Coucou tout le monde! Comment allez-vous? :D Hé oui, je poste ce chapitre un jour à l'avance, n'est-ce pas beautiful ça? ;D (référence aux têtes à claques, je l'avoue et j'assume haha)

Tout d'abord, les nouvelles du front: avec un peu de chance, j'aurai fini mon travail pour les vacances de Pâques et après ça, je pourrai enfin me remettre à écrire avec plus de rythme (et de certitude) (j'aurai d'office un week-end de quatre jours donc ça sera plus facile ;D)

Guest: Salut! :D Je suis super contente que le chapitre t'ait plu, j'espère que ça sera pareil pour celui-ci (il y aura tout ce que tu veux niveau Deuteros/Asmita ;3) On parlera aussi de ces fameux collègues plus tard dans l'histoire, ne t'en fais pas ;3 Hahaha contente que ça t'ait fait rire alors XD Merci pour ta review et à bientôt! :D

Sur ce, je ne vous retiens pas longtemps mes petits loups!

Enjoy!


Deuteros porta vivement la main à sa poitrine en haletant, de la sueur se mêlant au sang et aux larmes sur son visage tiré: il avait l'impression que son coeur allait exploser tant il lui faisait mal, comme si, en mourant, Aspros en avait emporté une partie.

Il s'étonnait à vrai dire: il pensait qu'il verserait un flot de larmes intarissable, qu'il se mettrait à hurler de peine et de douleur,… Et au lieu de ça, il se sentait presque…
Soulagé.

Un haut le coeur le fit frissonner lorsqu'il réalisa ce qu'il venait de penser, et il plaqua sa main libre sur ses lèvres, les épaules tremblantes malgré la cape posée dessus:

-Je suis un monstre…

Il venait de tuer quelqu'un, son propre frère, et il s'en trouvait simplement soulagé?! Comment pouvait-il être aussi monstrueux?! Comment pouvait-il rester aussi calme?!

Deuteros sursauta quand une main douce et légère se posa sur son épaule:

-Tout va bien, c'est fini.

Asmita s'était accroupi à côté de lui, l'air à la fois soucieux et distant. Mais contrairement à ce qui arrivait d'habitude, le visage lumineux de la Vierge ne parvint pas à chasser ses peurs. Il se dégagea et se leva lentement, passa à côté du Pope comme un fantôme, l'entendit à peine prononcer un vague « Quel gâchis, s'infliger l'illusion démoniaque… », et s'agenouilla devant le corps sans vie de son frère.

C'était étrange, Deuteros avait presque l'impression qu'il allait se redresser, bouger, sourire peut-être. Mais même si ses yeux ouverts laissaient penser cela, l'absence de cosmos autour de lui prouvait bien qu'Aspros était parti, pour toujours.

Bizarrement, alors qu'il pensait que cela lui servirait pour cacher ses émotions, il venait de se rendre compte que son masque était tombé de son visage. Est-ce que le Pope aurait l'impression de voir un fantôme quand il se retournerait?

-Je suis désolé, Deuteros.

Le grec serra légèrement les dents: est-ce que le Pope s'imaginait qu'il allait leur en vouloir? Penser que c'était leur faute si son frère était mort? Est-ce qu'il ne se rendait pas compte qu'il était le seul responsable?

Il souffla, d'une voix rauque et sourde:

-Désolé de quoi? Ce n'est pas votre faute.

Deuteros posa doucement la main sur le visage de son frère et lui ferma les yeux, incapable de supporter ce regard rouge qui n'était pas le sien:

-Et c'est encore moins la tienne, Deuteros. (Insista Sage) Tu n'aurais jamais dû faire une chose pareille, pas à ton propre frère.

-Ce qui est fait est fait.

Il souleva le corps sans vie d'Aspros et se releva lentement:

-Je vais m'en aller, vous ne me reverrez jamais et vous n'aurez plus à vous préoccuper de moi.

-Attends.

Deuteros jeta un regard en arrière, les sourcils froncés: pourquoi cet homme le rappelait-il encore? N'en avait-il pas assez fait comme ça? Ne pouvait-il pas simplement le laisser partir?

-Que vas-tu faire?

Il haussa les épaules:

-Partir loin d'ici, et vivre comme le démon que je suis.

Il sentit presque Asmita se tendre légèrement, mais à quelle partie de sa phrase? Ca, il ne parvenait pas à le savoir. Le Pope sembla hésiter un court instant avant de souffler:

-Emmène l'armure des Gémeaux avec toi.

Le grec entrouvrit les lèvres, surpris: le jugeait-il digne de porter cette armure alors qu'elle était encore chaude du sang de son propre frère?

-Qu'est-ce qui vous fait croire que j'en ai envie?

-L'armure t'a choisi, Deuteros: Dégel m'a tout raconté.

Salopard de menteur de Dégel! Pourquoi avait-il parlé de lui au Pope alors qu'il s'était dit son ami? Il inspira profondément:

-Je n'en ai pas envie.

-Alors l'armure viendra à toi d'elle-même.

Il avait un point: déjà lors de son combat contre Ema et Kokalor, l'armure des Gémeaux s'était manifestée sans qu'il ait eu besoin de même l'appeler. Sans doute qu'elle serait capable de le retrouver même s'il se cachait à l'autre bout du monde.

Il se détourna, heureux de ne pas pouvoir croiser le regard réprobateur d'Asmita:

-Je verrai.

Il ne comprit jamais bien comment il parvint à sortir du treizième temple, ni comment il parvint à débarrasser son frère de son armure et de tout ce sang. En tout cas, il se retrouva assis au pied d'un arbre, loin de tout, loin du corps d'Aspros, allongé dans le lit du troisième temple, et loin des regards. Il se prit la tête entre ses mains tremblantes:

-Qu'est-ce que je dois faire? Qu'est-ce que je dois faire?

