Coucou tout le monde! J'espère que vous allez bien! :D
Je tenais à tous vous remercier pour vos chouettes messages et encouragements, mais aussi pour votre fidélité (ça fait un peu plus de 3 ans mes amis, je n'en reviens pas! :O)! Alors merci! 3
Guest: Salut! Je suis super contente que le chapitre t'ait plu, c'était un passage tellement important que j'avais un peu la pression, du coup je suis vraiment rassurée de lire ta review! :D (Nous verrons ça dans les chapitres qui viennent ;) et j'adore ta manière de voir Kardia, fier mais trop attaché pour ne pas se remettre en question *^*) C'est réjouissant n'est-ce pas? XD J'espère que ce que je prépare te plaira ;D Encore merci et gros bisous! :D
Sur ce, je ne vous retiens plus!
Enjoy!
Pour une fois dans sa vie, Kardia s'était réveillé avant que le soleil ne se lève. A vrai dire, il n'avait d'ailleurs pas pu fermer l'oeil de la nuit, passant du désespoir aux remords, et des remords à la haine. Il ne parvenait pas à croire comment Dégel, son Dégel à lui, avait pu lui faire un coup pareil. Qu'il l'ait fait lui, de son propre côté, c'était une chose: il n'était pas fiable de base, il était plus faible face aux tentations,… Mais Dégel?! Dégel toujours si noble, si droit, si juste, si humble, si fidèle, si honorable,… Que Dégel, armé de toutes ces qualités, ait pu lui faire un coup pareil… Il ne parvenait tout simplement pas à y croire. Qu'avait donc dis cette sorcière de Séraphina pour lui faire faire une chose pareille?!
Kardia grimaça et se prit la tête entre les mains. Il savait que c'était faux, qu'il cherchait une excuse à Dégel alors qu'il n'en avait pas. Quand ses souvenirs avaient déferlé dans sa tête, il avait clairement vu que cette femme aux cheveux argentés s'était retirée d'elle-même. Elle n'avait absolument pas forcé la main à Dégel, avait même complètement accepté son refus. Et au lieu de la laisser partir, il l'avait rattrapée. Il l'avait embrassée et serrée contre lui. Il avait cédé.
Alors qu'il avait clairement eu le choix. Alors qu'il avait eu plus d'une opportunité de ne pas faire une chose pareille.
Kardia serra les dents et se força à inspirer profondément, à ne pas fracasser son poing contre le mur. Se força à penser à sa propre erreur...
Et poussa un soupir désespéré et las: il avait fait l'erreur le premier, il fallait absolument qu'il arrête d'en vouloir à Dégel, qu'il aille s'excuser, se mettre à genoux s'il le fallait, qu'il mette toute sa sincérité dans ces paroles… Qu'il montre à quel point ce choix l'avait hanté depuis qu'il l'avait fait…
Malgré sa tentative de rester calme, la colère enfla de nouveau dans sa poitrine et il se leva d'un bond, faisant le tour de sa chambre pour la millième fois depuis son réveil:
-Putain de merde!
Il n'y arrivait pas, il n'arrivait pas à y croire! Il n'arrivait pas à pardonner! Alors qu'il avait fait exactement la même chose! Kardia serra les poings, retint un hurlement frustré… Et se redressa quand un appel mental résonna:
-Manigoldo, Kardia, Dégel, Albafica: venez au treizième temple dès que possible, j'ai des missions à vous confier.
Le Scorpion ne put s'empêcher de pousser un grognement désespéré:
-Putain je rêve…
Ca faisait que quand ils s'entendaient merveilleusement bien ils avaient droit à une ou deux missions ensembles (plus une ou deux où Kardia s'incrustait). Mais là, quand ils pouvaient plus se piffer ou se regarder droit dans les yeux, là le Pope s'empressait de les envoyer ensemble à l'autre bout du monde! Merde, merde et re-merde! Il pouvait pas mieux choisir son moment ce vieux crouton?!
