Salut tout le monde! Hé oui, surprise: voilà déjà la suite! :D Pour me faire pardonner de vous avoir fait languir ainsi, j'ai foncé pour vous offrir ces deux chapitres plus ou moins en même temps! En cadeau de bonne année (en retard) :D J'espère que ça vous plaira ;D
Enjoy!
Manigoldo fronça les sourcils et esquissa un sourire moqueur:
-Tiens tiens! Si c'est pas le Spectre qu'on devait trouver!
Dégel plissa les yeux et détailla l'attitude du jeune homme qui leur faisait face. Les bras croisés d'une manière assurée, un air confiant et un sourire amusé sur son visage basané, le Spectre était nonchalamment appuyé sur la façade d'une vieille bâtisse en ruines. Mais malgré une confiance manifeste et une attitude détendue, une tension discrète émanait de la posture du Spectre qui leur faisait face. Une garde parfaite qui ne laissait voir aucune faille… Si ce n'était le risque de la trop grande confiance en soi.
Le Verseau fronça légèrement les sourcils et changea imperceptiblement sa garde: le Spectre qui leur faisait face devait à peine avoir leur âge, peut-être même était-il plus jeune d'un ou deux ans. Ils auraient peut-être l'avantage de l'expérience et de la maturi-…
-Et quoi mon petit, t'as la permission de huit heures que t'es là si tôt?
Bon, l'avantage de SA maturité vu que, manifestement, Manigoldo était presque aussi fort que Kardia pour provoquer inutilement ses adversaires. A moins que ça ne soit une autre technique d'intimidation? Une manière de faire sortir l'autre de ses gonds pour profiter de sa colère et de son manque de concentration? Oui, quelque chose dans l'attitude, dans la pose du Cancer, lui laissait voir un combattant près à l'affrontement. Pas un simple grand gamin taquin comme il avait l'habitude de côtoyer.
Malgré lui et malgré la confiance assurée qui émanait de son frère d'armes, Dégel se surprit à regretter la présence de Kardia à ses côtés. Ce changement de tandem était si inhabituel, comment allaient-ils agir, s'organiser? Avec le Scorpion, c'était simple: ils s'arrangeaient mentalement, attaquaient d'une manière synchronisée et réfléchie. Mais ici, alors qu'il ne savait pas comment Manigoldo fonctionnait en mission… Un léger sentiment de malaise lui nouait ventre.
Le jeune homme aux cheveux sombres fit un pas en avant, les sourcils froncés et une lueur amusée dans ses yeux si sombres:
-Je pourrais te demander la même chose. Mais sache que j'ai même la permission de faire de vous tout ce que je veux: je dois seulement ramener ce garçon avec moi en entier. Et en ce qui vous concerne, ma seule consigne est « amuse-toi ». (Il joua avec ses poignets jusqu'à les faire craquer) Et je compte bien mettre ces ordres à exécutions.
-T'aurais pas envie d'être un peu correct et de te présenter d'abord? Non mais, y'a plus de jeunesse!
Ironisa Manigoldo en laissant tomber sa Pandora Box sur le sol. Le jeune homme à la peau hâlée se redressa et bomba légèrement le torse, fier comme un paon:
-Je suis Ajmal, le Spectre de l'Hippogriffe, et j'ai été envoyé pour recruter ce garçon et le ramener avec moi pour en faire un Spectre. (Une lueur mauvaise assombrit encore ses yeux noirs) Et pour vous mettre hors d'état de nuire, accessoirement.
Dégel fronça les sourcils et jeta un coup d'oeil derrière lui, là où avait disparu Vincent quelques secondes auparavant: comment ça « en faire un Spectre »? Il avait clairement un cosmos positif malgré sa capacité à voir les esprits, il n'y avait aucune raison que… Mais au même moment, son franc tomba quand il réalisa que cette légère noirceur qu'il avait prise pour de la peur, de l'angoisse permanente, était en fait une once de cosmos sombre logé dans le coeur même de Vincent. Mais alors… Alors que faire de ce garçon? Pouvaient-ils se permettre de le ramener avec eux tout en sachant qu'un cosmos négatif menaçait d'enfler de jour en jour? Et s'ils ne le ramenaient pas… Devraient-ils le tuer pour éviter qu'il ne devienne un danger?
Le coeur au bord des lèvres, il ouvrit la bouche, voulut mettre Manigoldo au courant, mais l'Italien avait déjà fait un pas en avant, les bras résolument croisé sur sa poitrine:
-Je me disais justement que j'avais besoin de m'entrainer. (Il fit craquer sa nuque) Manigoldo du Cancer va t'offrir le meilleur combat de ta vie.
Sa Pandora Box s'ouvrit avec un éclair doré, et il fit claquer sa longue cape derrière lui quand son armure se colla contre lui:
-Dégel, je m'occupe de ce type: je veux que tu rattrapes ce gosse et que tu le protèges, ok?
-Tu ne vas quand même pas affronter ce Spectre tout seul?
-Je vais me gêner! T'en fais pas, je suis plus résistant que Kardia, je gère.
Sourit le Cancer en lui adressant un clin d'oeil mi complice mi moqueur. Dégel n'essaya même pas de répondre ou de l'en dissuader. Il hocha la tête et se détourna sans attendre une seconde de plus, courant pour essayer de rattraper le jeune garçon qui s'était enfui devant eux.
Manigoldo se tourna de nouveau vers le Spectre et fronça les sourcils sans se départir de son sourire:
-Bon, si on commençait?
-Avec plaisir.
