Salut tout le monde! J'espère que vous allez tous bien! :D

Avant tout, félicitations à Aquarius-no-Camus qui a bien deviné de qui était inspiré Mikhail (encore bravo chat!~) et qui "recevra" bientôt son OS bonus! :D (Normalement dans le courant de la semaine, si tout va bien :o) Je révèlerai l'identité de l'inspirateur à la fin de l'arc ;D

Ce chapitre est un poil plus court que le précédent, sorry... En fait, j'ai divisé un gros (grooos) chapitre en deux pour éviter que vous ayez un énorme chapitre avant d'attendre un temps fou que je vous en écrive un autre :') J'espère qu'il vous plaira quand même ^^

Ensuite... Bah, bonne lecture à tous! :D

Enjoy!


Kardia poussa un gracieux bâillement et s'étira jusqu'à ce que ses omoplates craquent bruyamment:

-Oh la vache, j'aurais bien dormi encore un peu!

-Honnêtement, moi aussi. (Avoua Dégel en enfilant sa chemise) Mais la mission passe avant notre confort.

-Quel malheur… Le sommeil c'est sacré, on peut pas repousser un peu?

Tenta malgré tout le grec avec des yeux faussement larmoyants. Et au vu du regard las que lui lança son compagnon, il roula de nouveau sous les couvertures en poussant un long soupir douloureux. Dégel leva les yeux au ciel:

-Ne te rendors pas, sinon je pars sans toi.

-Juste dix minutes en plus!

-Non, pas même cinq: c'est toi qui a initié la chose hier soir, alors tu assumes.

-T'as vraiment pas de coeur.

Grommela lentement Kardia de plus en plus bas, de telle manière que Dégel comprit qu'il était en train de se rendormir sans une once de regret ou de culpabilité. Alors, tout naturellement, il fit baisser la température autour de sa main, jusqu'à ce qu'un glaçon de la taille d'un poing apparaisse. Et, toujours aussi paisiblement, il souleva la couverture pour poser ledit glaçon sur le dos (nu, donc) du Scorpion.

-Debout.

Une fois combinée au glaçon, l'injonction eut soudain un effet bien plus efficace. Kardia poussa une injure étouffée et bondit littéralement hors du lit, les bras parsemés de chair de poule et l'air soudain parfaitement réveillé:

-Mais t'es malade?! Pourquoi t'as fait ça?!

Dégel haussa les épaules et se détourna pour cacher son léger sourire amusé aux yeux du Scorpion:

-Pour que tu daignes enfin te lever. Et ça a marché on dirait.

-T'ain mec, t'abuses sur ce coup-là! Tu m'aurais bien laissé deux minutes, non?!

-Je te le redis: si tu inities la chose, tu assumes le lendemain, surtout si on a une mission.

-Mouais, à la base c'est quand même la tienne…

Cette fois, Dégel leva les yeux au ciel, ébahi par la mauvaise foi légendaire de Kardia:

-Personne ne t'a obligé à venir, que je sache.

Le ton légèrement sec de son frère d'armes poussa le Scorpion à soupirer, las, essayant de contenir son énervement d'avoir été réveillé aussi brusquement:

-Je rigole, mec: t'as vraiment trop de mal avec l'humour.

-Moi qui était sûr que ma « blague » te ferait rire.

Insinua Dégel en ajustant son foulard, moqueur, sur ce ton de pince-sans-rire qui lui convenait si bien. Kardia hésita, leva le doigt, et décida de ricaner:

-Disons qu'on est à égalité. Mais me fais plus jamais un coup pareil: je suis pas sûr de parvenir à me maîtriser à chaque fois que tu me taperas un iceberg dans le dos!

-Ca dépend entièrement de toi: tu n'auras qu'à te lever plus vite si tu ne veux plus que ça arrive.

-Je t'ai mal jugé, t'es un petit comique en fait!

Se moqua Kardia en attrapant ses vêtements. Dégel haussa les épaules:

-Je ne disais pas vraiment ça pour rire, mais si ça te rassure.

Le Scorpion poussa un « Hein? » raffiné, et Dégel sortit de la chambre, sans vraiment lui laisser le temps et l'opportunité de rester sur ce sujet de conversation:

-Hé mais tu fous quoi?!

-Je vais manger.

-Mais attends-moi!

-Tu n'avais qu'à te lever comme tu étais censé le faire.

-J'ai fini dans deux secondes!

