Salut tout le monde! J'espère que vous allez tous bien! :D Surprise! Je poste ce chapitre avec un peu d'avance! Je suis à peine rentrée dans mon logement d'étudiant (kot pour les intimes) que bam, j'ai trouvé le temps de vous l'offrir! (C'est presque Noël avant l'heure dis-donc!) :D On se retrouve donc pour un nouveau chapitre et le premier duo sera celui de Kardia et Albafica *applaudissements* Voyons voir comment ces deux zoulous se débrouillent au Danemark! J'espère qu'il vous plaira ;)
Mais d'abord, réponse à mila: Salut! Je vais bien merci beaucoup, j'espère que tu vas bien aussi! Je suis très heureuse que le chapitre t'ait plu, merci beaucoup! J'espère que tu aimeras la suite aussi ;) Merci pour tes encouragements et à bientôt! :D
Sur ce, enjoy!
-C'est encore loin?
Albafica s'empêcha de pousser un soupir désespérément irrité et gronda aussi calmement que possible:
-Non.
-C'est à dire?
-Encore une heure et demie et on sera arrivés à Copenhague.
-Et notre destination finale c'est?
Silence irrité, rompu par un soupir:
-Skodsborg.
-C'est pas Copenhague ça, si?
-Non, en effet.
-Du coup, entre la capitale et l'objectif, on a encore combien d'heures de marche?
Albafica hésita une demi seconde entre envoyer son poing dans le visage de cet emmerdeur fini pour le faire taire (et pourtant, il était plutôt pacifiste dans son genre), et lui envoyer une rose blanche immédiatement. Mais il repensa au conseil (ô combien utile de Dégel) et se contenta de répondre, sans daigner se retourner et attendre ce grand gamin:
-Presque quatre heures.
-Mais non! Putain de merde pourquoi tu dis qu'on est presque arrivés?!
Explosa Kardia en laissant tomber sa Pandora Box sur le sol avec un bruit sourd. Albafica s'arrêta et se retourna, essayant de rester aussi calme que possible malgré l'énervement qui gonflait dans sa poitrine:
-J'ai dit qu'on n'était plus très loin, nuance.
-T'aurais pu me donner le temps restant complet plutôt que de me faire cet ascenseur* émotionnel de merde!
Le Poisson inspira profondément mais ne put s'empêcher de hausser la voix:
-Ecoute, ce voyage est aussi pénible pour moi qu'il ne l'est pour toi.
-T'insinues quoi là?!
-Que tu m'irrites à un point, c'est incroyable, je n'ai jamais été dans un tel état d'énervement! Et pourtant il m'en faut beaucoup, beaucoup pour m'énerver!
Kardia croisa résolument les bras sur sa poitrine:
-Ouais bah toi t'es le mec le plus antipathique que je connaisse! Et pourtant je m'y connais en type antipathique!
Albafica se força à inspirer profondément et à rester aussi calme que possible. Ce voyage avait été d'un pénible tel qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer. Comment quelqu'un d'aussi intelligent, discret, cultivé et poli comme Dégel pouvait-il accepter de trainer avec un tel gamin? C'était bien simple, cette discussion était à l'image même du comportement du Scorpion pendant tout le voyage.
Se plaindre, râler, se plaindre, râler, s'énerver, se plaindre, râler,… Et ce en boucle, à chaque heure du jour et de la nuit.
Ce n'était pas du tout ce que Dégel lui avait dit. Dégel lui avait parlé d'un grand gamin bavard, irritant, impulsif, moqueur et puéril qui parlait avant de penser et agissait avant d'avoir pris le temps de réfléchir. Pas d'une machine à plaintes ambulante!
D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait, Kardia n'avait pas parlé tant que ça. Le Poisson en était d'ailleurs agréablement surpris et avait pu profiter de longs moments de calme et de tranquillité entre deux gémissements plaintifs. Mais vu l'air sombre et renfrogné, mais surtout pensif de son frère d'armes, Albafica comprenait bien que quelque chose troublait le Scorpion.
