Coucou tout le monde! Comment allez-vous? :D

On quitte Kardia, Dégel et Mikhail pour un bon chapitre et demi pour nous concentrer un peu sur ce qui se passe au Sanctuaire pendant leur absence. Et comme vous avez été plusieurs à me le demander, il y aura du Deuteros/Asmita dans l'air ;3 J'espère que ça vous plaira ^^

Aspros-chan: Salut! Ohlala merci beaucoup! Quel compliment, je suis super flattée! Merci beaucoup! :'O J'espère que la suite te plairai autant alors, je ferai de mon mieux :D A bientôt!

Sur ce, je vous laisse avec ce chapitre (un peu plus court que ce que je pensais, mais avec la fac et ce fichu TFC, je n'ai pas eu le temps de faire plus (en fait, si, mais je devais couper le chapitre en deux sinon vous n'en auriez plus eu avant trop longtemps... Je l'ai fait pour vous ;-;))

Enjoy :D


Deuteros faisait un drôle de rêve, vraiment très étrange.

Il rêvait qu'il traversait les douze temples du zodiaque et que, bizarrement, personne n'essayait de l'en empêcher. Ce qui était drôle, c'était que tout semblait à la fois terriblement réel mais aussi incroyablement distant. Il avait l'impression d'être conscient mais d'être tellement lointain que ça ne pouvait être qu'un rêve.

Drôle de rêve, vraiment…

Il rêvait que chaque temple était vide, désert,… Et il pouvait les traverser sans crainte, sans être menacé ou pourchassé. Et pourtant, quelque chose le poussait à ne pas s'arrêter, à avancer sans relâche vers un objectif bien précis.

Une sorte de feu, de colère enfouie, seul véritable sentiment qui émergeait de ce rêve, le poussait à avancer. A se rendre jusqu'au dernier temple pour y trouver une personne en particulier. Et bien qu'il ne comprenne pas bien pourquoi, il savait, il sentait qu'il devait tuer cette personne.

Oh, sans doute par pour une raison particulière, c'était juste un rêve après tout: depuis quand les rêves devaient-ils être logiques ou sensés?

Et puis, comme toujours, si le rêve commençait à ne plus lui plaire, il n'aurait qu'à fermer les yeux, compter jusqu'à trois, puis se réveiller. Simplement comme il le faisait d'habitude quand ses rêves se transformaient en cauchemar…

Cauchemar où Aspros le trahissait et essayait de le tuer, le traitant de simple ombre, de double pitoyable et de poids mort qu'il devait traîner derrière lui. Cauchemar où Asmita l'abandonnait, une expression pleine de dédain sur le visage. Parfois les deux en un.

Il cligna vaguement des yeux, essayant de chasser ce voile flou désagréable qui pesait sur sa vue. Il aurait voulu ajuster le lourd masque de fer sur le bas de son visage mais c'était comme si, comme souvent dans les rêve, son corps refusait de lui obéir, se faisait lourd pour finir par s'immobiliser.

Il atteignit un temple légèrement plus large que les cinq premiers et ralentit imperceptiblement, attiré par une pointe de cosmos qu'il avait vaguement l'impression de reconnaitre. Un cosmos doré et un parfum de lotus…

Il haussa les épaules et se remit à marcher, un peu surpris de constater qu'il pouvait pour la première fois ressentir des odeurs dans un rêve. Bizarre… Tant de choses étranges dans ce rêve, tout ce qui lui faisait confirmer qu'il n'était pas dans la réalité mais… Qui le faisaient douter en même temps.

Un frisson secoua ses épaules et lui fit légèrement presser le pas et serrer les poings. Il avait l'impression que plus il avançait, plus sa colère enflait dans sa poitrine. Et en même temps que sa colère, il sentait poindre un étrange sentiment de douleur et de peur.

Qu'est-ce qui l'attendait au treizième temple? Que lui réservait ce rêve étrange? Une fin heureuse et un réveil paisible? Ou une conclusion sinistre et un réveil en sursaut horrifié?

Il eut l'impression qu'il atteignait enfin le treizième après des siècles et en même temps, en un éclair car il ne gardait aucun souvenir d'avoir traversé les autres temples. Et quand il poussa la lourde porte en poussant un halètement presque animal qu'il ne reconnut pas, Deuteros sentit son rythme cardiaque s'emballer en apercevant enfin son but à l'autre bout de la longue pièce.

Un vieil homme aux longs cheveux blancs assis sur un trône, vêtu d'une longue toge noire et d'une étole sombre ornée de doré, portant un lourd casque rouge sur la tête,…

Deuteros fronça les sourcils, et pourtant, sentit des larmes rouler sur ses joues et glisser sous son masque.

