Salut tout le monde! Comment allez-vous? :D Je m'excuse de poster si tard, j'avais examen à 17h (ô joie) et je viens de me libérer -_- J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes et vous souhaite d'ailleurs une merveilleuse année 2018! :D Mais avant de vous laisser avec ce chapitre, réponse à emma daverc:

Salut! Merci beaucoup, bonne année à toi aussi Je suis super contente que cet enchaînement de chapitres t'ait plu! Merci à toi pour ta review et tes encouragements, c'est super gentil :D Bisous!

Sur ce, je ne vous retiens plus!

Enjoy~


Kardia leva le bras et son attaque frappa les trois hommes présents dans le hall d'entrée qui s'effondrèrent en poussant des cris de douleur. Le Scorpion esquissa une grimace déçue:

-Mais c'est pas des soldats des Enfers ça, c'est juste des putains de médecins!

Albafica retint une remarque bien sentie sur le sens de l'observation de son frère d'armes et se dirigea en courant vers les grands escaliers qui le mèneraient à son ennemi, au Spectre dont il devait se charger:

-C'est ça! Laisse-moi avec les sous-fifres pourris pendant que tu vas t'amuser avec le plat de résistance! Salopard va, je te retiens!

Non mais, pour qui il se prenait cet emmerdeur? Il croyait vraiment qu'il allait bêtement aller assommer gardes et médecins puis aller paisiblement libérer les gosses de leur cellule pour l'attendre dehors en sirotant un café? Et puis quoi encore?!

Oh que non! Kardia comptait faire vite et se dépêcher de rejoindre cet ingrat de Poisson pour mettre son grain de sel dans la bagarre! Après tout, c'était sa mission, merde! Non mais! Fallait pas non plus trop le prendre pour un idiot!

Il élimina bien vite ses adversaires, sans leur laisser une seule chance, allant jusqu'à laisser échapper un éclat de rire ravi au son de leur hurlements et à la vue du sang qui giclait. Un homme d'un âge avancé se laissa tomber à genoux devant lui en pleurnichant, le visage trempé de larmes de terreur:

-Pitié! Pitié laissez-nous vivre!

-Parce que t'as laissé le choix aux gosses que vous avez enrôlé?

-Je… Je n'ai pas eu le choix!

-Comme c'est pratique de se retrancher derrière des excuses de ce genre.

Feula Kardia en posant l'index sur le front de l'homme qui s'effondra quand le rayon rouge transperça son crâne. Il s'arrêta une seconde, prenant le temps de réfléchir quelques secondes. Tiens, il venait de se rendre compte d'un truc en condamnant ce salopard: comment avait-il pu dire à Dégel qu'il n'avait pas eu le choix? Qu'il était moins responsable que lui? Non, non, il était tout autant responsable, c'était trop facile de dire qu'il n'avait pas eu l'opportunité de se refuser.

Il manqua presque de se laisser distraire par cette pensée et leva le poing à la dernière seconde, assumant un homme en tunique blanche qui se jetait sur lui par derrière dans le but clair de l'assommer, si pas de le tuer.

Kardia se secoua mentalement: bon, il devait absolument rester concentré et se dépêcher d'aller libérer ces pauvres gosses! Les maigres défenses du lieu le retardèrent à peine tant ils étaient faibles face à lui, si bien qu'il arriva en deux temps trois mouvements au sous-sol. Une fois la lourde porte enfoncée (décidément, ça devenait une habitude), il se retrouva plongé dans l'ombre et plissa les yeux pour s'habituer à l'obscurité:

-Hé oh! Y'a quelqu'un?

Sans attendre de réponses, il s'avança vers la large cellule qui s'étirait sur presque tout le couloir, incapable de retenir une grimace: des dizaines d'enfants étaient entreposés là, comme du bétail, tous ayant entre huit et quinze ans tout au plus. Quoique pas maigres, ils étaient tous dans un tel état de fatigue et d'angoisse permanente qu'ils avaient l'air malades. Et quand il s'arrêta devant la porte de la cellule, tous se reculèrent avec un soupir effrayé.

Kardia retint un juron dégoûté et leva une main pour les rassurer:

-Tout va bien, je suis là pour vous aider. Je vous veux aucun mal, je suis venu pour vous sauver, tout va bien maintenant ok?