Une lueur mauve sombre engloba le corps d'Ajmal, puis se dissipa, révélant un surplis pourvu de larges ailes et de griffes acérées. Le large sourire sur ses lèvres n'ôta rien de l'air mauvais du Spectre quand il se jeta en avant:
-Je n'attendais que ça!
Manigoldo se propulsa en avant à son tour plutôt que d'essayer d'éviter le coup, s'arrangea pour frapper en premier… Et ne rencontra que du vide. Ajmal s'était décalé, si vite qu'il avait presque failli ne pas le voir. Et quand l'hindou poussa un petit ricanement, le Cancer sut qu'il avait foncé droit dans le piège:
-Golden Claws!
Malgré son bond en arrière pour essayer d'éviter l'attaque, Manigoldo fut propulsé en arrière sous le choc. Il roula sur le sol et se releva vivement en grognant, la main droite plaquée sur son bras gauche d'où coulait un flot de sang:
-Sale petit sournois!
Une large rangée de trois griffes s'étirait le long de son bras, et au vu des dégâts, Manigoldo se félicita de s'être décalé assez vite. S'il avait reçu cette attaque de plein front, il n'était pas sûr qu'il aurait pu revenir entier au Sanctuaire. Manifestement ravi du résultat, Ajmal plissa les yeux et poussa un semblant de ricanement:
-Dis plutôt que tu me pensais plus faible que ça. Désolé pour toi, mais avec le soleil aussi haut dans le ciel, tu m'affrontes au meilleur de ma forme.
-Je vois pas le rapport, et à vrai dire je m'en fous.
Grommela le Cancer, un air malgré tout amusé sur le visage. A vrai dire, il devait l'avouer, il pensait en finir vite fait avec ce Spectre de pacotille et ramener ce garnement par la peau du coup avec eux au Sanctuaire. Et si une partie de lui aurait préféré que tout (y compris ce combat) soit simple et rapidement réglé, il devait reconnaitre qu'il était ravi de constater de quel bois se chauffait son adversaire. Ca faisait longtemps qu'il n'avait plus eu droit à un véritable combat, et il était satisfait malgré lui de pouvoir enfin se mesurer à quelqu'un d'un peu puissant.
Ajmal leva une main gantée de noir, sans se départir de son sourire amusé:
-Tu me déçois, Chevalier, je pensais que tu connaitrais la mythologie de ta Déesse mieux que ça.
-Désolé de pas avoir écouté en classe, maman.
Le Spectre fit un pas sur le côté, puis un deuxième, et Manigoldo mima sa position en miroir, évaluant le danger que représentait son adversaire, les risques à courir et ceux à éviter…
-D'après certaines versions, l'Hippogriffe serait la créature qui tire le char du soleil du Dieu Apollon, et non pas le Griffon comme on essaye de le faire croire. (Il haussa les épaules) Les gens passent leur temps à confondre les deux, ils feraient mieux de se renseigner*. Tout ça pour te dire que plus le soleil est haut dans le ciel, plus mon Golden Claws sera efficace.
L'Italien poussa un petit rire amusé et passa l'index sur le bout de son nez:
-Parfait, je m'en serais voulu d'avoir tabassé un sous-fifre sans puissance, après tout vous êtes tous pareils nan? Des mauviettes.
Cette fois, la remarque fit mouche, si bien que Manigoldo sut enfin quel était le point faible de son adversaire. Un éclair de rage assombrit encore un peu plus le regard noir d'Ajmal quand il serra les poings et s'arrêta soudain:
-Parle pour toi, je connais plus d'un Spectre qui vaut dix Chevaliers d'Athéna!
-Ouh, est-ce que je t'aurais vexé? Toi ou alors tes potes? (Il plissa légèrement les yeux et tenta le tout pour le tout) Ton copain? Ton maître peut-être?
-La ferme et bats-toi!
Ajmal se jeta en avant, le bras tendu et toutes griffes dehors. Il était rapide, très, trop pour lui. Inutile d'essayer d'attaquer, autant utiliser sa propre force physique pour la retourner contre lui. Manigoldo plissa les yeux et ne put s'empêcher d'esquisser un sourire mauvais quand il s'accroupit vivement et reposa tout son poids sur son bras gauche pour lever les jambes et frapper. De toutes ses forces.
Ajmal écarquilla des yeux surpris et poussa un grognement douloureux quand le double coup de pied l'envoya valser contre un mur, allant jusqu'à passer au travers et à rouler dans la vieille maison. Il se redressa, le visage défiguré par la colère et la honte, un filet de sang roulant depuis son crâne et glissant le long de sa tempe. Son casque avait roulé sur le sol et quand il tenta de lever les bras, une violente douleur à l'épaule le fit grimacer. La respiration saccadée, il soutint son épaule démise d'une main, fusillant Manigoldo du regard:
-Parce que tu penses que ça sera suffisant pour m'arrêter? (Il serra les dents et, d'un mouvement sec accompagné d'un craquement sourd, força sur son épaule blessée pour la remettre en place) Désolé de te décevoir, mais il m'en faudra plus!
Et quand il se rua de nouveau sur lui, Manigoldo l'imita. Sans parvenir à tout à fait éviter les larges griffes qui tracèrent des sillons de sang sur son torse, l'Italien parvint à se saisir des épaules d'Ajmal pour l'immobiliser le temps de caler ses jambes autour de lui et de serrer. Aussi fort que possible:
-Je pense qu'avec ça t'auras assez. Acubens!
