de cette révélation, un détail le chiffonnait:

-Comment ça se fait que je pigeais rien en France, alors?

Dégel sembla réfléchir une seconde avant de répondre:

-Si je me souviens bien, nous n'avons pas eu de cours de français…

-T'es pas français toi? Putain, je comprends plus rien!

-A l'époque, je parlais mieux russe que le français, j'avais donc dis que ma langue maternelle était le russe.

Expliqua Dégel, l'air légèrement nostalgique. Au fond, il avait vite quitté la France pour la Sibérie, apprenant à toute vitesse une autre langue, le poussant à « oublier » (ou du moins, mettre de côté) sa propre langue. Langue qu'il avait vite re-maîtrisée une fois les bons bouquins en main, d'ailleurs.

-Attends, ça veut dire que si un… (Kardia réfléchit au hasard aux différentes nationalités de ses frères d'armes) Italien vient me causer dans sa langue, je traduirai tout inconsciemment et je lui répondrai dans sa langue?

-Je suppose, oui.

Kardia poussa un sifflement:

-C'est dingue!

-C'est surtout très pratique. (2) De toute façon, même si ça ne fonctionnait éventuellement pas, il suffit de rester ensemble. (Dégel esquissa un sourire moqueur) Je pense que ce n'est pas pour te déplaire, non?

-Genre ça t'emmerde?

-Je n'ai pas dit ça.

Eluda le Verseau en observant les maisons en toit de chaumes qu'ils dépassaient et les enfants qui les pointaient du doigt, curieux et amusés. D'ailleurs, un petit groupe s'avança même jusqu'à eux, riant, chipotant au bout de leur manteaux, pointant leurs longs cheveux colorés d'un doigt admirateur. Kardia gronda en secouant le bras:

-T'ain mais cassez-vous, les mioches!

-Ils ne font rien de mal voyons.

-Si, ils me font chier! Et c'est largement suffisant!

Dégel leva les yeux au ciel, regrettant presque le silence douloureux que le mal de mer avait de nouveau imposé à son frère d'armes (qui, ne connaissant pas le trajet, n'avait pas pensé à amener ses chères racines de gingembre): rien à faire, parfois, malgré la lumière indispensable du Scorpion, le calme lui manquait…

-Tu dis ça, mais qui s'occupe de Liam et est l'ami de notre Déesse?

-C'est des exceptions ça: les gosses je peux pas les supporter, mais eux, c'est différent!

-Je vois vaguement ce que tu veux dire…

En effet, Sasha et Liam étaient loin d'être des enfants capricieux, turbulents et insupportables… Dégel comprenait ce que Kardia voulait dire: ces deux enfants devaient être des exceptions. Des miracles peut-être aux yeux du Scorpion.

Une fois entrés dans la ville, l'ambiance se fit bien plus pesante, toujours aussi chaleureuse, mais surtout beaucoup plus bruyante et légèrement envahissante. Malgré tout ce côté accueillant, Dégel était étonné de voir à quel point les classes sociales étaient différentes. Les « nobles » qu'ils croisaient se démarquaient clairement des plus pauvres ou des paysans, notamment par leurs vêtements. Et étrangement, Kardia le remarqua aussi:

-C'est marrant le style de ces gens-là, (Il désignait une dame avec une lourde robe et un homme « richement » vêtu) ils sont très… Comment dire… Européens?

Dégel hocha la tête:

-C'est sans aucun doute parce que le tsar a récemment décidé d'européaniser la Russie.

-C'est-à-dire?

-De se rapprocher des modèles français et autrichien, en particulier. Les nobles s'habillent donc à l'européenne, essayent de vivre comme le font les français et les autrichiens, de s'amuser et de se divertir comme eux en allant à l'opéra ou en participant à des bals, européanisés eux aussi.

-Et si je te suis bien, le peuple reste plutôt fidèle à la tradition ou s'en bat juste les…

-Le peuple, (l'interrompit vivement Dégel) n'a juste pas que ça à faire et à penser. Les champs ne vont pas se labourer tout seuls: tout ce qu'ils font, c'est leur travail et ça leur convient. Comme ils sont moins cultivés, peut-être ne savent-ils même pas qu'un modèle français ou autrichien existe ou est si différent du leur.

Kardia esquissa un sourire mauvais:

-Donc j'ai raison: le peuple s'en fout.

Dégel soupira, peu désireux d'engager une nouvelle prise de tête:

-En quelque sorte.

Le sourire du grec se teinta d'une once victorieuse mais il n'en rajouta pas, ravi d'avoir simplement gagné leur petite joute verbale avant même qu'elle ne commence. Ils marchèrent un moment, Kardia observant tout avec une attention impressionnante au vu de son caractère. Honnêtement, Dégel était impressionné: il savait le Scorpion curieux, mais il ne pensait pas qu'il regarderait avec autant d'attention les choses nouvelles qui se présentaient devant lui.

Bien vite, à force d'observer les enseignes, Kardia se tourna vers lui, ébahi:

-Ils utilisent encore un autre alphabet?!

-Ton sens de l'observation m'épatera toujours.

Se moqua gentiment Dégel. Le Scorpion semblait ne pas en revenir: ok, il parvenait vaguement à déchiffrer deux ou trois symboles, mais c'était tout de même surprenant:

-C'est dingue ça! Je savais qu'il y avait l'alphabet grec et l'autre là, celui que tu utilises en français et tout, mais je savais pas que les russes en avaient un à eux!

-Est-ce que tu as vraiment suivi ces cours de langues? (Soupira Dégel en repensant aux cours de russe et de chinois donné des années auparavant) Les hindous, les chinois et les japonais ont aussi un alphabet à eux, je te signale. Et je suppose que quelques peuples d'Afrique et d'Amérique du Sud en ont aussi des différents.

-Quoi?! Tant que ça?! Mais comment les gens s'y retrouvent?!

S'effara Kardia, sincèrement surpris. Dégel s'empêcha de lever les yeux au ciel (il était clair que son frère d'armes n'avait pas écouté ses leçons…) et soupira:

-En apprenant, tout simplement.

-Ha… Ouais, pas con.

-Ca relève simplement du bon sens.

-Bof, c'est chiant d'apprendre et d'étudier.

-Ca dépend quoi et pour qui.

