Coucou tout le monde! Comment allez-vous? Bien j'espère! :D Ici il fait super chaud, et il me reste encore un examen avant d'être tranquille (au moins jusqu'à la remise des résultats -_-) et de pouvoir écrire à fond sans penser à rien d'autre! :D

Je souhaite une bonne m***** à tous ceux qui passent le bac, sont en examen, et tout le reste! Courage! :D

Sur ce, je ne vous retiens pas plus longtemps!

Enjoy!


Dégel sentit la crise arriver au moment où Kardia perdit connaissance. Il se redressa et porta la main à son coeur en haletant, les yeux écarquillés sous le coup de la douleur soudaine qui avait enflé dans sa poitrine, s'attirant un regard inquiet de la part de Mikhail. Le garçon aux cheveux blancs fronça les sourcils:

-Monsieur Dégel? Est-ce que ça va?

Le Verseau se redressa et passa une main rapide dans ses cheveux:

-Ca va, merci.

L'état de Mi Jeong semblait s'être stabilisé, hormis la fièvre qui devait encore descendre, le mieux était encore d'attendre qu'elle se réveille d'elle-même et de l'enrouler dans de nombreuses couvertures pour éviter qu'elle ne prenne froid. Oui, mais pouvait-il se permettre de la laisser pour aller s'occuper de cet imbécile de Scorpion qui n'avait évidemment pas daigné bon de le prévenir d'une crise imminente?

Evaluant rapidement la situation, Dégel finit par se lever aussi paisiblement que possible (inutile d'alarmer Mikhail) pour attraper discrètement une gourde:

-Je te la confie: veille à ce qu'elle ne prenne pas froid et à lui donner à manger si elle se réveille.

-Et moi?

Dégel se tourna vers le garçon qui était revenu en même temps que Kardia, sonda le faible cosmos qui semblait légèrement s'éveiller au contact de celui de deux ors et de Mikhail, et se détourna:

-Tu veilles sur ta soeur et tu aides Mikhail à s'occuper des blessés. Je n'en ai pas pour longtemps.

-Ou du moins je l'espère!*

Une fois sorti du bâtiment qui servait d'infirmerie, Dégel pressa le pas en sondant fébrilement les alentours: où était donc allé se cacher cet imbécile?! Pourquoi ne l'avait-il pas appelé?! Il serra les poings et grimaça: il ne manquait vraiment plus que ça! En plus de tous les blessés, il allait devoir s'occuper de cet abruti suicidaire!

-Bon sang.

Malgré sa colère, la peur était le sentiment prédominent pour l'instant. Si la crise de Kardia était trop dévastatrice, il craignait non seulement de retarder le retour au Sanctuaire, mais surtout de ne pas parvenir à donner des soins corrects à son frère d'armes. Certes, en refroidissant son coeur, il apaisait la douleur et calmait un peu la crise, mais ça ne valait pas les médicaments qu'il était censé prendre tous les jours… Et qu'il avait évidemment oublié d'emmener avec lui dans sa précipitation de l'accompagner!

Dégel déglutit difficilement, la gorge serrée par l'angoisse: mais quel imbécile il avait fait, lui aussi, de ne pas le lui avoir rappelé! Si seulement il n'avait pas été aussi pressé de partir!

Pile quand il commençait à désespérer de le retrouver, un reflet doré attira son attention. Dégel tourna la tête vers l'éclat et retint une exclamation horrifiée pour se jeter en avant:

-Kardia!

Le Grec était affalé sur le sol aux côtés de plusieurs morceaux de son armure. Inconscient et dégageant une vague de chaleur effrayante.

Dégel se précipita à ses côtés et le redressa du mieux qu'il pouvait: le corps de Kardia était brûlant et était secoué de tremblements fiévreux. Le Verseau ne put s'empêcher de grimacer en constatant son état: le visage déformé par une grimace de douleur figée, éclaboussé de sang et de sueur, la gorge trempée du liquide carmin qu'il avait dû cracher avant de perdre connaissance, les yeux qui tremblaient derrière ses paupières, les lèvres entrouvertes sur un halètement rauque,…

Dégel fronça les sourcils, se força à rester calme et porta une main décidée au coeur du Scorpion. Il eut l'impression de toucher un charbon ardent, une lame chauffée à blanc, mais il se força à ne pas enlever sa main. Concentrant son cosmos entier sur sa paume, un froid glacial en émana… Pas assez froid pour tempérer l'incroyable chaleur qui s'échappait de la poitrine de Kardia.