Grommela Kardia en se battant avec son pantalon tout en essayant d'enfiler sa chemise en même temps, ce qui, il fallait l'avouer, était assez comique. Dégel haussa les épaules et fit mine de s'en aller:

-Je te garde une place, ne t'en fais pas.

-Mais attends, je te dis!

Ayant miraculeusement réussi à fermer les boutons de sa chemise (sauf les deux-trois derniers), le grec était en train d'enfiler ses chaussures à toute vitesse, sans même prendre le temps de vraiment les lacer. Dégel s'empêcha d'esquisser un sourire taquin:

-Tu sais, la salle commune ne va pas disparaître…

-M'en fous, j'ai fini!

Kardia se leva d'un bond et, passant une main rapide dans ses cheveux, gronda:

-T'aurais bien attendu que je me sois habillé correctement! Je déteste rusher comme ça!

-Mais au moins tu es prêt maintenant. Tu vois que tu peux être efficace quand on te met un peu la pression.

Le Scorpion le fusilla littéralement du regard et Dégel leva les mains, comme pour montrer qu'il n'insisterait plus:

-Franchement, t'as de la chance que je t'aime, parce que là, avec tout ça et ta tête de satisfait, je te jure que je te tuerais.

-Trop aimable à toi.

-Je te hais cordialement quand tu fais ça et que tu prends cet air…

-C'est bon à savoir. Bon, assez traîné, allons manger.

Kardia lui emboita le pas en grommelant de vagues imprécations dans sa barbe, arrachant un léger sourire amusé au Verseau: à vrai dire, il s'était « vengé » de l'agressivité que le grec lui avait imposée la veille. Ca et puis, il avait vraiment envie de mettre cette affaire au clair et de rentrer au Sanctuaire le plus vite possible: il voulait savoir ce que le Pope allait faire concernant Aspros.

Bon, il fallait rester concentré et mener l'enquête sur cette femme et ce trafic d'armes qu'elle favorisait.

La salle commune était presque vide, et Kardia se laissa tomber plus qu'il ne s'assit sur sa chaise, en poussant un long soupir:

-J'espère vraiment que cette mission en vaut la peine… J'ai pas envie que le Pope t'ait refilé de la merde juste pour le plaisir du voyage…

-Nous allons mener l'enquête aujourd'hui et agir demain, au plus tôt. (Expliqua Dégel en s'asseyant doucement) Je voudrais aussi faire du repérage dans la ville et me renseigner sur ce groupe et son trafic d'armes. Voir quel profit ils en tirent.

-Moi qui espérait régler ça en un jour… (Soupira Kardia en étouffant un bâillement. Puis, il désigna Dégel du doigt) T'avises pas d'essayer de me réveiller de la même manière qu'aujourd'hui, compris?

-Je te l'ai dit, ça dépendra de ton attitude.

-Tu fais chier, Dégel.

-Toujours aussi sympathique.

-C'est ta faute, t'avais qu'à pas me réveiller aussi brusquement!

-Dis plutôt que je n'avais pas à te réveiller si tôt.

-Aussi, ouais, mais l'un n'empêche pas l'autre: tu t'en tireras pas comme ça!

-Ciel, j'ai peur.

-Tu devrais!

-Bref, on mange puis on démarre: je ne veux pas perdre de temps.

Kardia passa la main dans ses cheveux et jeta un coup d'oeil par la fenêtre, laissant Dégel s'occuper de leur commander à manger (après tout, c'était lui qui connaissait les spécialités du pays!). D'après ce qu'il pouvait voir, la ville, ou du moins, le quartier où ils résidaient, était déjà éveillée et fort active. Des gens circulaient, des marchands étaient déjà derrière leurs étalages,…

Il plissa les yeux et se pencha légèrement en avant: là, assis à quelques mètres de l'auberge, jouant avec un caillou, un petit garçon fixait le bâtiment et semblait attendre quelque chose… Quelque chose ou quelqu'un. Et bizarrement, Kardia avait un mauvais pressentiment.

L'aubergiste leur apporta vite du pain, des sortes raviolis sucrés et des croquettes de fromages blanc (prêtes depuis déjà quelques minutes en prévision) et du lait, distrayant le Scorpion et le faisant se détourner de la fenêtre, presque à regret. Il y avait quelque chose dans l'attitude de ce gamin qui avait attiré son attention. Peut-être son attitude, son visage un peu triste,…

Et quand il jeta un nouveau coup d'oeil par la fenêtre, quand il aperçut un homme ralentir puis s'arrêter devant le garçon, avant de repartir, il craqua:

-Dis, Dégel.