Les enfants se jetèrent des regards incertains puis, ne reconnaissant absolument pas cet homme, une véritable vague d'espoir et de soulagement les fit se redresser légèrement, comme s'ils ne lui faisaient pas encore entièrement confiance:

-Ok, restez bien au fond de la pièce et baissez-vous: je vais m'occuper de tout, d'accord?

Mais alors qu'il se redressait pour s'attaquer aux barreaux de la cellule, une jeune fille tendit le bras et s'écria soudain, le visage déformé par la peur:

-Attention!

Perturbé par le comportement de l'enfant, Kardia se décala mais trop tard. Si bien que le coup qu'il espérait éviter le heurta de plein fouet et l'envoya valser à l'autre bout du couloir. Les enfants poussèrent un même cris horrifié et semblèrent essayer de se cacher quand deux formes bardées d'armures de métal noir se dressèrent dans la lumière de la pièce voisine. Muettes mais terriblement dangereuses.

Kardia roula sur le sol et se releva d'un bond en crachant le sang qui avait envahi sa bouche, les sourcils froncés, plus en colère que véritablement blessé. Là, dans l'embrasure de la porte qu'il venait de défoncer, se dressaient deux personnes en surplis, un garçon et une fille. Des Spectres.

Des enfants.

Le Scorpion grimaça et gronda:

-Eh merde. C'était pas prévu au programme ça.

Dans un même mouvement, les deux enfants se mirent en garde et se jetèrent sur lui, les poings tendus vers l'avant.

$s$s$s$

Albafica ne rencontra pas énormément de résistance de son côté non plus, la majorité des médecins, chercheurs et infirmiers s'étant rendus en bas au plus vite pour essayer d'empêcher Kardia d'atteindre leurs futurs cobayes. Un coup de poing par ci, un coup de pied par là et il se retrouva bien vite seul devant une lourde porte derrière laquelle devait se trouvait le Spectre qu'il cherchait.

Et bien que ne sachant pas précisément quelle était cette pièce, Albafica se doutait bien du genre d'instruments qu'il allait y trouver. Il inspira profondément et poussa la porte, une rose rouge déjà coincée entre les doigts et les sourcils froncés:

-Bienvenue, Chevalier: je vous attendais plus tôt.

Un homme de très grande taille et aux larges épaules se tenait au bout de la pièce, si bien que la montre à gousset qu'il tenait dans sa main semblait ridiculement petite quand il la referma calmement. Un sourire moqueur aux lèvres, l'homme aux cheveux blonds se tourna à demi vers lui:

-J'aurais cru que la ponctualité compterait parmi vos multiples qualités.

-La patience au contraire, en fait partie. Inutile d'attaquer trop tôt tant que l'on ne se sait pas prêt à combattre.

-Et lucide en plus de ça, j'ai vraiment de la chance.

Albafica jeta un regard circulaire acéré sur la pièce, repérant les sorties, les dangers potentiels (comme ce qui pouvait se cacher derrière cette lourde tenture mauve) et analysant dans le même mouvement la posture de son adversaire. L'homme était manifestement détendu, sûr de lui et de sa victoire, à peine s'il était en garde. Au lieu de l'inquiéter, cela le rassura quelque peu: trop d'assurance pouvait parfois s'avérer fatal lors d'un combat.

Le Spectre fit mine de pencher la tête sur le côté et ironisa:

-Tiens, je ne vois pas ton ami. Seriez-vous assez bêtes pour oeuvrer séparément?

-Je n'ai pas plus besoin de son aide qu'il n'a besoin de la mienne.

Une lueur mauvaise éclaira le regard vert amusé de l'homme:

-En es-tu bien sûr? (Mais il n'attendit pas de réponse, se contentant de s'appuyer nonchalamment sur la table juste à côté de lui) Je suppose que mon nom ne t'es pas inconnu.

-Vous êtes Klaus, le Spectre du Cobra Royal. Et je sais aussi que vous travaillez sous les ordres de divinités jumelles en créant des Spectres artificiels dépourvus de volonté. C'est tout ce que j'ai besoin de savoir.

-Et à en croire cette rose, cette armure et cette beauté sans pareille, je ne pense pas me tromper en t'appelant Albafica, Chevalier d'Or du Poisson.

