Coucou tout le monde, comment allez-vous? :D J'espère que votre rentrée s'est bien passée et que vous êtes tous en super forme! Hé oui, je poste ce chapitre avec un jour d'avance! Si ça c'est pas merveilleux! :D Mais avant ça, réponse aux guests:
Cobra: Salut! Hé oui, ça a beau être un grand gamin, Kardia n'en reste pas notre Kardia, un bon sadique psychopathe dans les règles de l'art! Mais on l'aime comme ça après tout ;D Je te remercie pour ta review et te dis à bientôt! :D
rubis 1995: Hey! Désolée que la fin t'ait semblé trop violente, j'avoue que j'ai sans doute un peu abusé sur ce coup-là ^^" Mais je suis heureuse que ça t'ait plu quand même :) Pour répondre à ta question, je ne pense pas qu'ils se reverront dans la fic (ça serait un peu hors sujet et j'aurais vraiment du mal à le caser au vu du plan de la suite...) mais je pensais plutôt faire quelques petits chapitres d'annexes une fois l'histoire terminée. Et là je compte bien faire un "chapitre" avec Kardia et Zacharias :) Je te remercie pour l'attention que tu portes à la fic et aux Ocs! A très vite! :D
Midia-du-scorpio: Salut! Ouah c'est super gentil, merci beaucoup! Je suis très contente qu'elle te plaise à ce point! :D Je te remercie encore une fois! A bientôt! :D
Sur ce, je vous laisse sans plus attendre avec ce nouveau chapitre! J'espère qu'il vous plaira!
Enjoy!
Un an plus tard.
Skodsborg, au nord de Copenhague, Danemark. *
Les enfants rassemblés dans la sombre cellule se redressèrent en tremblant quand la lourde porte s'ouvrit avec un bruit sourd et métallique. La plus petite fille de la pièce se mit à sangloter doucement, le corps secoué de tremblements. Le bruit si caractéristique de la charrette grinçante résonna à son tour, se rapprochant de plus en plus, rythmée par les plaintes et les réflexions des assistants:
-Il avait quoi celui-là? Il avait l'air parfait.
L'ombre sur le mur haussa les épaules:
-Pas assez résistant.
-Dommage, il avait pas mal de potentiel pourtant.
-Oui, Monsieur Klaus était en rogne.
-Ca peut se comprendre: tant d'efforts pour rien… Tant pis, à la fosse.
Les deux hommes passèrent devant la cellule, poussant une charrette sur laquelle gisait le corps d'un jeune garçon couvert de brulures et aux yeux vitreux. La petite fille poussa un léger cri effrayé et se lova dans les bras de sa voisine, enfouissant son visage dans sa tunique aseptisée, la même que portaient les autres cobayes.
Tous frémirent plus franchement quand de lourds pas résonnèrent à leur tour, annonçant l'arrivée de l'homme qui les terrifiait tous. D'une démarche assurée, quoique légèrement nerveuse (sans doute à cause de la frustration de l'échec), le géant aux cheveux blonds s'arrêta devant la cellule, un cigare à la bouche. Légèrement penché en avant, les deux mains dans le dos, il contempla les enfants tremblants d'un regard pensif. Puis, après un long moment d'observation, il porta une main à son menton:
-Est-ce que l'un de vous se porte volontaire, ou est-ce que vous préférez que je tire au sort? N'oubliez pas que ceux qui viennent avec moi et qui survivent ont une belle chambre pour eux seuls.
Comme des gémissements s'élevaient mais que personne ne se désignait (personne ne le faisait jamais), le regard acéré de l'homme se fixa soudain sur une silhouette recroquevillée dans le coin gauche de la cellule. Sur cette discrète lueur qui englobait ce jeune garçon blond et qui brillait en lui. Et sur la petite main qu'il venait de lever:
-Je suis volontaire…
Un sourire à la fois ravi et mauvais étira les lèvres de l'homme, dévoilant deux canines acérées:
-Parfait.
Le jeune garçon leva ses yeux fatigués vers lui.
Deux yeux vairons las.
Et dans le bleu et le vert de ce regard, Klaus lut la réussite:
-Les Dieux Jumeaux seront satisfaits de ton sacrifice, jeune homme.