Il s'efforça de se calmer du mieux qu'il pouvait, d'avoir un air plus ou moins serein: au fond, peut-être que cette mission en duo serait une occasion pour eux de jouer cartes sur table, de s'engueuler une bonne fois, peut-être même de se taper dessus, de hurler,… Puis de se réconcilier tant bien que mal après avoir clairement exprimés leur remords dans une attitude repentie. Oui, il y avait peut-être moyen que ça marche…
Kardia enfila son armure avec une lenteur calculée, essayant à tout prix d'arriver en retard pour ne pas avoir à croiser Dégel trop tôt. Il n'était pas encore prêt à l'entendre s'excuser, inventer des conneries… Et il était certain que le Verseau n'était lui-même pas disposé à l'écouter… Aucun des deux n'était prêt à pardonner, il le savait.
Du moins pas si vite…
Il leur fallait du temps. Du temps pour dompter la colère et le ressentiment. Du temps pour essayer de pardonner.
Et Kardia n'était pas certain d'y parvenir.
Il avait envisagé une seconde de ne pas pardonner et de simplement mettre un terme à cette relation qui, de toute évidence, venait d'atteindre ses limites. Mais il ne pouvait tout simplement pas supporter cette idée: perdre Dégel en plus de sa confiance, c'était au dessus de ses forces. Il ne pouvait tout simplement plus vivre sans lui, c'était devenu aussi vital que l'oxygène ou l'eau. Non, il devrait à tout prix trouver un moyen de se faire pardonner et de pardonner à son tour…
Restait à voir laquelle des deux actions était la plus difficile à effectuer…
Malgré ses sérieux calculs, il arriva devant le onzième temple pile quand Dégel refermait la porte de ses appartements, droit et digne dans son armure d'Or. Kardia grinça des dents et, estimant qu'il s'agissait d'un signe du destin, fit le premier pas, désireux de rompre cette tension entre eux:
-Dégel!
Comme il s'y attendait, le Verseau ne daigna même pas lui adresser un regard et entreprit de commencer son ascension sans un coup d'oeil en arrière. Kardia retint une insulte bien sentie et, montant quelques marches trois par trois, rattrapa bien vite son frère d'armes pour lui attraper le bras:
-Attends.
Dégel lui jeta un coup d'oeil brillant de colère et se dégagea vivement en feulant:
-Ne me touche pas. Ne me touche plus jamais.
Franchement, Kardia se serait cru transporté dans le passé: il avait l'impression que c'était de nouveau le jour de leur première rencontre, le jour où ils avaient immédiatement commencé à s'agresser et à se tester. Bon sang… Dire que tout était à refaire, tout à recommencer… Cette confiance si durement acquise, il allait de nouveau devoir batailler pour la reconquérir… Et vice versa.
Parce que si son remord était fort, il n'effaçait absolument pas sa colère et ce sentiment de trahison qui enflait en lui depuis la veille.
Mais il se força à rester aussi calme que possible quand il leva les mains en signe de « paix »:
-Ecoute, t'as le droit d'être en colère. Je suis terriblement désolé, t'imagines même pas à quel point je m'en veux d'avoir fait une connerie pareille, je te jure. (Dégel le fusilla du regard mais ne l'interrompit pas) Que je fasse une bêtise de ce genre… C'est parce que je suis débile, bien moins malin que la moyenne, j'avoue. (Il haussa d'un ton sans s'en rendre compte) Mais que toi, un type aussi intelligent que toi, me fasse un coup pareil… Franchement j'ai du mal à y croire et j'arrive pas à m'en remettre.
-Et moi j'ai du mal du mal à croire qu'une personne aussi forte que toi ait pu céder aussi facilement. (Gronda Dégel en retour, sans le quitter des yeux) Moi je suis faible, ça explique pas mal de choses, mais toi?
Kardia fit un mouvement qu'il parvint à arrêter in-extremis et, désireux de montrer ses efforts, soupira profondément avant de grincer des dents:
-Je pense qu'on est d'accord sur un point: tu veux me détester mais tu peux pas entièrement parce que tu te sens coupable. Je le sais, j'ai exactement pareil.
-Parce que tu connais la notion de culpabilité?