Etrangement, un sentiment de malaise enflait dans la poitrine d'Albafica: il avait l'impression qu'une véritable aura de danger émanait de cet homme, presque plus imposant encore que son cosmos relativement basique(que sa manifeste force physique devait aisément compenser). Comment pouvait-il savoir autant de choses? Un espion avait-il infiltré le Sanctuaire sans que personne ne s'en soit rendu compte? Klaus poussa un petit reniflement moqueur, comme s'il suivait le cours de ses pensées:

-Détends-toi: ta réputation te précède, c'est tout. (Il se mit soudain en garde, sans cesser de sourire) Et j'espère que tu sauras me divertir assez longtemps.

Jugeant inutile de répondre à la menace et pressé d'en finir, Albafica leva la main devant lui et lança sa rose rouge droit sur lui:

-Demon Rose!

Klaus se décala vivement, laissant la fleur aller se planter à quelques centimètres seulement du rideau mauve. Le Spectre lui adressa un regard faussement réprobateur:

-Allons, on m'avait dit que tu avais le sort des innocents à coeur.

-Vous êtes un monstre qui privez des enfants réellement innocents de leur famille et de leur avenir: vous êtes l'homme à abattre et je ne ferai pas preuve de retenue.

Répondit résolument Albafica en se saisissant d'une nouvelle rose, prêt à se défendre ou à attaquer. Mais au lieu de ça, Klaus posa une main bardée de métal sombre sur le rideau, un large sourire mauvais sur les lèvres:

-Oh mais je ne parlais pas de moi.

Il tira sur le rideau, dévoilant un renfoncement dans la pièce: des instruments tous plus tranchants les uns que les autres, des pochettes de sang, des pinces électriques,… Et une couchette légèrement redressée sur laquelle était sanglé un jeune garçon au regard terne et éteint.

Malgré lui, Albafica se sentit pâlir quand il réalisa à quel point l'enfant avait été proche de la mort. Quand il réalisa que, s'il avait lancé la rose quelques mètres de plus à gauche, il aurait été tué. Sa vie n'avait plus tenu qu'à un fil, par sa propre faute. Il jeta un regard noir à Klaus et gronda:

-Espèce de monstre.

Le Spectre fit craquer sa nuque:

-Maintenant, on peut commencer.

Comme il le pensait, Klaus n'attaqua pas immédiatement avec son cosmos, se contentant de se jeter sur lui, le poing tiré en arrière. Il l'évita in extremis, et se décala aussi vite que possible, plaçant le jeune garçon à moitié évanoui dans son dos afin de pouvoir attaquer sans craindre de le frapper. Mais pile comme il pensait cela, le Spectre poussa un ricanement moqueur en tendant le poing:

-Mauvais calcul.

Albafica pâlit quand Klaus leva les bras et que son cosmos enfla dans son dos, dirigé non pas vers lui mais vers le garçon:

-Cobra's bite!

Jamais le Poisson n'avait pensé aussi vite, calculé les distances aussi rapidement tant il était sous pression. Son maître lui avait toujours appris la précision pour le bien de tous, pour protéger les faibles et pour éviter de les blesser. Impossible de le décevoir maintenant et de laisser cette victime innocente mourir pour pouvoir vaincre son ennemi plus facilement. Hors de question de décevoir son défunt maître.

Sans prendre d'avantage le temps de peser le pour et le contre, Albafica se jeta sur le côté, pile sur la trajectoire de l'attaque. Entre Klaus et le garçon. Et quand elle le heurta de plein fouet, il serra les dents pour s'empêcher de crier sous le coup de la douleur. C'était comme si deux crocs acérés s'étaient plantés dans son épaule, puis sur sa clavicule et enfin dans le bas de sa gorge, non loin de la jugulaire! Et comme un filet de sang s'échappait de son armure, il roula rapidement sur le côté pour s'éloigner le plus possible du garçon, pour éviter de le tuer lui-même en laissant une seule goutte de liquide carmin le toucher et l'empoisonner.

Haletant, le front trempé de sueur sur le coup de la douleur, Albafica se redressa, les sourcils froncés. Klaus rejeta la tête en arrière en éclatant de rire:

-Je n'en reviens pas que tu aies fait une bêtise pareille! Vous êtes trop sentimentaux vous, les Chevaliers d'Athéna!