$s$s$s$
Liam esquiva le coup de poing, plia les jambes et bondit en tournant légèrement sur lui-même, une jambe tendue vers son adversaire. Mikhail leva les bras devant son visage et campa ses pieds dans le sable de l'arène pour essayer de vaciller le moins possible. Mais il ne put s'empêcher de reculer de plusieurs pas sous la violence du choc. Une grimace frustrée sur le visage, le Russe se jeta sur le côté pour rouler dans le sable et éviter un nouveau coup de poing. Il hésita une demi seconde avant d'agripper une large poignée de sable et de l'envoyer au visage de Liam, un sourire mauvais sur les lèvres.
Le Grec poussa une exclamation surprise et porta le bras à ses yeux en grimaçant… Avant d'être propulsé en arrière par un violent coup de pied dans le torse. Son dos heurta le sol et il eut le sol coupé sous le choc, ouvrant la bouche sur un cri muet, à la recherche d'air. Malgré les larmes et le sable dans ses yeux, le cosmos de Mikhail lui apparut clairement quand il se jeta en avant pour le maintenir au sol.
Liam ferma les yeux, se laissant uniquement guider par son cosmos et, après avoir replié ses jambes, plaquant ses genoux sur son ventre, il les tendit soudain. Mikhail poussa un cri surpris quand les pieds de son adversaire le cueillirent dans le ventre pour le propulser de l'autre côté de l'arène. Et comme ses poumons hurlaient pour de l'air, il se retourna, se prépara à se lever… Et s'immobilisa: même s'il détestait ça, il savait reconnaitre la défaite. Et la main tendue juste devant sa gorge marquait clairement qu'il avait perdu.
Le visage légèrement noirci par la poussière et le sable, une goutte de sueur roulant le long de sa gorge, Liam haletait légèrement, attentif, prêt à réagir si Mikhail essayait de tenter un dernier coup. Mais le bruit de deux mains qui se heurtent les fit tous les deux se retourner vers leur professeur:
-Pas mal les mioches, vous vous débrouillez mieux que ce que je ne le craignais.
Kardia croisa les bras sur sa poitrine, un sourire dans la voix mais le visage incroyablement sérieux. Et bizarrement, comme les deux enfants se jetaient un regard, ils avaient comme un mauvais pressentiment. Liam tendit la main à Mikhail, l'aidant à se relever et lui soufflant un « Bien combattu » furtif. Puis, tous deux rejoignirent le Scorpion, attrapant leurs serviettes et attendant des commentaires qui ne tardèrent pas:
-Bon, Mikhail, t'es rapide, t'as de la technique et tu vas droit au but. C'est bien, mais tu dois arrêter de sous-estimer ton adversaire une fois que tu l'as mis à terre, merde. Il peut toujours se relever et te prendre au dépourvu: donc avant de croire que t'as gagné, tu le mets entièrement hors d'état de nuire et tu baisses pas ta garde, ok?
-Ok…
Grommela le garçon aux cheveux blancs en ronchonnant, frustré par sa défaite alors qu'il avait été si près de la victoire.
-Liam, t'as clairement fait des progrès niveau condition physique, mais tu dois vraiment arrêter de te reposer autant sur ton cosmos: c'est bien de le faire, je nie pas, mais tu dois pouvoir lire dans les mouvements de l'autre. Imagine que tu doives combattre un jour un type qui n'a pas de cosmos pour t'aider, tu fais comment hein?
-Mais j'avais du sable dans…
-Je m'en fous que t'avais du sable dans les yeux: tu dois aussi arrêter de croire que le monde est réglo. Dans un vrai combat, ton adversaire te balancera du sable, de l'eau, du venin, tout ce que tu peux imaginer pour te mettre hors d'état de nuire, ok? Ah et bouge plus les jambes aussi, tu dois être mobile pour espérer esquiver les attaques des autres.
Le garçon aux cheveux rouges baissa la tête et soupira, penaud:
-D'accord…
Kardia hocha la tête, puis, après une longue seconde de silence, il gratifia les deux apprentis d'un ébouriffage de cheveux dans les règles:
-Allez, on recommence. Et cette fois suivez mes conseils, merde.
Les deux garçons hochèrent la tête, un sourire aux lèvres:
-D'accord!
Kardia les regarda se remettre en garde et poussa un petit soupir amusé malgré lui: qu'est-ce qu'ils avaient évolué en un an à peine. Mikhail, maintenant âgé de treize ans, avait pris cinq bons centimètres en taille et avait forci au bout d'un entrainement quotidien impitoyable. Bien qu'encore légèrement hésitant, son cosmos semblait se stabiliser et il pouvait désormais y faire appel sans trop de difficultés. Et son regard à la fois rageur et triste s'était teinté de paix au contact de la tranquillité et de l'amitié de Liam.
