Salut tout le monde! J'espère que vous allez bien et que vous êtes en forme :D
Sans plus attendre, je vous laisse avec ce chapitre en espérant qu'il vous plaira autant que les précédents! Je vous remercie encore pour vos super retours, ça me fait énormément plaisir! ^^
Sur ce, je ne vous retiens pas plus longtemps et vous laisse avec nos deux duos de choc!
Enjoy!
Kardia passa une main agacée dans ses cheveux trempés par la pluie en grommelant de vagues insultes de son cru. Devant lui, moins tracassé par son physique capillaire que son frère d'armes, Albafica faisait le compte des enfants assis face à eux. Installés dans une ferme du village, enveloppés de lourdes couvertures par des villageois et les mains serrées autour de tasses fumantes, il y avait en tout seize enfants, âgés de 8 à 15 ans. Et bien que la majorité d'entre eux était encore en relative bonne santé (il semblait que ce Spectre voulait avoir des recrues bien entretenues), l'état du jeune garçon blond qui l'avait « aidé » dans son combat l'inquiétait plus particulièrement.
Maigre, le visage déformé par une large cicatrice sur la joue droite et une autre (plus une brûlure qu'une cicatrice) sur la gauche, le regard vairon cerné et perdu dans le vague, totalement muet, le jeune garçon semblait avoir été sauvé in extremis. Encore un peu et sa propre volonté lui était enlevée. Encore un peu et il aurait été l'un des leur, un pantin épuisé. Contrairement à tous les autres enfants qui possédaient seulement une vague étincelle de cosmos, le genre qui ne pouvait que rarement se développer en véritable énergie, ce garçon semblait en avoir développé un bien plus conséquent. Si bien qu'Albafica n'imaginait pas revenir au Sanctuaire sans ce garçon… Mais pouvait-il se permettre de le ramener alors qu'il était dans un tel état d'épuisement? Après tout ce qu'il avait subi?
Accepterait-il seulement de les suivre après tout cela? Pourrait-il encore accorder sa confiance à quelqu'un un seul jour? Peut-être ne voudrait-il plus jamais entendre parler de cosmos ou d'Hadès, ou même d'Athéna si Klaus avait daigné leur expliquer leur rôle à jouer dans cette guerre…
Albafica poussa un léger soupir et s'avança vers le jeune garçon blond, assis un peu à l'écart des autres enfants. Tous avaient été épargnés par les expériences terribles de Klaus et se faisaient gentiment rassurer par les villageois présents, désireux de leur venir en aide. Il crut même entendre une femme d'un certain âge parler d'adopter ces enfants et de les répartir dans différentes maisons du village s'ils s'avéraient être orphelins. Pour les autres dont les parents étaient encore en vie et qui ne les avaient pas vendus, ils allaient essayer de les ramener chez eux sains et saufs.
Malgré lui, Albafica ne put s'empêcher d'être épaté par la gentillesse de ces gens, par leur envie naturelle d'aider les autres et de se rendre utiles. Il avait rarement vu ce trait de caractère répandu chez tant de personnes. Qu'avaient donc compris ces gens qu'ils ne parvenaient pas à appliquer? Il secoua légèrement la tête: inutile de réfléchir à cela maintenant, pour l'instant, il devait se concentrer sur ce garçon.
Resté à une distance raisonnable afin d'éviter tout contact avec lui, le Poisson dit doucement:
-Je tenais à te remercier pour ton aide, tout à l'heure.
Le garçon leva lentement les yeux vers lui, sans avoir l'air de l'avoir vraiment entendu, si bien que pendant un moment, le Suédois hésita à répéter sa phrase. Mais quand le jeune garçon hocha légèrement la tête, si légèrement qu'il faillit presque ne pas le remarquer, il alla jusqu'à s'accroupir, toujours en restant à une bonne distance de sécurité:
-Je suis désolé pour ce que tu as dû subir, et désolé de ne pas être arrivé plus tôt.
Long silence avant que, de nouveau, le garçon ne réponde que d'un vague mouvement d'épaules, sans le quitter des yeux. Et sans faire mine de desserrer les lèvres. Albafica tenta de ne rien laisser paraître et continua, l'air de rien:
-Comment t'appelles-tu?
Une légère lueur éclaira le regard vairon du garçon avant qu'un léger tremblement ne secoue ses épaules et qu'il ne baisse la tête. Albafica fronça les sourcils:
-Tu n'as pas à avoir peur, à partir de maintenant nous te protégerons, nous allons te ramener avec nous au Sanctuaire d'Athéna et nous veillerons sur toi. Alors tu n'as rien à craindre, parle sans peur.
Mais le garçon se contenta de légèrement secouer la tête, si bien que ce fut une jeune fille du groupe des enfants libérés qui s'avança vers eux et qui répondit à sa place:
-Il s'appelle Edwyn, monsieur.
Albafica se leva vivement et se recula d'un pas, jugeant la jeune fille trop proche pour être en véritable sécurité. Et comme il croyait Kardia trop absorbé par ses cheveux trempés, le Scorpion fit un pas en avant, les bras serrés sur la poitrine:
-Qu'est-ce qu'il y a gamin, t'as avalé ta langue ou quoi?