-Inutile que vous explique le sens de « code d'honneur », vous ne pourriez pas comprendre.

Gronda le Poisson en portant une main à sa gorge ensanglantée, essayant d'arrêter l'hémorragie du mieux qu'il pouvait sans perdre son ennemi des yeux. Puis il cessa, laissa couler autant de sang que possible, s'assurant que Klaus ne se méfiait de rien:

-Quelle idée ridicule, te prendre toi-même une attaque de plein fouet pour protéger un semi-cadavre! Comment comptes-tu me vaincre à présent hein?!

Albafica ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire:

-Oh mais très simplement… * (Il leva les bras) Crimson thorn!

Le Spectre haussa un sourcil mais ne se décala pas assez rapidement, si bien que des million d'épines pourpres jaillissant du corps même du Poisson le heurtèrent de plein fouet, le faisant reculer de plusieurs pas sous le choc de l'attaque. Klaus poussa un grognement et chancela, le visage sombre:

-Tu as transformé le sang que tu perdais en aiguilles pour me transpercer? (Il écarquilla légèrement les yeux, comme s'il venait de comprendre) C'est pour ça que tu t'es laissé toucher par mon attaque?

Mais comme Albafica se contentait de se saisir d'une nouvelle rose, le Spectre fronça les sourcils et sa voix se mua en véritable grondement de tonnerre:

-Tu crois vraiment que tu pourras me vaincre avec de simples piqûres? (Il se redressa et écarta légèrement les bras pour ironiser) Regarde à quel point je suis affaibli!

-Tout vient à point qui sait attendre.

-Je ne te le fais pas dire, Chevalier! (Gronda Klaus en levant une main au dessus de sa tête) Mais tu ne m'amuses plus: Sweet venom!

Albafica se mit en garde, une nouvelle rose déjà entre les mains, mais contrairement à ce qu'il pensait, il ne se passa rien. Aucune attaque ne fonça sur lui, rien ne bougeait dans la pièce, rien ne… Il ne comprenait pas, au vu du sourire satisfait de son adversaire, quelque chose avait dû arriver. Et comme il jetait un coup d'oeil rapide vers le garçon dans son dos, le monde tangua autour de lui et sa vue se troubla. Les jambes soudain tremblantes et la respiration sifflante, le Poisson tomba à genoux en haletant, incapable de bouger:

-Qu'est-ce que…

-Inutile de me fatiguer pour un adversaire aussi altruiste et pitoyable. Vois-tu, (Commença calmement Klaus en croisant les mains derrière son dos pour se mettre à arpenter lentement la pièce d'un pas tranquille) mon Cobra's bite ne sert pas uniquement à infliger des blessures terribles et des hémorragies à mes ennemis: il me permet déjà de faire pénétrer mon venin dans ses veines et d'en faire une arme latente, à retardement en quelque sorte. Il me suffit simplement de lancer ma deuxième attaque pour que le venin n'attaque tes cellules nerveuses.

Son sourire mauvais s'élargit quand il se pencha en avant, une lueur presque gourmande dans les yeux:

-Quelle chance d'avoir un cobaye comme toi. (Il poussa un soupir moqueur) Je vais adorer travailler avec toi, Albafica des Poissons.

$s$s$s$

Kardia se jeta sur le côté (ragea contre le manque de place de ce couloir) et leva les mains:

-Arrêtez! Vous allez vous tuer si vous continuez comme ça!

Mais comme il le craignait et comme il avait pu le constater en Russie, les enfants semblaient ne pas l'entendre. Ils continuaient à frapper, à s'obstiner, à se condamner inconsciemment. Kardia grimaça et grinça des dents, mal à l'aise malgré tout. Malgré son goût si prononcé pour la violence, la souffrance et le sang, une partie de lui rechignait à mettre fin à la vie de ces enfants, de ces victimes. Après tout ce n'étaient que des gosses qui n'avaient pas eu le choix, des gosses qui étaient utilisés contre leur gré, pouvait-il vraiment les battre sans être hanté par la suite par des remords?

Il attrapa l'avant-bras de la jeune fille blonde qui s'était jetée sur lui, s'accroupit et la fit passer au dessus de lui, l'envoyant ensuite valser de l'autre côté du couloir sans ressentir aucune résistance.