Le Grand Pope.

Par pur réflexe, il voulut faire demi tour, s'enfuir, éviter que cet homme le voie et prenne connaissance de son existence. Mais au contraire, il fit un lourd pas en avant, la respiration sifflante.

Chaque pas qui le rapprochait du trône faisait battre son coeur plus vite, l'angoissait au plus haut des point. Deuteros se força à fermer les yeux et à respirer plus calmement. Non. Il refusait de voir la suite.

Un…

Il fit un nouveau pas, sans pouvoir s'arrêter.

Deux…

Il entendit le son étouffé de ses sandales sur l'épais tapis rouge qu'on aurait dit déroulé pour lui.

Trois… *

Et rouvrit les yeux, découvrant avec soulagement le plafond de…

-Bonsoir, Deuteros.

Le regard du Pope sur lui faillit lui faire marquer un temps d'arrêt tant il était surpris de ne pas s'être réveillé. Puis, Deuteros sentit son coeur battre de plus en plus vite, sa respiration s'accélérer en un quart de tour: ce n'était pas un rêve. Quelqu'un le forçait à agir contre son gré, quelqu'un le forçait à attaquer et à tuer le Pope.

Et petit à petit, un souvenir flou se dessinait avec plus de précision dans son esprit voilé.

Aspros!

Aspros complotait contre le Sanctuaire et voulait tuer le Grand Pope. Aspros l'avait frappé, l'avait traité d'ombre, de second, avant de l'attaquer avec l'illusion démoniaque… Un hoquet horrifié et douloureux secoua ses épaules alors qu'il sentait son cosmos gonfler dans sa poitrine. Le vieil homme en face de lui souriait presque avec tendresse, l'air à peine inquiet:

-Je t'avoue que bien que je m'attendais à de la visite, je n'imaginais pas te recevoir, toi. Je suis ravi de te rencontrer en personne: même si j'étais au courant de ton existence, te voir en chair et en os est tout de même assez… Surprenant, tu en conviendras.

-Va-t-en! Va-t-en avant que je ne te fasse du mal!

Le suppliait silencieusement Deuteros, incapable d'articuler autre chose que de vagues grognements, incapable de s'arrêter. Il avait l'impression qu'il n'avait aucune prise sur son corps, qu'il ne maitrisait plus rien. Il parvint malgré tout à s'arrêter à une distance raisonnable du trône, se promettant qu'il ne ferait pas un pas de plus.

-Va-t-en!

Mais Sage se leva lentement et se rapprocha de lui, réduisant terriblement l'espace entre eux. Et malgré lui, Deuteros frappa, à toute vitesse, de toutes ses forces.

Mais le mouvement du Pope le fut d'avantage: il bloqua l'attaque in extremis, le souffle causé par le choc faisant claquer ses longues manches et sa lourde robe. Malgré son visage légèrement plus blanc, Sage poussa un soupir rieur:

-Je n'en attendais pas moins de son cadet: excellent coup, Deuteros, tu as failli m'avoir.

Le jeune homme écarquilla les yeux, les épaules tremblantes et les joues trempées de larmes (d'horreur? De douleur d'avoir été trahis? De peur? Sans doute les trois en même temps), et poussa un grognement intrigué.

-Tue-moi! Tue-moi tant que tu en as l'occasion!

Sage poussa un léger soupir:

-Je ne pensais pas devoir en arriver là,… Mais…

-Un instant, Grand Pope!

En entendant la voix de son frère résonner dans son dos, Deuteros se raidit et, comme s'il avait reçu un ordre muet, il se recula. Le coeur battant, il se retourna lentement, de la sueur glacée se mêlant à ses larmes et au sang qui coulait dans ses yeux: qu'est-ce qu'il faisait là?! Pourquoi était-il venu?!

Vêtu de son armure d'or, Aspros marchait d'un pas confiant vers eux, un air faussement contrit et désolé sur le visage:

-C'est homme est mon frère cadet, né sous une mauvaise étoile. Il a beau avoir vécu isolé et caché, à partir du moment où il a osé lever la main sur vous, j'en suis responsable puisque je veille sur lui depuis tout ce temps.

Son visage défait fut déformé par un large sourire mauvais qu'il ne parvenait pas à dissimuler:

-Il est de mon devoir de le punir.

Deuteros sentit son coeur battre de plus en plus vite: pourquoi était-il là?! Quel était ce plan tordu au possible?! Pourquoi l'empêcher de tuer le Pope alors que c'était ce qu'il lui avait demandé?