Le Verseau serra les dents, incapable de masquer son inquiétude: il n'avait encore jamais dû utiliser un froid plus puissant que celui-ci, et pourtant il en était déjà à une température de -30! Pouvait-il se permettre d'aller pus loin? Ne risquait-il pas de justement mettre la vie de Kardia en danger en continuant de faire descendre la température? Le choc entre son coeur brulant et le froid glacial qu'il projetait ne risquait-il pas de faire pire que mieux?

Dégel inspira profondément et diminua légèrement la température, petit à petit, pour éviter que le choc ne soit trop violent. Il porta son autre main au front de Kardia et diminua la température à une moindre mesure:

-Kardia?! Est-ce que tu m'entends?! Accroche-toi!

Pas de réaction, pas un semblant de clignement d'oeil ou de signe qui prouverait qu'il l'avait entendu. Le français grinça des dents et diminua encore la température de sa main:

-Je t'interdis de mourir, est-ce que tu m'entends, stupide imbécile?! Tu dois vivre!

Toujours rien, rien d'autre que cette respiration rauque et sifflante. A moins que… Dégel se pencha en avant: oui, les paupières se soulevaient légèrement, presque rien, un mouvement imperceptible pour n'importe qui sauf pour lui. Une vague de soulagement lui fit pousser un soupir rassuré: tout n'était pas encore perdu.

Il le redressa légèrement et diminua encore la température de l'air qui entourait sa main, atteignit presque -50 degrés:

-Pense un peu à ce que Sasha dirait si elle te voyait comme ça!

Enfin, le froid l'emporta sur la chaleur ardente et le visage de Kardia s'apaisa d'un coup. Dégel poussa un long soupir de soulagement et essuya la sueur glacée qui avait perlé sur son front: quoiqu'encore fiévreux, le gros de la crise était passé. C'était fini.

Dégel continua de projeter du froid pendant dix bonnes minutes avant que Kardia n'ouvre péniblement les yeux. Il les referma aussitôt, comme si la lumière environnante, pourtant très faible, l'avait ébloui. Un grognement épuisé lui échappa:

-Bordel…

-Bon retour parmi nous.

Kardia entrouvrit un oeil, remarqua de longs cheveux verts et des yeux améthystes orageux posés sur lui… Referma l'oeil en râlant:

-Et merde…

-Comme quoi même une crise ne t'empêche pas de rester fidèle à toi-même et à ton vocabulaire fleuri. Tu me vois ravi de l'apprendre.

Le Grec porta difficilement une main tremblante à son front et souffla, la voix rauque:

-Content de te voir aussi… Dégel… Aïe!

Le coup n'avait pas été porté avec énormément de force, juste ce qu'il fallait pour que Kardia comprenne que son frère d'armes était vraiment en colère:

-Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu te sentais mal, bougre d'abruti?

Il respirait encore avec une légère difficulté, et le rythme de son coeur était encore trop élevé, mais c'était tellement moins terrible que quelques minutes auparavant. Dégel avait presque l'impression que cet état-ci était bénin. Kardia poussa un léger soupir et tenta de porter une main tremblante à sa poitrine:

-Je… Je sais pas… J'voulais pas que tu me voies… Comme ça…

-Parce que tu préfères te mettre inutilement en danger, quitte à en mourir, plutôt que de te montrer « comme ça »? C'est ça que tu veux me dire?! Non mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi?!

Dégel avait haussé le ton sans vraiment s'en rendre compte. Et c'était tellement rare que même Kardia écarquilla des yeux surpris, incapable de rétorquer avec autant de force:

-Attends, c'est pas ce que je…

-Pourquoi faut-il que tu soies aussi bêtement bourré de fierté?! Tu m'aurais dit tout de suite que quelque chose n'allait pas et la crise aurait été évitée, tu n'aurais même pas eu à perdre conscience! Comment est-ce que tu ne peux pas comprendre ça, bon sang?!

-Parce que je veux pas avoir l'air d'un faiblard sur son lit de mort…

-Oui, autant être tout à fait mort plutôt qu'ainsi, quelle belle logique!