Ce dernier avait, quand à lui, appris à mieux utiliser ses poings plutôt que son cosmos assuré et maitrisé. Malgré son calme et son côté paisible, il était déterminé à progresser, à rendre ses deux professeurs fiers. Pourtant, s'il était plus mature que Mikhail, il n'avait pas pris un centimètre, restant le plus petit (mais aussi le plus jeune, puisqu'il avait un an de moins que son compagnon d'armes) des deux.
Kardia en était persuadé, ces deux gosses feraient de bons Chevaliers: forts, dévoués, unis,… Il était ravi de voir que leur entrainement commun portait ses fruits aussi vite. Dégel s'était principalement occupé de Mikhail et de son cosmos. Il leur avait fallu presque quatre mois avant qu'une première étincelle de cosmos ne crépite dans la main du garçon aux cheveux blancs. Encouragé par ce succès, il n'avait plus fallu qu'un ou deux mois d'entrainement quotidien poussé pour qu'il puisse presque maitriser l'univers en lui.
Mais malgré son sourire teinté de moqueries, malgré son ton enjoué et ses progrès évident, Kardia pouvait toujours lire dans ses yeux cette lueur de détermination qui ne l'avait plus quitté depuis la mort de sa soeur. Ce garçon était toujours déterminé à se venger. Et les nouvelles du Danemark peinaient à arriver et, quand elles arrivaient, elles n'étaient pas bonnes.
S'il avait tout bien suivi, ce Klaus était le Spectre du Cobra Royal et possédait donc des attaques empoisonnées. Dégel avait fait quelques recherches de son côté sur ledit animal, permettant ainsi d'apprendre que, bien que dangereux, le venin du cobra royal était le moins toxique de tous les serpents. Toutefois, il ne fallait pas le sous-estimer puisqu'il pouvait entrainer un coma hypoxique** qui, une fois un peu trop prolongé, pouvait mener à une mort par asphyxie. Que du bonheur donc!
De plus, il semblait que ce Spectre travaille sous les ordres de personnes au rang plus élevé. Et, mais cette information était moins sûre, apparemment, ces personnes étaient deux. Quand il avait entendu cela, le Pope avait échangé un regard entendu avec Dégel avant de convoquer Sisyphe et El Cid. Apparemment, pendant son escapade au Mexique, le Verseau avait dû prêter des livres concernant certaines divinités jumelles, et Sisyphe avait été chargé d'enquêter sur place en Amérique du Nord.
Et suite à cette nouvelle information, Sage avait décidé d'envoyer le Sagittaire et El Cid en mission, à la recherche de plus d'informations sur ces Dieux Jumeaux qui pouvaient être derrière cela. Ca plus une histoire de ne plus reproduire les erreurs du passé en se débarrassant au plus vite de ces deux divinités. D'après Dégel, le Pope et son frère avaient nourri une rancoeur sans précédent pour ces dieux, responsables de la mort de presque l'entièreté de leurs frères d'armes, mais aussi de leur Déesse de l'époque…
Bref, énormément de détails hyper réjouissants et que de bonnes nouvelles pour l'avenir!
Et franchement, Kardia commençait à en avoir marre d'attendre!
Un bruit de chute le fit sortir de ses pensées et il fronça les sourcils:
-Putain, Liam: tes jambes! Je te le dis à chaque fois!
Le jeune garçon lui jeta un regard à la fois fatigué et attentif:
-Tu dois rester en mouvement, bouge plus, je veux plus te voir rester immo-…
Alors que Liam se relevait et se tournait vers lui pour écouter ses conseils, Mikhail plongea littéralement sur lui pour le plaquer au sol, les faisant rouler tous les deux dans le sable et lui coupant momentanément la parole. Kardia écarquilla les yeux et beugla:
-Bordel de merde, Mikhail! T'aurais bien attendu que j'aie fini de parler, non?!
-T'as dit que je devais l'achever!
-Pas quand je suis en train de lui expliquer un truc, merde!
De passage près de l'arène d'entrainement, Dégel ne put s'empêcher de pousser un soupir à la fois amusé et désespéré quand il vit Kardia se ruer dans la mêlée pour essayer de se faire entendre mais aussi pour corriger ces deux garnements. Revenu de sa ronde habituelle autour du Sanctuaire et n'ayant rien vu de spécial, il pouvait aller faire son rapport au Pope.