-Est-ce qu'il veut m'utiliser pour gagner la confiance du Pope? Oh bon sang, il va me tuer, il va me tuer!

Sage se détourna avec une grimace de dégoût:

-Je ne peux pas voir ça: j'ai moi-même un frère jumeau, et je ne peux pas imaginer que des frères puissent mépriser leur lien à ce point…

-En effet, c'est tragique (Soupira Aspros en se rapprochant) mais mon frère doit payer pour son crime…

Le Gémeaux posa une main terriblement lourde sur l'épaule de son cadet avant de lever le bras, sans cesser de se diriger vers le dos tourné du Grand Pope.

-Arrête!

-Je vous demanderai donc…

-Arrête, Aspros!

-De ne pas vous retourner, Grand Pope.

-Arrête!

-Ohm!

Le bras de son frère retombait droit sur le vieil homme quand une violente lumière dorée mêlée de rose pâle les éblouit tous les deux, et une fleur de lotus jaillit entre le Pope et Aspros.

Au moment où cette fleur apparut, Deuteros sentit son coeur se serrer d'effroi dans sa poitrine:

-Non… Pas toi…

-Ce que je ne peux supporter de voir, c'est toi, Aspros.

Asséna durement Sage au moment où une silhouette d'or sortait de l'ombre, ses longs cheveux blonds volant dans son dos:

-Asmita…

C'était pourtant lui qui leur faisait face et se plaçait entre eux et le Pope, un léger sourire confiant éclairant son visage figé. Deuteros réussit à porter une main à son visage, essaya de se détourner, de se réveiller de ce cauchemar horrible.

-Pas ça, pitié, tout sauf ça!

Asmita semblait le nier, faire exprès de ne pas poser les yeux sur lui, s'adressant uniquement à Aspros d'un ton sans appel:

-Le Pope avait déjà vu l'obscurité de ton coeur, Aspros, et avait prévu ton plan.

-Ca veut donc dire que je vais devoir me débarrasser de toi aussi, Asmita. (Rétorqua le Gémeaux sur un ton rieur et enjoué, sûr de sa victoire et amusé par la situation) Bien que je me serais plutôt attendu à tomber sur Sisyphe ou Manigoldo.

La menace était à peine voilée: tous les masques étaient tombés une bonne fois pour toute, et Deuteros sentait qu'il n'était pas à sa place.

-J'ai décidé qu'Asmita était l'homme de la situation…

Deuteros déglutit difficilement: le Pope avait définitivement fait exprès de choisir Asmita. Etait-il au courant de sa relation avec le Chevalier de la Vierge? Savait-il qu'ils se connaissaient? Depuis quand?! Comment?!

-Mais je n'aurais jamais osé imaginé que tu infligerais ton propre frère d'une telle attaque…

Aspros esquissa un sourire diabolique, laissant définitivement tomber son attitude calme et pacifique, sûr de sa victoire:

-Ca vous pose un sacré problème, pas vrai? Un double qui a la même puissance que moi et qui obéit à chacun de mes ordres. (Comme pour démontrer sa supériorité, il claqua des doigts, poussant son cadet à faire un pas en avant sans qu'il le veuille) La marionette idéale pour détrôner un vieux Pope sénile et son garde du corps de pacotille.

Deuteros encadra sa tête de ses mains et poussa un grognement sourd. Chaque mot qui sortait de la bouche de son frère se fichait dans son coeur et créait de nouvelles plaies, toujours plus profondes que les précédentes. Il ne parvenait pas à y croire: comment Aspros pouvait-il faire une chose pareille? Comment et pourquoi lui faisait-il ça?!

Asmita se dressa devant le Pope, droit, fier dans son armure, et leva le bras au niveau de sa poitrine:

-Seul ou à deux, rien ne m'empêchera de m'occuper de toi comme tu le mérites, Aspros. Comment as-tu seulement cru que tu pourrais arriver à tes fins?

Le Gémeaux se contentait de sourire, les yeux brillants, comme s'il ne l'entendait pas réellement:

-Je ne compte pas te ménager, alors j'espère que tu es près parce que ce combat risque de durer mille jours. (Il termina sa phrase en rassemblant son cosmos et en posant résolument son index sur son pouce, les trois autres doigts tendus) Ohm!

L'attaque lumineuse se dirigea droit sur Aspros, comme si le Chevalier de la Vierge faisait exprès d'éviter de blesser Deuteros. Et pourtant, le cadet des Gémeaux se plaça vivement en travers de l'attaque en levant les bras, les sourcils froncés et les muscles bandés autant que possible, prêt à encaisser.