Et bien qu'il n'ait aucune envie d'en connaitre la cause, il se demandait bien ce qui faisait en sorte que Kardia se comporte ainsi. Il leva les yeux au ciel et se détourna:
-Allons, nous y sommes presque.
-Six heures, t'appelle ça « presque »?!
-Cinq heures. Et je comptais faire une halte à Copenhague pour récolter quelques informations.
-Donc on s'arrête pas maintenant?
-Moi non. Toi, tu fais ce que tu veux, je m'en fiche.
Le Grec lui jeta un regard incendiaire mais, comme Albafica se remettait en route sans tarder, il entendit bien vite des pas suivre les siens, plus trainants certes, mais présents. Il retint un soupir exaspéré et se força à grommeler:
-Qu'est-ce qu'il y a?
-J'en ai marre de marcher, c'est tout!
-Non, je veux dire, en général.
Kardia lui jeta un regard mi interloqué, mi méfiant, comme s'il ne comprenait pas bien où il voulait en venir:
-Comment ça?
-Je t'avoue qu'avant de partir, j'appréhendais cette mission et surtout ce changement de tandem.
-Je te le fais pas dire! Et dis juste que t'avais les boules de venir avec moi.
-Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Même si tu n'as pas entièrement tord. (Albafica lui adressa un regard interrogateur) Tu le sais que tu entretiens une réputation terrible?
Kardia bomba le torse:
-Et j'en suis fier!
Albafica leva les yeux au ciel et passa la main dans une mèche de cheveux clairs:
-Bref, ça n'a aucune espèce d'importance. Dans tous les cas, on m'avait - enfin, Dégel m'avait dit - que même si tu étais un peu susceptible et irritant…
-Ca fait toujours plaisir.
Gronda Kardia en serrant les dents: bien évidemment que Dégel avait dit des trucs sales sur lui. Il allait quand même pas se gêner après tout ce qu'il s'était passé la veille de leur départ et de…
-Tu restais quelqu'un de bon vivant.
Le Grec haussa les sourcils et en resta muet sur le coup de la surprise, sincèrement abasourdi:
-Dégel a dit ça?
-Bien sûr.
Albafica avait l'air réellement interloqué d'entendre ça et de voir cet air à la fois surpris et « triste » sur le visage pourtant exclusivement fermé et râleur du Scorpion. Si bien que Kardia se renfrogna bien vite:
-Ca m'étonne de sa part.
Intrigué par la réflexion de Kardia, Albafica n'eut aucun mal à ravaler la question qui avait effleuré son esprit. Ces deux oiseaux n'étaient-ils pas pourtant en couple? Question stupide. Le Sanctuaire tout entier (voire même le pays) connaissait l'admiration, l'affection débordante et la possessivité directe de Kardia envers son frère d'armes vu comment il le criait sous tous les toits dès qu'il en avait l'occasion. Et, bien qu'il ne le côtoie que peu au vu de son problème de sang empoisonné, Albafica n'était pas stupide: il savait que Dégel appréciait le Scorpion. Plus qu'il ne voulait l'avouer en tout cas.
Mais au vu du comportement absolument pas jovial de Kardia et de l'étrange silence lourd de Dégel, il devinait que quelque chose avait perturbé cette entente et cet attachement commun. Il ne savait juste pas quoi. Et après tout, il n'avait pas à le savoir.
Albafica passa la main dans ses cheveux, un vieux tic dont il ne parvenait pas à se débarrasser, et soupira:
-Tout ça pour dire que je te trouve moins « bon vivant » qu'on ne me l'avait dit.
-Et c'est dire si tu t'y connais en « bon vivant ».
Grommela Kardia en lui jetant un regard accusateur et moqueur que le Poisson ne daigna pas relever, trop heureux d'avoir pu changer de sujet. Et d'avoir pu détourner son confrère de sa mauvaise humeur première.
Ils marchèrent encore une bonne demie heure en silence, pile ce qu'Albafica recherchait. Puis, étonnamment, Kardia demanda avec un air incertain, presque penaud:
-Je peux te demander un conseil?