Mais alors qu'il pensait sa victoire assurée comme il initiait un mouvement de rotation, persuadé de couper littéralement le Spectre en deux, Ajmal poussa un soupir ravi:
-Je ne crois pas non.
Contrairement à ce que le Cancer pensait, le corps bardé de noir d'Ajmal ne céda pas avant ses jambes. Ce fut l'inverse.
Les deux larges ailes se déployèrent, repoussant violemment les jambes de Manigoldo… Si bien qu'il sentit les muscles de sa jambe gauche se déchirer et un os de sa jambe droite craquer avant de céder. Il ne put retenir un cri de douleur, bien vite étouffé quand Ajmal lui asséna un violent coup de coude dans la mâchoire. Et comme ce n'était pas assez comme ça, il se mordit la langue à cause du coup. Pezzo di merda**!
Plus par réflexe que par véritable fuite, le Cancer se recula vivement de plusieurs pas, la tête parcourue de vagues de douleurs et la bouche remplie de sang. Il aurait bien voulu pouvoir analyser son état mais il dut se jeter sur le côté pour éviter un nouveau coup de griffes dorées. Et ce putain de soleil qui ne descendait pas! Il grimaça de douleur quand sa cheville blessée se posa sur le sol et l'élança, le faisant presque trébucher.
-Ok, rester calme, l'énerver lui et se servir de sa colère.
-Ce n'est pas contre toi, mais j'ai pas de temps à perdre avec un infirme: je dois absolument ramener ce gosse avec moi. Alors finissons-en là, Cancer.
-Parce que tu crois que je suis plus en état de me battre? Désolé mais j'ai connu pire!
Ironisa Manigoldo en crachant le sang qui avait envahi sa bouche. Mais Ajmal, presque intact comparé à lui leva les deux bras:
-Ma mission est de ramener ce garçon. J'en ai fini avec toi: Mystic Dimensions!
Des ondes de lumière mauve se dirigèrent vers lui à toute vitesse, l'englobèrent et l'immobilisèrent. Le coeur battant, le Cancer gronda:
-Mais?! Cette attaque, on dirait…?!
-Ton âme va être transportée dans une autre dimension après avoir sondé tes peurs: tu seras brisé mentalement et tu ne seras qu'une coquille vide. C'est tout ce que tu mérites.
Manigoldo voulut se dégager, résister,… Mais quand il sentit son esprit se détacher de son enveloppe charnelle, il cessa de lutter et poussa un petit rire discret. Puis ses yeux se révulsèrent et il tomba sur le sol, vide. Vaincu.
Ajmal poussa un soupir soulagé et essuya la sueur (et le sang) qui coulait sur son front d'une main fébrile. Il détestait l'avouer, mais sincèrement, il avait eu peur de ne pas pouvoir vaincre cet ennemi. Il avait rarement dû, dans sa courte carrière, faire usage de son attaque spéciale aussi rapidement lors d'un combat.
Un léger sentiment de malaise enfla dans sa poitrine quand il détailla le corps immobile de Manigoldo sur le sol. C'était… Oui, c'était comme si… Il avait l'impression d'avoir gagné trop vite, que son adversaire ne s'était pas donné à fond… Ajmal secoua la tête et chassa ce pressentiment de son esprit. Il devait rester concentré, penser à ce qu'il avait appris:
-J'arrive Père, je ne te décevrai pas.
Sans un regard en arrière, il se lança à la poursuite de Vincent et de Dégel.
$s$s$s$
Dégel aurait peiné à retrouver le jeune garçon si son cosmos ne laissait pas une trace aussi visible tant il peinait à le maitriser. Non, en vérité, Vincent ne maitrisait sans doute absolument pas son propre cosmos, d'où son angoisse face aux feux follets (et sans doute aux esprits) qui lui apparaissaient.
Tout en courant à la suite du jeune garçon, le Verseau réfléchissait à comment il allait pouvoir le convaincre de venir avec eux, de les suivre pour son propre bien. Comment pourrait-il rattraper sa propre erreur? Comment lui montrer que ce qui l'attendait était mieux que s'il restait ici, ou pire… S'il décidait de suivre ce Spectre?
Pile comme il commençait à se dire que Kardia aurait parfaitement su quoi faire, il réalisa que Vincent s'était arrêté, sans doute conscient du fait que, où qu'il aille, Dégel pourrait le retrouver. Les poings serrés dans une attitude presque agressive malgré son visage livide et fatigué, le jeune garçon haleta:
-Arrêtez de me suivre, je refuse de partir d'ici.
Dégel leva les mains pour l'apaiser et s'immobilisa, bien décidé à ne pas faire un mouvement de plus qui risquerait d'effrayer de nouveau le garçon:
-Attends, écoute-moi, je… Nous ne te voulons aucun mal et nous ne t'obligerons évidemment pas à venir avec nous. Mais il faut que tu saches ce qui t'attend si tu restes ici, et ce que tu peux devenir si tu nous accompagnes.
-Puisque je vous dit que je ne veux pas venir! Je ne veux pas de ce pouvoir, je n'en ai jamais voulu! Il ne m'attire que des problèmes!
S'écria Vincent en tremblant sous le coup de la colère et peut-être même sous le poids de souvenirs trop lourds. Dégel s'empêcha de faire claquer sa langue contre son palais, signe d'irritation et de réflexion trop reconnaissable:
-Justement, nous pouvons t'aider à le contrôler, en faire une chose positive. Il ne faut pas que ta colère, ta peur et ton désespoir te fasse sombrer. Tu ne dois pas les laisser te diriger: plus tu essayeras d'éteindre cette flamme de cosmos, plus il voudra se libérer et plus tu auras du mal à le contrôler.