-Mouais, je sais pas.

Dégel abandonna: inutile d'essayer de raisonner cette tête de mule. Au bout de quelques minutes de déambulations, ils arrivèrent sur une large place et le Verseau s'arrêta pour désigner un grand bâtiment:

-D'après le Pope, la place rouge est un des lieux d' « échange » du groupe que nous recherchons.

-Et on les recherche pourquoi encore?

-Parce qu'une femme au cosmos négatif aide ce réseau de trafiquants dans leurs agissements, et nous devons voir s'il s'agit d'un hasard ou d'un Spectre. Et si c'est le cas, découvrir si ce réseau est lié à Hadès pour le mettre ou non hors d'état de nuire.

-On le laisse continuer son commerce si c'est pas lié à Hadès? Ca a pas de sens.

Dégel haussa les épaules:

-On ne peut pas toujours intervenir dans la vie des gens.

-Mais ce qu'on a eu avec les marchands d'esc-…

-Dis-toi bien que c'était un hasard: nous ne sommes pas censés intervenir dans les affaires politiques ou autres des gens… Sauf si un Spectre est derrière leurs activités…

-Même si des gens sont malheureux?

Insista le Scorpion en plissant légèrement les yeux. Dégel hésita puis souffla:

-Techniquement, oui.

-C'est un peu contraire à nos principes de base, nan? Protéger la veuve et l'orphelin, c'est que du flan en fait.

-Ce n'est pas tout à fait vrai…

-Mais c'est pas tout à fait faux non plus.

Le coupa Kardia, soudain sec. Dégel comprenait où il voulait en venir et comprenait ce sentiment, mais… Mais si le Pope avait donné un ordre, il ne pouvait pas s'y déroger:

-Nous avons tous le libre arbitre… Et les Dieux ont décidé de ne plus intervenir dans les histoires des humains, nous devons donc respecter leurs ordres.

-Parce que Sasha est d'accord avec ce principe?

Insista Kardia, poussant Dégel à froncer les sourcils:

-Sasha ne l'est sans doute pas, mais c'est ce qu'Athéna nous a ordonné il y a des centaines d'années. Ne pas intervenir à moins qu'un autre Dieu ne soit impliqué. (Il se tourna vers Kardia) Ne te méprends pas: cette règle ne me rend pas plus heureux que toi. Mais nous devons obéir, et heureusement pour nous, les Dieux sont souvent impliqués dans nos affaires.

-Ha bon?

-Les guerres sont souvent motivées par Arès ou Hadès qui provoque parfois des massacres, les catastrophes naturelles sont souvent le fruit des Dieux… Inondations pour Poseidon, éruptions volcaniques pour Héphaïstos et quelques Titans enfermés sous les volcans,… La liste est longue.

Expliqua Dégel, faisant naître un vague sourire sur les lèvres du Scorpion:

-Du coup, tout ce qui arrive de mal est une histoire de Dieux alors qu'ils ont dit ne plus s'occuper de nos affaires.

-Pas tout, mais…

-Ouais, 90% est motivé par les Dieux et il reste 10% pour la part de mal en chacun en gros. Du coup y'a qu'une fois sur dix qu'on peut pas intervenir, j'ai raison ou pas?

Dégel aurait presque pu sourire si ce n'était pas aussi terrible à entendre: dix pour cent des humains étaient responsables de leurs actes… Ca semblait si peu et pourtant, c'était tellement énorme… Mais en soi, était-ce plus rassurant de ce dire que les Dieux les pervertissaient si facilement? Une fois de plus, le Verseau était ébranlé par la manière de penser de Kardia.

Oh mais hors de question de le laisser paraître!

-Tu sais compter ma parole.

Se moqua faussement Dégel, plus pour cacher son trouble et pour détourner son frère d'armes de la conversation plutôt que pour réellement le taquiner.

Mais étrangement, Kardia haussa les épaules:

-De toute façon, je m'en fous, je fais selon ma conscience. Si tu veux pas intervenir parce que les Dieux sont pas derrière un sale coup qui rend des gens malheureux, fais comme tu le sens. Si j'estime que ma conscience peut pas le supporter, je frapperai quand même. Si tu veux suivre les ordres à la lettre, tant mieux pour toi. Mais compte pas sur moi pour agir contrairement à ce que mon (il trébucha légèrement sur le mot) coeur me dit de faire.

Dégel resta un instant silencieux, impressionné par le discours si sincère et surtout si caractéristique de Kardia. Aller droit au but, être simple et honnête… Malgré lui, le Verseau était toujours impressionné par ce talent que possédait son frère d'armes. Un talent qu'il n'avait pas: parler aussi franchement de ses émotions ne faisait pas partie de ses atouts…

Alors, il esquissa un léger sourire:

-Je suis d'accord: ta façon de penser les choses m'épatera toujours.

Avoua-t-il sans vraiment s'en rendre compte. Kardia lui donna un léger coup de coude dans les côtes, moqueur:

-Positivement ou négativement?

-Ca dépend des fois.

-Et ici?

-Plutôt positivement, je dois l'admettre.

Kardia sourit victorieusement et se craqua les doigts, ravi:

-Quoi qu'il en soit, j'ai hâte de me battre un peu: je suis rouillé à force de rester dans mon pieu!

-Tu n'y peux rien, tu devais te reposer. (Dit doucement Dégel avant de se détourner) Avant toute chose, au vu de l'heure, il faut d'abord trouver une auberge avant de commencer nos recherches.

-Bonne idée, je meurs de faim! On mange bien ici ou alors c'est des trucs chelous?

Dégel soupira:

-Quel grand gamin tu fais…

Et comme ils s'éloignaient de nouveau, à la recherche d'une auberge, le soleil couchant dans leur dos, un jeune garçon aux cheveux noirs esquissa un sourire victorieux:

-Ce sont eux.

Le garçon ajusta sa casquette pour dissimuler son visage au mieux et se rendit immédiatement au QG en trottinant, une grande bâtisse située à deux petits kilomètres de là. Par réflexe, il jeta un coup d'oeil à la montre de son père, seul souvenir de ce dernier, et fut rassuré de constater qu'il était dans les temps: Sergeï serait inquiet s'il perdait une seconde de trop.