Il engloba le Sanctuaire d'un regard nostalgique: vide encore un an auparavant, la cinquième maison était désormais habitée par un jeune garçon d'à peine douze ans, fils de l'ancien Chevalier du Lion. Incroyablement jeune mais aussi incroyablement puissant naturellement, Régulus était donc le plus jeune d'entre eux. Et pourtant, le Pope l'avait même envoyé en mission en Irlande quelques mois auparavant. Et, aussi étonnant que cela puisse paraitre, il avait mené sa mission à bien, affrontant une ancienne divinité païenne et se liant avec la descendante du Dieu Lugh, une jeune fille de son âge.
Incroyable, vraiment ce garçon l'était.
Autre nouvelle, plus ou moins importante en fonction de la personne, Dohko avait ramené tout récemment un jeune garçon d'Italie qui, coïncidence ou caprice du destin, avait connu Sasha et avait fréquenté le même orphelinat qu'elle pendant des années. La Balance espérait faire de ce garçon un Chevalier de Bronze, lequel, il ne savait pas encore, mais il était certain que ce Tenma avait un énorme potentiel et un rôle certain à jouer dans cette guerre.
En tout cas, Sasha était véritablement ravie de ces retrouvailles et passait énormément de temps avec le garçon quand ils n'étaient pas occupés par leurs tâches respectives. Chose qui ne plaisait pas entièrement à certains Chevaliers… Notamment Sisyphe, Shion et lui-même: peu après l'arrivée de Tenma, un Spectre avait réussi à s'infiltrer dans le Sanctuaire et avait failli mettre la main sur Athéna elle-même. Heureusement, Shion se trouvait non loin et avait pu intervenir avant qu'il ne soit trop tard.
De fait, certains Chevaliers n'étaient pas rassurés lorsque leur Déesse sortait sans véritable protection, s'arrangeant pour que le Pope lui attribue un protecteur qui la surveillerait de loin. Et, si ses souvenirs étaient bons, celui du jour n'était autre qu'Albafica.
Pile comme il pensait cela, il aperçut son frère d'armes au loin, précédé par la jeune Déesse aux cheveux bien plus longs et au sourire définitivement plus rassuré depuis ces retrouvailles avec son ami d'enfance. Elle s'arrêta en apercevant Dégel et lui fit un petit signe avant d'aller à sa rencontre:
-Bonjour, Dégel!
-Bonjour, Athéna.
La jeune fille ne s'offusqua même pas, continuant de sourire avec chaleur:
-Je t'en prie, appelle-moi Sasha: je ne suis qu'une petite fille et je suis ton amie avant tout.
-Si vous voulez.
Son sourire (comment était-ce possible) s'élargit encore et elle se plaça à ses côtés pour remonter vers le treizième temple:
-Comment va votre ami?
S'enquit Dégel, bien que, en toute vérité, il n'en avait pas grand chose à faire. Il faisait plutôt ça pour mettre la jeune fille à l'aise et éviter un long silence gênant jusqu'au onzième temple:
-Il s'est encore disputé avec Yato. (Elle rit doucement) Je pense qu'ils s'entendent bien en fait, mais qu'ils n'arrêtent pas de se chamailler.
Ha oui, les fameuses disputes Tenma-Yato dont tous les apprentis connaissaient l'existence. Le jeune garçon qu'ils avaient ramené de Chine s'était entraîné pendant un an (en même temps que Régulus, ce qui accentuait encore plus leur différence de niveau et la force du Lion en titre) et avait réussi à développer un cosmos plus qu'acceptable, le genre qui est adéquat pour un Chevalier de Bronze.
-Et toi?
-Hm?
-Comment vas-tu Dégel?
-Ma foi, plutôt bien.
-Et Kardia?
-Cet idiot entraîne nos deux protégés pour l'instant.
Sasha pouffa, amusée:
-Il adore vraiment s'occuper des enfants.
-Plus qu'il ne veut le faire croire en tout cas.
Le regard vert de la petite Déesse se teinta de nostalgie quand elle souffla:
-Il a vraiment été gentil avec moi. Je n'oublierai jamais ce qu'il a fait pour m'aider, comme il m'a sauvée, là-bas au Mexique… C'est vraiment un des meilleurs souvenirs de ma vie.
Dégel hocha la tête: il savait que c'en était aussi un dans celle de Kardia, même s'il n'en parlait pas beaucoup et évitait d'en parler (il ne parvenait pas bien à comprendre pourquoi d'ailleurs… Etait-ce le fait d'avoir manqué de mourir?). Sasha poussa un souvenir rêveur:
-Et puis, grâce à lui j'ai pu rencontrer des gens vraiment exceptionnels. Et bien que ça ne soit pas possible pour Nahualpilli, j'espère que je pourrai revoir Calvera un jour...