Le choc manqua de le faire reculer tant la puissance qu'Asmita avait mis dans cette attaque était grande, et un nuage de poussière s'éleva autour des deux frères. Deuteros grimaça et poussa un grognement de douleur: il sentait la paume de ses mains brûler, ses bandages étant devenus complètement inefficaces, des cloques se former, ses os craquer, manquer de céder…

Il recula d'un pas puis leva les bras en grognant sous le coup de l'effort. L'attaque s'écrasa contre le plafond du treizième temple, faisant voler en éclat plusieurs pierres et creusant un trou béant dans la toiture. Quelques morceaux de marbre s'écoulèrent dans toute la pièce sous le coup du choc, et quand la poussière se dégagea, Deuteros avait baissé ses poings serrées, la respiration courte et haletante, prêt à se battre de nouveau.

A encaisser pour protéger son frère s'il le fallait.

Aspros poussa un petit ricanement satisfait et posa une main possessive et faussement tendre sur l'épaule de son cadet, serrant tellement fort son os blessé que Deuteros en aurait crié de douleur s'il l'avait pu:

-Navré pour toi, Asmita: mais mon pantin sera ton adversaire. J'ai quelques mots à dire au Pope et je ne compte pas me battre pendant mille jours pour arriver à mes fins.

Deuteros se raidit légèrement, du sang coulant dans ses yeux, glissant sur ses bras et gouttant sur le sol, et il poussa un halètement rauque:

-Non, tout mais pas ça, pitié!

Le Chevalier aveugle sembla hésiter, fronça les sourcils, puis se tourna vers Sage, comme pour avoir son approbation. Sans quitter Aspros des yeux, le vieil homme hocha lentement la tête:

-Je te laisse t'en charger, Asmita… Je pense que tu es l'adversaire idéal pour ce garçon.

La Vierge entrouvrit légèrement les lèvres, comme pour protester, puis il se résigna en comprenant qu'il ne servait à rien de discuter. Après un léger tic presque imperceptible, il se tourna vers Deuteros, vers son adversaire:

-Entendu.

-N'approche pas!

Mais Asmita ne l'entendait évidemment pas, et comme il se rapprochait de nouveau, il tenta de gronder:

-N'approche pas! Reste loin de moi!

Le jeune homme aux cheveux blonds s'arrêta soudain net et sembla rassuré, presque soulagé. Il esquissa une mimique à la fois interloquée et souriante:

-Intéressant… Je comprends mieux pourquoi le Pope veut que je m'occupe de ton cas…

Malgré toute sa volonté, Deuteros ne put s'empêcher de se jeter droit sur Asmita, le poing tiré en arrière et le cosmos rassemblé dans ce simple coup. Un coup pour blesser. Un coup pour tuer.

-Bouge-toi! Va-t-en!

Comme il l'espérait, le blond se décala, glissa le long de son bras et joignit les mains en un seul instant:

-On dirait qu'il est temps que je cesse de prendre des gants avec toi.

Et à la fin de sa phrase, l'univers sembla se figer. Deuteros tourna la tête dans tous les sens: les murs, la salle, tout avait été remplacé par une sorte d'énorme tapisserie de style oriental rouge et or. Il écarquilla des yeux ébahis et surpris: quand était-il arrivé là?! Et comment était-ce possible?!

-Nous serons plus tranquilles ici pour discuter je pense.

Deuteros sursauta et se retourna vivement vers la gauche, là où se trouvait Asmita, le corps englobé d'un cosmos doré et flottant à plusieurs pas du sol. La Vierge avait les sourcils froncés et le visage sévère, plus que le grec ne l'avait jamais vu. Et la voix d'habitude si douce de son compagnon se fit glaciale, dure, presque aussi tranchante que la lame d'un rasoir:

-Il est grand temps que tu te réveilles, Deuteros, et que tu cesses de te faire manipuler par ton frère.

-Ce n'est pas ce que tu crois! (S'écria-t-il, soudain libre de ses mouvements et de parler) Je ne le soutiens pas, il ne me laisse pas le choix!

-Oh mais je le sais, je vois tout ce que les autres ne peuvent pas percevoir, tu te rappelles? (Il fronça les sourcils encore d'un cran) Mais ce qui commence à m'exaspérer, c'est que l'illusion démoniaque n'est pas la seul chose qui t'emprisonne.

-Comment ça?