Pressant légèrement le pas, le garçon frappa deux fois, attendit une seconde puis re-frappa une fois sur la large porte du bâtiment qui s'ouvrit dans la seconde. Le garçon enleva son chapeau et son écharpe, laissant voir une petite broche (léguée par sa mère), et courut vers le salon sans perdre une seconde:

-Sergeï!

Assis dans un fauteuil à motifs fleuris face à un large bureau rempli de papiers, l'homme aux lunettes rondes se redressa à peine, concentré sur ses papiers et sur la lettre qu'il écrivait:

-Qu'y a-t-il, Mikhail?

Le garçon s'avança, incapable d'arrêter de sourire:

-Je les ai trouvés: ils sont arrivés, comme Monsieur Klaus l'avait dit.

La plume s'arrêta sur le papier une légère seconde avant de le quitter complètement:

-Tu es sûr qu'il s'agit bien des hommes dont il nous a parlé?

-Oui, certain! Ils ont la même sorte d'aura que Filipa et moi!

Argumenta-t-il fièrement. La bouche de Sergeï se redressa en un sourire mauvais et il se leva:

-Parfait, tout est prêt.

Ajustant ses lunettes sur son nez, l'homme fit le tour de la table pour poser une main chaleureuse et rassurante sur la tête de Mikhail:

-Tu as fait du bon travail, mon grand. Je te félicite.

Le garçon rosit légèrement et des étoiles envahirent ses yeux gris-verts: il considérait cet homme à la fois comme son père, son frère et son meilleur ami, et chacun de ses compliments lui faisait chaud au coeur et le rendait fier comme un paon.

-On entame la phase deux, d'accord?

-Oui, compris.

-Parfait. (Sourit Sergeï en lui ébouriffant légèrement les cheveux) Va te reposer et sois prêt demain matin à l'aube pour allez les cueillir, comme prévu.

-D'accord. (Mikhail hésita une seconde avant de souffler) Sergeï?

-Hm?

-Est-ce que je peux voir Filipa aujourd'hui?

Sergeï passa la main dans ses courts cheveux sombres, comme s'il était légèrement penaud:

-Je suis désolé, mon grand: mais elle est en mission dans le sud de la ville… Peut-être que tu pourras la voir quand elle rentrera.

Mikhail ravala sa déception: ça faisait presque une semaine entière qu'il n'avait plus vu sa « grande soeur », et il devait avouer qu'elle lui manquait. Même si elle avait changé, même si elle était différente depuis qu'elle était revenue du Danemark avec Monsieur Klaus,… Elle continuait de lui manquer… Mais il ne voulait pas que Sergei se sente mal à l'aise ou triste pour lui, alors il sourit:

-Merci beaucoup.

L'air rassuré de l'homme aux lunettes rondes le soulagea immédiatement, sourire accompagné d'une nouvelle caresse attendrie sur la tête:

-Allez, va te coucher maintenant, nous avons beaucoup de choses à accomplir.

Mikhail hocha la tête et quitta sagement le bureau, sentant dans son dos le regard de Sergeï qui le couvait. Le garçon grimpa vivement au dernier étage, là où se trouvait sa chambre, sous les toits et s'accouda d'abord un long moment à la fenêtre ouverte. En détaillant la lune, il se remémora sa rencontre avec Filipa et son père, la longue absence de la première, la mort du second par des Chevaliers d'Athéna, le jour où Sergeï, un ancien collègue de son père, les avait recueillis tous les deux,…

Mikhail poussa un long soupir, son coeur hésitant entre la colère et le bonheur: quelle chance il avait de vivre avec Sergeï et Filipa, quelle chance il avait que son père soit mort… Et qu'est-ce qu'il haïssait ce père, même dans la mort, ces sales Chevaliers qui lui avaient pris son père adoptif et qui avaient essayé de tuer sa chère soeur,… Et avec tout ça…

Le jeune garçon passa une main machinale sur la petite broche accrochée à son col. Et entre les deux, il y avait ce qu'il ressentait pour sa mère, morte quelques années après sa naissance. Il l'aimait pour le souvenir qu'il en gardait, mais il lui en voulait de l'avoir laissé seul entre les mains de son père. Père que, malgré sa colère, il respectait… Lui et ses dernières volontés…

Mikhail leva la main jusqu'à-ce qu'elle soit englobée par la lumière de la lune: ne jamais utiliser cette étrange aura, ne jamais la mettre au service de personne,… D'après son père, sa mère était morte ainsi, en l'utilisant d'une manière abusive et naïve… Son père avait ce pouvoir tellement en horreur que, sur son lit de mort, la seule chose qu'il lui avait répétée était juste « ne l'utilise pas, jamais! ». Et malgré lui, Mikhail obéissait, même si Sergeï lui avait souvent demandé de faire comme Filipa et d'utiliser son pouvoir pour les aider.

Le jeune garçon aux cheveux noirs sourit: heureusement, Sergeï le comprenait et n'insistait plus autant, respectait son choix, et lui offrait même une vengeance sur un plateau d'argent. Ces sales Chevaliers allaient payer pour la mort du père de Filipa… Et surtout pour ce que la jeune fille avait dû sacrifier pour devenir plus forte…

Mikhail serra les poings: oh oui, ces deux-là allaient payer pour cette vague de malheurs. Et il savait que Sergeï et Filipa l'aideraient dans sa vengeance.

Leur vengeance.

$s$s$s$

Kardia reposa sa cuillère dans son large bol (désormais vide) et se balança en arrière sur sa chaise en poussant un soupir d'aise:

-Hé bien, je pensais pas qu'un bête soupe serait aussi bonne! Sans parler de ces trucs là, c'était vachement bon en fait!

Dégel leva les yeux au ciel:

-Ca s'appelle du pelmeni. Et la soupe, c'était de l'okrochka.

Le Scorpion lui jeta un regard complètement désintéressé et désespéré à la fois:

-Ca a franchement changé ma vie ça.

-On ne sait jamais que tu aies envie de demander à manger toi-même.

Ironisa Dégel en lui jetant un regard entendu, moqueur même. Kardia sourit et le bouscula légèrement:

-T'avais dit qu'on se séparerait pas!

-J'y compte bien, ce serait trop dangereux de te laisser tout seul: tu serais capable de te mettre toute la ville à dos.