Albafica haussa les sourcils et tourna la tête vers son frère d'armes, abasourdi:
-Hé bien… Ca dépend pour quoi mais d'accord.
-Toi et Mani, ça va bien?
Le Poisson manqua presque de s'étouffer avec sa salive tant c'était inattendu. Il s'efforça d'empêcher ses joues de rougir mais il dut bien vite s'avouer vaincu et détourna vivement le visage:
-C-Comment ça?
-Bah, vous êtes ensemble nan?
Insista le Scorpion sur un ton faussement nonchalant et innocent. Si bien qu'Albafica haussa les épaules, sans faire mine de se retourner:
-Je ne pense pas que ça te concerne.
-Nan mais, comment vous faites pour jamais vous engueuler? Manigoldo est toujours super content et tout… Du coup, comment vous faites?
Les pommettes brulantes sous le coup de la gêne, Albafica balbutia difficilement:
-Nous allons à mon rythme, voilà. Et puis on ne s'entend pas si bien que ça.
-Mon oeil.
-C'est juste que je, enfin, qu'on se complê-… Combine bien (S'exclama-t-il vivement avant de souffler un « c'est encore pire » horrifié) Nos esprits, bien sûr!
-Ouais, bien sûr… En fait, c'est pas vraiment ça la question. Imaginons, que Mani t'ait vexé, énormément, tu vois le genre?
Albafica hocha la tête sans vraiment comprendre où Kardia voulait en venir:
-Tu voudrais qu'il fasse quoi pour que tu puisses lui pardonner?
Le Poisson fronça un sourcil:
-Est-ce que tu me poses la question parce que ça t'intéresse, ou est-ce que tu as besoin de conseils parce que tu es dans cette situation?
C'était donc pour ça que Dégel semblait si énervé et déçu à la fois: Kardia avait dû dire un mot de trop sans s'en rendre compte et il en avait eu assez. D'où cette tension entre eux quand ils étaient arrivés au treizième temple lors de la répartition des mission. D'où cette retenue au moment d'échanger des conseils sur le comportement à avoir en présence du Scorpion. Ce dernier tiqua légèrement, comme s'il était surpris qu'Albafica ait pu voir aussi vite à travers son jeu, pourtant extrêmement facile à découvrir:
-Comment… (Il troqua son air surpris pour un sourire moqueur) Bah ça, t'es moins mauvais en relation sociale que je le pensais.
-Ravi que ça te fasse plaisir.
-Bref, puisque t'es si malin, comment tu aimerais qu'il se fasse pardonner? Enfin, comment est-ce que tu saurais lui pardonner? Enfin… Ouais, fin tu vois ce que je veux dire quoi…
Albafica s'empêcha de lever les yeux au ciel. Bon sang, s'il avait su que pendant cette mission il devrait aussi faire conseiller en amour, il ne serait sans doute pas parti. Honnêtement, quelle idée de lui demander des conseils à lui, lui qui découvrait petit à petit ce que signifiant « être aimé » et pouvoir aimer en retour. Comment pourrait-il lui donner des conseils en amour alors qu'il avait une vie de retard sur lui? C'était le monde à l'envers.
Lui qui n'avait jamais eu de véritable contact humain (hormis celui de son maitre tant aimé, premier véritable sentiment d'amour jamais ressenti) avant sa quinzième année, lui qui restait si souvent seul pour éviter de blesser les autres ou pire,… Quelle idée de lui demander ça à lui alors qu'il venait à peine d'ouvrir sa boîte de Pandore intérieure, libérant une à une les émotions scellées dans son coeur, au compte gouttes. Encore incapable de les comprendre parfaitement et de pouvoir donner des conseils à quiconque. Surtout à quelqu'un dont les émotions explosives étaient reconnues par tous.
Albafica détourna le regard et répondit doucement, aussi sincèrement que possible malgré son manque d'expérience et de confiance:
-Je crois que j'attendrais des excuses sincères. Qu'il me faudrait sans doute du temps pour réfléchir de mon côté et… Pardonner, je suppose… (Il essaya de penser comme Dégel, d'imaginer ce que son ami aimerait entendre dans ce genre de situation) Parler avec le coeur, s'excuser avec honnêteté et me laisser le temps d'avancer aussi, à mon rythme.