Articula lentement Deuteros, le coeur battant dans sa poitrine comme s'il voulait en sortir. Asmita leva la main et claqua des doigts:

-Il est temps que tu cesses de te bercer d'illusion. Alors laisse-moi te montrer ton monde intérieur.

Et en un clignement d'oeil, d'énormes ronces avaient jailli des tapisseries pour s'enrouler violemment autour de ses bras nus, faisant immédiatement couler un flot de sang sur le sol, ses jambes, son tronc et même son visage. Deuteros tomba à genoux en poussant un cri étouffé, aveuglé par la douleur et le sang qui coulaient dans ses yeux:

-Mais qu'est-ce que tu fais?!

Asmita restait à distance, le visage fermé mais légèrement tendu, les mâchoires serrées:

-Je ne fais rien du tout: ce sont les liens que tu t'es tissé toi-même.

-Qu'est-ce que tu veux dire?!

La colère et la peur se mêlaient dans le coeur de Deuteros: il ne parvenait pas à comprendre ce qu'Asmita fabriquait. Pourquoi ne l'aidait-il pas? Pourquoi lui faisait-il subir une chose pareille?!

-Simplement que c'est toi qui es la véritable cause de la chute de ton frère, toi et ton complexe d'infériorité.

Le cri de Deuteros mourut subitement sur ses lèvres: il avait l'impression qu'Asmita venait de le gifler, si fort qu'il ne parvenait plus à articuler un seul son. Abasourdi, il balbutia:

-Qu'est-ce que tu… Comment oses-tu?

-Il est grand temps que tu ouvres les yeux, Deuteros, et je suis navré que ça se fasse de cette manière et à un tel moment. Mais tu dois savoir que sans t'en rendre compte, c'est toi qui a accéléré la chute d'Aspros.

Cette fois, le grec grinça des dents et s'écria, se débattant du mieux qu'il pouvait pour se défaire de ses liens qui lui tranchaient la peau:

-Tu dis n'importe quoi! Tu parles comme si tu savais ce que j'avais vécu et fait, mais tu ne sais rien! Rien du tout!

-Au contraire, je pense que j'en sais bien plus que toi sur toi-même. Je sais par exemple que tu t'es immédiatement placé dans l'ombre de ton frère et que tu te complais depuis trop longtemps dans le rôle du cadet, du second et du moins que rien de ton plein gré.

Deuteros hoqueta, estomaqué par les paroles de celui en qui il avait le plus confiance, celui qu'il aimait le plus juste après Asp-…

-En te donnant un tel rôle, tu as poussé Aspros vers la lumière et tu as flatté son orgueil à un tel point qu'il en est devenu celui que nous connaissons aujourd'hui.

-Tu te trompes!

-Au contraire, j'ai raison, et tu le sais parfaitement. (Asmita poussa un léger soupir et reprit d'une voix légèrement plus douce) A votre naissance, on vous a dit qu'il y avait un bon et un mauvais jumeau, et tu t'es tout de suite contenté du rôle secondaire pour que ton frère soit le seul à briller. Et plus tu t'enfonçais dans les ténèbres, plus tu le poussais vers la lumière et vers le gouffre.

Asmita se tut un instant, comme pour laisser le temps à ses paroles de pénétrer pleinement dans l'esprit douloureux de Deuteros:

-Tu connais le mythe d'Icare? Le jeune homme pourvu d'ailes de cire pour échapper au labyrinthe du roi Minos, celui qui a pris tellement d'assurance qu'il a volé trop près du soleil et que ses ailes ont fondu? Et bien c'est exactement la même situation: tu es le vent qui a poussé Aspros a s'enorgueillir et à voler trop près du soleil pour finir par se bruler les ailes et par chuter plus bas que jamais.

-Tu mens…

-A force de t'effacer, à force de flatter l'orgueil d'Aspros et à force de fermer les yeux sur toutes ses mauvaises actions, même les pires, nous en sommes tous arrivés là.

Deuteros serra les poings en tremblant: comment Asmita pouvait-il dire une chose pareille? C'était tout bonnement impensable! Il n'y croyait tout de même pas, si?

En même temps, chaque mot qu'il avait prononcé s'enfonçait plus profondément dans son coeur comme les épines s'enfonçaient dans sa peau et faisaient couler autant de sang que de larmes. Il ne pouvait pas avoir raison mais en même temps… Et si…

Un tremblement secoua ses épaules avant qu'il ne se redresse violemment, sans qu'il se rende vraiment compte que les liens de son masque avaient été rompu, sans vraiment se rendre compte qu'il pleurait:

-Tu ne sais rien! Comment est-ce que tu te permets de me faire la leçon alors que tu n'y connais rien?!