Partir? Ca oui, il en était certain. Il serait incapable de rester au Sanctuaire en prenant le titre qui appartenait à Aspros, de supporter le regard des autres, d'être comparé à son frère,… De vivre dans la lumière, peut-être… Il secoua la tête: comment osait-il penser à ça alors qu'il l'avait tué de ses propres mains?!

Il jeta un coup d'oeil à sa droite, à la lourde boîte en or contenant la fameuse armure qui semblait presque lui murmurer des paroles rassurantes: il devait partir, mais devait-il attendre les funérailles de son aîné, ou bien fuir au plus vite?

-Tu devrais passer la nuit ici.

Deuteros sursauta violemment et se retourna, sur ses gardes, avant de baisser les poings et de se rassoir en grognant:

-Qu'est-ce que tu veux?

Asmita s'assit à côté de lui, la joue égratignée mais indemne à part ça:

-Je viens m'excuser de t'avoir poussé à faire une chose aussi horrible.

Deuteros se renfrogna:

-J'ai eu le choix, j'ai fait ce qui était mieux pour la majorité…

Techniquement, il avait l'impression d'avoir fait son deuil bien longtemps auparavant, quand Aspros s'était mis à changer radicalement, quand une étrange lueur (crainte mêlée de haine) s'était mise à éclairer ses yeux quand il le regardait… Le frère qu'il avait aimé et admiré était mort il y avait bien longtemps…

Deuteros resta silencieux une longue seconde, attendant qu'Asmita se lance. Mais comme ce dernier ne semblait pas décidé à parler, il souffla:

-Dis-moi plutôt la vraie raison de ta venue.

-Je veux t'empêcher de partir. Nous avons besoin de toi ici.

-Je ne crois pas.

-Bien sûr que si: la Guerre Sainte est sur le point de commencer et il nous faut être au complet, nous avons besoin d'un Chevalier des Gémeaux, nous avons besoin de toi.

-Tu ne dirais pas tout ça pour masquer ton égoïsme?

Deuteros était à moitié sérieux, doutant sincèrement que la Vierge puisse laisser passer ses propres émotions avant le bien de tous. Pourtant, Asmita n'hésita pas une seconde avant de répondre:

-C'est en partie vrai: nous avons tous besoin d'un Chevalier des Gémeaux; mais moi, c'est de toi dont j'ai besoin.

Deuteros écarquilla les yeux et se tourna vers lui, abasourdi:

-Quoi?

-Tu m'as bien entendu. (Etonnamment, il agrémenta ses paroles d'un léger sourire) Et je n'ai pas besoin de te voir ni de lire dans ton coeur pour savoir que c'est la même chose pour toi, je me trompe?

Le grec cligna des yeux, surpris par la soudaine sincérité de son compagnon: depuis quand était-il si loquace? Depuis quand lui disait-il les choses aussi clairement? Deuteros détourna le visage, plus pour masquer sa surprise et son émotion (et la légère rougeur de ses joues) qu'autre chose:

-Pas d'énigmes aujourd'hui?

-Tu en as eu assez, je pense. Et il me semble que tu as fini par trouver ta voie, je me trompe?

Deuteros poussa un long soupir:

-Il faut que je parte. Je ne vais pas arriver à supporter le regard des autres, les comparaisons qu'il feront avec ce frère que j'ai tué de mes propres mains, les jaloux, les envieux,… Et puis je ne suis même pas digne de porter une armure, encore moins celle des Gémeaux et…

-Arrête de fuir, Deuteros.

Le ton d'Asmita s'était fait si dur que le grec en tressaillit presque. Il se raidit et jeta un regard brulant de réprobations vers lui:

-Quoi?

-J'en ai plus qu'assez de cette peur maladive qui te ronge. Tu dois arrêter de te dénigrer de la sorte, tu n'as plus l'excuse de ton frère pour garder ce masque, ce rôle qui ne te convient pas. Tu es quelqu'un de bien, Deuteros, quelqu'un d'incroyablement bon et puissant, et il est temps que tu te comportes comme tel. (Comme s'il avait senti que le grec avait baissé les yeux, Asmita encadra son visage basané de ses mains et le força à le regarder) Et tu fuis encore. Ca suffit maintenant: je comprends que tu aies peur, mais tu dois absolument cesser de te complaire dans ce rôle de second. Est-ce que tu…

La fin de sa phrase mourut sur ses lèvres en un soupir surpris: Deuteros l'avait violemment agrippé par les épaules avant de le plaquer sur le sol, et même sans le voir, Asmita arrivait à imaginer son expression de rage:

-Arrête.

-De quoi? De dire la vérité que tu ne cesses d'éviter?

-De faire comme si tu savais tout! Tu ne sais pas ce que ça fait de vivre dans l'ombre, de devoir se cacher pour survivre, de vivre dans la crainte des coups et d'avoir pour seul guide la lumière d'un frère aîné! Tu ne sais pas, alors arrête de faire comme si tu comprenais tout!

-Tu ne comprends p-…

-Arrête de faire comme si tu savais tout alors que tu ne sais même pas à quoi je resemble!

Asmita pinça les lèvres, manifestement blessé par cette remarque, et Deuteros poussa un soupir:

-Excuse-moi, je ne voulais pas…

-Mais tu l'as fait quand même.

-Je n'ai pas…

-Tu en as fait assez. Maintenant laisse-moi partir, je ne te retiendrai plus. Puisque tu refuses toute aide, débrouille-toi tout seul. Et alors on verra lequel de nous deux est vraiment l'aveugle.