-Hm?

-Est-ce que les gosses se prostituent aussi en Russie?

Dégel avala de travers, manqua de recracher sa gorgée de lait, et toussa pour éviter de s'étouffer:

-Quoi?!

-Nan, je veux dire, est-ce qu'on fait aussi se prostituer les gosses ici?

Le Verseau lui jeta un regard effaré et tellement choqué que Kardia s'empressa de préciser en secouant les mains:

-Non! Non non non, c'est pas ce que tu crois! (S'écria-t-il) C'est juste que ce gosse dehors a l'air d'attendre depuis un petit temps alors je me demandais juste!

Dégel fronça un sourcil et regarda à son tour par la fenêtre, aperçut ledit garçon et fronça le second:

-Je suppose que ça peut se faire un peu partout, hélas…

En effet, il avait la nette impression que ce garçon attendait, mais est-ce que c'était vraiment pour ce genre de choses? Au vu de ses vêtements en bon état et surtout au vu de son visage propre, il avait l'air d'être dans une famille qui le traitait bien, difficile de penser que son état soit en fait un leurre pour attirer plus de gens…

Dégel se tourna vers Kardia, remarqua son air insistant, hésita puis capitula en poussant un long soupir:

-C'est bon, tu peux aller lui proposer un repas…

Un large sourire étira les lèvres du Scorpion avant qu'il se lève d'un bond et se dirige vivement vers la sortie. Dégel poussa un léger soupir rieur: comment Kardia osait-il seulement dire qu'il détestait les enfants? Il n'arrêtait pas de s'en occuper! Etait-ce un reste d'une enfance malheureuse? Se projetait-il dans ses enfants aux regards légèrement tristes? Qu'avait-il donc vécu, enfant, pour vouloir si souvent leur venir en aide?

Il regarda son frère d'armes s'approcher du garçon, ledit garçon lever les yeux, écarquiller les yeux quand Kardia désigna l'auberge de la main,… Et bondir sur ses pieds en s'énervant soudain? Dégel reposa sa tasse de lait, étonné: tiens, mais que lui avait donc dit Kardia pour qu'il prenne la mouche de la sorte?

Le Scorpion s'était raidit mais il était maintenant penché en avant et semblait, lui aussi, s'énerver sur le garçon, allant même jusqu'à l'empoigner par le col de sa veste pour le soulever de quelques centimètres. Alors, le garçon poussa un tel hurlement que même Dégel l'entendit:

-Au viooool!

Kardia tiqua et lâcha le garçon en beuglant:

-Mais je vaux pas te violer, crétin! Je te demandais si tu voulais manger merde!

-Sale pervers!

-Saloperie de menteur!

Dégel leva les yeux au ciel et se leva en poussant un long soupir: il devait vraiment s'occuper de tout… Le temps qu'il sorte de l'auberge, un ou deux badauds s'étaient déjà arrêtés pour regarder ces deux hurluberlus se hurler dessus comme s'ils se haïssaient depuis des centaines d'années. Le Verseau se fraya un chemin jusqu'à eux et posa la main sur l'épaule de Kardia:

-Mais qu'est-ce qui se passe? Je te laisse deux secondes et tu te mets déjà tout le monde à dos.

Une veine palpitait sur le front du Scorpion quand il répondit:

-C'est lui qui raconte n'importe quoi! Dis-leur, merde, ils croient tous que je suis un sale pervers!

-C'est lui qui m'a dit qu'il voulait bien me payer!

Kardia se tourna vivement vers le garçon, enragé:

-A manger! Te payer à manger, pas autre chose, bordel! Raconte l'entièreté de la phrase!

-Menteur!

-Ouh putain je vais l'étrangler!

Dégel se plaça entre eux deux et gratifia Kardia d'un regard réprobateur avant de s'adresser autant au garçon qu'aux spectateurs:

-Tout va bien, ce n'est qu'un malentendu: mon ami ne parle pas parfaitement russe alors il est possible qu'il ait fait une erreur.

-J'ai pas fait d'erreur merde!

-Σκάσε! *

Feula Dégel aussi bas que possible en se tournant vers lui. Puis, il continua mentalement:

-Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, j'essaye de te sauver la mise.

-C'est dégueulasse! J'ai rien fait de mal, je te jure!