-Putain, tu vois pas que j'ai déjà assez de mal comme ça?! (S'exclama Kardia en haussant le ton avant de soupirer) Merde! Bref, je sais que c'est difficile, mais on devrait simplement tourner la page et ne plus jamais reparler de ça. T'en penses quoi?
Il était stupide de croire, d'espérer, que Dégel allait simplement réfléchir quelques secondes avant d'hocher la tête. Il aurait dû s'attendre à ce qui allait suivre:
-J'en pense qu'il va me falloir un peu plus de temps que ça pour réfléchir. Sur mon comportement, sur le tien… Et sur notre « relation », si on peut encore l'appeler ainsi.
Kardia hésita entre s'énerver franchement et discuter calmement. Mais il serra les poings et céda quand il se rendit compte qu'au fond, il ressentait la même chose:
-Je comprends…
-Parfait.
Et Dégel se détourna sans autre forme de procès, sans faire mine de l'attendre. Kardia gronda de vagues paroles incompréhensibles et le suivit de loin, contenant difficilement sa rage.
Il ne savait juste pas s'il était plus en colère contre lui, ou contre Dégel…
Ils arrivèrent au treizième temple séparés par une dizaine de pas. Si bien que quand ils poussèrent la lourde porte, Manigoldo leur adressa un regard interloqué (et même Albafica sembla légèrement surpris, mais ce type était tellement secret que Kardia n'en aurait jamais mis sa main à couper). De fait, ils s'agenouillèrent chacun à un bout de la salle, Dégel à côté d'Albafica et Kardia à côté de Manigoldo. Ce dernier ne parvint d'ailleurs pas à s'empêcher de chuchoter:
-Wow il s'est passé quoi là?
-Je suis pas d'humeur.
-T'en fais pas, ça j'avais vu. (Il jeta un coup d'oeil à son voisin de gauche) On avait tous vu d'ailleurs.
-Mani, tu m'aides pas là.
-Tu ne…
-Merci d'être venus si vite, Chevaliers.
Tous se turent et baissèrent la tête quand le Pope entra dans la salle, sa longue toge glissant derrière lui sur le tapis rouge. Comme toujours depuis qu'Athéna était revenue au Sanctuaire, il se tint debout à côté du trône et y posa simplement une main, sans faire mine de s'y assoir:
-Après un an d'attente et de recherches, nous sommes désormais prêts à agir contre la menace qui pèse sur nous depuis le Danemark.
Bête réflexe, Kardia adressa un coup d'oeil enthousiaste à Dégel qui, évidemment, ne daigna pas tourner la tête vers lui. Le Scorpion se renfrogna et grommela entre ses dents. Mais déjà, Sage continuait
-En effet, le Spectre du Cobra Royal se trouve sur place et mène des expériences sur des enfants ou jeunes adolescents afin d'en faire des machines à tuer, des Spectres puissants mais dépourvus de volonté propre et de libre arbitre. Si nous voulons éviter la mort de nombreux innocents et démarrer cette Guerre aussi équitablement que possible, nous devons à tout prix mettre cet homme et ses machinations hors d'état de nuire.
Albafica et Manigoldo, qui ne semblaient pas être au courant de cette histoire, se jetèrent un regard à la fois choqué et horrifié et le Pope soupira:
-J'aurais aimé pouvoir agir plus vite, mais je ne pouvais pas me permettre de vous envoyer là-bas sans aucune information au préalable.
-Ca veut dire qu'on y va à quatre? Il est si terrible que ça, ce type?
Ironisa l'Italien avec un large sourire. Sourire qui déchanta bien vite quand Sage secoua la tête:
-Non, ça veut dire que, au vu des aptitudes empoisonnées de ce Spectre, j'envoie sur place Kardia et Albafica, plus à même de mener cette mission à bien au vu de leur capacités. Votre mission vous attend à Skodsborg.