Deuteros eut l'impression qu'il l'avait giflé et il en fut tellement abasourdi qu'il n'essaya même pas de retenir Asmita quand ce dernier se leva et s'éloigna sans un regard en arrière. Mais alors qu'il semblait si déterminé, il s'arrêta soudain, sans pour autant se retourner:

-Sache que je n'ai pas besoin de te voir pour savoir qui tu es: ton cosmos et ton coeur m'apprennent tout ce que j'ai besoin de savoir. Et même si je ne connaissais pas les traits de ton visage, sache aussi que je te reconnaitrais entre mille.

Court silence, comme s'il attendait une réponse autre que le simple bruit que fit Deuteros en se levant:

-Adieu.

-Attends.

-Laisse-moi tranquille: je ne te retiens plus et plus rien ne te retient ici non plus, alors laisse-moi.

Mais une main brune s'empara de la sienne, un bras musculeux se plaqua dans son dos et le fit se retourner, et en une fraction de seconde, il se retrouva serré contre le corps brûlant de Deuteros. Il fronça les sourcils et tenta de se dégager:

-Lâche-moi! Laisse-moi partir!

Etrangement, sa gorge était serrée et sa voix était si rauque qu'il ne la reconnaissait pas. Et puis, quelle était cette douleur qui enflait dans sa poitrine? Quel sentiment était-ce et qu'il ne connaissait pas encore? C'était un étrange mélange de colère et de tristesse qu'il n'avait jamais expérimenté, et bon sang, qu'est-ce que c'était désagréable.

Ce ne fut que quand Deuteros le serra d'avantage contre lui et l'embrassa vivement qu'il comprit. Quand ces larmes étranges, qu'il avait déjà senti sur le visage basané de son compagnon mais qui n'avaient jamais glissé sur ses joues, s'échappèrent de ses yeux pourtant clos.

-Je ne veux pas que tu partes.

Sans que leurs lèvres ne se quittent, Asmita dégagea doucement ses bras et en entoura la nuque de Deuteros, le plaquant plus farouchement contre lui, comme pour l'empêcher de s'éloigner.

-Ne me laisse pas ici tout seul.

Les bras de Deuteros dans son dos lui faisaient presque mal tellement ils le serraient, mais il s'en fichait: il voulait simplement être le plus proche possible de son corps, de son âme, et qu'il ne le laisse plus jamais partir. Mais après tout, il le savait… Il était stupide de souffrir autant alors que dès le début, il avait su…

Dès le moment où leurs mains s'étaient touchées, ce jour où ils s'étaient rencontrés pour la première fois, Asmita avait su qu'ils souffriraient tous les deux. Qu'un lien puissant, plus puissant qu'une simple amitié, les unirait mais qu'ils finiraient par être séparés malgré eux. Et même s'il pensait être assez détaché des choses terrestres pour se faire une raison, il venait de comprendre qu'il ne pourrait jamais plus se passer de Deuteros.

Comment osait-il lui faire la leçon sur la fuite et la peur alors qu'en vérité, à la simple idée d'être séparé de sa moitié, il mourait de peur? Alors que depuis leur rencontre, il vivait dans l'angoisse constante de voir ce moment arriver trop vite?

-Reste avec moi.

Mais il savait qu'il en demandait trop, que c'était là leur destin: la séparation. Une séparation qui serait définitive puisque…

Asmita frissonna et enfouit son visage dans le torse de Deuteros, les épaules tremblantes et le souffle haletant:

-Encore cinq minutes… Reste avec moi encore cinq minutes…

Le grec sentit sa gorge se serrer et il affermit sa prise sur le corps si frêle d'Asmita, plongeant son visage dans ses longs cheveux d'or:

-Je resterai la nuit…

-Et puis tu partiras…

Asmita le savait, il savait pertinemment que quand il se réveillerait le lendemain matin, Deuteros serait parti et que le lit serait froid depuis longtemps. Qu'il serait alors seul jusqu'à la fin de ses jours.

Il se blottit d'avantage contre lui et soupira: peu importe les règles, ils se reverraient, pas directement, certes, mais une image mentale était mieux que rien.

Il était simplement heureux que Deuteros ne sache pas qu'il ne le reverrait jamais, du moins, pas vivant…
Il préférait éviter de lui laisser ça en plus sur la conscience…

Alors, tant qu'il était encore en vie, Asmita laissa ses premières larmes rouler sur ses joues sans essayer de les arrêter. Et Deuteros se contenta de le serrer contre lui. Juste un peu plus fort.

Comme s'il savait…

Le sixième temple leur avait semblé impossible à atteindre, d'autant plus qu'ils n'avaient jamais cessé de s'embrasser. Au bout d'un moment, Deuteros l'avait soulevé dans ses bras, plus pour le garder contre lui qu'autre chose. Et Asmita n'avait rien fait pour l'en empêcher, profitant de chaque baiser, chaque attention comme si c'était les derniers.

Ils se laissèrent tomber sur le lit plus qu'ils ne s'y allongèrent, sans que leurs lèvres ne se quittent. Les mains fébriles de Deuteros tentaient de dénouer le sari orange de son compagnon, tandis que celle d'Asmita, étrangement plus assurées, agrippaient la tunique du grec pour la lui ôter précipitamment.

Deuteros se redressa un court instant, le temps de faire passer sa tunique par dessus sa tête, et il la laissa retomber sur le sol sans y prêter attention, distrait par un autre spectacle bien plus attrayant. Il resta immobile un moment, le souffle court et le coeur battant à tout rompre: les yeux entrouverts, les joues rouges et la respiration haletante, la poitrine se soulevant vivement, les cheveux étalés sur les draps comme une rivière d'or pur, Asmita était tout simplement magnifique, divin.