Kardia agrippa difficilement son poignet, avec tant de faiblesse dans ce geste que Dégel se tut, abasourdi: depuis quand le Scorpion était-il aussi fragile, aussi vulnérable? Est-ce que la crise était réellement passée? Il ne l'avait jamais vu dans un tel état de faiblesse, pas même après son retour de France. Il pâlit légèrement: c'était comme il le pensait… Plus les crises se répétaient, plus la santé de Kardia s'affaiblissait et plus il se dirigeait rapidement vers la mort.

Il déglutit difficilement, tout à fait calmé suite à ce constat horrifiant:

-J'ai pas envie que tu t'inquiètes pour moi, Dégel… J'ai pas envie que tu te fasses du mal à cause de moi.

Même sa voix n'était devenue qu'un vague murmure rauque, presque éteint et si peu de vie que le coeur de Dégel se serra: il apercevait soudain dans les yeux cernés de Kardia une lueur qu'il n'avait encore jamais vue… Oui, une lueur de maturité tranquille et fatiguée, presque celle d'un vieillard qui en avait fini avec la vie.

Le Verseau frissonna d'horreur, soudain terrifié, et il serra la main de Kardia dans la sienne, de toutes ses forces, comme s'il venait de comprendre qu'il risquait de le perdre à tout moment:

-Alors dis-moi que tu vas mal la prochaine fois que ça arrive, comme ça je m'inquiéterai moins et tu n'auras pas à être dans un tel état.

Le grec esquissa un faible sourire, son visage reprenant peu à peu des couleurs humaines:

-Ca marche…

$s$s$s$

Mikhail somnolait, assis à même le sol, le dos appuyé sur le mur de la maison où étaient installés les blessés. Malgré son épuisement, ses yeux qui se fermaient tout seuls et sa tête qui dodelinait dangereusement, il se refusait à s'endormir complètement: après tout, le seigneur Dégel n'était toujours pas revenu et il lui avait confié une mission, il devait absolument rester éveillé pour la tenir.

Il sursauta violemment quant il se rendit compte qu'il commençait à sombrer et se frotta vigoureusement les yeux avant claquer les mains sur ses joues pour se réveiller. Alors qu'il commençait à se dire qu'il allait devoir se mettre à marcher pour éviter de s'endormir contre son gré, un bruit attira son attention et il fut debout d'un bond, complètement réveillé: des ennemis? Est-ce que ça pouvait être des Spectres survivants ou bien des renforts?

Il poussa un soupir rassuré quand il reconnut l'aura lumineuse des deux ors qui se rapprochaient lentement du village. Et quand les deux silhouettes sortirent du bois, il était prêt, un sarcasme tout neuf au bord des lèvres. Qu'est-ce qui avait bien pu leur prendre autant de temps? Et puis, depuis quand ce grand gamin de Scorpion avait-il besoin de quelqu'un pour enlever du sang de son visage? C'était quand même pas lui demander la lune, non?

Mikhail fit quelques pas vers eux, les lèvres ouvertes, prêt à lâcher une provocation qu'il ravala bien vite: quelque chose clochait. Certes, le visage de Kardia était enfin dégagé de tout ce sang, mais il ne marchait qu'avec difficulté, soutenu par Dégel qui ne parvenait pas à masquer son air inquiet. Le garçon fronça les sourcils: est-ce que ce clown avait été blessé sans même s'en rendre compte? Est-ce qu'un autre Spectre les avait attaqué dans les bois? Non, peu probable: il l'aurait senti. Mais alors quoi? Qu'est-ce qui avait pu affaiblir Kardia de la sorte?

Pour essayer de le faire réagir, Mikhail esquissa un sourire et plissa les yeux:

-Ca, quand on se fait vieux, faut pas trop en faire pour épater la galerie.