-Ca je m'en doute, mais va essayer de leur expliquer!

Dégel se tourna de nouveau vers le garçon:

-Je réitère donc la question de mon ami: il t'a vu attendre dehors et se demandait si tu… Mangeais correctement, d'où sa question.

Le garçon aux cheveux noirs sembla légèrement hésiter avant de souffler:

-Vraiment?

-Puisque je te le dis depuis tantôt, sale gosse!

S'écria Kardia en brandissant un poing enragé vers lui. Mais le garçon fut loin d'être impressionné et rétorqua agressivement:

-T'avais qu'à t'exprimer plus clairement, sale pervers!

-Ca suffit. (Intervint une nouvelle fois Dégel, en fusillant discrètement son frère d'armes du regard) Si vous prononcez encore un mot plus haut que l'autre, je te laisse dehors (dit-il en s'adressant d'abord au garçon) et toi tu restes à l'auberge pendant que je visite, compris?

Kardia grommela de vagues insultes et (ô joie) le garçon passa une main penaude dans sa nuque:

-Désolé…

-Bien. Maintenant, que dirais-tu de venir manger un morceau?

-Te sens pas obligé non plus hein!

Gronda Kardia, clairement opposé à sa propre idée de base. Le garçon lui jeta un coup d'oeil mauvais avant de se tourner uniquement vers Dégel, comme s'il avait décidé de nier le Scorpion:

-Si vous proposez, j'accepte.

-Et merde!

-Tais-toi, Kardia.

-J'veux plus l'aider ce putain de sale gosse! Qu'il crève dans le caniveau!

-Ne sois pas stupide: peut-être qu'il sait quelque chose sur ce traffic.

-Genre! Ca serait vraiment notre veine!

-Qui sait…

Malgré ses tentatives de faire changer Dégel d'avis, Kardia dut, hélas, céder. Assis en face du garçon, il se contenta de garder les sourcils froncés et de manger sans dire un mot de plus à leur « invité ». Le Verseau s'empêcha de lever les yeux au ciel:

-Comment t'appelles-tu?

Le garçon releva la tête de son bol de soupe, les yeux brillants et et la bouche pleine, les mains presque tremblantes de frénésie:

-Mikhail.

Articula-t-il difficilement avant de se pencher à nouveau sur son bol, comme s'il avait peur qu'on lui enlève soudain avant qu'il n'ait pu le finir. Dégel jeta un coup d'oeil à sa gauche en entendant vaguement Kardia grogner mentalement:

-Y'a un truc qui me perturbe…

-Tu es juste rancunier, nuance.

-Arrête de te foutre de moi, merde! Je le sens pas ce gosse… Je pensais que j'avais de la compassion pour lui mais c'est pas ça, c'est autre chose…

-Alors dis-moi précisément ce qui te semble bizarre.

-Justement, je sais pas. J'ai l'impression d'avoir les mots sur le bout de la langue mais j'arrive pas à exprimer précisément ce qui va pas.

Dégel détailla de nouveau le petit garçon aux cheveux noirs: assez petit, de grands yeux gris-verts légèrement naïfs et pas vraiment alertes, des vêtements un peu trop grands mais en très bon état, un visage assez propre (hormis quelques traces de poussière sur les pommettes et la joue gauche),… Au fond, ce garçon n'avait pas l'air d'être réellement à la rue.

Il était maigre, certes, mais pas non plus rachitique comme on aurait pu l'imaginer… Peut-être était-ce ce dont voulait parler Kardia?…
-Est-ce que tu as un endroit où vivre?

Mikhail se redressa de nouveau:

-Oui, je loge chez…

Mais il se tut soudain et se mura dans un silence presque effrayé, pile ce qu'il fallait pour que Kardia intervienne:

-Chez qui? Tes parents?

-Mes parents sont morts.

Dégel fronça les sourcils: une étrange lueur avait assombri le regard si clair de Mikhail quand il prononça ces mots, juste ce qu'il fallait pour qu'il le remarque et s'interroge sur la raison de ce léger changement d'attitude. Malgré tout, cela n'empêcha pas le Scorpion d'insister:

-Alors c'est chez qui que tu crèches?

Le garçon déglutit et baissa la tête en se mordillant la lèvre inférieure, muet. Kardia retint un soupir irrité:

-Parle, gamin, c'est quoi le problème?!

-Je peux pas le dire!