Le grec sentit son coeur se serrer dans sa poitrine et il déglutit difficilement: il était superbe, si parfait… Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui trouver? Lui qui n'était qu'un second, un monstre, un criminel,… Il se sentait à la fois flatté et intrigué qu'une personne aussi parfaite qu'Asmita ait jeté son dévolu sur lui.

Comme s'il l'avait entendu penser, ce qui était sans doute le cas, la Vierge leva le bras droit et posa délicatement sa main sur la joue de Deuteros sans dire un mot. En projetant vers lui une vague de cosmos tellement pure et remplie d'amour que le Gémeaux frissonna vivement. Il posa sa large main basanée sur celle, si frêle et si blanche, d'Asmita, la garda longuement contre sa joue avant de la porter à ses lèvres.

Ils n'avaient jamais eu besoin de beaucoup parler pour se comprendre: des silences complices, des éteintes légères, un contact, un « regard », cela leur suffisait. Ils se complétaient parfaitement, savaient ce que l'autre pensait. Et jamais la cécité d'Asmita n'avait été un obstacle.

Un léger soupir quasi imperceptible s'échappa des lèvres à peine entrouvertes de la Vierge quand Deuteros déposa un baiser sur la paume de sa main avant de glisser ses lèvres le long de son bras diaphane. Soupir qui sonna comme une mélodie aux oreilles du grec, l'encourageant à continuer.

Abandonnant ce bras légèrement tremblant, il embrassa la gorge offerte, la clavicule qui ressortait légèrement sous une peau translucide, le torse haletant, le sternum plat, descendit plus bas avec une fébrilité croissante. Asmita se mordit légèrement la lèvre et, comme il froissait les draps de sa main droite, porta la gauche à sa bouche pour en étouffer chaque halètement, la tête légèrement en arrière.

C'était trop, trop d'émotions qui débordaient de son coeur, trop d'émotions qu'il ne parvenait pas à comprendre et à analyser. Il tremblait à la fois de peur et d'envie, de pudeur gênée et de désir, d'anticipation et de peine, son coeur battait à toute vitesse, si fort qu'il avait l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine, répandant une telle vague de chaleur dans son corps qu'il commençait à croire qu'il avait de la fièvre…

Il entrouvrit de nouveau les yeux, attentif à chaque mouvement, à chaque contact de Deuteros, incapable de le voir en tant que tel, percevant simplement les contours flous et lumineux du cosmos qui entourait son corps brulant. Il voulait que le temps s'arrête, que cette nuit ne cesse jamais et qu'il reste à ses côtés jusqu'à la fin. Il ne voulait pas le voir partir, se sentir de nouveau si seul…

Sa gorge se serra et de nouvelles larmes perlèrent au coin de ses yeux à cette simple pensée. Le léger hoquet qu'il poussa arrêta les mouvements de Deuteros qui haussa un sourcil inquiet:

-Asmita?

Comme il se penchait davantage, la Vierge passa ses bras dans son dos basané et l'attira plus près de lui, capturant ses lèvres une nouvelle fois, comme s'il en avait besoin pour vivre, comme s'il était son oxygène. Asmita avait l'impression que ce coeur trop humain allait finir par exploser, incapable de contenir tant de sentiments contradictoires. Il se recula légèrement et posa son front contre celui de Deuteros, le souffle court puis il dégagea ses bras et caressa délicatement le visage du grec, comme pour en marquer chaque détail dans sa mémoire.

Deuteros saisit les mains légèrement tremblantes d'Asmita et les plaqua doucement sur le matelas, de part et d'autre de son visage:

-Sûr?

Leurs doigts s'entremêlèrent, avec tendresse mais avec résolution, contraste entre la blancheur des uns et le teint hâlé des autres.

-Certain.

Sa voix légèrement rauque n'était plus qu'un murmure, si bas qu'il faillit presque ne pas l'entendre. Mais il résonna en lui avec tant de force qu'il ne douta pas un seul instant de sa sincérité. Leurs lèvres se trouvèrent, avides les unes des autres, et enfin, leurs corps ne firent plus qu'un.

Deuteros poussa un grognement quand les ongles d'Asmita griffèrent le dos de ses mains, et il jeta un regard inquiet à son compagnon: les yeux grands ouverts, les lèvres entrouvertes sur une exclamation muette, il haletait difficilement, la poitrine soulevée par une respiration rauque:

-Ca va?

Asmita ferma les yeux et hocha lentement la tête, des larmes douloureuses bravement contenue dans la voix quand il articula un vague « Ca va ». Deuteros grimaça et poussa un soupir:

-T'as vraiment pas la tête de quelqu'un qui va bien. Si c'est encore trop tôt, on n'a qu'à attendre encore un p-…

Subitement horrifié par cette idée, Asmita dégagea ses mains et referma vivement ses bras et ses jambes sur le dos et sur le bassin du grec, le plaquant contre lui de force et l'empêchant de bouger:

-Qu'es-ce que tu…

-Reste… (Il haleta légèrement et enfouit son visage dans sa gorge) Reste avec moi…

Deuteros hésita une demi seconde avant de pousser un soupir faussement agacé:

-Tête de mule…

Il sentit presque le sourire d'Asmita dans sa nuque en réponse, et il referma ses bras sur lui, serrant ce corps si frêle contre le sien, inspirant ce parfum si particulier, si reconnaissable,… Il se doutait bien qu'il le serrait peut-être trop fort contre lui (au fond de lui, il craignait presque de le briser) mais il ne pouvait pas envisager de laisser un seul millimètre entre eux deux.