Alors qu'il s'attendait à un grognement rageur de la part de Kardia et à un soupir de la part de Dégel, le Verseau lui adressa un regard noir qui le frigorifia jusqu'aux os. Il se figea, pétrifié par les reproches qu'il parvenait à deviner dans les yeux de Dégel. Qu'est-ce qu'il avait bien pu dire de mal? Il ne faisait ça que pour le taquiner enfin, pourquoi se mettre dans un tel état de…

Mais il esquissa un sourire en coin quand le grec leva la main vers lui. Ha! Enfin une réaction normale et digne de lui! Mais contrairement à ce qu'il pensait, Kardia n'essaya pas de lui donner un coup vengeur. Non, il posa simplement la main sur sa tête et lui ébouriffa doucement les cheveux en soupirant:

-J'ai pas vraiment la tête à ça, gamin… Mais c'était bien joué: un point pour toi…

Mikhail sentit presque sa mâchoire se déboiter sous le coup de la surprise et il se retrouva incapable de bouger quand les deux ors s'éloignèrent vers la maison, pouvant seulement les regarder, abasourdi. Depuis quand est-ce que Kardia était si pacifique?! Depuis quand ne répondait-il plus à ses piques?! Et depuis quand est-ce qu'il avait l'air si las et fatigué?! Et puis ces cernes, elles sortaient d'où?!

Le russe se secoua mentalement et trottina pour entrer à son tour dans leur hôpital de fortune: les villageois assez épargnés continuaient de circuler entre les blessés, apportant à voir aux uns et des couvertures aux autres, embrassant les capes des deux Chevaliers quand ils passaient près d'eux. Mikhail fronça les sourcils: si ce n'était pas le combat qui avait tant épuisé le grec, ça devait être une maladie. Oui, il devait avoir de la fièvre et du coup il n'était pas en état de participer à leur joute verbale.

Mais alors que ce raisonnement était censé le rassurer, le jeune garçon aux cheveux blancs se mordit la lèvre, bien conscient que seul quelque chose de plus grave qu'une fièvre pouvait amortir Kardia de la sorte. Et ce mauvais pressentiment le mettait étrangement mal à l'aise.

Il rejoignit Dégel qui venait d'aider Kardia à s'allonger maladroitement sur un lit de fortune restant, et s'accroupit à ses côtés en murmurant:

-Qu'est-ce qu'il a? Qu'est-ce qui lui est arrivé?

Le Verseau passa une main épuisée sur son visage et soupira:

-Rien… Rien, ne t'en fais pas…

Bon, si c'était censé le rassurer, c'était complètement raté: il y avait tant de lassitude dans la voix de Dégel que Mikhail sut immédiatement qu'il mentait. Et s'il mentait, c'était sans doute pour cacher quelque chose de grave, très grave. Le Russe déglutit difficilement, mourant d'envie d'en savoir plus, mais aussi terrorisé à l'idée que cette chose soit assez grave pour mettre les jours du Scorpion en danger.

Kardia attrapa doucement la main de Dégel et la serra dans la sienne, un sourire fatigué sur les lèvres. Ils se regardèrent un court instant, en silence, mais avec tellement d'intensité que Mikhail sut qu'ils « communiquaient »: avec de tels pouvoirs, il n'aurait pas été étonné qu'ils puissent faire de la télépathie, ou un truc du genre. Et alors qu'il aurait cru que le Verseau se dégagerait, à sa grande surprise, il referma sa deuxième main sur les leurs, posa son front dessus et souffla, la voix étrangement rauque:

-Il y a intérêt.

Comprenant qu'ils étaient comme seuls au monde, Mikhail respecta leur souhait silencieux de rester isolés et se leva pour s'éloigner à reculons, prenant enfin pleinement conscience du lien qui unissait ces deux surhommes qui étaient plus humains qu'il ne l'aurait cru. Et malgré son incapacité à masquer son regard inquiet, le Russe esquissa un sourire:

-Bon… Alors, ça ne comptait pas: ce n'est que partie remise mon vieux.

Il attrapa une couverture, se roula en boule dans un coin de la pièce et ferma les yeux. Et pourtant, malgré son épuisement, il ne parvint pas à s'endormir avant un bon moment, hanté par ce Kardia qu'il ne connaissait pas et par l'inquiétude d'un Dégel toujours si calme et assuré.

$s$s$s$

Le lendemain matin, la fièvre de Mi Jeong était retombée, et, bien qu'elle ne se soit pas encore réveillée, Dégel estima qu'il pouvait la ramener chez elle avec son frère. Elle n'était plus en danger, simplement épuisée à cause de sa vision de la veille et du choc que ça lui avait fait: elle ne risquait plus rien.