-Ne pas forcer, en gros?
-Plus ou moins. Evidemment, ça dépend de la « bêtise ».
Kardia devint blanc comme un linge pendant une longue seconde avant de toussoter et de détourner le regard à son tour:
-Hé bien… Disons qu'elle est assez énorme…
-Alors tu devras laisser beaucoup de temps. Envoie des signaux pacifiques mais n'envahis pas l'autre pour autant, laisse-lui le temps de digérer cette erreur. Et surtout, ne recommence jamais.
-T'en fais pas, ça même moi je l'avais compris…
Et à ses propres dépends en plus… Kardia passa une main ennuyée dans sa nuque et poussa un soupir fatigué:
-J'ai essayé tout ça. Je me suis excusé, j'étais prêt à le faire à genoux s'il me le demandait…
Bon, c'était donc bien une histoire entre Dégel et lui. Au moins, maintenant il en était certain. Albafica essaya de l'interrompre:
-Tu n'es pas obligé de me parler de votre vie priv-…
-Mais il veut même pas m'écouter. Alors qu'il a fait la même bêtise que moi, tu vois? Du coup j'ai fait des efforts de dingue pour aller m'excuser en premier, mettre ma colère de côté.
Ouh là, ça devenait un peuuu trop personnel à son goût:
-Je n'ai pas besoin de…
-Mais même mes efforts il les voit pas, il est juste enragé et ne veut même plus me parler. Il a même dit qu'il faudrait peut-être qu'on arrête tout. Et j'ai vraiment, vraiment pas envie qu'on arrête. Même si je suis super en colère, même si j'ai eu envie de l'étriper, j'ai pas envie de tout foutre en l'air maintenant.
Albafica tenta de masquer son inconfort du mieux qu'il pouvait: oh bon sang, il en savait beaucoup trop! Est-ce qu'il était supposé savoir tout ça? Non, bien sûr que non. Est-ce qu'il avait envie de savoir tout ça? Mille fois non! Il aurait préféré que Kardia hoche la tête suite à son conseil puis se remette à râler. Mais non, au lieu de ça, le fameux grand bavard se dévoilait enfin et ne lui laissait plus en placer une. Il tenta tout de même de lever une main mais il abandonna bien vite:
-Je veux même pas essayer de mentir, lui l'a fait, mais bon, on s'en fout: j'ai fait un truc horrible, mais c'est le truc que je regrette le plus au monde. Tu vois ce que je veux dire?
-Heu…
-Sincèrement, le mieux serait de revenir en arrière.
En effet, ça risquait d'être compliqué:
-Je sais pas comment me faire pardonner et j'ai pas envie qu'on finisse nos vies en se détestant. En me faisant détester par lui. Moi je suis juste en rogne contre lui, mais je le hais pas. Je hais cette fille, pas lui. Mes regrets sont plus forts que ma colère, t'imagines?
Ok, il savait donc précisément ce qui avait pu mettre ces deux oiseaux à dos: une tromperie de chaque côté, s'il n'était pas complètement à côté de ses pompes. Malgré lui et malgré un choc certain en entendant cela, autant il estima ça presque normal de la part de Kardia (il suffisait de voir le comportement du Scorpion pour se dire qu'il n'était pas fiable)… Autant il resta plus surpris par le comportement de Dégel.
Comment un homme aussi noble, aussi honnête, sincère et fidèle avait-il pu faire cet écart? Il était clair que ce problème était bien plus compliqué qu'il n'en avait l'air au premier abord! Impossible pour lui de donner de bons conseils au vu de sa maigre expérience!
-Je la hais, je suis enragé comme jamais, mais j'ai envie de tourner la page, je suis prêt à le faire. Alors comment je peux faire pour que de son côté il soit prêt à me pardonner?