Non. Il savait qu'il y penserait toujours un peu, que les visages de ces deux enfants rejoindraient celui de Filipa, autre victime, autre innocente qui n'avait pas eu de véritable choix. Pas plus qu'il n'en avait. Mais n'avait-il vraiment pas le choix? Etait-il vraiment obligé de les tuer lui-même, seul moyen de les mettre hors d'état de nuire? Ne pouvait-il pas simplement se laisser battre? Abdiquer, en finir avec cette vie qui devenait de plus en plus fade, qui risquait de devenir insignifiante si Dégel n'en faisait plus partie?

Une sorte de décharge le secoua et il évita de justesse un violent coup qui lui était destiné. Il recula d'un pas et il se gifla mentalement: bordel de merde, depuis quand il avait des états d'âme?! Il pouvait pas se permettre de penser ainsi, il pouvait pas juste crever ici et ne pas s'être excusé correctement. Il ne pouvait pas laisser ces enfants souffrir plus longtemps et bêtement, lâchement, abandonner à cause d'une simple difficulté.

Une lame aiguisée fonça droit sur lui et il n'eut la vie sauve que grâce à un heureux réflexe. Il porta la main à son front pour essayer d'empêcher le sang de couler dans ses yeux, palpant distraitement la trace de feu que la lame avait dessiné sur son front. Rien de grave heureusement d'après ce qu'il ressentait, mais preuve qu'il fallait absolument qu'il se concentre sur ce combat.

Il ne pouvait pas les laisser en vie, ils seraient un danger permanent, un risque impossible à prendre. Et il ne pouvait pas se permettre de faire une chose pareille. Il se souvenait encore du regard enfin soulagé de Filipa quand elle avait enfin été libérée de ce poids, quand elle avait enfin pu se reposer et être elle-même.

Kardia esquiva un nouveau coup, déterminé à ne pas lever la main sur ces enfants, à ne pas les abimer plus qu'ils ne l'étaient déjà. A les aider à se reposer dignement. Il grimaça et tendit les deux bras:

-Scarlet needle!

Autant le garçon en surplis parvint à éviter une ou deux piqûres, autant la jeune fille sembla faire un effort violent pour s'empêcher de bouger. Comme si sa volonté avait un sursaut de force. Et quand elle écarta légèrement les bras, Kardia se rendit compte qu'elle souriait presque. Elle tomba en arrière, le corps percé de quinze piqûres et resta sur le sol, les bras en croix et le visage enfin paisible malgré le sang qui l'avait éclaboussé.

Alors qu'il se mettait de nouveau en garde pour en finir avec le deuxième Spectre artificiel, contrairement à ce qu'il pensait, le garçon poussa un grognement rauque, presque une sorte de plainte douloureuse quand il se tourna vers la jeune fille affalée sur le sol. Un gémissement sourd s'échappa de ses lèvres ensanglantées et des larmes horrifiées s'échappèrent de ses yeux, allèrent glisser sur ses joues. Il tomba à genoux et, sans plus prêter attention à Kardia, souleva péniblement le corps presque sans vie de la jeune fille blonde.

Il passa une main trempée de sang sur sa joue livide, sembla essayer de dire quelque chose, d'appeler son nom, mais seuls des grognements sourds lui échappaient… La jeune fille parvint à poser sa main sur la sienne et murmura quelque chose dans une langue que Kardia ne comprit pas. Quand elle se tut, le garçon se tourna vers lui et, sans dire un mot, sans faire autre chose que le regarder avec insistance, et Kardia sut ce qu'il demandait. Il tendit le bras vers lui et souffla:

-Repose-toi maintenant, c'est fini.

Les deux derniers rayons rouges heurtèrent le corps du jeune garçon qui vacilla mais resta à genoux, serrant le corps de son amie contre lui. Et juste avant que la vie ne le quitte, il adressa un hochement de la tête reconnaissant à leur sauveur, à celui qui avait mis fin à leur supplice. Même dans la mort, il resta agenouillé, les bras toujours serrés autour de la jeune fille endormie pour toujours avec lui.