S'écria Mikhail en gardant la tête basse, comme s'il ne pouvait pas soutenir leurs regards. Comme s'il avait… Peur? Dégel fronça les sourcils et jeta un coup d'oeil entendu vers le Scorpion: quelque chose clochait. Qu'est-ce que le garçon devait absolument garder secret? Qu'est-ce qui l'empêchait de parler librement?…

Kardia se pencha en avant:

-Est-ce que t'as entendu parler d'un nouveau réseau de trafic d'armes dans le coin, par hasard?

-Je ne sais pas…

Eluda le garçon en se triturant nerveusement les mains, preuve que, contrairement à ce qu'il laissait croire, il savait quelque chose. Kardia sentit le regard de Dégel le pousser à insister, comme s'il sentait lui aussi qu'il fallait suivre cette piste presque miraculeuse:

-Et si je te disais qu'ils sont aidés par une femme étrange?

Mikhail tressaillit:

-Une femme habillée d'une sorte d'armure sombre et qui possède d'étranges pouvoirs…

Insista le grec en plissant les yeux. Et, comme il l'espérait, le garçon aux cheveux noirs redressa la tête vers eux, les yeux écarquillés sur le coup de la surprise mais aussi d'une peur certaine:

-Comment?… (Il s'interrompit et les dévisagea une longue seconde) Qui êtes vous?

Les deux Ors se jetèrent un regard entendu et Dégel hocha la tête, poussant Kardia à expliquer la raison de leur venue ici:

-Nous sommes des Chevaliers d'Athéna, et nous avons été envoyés pour enquêter sur ce trafic, mais surtout sur cette jeune femme qui semble être un Spectre, un ennemi de notre Déesse et un subalterne d'Hadès, Dieu des Enfers.

Mikhail écarquilla les yeux et entrouvrit les lèvres, clairement pas convaincu par les explications du Scorpion:

-T'es complètement fou, mon vieux…

Kardia sentit ses cheveux se hérisser dans sa nuque et il gronda:

-Absolument pas, c'est juste toi qui est pas assez cultivé, sale gosse! Tout le monde connait au moins les Chevaliers d'Athéna de nom, merde!

Dégel posa une main apaisante mais aussi dissuasive sur son épaule pour l'empêcher de prendre réellement la mouche et de perdre un temps précieux, s'attirant un regard agacé de la part de Kardia qui dut faire un effort surhumain pour parvenir à se calmer.

-Peut-être ne le sais-tu pas, Mikhail, (Expliqua lentement le Verseau) après tout, tu as toi-même ta propre culture, des anciens cultes pour des anciens Dieux païens, un nouveau culte pour un nouveau Dieu chrétien,… Chez nous, en Grèce, nous avons notre propre panthéon divin. Ce que tu ne sais peut-être pas, ou alors, ce que tu ne crois pas ou plus, c'est que tous ces Dieux, païens ou chrétien, existent réellement.

Mikhail cligna des yeux ébahis et remplis d'étoiles, la bouche entrouverte, transporté par ce récit. Et malgré lui, Dégel se prit à avoir presque envie d'en sourire:

-Certains se mêlent aux humains en prenant une enveloppe charnelle, d'autres veillent simplement depuis les cieux, l'Olympe, Asgard, ou que sais-je. Et tous choisissent des guerriers pour les servir, combattre pour eux, les protéger,…

Le garçon semblait fasciné par les paroles de Dégel, avait l'air de littéralement boire ses paroles, hypnotisé par le talent de conteur du français:

-Là où Odin a ses Guerriers Divin à Asgard, Hadès, notre Dieu des Enfers, a ses Spectres, notre Déesse de la guerre, celle pour qui nous nous battons, a ses Chevaliers pour la protéger et se battre à ses côtés lors des Guerres Saintes.

-Des Guerres Saintes?

-Quand les Dieux se battent entre eux, principalement lorsque Hadès et Athéna se disputent la Terre. L'un veut la « détruire », réduire ses habitants en esclaves ou en bétail, la plonger dans le chaos, l'autre, en revanche, la protège et veille sur elle. Et si nous sommes là, nous, Chevaliers d'Athéna, c'est pour vaincre ce Spectre d'Hadès qui sévit ici, pour le bien de la Guerre qui arrive et de notre Déesse.

Dégel posa ses coudes sur la table et joignit les mains devant son menton, se penchant imperceptiblement en avant:

-Nous voulons aider les gens de cette ville, et nous voulons t'aider.

-Moi?