Le Verseau prit doucement le poignet de la jeune fille et calcula son pouls avant de hocher la tête, rassuré. Il jeta un oeil en arrière: épuisé par sa crise de la veille, Kardia était encore endormi et il n'avait pas eu le coeur de le réveiller pour le tenir au courant. Il comprendrait bien vite où il était passé s'il ne le voyait pas, ni lui, ni les deux enfants.

Il hésita à réveiller Mikhail pour le lui dire, mais le garçon, toujours roulé en boule dans une couverture de fortune, dormait à poings fermés. Il esquissa un sourire: le pauvre avait eu une marche épuisante à faire depuis la Russie jusqu'à ici et avait passé un début de nuit infernal, autant le laisser se reposer avant leur départ.

Dégel en voulait au Pope de leur avoir fait un tel détour, certes, pas inutile puisqu'ils avaient pu sauver presque tous les gens du village, mais qui avait inutilement mis la vie de Kardia en danger en les empêchant de rentrer au plus tôt. Il poussa un soupir et secoua la tête: non, le Pope n'y était pour rien, et il était temps qu'il se rende bien compte que Kardia risquait sa vie à chaque instant. Ici ou au Sanctuaire, il aurait fait cette crise de toute façon…

Il passa une main dans ses cheveux, prenant un peu plus conscience chaque jour du danger qu'ils couraient tous en devenant Chevaliers, mais surtout des risques que prenait Kardia sans s'en rendre compte et sans pouvoir faire quoi que ce soit pour y remédier…

-Yato c'est ça? Tu sauras me guider jusqu'à votre village? Je vais vous y ramener maintenant, vos parents doivent être morts d'inquiétude.

Dit-il en soulevant Mi Jeong dans ses bras. Mais comme il se retournait, il haussa un sourcil étonné: Yato s'était jeté par terre et avait posé son front sur le sol:

-Pitié, emmenez moi avec vous!

Le deuxième sourcil rejoignit le premier sur son front. A vrai dire, il s'était attendu à tout sauf à ça. Il avait imaginé un long monologue de la part du garçon et qu'il aurait dû subir péniblement, un trajet épuisant et parsemé d'embuches,… Mais absolument pas à des suppliques de la part de Yato! Encore moins pour qu'ils l'emmène avec eux au Sanctuaire!

Dégel ouvrit la bouche, hésita puis fronça les sourcils:

-Comment ça?

-Je veux devenir un héros, moi aussi! Je veux devenir fort pour protéger ma soeur et ceux que j'aime! Pitié, emmenez-moi avec vous et apprenez-moi!

Le Verseau tiqua, pas l'ombre d'un sourire attendri ou amusé sur le visage. Non mais, qu'est-ce que c'était que ce cirque? Pour qui se prenait-il donc? Pensait-il qu'on pouvait devenir Chevalier d'Athéna comme ça, en un claquement de doigts, parce qu'on en avait envie? Et pourquoi pas aller sur la lune tant qu'il y était?

Dégel poussa un soupir et, déposant la jeune fille sur son lit de fortune (cette discussion risquait d'être longue, il le sentait), il ôta ses lunettes pour se pincer l'arête du nez:

-Ecoute, Yato, ce n'est pas contre toi, mais nous ne pouvons pas t'emmener avec nous.

-Pourquoi?!

-D'abord, pour devenir Chevalier, il faut posséder un cosmos. Je suppose que tu ne sais pas de quoi je parle, mais…

-Oh si je sais! (S'exclama le garçon en se redressant d'un bond, les joues roses de fierté) C'est une sorte d'univers à l'intérieur de nous qui permet de fendre la terre d'un seul coup de poing!

Dégel parvint à s'empêcher de grimacer: mince, impossible de jouer la carte de l'ignorance sur ce coup-ci! Bon, peut-être insister sur le fait que… Il plissa les yeux: un maigre cosmos englobait le corps de Yato, maigre, si maigre qu'il peinait presque à le percevoir… Mais plus développé que la plupart des êtres humains. D'un point de vue purement objectif, il se devait de ramener cet enfant avec eux en Grèce, mais ils avaient déjà Mikhail avec eux, et lui-même devait veiller sur la santé de ce suicidaire malade de Kardia… Pouvait-il se permettre de ramener un deuxième enfant?

Il poussa un léger soupir:

-Bon, admettons… Mais pense un peu à tes parents, ils ne…

-J'ai plus de parents.