-Je t'aime…

Asmita en ouvrit les yeux de surprise: ils avaient tellement peu besoin de mots qu'ils ne s'étaient jamais ouvertement dit ce genre de choses tant c'était clair. Il savait qu'il aimait Deuteros, et il savait que Deuteros l'aimait, mais de l'entendre ainsi… C'était mieux que tout, c'était mieux que de simplement le sentir par le biais de leur cosmos.

Cette fois encore, les larmes glissèrent sur ses joues sans qu'il essaye de les arrêter et il referma les yeux, se lovant davantage contre Deuteros:

-Moi aussi…

-Dis-le. Je veux t'entendre le dire.

Insista Deuteros, la voix rauque, et Asmita comprit qu'il voulait l'entendre pour garder ce souvenir avec lui quand il serait parti… Il n'avait pas réussi à le convaincre, malgré tout cela, Deuteros comptait toujours partir le lendemain matin. Les lèvres tremblantes, il souffla:

-Je t'aime… Je t'aime, Deuteros…

Il avait l'impression que son coeur allait exploser: il ne pouvait pas survivre à tant de sensations, c'était impossible. Bon sang, pourquoi les êtres humains étaient-ils si faibles?

Deuteros poussa un soupir rieur pourtant rempli de tristesse:

-Merci…

-De quoi?

-De m'aimer sans conditions.

Asmita passa la main dans les cheveux bleus du grec et souffla doucement:

-Merci à toi.

-De quoi?

-De m'avoir rendu plus humain.

Deuteros rit doucement:

-Tu peux parler…

Ils s'embrassèrent de nouveau, plus tendrement, moins violemment qu'auparavant. Sans doute parce qu'ils avaient tous les deux réalisés que ça serait peut-être le dernier.

Et quand, après cela*, Asmita commença à sombrer dans les bras de Morphée, Deuteros embrassa doucement son front:

-Adieu, Asmita.

$s$s$s$

Quand il se réveilla le lendemain matin, Asmita sut immédiatement que Deuteros était parti depuis longtemps. Malgré lui, il eut le réflexe de poser la main sur l'autre partie du lit, espérant bêtement qu'il rencontrerait celle du grec… Mais il ne trouva que le matelas. Froid. Vide.

Asmita poussa un soupir et se recroquevilla en se mordant la lèvre:

-Adieu… Deuteros…

$s$s$s$

-Je suis pas un gamin!

-Si.

-Non!

-Si!

-N-…

-Oh bon sang vous n'allez sérieusement pas me faire ça?

Soupira Dégel en refermant sa Pandora Box et en fusillant principalement Kardia du regard. Le Scorpion sourit, délibérément provocant, le bras croisé derrière la nuque (l'autre étant toujours soutenu par une attelle de fortune), un pansement posé en travers de son nez légèrement gonflé et rougi:

-Je vais pas mentir juste pour lui faire plaisir non plus!

-Fais au moins un effort.

-Pourquoi moi et pas lui?

S'offusqua le grec en fronçant les sourcils, apparemment choqué que son frère d'arme ne fasse des reproches qu'à lui. Le Verseau s'empêcha de lever des yeux épuisés au ciel:

-Mikhail fera aussi des efforts, bon sang Kardia, ne fais pas l'enfant.

Le garçon adressa une grimace moqueuse au Scorpion, manifestement ravi que Dégel lui fasse des réprimandes (aussi légères soient-elles) et pas à lui. Kardia tiqua et grinça:

-Joue pas au malin avec moi, gamin. (Insista-t-il en le pointant du doigt) Ou plutôt, profite tant qu'on est pas arrivés au Sanctuaire, parce que là je vais te faire morfler et tu vas rien comprendre à ta vie!

-Ouh j'ai peur!

-Sale petit…

-Stop, ça suffit. (Intervint une nouvelle fois Dégel en haussant légèrement le ton) Le prochain qui ouvre la bouche pour relancer cette dispute ridicule, je vous jure que je l'enferme dans un cercueil de glace le temps qu'il se calme.

Autant Mikhail cligna des yeux ébahis rien qu'au nom de la menace (cercueil de glace? Whut?), autant le sourire de Kardia s'élargit:

-T'oserais pas.

-Tu veux parier?

-Je parie le gamin.

Dégel roula des yeux exaspérés vers le plafond avant de se retourner vers sa Pandora Box pour vérifier qu'il avait bien tout rangé et qu'ils étaient prêts à partir. Après le long combat mené la veille, ils avaient décidé de se reposer le reste de l'après-midi et de passer encore une nuit sur place avant de se remettre en route. Bien qu'ils avaient proposé à Mikhail une chambre à l'auberge où ils logeaient, le garçon leur avait dit de ne pas s'en faire, qu'il logerait cette nuit encore dans la maison où il avait encore de si bons souvenirs de sa soeur adoptive…

Mais avant de le laisser partir pour la nuit (incapables de vérifier qu'il allait revenir le lendemain, on ne savait jamais s'il décidait de se défiler), ils lui avaient quand même posé quelques questions supplémentaires. D'après lui, Filipa avait toujours été d'un naturel enjoué, toujours le sourire aux lèvres, prête à taquiner son petit frère ou même des adultes, elle n'avait apparemment pas la langue dans sa poche et ne s'empêchait pas de dire tout haut ce que les autres pensaient tout bas.