Albafica retint une grimace hésitante et se racla distraitement la gorge, plus pour se donner le temps de la réflexion que pour autre chose:
-Hé bien… Je pense que Dégel est plus, comment dire?… Sensible, qu'il n'y parait.
-Ouais, ça je sais.
-Donc je crois que le mieux à faire c'est d'abord de lui laisser le temps de décolérer un peu, le laisser réfléchir et prendre le temps de se calmer, d'accepter,… Et, dis-moi si je me trompe mais, (Sa voix se fit un peu plus assurée) est-ce que sa colère ne serait pas surtout dirigée vers lui-même avant de l'être vers toi?
Kardia sembla sur le point de parler mais il se tut, comme frappé par cette phrase: ce n'était pas impossible. Peut-être que cette colère si terrible l'était parce qu'une partie d'elle était dirigée vers Dégel lui-même. Tout comme ses remords l'empêchaient d'accuser et d'accabler son frère d'armes plus qu'il ne l'avait déjà fait. Comment avait-il pu être aussi aveugle? Lui qui disait le connaitre par coeur, lui qui avait même accès à ses pensées,… Il n'avait pas compris, n'avait pas su comprendre que Dégel n'attendait pas que ses excuses… Il devait d'abord se pardonner à lui-même avant de pouvoir essayer de pardonner son erreur à son compagnon.
C'était donc pour ça?
Et… Et si ses excuses ne l'atteignaient pas pour la même raison? Et si il devait d'abord essayer de se pardonner à lui-même avant de s'excuser? Kardia secoua la tête: il ne pourrait jamais se pardonner, et il ne pourrait jamais entièrement pardonner à Dégel, il savait qu'il en était incapable. Mais s'il voulait essayer de rattraper les pots cassés, il devrait faire plus d'efforts encore, mettre les bouchées doubles une fois rentré pour que Dégel voie qu'il ne pourrait jamais se pardonner mais qu'il était prêt à tout pour le récupérer.
-Et s'il ne veut plus de moi?
Albafica hésita:
-Je pense que tu devras le laisser partir.
Kardia déglutit difficilement et fronça les sourcils:
-Hors de question.
-Alors arrange-toi pour que ça n'arrive pas.
Le Poisson pressa le pas, désireux de changer de sujet et de ne pas continuer à empiéter sur la vie privée des autres. Kardia resta un long moment en arrière, digérant ces informations qu'il n'avait pas réussi à trouver par lui-même… Et commençant à sérieusement craindre de ne jamais arriver à convaincre Dégel de lui laisser une deuxième chance.
De leur laisser une deuxième chance.
Le reste du trajet se passa dans le silence, bien moins lourd que précédemment. A vrai dire, Albafica se concentrait sur la mission et laissait à Kardia le temps de penser aux maigres conseils qu'il lui avait donné auparavant. Si bien qu'ils entrèrent dans la ville en silence.
Malgré lui et ses tourments omniprésents, Kardia ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux devant l'organisation de cette ville énorme, l'une des plus grandes d'Europe du Nord d'après ce qu'il avait compris. Au vu des nombreux bâtiments encore effondrés et noircis par les cendres, ils comprirent bien vite que la ville avait subi de nombreux incendies au cours de ces derniers mois. Et les nombreuses affiches de prévention contre le feu montraient bien qu'ils duraient depuis longtemps.
En vérité, la ville avait été ravagée par plusieurs incendies depuis un peu moins d'un siècle (du moins, c'était ce qu'Albafica lui avait dit après avoir posé quelques questions à gauche et à droite). Kardia fronça le nez quand il apprit également qu'une épidémie de peste venait de prendre fin, à peine quelques semaines auparavant. La dernière (pour l'instant) d'une longue série, apparemment. Il grimaça:
-Et on est sûr qu'on risque plus rien là? Je voudrais vraiment pas me choper cette merde en revenant!
Malgré lui, le Poisson haussa un sourcil:
-Ca ne t'a pas dérangé quand vous êtes en Russie, si?
-Comment ça?
-Tu ne savais pas qu'il y avait eu une énorme épidémie de peste à Moscou en 1771?