Dégel fronça un sourcil: autant il avait « entendu parler » de Nahualpilli, autant le nom de « Calvera » ne lui disait rien du tout. Bizarre, est-ce que Kardia aurait pu oublier de lui parler de cet autre allié? Et pourquoi donc son nom ne se trouvait pas dans ses pensées quand il commençait à parler du Mexique? Interloqué, il ne put s'empêcher de demander:
-Qui donc?
Sasha lui jeta un regard légèrement surpris:
-Calvera, la dame qui nous laissé passer la nuit chez elle et qui était le réceptacle de Quetzalcoatl, le Dieu soleil des Mayas. Tu sais, celle qui a sauvé Kardia en lui rendant la chaleur du soleil pour relancer son coeur?
Le deuxième sourcil se fronça à son tour: comment était-ce possible qu'il ne connaisse absolument pas cette femme? Elle avait carrément sauvé Kardia d'une mort certaine et leur avait offert un toit,… Et puis elle était une Déesse?! Comment le Scorpion avait-il seulement pu oublier de lui parler de sa sauveuse et amie? Un étrange pressentiment lui noua le ventre quand il répondit calmement:
-Jamais entendu parler.
Sasha fronça un sourcil avant de hausser les épaules et de se détourner, l'air songeur:
-Bizarre… Ils s'entendaient bien pourtant…
C'était stupide, un simple détail sans importance à l'échelle d'une vie, et pourtant, Dégel sentit son coeur se serrer dans sa poitrine: pourquoi ne pas lui en avoir parlé? Pourquoi ne pas avoir même mentionné son nom? Est-ce qu'il avait vraiment oublié? Est-ce qu'il lui cachait délibérément quelque chose? Bon, inutile de paniquer ainsi pour rien, il en parlerait avec lui ce soir. Il inspira profondément et se dota d'un air détaché:
-Bête comme il est, il doit avoir oublié de m'en parler dans sa précipitation.
-Possible, oui c'est sans doute ça.
La jeune fille (bon sang, qu'est-ce qu'elle grandissait) secoua légèrement la tête, comme pour chasser une idée de sa tête, et lui adressa un large sourire:
-A part ça, comment va-t-il?
-Kardia? Comme un charme: sa dernière crise date d'il y a quelques semaines et elle n'était pas trop violente. Il est aussi ravi d'avoir vingt ans et se comporte parfois un peu plus comme l'adulte qu'il est censé être. Mieux vaut tard que jamais… Mais même s'il a fait quelques progrès, il a encore un tas d'efforts à faire.
-Comme quoi, « tout vient à point qui sait attendre »!
Cita la Déesse en français avec un léger accent, ce qui arracha malgré tout un léger sourire à Dégel:
-Vous avez fait d'énormes progrès.
Les pommettes légèrement rosées sous le coup de la fierté, Sasha rit doucement:
-Merci, c'est grace à toi. (Elle jeta un coup d'oeil au Sanctuaire depuis le temple devant lequel ils venaient de s'arrêter, le huitième donc, et souffla, les yeux perdus dans le vague) J'aimerais que cette tranquillité et cette paix ne cessent jamais…
Un coup de vent fit voler les longs cheveux mauves de la jeune fille, voilant un court instant son regard soudain légèrement triste et contemplatif:
-Je ferai tout pour vous protéger, pour préserver cette paix que nous aimons tant. J'en fais la promesse.
Sa voix, pourtant si fluette, s'était soudain faite plus grave, comme si elle appartenait à une version plus âgée d'elle-même. Peut-être était-ce le cas, après tout. En tout cas, Dégel ne mit pas fin à ce silence respectueux qui s'instaurait entre eux, contemplant à son tour le Sanctuaire en contrebas, les arènes, les cabanons des apprentis, Rodorio au loin,… Sasha avait raison: ils devaient absolument protéger ce monde, protéger la paix et les innocents d'un sort qu'ils ne méritaient pas. Cette jeune Déesse ne cessait de l'étonner au niveau de sa maturité et de son sérieux, de son amour inconditionnel pour le monde entier.