Rien à voir, en clair, avec la jeune femme qu'ils avaient affronté dans la matinée. Preuve que ce Klaus lui avait fait quelque chose pour développer autant son cosmos. Comme s'il l'avait « lobotomisée », conditionnée à seulement obéir aux ordres de Sergeï…

Mais comment pouvait-on faire ça à une enfant? Et est-ce qu'il y en avait d'autres dans le même cas qu'elle? Dans quel but un Spectre créait-il des enfants « combattants »? Etait-ce un ordre d'Hadès ou d'un Juge? Toutes ces questions ne cessaient de hanter Dégel et l'avaient littéralement empêché de dormir (ça et les grognements (et/ou ronflements) de Kardia qui n'avait cessé de bouger dans son sommeil): quelque chose ne tournait clairement pas rond dans cette histoire, bien plus terrible qu'elle ne le laissait présager…

Le Verseau passa la main sur son visage légèrement fatigué: comment était-il possible que le Pope ne soit pas au courant? Depuis quand cette machination durait-elle? Plus de trois ans? Pire encore? Y avait-il déjà des enfants Spectres opérationnels et prêts à se battre pour leur Seigneur, pas encore réincarné?

-Dégel, ça va?

Le français secoua légèrement la tête et passa la main sur ses yeux fatigués:

-Désolé, je pensais à tout ça… (Il resta un instant silencieux, puis il se leva et souleva sa Pandora Box) Bon, allons-y: il faut absolument faire un rapport au Pope au plus vite. On ne peut pas se permettre de perdre une minute de plus.

Kardia poussa un léger soupir mais ne rechigna pas et passa aussi correctement que possible son bras valide dans une lanière de sa Pandora Box. Mikhail s'arma lui aussi de ses maigres affaires et les suivit lorsqu'ils quittèrent la chambre sans un regard en arrière.

Ils étaient à peine sortis de l'enceinte de la ville que le garçon aux cheveux blancs (il ne s'y habituerait jamais) se retournait, l'air hésitant, et demandait à Dégel:

-C'est fort loin la Grèce?

Le Verseau haussa les épaules:

-Environ 20 jours, 15 si on marche vite sans faire de pauses.

Mikhail déglutit discrètement: 15 jours sans faire de pauses?! Est-ce que ces types étaient humains?! Mais quand se reposaient-ils donc?!

Pas dupe du trouble du garçon, Kardia poussa un ricanement moqueur et le gratifia d'une large claque dans le dos, le poussant plusieurs pas en avant:

-T'en fais pas gamin, si t'en as pas la force, on s'arrêtera pour toi.

Mikhail rougit sous le coup de la colère et redressa son béret qui lui était tombé sur le visage:

-J'aurai pas besoin de faire de pauses d'abord! Parle pour toi, le vieux!

Kardia perdit son large sourire et fronça dangereusement les sourcils en se penchant en avant, accentuant la différence de taille entre eux:

-Non mais pour qui tu te prends, sale gosse? Tu sais qu'on peut encore changer d'avis et te laisser ici à moisir dans ton trou!

-Bon sang vous voulez bien arrêter vos gamineries? (Intervint Dégel, manifestement épuisé par leurs joutes verbales incessantes) Si vous continuez je pars devant et je vous laisse vous débrouiller tous seuls, est-ce que c'est clair?

-Mais bordel, c'est lui qui me fait chier!

-Kardia, s'il te plait, comportes-toi en l'adulte que tu es…

Soupira Dégel, conscient que s'il complimentait indirectement le Scorpion, celui-ci finirait par l'écouter. Et comme il le pensait, Kardia esquissa un sourire ravi et bomba fièrement le torse:

-T'as raison mec!

-Bon, maintenant que nous sommes d'accord, on ferait bien de se mettre sérieusement en rou-…

Mais il s'arrêta et se figea, tout comme Kardia se raidit soudainement et fronça les sourcils. Mikhail leur adressa un regard surpris:

-Qu'est-ce que vous fabriquez?

-Shh!

Kardia secoua la main pour le faire taire et se concentra, à l'écoute du message mental du Pope qu'ils recevaient tous les deux:

-Nous avons eu quelques problèmes suite à l'élection du nouveau Pope mais tout est arrangé. Sisyphe s'est retiré de la liste des candidats…

-Putain mais alors ça veut dire que c'est ce salopard d'Aspros qui a gagné!

-Attends la suite.

Dégel espérait secrètement que la suite du message parlerait de comment on avait mis Aspros en isolement, ou bien qu'il était revenu à lui et qu'il s'était excusé et justifié pour son comportement…

-Et Aspros s'est rebellé contre mon autorité et a essayé de m'assassiner.

Lourd silence, de la part de Sage comme de la leur, le coeur battant:

-Il a été tué lors de l'altercation et le titre de Chevalier des Gémeaux est revenu à son frère jumeau, Deuteros.

Tous deux poussèrent une légère exclamation, à la fois choquée et surprise. Dégel n'aurait jamais imaginé qu'Aspros irait si loin qu'il faille le condamner à mort! Et Kardia n'en croyait pas ses oreilles: Deuteros? Le frère jumeau d'Aspros? Comment était-ce possible qu'on lui donne directement le titre de Chevalier d'or alors qu'il sortait de nulle part et que lui-même n'avait appris son existence que la veille? Ce type devait avoir un cosmos terrible pour mériter illico le titre de son frère!

Ils se jetèrent un coup d'oeil, attentifs à la suite du message:

-Tout est presque arrangé, néanmoins je vous demande de faire un détour avant de revenir au Sanctuaire.

-Comment ça un détour?

-Une étoile démoniaque s'est mise à briller de l'autre côté de la frontière russe, du côté chinois dans la préfecture d'Altay.