En parfaite synchronisation avec leur voisin respectif, Kardia et Manigolo sentirent leur mâchoires se déboiter, tandis que Dégel et Albafica écarquillaient des yeux légèrement horrifiés et désespérés comme ils comprenaient clairement ce qui allait se passer. L'Italien tiqua légèrement:
-Une petite minute, papy… Ca veut dire que je vais aller en mission avec…
-Dégel, oui. Ton instinct m'impressionnera toujours, Manigoldo. (Sourit discrètement Sage à l'attention de son ancien apprenti) Un rapport m'a fait comprendre qu'un Spectre rôdait en Italie dans la région de Milan, non loin de la frontière Suisse, comme s'il cherchait quelque chose. Je veux que vous rendiez dans la ville de Bergame et que vous trouviez avant lui ce qu'il cherche. Enfin, vous le mettrez hors d'état de nuire et reviendrez avec votre découverte. Toutefois, je vous demande d'être prudents: on ne sait pas de quoi ce Spectre est capable.
-De quoi est-il le Spectre?
Demanda Dégel, l'air absolument neutre et pas plus perturbé que ça par le changement inhabituel de tandem:
-Je n'ai hélas pas plus d'information. Je compte d'ailleurs sur toi, Dégel, pour le découvrir au plus vite.
-Bien entendu.
Le Grand Pope frappa dans ses mains une fois, comme pour marquer la fin de la conversation:
-Bien. Soyez prêts à partir pour midi au plus tard: nous devons absolument agir avant que la menace ne devienne trop importante. Je compte sur vous, Chevaliers.
-Bien, Grand Pope.
Répondirent-ils comme un seul homme avant de se lever et de quitter le treizième temple, Dégel se plaçant aux côtés d'Albafica (on aurait dit qu'il allait l'encourager), et Manigoldo jetant un regard intrigué et désespéré à Kardia:
-C'est quoi ce délire? Pourquoi je dois me taper le glaçon? Pile quand ça commençait à super bien se passer avec Alba!
-Parce que tu crois que ça me fait plaisir de partir au bout du monde avec ton pote muet?
L'Italien poussa un long soupir et passa une main ennuyée dans sa nuque pour chipoter à quelques cheveux indigos:
-Ca va être l'horreur cette mission…
-Je te le fais pas dire…
-T'as des conseils pour éviter de me faire congeler?
Kardia haussa les épaules:
-Evite de l'énerver. Evite carrément de parler en fait.
-Merci beaucoup, là tu m'as vraiment aidé!
-Désolé, je suis vraiment pas d'humeur. Je vais vite aller préparer mes affaires: je sens que si j'ai une demi seconde de retard, l'autre enragé va me planter avec ses roses.
Manigoldo leva les yeux au ciel:
-T'exagères, il le fera seulement si t'as une minute de retard.
-Me voilà rassuré!
Ils se jetèrent un regard mi-amusé mi-désespéré et le Cancer poussa un soupir en gratifiant son frère d'armes d'une tape amicale dans le dos:
-Bonne merde pour ta mission, vieux.
-Merci, à toi aussi. Essaye de rester en un seul morceau.
-Et toi essaye de rester en vie: ne force pas trop.
-Je tâcherai de m'en souvenir.
Malgré lui, Kardia ne put s'empêcher de se retourner pour jeter un coup d'oeil à Dégel, sans doute le dernier avant plusieurs mois. Peut-être qu'il espérait un regard, un semblant de sourire, une pensée amicale et repentante… Peut-être qu'il aurait dû faire pression et se retrouver seul avec lui pour enfin mettre les choses à plat…
Au lieu de ça, Dégel ne croisa son regard qu'un fragment de seconde, comme s'il ne l'avait pas vraiment vu. Comme s'il n'existait plus à ses yeux. Comme s'il avait fait une croix définitive sur tout ce qu'ils avaient vécu.
Lassé par ce comportement (et par ses propres remords), le Scorpion fit machinalement craquer son épaule et descendit jusqu'au huitième temple sans un regard en arrière:
-Passe me prendre quand tu t'en vas, ok fish-stick?
Albafica jeta un regard légèrement désespéré à Dégel à cette appellation (qui lui était clairement destinée):
-Il est tout le temps comme ça?
Peu désireux de lui mentir, les yeux fichés sur le dos de Kardia, Dégel répondit lentement, sur un ton glacial:
-Non… D'habitude il est pire encore.