Kardia poussa un soupir bref et s'appuya contre le mur en pressant la main sur sa blessure au front, le souffle légèrement saccadé. Il aurait cru que ce combat serait plus difficile à gagner que ça, sans doute ces deux enfants n'étaient-ils pas aussi puissants que la jeune femme qu'il avait dû affronter en Russie. Sans doute n'étaient-ils pas des réussites complètes. Peu lui importait, il avait l'impression qu'il était le méchant de l'histoire. Si bien qu'il s'attendit presque à être pris de nausées. Mais rien ne vint, aucun sentiment de dégoût, de dépit. Juste de la haine envers l'homme qui avait transformé des enfants en monstres dépourvus de volonté. Des enfants ravis d'accueillir la mort comme une vieille amie longtemps attendue.

Le silence qui régnait dans le couloir (alors qu'il se serait attendu à des cris) servit de rappel à la réalité. Kardia se tourna de nouveau vers les enfants enfermés, détailla leurs visages à la fois horrifiés et soulagés et soupira:

-Ca va aller, je vais vous aider: on va sortir d'ici.

$s$s$s$

-Vois-tu, j'ai vécu dans une famille aisée, ce qui m'a permis de faire des études et d'être rapidement nommé chercheur. J'avais un but: rendre l'espèce humaine meilleure, améliorée. Mais ma dernière expérience fut un échec, si bien que ma famille se retrouva ruinée et que je me suis vu « banni », en quelque sorte. (Expliquait le Spectre en attendant patiemment que son adversaire perde complètement conscience) Impossible pour moi de retrouver du travail, tout le monde reconnaissait le chercheur fou qui avait causé la chute de sa famille, qui utilisait des méthodes peu correctes pour réaliser une chimère. Il n'y a qu'ici que j'ai pu travailler le pus longtemps sans me faire radier, chasser. Figure-toi que j'avais même fini par fonder une famille.

Malgré lui, il serra légèrement le poing:

-Mais quand elle a appris ce que je faisais en cherchant dans mes papiers, ma propre femme m'a repoussé. Elle est partie avec mon garçon et m'a laissé avec un révolver. Mais pile comme je pensais en finir avec l'espèce humaine que je voulais simplement améliorer et qui ne cessait de me décevoir, ils sont apparus et m'ont offert une nouvelle chance là où personne ne m'en accordait plus.

Il se souvenait encore du métal glacial contre sa tempe, de la sueur froide qui avait roulé dans sa nuque… Et de la fascination qui l'avait submergé, plus forte que la peur, quand deux ombres gigantesques s'étaient dessinées sur le mur devant lui, ornées d'une étoile pleine et d'une étoile vide. Il se souvenait encore de ces voix qui lui avaient proposé un marché: la puissance, le pouvoir de se venger et de continuer ses expériences contre son obéissance totale et sa soumission. Il aurait pour tâche de continuer son travail, de créer des soldats dociles et puissants pour la Guerre qui approchait.

Il n'avait pas hésité, n'avait pas réfléchi une seule seconde. Il avait accepté cette chance de continuer ses expériences, d'améliorer l'être humain tout en se vengeant de ceux qui lui avaient fait du mal. Et il ne regrettait rien. Il avait tout à y gagner en acceptant ce contrat. Et même si son cosmos n'était pas aussi puissant que certain, il pouvait compter sur son intelligence et sa propre force physique pour compenser cette légère faiblesse. Ce contrat lui avait permis de se perfectionner, de travailler sur une nouvelle amélioration du genre humain. Après tout, son but premier n'était pas mauvais: rendre l'Homme plus puissant, moins faible. Et il avait désormais eu la possibilité de le faire, de travailler à fond sans entendre des plaintes, des réprimandes de ses supérieurs ou de sa propre épouse. Il avait même pu combler le vide que son propre fils avait laissé dans son coeur, avait recueilli ce jeune garçon hindou qu'il avait traité comme le sien…

Il secoua légèrement la tête puis, pile comme il allait se pencher en avant pour emmener son nouveau cobaye plus loin le temps d'aller s'occuper de l'autre gêneur, Klaus se ravisa soudain et se tourna vers le garçon, toujours sanglé à la table et aux joues trempées de larmes malgré son visage figé et marqué par deux larges cicatrices :

-Je te remercie, Edwyn, tu m'as été d'une aide précieuse. Comme quoi, (Il trancha les liens d'un mouvement sec et le jeune garçon s'effondra sur le sol, sans forces, comme une poupée de chiffon) même un échec comme toi peut s'avérer utile de temps en temps.