-Même pas vrai, je suis hyper tolérant et patient comme type!

-Depuis quand?

Kardia lui jeta un regard incendiaire:

-T'es vraiment sale quand tu veux: je fais des efforts nan?

Dégel fit mine de réfléchir:

-J'avoue que ces temps-ci tu m'impressionnerais presque.

-Seulement presque?

S'offusqua le grec en se redressant d'un bond sur sa chaise, s'attirant un regard intrigué de la part du propriétaire. Après lui avoir adressé un signe rassurant, Dégel se tourna de nouveau vers Kardia et siffla:

-Baisse d'un ton! Ils vont nous mettre à la porte si tu te comportes comme un gamin!

-C'est toi qui me provoque! Et puis, je parle fort si je veux!

Le Verseau porta la main droite à son front en poussant un long soupir et en secouant la tête:

-Pourquoi moi?…

-Tu l'as cherché, maintenant t'assumes!

Non mais, Dégel le provoquait et après il s'étonnait qu'il s'énerve! C'était la meilleure de l'année! Kardia se leva et attrapa son manteau par réflexe:

-Je vais faire un tour: tu m'as tapé sur les nerfs!

-Reviens ici, ne fais pas l'imbécile.

Soupira Dégel en fronçant dangereusement les sourcils. Le Scorpion lui jeta un regard mauvais:

-Et si j'ai envie de partir me dégourdir les jambes quand même? Tu vas faire quoi, seigneur Dégel?

-Primo: on a marché pendant vingt-deux jours et je doute donc que tu aies réellement envie de faire du tourisme maintenant. Deuzio: si tu mets un seul orteil dehors, je gèle entièrement et je te ramène à la chambre par la peau du dos.

Malgré lui, Kardia esquissa un sourire moqueur:

-Genre…

-Je t'assure que je le ferais.

-T'es pas capable.

-Et pourtant.

Le grec se pencha en avant et chuchota, comme s'il voulait que personne ne les entende (ce qui était stupide vu que personne ne les comprenait):

-Tu foutrais ta belle couverture de petit touriste français en péril juste pour moi, sérieux? Et que ferais-tu de ta mission?

Dégel soutint son regard si clair, pas impressionné pour un sou:

-C'est quoi le problème, exactement?

-T'arrêtes pas de me foutre les nerfs en pelote, et ça me fait royalement chier.

-Non, je veux dire, le vrai problème.

Kardia haussa un sourcil interrogatif:

-Hein?

-Tu es, comment dire, à cran depuis qu'on est partis, et même avant ça tu étais comme abattu. (Expliqua Dégel en cherchant ses mots) Il y a quelque chose qui te perturbe?

Le Scorpion hésita une seconde puis passa une main penaude dans sa nuque:

-Rien de particulier… Je l'ai juste un peu mauvaise de ne pas connaitre tous les détails de la mission et ceux de la tienne.

Dégel fronça un sourcil:

-Je n'ai pas reçu d'autres détails par rapport à cette mission: on doit juste voir si cette femme est un Spectre.

-Et ce réseau « mafieux »? On sait rien de plus dessus? Où les trouver, pourquoi ils trafiquent des armes, depuis quand? Tu trouves pas ça louche d'avoir aussi peu d'infos?

-C'est aussi pour ça qu'on est là: nous n'avons pas énormément d'informations et il nous faut enquêter là-dessus.

-Tu sais quoi, (l'interrompit Kardia) je pense surtout que le Pope t'a envoyé ici pour une petite mission à la con mais surtout pour t'éloigner autant que possible du Sanctuaire, certainement pour ta sécurité d'ailleurs. Et ça me fait carrément chier de m'en douter mais de ne pas savoir exactement ce qui se passe.

Dégel resta muet une seconde, impressionné par l'esprit de déduction de son frère d'armes. Il savait lui-même que cette mission étai plus un prétexte qu'autre chose, que les Chevaliers d'Athéna n'interféraient pas dans des histoires politiques, à moins qu'elles ne concernent Hadès ou un autre Dieu ennemi. Mais il ne pouvait pas dire à Kardia ce qu'il savait, il l'avait promis au Pope.

-Je ne peux pas encore t'en parler. Dès qu'on sera de retour au Sanctuaire, je te dirai tou-…

-Ouais, mais en attendant je suis le gros boulet bouche-trou et garde du corps avec le cerveau complètement vide! Et je déteste ce rôle-là! On doit plus rien se cacher, merde, surtout si c'est un truc important! J'ai le droit de savoir pourquoi le Pope t'a envoyé ici!

S'énerva le grec, avec une telle force que tous les gens dans la salle commune se turent pour le regarder avec un air surpris. Dégel s'excusa en russe et entraina le Scorpion dans leur chambre:

-Ecoute, je ne…

-Non, j'écoute rien! Et arrête de fuir le sujet, merde! (Il claqua violemment la porte derrière lui et poussa le verrou) Soit tu t'expliques une bonne fois pour toutes, soit je te fais parler moi-même et à ma façon, ok?

Le Verseau restait parfaitement neutre, impénétrable, absolument pas effrayé malgré la menace. A vrai dire, il était impressionné que le Scorpion ait réussi à attendre autant de temps avant de craquer et de lui demander de tout lui dire. Il aurait eu tendance à croire qu'il craquerait plus tôt ou avait tout oublié.

Mais il ne pouvait rien dire, il l'avait promis au Pope. Même si… Au fond… Peut-être que Kardia avait raison, peut-être que le Pope aurait mieux fait de mettre tout le monde au courant de cette histoire plutôt que de garder la majorité des gens dans l'ignorance.

Alors, comme le Scorpion se rapprochait dangereusement, il souffla:

-Assieds-toi.

-Je peux rester debout pendant que tu parles, je suis pas une mauviette.

Dégel ne releva même pas:

-Ce que je vais te dire doit rester strictement confidentiel.

Kardia ricana franchement et se retourna, à la recherche d'une personne à qui il pourrait éventuellement parler:

-Tu vois quelqu'un dans les parages à qui je pourrai cafter ton secret?

-Tu vois parfaitement ce que je veux dire: tu ne devras même pas en parler à Manigoldo, compris?

-Ca va, accouche!

Le pressa-t-il, et Dégel soupira:

-Aspros a tué les Pythies de Delphes et…

-Les quoi de Delphes?