Quel triste sort cette guerre lui réservait-elle? Combien de Chevaliers devrait-elle perdre au combat? Combien d'amis si chers ne lui reviendraient plus jamais? Saurait-elle assez forte pour surmonter la peine et le désespoir pour mener ses troupes vers la victoire? Serait-elle capable de transcender l'humaine, qu'elle restait encore, en une Déesse de la Guerre avant de pleurer sur ses morts? Malgré lui, Dégel sentit sa gorge se serrer: pauvre enfant… Elle était encore si jeune, et elle avait déjà tellement à porter sur ses maigres épaules…
Secouée d'un léger frisson, Sasha se tourna soudain vers lui, l'air de nouveau joviale et tout à fait lumineuse:
-Je dois y aller, sinon Sage risque de s'inquiéter. A bientôt, Dégel!
Le Verseau inclina le buste et la regarda s'éloigner avant de regarder une dernière fois le Sanctuaire en contrebas, baigné dans la lumière du soleil. De combien de temps disposaient-ils avait que cette guerre, encore silencieuse et souterraine pour l'instant, ne se déclare réellement? Le Grand Pope lui avait dit ne pas avoir senti le Dieu des Enfers s'éveiller, ce qui voulait dire que quelqu'un d'autre dirigeait ses troupes pour l'instant. Quelqu'un qui plaçait ses pions avec précision et qui testait leur force tout en renforçant leurs rangs…
Dégel se détourna: ils devaient se tenir prêts pour mettre ce « quelqu'un » hors d'état de nuire, et mettre toutes les chances de leur côté.
$s$s$s$
Le soleil venait de se coucher quand Kardia poussa la porte de ses appartements en poussant un long soupir exaspéré:
-Putain ils m'ont tué ces salauds.
-C'est toujours un plaisir de t'entendre rentrer.
-Je sais ouais.
Le Scorpion se pencha sur la chaise sur laquelle était assis Dégel, un livre à la main et lui tournant le dos, pour déposer un baiser bruyant sur sa joue:
-Ils sont pas méchants hein, mais ils sont casse-pieds, même s'ils font des progrès.
-Arrête ton char, je sais que tu les apprécies.
Répondit Dégel sans lever les yeux de son livre. Kardia rit légèrement et haussa les épaules:
-Liam est toujours trop naïf et Mikhail galère encore un peu avec son cosmos, mais je pense qu'on va en faire de bons Chevaliers. Je les aime bien ces petits, mais j'essaye de pas trop m'attacher non plus.
-Ne parle pas de malheur.
-Nan mais je suis juste réaliste. Même si ça me plait pas non plus.
Il plissa les yeux et essaya de déchiffrer l'ouvrage que son compagnon lisait avec tant d'application. Mais il renonça bien vite et se se dirigea vers la cuisine. Il y attrapa une pomme et revint se vautrer sur la chaise juste devant Dégel:
-Et toi, qu'est-ce que tu me racontes de beau?
Dégel daigna enfin lever les yeux vers lui et, alors que Kardia esquissait un sourire, la question, pourtant posée sur un ton simplement curieux, de son frère d'armes le pétrifia:
-Qui est Calvera?
Le Scorpion se liquéfia et manqua de s'étouffer avec un morceau de pomme sous le choc. Il toussa violemment, frappant sa poitrine de son poing, sans parvenir à soutenir le regard curieux de Dégel:
-Hem, qui ça?
-Hé bien, la dame qui vous a hébergé au Mexique. Celle qui est le receptacle de Quetzalcoatl.
La toux de Kardia redoubla, comme s'il ne parvenait pas à s'en remettre. Si bien que Dégel fit mine de se lever, inquiet:
-Est-ce que ça va?
Le Grec leva la main comme pour l'empêcher d'approcher et se leva lui-même, tournant ainsi le dos à Dégel:
-Ca va, j'ai juste avalé de travers, t'inquiète.
Pas vraiment convaincu, le Verseau fronça les sourcils:
-Tu me caches quelque chose?
-Mais non! Qu'est-ce que tu racontes?!
Mais la soudaine vague de panique et ce ton agressif démontraient le contraire. Si bien que le noeud de son estomac se resserra encore un peu plus. Il referma son livre, ôta ses lunettes et se leva pour aller chercher un verre d'eau, tâchant de rester le plus calme possible:
-Bon, alors pourquoi tu ne veux pas me parler d'elle? Sasha m'a dit que c'était elle qui t'avait sauvé la vie, alors je suis juste surpris que tu ne m'en aies jamais parl-…
-Putain, c'est quoi ça?! Un interrogatoire?! (S'écria Kardia en se tournant vers lui) C'est quoi le problème? J'ai encore le droit de ne pas tout te dire non?
Dégel fronça un sourcil:
-Il me semblait pourtant qu'on devait tout se dire, non?