D'un puissant coup de pied, il envoya valser le garçon blond contre un tonneau d'eau qui se brisa sous le choc. L'eau glissa jusqu'aux pieds du géant qui fronça les sourcils:

-Mais ce n'était pas assez: je ne peux pas garder des ratures comme toi en vie. Les Dieux jumeaux veulent des résultats, pas des quasi-réussites.

Il ne comprenait pas, la fusion avait pourtant été un succès, alors, pourquoi son cosmos ne se développait-il pas? Pourquoi n'obéissait-il p-…

Un frisson le secoua tout entier quand un cosmos doré incroyablement puissant enfla derrière lui et il se retourna d'un bond:

-Mais que?!

S'écria le Spectre, les yeux écarquillés sous le coup de la surprise. Albafica se relevait calmement, sans manifester aucune difficulté à bouger ou à respirer:

-Tu croyais vraiment que ton sang allait m'affecter moi? (Un sourire mauvais étira légèrement ses lèvres) Ton poison n'est rien comparé au mien.

-Que?! Mais comment peux-tu te rele-…

La voix de Klaus s'étouffa dans sa gorge et ses yeux s'écarquillèrent sous le coup de l'horreur. Quand il réalisa que le sang empoisonné du Poisson avait infecté le sien lors du Crimson thorn. Quand il se rendit compte que ce léger mal de tête qu'il venait de ressentir n'avait cesser de grandir, jusqu'à devenir insupportable, était une conséquence de cette attaque. Jusqu'à ce que sa respiration se coupe et que son sang ne s'embrase. Il se mit à tousser violemment, cracha du sang et tomba à genoux. Les yeux injectés de sang et des veines palpitant sur son front trempé de sueur froide, il gronda:

-Espèce de sale rat!

-Navré de devoir te décevoir: mais je n'ai jamais été en danger, pas une seule seconde. Contrairement à toi. J'espérais simplement en savoir plus sur ces expériences et sur ceux qui vous dirigent.

Le coeur battant la chamade et la gorge éclaboussée de sang, Klaus fit un effort monumental pour se retourner vers le garçon, le visage déformé par une grimace hideuse:

-Vous ne saurez rien! Et je l'emporte avec moi! Je les emporte tous avec…

Sa voix s'éteignit quand il croisa le regard vairon déterminé de son dernier test. De sa dernière réussite partielle. De ce jeune garçon accroupi dans la flaque d'eau qui s'étirait également sous ses propres jambes. Et des deux doigts légèrement brillants qu'il venait de poser sur l'eau. Un murmure à la fois horrifié et fier s'échappa des lèvres ensanglantées du Spectre:

-Magnifique…

Un rayon bleuté s'échappa des doigts du jeune garçon avec un grésillement, et la pièce toute entière fut éclairée par la même lumière quand elle courut le long de l'eau avant de heurter Klaus de plein fouet. Albafica fit deux pas en arrière et leva un bras au dessus de ses yeux quand le Spectre poussa un hurlement de douleur rythmé par les grésillements sourds du courant électrique qui l'achevait sans pitié. Les éclairs de lumière bleue se tarirent pour laisser voir un corps presque entièrement carbonisé qui s'écroula sur le sol. Et quand sa main noircie toucha la tenture mauve détachée quelques minutes auparavant, elle s'enflamma, laissant les braises se répandre dans la pièce.

Albafica fit un pas en avant mais s'arrêta immédiatement, s'empêchant de toucher le garçon, d'essayer de le soutenir. Ses mains étaient encore trempées de son propre sang: il ne pouvait pas prendre le risque de le toucher, de le tuer après avoir tout fait pour le sauver. Agenouillé dans la flaque d'eau, le garçon leva ses yeux vairons tristes vers lui et le Poisson le pressa:

-Je vais t'aider, mais il faut que tu te lèves et que tu me suives. Je ne peux pas te toucher, je risquerais de te tuer.

Expliqua-t-il en lorgnant sur l'incendie qui commençait à se déclarer. Un sentiment de satisfaction effleura son cerveau quand il vit de nombreux rapports d'expérience s'enflammer à leur tour: il ne resterait plus rien des travaux de ce monstre, personne ne pourrait reprendre le flambeau et continuer ces atrocités. Ils avaient gagné sur toute la ligne. Le garçon sembla faire un effort surhumain et parvint à se lever lentement, les jambes tremblantes mais le visage toujours aussi insensible. Il vacilla légèrement et s'appuya faiblement sur le mur derrière lui, les cheveux légèrement grésillants suite à la décharge qu'il avait créé.