Kardia retint une exclamation: oh purée, il sentait venir le coup fourré! Comme s'il avait lu dans ses pensées, le Pope continua:

-Je suis navré de vous demander ça alors que je ne sais même pas si vous avez eu le temps d'accomplir la mission de Dégel,…

-Et merde!

-Mais je compte sur vous pour aller voir ce qui se passe dans ce village.

-Mais on… (Tenta Kardia)

-Très bien, Grand Pope. Nous y allons de ce pas.

Le Scorpion jeta un regard rageur à son frère d'armes: Dégel avait simplement acquiescé, sans poser de questions, sans essayer de rétorquer. Alors que la dernière chose dont ils avaient besoin, c'était bien d'une autre mission! Surtout après ce qu'ils venaient de vivre!

Kardia ouvrit la bouche, sur le point de rétorquer, mais Dégel le fusilla du regard, lui intimant de se taire:

-Je compte sur vous, Dégel, Kardia. (Il y eut un court silence) Et prenez soin de ce garçon.

Puis, la connexion mentale fut interrompue. Sans perdre une seconde, Kardia grinça des dents:

-Ca nous fait pas mal d'infos à digérer d'un coup… Aspros mort, un frère jumeau qui sort de nulle part et qui reçoit le titre de Chevalier d'or sans entrainement, une deuxième mission en moins de deux jours,… Et puis comment il sait qu'on a le gosse avec nous?!

Dégel haussa les épaules:

-Je t'avoue que ce n'est pas ce qui me préoccupe le plus dans tout ça…

-J'en reviens pas que ce connard ait essayé de tuer le Pope: je savais que c'était un taré, mais pas à ce point-là.

Autant Kardia semblait simplement surpris, autant Dégel semblait pensif: plus jeune, à ses débuts en tant qu'apprenti et chevalier, il avait, comme beaucoup d'autres, admiré Aspros. Un jeune homme plein de droiture, de force, de gentillesse, de calme, de maitrise et de puissance à la fois. Il s'était souvent occupé des entraînements avec Sisyphe, et beaucoup adoraient ce chevalier au grand coeur et au sens des responsabilités surdéveloppés.

Rien à voir avec l'homme qu'il était soudain devenu: méfiant, sarcastique, orgueilleux, ambitieux, trop sûr de lui,…

Qu'est-ce qui avait bien pu le faire changer à ce point? Au point qu'il en soit…
Mort…

Subitement, le Verseau sembla trébucher et il vacilla, soudain livide. Kardia fit un pas en avant et passa son bras valide sur ses épaules, comme pour le soutenir:

-Oh, ça va?

-Qu'est-ce qui ne va pas, m'sieur Dégel?

S'inquiéta également Mikhail en se rapprochant, tout à fait ignorant de ce que les deux ors venaient d'apprendre. Kardia le repoussa d'un mouvement de la main:

-Rien, il est juste un peu sous le choc parce qu'un pâle type qui nous a trahi et qui fout la merde.

-Quoi?

-Ca t'embêterais de la fermer juste deux minutes? Juste le temps qu'on parle entre adultes?

Mikhail rougit sous le coup de la colère, mais étonnamment, il se contint suite au regard que lui lança Dégel. Ravi de cette petite victoire, Kardia se tourna de nouveau vers son frère d'armes:

-Bon, qu'est-ce qu'on fait du coup? Et c'est quoi cette histoire de frère jumeau super puissant?

Dégel retint un soupir las: inutile de mentir ou d'essayer de se défiler, autant parler immédiatement et éviter de perdre du temps:

-Deuteros.

-Hein? Le type de l'autre fois?

Dégel lui lança un regard interloqué:

-Le type de l'autre fois?

-Bah ouais, tu sais, t'y pensais vaguement et… Bah, tu sais quoi, j'ai juste capté tes pensées et y'avait ce nom qui revenait de temps en temps, on en a parlé un peu hier.

Le français soupira longuement:

-C'est plus fort que toi, tu ne peux pas t'en empêcher pas vrai?

Kardia ricana et passa son bras valide dans sa nuque, faussement ennuyé, mais absolument pas penaud:

-Désolé.

-C'est cela oui, à d'autres. Bref, Aspros et Deuteros sont jumeaux, et si j'ai bien compris, et crois-moi, le cosmos de Deuteros n'a rien à envier à celui de son frère.

-Et il mérite cette armure? Alors qu'il a pas subi d'entraînement digne de ce nom?

-Oh il la mérite, crois-moi.

Dégel se rappelait comment Gémeaux elle-même était venue à Deuteros quand il s'était retrouvé en danger de mort. L'armure l'avait jugé digne d'elle et l'avait choisi. Et la puissance du grec ne faisait aucun doute: cette armure et ce titre lui revenaient non seulement de droit, mais aussi de logique. Qui d'autre que lui aurait pu les porter? Et même s'il n'avait pas subi d'entraînement officiel, le Sanctuaire ne pouvait absolument pas se passer d'un Chevalier d'Or, encore moins quand il s'agissait d'un des plus puissants d'entre eux.

Ils avaient besoin d'un Chevalier des Gémeaux et de tous leurs effectifs au complet.

Le Scorpion fronça les sourcils, bien plus sérieux qu'auparavant:

-En gros, ce salopard a fait exactement ce que tu craignais qu'il fasse: tenter un coup d'état et prendre la place du Pope de force.

-On dirait bien…

-Et il est mort, c'est ça?

-Oui… (Soupira Dégel) Quel gâchis…

-Pff! Tu veux dire quelle aubaine oui!

Le Verseau lui jeta un regard en biais, les sourcils froncés:

-C'était tout de même ton frère d'armes, tu le sais ça?