Kardia frissonna et se rappela vaguement que Dégel l'avait mentionné lors de leur voyage d'aller plus d'un an auparavant, si loin et pourtant si proche dans ses souvenirs:
-Si, mais ça, ça m'a pas dérangé parce que c'était fini depuis presque vingt ans. Et ici ça fait quelques semaines alors tu comprendras que ça me réjouisse pas plus.
-J'imagine.
Mais malgré cet acharnement de la maladie et des flammes sur leur ville, les habitants ne semblaient pas vouloir se laisser abattre, comme s'il leur en fallait plus pour les démoraliser. D'ailleurs, un théâtre royal était en voie de construction ainsi qu'un nouveau quartier pour accueillir plus de résidents. Tous semblaient souriants (malgré la fatigue, l'épuisement de la maladie et des combats contre le feu qui marquaient leur visages) et travaillaient avec bonne humeur. Il en était de même le long du port où l'odeur de hareng était si forte que Kardia dut réprimer une nausée et plaquer son long foulard sur le bas de son visage pour étouffer l'odeur:
-Oh putain mais c'est une vraie infection cette odeur! L'horreur! Et ils vivent ici?!
Albafica haussa les épaules et ne daigna même pas répondre, accablé par le comportement de son frère d'armes qui finit par le dépasser en trottinant pour échapper à l'odeur qui le rendait presque malade. Le Poisson s'empêcha de soupirer et continua sa route vers le marché, là où il trouverait sans doute les quelques informations dont ils avaient besoin pour leur mission.
Leur pause dans la capitale ne dura pas bien longtemps, juste le temps pour Albafica de récolter quelques informations à gauche et à droite, essayant d'en apprendre plus sur l'endroit où ils devraient se rendre. Une vieille femme à qui ils posèrent des questions écarquilla des yeux horrifiés et fronça les sourcils:
-Je ne vous conseille franchement pas d'aller là-bas, jeunes hommes: il se trame quelque sorcellerie dans ce coin-là…
Kardia fronça les sourcils et Albafica insista doucement:
-De la sorcellerie?
La vieille femme passa les mains sur ses bras comme elle frissonnait soudain:
-Il se trame des choses pas nettes. Il y a un grand bâtiment blanc qui était abandonné mais qui a été racheté par un étranger qui fait de drôles d'expériences. On dit même qu'il enlève des enfants à leur familles pour en faire des réceptacles pour des démons.
Kardia serra les poings: c'était ça. C'était exactement ce dont Sergeï leur avait parlé en Russie. Un homme qui faisait des expériences sur des enfants qu'il « enlevait »/« achetait ». Et tout ça pour grossir les rangs de l'armée d'Hadès. Pour en faire des Spectres artificiels. Une envie soudaine de se défouler entièrement sur ce Klaus le démangea et il en frissonna presque à cette idée.
-Les corbeaux rodent autour de ce bâtiment, ça sent la mort quand on passe tout près,… C'est de la sorcellerie, moi je vous le dis.
La vieille fut interrompue par une jeune femme aux cheveux presque blancs tant ils étaient clairs, qui vint poser deux mains rassurantes sur ses épaules:
-Allons, maman, arrête d'effrayer les voyageurs avec tes histoires.
Comme la vieille dame grommelait de vagues réprimandes, la jeune femme redressa la tête et adressa un sourire lumineux aux deux hommes:
-Elle dit des bêtises, ne faites pas attention. Ce n'est pas de la sorcellerie du tout, le bâtiment a été racheté par un médecin allemand qui en a fait un hôpital particulier pour les enfants qui souffrent de maladies très graves.
Les deux Ors se jetèrent un regard entendu, les remercièrent et se remirent immédiatement en route. Ils n'avaient pas besoin de plus d'informations: ils en savaient bien assez.
-Bon, comment on s'organise?
Demanda Kardia une fois hors de la ville. Albafica répondit sans une once d'hésitation:
-Je m'occupe de ce Spectre et toi tu libères les enfants en maitrisant le personnel.