Souffla le garçon, surpris:

-Si ces gens et cette femme te font du mal, nous te protègerons et te sauverons… A condition que tu nous aides en nous disant tout ce que tu sais…

Mikhail hésita avant de murmurer:

-Et comment comptez-vous la vaincre? Elle n'est pas comme nous… Elle a ce… Ces pouvoirs étranges et…

-Avec le Cosmos, voyons!

Intervint Kardia en levant la main, comme si ça coulait de source. Le garçon cligna plusieurs fois des yeux en répétant lentement « Cosmos? », puis Dégel expliqua brièvement:

-L'énergie qui anime toute chose, vivante ou même inerte, l'univers qui vit en toi. Une chose que tu ne peux sans doute pas voir, ce n'est pas donné à tout le monde, mais que tu abrites au fond de toi.

-Je ne comprends pas…

-Normal, ça serait plus simple si tu le voyais.

Soupira Kardia en bougeant la main, comme s'il jouait avec quelque chose. Et pendant une demi seconde, Mikhail eut l'impression d'apercevoir une sorte de lueur dorée entourer la main du grec, une sorte de poussière qui entra en résonance avec son coeur. Puis, ce fut tout, tellement bref qu'il crut avoir rêvé. Dégel donna un coup de coude à son frère d'armes et feula:

-Arrête avec ça: tu veux que le Spectre te remarque?

-C'était juste un test au cas où il saurait le voir quand même.

Se défendit Kardia en haussant les épaules, s'attirant un regard terriblement las de la part du Verseau:

-On ne tombe pas toujours sur un enfant pourvu d'un cosmos, voyons.

-On sait jamais!

Mikhail serra les poings et souffla, la voix soudain tremblante de rage:

-Qu'allez-vous faire d'elle, de cette femme?

Dégel se tourna de nouveau vers lui:

-Si, comme nous le pensons, elle est liée à Hadès, nous devrons la mettre hors d'état de nuire.

-Et si elle ne l'était pas?

-Alors nous aurons simplement une conversation avec elle, musclée, bien entendu!

Sourit Kardia, de ce sourire si mauvais que Mikhail en eut des frissons. Il resta silencieux une seconde puis, un léger sourire étira ses lèvres:

-Alors je peux peut-être vous aider…

$s$s$s$

Quelque chose ne tournait pas rond.

C'était ce que les deux Ors (d'accord, pour une fois) ne pouvaient s'empêcher de penser en marchant derrière leur guide. C'était trop… Simple, rapide. Quel était le pourcentage de chance pour que Mikhail, obligé de travailler pour ces gens, meurtriers de ses parents, apparemment, croise leur chemin?

Non, quelque chose clochait définitivement, et Kardia ne se lassait pas de le faire remarquer à Dégel:

-Si ça, c'est pas un piège, je m'appelle pas Kardia du Scorpion!

-Evidemment que c'en est un.

-Alors pourquoi on fait genre et on le suit quand même?

Interrogea sincèrement le grec, interloqué par le comportement qu'ils suivaient sans pour autant être dupes:

-Parce que ça nous évite de perdre un temps précieux. (Avoua Dégel) Même si c'est un piège, nous serons menés au Spectre et nous n'aurons plus qu'à le vaincre.

-Ouais, c'est clair qu'à nous deux ça devrait être du gâteau! Même si, et je suis sûr que ça va être le cas, il y aura d'autres types au rendez-vous!

-Il y a quand même une chose qui m'inquiète…

-A savoir?

-Comment ont-ils su que nous étions là?

-Ils ont dû sentir nos cosmos, je sais pas…

-Si j'ai bien compris, il n'y a qu'une seule personne pourvue d'un cosmos dans ce groupe: cette jeune femme Spectre.

-Alors elle nous a simplement remarqué.

-Sans qu'on ait utilisé notre cosmos? Non, il y a quelque chose qui cloche… On dirait presque qu'ils savaient qu'on viendrait, tôt ou tard…

Kardia haussa les épaules:

-Ca change rien au fait qu'on devait les trouver. Comme tu dis, autant en profiter. (Il sourit et craqua les poings) Laisse-moi juste m'occuper de ce mioche quand ça sera fini: il essaye de nous mener en bateau depuis le début mais c'est clairement un piège. J'ai hâte de lui faire comprendre qu'on se moque pas impunément de…

-On ne va pas lui faire de mal.

-Quoi?! (S'offusqua le grec) Mais c'est un sale petit traitre!