Asmita esquissa une sorte de sourire:

-Parce que je lis simplement ce qui se trouve dans ton coeur: au fond de toi, tu sais que j'ai raison.

Deuteros se figea, horrifié par des paroles aussi simples:

-Je ne hais pas mon frère…

-Ce n'est pas ce que j'ai dit. Au contraire, tu l'aimes et l'adules trop. Tu ne pouvais supporter l'idée de le voir déchu, dans l'ombre, et tu es celui qui l'a poussé à devenir aussi orgueilleux, lui a qui tout réussit toujours si bien.

La Vierge darda un index accusateur sur lui, transfiguré, englobé d'une lumière quasi divine:

-Voilà quel est ton péché.

A ces mots, les ronces semblèrent s'accrocher plus fermement autour du corps brisé de Deuteros. Mais la souffrance n'était rien comparé à la douleur qui gonflait dans sa poitrine, à cette haine, cette peine, cette horreur,…

Et en même temps, à chaque lourd battement de coeur, il revoyait le jeune garçon qu'Aspros avait été, ce jeune garçon souriant, aux joues écorchées, aux yeux brillants et au rire chaleureux. Puis une autre image s'y superposa, celle de l'homme qu'il était devenu, sombre, au sourire mauvais et au rire moqueur, ambitieux, trop…

Allant même jusqu'à le qualifier d'ombre et à l'attaquer…

Asmita se détourna après une seconde, le visage neutre:

-Je ne peux pas te dire comment gérer la chose, je ne peux que te montrer la voie.

Deuteros releva vivement le visage, le coeur battant:

-Non! Asmita ne me laisse pas! Dis-moi… Dis-moi ce que j'aurais dû faire pour aider mon frère?!

Il tendit la main vers lui, comme pour essayer d'atteindre cet homme le plus proche de Dieu, mais sa lumière lui parvenait à peine. Pourtant, la Vierge se retourna à demi et lui offrit un sourire à la fois rassurant et triste:

-Je crois que tu connais déjà la réponse, Deuteros…

Et en un instant, tout avait disparu: les tapisseries, les ronces, Asmita,… Deuteros était de nouveau dans le palais du Pope, le coeur battant à tout rompre et le visage trempé de sueur et de larmes. Est-ce qu'il savait, vraiment? Est-ce qu'il voyait vraiment comment sauver son frère de cette impasse, comment l'empêcher de tomber plus bas encore?

Il poussa un grognement: pouvait-il seulement encore imaginer le sauver après tout ce qu'il venait de faire? Même s'il parvenait à l'arrêter, est-ce que le Pope (ou même tous les autres Chevaliers) accepteraient de pardonner à Aspros?

Non, bien sûr que non… Et même s'ils le faisaient, l'orgueil de son frère le rendrait vengeur et il recommençait, mais en pire, pour leur faire ravaler leurs regards négligeants et emplis de dégoût.

Il ne parvenait pas à croire que l'homme devant lui, qui tenait le Grand Pope par la gorge avec ce sourire si satisfait, puisse être son aîné, celui qu'il avait toujours admiré et aimé. Deuteros sentit une perle de sueur froide glisser le long de sa tempe: il ne pouvait plus sauver son frère… Aspros était définitivement perdu… Mais il pouvait peut-être sauver ce qu'il protégeait à la base, avant de changer si soudainement…

-Ha, Deuteros! Tu as vaincu ton adversaire? (S'exclama Aspros sans pour autant se retourner, serrant fermement la gorge du vieil homme (étrangement calme) dans sa main) Tu vas pouvoir nous débarrasser du Pope à présent.

Sa voix était devenue un feulement voilée par une fausse douceur, une manière de masquer le fait qu'il le manipulait entièrement. Sauf que… Bizarrement, Deuteros avait l'impression de pouvoir mieux réfléchir qu'avant, que ses mouvements se faisaient moins lents et lourds, comme s'il avait légèrement repris le contrôle de lui-même. Pas entièrement, certes, mais juste assez pour qu'il maîtrise un minimum ses gestes.

Le coeur battant, il ne put toutefois s'empêcher de faire un pas en avant:

-Qu'est-ce que je dois faire? Qu'est-ce que je dois faire?!

Il ne pouvais définitivement pas tuer le Grand Pope, pas le représentant d'Athéna sur Terre! Mais s'il ne le faisait pas, Aspros serait la risée de tous et il recommencerait… Ou pire, il serait jugé et tué!

-Comment est-ce que je peux empêcher ça?