-Je n'en veux pas! J'aurais voulu ne jamais avoir de… De ce cosmos!
-Pourtant c'est un don très rare que tu as là. (Dégel poussa un soupir) Chaque être vivant possède un cosmos, chaque personne, chaque animal, chaque pierre, chaque coup de vent,…
Comme il l'espérait, Vincent sembla hésiter avant de répondre en balbutiant, interloqué:
-Que… Comment ça?
-Tu n'es pas le seul à avoir cette énergie en toi, elle est présente en chacun de nous. Mais seuls quelques élus peuvent la voir, la sentir, s'en faire une amie et la maîtriser pour faire le bien.
Une lueur mi curieuse mi rassurée éclaira le regard vert du jeune garçon:
-Vous… Je ne comprends pas…
-C'est parce que nous nous sommes mal exprimés tout à l'heure, nous ne t'avons pas bien expliqué la situation. Mais maintenant que tu sais mieux ce qu'est le cosmos, l'énergie qui anime chaque chose vivante, je peux t'expliquer que parmi ces personnes qui peuvent maitriser cette énergie, il y a les Chevaliers d'Athéna, la Déesse de la Guerre.
Quoique toujours sur ses gardes, Vincent semblait plus réceptif, plus attentif et moins borné face à ses explications. Si bien que Dégel eut l'impression qu'il pouvait y arriver:
-Notre Déesse protège la Terre et tous ses habitants, et nous sommes ses Chevaliers, ses protecteurs, ses guerriers. Nous nous battons pour elle et pour défendre la paix. Nous utilisons notre cosmos pour servir le bien.
Un léger tic secoua la joue du jeune garçon mais Dégel ne lui laissa pas le temps de l'interrompre:
-D'un autre côté, il y a aussi les Guerriers Divins d'Asgard, qui servent Odin, le Dieu nordique que tu connais peut-être. Mais il y a également les Marinas du Dieu des Mers et des Océans, Poseidon… Ainsi que les Spectres d'Hadès…
-Le Dieu des Enfers…
-Exactement. Et tous les deux cent ans, une guerre oppose Hadès à notre Déesse Athéna afin de décider du sort de la Terre et de ses habitants. C'est pour ça que nous nous battons, c'est pour remporter une victoire pour l'humanité que nous utilisons notre cosmos. Et c'est pour cela que j'aimerais que tu viennes avec nous, au Sanctuaire d'Athéna, pour mettre ton cosmos au service du bien et pour vaincre les armées maléfiques du Dieu des Enfers qui ne cherche que mort et destruction. C'est pour cela que je préfèrerais que tu nous suives plutôt que de rejoindre les rangs de ce Dieu en partant avec le Spectre qui te traque. Nous pouvons t'aider à maitriser ton cosmos, nous pouvons faire taire ces voix qui te hantent. Tu peux nous faire confiance, je te le promets sur ma vie.
La longue seconde pendant laquelle Vincent se tint muet fit espérer à Dégel qu'il avait réussi à le convaincre, qu'il lui avait démontré leurs bonnes intentions. Il y crut vraiment pendant cette minute. Mais dès que le regard du jeune garçon s'assombrit de nouveau, il comprit qu'il faudrait plus pour le faire changer d'avis. Il s'était de nouveau refermé sur lui-même, sourd à ses explications:
-Vous ne savez pas ce que je vis… Vous ne savez pas ce que c'est de ne plus jamais fermer l'oeil de la nuit à cause de la peur, de voir des fantômes partout où on pose les yeux,… D'être hanté par son passé sans cesse et sans espoir de repos.
-Justement, nous pouvons…
-Vous ne pouvez pas m'aider, cette chose est incontrôlable et ne me cause que des problèmes, que de la souffrance et des larmes. La seule chose qui pourrait m'aider, c'est que vous me l'enleviez ou que vous me tuiez pour qu'ils se taisent.
-Il est absolument hors de question que nous te…
Commença Dégel en faisant un pas en avant. Mais Vincent leva vivement le bras en poussant un cri terrifié:
-Ne faites pas un pas de plus!
Un nuage d'énergie (qui aurait pu être d'un doux jaune brillant mais qui était ici teintée de noir) engloba son bras et quitta sa main à toute vitesse. Si vite que Dégel faillit ne pas sa décaler assez rapidement pour éviter l'attaque inconsciente du garçon. L'éclair de cosmos alla se ficher dans un mur derrière lui et le fit exploser dans un nuage de poussières. Les yeux écarquillés face à l'étrange puissance négative de ce garçon, le Verseau se retourna vers lui, les sourcils froncés et sur ses gardes, cette fois:
-Vincent, nous ne te voulons aucun mal, et il est grand temps que, quoi qu'il te soit arrivé, tu laisses ton passé derrière toi. Un futur lumineux t'attends, mais pas ici où tu ne fais que t'enliser dans tes erreurs et dans ton passé.
Une fois la poussière dispersée, le visage horrifié et les yeux exorbités de Vincent lui apparurent mieux, mais son murmure fut si bas qu'il manqua presque de l'entendre:
-Je n'en veux pas… (Il frissonna et plaqua les mains sur ses bras, comme pour se réchauffer) Tout… Tout ce que touche… Tout ce que j'aime meurt par ma faute…
Dégel plissa les yeux, comprenant petit à petit ce qui avait pu arriver à ce garçon: une coïncidence malheureuse, un mauvais timing liant la mort d'un être cher à son propre pouvoir… Un mensonge. Il secoua la tête sans quitter les mains de Vincent des yeux:
-C'est faux voyons: tu ne maîtrises pas encore ton cosmos, ce n'est pas de ta faute. Nous pouvons t'aider.