-Les Pythies, les oracles en gros, tu n'as rien écouté à tes cours ou quoi?

Kardia secoua la main:

-Bref, on s'en fout: Aspros les a tuées et…

-Et comme j'enquêtais sur ce meurtre, il a essayé de me tuer pour me faire taire.

Comme il s'y attendait, le sourire de Kardia disparut à toute vitesse comme ses sourcils se fronçaient:

-Quoi?

Gronda-t-il, la voix devenue presque un simple feulement. Ses poings se serrèrent imperceptiblement quand Dégel reprit:

-Je suis allé interroger… Un témoin, (éluda-t-il, convaincu que Kardia resterait focalisé sur Aspros et omettrait ce détail) dans l'ancienne arène du Sanctuaire, et Aspros a brisé le sceau qui retenait les Berserkers d'Arès.

-Quoi d'autre?

-Il a aussi enfermé l'arène dans une autre dimension, pour s'assurer que personne ne nous viendrait en aide.

Les épaules de Kardia étaient soulevées par une respiration de plus en plus forte comme sa colère gonflait et que son visage s'assombrissait:

-Quoi d'autre?

-C'est tout.

-Il t'a blessé?

Dégel passa machinalement la main sur sa clavicule:

-Pas personnellement mais…

-Mais c'est à cause de lui que t'as été brûlé, blessé et mis en danger de mort?

Léger silence, brisé par un souffle:

-En quelque sorte…

Kardia sentit le sang pulser dans ses oreilles et il vit soudain rouge: comment est-ce qu'il ne s'était rendu compte de rien? Comment avait-il pu laisser une telle chose arriver?! Comment n'avait-il pas compris immédiatement qu'Aspros, ce sale enfoiré d'Aspros, avait essayé de tuer Dégel?! Comment n'avait-il rien senti?!

Il serra les poings, si fort que les jointures craquèrent, et il gronda:

-Pourquoi tu m'as pas appelé en renfort?

-Parce que je ne pouvais contacter personne, je viens de te le dire.

-Comment ça se fait que j'ai pas senti ton cosmos disparaitre alors, hein?

C'était tout simplement impossible: ils étaient liés, il n'avait pas pu ne pas remarquer ce manque dans son esprit! Il refusait de l'accepter!

-Le temps s'écoule différemment dans l'autre dimension: là où j'ai cru me battre des heures, je n'étais resté « parti » que quelques minutes, peut-être une demie heure au maximum.

Kardia fronça les sourcils, l'air peu convaincu:

-C'est possible ça?

-Apparemment.

-Et pourquoi tu m'as rien dit? Pourquoi tu m'as pas expliqué?!

-Le Pope m'a fait promettre de ne…

-Mais j'en ai rien à foutre de ce que le Pope t'a dit! (Explosa littéralement Kardia) On se dit tout, surtout des trucs de ce genre, merde!

Dégel voulut riposter mais le grec l'empoigna violemment par les épaules, comme s'il ne se rendait pas compte de la force qu'il mettait soudain dans ses mains:

-Est-ce que tu te rends seulement compte de ce que je ressens là?!

-Vu les bleus que je vais avoir aux épaules, je suppose que tu es en colère contre Aspros.

-Joue pas à ça avec moi, Dégel, (Feula Kardia sans relâcher sa prise) je suis vraiment pas d'humeur. Tu as été en danger de mort à moins de 8 kilomètres de moi et tu veux que je reste calme alors que j'ai rien senti?! Alors que tu m'as pas contacté et que tu m'as rien dit, même juste après!

-Je ne pouvais rien te dire!

Insista Dégel en essayant de se dégager. Le Scorpion tiqua dangereusement:

-Tu pouvais pas me dire que cet enfoiré d'Aspros a essayé de te tuer?! Le seul truc que tu pouvais pas me dire c'est l'existence de son frère, ok? Ha non, fais pas ta tête d'innocent avec moi! (S'énerva-t-il encore quand Dégel lâcha un « Comment? » surpris) Je suis pas le dernier des abrutis non plus! Ce nom-là erre dans ta tête depuis des jours, et il est toujours associé à celui d'Aspros! Et tu vois, t'as encore essayé de me le cacher! Comment est-ce que t'as réfléchi sur ce coup-là? Tu t'es dit que c'était pas grave? Pas important?!

-Ce n'est pas ça…

Dégel ne parvenait pas bien à comprendre pourquoi Kardia lui en voulait, précisément. Est-ce qu'il lui reprochait le fait de lui avoir caché des choses? Est-ce qu'il pensait qu'il avait perdu sa confiance? Ou bien… Oui, après tout, c'était peut-être ça…

Le Verseau plissa les yeux derrière ses lunettes, sincère dans sa question:

-Est-ce que tu a peur d'avoir perdu ma confiance ou est-ce que tu t'en veux de ne pas t'être rendu compte de ce qui se passait?

Quand Kardia fronça légèrement les sourcils, Dégel sut qu'il avait visé juste, au moins avec une de ses propositions. Restait à savoir de laquelle il s'agissait. Le grec grinça des dents, comme s'il se retenait d'exploser littéralement de colère:

-Change pas de sujet!

-Je ne pense pas changer de sujet en te posant cette question. J'essaye de comprendre ce qui te met tant en colère.

-Ce qui me rend dingue c'est que t'aies pas daigné me tenir au courant! T'aurais pu mourir, tu te rends compte de ça?!

-On risque tous nos vies au cas où tu ne serais pas au courant!

Riposta Dégel, bien vite interrompu par Kardia:

-Et du coup ça va?! Tu pouvais simplement crever et ça posait pas de problèmes?!

-C'est normal pour un…

-Et moi alors? T'as pas pensé à ce que je ressentirais?! T'as cru que j'accepterais bêtement?! J'aurais jamais rien su parce que tu n'as pas daigné me tenir au courant!

Le Verseau fronça les sourcils:

-Je n'aurais pas pu te prévenir, je viens de te le dire! Si j'avais pu, crois-moi, je t'aurais tenu au courant!

Cela sembla calmer son frère d'armes, du moins, quelques secondes:

-Vraiment?

Souffla-t-il, si bas après ses exclamations de colère que c'en était encore plus effrayant:

-Vraiment.