Kardia s'arrêta net, les sourcils froncés:
-Wow, attends c'est quoi ce délire? D'où tu t'occuperais du type dont je connais l'existence depuis plus d'un an? J'ai un compte indirect à régler avec lui, moi.
Insista-t-il en se désignant du doigt et en faisant un pas menaçant en avant. Le Poisson croisa résolument les bras sur sa poitrine:
-Justement: ton jugement n'est pas objectif si tu sais qui est cet homme et ce qu'il a fait. Pour éviter tout problème d'aveuglement stupide causé par la colère, je vais donc m'occuper de ce Spectre.
-Mais va te faire foutre, la poiscaille! (S'écria rageusement Kardia) C'est ma mission, à la base! Donc tu la boucles et tu me laisses m'occuper de mon Spectre, ok?
-Hors de question. (Rétorqua immédiatement Albafica en fronçant les sourcils) Aveuglé comme tu l'es par tes problèmes personnels et par ton souci de vengeance pour quelqu'un d'autre, tu risques de tout faire rater. Et je refuse de rentrer pour avouer un échec causé par ta personne.
-Espèce de…
-Insulte-moi si tu veux, mais ça ne changera rien à la répartition des rôles pour cette mission.
Feula Albafica malgré lui, irrité au possible par le comportement égoïste du Scorpion. Kardia grinça des dents et darda un index menaçant vers lui:
-T'as pas intérêt à me faire un coup pareil avec des excuses aussi merdiques que celles-là. Tu vas me laisser ce Spectre, point barre.
-Non c'est non. Si tu avais été attentif au départ de la mission, tu aurais su que c'était ce qui était prévu et que le Pope nous avait ordonné. Je refuse de compromettre cette mission à cause de ton comportement.
Campé sur ses positions, Albafica hésita presque à faire bruler un peu de son cosmos pour dissuader Kardia d'agir, mais il parvint à s'en empêcher in extremis, évitant ainsi une guerre inutile. Le Scorpion gronda, les yeux éclairés par une étrange lueur orangée:
-Tu sais quoi, je retire tout ce que j'ai dit sur toi: t'es encore pire que ce que je croyais.
-Tu râleras en allant sauver ces enfants, je n'en ai rien à faire. Cette mission est capitale et je ne peux pas te laisser la foutre en l'air à cause de tes petits caprices de gamins. Donc tu t'énerves si tu veux, tu fais ta crise si tu veux, mais je ne changerai pas d'avis.
-Tu fais vraiment chier, tu le sais ça?
-Ce n'était pas le but mais si c'est un effet secondaire au fait que tu dois m'obéir, je m'en contenterai. Donc maintenant tu arrêtes tes gamineries et tu accomplis ta mission, est-ce que c'est clair?
-Et qu'est-ce qui te fait croire que je vais t'obéir, hein? J'en ai rien à foutre de ce que tu ordonnes: c'est ma mission, à la base. Et j'étais censé y aller avec Dégel, donc t'as rien à me dire.
-Ha oui? Et rappelle-moi un peu pourquoi il n'est pas là alors.
Le sang de Kardia ne fit qu'un tour et il leva le bras avant même de s'en rendre compte. Par miracle, il parvint à l'arrêter avant de porter un coup, juste comme Albafica allait lui-même se défendre et répliquer à son tour. Le Scorpion inspira bruyamment et siffla, la poitrine soulevée par une respiration rageuse:
-Tu dis plus jamais un truc pareil, tu m'entends? Plus jamais. Sinon je t'éclate la gueule.
Albafica soutint son regard, allant même jusqu'à le lui renvoyer:
-Je tâcherai de m'en souvenir.
-Je l'espère pour mon amitié avec Manigoldo. Parce que si je te touches, il me tue. (Il alla jusqu'à le pousser légèrement d'un mouvement de main) Si ça ne tenait qu'à moi, je t'aurais déjà envoyé valser, est-ce qu'on se comprend?