Zut, encore un nouvel obstacle sur sa route pour le convaincre de ne pas les accompagner! Le français rectifia rapidement le tir:

-Et ta soeur: que pensera-t-elle quand elle se rendra compte que tu es parti sans le lui dire? Elle va se retrouver toute seule alors qu'elle est si fragile, est-ce qu'un vrai héros l'abandonnerait comme ça?

Yato sembla hésiter, l'argument ayant fait mouche comme il l'avait prévu. Courage, c'était presque gagné:

-Reste avec elle, protège-la et veille sur elle: elle a besoin de toi.

-Mais… Mais il y a aussi mon autre soeur à la maison.

Légère hésitation de la part de Dégel avant d'insinuer:

-Et quelle âge a-t-elle, ta petite soeur? Parce que tu ne peux pas la laisser seule avec ta soeur malade voyons.

Yato secoua la tête:

-Oh c'est pas ma petite soeur, elle est plus grande que moi, elle a que deux ans en moins que Mi Jeong.

Echec et mat. Dégel n'avait aucun argument valable pour laisser le garçon derrière eux. Il s'empêcha de pousser un long soupir. Il le savait, dès que Kardia était revenu avec ces enfants, dès qu'il avait senti vaguement le cosmos de Yato, il avait su qu'ils devraient le ramener avec eux. Après tout, c'était même la règle: si un Chevalier en mission tombait sur une personne pourvue d'un cosmos assez développé pour être exploité, il se devait de la ramener avec eux au Sanctuaire pour en faire l'un des leurs.

Mais bizarrement… En plus de tous les arguments énoncés plus haut, un autre faisait que Dégel rechignait à l'emmener avec eux. Ce garçon avait une famille, deux soeurs qui l'aimaient et qu'il aimait aussi, pouvait-il vraiment l'en priver? Pour les orphelins comme Liam et Mikhail, c'était plus simple: ils n'avaient plus rien de matériel à perdre, mais pour quelqu'un qui possédait encore presque tout, à qui la vie n'avait pas encore tout pris…

Pouvait-il se permettre de le priver de tout ce bonheur potentiel? Etait-il assez détaché de ses émotions pour ça?

Finalement, la réponse s'imposa à lui quand il croisa les yeux remplis de détermination de Yato: il ne pouvait pas le lui refuser. Pas avec de si bonnes raisons. Pas alors qu'il le lui demandait de lui-même. Il poussa un soupir:

-C'est d'accord. Mais avant tout, réfléchis bien (dit-il plus haut en levant la main pour empêcher le garçon de se réjouir trop vite): es-tu prêt à abandonner tout ce que tu as, tout ce que tu aimes, tout ce à quoi tu tiens? Es-tu prêt à tout laisser derrière toi pour protéger la Terre? Es-tu décidé à tout abandonner pour Athéna, même ta vie?

Yato déglutit difficilement, le visage visiblement plus pâle, comme s'il réalisait pleinement qu'il pouvait mourir même en devenant ce héros qu'il rêvait d'être. Puis, après une longue seconde, il leva la tête vers lui et souffla d'une voix tremblante mais décidée:

-Je suis prêt.

Dégel lui tendit la main, qu'il prit sans hésitations:

-Alors sois le bienvenu. Nous t'emmènerons avec nous au Sanctuaire. Mais dis-toi bien que nous ne pouvons que t'y amener: tu devras faire tes preuves par toi-même, des efforts surhumains, dépasser tes limites,… Nous ne pouvons que t'aider à atteindre le premier point de ton entrainement, est-ce que tu comprends ce que je veux dire?

-Que le plus dur commencera quand on sera arrivé.

Le Verseau hocha la tête: il préférait que le garçon sache tout de suite à quoi s'attendre plutôt que de le laisser rêver à une vie facile où il n'aurait qu'à entrer dans le domaine du Sanctuaire pour être sacré Chevalier.

-Nous partons dès que nous avons ramené ta soeur chez elle. Alors ne perdons pas de temps: j'ai des rapports à faire au Grand Pope.

Il put presque entendre Yato souffler mentalement une interrogation et il leva les yeux au ciel: il avait du pain sur la planche. Oh et puis non, Mikhail avait déjà eu droit à une leçon de ce genre sur la hiérarchie des Chevaliers et sur l'organisation du Sanctuaire: il le lui expliquerait pendant le trajet, ça servirait de rappel.