-Mais vous ne pourrez pas la ramener!
Hurla le garçon, les joues trempées de larmes et les épaules secouées de tremblements, et l'énergie qui l'engloba soudain avait presque perdu toute trace de jaune, dominée uniquement par une couleur sombre trop caractéristique. Dégel était tellement absorbé par sa conversation (monologue si vous préférez) avec Vincent qu'il faillit ne pas sentir le cosmos noir arriver dans son dos.
Faillit.
Il se retourna vivement et leva les bras dans le même mouvement, créant un mur de glace entre lui et les coups qui lui étaient destinés. Ebahi, Vincent recula de plusieurs pas en levant un bras au dessus de sa tête, comme pour se protéger. Dégel tendit un bras devant le garçon:
-Je m'en occupe, ne t'en fais pas et abrite-toi.
-Mais je…
-Tu risques d'être blessé si tu restes ici: alors va t'abriter.
Un léger grésillement se fit entendre, puis un fin nuage de buée s'éleva du centre du mur de glace qui se mettait à luire légèrement. Dégel fronça les sourcils:
-C'est…
Impossible, ça l'était, et pourtant le mur de glace fondait, lentement certes, mais fondait quand même. Il fit rapidement le lien entre l'hippogriffe et le char du Dieu Soleil et retint un grimace agacée. Où était donc passé Manigoldo? Il n'avait quand même pas eu être battu par ce Spectre, c'était tout bonnement impossible! Mais alors, où était-il?!
Sous le coup de la chaleur, le mur de glace explosa, dévoilant la silhouette ailée d'Ajmal. Entier, à peine blessé. Et pas de trace de Manigoldo. L'hindou avait les sourcils froncés et le regard sombre quand il leva le bras pour gronder:
-Je n'ai plus de temps à perdre avec toi, Verseau: pousse-toi et laisse-moi le garçon.
-Hors de question. Je ne te laisserai pas l'emmener avec toi pour en faire un esclave comme vous l'avez déjà fait avec tant d'autres innocents.
-Mauvaise réponse.
Ajmal se jeta sur lui, à toute vitesse, le poing tendu vers lui. Dégel se décala in extremis, juste ce qu'il fallait pour qu'il puisse projeter une vague de froid sur les griffes qui ornaient le surplis de son adversaire et pour claquer des doigts. Pile comme il le pensait (et exactement comme ce qui était arrivé en Russie), les griffes volèrent en mile morceaux. L'hindou poussa un grognement surpris et ses larges ailes sombres s'ouvrirent violemment, causant une véritable mini tornade qui envoya Vincent rouler quelques mètres plus loin et qui fit reculer Dégel de plusieurs pas.
Aveuglé par la poussière soulevée par le vent brulant, le Verseau ne vit pas le coup arriver assez rapidement. Si bien qu'il eut l'impression que ses poumons explosaient quand un violent coup de tibia lui coupa le souffle et le fit valser en arrière. Malgré la douleur, Dégel se releva aussi vite que possible et bondit sur le côté pour éviter un puissant coup de poing qui souleva les pavés à l'endroit où il se trouvait quelques instants auparavant.
Le Verseau leva les bras et joignit vivement ses mains:
-Aurora Execution!
Le coup de vent glacial qui s'échappa de ses poings joints frappa directement le Spectre en pleine poitrine, le propulsant contre un mur déjà fragilisé avec un cri étouffé. La respiration saccadée et rendue douloureuse à cause du coup qu'il venait de recevoir, une main plaquée sur le sternum, Dégel se tourna à demi vers Vincent, toujours affalé sur le sol, les yeux écarquillés face à ce combat titanesque qui se déroulait devant lui:
-Qu'est-ce que tu fais encore là? Dépêche-toi de te mettre à l'ab-…
-Attention!
Dégel se retourna vivement, mais pas assez pour éviter le coup de poing qui cogna directement contre sa tempe, si fort que sa vue fut complètement noire pendant un instant et que ses sens restèrent troublés un long moment. Si bien que quand Ajmal leva une nouvelle fois le poing, il ne dut sa survie qu'à sa perte d'équilibre qui le fit tomber à genoux un court instant.
Le Spectre leva les bras au dessus de sa tête et gronda, un demi sourire las sur ses lèvres ensanglantés:
-C'en est fini de toi, Verseau! Mystic Dimensions!
Les sombres vagues de lumière mauve englobèrent son corps à toute vitesse et l'immobilisèrent sans qu'il puisse faire un mouvement, complètement sonné par le dernier coup qu'il avait reçu. Si bien que sa dernière pensée lucide ne fut pas pour Vincent, ni même pour lui:
-J'aurais voulu pouvoir me faire pardonner…
Une partie de lui savait qu'il aurait pu faire ce qu'il fallait pour échapper à cette attaque mentale. Une partie de lui savait que, s'il se retrouvait dans cette situation, c'était parce qu'il s'y était laissé tomber. Parce que, inconsciemment, il avait voulu perdre. Ne plus avoir à réfléchir, à affronter la trahison de Kardia et ses propres regrets. Une partie de lui savait qu'il avait pensé une seconde de trop à abandonner.