Le Poisson laissa entendre une légère plainte incompréhensible et soupira:
-Des conseils?
-Ne te laisse pas impressionner. Et laisse-le s'énerver tout seul: il finira par s'épuiser lui-même.
Albafica hocha lentement la tête:
-D'accord…
-Et pour moi?
Le Poisson haussa les épaules:
-Je n'ai pas vraiment de conseils à te donner: laisse-le juste parler tout seul en hochant la tête de temps en temps. Ha et évite de regarder ses mains quand il s'énerve: c'est fort distrayant. *
Malgré lui, Dégel esquissa un millième de sourire et inspira profondément: au fond, il valait mieux voir cette mission séparés comme une opportunité de prendre un peu de distance avec Kardia, de penser à ces fameux problèmes séparément, de faire le point… Et de prendre une décision au calme, sans être harcelé par ce sale traitre de Scorpion qui voulait tout régler trop vite.
Et puis, il y avait pire comme partenaire que Manigoldo, non?
$s$s$s$
Le silence qui régnait entre eux deux était la preuve même que le malaise était aussi fort chez l'un que chez l'autre. Kardia croqua bruyamment dans une (je vous le donne en mille) pomme en jetant un coup d'oeil vers son confrère du douzième. Appuyé contre le bord (tout à fait opposé à lui) de la charrette qui les transportait pour l'instant, les yeux à moitié clos baissés sur ses mains, Albafica n'avait pas daigné desserrer les lèvres depuis leur départ.
Bien que ça ne le change pas énormément de son compagnon habituel, il devait avouer qu'il y avait dans ce silence une once de méfiance et de distance glaciale qu'il n'y avait plus eu chez Dégel depuis bien longtemps. Il poussa un grognement discret:
-Pourquoi moi?
-Je n'arrête pas de me poser la question…
-Ha?
-Rien.
Kardia croisa résolument les bras sur sa poitrine et poussa un grognement incompréhensible. Malgré le maigre côté positif de ce changement de tandem (permettant ainsi à chacun de réfléchir de leur côté en évitant de se mordre et de se faire encore plus de mal), il estimait que cette mission au Danemark était aussi bien la sienne que celle de Dégel. Après tout, c'était eux qui avaient ramené Mikhail et qui avaient dû s'occuper de cette pauvre gamine. Le Pope leur avait vraiment fait un sale coup en les séparant… D'autant plus que son partenaire lui avait demandé de le briefer et de donner un maximum de détails et qu'il détestait faire des briefings.
Autre problème et non des moindres, il avait dû batailler pour que Mikhail accepte de rester sur place pour continuer son entrainement. Quand il avait appris qu'il partait au Danemark pour enfin régler leur compte à ceux qui avaient détruit la vie de sa soeur et la sienne, le Russe avait littéralement changé de couleur avant de faire un pas décidé en avant:
-Emmenez-moi.
-Non mais ça va pas la tête? C'est hors de question, gamin: tu restes ici et tu bouges pas.
-Vous aviez dit que vous m'aideriez à me venger!
-Ouais mais on savait pas que ce Spectre était aussi fort et dangereux pour tout le monde, ok? Je fais pas ça pour te faire chier mais pour te protéger.
-Je veux venir!
-Va dire ça au Pope! De toute façon c'est non!
Liam avait dû intervenir à son tour, posant une main légèrement réprobatrice sur l'épaule de son ami et lui adressant un regard compatissant:
-Tu ne voudrais pas mourir bêtement alors que tu as promis à ta soeur de vivre, non?
Instantanément, Mikhail s'était tu et, malgré ses poings serrées (si forts que ses articulation en avait blanchi), il n'avait plus tenté quoi que ce soit, se contentant de serrer les mâchoires et de gronder:
-Vous avez intérêt à ce que ce type crève dans les pires souffrances. Sinon je vous le pardonnerai pas.
-Compte sur moi, gamin.