-Je comprend que tu essayes de m'intimider et que ça ne marchera pas. Tu gardes ton rôle et je garde le mien. Point à la ligne. (Il se dégagea sans le quitter des yeux et ajusta son col) Et sache que si ce n'était pas pour Dégel, je t'aurais déjà fait taire à de multiples de reprises depuis le début de ce voyage.
-Merveilleux.
Ils se fusillèrent du regard une longue seconde avant que le Poisson ne se détourne et ne se remette en route sans faire mine de l'attendre:
-Tu connais désormais ta mission, je compte sur toi pour ne pas tout foutre en l'air.
-Marrant, j'allais te dire la même chose.
Honnêtement, rarement Albafica s'était senti aussi énervé et tendu avant une mission. Et il n'était vraiment pas certain que c'était un bon signe pour les combats qu'ils auraient à mener contre cet homme et, peut-être dans le pire des cas, les Spectres qu'il avait réussi à créer.
Le reste du trajet se déroula dans un silence tendu et lourd, rempli d'animosité et d'agressivité. Albafica pouvait presque sentir le regard brulant du Scorpion entre ses omoplates mais il choisit de l'ignorer, irrité au plus haut des points par le comportement insupportablement égoïste et puéril de son frère d'armes.
Il détestait ça. Il détestait ne pas se sentir prêt pour une mission. Il détestait être concentré sur autre chose. Il détestait déjà la manière dont les choses allaient tourner.
Ils arrivèrent en vue d'une large bâtisse blanche au dessus de laquelle volait en effet une nuée de corbeaux, à quelques mètres seulement de la mer qui couvrait le bruit des oiseaux. Et malgré lui, Albafica sentit un frisson glacé secouer son échine: cet endroit était digne des histoires d'horreurs que lui racontait parfois le Cancer. Glaciale, isolée, effrayante au possible,… Quel enfer devaient vivre ces pauvres enfants…
Sans se concerter et sans esquisser une parole, ils déposèrent leur Pandora Box et enfilèrent leurs armures. Machinalement, Albafica sortit une rose rouge et la tint prête, au cas où ils seraient attendus. Kardia, de son côté, fit craquer ses doigts et son épaule gauche avant de grogner:
-On dirait que le type est à l'étage.
-Et que les enfants sont au sous-sol.
-Merci champion, j'avais deviné.
-J'avais remarqué aussi, merci.
Ils se jetèrent un regard incendiaire puis s'avancèrent vers le bâtiment, leur longues capes blanches claquant dans le vent:
-Essaye de ne pas le rater surtout.
-Et essaye de ne tuer aucun innocent.
-T'en fais pas pour ça, je sais être subtil quand il le faut.
Et il ponctua sa phrase d'un coup de pied bien senti dans la large porte d'entrée pour la faire valser dans l'énorme hall d'entrée. Subtil, en effet.
$s$s$s$
-Herr Klaus!
La porte des appartements privés du géant s'ouvrit avec fracas sur un infirmier en nage et aux yeux exorbités:
-Deux hommes viennent de pénétrer dans le bâtiment! Ils portent des armures d'or, comme vous l'aviez dit!
Klaus déposa calmement la plume avec laquelle il rédigeait son rapport et esquissa un large sourire:
-Piles à l'heure. Tout est en place?
-Oui monsieur, tout est prêt!
L'homme se leva et passa une main calleuse dans ses courts cheveux blonds, un léger sourire mauvais sur les lèvres. Et le bruit de ses lourds pas était accompagné du cliquetis de son armure sombre:
-Parfait. Lâchez les chiens.
*Anachronisme ou vision du futur? Allez savoir!
Et voilà, c'est tout pour cette fois! J'espère que ça vous a plu! :D Dans le prochain chapitre on retrouvera Dégel et Manigoldo (un peu de suspense de temps en temps, ça ne fait pas de mal) pour voir comment ça se passe de leur côté ;) Comme quoi, on dirait qu'un peu de réflexion avec l'aide d'Albafica ne peut pas faire de mal! C'était assez intéressant d'écrire sur ce duo, et j'espère que ça vous plaira ;D
Gros bisous et à la prochaine!