Mais alors que cette partie lucide de lui se rebellait, alors qu'il croyait qu'il était trop tard, alors qu'il se sentait quitter son propre corps avec une douleur terrible semblable à une déchirure, une main se posa franchement sur son épaule et l'y repoussa:
-Hep hep hep, t'es pas autorisé à perdre quand t'es en mission avec moi, sinon Kardia va me tuer.
Dégel leva des yeux surpris et rencontra les yeux indigos moqueurs de son frère d'armes. Parfaitement indemne quoique sous forme d'esprit, lui aussi:
-Manigoldo?!
-T'inquiètes, glaçon, je m'occupe de tout. Veille juste sur nos corps, ça marche?
-Mais qu'est-ce que tu?!
Mais, avec un frisson causé par un grand froid, son âme regagna son corps, si bien qu'il n'entendit ni ne vit le rire ravi du Cancer. Le visage trempé de sueur glacée, tombé à genoux sans s'en rendre compte, Dégel releva difficilement la tête, la vue encore brouillée à cause de cette expérience de séparation charnelle et mentale, et jeta un coup d'oeil à sa droite, là où Ajmal, sans prendre la peine de vérifier si son adversaire était bien vaincu, s'était déjà approché de Vincent:
-Tout ira bien maintenant.
Le visage hésitant entre le livide et le verdâtre, le jeune garçon secoua a tête:
-Vous l'avez tué?…
-J'ai envoyé son esprit ailleurs, nuance. (Il passa la main sur son front et continua) Eux ne peuvent pas ramener celle que tu as perdu, mais notre Dieu Hadès le peut, lui.
-Mais… C'est impossible…
S'insurgea faiblement Vincent sans parvenir à soutenir le regard noir d'Ajmal. Le Spectre secoua la tête:
-Rien n'est impossible avec un cosmos comme le notre. Tu peux voir ces esprits, notre Seigneur peut te ramener celle qui te manque tant. Il te suffit de venir avec moi, de suivre un entrainement adéquat, et tu récupéreras ce que tu as perdu.
-Mais… Mais ce n'est pas… Est-ce que ces deux hommes, ces Chevaliers d'Athéna sont d'accord?
-Oublie ces hommes, les Chevaliers d'Athéna sont nos ennemis, les ennemis de notre Dieu Hadès et de son objectif: créer un monde meilleur pour les hommes à travers la mort et la destruction. Ta vengeance je te l'offre maintenant, et ta récompense, tu l'auras une fois ton entrainement terminé. (Un léger sourire mauvais étira les lèvres du Spectre) Tu ne veux donc pas revoir Renata?
Vincent tressaillit violemment et se dégagea soudain, comme si, en disant ce nom tant regretté, Ajmal l'avait giflé. Il se recula de plusieurs pas:
-Vous mentez, personne ne peut revenir d'entre les morts. Et votre but n'est pas louable, la mort et la destruction ne donnent pas l'égalité, juste le malheur. Plutôt mourir que de vous suivre!
Ajmal poussa un soupir irrité, légèrement surpris que sa ruse n'ait pas fait céder un garçon pourtant aussi désespéré et épuisé, et haussa les épaules:
-Après tout, on ne m'a précisé si je devais te ramener conscient ou non. Tant pis pour toi.
Mais comme il posait la main sur l'épaule de Vincent, une lueur bleue l'engloba soudain et, sans pouvoir résister, il sentit ses forces le quitter et son esprit se séparer de son corps quand une voix moqueuse résonna dans sa tête:
-Seki Shiki Mekai Ha!
Ajmal écarquilla des yeux horrifiés:
-Tu es toujours vivant?!
-Désolé de te décevoir ma poule, mais les dimensions terrifiantes c'est un peu ma spécialité. Alors je te retourne la politesse!
Et en clignement d'oeil, Ajmal tomba à genoux sur un sol aride, habitué à ce genre de voyage spirituel. Mais le garçon qu'il tenait par l'épaule l'était beaucoup moins, si bien qu'il s'écroula de tout son long sur le sol des Enfers en poussant un cri horrifié (sans doute causé par la chute). Sans prendre la peine de détailler Vincent se mettre à paniquer en regardant partout autour de lui, Ajmal se leva et se tourna vers la droite, là où se dressait Manigoldo, indemne, un large sourire moqueur sur les lèvres:
-Tu pensais quand même pas me battre avec une attaque aussi proche de la mienne, si? Désolé mais t'es vraiment pas assez puissant pour me surprendre avec ça. Du coup, tu m'excuseras, mais je nous ai directement amenés sur mon terrain de jeu préféré.
Sans avoir besoin de mieux y regarder, Ajmal sut immédiatement où il était: ces âmes grises et morbides qui se dirigeaient lentement vers le tour du gouffre, les nombreux feux follets qui les entouraient,… Ils étaient au bord du Puit des âmes. A ses pieds, Vincent laissa échapper un glapissement terrifié et porta les mains à sa bouche, les épaules tremblantes et des prières silencieuses s'échappant de ses lèvres. Manigoldo passa une main dans les cheveux bruns du garçon qui sursauta:
-T'en fais pas gamin, observe et apprends: tu risques rien tant que t'es avec moi.
Malgré sa terreur sans pareille, Vincent eut l'impression que les paroles du Cancer réchauffaient son coeur et le rassuraient immanquablement. Si bien que pour la première fois, alors que tout était contre lui, il eut vraiment l'impression d'être en sécurité. Il hocha lentement la tête et Manigoldo poussa un petit rire amusé:
-Allez, dernier round, le Spectre.