-C'est surtout un enfant triste et qui a un passé sombre: on ne lui fera pas de mal, je te l'interdis.

-T'as pas vu comment il ment avec tant d'assurance? Tu voudrais pas qu'on lui donne juste une petite leçon?!

-Si ça te chante de tuer des enfants, tu me déçois.

-C'est pas ce que j'ai dit: j'ai dit qu'il faudrait lui donner une leçon.

-On ne lui fera pas de mal, point barre.

Kardia fronça clairement les sourcils:

-Je te suis pas là… Est-ce qu'on doit pas s'occuper du groupe entier?

-Si, mais ce n'est qu'un enfant, et à mon avis, on lui a fait croire des choses fausses. Le bourrage de crâne, l'endoctrinement, tu connais?

-Assez bien, ouais. Mais il n'empêche qu'il faudra lui donner une leçon.

Dégel lui jeta un regard mauvais:

-Tu ne toucheras pas à un cheveux de sa tête.

-Cheveux, non… Mon aiguille s'en chargera. Juste une piqure pour qu'il apprenne à ne plus se foutre de ma gueule.

-Je te déconseille d'essayer: je serais obligé d'intervenir.

-Pourquoi tu t'attaches autant à ce gosse, putain?! Il se fout de notre gueule et essaye de nous faire tuer, comment est-ce que tu peux passer l'éponge comme ça?!

Dégel resta silencieux une seconde:

-Peut-être parce qu'il me fait un peu pitié…

-Et en quoi il…

-Et parce qu'il me fait un peu penser à toi…

Kardia écarquilla de grands yeux surpris (voire même choqué) avant de gronder:

-Moi? Mais j'ai rien à voir avec ce salopard de mioche! En quoi, exactement, est-ce qu'il te fait penser à moi? Parce que je te fais pitié?

-Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Il y a juste quelque chose dans ses réactions, dans sa manière d'aboyer et de mordre quand on essaye de l'aider, et cette étrange lueur dans ses yeux qui m'ont un peu fait penser à toi.

-Tu viens de me comparer à ce sale gosse mais aussi à un chien, nan?

-C'est une métaphore, idiot.

-Magnifique « métaphore » dans ce cas! T'es tout fier là?

-Assez.

-Tu m'étonnes!

-Bref, restons sérieux: on ne touche pas à ce garçon, on bat ce Spectre et on démantèle ce réseau, soit en raisonnant soit en tuant le chef. Ca te va?

-Est-ce que j'ai vraiment le choix?

-Bien sûr. Mais si tu es contre, je m'en occupe tout seul.

Le grec secoua la tête:

-Pas moyen: on reste ensemble et on leur règle leur compte, c'est toi le chef sur le coup.

Ils se jetèrent un regard complice et échangèrent même un léger sourire (enfin, léger pour Dégel et franc et direct pour Kardia) puis, Mikhail s'arrêta devant eux et pointa une large bâtisse délabrée, légèrement tremblant (il n'y avait pas à dire, ce garçon savait bien jouer la comédie):

-C'est là… C'est là que la fille se cache…

-Je te remercie.

Dit Dégel en posant sa Pandora Box sur le sol, imité en miroir par Kardia, qui la lâcha plus qu'il ne la déposa. En un éclair, les armures jaillirent de leur boites, colorant le bâtiment d'une intense lumière dorée, faisant sursauter Mikhail. Le garçon recula de plusieurs pas prudents, le coeur battant: avaient-ils découvert qu'il se moquait d'eux depuis le début?! Est-ce qu'il avait été percé à jour?! Allaient-ils le tuer?!

Bien, si c'était le cas, il se défendrait!

Il allait glisser la main dans sa poche, vers le fusil que Sergei lui avait confié, quand la lumière cessa de l'aveugler… Et il ne put qu'ouvrir des yeux ébahis et une bouche admirative: les deux Chevaliers baignaient dans une superbe lumière chaude, dorée comme le soleil, et cette lueur resplendissait sur leurs armures… Et il semblait bien à Mikhail qu'elles étaient en or!

Malgré lui, il souffla un « Wouah… » impressionné: ces armures étaient tellement différentes de celle de Filipa! Tellement plus lumineuses, belles, rassurantes,…

Le premier à se retourner vers lui fut Kardia qui esquissa un sourire moqueur:

-Bah quoi gamin, t'es choqué? J'pourrais comprendre tu sais!

-J-je suis pas choqué!