Kardia croqua une dernière fois dans la pomme avant de la jeter par dessus son épaule, s'attirant un regard désespérément las de la part d'Albafica: y'avait pas à dire, ces deux apprentis s'entendaient vraiment super bien, comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Alors qu'ils étaient diamétralement opposés. Malgré lui, le Scorpion ne put s'empêcher de comparer ces enfants à Dégel et à lui-même. Bien que, en vérité, ils soient tout à fait différents de leurs ainés.
En effet, si Liam était clairement la voix de la raison, son calme tranquille était nettement moins glacial et réprobateur que celui de Dégel. Ca plus son léger sourire quasi omniprésent que le Verseau ne laissait jamais voir, ou presque. Quant à Mikhail, quoique nerveux, impulsif et au tempérament explosif, il se calmait instantanément si Liam le lui demandait et exposait paisiblement ses arguments. Bien plus à l'écoute et prêt à admettre son erreur que son aîné.
Une chose était sure, ces deux garnements avaient clairement du potentiel, et Kardia était certain qu'ils pourraient… Enfin, du moins qu'il pourrait, en faire de bons Chevaliers.
Kardia serra les poings: il avait beau essayer de penser à autre chose, chaque sujet de réflexion le ramenait ostensiblement à Dégel. Et donc à ce coup dans le dos qu'il lui avait fait. Il n'en revenait tout simplement pas. C'était tout bonnement impossible. Dégel était quelqu'un de fiable, d'honnête, de dévoué, de fidèle,… Qu'est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête?
Et le mieux, c'était que non seulement il avait fait ça, mais qu'en plus il n'avait même pas daigné lui dire! Pire encore, il n'avait même pas essayé de lui cacher l'existence de cette fille et son attachement pour elle. Non non, il laissait clairement son amour d'enfance à découvert dans son esprit, comme pour détourner son attention au cas où il aurait soudain un doute quant à sa fidélité!
Sale roublard d'intellectuel!
Kardia grimaça et se gratta l'arrière de la tête. Comme pouvait-il le juger avec autant de haine et de rancoeur alors qu'il fait fait exactement la même chose? Une partie (infime certes) essayait de lui faire entendre raison, de se calmer et de pardonner à Dégel, d'essayer de comprendre le pourquoi sans s'énerver au vu de sa propre erreur semblable… Mais il n'y parvenait pas. La plaie était encore trop récente et profonde pour qu'il envisage seulement de pardonner dans un délais aussi court. Voire même long.
Bon sang, il fallait à tout prix qu'il arrête de penser à ça!
-Tu veux bien cesser de martyriser ce fruit?
Kardia baissa les yeux sur la nouvelle pomme réduite en charpie entre ses mains à la simple pensée de ce que Dégel avait fait. Puis releva les yeux vers Albafica et gronda:
-Qu'est-ce que ça peut te faire?
Le Poisson haussa les épaules et se détourna, sans faire mine de répondre. Comme s'il ne s'en souciait pas vraiment. Comme s'il n'était même pas là. Kardia croisa résolument les bras sur sa poitrine en grommelant des imprécations. En plus du poids de cette trahison, il devait se taper monsieur du douzième, le type qu'il connaissait le moins de tout le Sanctuaire (à égalité avec l'autre taré du sixième). Joie, bonheur!
Si au moins il avait pu se retrouver avec Manigoldo, même avec Dohko pour le faire chier et se défouler un peu. Mais non, au lieu de ça, il tombait sur le type le plus absent de tout le Sanctuaire (le mec avait carrément une cabane de vacances s'il vous plait!) et qui donc, lui semblait le plus hostile.
Non, franchement, il la sentait pas cette collaboration. Il n'avait aucunement envie de faire des efforts et ne comptait pas en faire.
Autre détail qui ne lui plaisait guère, il était constamment hanté par le sale coup de Dégel… Mais aussi par ses propres remords et sa colère envers lui-même… Et il détestait aller en mission sans être entièrement concentré dessus. Il avait pas envie de foirer un truc aussi important que ça. Il avait promis à Mikhail de le venger et de mettre fin à ça, et il craignait que, en étant distrait à ce point, il ne fasse une erreur décisive. Genre laisser le mec s'enfuir, se laisser bêtement blesser,…
Etrangement, alors qu'il avait toujours cru n'avoir « peur » de rien, il se rendit compte que quand Dégel n'était pas là pour lui dire précisément la manière dont la mission allait se dérouler, il avait la désagréable impression d'avancer à l'aveuglette. Une impression de malaise croissant et hésitant. Et il détestait ça.