Ajmal serra les poings, bien conscient que si seule son âme était présente, et sans aucune griffe restante, il aurait du mal à vaincre un adversaire aussi redoutable que le Cancer. Mais il refusait de s'avouer vaincu, refusait de perdre sans se battre. Refusait de le décevoir. Il se jeta sur lui, frappa aussi vite qu'il le pouvait. Mais c'était comme si Manigoldo parvenait à deviner ce qu'il allait faire, se décalant toujours à une seconde près pour le frapper à son tour. Et quand un violent coup de pied le fit reculer de plusieurs pas, allant jusqu'à se retrouver à quelques centimètres du gouffre, il grimaça, bien décidé à en finir et à, si possible, emmener le Cancer avec lui dans la mort.
Mais alors qu'il levait le poing, son visage pourtant si brun se vida de toute couleur et il se figea, les yeux exorbités sous le coup de la douleur, estomaqué. Là, avançant lentement dans la file qui lui faisait face… Cette taille et cette carrure, ces cheveux blonds plaqués en arrière, ces yeux… Un murmure horrifié s'échappa de ses lèvres:
-Non… Non, ce n'est pas possible… Tu ne peux pas être là!
Intrigué, Manigoldo suivit le regard d'Ajmal, détailla l'esprit du mort qui se dirigeait inexorablement vers le puit des âmes, revint vers l'hindou et fronça un sourcil: non mais, qu'est-ce qui lui prenait? Est-ce qu'il connaissait ce type? Est-ce que c'était un autre…
Ajmal haleta difficilement et se rua vers l'esprit, l'agrippant par les épaules et essayant de s'attirer un regard en hurlant, les yeux exorbités:
-C'est impossible! Tu ne peux pas être là! Tu ne peux pas être mort! Qu'est-ce qui s'est passé?! Qu'est-ce qui s'est passé, père?!
C'était comme s'il était soudain devenu fou de douleur face à l'âme morte de ce géant aux cheveux blonds, et bien que Manigoldo n'en comprenne pas bien la cause, il restait en garde, curieux de voir ce que le Spectre allait faire après un tel choc.
Comme s'il l'avait entendu penser, Ajmal tourna un visage ravagé vers lui, déformé par la haine, la douleur et la folie. La poitrine soulevée par une respiration pénible, le jeune homme aux cheveux noirs serra les pans de la veste de l'esprit avant de le laisser partir à regret:
-C'est vous qui lui avez fait ça! C'est vous qui me l'avez pris!
-Ecoute, y'a erreur sur la personne, je connais pas ce…
-TU MENS!
Hurla le Spectre en portant les mains à son crâne, plongeant ses ongles dans son cuir chevelu jusqu'à en saigner. Et quand il releva la tête vers lui, Manigoldo sentit un frisson de mauvaise augure remonter le long de sa colonne vertébrale:
-Je vais te tuer!
Et Ajmal se jeta en avant, droit sur lui, avec le net objectif de l'entrainer avec lui dans le puit des âmes. Mais comme il pensait pouvoir peut-être se décaler in extremis, une silhouette bougea vivement à côté de lui. Lancé comme un boulet de canon, Vincent plongea sur Ajmal, lui assénant un violent coup de tête dans le ventre par la même occasion, et le précipitant dans le gouffre sans fin qui s'étirait sous leurs pieds. Provoquant sa propre chute en même temps.
Poussé par son instinct comme par une décharge électrique, Manigoldo gronda un juron et plongea en avant à toute vitesse, le bras tendu vers le gouffre… Et quand il heurta violemment le sol, sa main agrippa celle du jeune garçon aux yeux verts, in extremis. Vincent leva un regard mi choqué mi soulagé vers lui avant de baisser les yeux vers le vide, là où le Spectre tombait sans un cri, les yeux écarquillés et posés sur la haute silhouette blonde qui venait de se laisser tomber en même temps qu'eux. Une larme roula sur sa joue mate, accompagnée par un léger sourire rassuré:
-J'ai cru vous perdre…
Et quand il ferma les yeux, il eut presque l'impression que Klaus posait sa main si rassurante sur sa joue:
-Je te l'ai déjà dit: je ne t'abandonnerai jamais, Ajmal.
Le jeune homme eut un ultime sourire. Puis, ce fut le noir.
$s$s$s$
Quand les âmes de Manigoldo et de Vincent réintégrèrent leurs corps, Dégel poussa un léger soupir soulagé et rattrapa le jeune garçon avant qu'il ne s'effondre sur le sol, à bout de forces et tremblant de tous ses membres. Un violent spasme secoua le corps de Vincent qui plaqua une main sur ses lèvres et ferma les yeux, se forçant à respirer lentement, profondément, à rester calme, peu habitué à ce genre de voyage spirituel.
Le Verseau s'empêcha de reculer vivement (eurk!) et se contenta de lever la tête vers la rue dont s'élevait un bruit de pas nonchalant. Bien vite, Manigoldo les rejoignit et, un sourire ravi illuminant son visage griffé et noirci par la poussière, il gratifia Dégel d'un coup de poing amical sur l'épaule:
-Je t'avais dit que ça serait facile!