-Ouais bah j'ai peut-être envie de garder des trucs pour moi, ça marche?! Je t'ai pas parlé de la meuf qui nous avait logés, ok, où est le problème?
-Mais je n'ai pas dit qu'il y en avait voy-…
Kardia pointa un index accusateur sur sa poitrine, les sourcils dangereusement froncés:
-Moi je t'ai pas demandé des comptes quand à cette mission en France, ok? Et j'ai pas fait de caca nerveux quand cette « Séraphina », qui me semble vachement importante pour toi d'ailleurs, pointait le bout de son nez dans ta tête! J'ai même rien demandé du tout sur elle!
Inquiet la seconde auparavant, Dégel crut que son coeur venait de le lâcher à cette simple parole. Et malgré sa maitrise parfaite de ses émotions, il ne parvint pas à empêcher son visage de se décomposer au simple souvenir de ce qui était arrivé en France. Incapable de dire quoi que ce soit, de rétorquer, de masquer entièrement ses pensées, il se tut, érigeant un silence incroyablement pesant entre eux deux.
Si pesant que, quand au bout de longues secondes, Kardia murmura d'une voix rendue tremblante par la colère et la surprise, ce fut comme s'il avait crié:
-Ca veut dire quoi ça?
Les yeux écarquillés, il apercevait des images de souvenirs qui ne lui appartenaient pas, de sentiments qui n'étaient pas les siens… Et ce silence de la part de Dégel était encore pire que s'il avait commencé à répliquer.
Le Verseau baissa les yeux, livide, et balbutia:
-Ecoute je…
Une longue chevelure d'argent étalée en éventail sur des draps blancs.
-Je voulais te le dire mais…
Des lèvres roses soupirant un nom tant aimé.
-Mais je n'étais pas moi-même quand c'est arrivé…
Deux yeux bleus clairs comme les siens remplis de larmes et de reconnaissance.
-Et je ne voulais pas te faire de mal alors je…
Une peau de neige si douce au toucher et si belle à regarder.
-J'ai préféré ne rien dire pour te protéger…
Deux mains qui se lient, deux corps qui s'unissent.
-Pour nous protéger…
Etourdi par ce flot de sensations et d'images, Kardia ne réagit pas tout de suite. Impossible, c'était tout simplement impossible. Dégel n'avait quand même pas… Son sang ne fit qu'un tour dans ses veines et il vit rouge. Incapable de se contrôler, incapable de pardonner, il l'empoigna au collet et hurla malgré lui:
-T'as couché avec cette fille?!
-Attends, ce n'est pas…
-Et ça fait presque deux ans?! Tu comptais me le dire quand exactement?!
Les yeux devenus brulants malgré son visage livide, Dégel se dégagea violemment et rétorqua, plus pour essayer de détourner son attention et pour se laisser le temps de chercher une explication plutôt qu'autre chose:
-Je pourrais te retourner la question: quand est-ce que tu comptais me parler de cette « Calvera », hein?! Ose me dire que tu ne l'appréciais pas! Ose seulement!
Ce fut comme s'il l'avait giflé. Kardia passa du rouge de la colère au blanc de l'horreur quand il le lâcha et se recula lentement:
-C'est pas pareil, je…
Dégel porta une main à son coeur, le souffle coupé, quand une image le heurta de plein fouet, comme un coup de poing:
-Je voulais pas mais…
De longs cheveux noirs comme l'ébène qui se coulent dans un dos brun dénudé.
-Mais elle a insisté et je…
Deux yeux améthystes brulants et désespérés, mais remplis d'amour.
-Je ne…
Une peau hâlée par le soleil sur laquelle glissent des mains qu'il connait par coeur.
-Dégel je ne voulais pas te faire de mal et…
Deux corps brulants blottis l'un contre l'autre, et trois mots répétés.
-J'ai préféré ne rien dire…
Sous le choc, Dégel trébucha et dut s'appuyer au mur pour ne pas tomber. Horrifié, le coeur battant à tout rompre et la gorge serrée il souffla d'une voix rendue tremblante par la douleur:
-Tu l'aimais… Tu l'as aimée et tu as couché avec elle…
-Non, c'est pas ça, je ne…
Balbutia Kardia en faisant un pas en avant. Rarement Dégel avait ressenti autant de colère et de rage, de tristesse et de douleur. Si bien que sa main se leva sans qu'il ne puisse l'en empêcher, bien décidée à frapper. Mais il parvint, par un effort surhumain, à arrêter son bras au tout dernier moment, à quelques centimètres du visage du Scorpion:
-Comment as-tu pu me faire ça?