A ce moment, une voix résonna dans sa tête, douce et rassurante:

-Tu sais déjà ce que tu dois faire pour sauver ton frère de lui-même.

Deuteros déglutit difficilement: bien sûr qu'il le savait, mais il ne pouvait tout de même pas faire une chose pareille, pas à son frère!

-C'est pour son propre bien, et pour le notre.

Il tenta de fermer les yeux, d'empêcher son poing de se lever…

-Le Aspros qui te fait face n'est plus le frère qui te protégeait, cette personne est morte il y a bien trop longtemps.

Et au fond de lui, Deuteros le savait déjà… Ce qu'il lui restait à faire pour sauver son frère et tous les autres… Et puisqu'il n'y avait jamais eu ni ombre ni lumière, il deviendrait un démon en posant cet acte. Et il vivrait comme tel si c'était ce qui pouvait sauver son frère…

-Qu'est-ce que tu attends, tu ne…

Le coup le frappa si vite et avec tant de force qu'il n'eut même pas le temps de s'inquiéter. Aspros écarquilla les yeux sous le coup de la surprise et il baissa les yeux sur sa poitrine étrangement douloureuse. Remonta le long du bras ensanglanté et mat de son cadet pour finir par croiser son regard bleu noyé de larmes.

Il toussa et cracha du sang qui roula sur son menton, alla gouter sur sa poitrine trempée du même liquide rouge. Sa main autour de la gorge du Pope se mit à trembler et il souffla, interloqué:

-Deu… teros?

Il lui fallut encore une bonne seconde avant qu'il ne comprenne pleinement ce qu'il venait de se passer. Il détailla le visage ravagé de son cadet, vide de masque, l'air rempli de pitié de Sage, aperçut Asmita debout derrière Deuteros, les sourcils froncés.

Et parfaitement indemne.

Alors, la rage enfla en lui, tellement fort que la douleur était reléguée au second rang, tellement fort qu'il parvint encore à gronder:

-Espèce de sale… Perfide! Lâche!

Cracha-t-il en même temps qu'un filet de sang. Asmita sembla à peine touché par ces paroles et cela énerva Aspros encore plus: comment osait-il rester aussi neutre?! Comment osait-il ne pas trembler devant lui?! Comment osait-il seulement vivre en sa présence alors qu'il le voulait mort?!

Aspros baissa des yeux exorbités par la colère sur son cadet et feula:

-Moi… Vaincu par un second, par une simple ombre sans valeur!

Comme s'il attendait cette réaction, Deuteros retira violemment sa main de la plaie béante et tomba à genoux, le souffle court et le visage éclaboussé de sang, horrifié. Aspros poussa un simple grognement avant de porter les mains à sa blessure et de reculer de plusieurs pas chancelants:

-Comment as-tu osé, sale monstre?!

Son coeur blessé battait douloureusement vite, chaque respiration se faisait plus difficile que la précédente, de plus en plus sifflante, et ses jambes ne le portaient plus. Aspros jeta un regard d'animal blessé vers la sortie, regarda de nouveau les personnes face à lui… Et réalisa qu'il n'avait plus aucun allié maintenant que Deuteros avait frappé quelqu'un à mort…

-Non…

Il se sentit tomber en arrière mais parvint à se rattraper de justesse en s'agrippant de toutes ses maigres forces aux lourds rideaux rouges qui couvraient le mur derrière lui. Il releva un visage ravagé par la haine vers Sage, la respiration sifflante et la bouche déformée par un rictus mêlé de douleur et de rage:

-Ca ne va pas se passer comme ça…

Contrairement à ce qu'il pensait, ce ne fut pas Asmita qui s'avança vers lui (non, d'ailleurs la Vierge venait de s'accroupir près de Deuteros, qui ne quittait pas son aîné des yeux, et de poser sa cape sur ses épaules), mais le Pope. Aspros poussa un ricanement mauvais qui se termina en quinte de toux sanglante:

-Tu peux être fier de toi, l'ancien… Vois cette réussite…

-Tu étais censé devenir le prochain Pope.

La phrase était courte, simple, terrible, et Aspros la reçut comme une gifle ou du sel lancé sur sa plaie. Il haleta et, pendant un court instant, son visage ne fut plus que stupeur:

-Quoi?

Sage baissait un regard douloureux et rempli de déception sur lui, le visage éclaboussé de quelques gouttes de sang:

-Tu devais devenir mon successeur: Sisyphe s'est retiré de la liste des concurrents, il ne restait donc plus que toi.