-C'était surtout un connard de première classe, et dangereux avec tout ça! Au moins, on a ça de moins dans les pattes pour la guerre qui s'annonce. Non mais t'imagines s'il avait piqué sa petite crise en plein pendant la guerre sainte? Est-ce que tu imagines, vraiment? C'est seulement que ça serait la merde! Autant en être débarrassé je te le dis moi!

Et Kardia ponctua sa phrase d'un crachat dégoûté, et bien que Mikhail ne connaisse absolument pas cet Aspros, il comprit qu'il s'agissait certainement d'une personne terrible et très peu appréciée de ses pairs (ou du moins de Kardia). Dégel passa la main dans sa frange, repoussant les mèches qui tombaient dans ses yeux: il détestait l'avouer, mais sur ce point, le grec n'avait pas tort.

Et pourtant, malgré sa propre méfiance et aversion pour Aspros et ce qu'il était devenu, il ne parvenait pas à accepter qu'il soit réellement un traitre, et surtout qu'il soit mort.

Mort, comme ça,…

Il prenait subitement conscience que chacun d'entre eux, que chaque Chevalier (d'or, d'argent, de bronze,…) pouvait mourir. Même ceux qu'il côtoyait. Même ceux qu'il connaissait le mieux. Un instant, son coeur se serra et il jeta un coup d'oeil à Kardia, avisa son bras en écharpe, ses éraflures, son air légèrement fatigué et les fines cernes sous ses yeux malgré plusieurs heures de sommeil,… Et parvint presque à imaginer un battement de coeur sournois, comme pour lui rappeler qu'il serait peut-être celui qui tuerait son frère d'armes.

Comme s'il avait lu dans ses pensées (ce qui n'était peut-être pas impossible), le Scorpion pencha légèrement la tête sur le côté, interloqué:

-Bon… Du coup on fait quoi?

Dégel leva la tête vers le soleil, calcula rapidement la direction dans laquelle ils devaient se rendre, puis se tourna et ajusta la lanière de sa Pandora Box sur le son épaule:

-Nous obéissons et nous allons voir ce qui se passe en Chine, comme nous l'a demandé le Pope.

Kardia écarquilla les yeux:

-Quoi?! On va sérieusement se taper la Chine pour une bête étoile démoniaque?! Juste parce que le vieux est parano et veut nous tenir éloignés?!

-Arrête de parler de lui de cette manière. (Soupira Dégel) Et si nous y allons, si le Pope juge que nous devons nous y rendre, c'est qu'il y a une bonne raison.

-Mais merde! Putain mais ça va nous faire 30 jours de voyage rien que pour l'aller! On va rester partis pendant des lustres!

Dégel se rapprocha dangereusement de lui, les sourcils froncés:

-Aurais-tu oublié que c'est notre rôle? (Il posa un doigt accusateur sur la poitrine du Scorpion) Même si tu as un but autrement plus égoïste, n'oublie pas que les Chevaliers d'Athéna doivent veiller sur le monde et éliminer les ennemis du bien s'ils en ont l'occasion. Alors nous irons en Chine, même si c'est pour rien.

-Je sais pas toi seigneur Dégel, mais je suis pas tout à fait en état de me battre là. Et j'ai pas vraiment envie de me taper la Chine juste pour le plaisir de voyager.

Fit remarquer Kardia en feulant et en se penchant en avant. Sous la tension qui s'érigeait entre eux, Mikhail recula d'un pas et sentit un frisson effrayé secouer ses épaules et remonter le long de la colonne vertébrale: bon sang, ils n'allaient quand même pas se battre entre eux quand même?!

Ils restèrent une longue seconde ainsi, soutenant le regard de l'autre sans vouloir céder, puis Dégel se recula et se mit en route:

-Après tout, si tu n'as pas envie de venir, je ne te retiens pas. Mais si tu retournes au Sanctuaire, emmène Mikhail avec toi: je ne veux pas lui faire courir de risques inutiles.

Le russe poussa un « Quoi?! Nan! » outré et le Scorpion se liquéfia en désignant le garçon du pouce:

-Quoi?! Moi tout seul avec ce sale gosse?!

-C'est à toi de voir.

Et, sans attendre de voir ce que Kardia faisait, Dégel se détourna résolument et se dirigea vers sa prochaine mission. Le grec grinça des dents, jeta un regard vers la direction opposée à celle où son frère d'armes s'éloignait, baissa les yeux vers Mikhail:

-T'as pas plus envie que moi de passer le trajet seul avec moi hein?

-Absolument pas.

-Ca tombe bien, moi non plus. (Il poussa un grognement rageur) Putain, ça me fait tellement chier quand il a raison!

Il se mit en route, à la suite de Dégel, suivi par Mikhail qui trottinait pour le rattraper.

Et le français esquissa un sourire victorieux:

-J'ai toujours raison voyons.

-Ta gueule Dégel!


*Admirez comme j'ai toujours du mal à aller jusqu'au bout dans ce genre de scène! Pitié, ne me haïssez pas (je trouvais que ça devais rester tout doux et tristounet) DX

Et voilà les amis! C'est tout pour ce mois-ci :'D J'espère que ça vous a plu :3 J'avais vraiment mal au coeur en écrivant le passage Deuteros/Asmita: je les ai tellement fait souffrir, au secours sauvez-moi ;0; La suite sera composée de deux chapitres sur la courte mission en Chine (et sur la rencontre avec un certain personnage que vous connaissez (suspense!)) ;) J'espère que ça vous plaira ^^

Sur ce, gros bisous sur vous! Je vous aime! ~