Si seulement ils avaient pu en parler plus tôt…
Si seulement ils n'avaient pas fait ces conneries…
Kardia s'appuya plus fermement contre la charrette et ferma les yeux, le bas du visage enfoui dans son long foulard rouge, assommé par la colère et étouffé par la culpabilité. En espérant que, quand il se réveillerait, tout n'aurait été qu'un cauchemar…
$s$s$s$
Dégel leva un oeil de son livre: avachi contre le rebord du bateau, le menton résolument enfoncé dans les mains, Manigoldo n'avait pas daigné lui adresser la parole (hormis pour les quelques formalités de bases du genre « ça va? » « fait beau hein? » « t'es déjà allé en Italie? » et encore). Bon, pour suivre le premier conseil d'Albafica, il aurait mieux fallu que cet enragé de la parlote daigne ouvrir la bouche.
A vrai dire, s'il en avait d'abord été soulagé (après tout, le calme lui avait vraiment manqué), il trouvait que ce silence devenait réellement lourd…
Oui, « malaisant » était le terme.
Le mettait-il vraiment aussi mal à l'aise que ça? Kardia lui avait-il dit quelque chose par rapport à son « erreur »? Non, il savait à quel point le Scorpion lui en voulait (après tout, il ressentait exactement la même chose), mais il savait aussi qu'il n'était pas du genre à aller étaler ce genre de choses.
Malgré lui, malgré son air froid et détaché, un frisson de colère remonta le long de sa colonne vertébrale. Impossible, c'était tout bonnement impossible. Il ne parvenait pas entièrement à y croire tellement cela semblait irréel. Pourquoi aurait-il fait une chose pareille, lui qui était si à cheval sur leur maxime « on se dit tout »? D'ailleurs, n'avait-il pas commencé à se comporter étrangement lorsque cette phrase ressortait? N'avait-il pas, à une ou deux reprises, baissé étrangement les yeux, lui qui ne cédait jamais?
Etait-ce pour ça qu'il s'était assagi? Etait-ce pour ça qu'il avait absolument tenu à l'accompagner en mission en Russie? Pour garder un oeil sur lui et lui éviter de faire la même erreur? Pour le distraire et affirmer son appartenance?
Dégel secoua la tête et se pinça l'arête du nez: il cherchait trop loin, comme toujours. Toutes les actions de Kardia prenaient un sens nouveau à la lumière de cette tromperie, le faisant les interpréter différemment et se faisant de plus en plus de mal sans s'en rendre compte. Il fallait absolument qu'il arrête de retourner ça dans sa tête: il devait se concentrer sur cette mission et la réussir au mieux.
Mais pile comme il pensait cela, Manigoldo se tourna vers lui, l'air sincèrement intrigué et absolument innocent:
-Il s'est passé quoi avec Kardia?
Dégel se figea mais se força à garder un air neutre quand il leva les yeux de son livre avec une lenteur calculée:
-Rien de spécial.
-Mais bien sûr. (Ricana l'Italien en levant les yeux au ciel) Prends-moi pour le dernier des cons.
Finalement, c'était peut-être mieux quand il se taisait et ne faisait pas mine de lui adresser la parole… Dégel haussa les épaules:
-Je ne me permettrais pas.
-Ecoute, je sais qu'on se connait pas plus que ça, mais c'est de mon pote dont tu parles, et je sais quand il est en rogne… (Il hésita une seconde puis secoua les mains) Nan, en fait tout le monde sait quand il est en rogne. Le fait que je le connaisse bien me permet de savoir qu'il a eu un problème, et un problème avec toi vu son air blessé. Donc je répète, qu'est-ce qu'il y a eu?
-Rien qui ne te concerne.
-Mais encore?