-Même si le Pope t'avait ordonné de ne rien me dire?

Le sourire mauvais que Dégel percevait dans la voix toujours aussi anormalement calme de Kardia manqua presque de le faire frissonner:

-Où est-ce que tu veux en venir, précisément? Est-ce que tu m'en veux de ne t'avoir rien dit ou bien d'avoir obéi aux ordres du Pope plutôt qu'à ton petit caprice?

Il sut qu'il était allé trop loin quand Kardia tiqua et referma sa prise plus fort sur ses épaules:

-Comment est-ce que tu oses me parler sur ce ton?

Il leva la main et serra le poing, comme pour le frapper, mais il s'arrêta, plongea dans les yeux soudain glaciaux du Verseau,… Gronda et le poussa violemment contre le mur:

-Comment est-ce que tu oses me faire la morale alors que tu ne respecte pas ta promesse?! Hein?! On ne doit plus garder de secrets, surtout pas des trucs aussi importants que ça!

-Je ne pouvais rien te dire!

-Ton honneur et ton obéissance sont plus important que ta vie?! Que moi?! Que notre promesse?! Dis-moi franchement, Dégel, (Kardia se rapprocha dangereusement de lui, jusqu'à plaquer ses mains de part et d'autre de son visage) t'as si peu confiance en moi que tu veux rien me dire?!

Le Verseau déglutit: ça partait beaucoup trop loin, la situation (et Kardia) devenait complètement incontrôlable! Alors que tout ce qu'il avait fait partait d'un bon sentiment!

-Je ne t'ai rien dit parce que le Pope me l'a ordonné, mais surtout parce que je voulais te protéger.

Kardia éclata de rire, ce rire malsain et fou qui mettait Dégel si mal à l'aise:

-Me protéger?! Et de quoi, de ce connard d'Aspros?! Tu crois vraiment qu'il pourrait me toucher si je décidais d'aller le butter?!

-Il te tuerait, espèce d'idiot!

S'écria Dégel, très bas comparé au ton utilisé par Kardia, mais fort comparé à son volume et à son calme habituel. C'en était tellement étonnant que le Scorpion se tut un instant, surpris par ce soudain haussement de ton:

-Si ce malade décidait de te tuer, il le ferait en une fraction de secondes et sans aucune difficulté! Et il parviendrait à manipuler tout le monde pour laisser croire que c'était toi le méchant de l'histoire!

Kardia semblait s'être visiblement calmé maintenant qu'il entendait les raisons véritables du Verseau. Si calme qu'il baissa visiblement d'un ton:

-C'est ça, ta vraie raison de ne rien me dire? M'empêcher d'aller lui exploser la tronche?

-T'empêcher d'aller te faire tuer inutilement ou bien d'avoir ta réputation salie. Et même si tu avais, par miracle, réussi à t'en tirer, c'est son frère qui se serait occupé de ton cas pour venger Aspros et l'affront que tu lui aurais fait subir. (Il fronça les sourcils, incapable d'esquisser un semblant de sourire, même moqueur) Pardonne-moi d'avoir voulu te protéger: la prochaine fois je te laisserai te faire tuer, comme ça il n'y aura pas de « secret ». C'est ça que tu aurais voulu?

Kardia haussa les sourcils et écarquilla légèrement les yeux, comme surpris et incapable de comprendre totalement ce que Dégel disait:

-Bien sûr que non, j'ai pas envie de mourir ou d'être blessé aussi bêtement, mais j'avais pas envie que tu sois mis en danger sans que je puisse intervenir!

-Essaye de comprendre au lieu de d'obstiner! Je savais pertinemment que si je te le disais, tu irais immédiatement voir Aspros, quitte à devoir lui courir après, ou encore son frère!

Il y eut un long moment de silence et Dégel comprit que, contrairement à ce qu'il craignait, Kardia semblait réfléchir, touché par ses paroles.

-T'as pas confiance en moi?

Oh bon sang, change de registre et fais au moins semblant de comprendre…

-J'essaye, mais là tout ce que je comprends c'est que tu me fais pas confiance!

Dégel s'empêcha de lever les yeux au ciel:

-Je ne doute pas de toi, je dis juste que tu es trop impulsif et que si je te l'avais dit, tu te serais mis en danger tout seul.

Une sorte de léger sourire souleva les lèvres du Scorpion quand il souffla, sur un ton plus rieur:

-Il va falloir que tu apprennes à me dire clairement ce que tu ressens: j'ai jamais été très doué pour les devinettes.

-Et qu'est-ce que tu ne comprends pas dans « je veux t'éviter de te faire tuer », exactement?

Soupira Dégel, lassé du comportement belliqueux de son frère d'armes:

-Oh mais ça j'ai compris, (Insista Kardia) je veux juste que tu me dises ce que toi tu as personnellement ressenti en refusant de me dire ce qu'il s'était passé.

-Je ne comprends pas ce que tu veux.

Le Scorpion sourit franchement:

-Mais si, je t'entends le penser, c'est juste que ça te gêne trop de le dire à voix haute.

Dégel rougit légèrement, presque rien, et tourna la tête, obstiné à ne rien dire:

-Ne crois pas que tu peux faire oublier ta stupide crise de nerfs avec un simple sourire: si je décide de tirer la tête, tu ne me feras pas changer d'avis.

A son tour, Kardia leva les yeux au ciel en poussant un long soupir:

-Bon, alors je commence, tu veux?

L'oeil améthyste que Dégel tourna vers lui suffit pour qu'il continue:

-Un: on a vraiment un sale mode de communication.

-Parle pour toi.

Kardia grimaça:

-J'avoue que j'y suis peut-être pour quelque chose, mais il va falloir que t'apprennes à être plus clair pour éviter les confusions et mauvaises interprétations de ma part, ok?

-Du genre?

-Si, au lieu de t'obstiner à dire que tu avais reçu l'interdiction de parler par le Pope, tu m'avais dit directement que t'avais peur pour moi, j'aurais peut-être réagi autrement, tu crois pas?

-Permets-moi d'en douter.

Le Scorpion soupira de nouveau:

-Tu vois, tu recommences! Dès qu'on parle de tes émotions tu te refermes comme une huitre!

-Charmante comparaison.