Le Scorpion poussa un léger ricanement mauvais:

-Ferme la bouche alors, tu vas finir par avaler une mouche!

Puis, le Scorpion rejeta sa longue cape en arrière et, tandis que Dégel ôtait ses lunettes, sourit:

-Bon, allons mater du Spectre!

Ils poussèrent la large porte de la bâtisse, presque une sorte de hangar, pour apercevoir au bout de la pièce une jeune femme aux longs cheveux auburns, au regard terne et… Pourvue d'un Surplis dégageant une aura négative gigantesque.

Et vu le cosmos qu'elle dégageait, Kardia esquissa un large sourire ravi: cette mission était peut-être mieux qu'elle n'en avait l'air, au fond!

Aucun d'eux ne sursauta ni ne se retourna quand la porte se referma derrière eux et qu'un verrou fut poussé (verrou inutile puisqu'il ne pourrait pas les retenir s'ils décidaient de quitter les lieux). Pas plus qu'ils ne réagirent quand Mikhail recula dans l'ombre en souriant d'un air satisfait et vengeur. Kardia bougea simplement son épaule droite, comme pour s'échauffer:

-Bon, alors, c'est quoi le programme?

Avant même que Dégel ait pu répondre, la jeune femme s'était jetée sur eux, à une vitesse folle. Tellement vite que le Verseau eut à peine le temps de bondir sur le côté pour l'éviter. A l'inverse, Kardia n'eut pas cette chance. Certes, les énormes lames n'avaient fait que l'effleurer grâce à un réflexe miraculeux, mais le coup de pied, bien réel, l'avait envoyé valser contre le mur derrière eux.

Il poussa un grognement étouffé en pressant la main sur son ventre, le souffle coupé et le visage déformé par la douleur et la colère:

-Saloperie de…

Mais il dut rouler vivement sur le côté pour éviter une nouvelle fois les trois lames qui se plantèrent dans le sol comme s'il s'agissait de beurre.

-Putain mais laisse-moi le temps de me relever au moins!

La jeune femme leva de nouveau le bras, comme si elle ne l'avait pas entendu, prête à frapper de nouveau… Perdit l'équilibre et recula de plusieurs pas quand son poing se fit soudain lourd. Elle y jeta un coup d'oeil même pas intrigué, toujours aussi vide, comme s'il était parfaitement normal que son avant-bras tout entier soit entouré d'une épaisse couche de glace.

Elle se retourna lentement, vers Dégel qui avait tendu le bras vers elle et projetait un froid glacial sur son bras, les sourcils froncés:

-Sois un peu plus attentif, s'il te plait.

-Je fais ce que je peux!

Gronda Kardia en tendant le bras à son tour, l'ongle rouge de son index pointant la jeune femme. La première piqure l'atteignit, mais elle bondit immédiatement et évita les deux autres, forçant Dégel à se jeter de nouveau sur le côté pour ne pas être blessé:

-Fais un peu attention, bon sang!

-Désolé, mec!

-Tu diras ça à mon cadavre.

-T'exagères!

De nouveau debout, le corps bien plus alerte, Kardia vint se placer à côté de Dégel, face à la jeune femme qui venait de retomber sur ses pieds, avec la souplesse d'un félin, à une distance plus que raisonnable d'eux. Il leur sembla qu'elle allait se remettre en garde puis, une voix résonna dans la pièce:

-Ca suffit, Filipa.

La jeune femme baissa les poings et les six lames disparurent, sans opposer de résistance, en même temps que des bruits de pas se rapprochaient d'elle. Kardia fronça les sourcils: mais qu'est-ce que c'était que cette merde? Comment est-ce que cette gamine pouvait être aussi rapide? Et comment parvenait-elle à leur tenir tête à eux deux? Elle avait même faillit le mettre en difficulté, merde!

Enfin, un homme vêtu d'un long manteau kaki et pourvu d'une paire de lunettes rondes apparut dans le dos de la jeune femme, Mikhail à ses côtés. Il écarta les bras, un sourire sincèrement hypocrite sur les lèvres:

-добро пожаловать**, messieurs les Chevaliers d'Athéna. J'espère que l'accueil est à la hauteur de vos espérances.


*Tais-toi! **Bienveune

Et voilà pour ce mois-ci! :D J'espère que le chapitre vous a plu et qu'il vous a un peu mis l'eau à la bouche, vu les capacités étranges de Filipa :O

Encore merci à vous pour votre soutien et à bientôt! :D