Albafica se força à ne pas faire de mouvements pour l'aider, conscient du risque que l'enfant courrait s'il ne faisait que l'effleurer. Il avait des questions pour lui, mais pas pour tout de suite. Il leur fallait d'abord quitter cet endroit tant qu'il en était encore temps. Pile comme il pensait cela, Kardia déboula dans la pièce, le visage ensanglanté et l'air à la fois légèrement inquiet et énervé:

-Mais qu'est-ce que tu fous, bordel?! Grouille tes puces, t'as pas remarqué que ça cramait ici?!

-Pas le temps de d'expliquer, dépêchons-nous de partir d'ici: tout brûlera avec le bâtiment.

-Non mais je rêve! Il me dit à moi de me dépêcher! (Le regard du Grec fut soudain attiré par la petite silhouette maigre du garçon aux cheveux blonds, encore appuyé contre le mur, un bras plaqué sur son ventre) Il y en avait encore ici?

Albafica hocha la tête:

-C'est le seul, tous les autres étaient en bas.

Il y eut un bref instant de silence puis, comprenant sa requête muette, Kardia poussa un soupir et passa devant lui, se dirigeant droit vers le jeune garçon:

-T'abuses avec ton truc de sang empoisonné.

Il se pencha en avant et souleva sans efforts le garçon dans ses bras:

-Allez, on se tire d'ici: les autres gosses sont déjà tous dehors.

Ils sortirent du bâtiment sans vraiment de difficulté vu que l'incendie venait de se déclarer. Albafica ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux quand il décompta le nombre d'enfants debout dehors, serrés les uns contre les autres dans leur tuniques blanches. Et quand il aperçut les corps des deux jeunes Spectres, il jeta un regard interloqué au Scorpion qui baissa les yeux en haussant les épaules:

-C'était le mieux à faire.

-Tu n'avais pas le choix.

Tenta de le rassurer Albafica, pensant ainsi rassurer son frère d'armes et le faire déculpabiliser. Mais Kardia lui jeta un regard méprisant et répondit lentement, d'un air tout sauf coupable ou hanté:

-Bien sûr que j'ai eu le choix.

Un lourd silence légèrement accusateur s'installa entre eux, comme si Kardia lui reprochait mentalement cette réflexion. Comme pour lui montrer qu'il assumait complètement ce choix cruel, même s'il estimait que c'était le bon. Puis le Scorpion haussa les épaules et se tourna vers les enfants:

-On va s'occuper de vous, vous en faites pas. Est-ce que 'lune de vous sait où se trouve le village ou la ville la plus proche?

Il était tout bonnement impensable de retourner à Copenhague avec tous ces enfants: le trajet serait bien trop long pour eux, et ils risqueraient de s'attirer l'attention de la capitale toute entière. Voire même pire. Une jeune fille aux cheveux bruns fit un léger pas en avant et désigna un point plus au nord:

-Vedbaek n'est pas trop loin, un peu moins d'une heure.

-Parfait, on va là-bas.

Et comme il terminait sa phrase, il se mit à pleuvoir.

$s$s$s$

Dernier debout parmi les flammes du bâtiment, un portrait encadré survivait encore un instant, représentant un géant aux cheveux blonds et au sourire paternel, deux mains rassurantes posées sur les épaules d'un jeune garçon basané aux cheveux noirs, au front orné d'un point rouge et au visage illuminé d'un sourire ravi.

Voyage avec Ajmal à Bönn, Allemagne, 1774.


* Impossible de ne pas placer cette réplique ici!

Et voilà! C'en est enfin fini de ce sale type/Klaus! (Il était temps!) C'était donc la fin des (més)aventures de ces deux oiseaux au Danemark (j'en ai bien conscience, c'était un peu court, mais tant pis, il faut avancer haha). J'avais envie de mettre un peu Albafica en avant et j'espère que ça vous a plu ;) On continuera avec Manigoldo et Dégel la prochaine fois :)

Gros bisous à vous et à très vite! :D

(PS: je réponds tout de suite à vos MPs et reviews, désolée d'être aussi en retard -_-)