-Et tu fuis encore…

Soupira-t-il: bon sang, est-ce qu'il avait seulement une chance de faire comprendre à Dégel ce qu'il lui expliquait ou bien est-ce que c'était vraiment peine perdue?!

-Ce que je veux dire, c'est que de mon côté, je vais essayer, je dis bien essayer, de faire des efforts, mais je voudrais que tu en fasses aussi de ton côté. Si tu me dis les choses clairement et sincèrement, je risque moins de m'énerver en me faisant des films, nan? Tu crois pas qu'on y gagnerait tous les deux?

Dégel hésita quelques secondes: ce n'était pas vraiment qu'il essayait de dissimuler ses sentiments, c'était juste que… Qu'ils étaient comme bloqués, comme si il ne parvenait pas à mettre des mots dessus. Lui qui aimait tant les livres et la magie des mots, c'était vraiment d'une ironie crasse.

-Il est pas trop tard pour apprendre.

-J'ai 18 ans, Kardia, je pense que c'est un peu trop tard.

-Pff, c'est jamais trop tard, tu dis ça parce que t'as peur et parce que c'est nouveau! Je me trompe?

Honnêtement, Dégel voulu nier de bloc, se dégager et fuir cette conversation qui changeait bien trop de sujet à son goût. Mais quand il croisa malgré lui le regard bleuté de Kardia, il s'en empêcha et souffla difficilement:

-Peut-être… C'est possible…

-Je commence à bien te connaître: je sais que c'est ça.

Cette fois, même s'il réussit à ne pas nier, le Verseau ne parvint pas non plus à acquiescer ni à avouer: c'était une faiblesse, et il refusait de l'avouer. Autant à Kardia qu'à lui-même. Il devrait comprendre ça, vu qu'il lui avait fait la même blague avec son coeur.

Kardia grimaça légèrement:

-Là, tu marques un point. Mais tu te défiles encore.

Il se pencha légèrement en avant, jusqu'à ce que leurs nez se touchent presque, sans se départir de son sourire légèrement mauvais:

-Je vais être gentil pour cette fois parce que je sais que t'as déjà fait un effort, mais je tiens quand même à entendre clairement pourquoi tu ne m'as rien dit. Sans détour, sans mensonges et sans énigmes. (Il haussa un sourcil moqueur) Tu peux faire ça pour moi, non?

Dégel se mordit l'intérieur de la joue, comme pour empêcher son coeur de battre soudain plus vite suite à cette proximité: bon sang, il ne pouvait pas réagir comme ça simplement parce qu'un demi centimètre les séparait, merde!

-Je ne voulais pas te le dire parce que je… (Il chercha ses mots, essaya de se dérober au regard si insistant du Scorpion sans pouvoir y arriver) Je savais que tu te mettrais en danger…

-Et donc…

-Et… J'avais « peur » pour toi. Et (Dégel tourna de nouveau la tête) j'avais bêtement l'impression que tu risquerais ta vie. Et que je risquais de te perdre.

Le sourire de Kardia vira au victorieux et il passa la main sous le menton de Dégel pour lui intimer silencieusement de le regarder:

-Tu vois quand tu veux. (Une lueur orangée éclaira ses yeux un bref instant) Ca mérite une récompense, tu crois pas?

Avant même que Dégel pense à répondre, avant même que son cerveau comprenne le sens de cette phrase et le fasse rougir, même légèrement, Kardia l'embrassait, sans vraiment lui laisser le choix. Un moment, le français se dit qu'ils devaient d'abord terminer correctement cette conversation, puis, voyant qu'il n'y avait plus rien à dire, que le Scorpion n'était même plus en colère et que tout semblait oublié, il renonça.

-Alors on est d'accord? On se dit tout, toi plus directement, et moi plus calmement. Ca marche?

Dégel inclina la tête, découvrant légèrement sa gorge, comme pour en autoriser l'accès à son compagnon. Il voulut répondre, estima que sa voix serait ridiculement faible et se contenta de hocher la tête. Une part de lui voulait se dégager, lui dire que tous les problèmes ne pouvaient pas se résoudre ainsi, que son « appétit » n'était pas aussi grand que le sien,… Mais une petite voix dans sa tête lui disait de lâcher prise, de se laisser emporter, griser par cette chaleur et ce contact si électrisant… D'éviter que cette conversation dévie sur un sujet plus épineux encore…

Sur une chose dont il ne pouvait tout simplement pas parler…

Le léger ricanement de Kardia lui chatouilla la joue et acheva de le condamner:

-Tu t'en tireras plus avec des silences, mon Dégel. Je tiens à te l'entendre dire.

-Pourquoi est-ce que tu insistes à ce point?

Haleta-t-il vaguement. Le Scorpion haussa les épaules:

-Ca fait partie de ta thérapie: dire clairement ce que tu penses.

Oh mais il y avait une chose qu'il ne pourrait jamais lui dire, qu'il ne pourrait jamais avouer… Cette chose qu'il gardait cachée dans un coin de sa mémoire la plus éloignée, la moins accessible,… Alors, après plusieurs longues secondes de silence résistant, Dégel souffla:

-Je suis d'accord…

De victorieux, le sourire de Kardia vira au carnassier quand il murmura:

-Bien.

Avant qu'il ne le serre contre lui, le Verseau eut une vague pensée pour leur mission, mais il choisit bin vite de renoncer. Après tout, ils avaient toute la nuit devant eux: la mission commencerait bien demain.

Alors quand Kardia l'embrassa de nouveau, Dégel se laissa emporter par cet incendie dont il ne se lassait pas…

$s$s$s$

L'homme trébucha et s'effondra en poussant un jappement horrifié, son bras gauche, trempé de sang, serré contre son corps. Il recula autant que possible, le visage déformé par la peur, jusqu'à ce qu'il se heurte à un mur,… Et quand il comprit qu'il s'agissait d'une impasse, des larmes de terreur roulèrent sur ses joues ensanglantées.

Un bruit de pas accompagnait l'ombre qui se rapprochait lentement, éclairée par la lueur irréelle de la pleine lune, faisant battre le coeur de l'homme de plus en plus vite. Il jeta un coup d'oeil à sa taille, se rappela qu'il avait laissé tomber son fusil dans sa fuite et poussa un juron larmoyant:

-Oh non merde!