Non, il n'était pas fainéant, juste épuisé après une nuit aussi infernale.
Ca pouvait se comprendre, non?

$s$s$s$

Contrairement à ce qu'il craignait, Kardia était debout et déjà habillé quand il revint, accompagné de Yato. Mais était-il assez en forme pour voyager? Son visage semblait encore tiré par la crise de la veille et malgré ses nombreuses heures de sommeil, deux cernes mauveâtres s'étiraient sous ses yeux. Et puis il avait encore l'air si fatigué: est-ce que son coeur fragilisé par la crise tiendrait le coup s'ils partaient aujourd'hui?

Il écarquilla des yeux surpris qu'il ne parvint pas à lui cacher et il eut bien vite sa réponse quand à l'état (du moins mental) de son frère d'armes:

-Quoi? (Aboya-t-il) C'est quoi ce regard de jugement? J'ai une tache sur le visage ou quoi?

Malgré lui, Dégel ne put s'empêcher d'esquisser un sourire, entre l'amusement et le soulagement:

-Ravi de constater que tu vas mieux.

Comme par magie, Kardia se calma immédiatement et sourit à son tour en passant la main dans sa nuque:

-Grace à toi.

-C'était normal voyons, je n'allais pas te ramener mort au Sanctuaire: le Grand Pope aurait cru que j'avais fini par te tuer.

Le grec fronça les sourcils mais ne parvint pas à effacer son sourire de son visage:

-T'oserais pas, je te manquerais trop.

Il manqua presque de s'étouffer sous le coup de la surprise quand Dégel passa à côté de lui et posa la main sur son épaule:

-Tu as sans doute raison.

Kardia se retourna pour le suivre du regard, les yeux écarquillés, abasourdi par la soudaine honnêteté de son frère d'armes. Non mais, depuis quand est-ce que Dégel osait dire un truc pareil (bon, très bas, il le concédait, mais quand même!) à voix haute?! Le ravissement surpassa rapidement la surprise et le grec sentit ses lèvres s'étirer en un sourire mauvais: parfait, il allait pouvoir profiter de ce changement pour tenter de nouvelles choses. Genre un petit peu plus d'attentions quand il en aurait envie, peut-être?

-N'y penses même pas.

Merde, pas toujours pratique ce lien télépathique. Quoique…

-Tu penses être assez remis pour commencer le voyage?

Demanda Dégel, accroupi à côté de Mikhail pour le réveiller doucement, interrompant ses réflexions mentales d'un coup. Il haussa les épaules:

-Si je le suis pas maintenant, je le serai jamais.

-Tu es certain que tu ne préfèrerais pas te reposer encore une journée avant de partir? Ce serait dommage de forcer et de te faire du mal.

-T'en fais pas, je vais bien… Mais… (Il jeta un regard intrigué vers Yato, qui les regardait tour à tour avec des yeux remplis d'admiration, et il le désigna du pouce) Qu'est-ce qu'il fait encore là lui?

Le Verseau haussa les épaules, légèrement ennuyé d'avoir à avouer son incompétence à détourner l'enfant de son objectif:

-Nous le ramenons avec nous.

Kardia écarquilla les yeux:

-Quoi?

-Puisqu'il a un cosmos…

-Parce que t'appelles ça un cosmos toi?!

-Je ne peux pas l'empêcher de venir au Sanctuaire avec nous.

-Et pourquoi?

-Hé bien parce que c'est la règle.

-Ouais mais on ramène déjà Mikhail, on va pas non plus faire gardiens d'enfants hein! J'ai pas signé pour ça moi!

Dégel s'empêcha de pousser un soupir désespéré:

-Kardia, je n'ai pas le choix. Il faut ramener au Sanctuaire toute personne potentiellement capable de développer son cosmos au service d'Athéna. Ce n'est pas moi qui ai inventé le règlement.

-Quel règlement?

Le pire dans tout ça, c'était qu'il était certain que Kardia était sérieux… Après avoir quelque peu débattu (heureusement pour Dégel que le Scorpion ne s'était pas encore tout à fait remis de sa crise, ce qui le poussa à bien vite abandonner le combat), il fut clairement décidé qu'en plus de Mikhail, Yato serait du voyage. Ayant bien vite rassemblé leurs affaires, tous quatre quittèrent le village sous les remerciements émus et reconnaissants des habitants.