Mais alors, pourquoi tout ce cinéma? Pourquoi avoir annoncé la victoire d'un candidat retiré? Comme si le Pope lisait dans ses pensées, il enchaîna:

-Mais nous devions nous assurer de ta loyauté avant toute chose, alors.. Alors pourquoi, Aspros? (Une grimace de détresse sincère déforma le visage tiré de Sage) Pourquoi a-t-il fallu que tu tombes dans mon piège?!

Aspros resta abasourdi une longue seconde avant de pouffer vivement et d'éclater de rire, un rire de dément, un rire accompagné d'un flot de sang:

-Hahaha! C'était donc ça! La confiance règne à ce que je vois!

Il ne parvenait pas à s'arrêter de rire, c'était comme un réflexe: c'était tellement bête! Tellement bête!

-Mais ne t'en fais pas, l'ancien… (Il glissa sur le sol sans cesser de sourire ni quitter le Pope des yeux) Puisque cette place me revient de droit…

Il leva difficilement une main tremblante et Deuteros poussa un cri:

-Non!

Mais un fin rayon de lumière avait déjà quitté l'index de son aîné et avait heurté sa tempe. Et Aspros souriait toujours même si ses yeux avaient viré au rouge sang:

-Comptez sur moi pour revenir d'entre les morts pour prendre ce qui m'est dû… et pour me venger comme il se doit.

Et quand son bras retomba le long de son corps, son visage était figé et tous surent que c'en était fini, même si le rire dément d'Aspros résonnait encore dans le treizième temple.

$s$s$s$

Quand le cosmos d'Aspros s'éteignit en même temps que cette étrange aura meurtrière, Manigodlo poussa un long soupir, entre le soulagement et la lassitude, et ouvrit la porte de la chambre pour se diriger immédiatement vers l'extérieur de son temple et regarder vers le treizième.

Liam aussi s'était détendu imperceptiblement, pas tout à fait rassuré pour autant. Il trottina timidement à la suite du Cancer et se plaça juste derrière lui, se demandant ce qu'il pouvait bien regarder, incapable de savoir qu'il vérifiait simplement que le cosmos de Sage était bien encore présent.

Celui de Sage et d'un certain collègue fort proche des combats…

Il y eut un log moment de silence avant que le garçon n'ose murmurer:

-Qu'est-ce qui s'est passé?

Manigoldo se tut encore un moment, comme s'il cherchait ses mots, puis il souffla, sans quitter le treizième temple des yeux:

-C'est fini.

-Qu'est-ce qui est fini?

Liam craignait trop bien de comprendre ce que cette soudaine disparition de cosmos signifiait. Mais Manigoldo répondit sans détour **:

-Aspros a essayé de tuer le Pope, sauf qu'il s'est fait tuer avant.

Le garçon aux cheveux rouges écarquilla les yeux, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre:

-M… Mort?

-Plus que mort si tu veux mon avis.

-Mais… Mais qui l'a tué?

Oh Liam n'était pas stupide, il savait que le Grand Pope restait très puissant malgré son âge avancé, mais il devait avouer qu'il restait assez sceptique quand à la violence de son supérieur hiérarchique:

-Un autre Chevalier d'Or, pas Asmita mais un autre qui était présent. (Il y eut un court silence avant que Manigoldo ne crache) Putain j'arrive pas à savoir qui c'est, ça me les casse! Bon, toi, tu bouges pas de là, moi je fonce au douzième pour aller aux nouvelles, d'accord?

-Mais je…

-Magnifique!

Liam n'eut même pas le temps de tendre la main pour le retenir que Manigoldo avait déjà grimpé la moitié des escaliers qui le séparaient du cinquième temple. Le garçon baissa le bras et jeta un coup d'oeil vers le huitième temple. Il était en train de réaliser petit à petit que chaque personne ici, aussi puissante soit-elle, pouvait se faire tuer à tout moment…

Et il n'était pas sûr de pouvoir supporter la perte de grands hommes comme Dégel et Kardia lorsque le moment viendrait…


* Oui, j'ai regardé « Westworld » X3

** Franchement, j'ai hésité à mettre « répondit sans prendre de pincettes » mais de un ça n'est pas très français, et de deux la feinte était vraiment trop nulle XD (Cancer, pincettes, pinces… LOL quoi!)

Et voilà! Même si c'était un peu court, j'espère que ça vous aura plu :) (la vraie partie Deuteros/Asmita sera dans le chapitre suivant ;3 J'ai hâte que vous lisiez ça ^3^) J'ai trouvé ça assez dur d'écrire sur un frère qui en tue un autre... C'est étonnamment plus marquant que je ne le pensais :o

Bisous sur vous! Je vous aime!