Il redressa la tête et poussa un hoquet horrifié quand une jambe apparut dans son champ de vision. Des bottes, aux légers talons sombres, remontant jusqu'aux genoux, un métal pourpre foncé formant une sorte de corset et descendant en esquisse de jupe jusqu'aux hanches,… Puis le monstre apparut en entier.

C'était une jeune fille pas encore tout à fait femme, au corps bardé d'une armure sombre et aux longs cheveux auburns ternes et tenus en une queue de cheval. Sans doute qu'ils avaient dû être plus flamboyants, mais ils étaient à l'image de ses yeux violets: ternes… Inexpressifs, vides, dépourvus de vie… Aussi terrifiants que le sang qui avait giclé sur son armure et qui roulait encore sur les longues griffes qui jaillissaient de ses poings.

L'homme voulut se reculer et leva son bras valide vers elle:

-Pitié, non, je t'en supplie! Laisse-moi vivre! Je te jure que je vous paierai! Pitié!

Mais la jeune fille continuait d'avancer, imperturbable, le corps englobé de la lueur glacée de la lune et d'une étrange aura mauve sombre, comme si elle ne l'avait pas entendu. L'homme réprima un frisson terrifié et glapit:

-Attends! Pitié je t'en prie, attends! Je te jure que je vais payer! (Puis, comme elle ne faisait même pas mine de ralentir, il s'écria) Ton patron sera enragé si tu me tues sans son accord!

-Sauf que c'est moi qui l'envoie te faire la peau.

L'homme au bras blessé sursauta quand une nouvelle silhouette se profila dans le dos de la jeune fille, et bien qu'il ne parvenait pas à voir entièrement son visage, l'allure, la voix et cette paire de lunette singulièrement éclairée par la lune ne laissaient pas le droit à l'erreur:

-Sergeï! (S'écria l'homme) Sergeï, dis-lui d'arrêter! Je te jure que je vais te payer!

-Tu m'as déjà dit ça le mois dernier, Piotr, et j'attends toujours.

Au son de la voix de son père adoptif et patron, la jeune fille s'était arrêtée, posant ses yeux vides sur sa proie blessée.

-Tu sais, à force de ne pas tenir tes promesses, je vais finir par croire que tu me mens. (Continua Sergeï en s'avançant nonchalamment, les mains dans les poches de son long manteau kaki sombre) Et s'il y a bien une chose que je déteste, c'est qu'on me mente, pas vrai, ma belle?

La jeune fille hocha lentement la tête, comme si elle n'avait pas réellement entendu ce qu'il disait. Ce manque de réaction combiné à son visage inexpressif et au sang qui gouttait sur le sol poussa Piotr à gémir:

-Pardon, Sergeï! Je te jure que je te payerai! Et je savais pas pour cette embuscade que les autres voulaient faire!

-Tu vois, tu mens encore…

Soupira Sergeï en s'arrêtant, juste à côté de la jeune fille, à quelques pas seulement de l'homme blessé. Piotr se mit à trembler violemment quand la voix de l'homme aux cheveux sombres devint un feulement:

-Tu comprends: cette ville est infectée par des types en ton genre, des sales traitres lâches. Et ma mission ici est d'amputer le membre pourri pour que le corps survive. (Le sourire mauvais de Sergeï paralysa littéralement l'homme) Rien de personnel, donc, contrairement à ce que tu pourrais penser. Mais je me vois dans l'obligation de me débarrasser de toi pour que le reste de la ville et de ses « commerces » prospèrent.

Il gratifia la jeune fille d'une légère caresse sur l'épaule et murmura doucement, presque tendrement:

-Fais-toi plaisir, ma belle.

L'homme se redressa en glapissant un « Quoi?! » étranglé, et la jeune fille fut sur lui en un bond. Les longues griffes s'enfoncèrent dans sa gorge avant même qu'il ait pu pousser un hurlement, tranchèrent les chairs et ressortirent en une seconde. Le mur de la ruelle fut éclaboussé de sang en même temps que le visage si terne de la jeune fille aux cheveux auburns.

Elle resta immobile une longue seconde avant desserrer les poings, faisant disparaitre ses longues griffes. Sergeï esquissa un sourire satisfait et, ôtant son long manteau, le posa sur les épaules frêles de la jeune fille:

-Tu as fait un magnifique travail, Filipa.

Elle leva à peine les yeux vers lui, ne sourcilla même pas quand il passa délicatement, affectueusement même, un mouchoir sur son visage pour en essuyer le sang. Sergeï souriait, presque rêveusement à présent:

-Magnifique…


(1) Il n'est pas le seul: j'étais fort surprise de voir les moyennes de températures pour le printemps et l'été 1790! Une bonne vingtaine de degrés! :o

(2) Pour une fois que mes cours de linguistique me servent! (nan je déconne, ça fait déjà deux-trois fois) D'après ce cher Mr Chomsky, le langage (et les langues) est un "programme" dans notre cerveau qu'il suffit d'enclencher correctement et au bon moment, preuve que le langage est inné. J'utilise ce genre de théorie pour expliquer l'habilité des Chevaliers d'Athéna: leur cosmos les pousseraient à surdévelopper ce programme et leur permettrait d'activer leurs connaissances (même maigres) de quelques langues pour que d'un coup, ils la maitrisent presque parfaitement! Badass non? :D (en vrai, je ne suis pas certaine que cette théorie tienne vraiment (y'a pas mal de contre exemples mais...) Bref, on s'en fout!)

Enfin voilàà! :D J'espère que ça vous a plu! *^*

Enfin ces deux zoulous s'expliquent! (un peu mais bon, y'a du progrès!) Et un nouveau Spectre débarque! (J'espère qu'elle vous plaira :3)

Concernant ce petit concours, il s'agit, comme pour Liam lors de sa première apparition, d'écrire pour les gagnants un petit OS bonus sur les personnages de leur choix :D Alors voilà, est-ce que quelqu'un arrive à trouver d'où viennent les trois nouveaux personnages au vu de l'histoire de ce cher Mikhaïl? Et lui, de quel personnage est-il inspiré? :3 (je vous préviens, c'est presque une colle…)

Bonne chance à tous, et que la force soit avec vous! :D

Au mois prochain pour le prochain chapitre russe *O*