Kardia s'étira en grimaçant, les membres encore engourdis à cause de la veille: comme il le craignait, une nuit complète de sommeil ne lui avait pas permis de complètement récupérer… Il pesta mentalement, furieux contre lui-même de s'être laissé tomber si bas lors de cette crise, mais aussi enragé contre son coeur qui refusait de le laisser en paix plus de deux mois. Bon sang, heureusement qu'il était parti avec Dégel! Il n'osait pas imaginer l'état dans lequel il serait s'il était resté au Sanctuaire!

Et en même temps, il s'en voulait d'avoir montré un tel visage (si faible, mourant) à son frère d'armes. Il grimaça et grinça des dents en serrant la lanière de sa Pandora Box jusqu'à ce que ses articulations en blanchissent. Pourquoi devait-il subir un tel châtiment? Qu'avait-il bien pu faire aux Dieux pour en arriver là? Il n'avait encore rien fait de mal qu'il se trouvait à cracher du sang dans le courant de sa deuxième année. C'était tellement injuste, tellement immérité, tellement…

La main froide de Dégel se posa doucement sur la sienne, dans un geste tellement inattendu qu'il se calma immédiatement et se tourna vers lui, un sourcil froncé:

-Quoi?

-Arrête de te torturer pour rien: ce qui est fait est fait. La prochaine fois, si tu veux éviter de me montrer ce genre de spectacle, contente-toi de m'appeler dès que tu te sens mal.

Kardia esquissa un vague sourire:

-C'est pas toi qui est le premier à rager quand j'écoute tes pensées?

Dégel haussa les épaules et dégagea sa main:

-Quand tu penses avec autant d'agitation, c'est juste impossible de ne pas écouter: tu t'imposes presque autant que quand tu parles, c'est dire.

-A ce point-là?

-Je te jure.

-Tu en deviendrais presque insultant là.

-Allons, je ne me permettrais pas voyons, tu me connais.

Ils se jetèrent un regard entendu et Kardia le gratifia d'un léger coup de coude amical:

-Tu vois que t'es chiant quand tu veux.

-C'est que j'ai eu un bon professeur.

Dégel eut un léger mouvement de recul, pas assez rapide toutefois pour empêcher Kardia de se rapprocher soudainement, les yeux plissés et la voix devenue murmure:

-T'en fais pas, j'ai encore un tas de choses à t'apprendre, et dans des domaines autrement plus sympathiques, si tu vois ce que je veux dire.

Le Verseau le repoussa d'une main ferme:

-Ne t'emballe pas trop non plus: ça sera pour une autre fois.

-Ouais bah j'espère que ça sera vite, parce que là tu commences à te faire un peu trop désirer, seigneur Dégel!

Mais il se tut soudain, comme estomaqué: Dégel le regardait avec un air qu'il ne lui connaissait pas. Les yeux presque fermés, laissant deviner une lueur amusée, un demi sourire au coin des lèvres… Ca plus l'image mentale qui venait de s'imposer à lui et qui n'était pas la sienne…

-Si tu es sage, peut-être que j'accepterai une entrevue avec toi quand on sera de retour au Sanctuaire… Ca ne tient qu'à toi.

Un frisson brulant remonta le long de sa colonne vertébrale et il passa la langue sur ses lèvres, cette étrange lueur orangée éclairant ses yeux dont les pupilles s'étaient rétrécies sous le coup de la soudaine poussée d'adrénaline et d'excitation:

-Vivement qu'on soit à la maison alors…


*Gandalf, sors de ce corps! (J'ai l'impression qu'il n'arrête pas de dire ça dans les films, c'est dingue comme il est pas cent pour cent fiable ce magicien! XD)

Alors voilà, c'est tout pour le moment! :D Je vous préviens d'avance, le prochain chapitre sera plus long *^* (en fait je devais couper ici pour équilibrer un peu les choses :s)Mes amis, je ne vous raconte pas la scène que je vous prépare dans le prochain chapitre :3

J'adore vraiment la relation qui s'instaure entre Kardia, Dégel et Mikhail: espérons que ça ira avec Liam! :O

Sur ce, encore courage à tous ceux qui travaillent encore, et à bientôt pour le prochain chapitre! :D

Bisous!