-Un simple malentendu. Une erreur de jugement qui ne se reproduira plus.
Le Cancer lui jeta un regard peu convaincu, les yeux plissés comme s'il essayait de lire dans ses pensées… Puis il haussa les épaules et se détourna:
-Après tout t'as raison, ça me regarde pas. Mais au cas où t'aurais besoin de conseils, je suis juste à côté, et pour un bon moment si tu veux mon avis.
-Je ne risque pas de l'oublier, merci.
Manigolo leva un pouce et resta appuyé sur le bastingage, comme s'il estimait en avoir fait assez. Dégel s'empêcha de pousser un soupir: cette mission risquait d'être longue… Et il espérait vraiment avoir le temps de réfléchir malgré le côté insistant de son partenaire…
Une dernière pensée liée à Kardia effleura son esprit, et étonnement sa réaction le surprit: il se dit que cet idiot était donc seul, sans possibilité de le contacter s'il faisait une crise… Et il se dit que c'était bien fait pour lui, même si sa gorge se serra à cette idée.
Il poussa un léger soupir: si seulement ils n'avaient pas fait ces erreurs…
Si seulement ils avaient eu le courage de se parler…
$s$s$s$
Le bruit enflait dans la rue, gonflait dans la pièce, résonnait dans ses tympans.
Blotti dans un coin sombre de la petite cabane, les genoux plaqués contre son torse, le garçon pressa les mains sur ses oreilles et ferma les yeux en grimaçant de peur:
-Pas maintenant, pas maintenant,…
Son incantation muette, son désespoir répété, ne parvenait pas à faire reculer la vague de terreur qui montait en lui, qui enflait dans sa poitrine. Il se força à inspirer profondément et à souffler, la voix tremblante et remplie de larmes d'horreur:
-Allez-vous en…
Mais plus il tentait de l'en empêcher, plus il tentait de la repousser, plus la vague enflait. Irrésistiblement, de plus en plus puissante. Si seulement il ne les entendait pas, si seulement il n'avait pas à les voir. Si seulement ils le laissaient en paix, il pourrait peut-être se débarrasser enfin de cette malédiction dont il n'avait jamais voulu:
-Laissez-moi…
Des ombres se dessinèrent sur les murs de la cabane et des voix d'outre-tombes résonnèrent dans la pièce, le faisant frissonner. Il eut l'impression de sentir une main se poser sur son épaule et il laissa échapper un sanglot quand il se mordit la lèvre jusqu'au sang:
-Pas ça… Je n'en veux pas…
A l'autre bout de la pièce, une bouteille se craquela avant d'éclater, le faisant vivement sursauter et se recroqueviller davantage en tremblant quand il aperçut les feux follets se multiplier:
-Au secours…
Une voix tant aimée résonna dans la pièce:
-Vincent…
Quand il ouvrit les yeux et se retrouva nez à nez avec un visage livide, le garçon poussa un cri.
Et la cabane vola en éclats.
* Comment ça c'est un cliché? (je suis récemment tombée sur une petite bd avec DM qui explique une histoire à Aphro et qui change de posture des mains à chaque case, si bien qu'à la fin Aphrodite le regarde genre « ? » et lui dit qu'il a encore été distrait par ses mains et qu'il n'a rien suivi X'D il s'agit d'une petite bd de Kochei sur tumblr ( post/114883510508/gold-saints-doodle-dump-again-yass-more-under ) bon je mets le lien mais allez savoir si le site l'affichera correctement!)
Et voilà! J'espère que ça vous a plu ;D Et surprise: changement de tandem! (Avec un autre couple que j'apprécie particulèrement! Je suis d'ailleurs ravie d'écrire un peu sur Manigoldo, que j'aime beaucoup aussi *^*) Comment pensez-vous que ça va se passer? Kardia et Dégel pourront-ils profiter de cette opportunité pour réfléchir à leurs erreurs? Réponses la prochaine fois! ;)
Pendant leur missions respectives, j'alternerais les chapitres avec Kardia et Albafica, et ceux avec Dégel et Manigoldo, j'espère que vous aimerez ;)
Gros bisous et à la prochaine!