Dégel n'eut même pas la force de répondre qu'ils n'avaient pas la même notion de facilité, et quand bien même il l'aurait voulu, il n'aurait pas pu. Les épaules secouées de sanglots terrifiés, Vincent s'était légèrement détaché de lui et hoquetait:
-Pourquoi… Pourquoi vous m'avez sauvé?… (Il renifla et frissonna violemment) J'aurais encore préféré mourir plutôt que de continuer de subir tout ça… J'aurais préféré mourir que de continuer de semer la mort sur mon passage… Ma mère, ma meilleure amie,… Je n'ai plus personne, plus rien, j'aurais préféré les rejoindre et mourir…
Mal à l'aise, Dégel chercha quelques paroles réconfortantes à lui présenter, quelques attentions bienvenues dans ce genre de situation, incapable de savoir précisément ce qui pourrait consoler le garçon… Alors quand Manigoldo fit un pas en avant, il retint un soupir soulagé, sûr que l'Italien saurait quoi lui dire pour le…
Il eut l'impression que la tête du garçon allait être détachée de son corps tant la gifle résonna fort dans la petite place. Dégel sursauta et écarquilla des yeux horrifiés vers son frère d'armes qui (il en était sûr) venait de secouer légèrement sa main tant le coup avait été violent:
-Mais qu'est-ce que tu fabriques?!
Il était complètement fou ou quoi?! Comment comptait-il convaincre Vincent de les suivre après ça?! Mais au secours, qui l'avait flanqué d'un abruti pareil pour une mission qui demandait autant de tact et de délicatesse?! Mais contrairement à ce qu'il pensait, le garçon porta une main ébahie à sa joue et se tut, levant des yeux écarquillés vers Manigoldo qui s'accroupit à sa hauteur et grommela:
-Arrête un peu de tes conneries et écoute plutôt les voix des esprits au lieu de te plaindre. (Il désigna une forme que Dégel ne pouvait voir devant eux et souffla, un ton plus bas) Regarde mieux, regarde plus loin que ce que tu crois voir et entendre. Ne fuis pas à la première difficulté qui te fais peur et écoute-les.
Comme soudain ahuri, Vincent se tourna vers la droite en frissonnant, certain de rencontrer les yeux vides de cette personne, son visage ravagé par la déception et la colère… Et quand la forme bleutée de sa mère lui apparut enfin, le visage assombri et la poitrine trempée de sang, il ferma les yeux et baissa la tête en frissonnant. Mais la main assurée du Cancer le força à doucement relever le visage:
-Ne fuis pas à la première difficulté, ne laisse pas ton esprit déformer les choses.
Et comme il se forçait à ne pas détourner le regard, forme évanescente englobée de bleu dans la poussière, l'image transparente et pourtant étrangement enfin nette d'une femme aux longs cheveux bruns lui sourit calmement, les mains paisiblement croisées sur son tablier. Il vit ses lèvres bouger et son murmure lui parvint enfin:
-Je suis fière de toi, mon grand.
Son coeur se serra dans sa poitrine et un noeud se forma dans sa gorge, l'empêchant presque de respirer. Et comme le sourire de l'esprit se faisait plus chaleureux, deux bras diaphanes apparurent derrière lui pour l'enlacer dans une étreinte invisible comme un murmure lui chatouillait l'oreille:
-Sois heureux, Vince.
Cette voix assurée et rieuse, ces longues mèches de cheveux noirs, ces deux grands yeux bleus si clairs que même la mort ne parvenait pas à éteindre… Vincent se mordit la lèvre et posa une main sur celle si claire, presque invisible de Renata, incapable d'empêcher une larme douloureuse de rouler sur sa joue. Elles ne lui en voulaient pas. Elles ne le détestaient pas, ne le maudissaient pas, ne le hantaient pas,… Elles…
-Elles veillent sur toi depuis tout ce temps, et elles te guident sur le chemin de ton avenir, petit. Alors ne les déçois pas, d'accord?
Le coassement qui s'échappa des lèvres de Vincent se transforma bien vite en lourds sanglots et il fondit en larmes en se laissant tomber dans les bras ouverts de Manigoldo. L'Italien adressa un clin d'oeil à son frère d'armes et poussa un semblant rire, signe que cette mission était finie, et une réussite. Et bien qu'un semblant d'obscurité se cache encore dans le coeur du garçon, Dégel savait qu'il avait raison.
Il se laissa aller jusqu'à pousser lui-même un léger soupir et il ferma les yeux quelques instants, laissant le soleil descendant réchauffer son visage et épurer son esprit de toutes les pensées qui l'avaient empoisonné pendant ce voyage.
C'était décidé, il allait pardonner à Kardia.
Il allait pardonner, même s'il savait qu'oublier serait impossible.
Un gargouillement bruyant lui fit rouvrir un oeil et Manigoldo sourit franchement:
-Alors, toujours contre un bon petit tiramisu?
* Après avoir fait mes petites recherches, il s'avère que le Griffon et l'Hippogriffe ont longtemps été confondus pendant l'Antiquité (tous les deux étaient originaires de mythes Perses), et il y a donc deux versions quant à la créature qui tire le char du soleil (en majorité, on cite le Griffon, mais on note aussi que l'Hippogriffe est associé à Apollon dans la partie la plus orientale du monde grec ancien). J'ai donc pris la liberté de choisir l'Hippogriffe pour le bien de la fic ;) (notez bien que le Griffon est un mélange entre l'aigle et le lion tandis que l'Hippogriffe entre l'aigle et le cheval)
**Littéralement « morceaux de merde » apparemment, vous aurez compris le principe ;D
Et voilà! J'espère que ça vous aura plu! :D (hé oui, surprise! Les deux méchants des deux aventures étaient liés! Shocking!) On se retrouvera le mois prochain pour la suite de leurs aventures: courage, ils seront bientôt réunis! ;D
Sur ce, je vous laisse ;D Bisous et à bientôt!