-Je peux te retourner la question.
Dégel inspira profondément et se recula lentement, la gorge serrée et une vague de colère douloureuse enflant dans sa poitrine:
-J'aimerais être assez fort pour dire qu'on est quittes et passer à autre chose… Mais je ne parviens pas à croire que tu aies pu me cacher une chose pareille.
-J'avais aucune envie que ça se sache! Je voulais pas te blesser!
-Beau travail, c'est chose faite! Tu n'avais pas compris la dernière fois que me cacher des choses pour me protéger ça ne marchait pas?!
Gronda Dégel en le fusillant d'un regard noir. Comme si cette intonation avait servi d'électrochoc, Kardia se redressa et éleva la voix, le visage déformé par la colère:
-Tu peux parler toi! T'as fait exactement pareil!
-Je n'ai pas eu le choix, ce n'est pas pareil!
-C'est EXACTEMENT pareil, bordel!
Hurla Kardia en faisant un mouvement en avant. Dégel sentit son coeur se serrer et, malgré sa colère et sa déception, son envie d'avoir des explications et son horreur, il céda en premier:
-Je ne parviens pas à me pardonner de t'avoir… (Il soupira un court instant) De nous avoir fait ça… Mais… Mais de savoir que tu as fait la même chose…
C'était impossible, il ne parvenait pas à le croire: Kardia ne pouvait pas lui avoir fait une chose pareille. C'était tout bonnement impossible. Mais… Mais pourtant… Il serra les dents et quitta le huitième temple sans se retourner. Abandonnant sur le sol le livre qu'il lisait quelques minutes auparavant. Le suivant jusqu'à la porte, Kardia s'écria:
-Dégel, reviens ici! Reviens bordel! Reviens ici qu'on s'explique!
-Ne t'avise surtout pas de venir au onzième!
Les mains tremblantes et le coeur douloureux, Kardia bouillonna un moment avant de pousser un cri de frustration. Et quand il claqua violemment la porte derrière lui, le mur se fendit légèrement. Il shoota dans une chaise, l'envoyant valser à l'autre bout de la pièce, fracassa un verre sur le sol, renversa un vase en haletant de rage,…
-Comment il a pu me faire ça?!
Soudain sans forces, il tomba assis sur le sol et se prit la tête entre les mains, les yeux brillants de rage et de regrets:
-Mais qu'est-ce que j'ai fait?!
De son côté, Dégel referma la porte du onzième temple et s'y appuya, comme pour éviter de défaillir. Sa gorge était tellement serrée qu'elle lui faisait mal et l'empêchait presque de respirer. Il leva les yeux vers le plafond et attendit que ces larmes si rares roulent sur ses joues. La douleur était trop forte, la peine trop énorme et la colère trop présente, il était impossible qu'il ne verse pas une simple larme.
Et pourtant, comme toujours depuis la mort de sa mère, malgré cette vague terrible de sentiments, ses yeux restèrent désespérément secs quand il souffla, la voix rauque:
-Mais qu'est-ce qui nous a pris?…
* Ayant voyagé à deux reprises dans ce merveilleux pays (les gens sont adorables et les lieux magiques, mes amis!), je voulais absolument placer l'action dans un village/une ville que j'avais visité. Au début j'avais pensé à plusieurs autres propositions (dont Roskilde (village adorable avec un super musée viking), à Odense (ville natale de Andersen) ou à Elseneur (avec le château de « Hamlet » svp)) mais comme il me fallait un coin à la fois isolé mais non loin de la capitale, j'ai choisi Skodsborg, juste à côté du sympathique village de Vedbaek :3
** Lors de ce type de coma, le système respiratoire cesse petit à petit de fonctionner (merci internet), (ce qui empêche également d'oxygéner correctement le cerveau et donc tous les autres muscles) d'où la mort par asphyxie. J'adore!
Et voilà! Ce moment fatidique que vous attendiez tous est enfin (Désolée XxMiharu et encore merci pour ta relecture! 3) arrivé! :O (Ahlala Sasha ne se rend sans doute pas compte de ce qu'elle a fait comme boulette!) J'espère que ça vous aura plu! Comment vont-ils bien pouvoir se sortir de ce pétrin?! D'autant plus que je prévois un petite surprise pour les prochains chapitres! Réponses dans le chapitre du mois prochain! :O
Encore merci à tous pour votre soutien et vos messages! J'espère que la suite vous plaira!
A bientôt!