Pile comme il disait cela, son franc tomba et il se tourna vers Albafica avec des yeux écarquillés: ça ne pouvait qu'être ça. C'était exactement comme Filipa en Russie, un sacrifice pour acquérir plus de puissance. La perte de sa voix, peut-être même une profonde blessure physique, ou pire, mentale, qui l'empêchait de prononcer un seul son.
Kardia déglutit quand le garçon baissa les yeux et referma les bras sur ses jambes, comme pour s'excuser de ne pas pouvoir leur répondre. Comme pour s'excuser d'être là. Un frisson de rage et de rancoeur secoua le Scorpion et il grinça des dents en serrant les poings jusqu'à ce qu'un craquement sec ne résonne dans la pièce. Comment avaient-ils pu être aussi cruels envers des enfants, des enfants?! Comment avaient-ils osé poser les mains sur eux et leur faire du mal?!
Il inspira profondément et se força à rester calme, à se contrôler devant ce monde qui posait déjà un regard intrigué sur lui. Albafica se releva et poussa un soupir las, s'adressant à la jeune fille qui se tenait debout près d'eux:
-Depuis combien de temps êtes-vous là?
Un léger frisson secoua les épaules de la jeune fille avant qu'elle ne réponde lentement, incapable de soutenir leur regards:
-Je ne saurais pas vous dire, nous n'avions aucune notion du temps là-bas… Un mois? Peut-être deux?
-Et lui?
Kardia désigna Edwyn du menton. La jeune fille haussa les épaules:
-Un peu plus longtemps que moi, je suppose. Il était déjà là quand je suis arrivée mais je ne sais pas depuis combien de temps.
-Est-ce que tu sais comment se passaient… (Kardia hésita) Les choses à l'étage?
La jeune fille déglutit difficilement (même Edwyn tressaillit soudain) et sa voix se fit murmure, à peine perceptible:
-Personne ne sait vraiment, mais ceux qui n'en sortaient pas vivants étaient jetés à… A la fosse. Et les autres n'étaient plus les mêmes… (Elle leva des yeux reconnaissants vers eux) Je ne saurai jamais assez vous remercier de nous avoir tirés de là, nous ne saurons jamais faire preuve d'assez de reconnaissance.
Mal à l'aise face à ce genre de démonstration Albafica se contenta de hocher la tête et de souffler un « c'est normal » neutre. A l'inverse, Kardia s'accroupit et posa une main rassurante sur le haut de la tête de la jeune fille, l'air étrangement sérieux:
-C'est notre boulot de protéger les innocents comme vous. Et je te promets qu'il ne t'arrivera plus rien, j'en fais le serment.
Les lèvres tremblantes, la jeune fille hocha la tête en se mordant la joue, se forçant à retenir ces larmes d'épuisement, de soulagement et de terreur qu'elle avait dû garder en elle pendant trop longtemps mais qu'elle ne pouvait se résoudre à laisser couler. Elle devait rester forte pour les autres enfants, rester la figure adulte dont ils avaient tant eu besoin.
Sa voix se fêla légèrement quand elle répondit, un sourire ému sur les lèvres:
-Merci, Chevaliers.
Laissant Kardia gérer cette situation dont il ne savait que faire, Albafica se tourna de nouveau vers le garçon blond qui les regardait avec des yeux absents. Après un moment d'hésitation, il s'accroupit à son tour, toujours à une bonne distance de lui, et se lança:
-Est-ce qu'il te reste de la famille dans le pays?
Après une petite seconde, Edwyn leva les yeux vers lui et secoua doucement la tête. Le Poisson hocha la tête:
-Est-ce que tu voudrais venir avec nous? Au Sanctuaire d'Athéna.
Une légère lueur de curiosité éclaira un bref instant les yeux éteints du garçon avant de disparaitre aussitôt:
-Tu possèdes ce qu'on appelle un cosmos, un pouvoir qui sommeille en nous tous mais que seuls quelques élus peuvent développer pour servir le bien. Et tu en fais partie. (Vu le manque de réaction d'Edwyn, Albafica continua) Si tu nous suis, tu pourras être entraîné pour devenir un Chevalier d'Athéna, un protecteur de la paix et des innocents. Tu pourras développer ce potentiel en toi pour servir une cause juste et en gardant ton indépendance.
Un bref instant, Edwyn sembla se renfermer sur lui-même, si bien que le Poisson se hâta de préciser:
-Ce n'est absolument pas comme ce que tu as pu vivre ici. Non, au Sanctuaire, si tu décides de nous suivre et sache bien que tu as le choix, tu seras bien traité, entrainé avec des apprentis de ton âge et de ton niveau, tu seras nourri, logé, et, si l'entrainement porte ses fruits, tu porteras un jour une armure sur tes épaules. Pour servir le bien de ton plein gré. Pour éviter que de telles atrocités se répètent. Je ne peux pas te promettre que ce sera un chemin facile, mais je crois, je sens que c'est ton destin. Et qu'il te mène au Sanctuaire avec nous.
Incapable de lire sur le visage complètement inexpressif du garçon, Albafica resta silencieux un moment avant d'insister:
-Alors, qu'en dis-tu?
Long silence immobile, aucun mouvement qui faisait croire qu'Edwyn réfléchissait à sa proposition ou l'avait même entendu. Si bien qu'il poussa un léger soupir et haussa les épaules en se relevant:
-Je comprends, ce n'est rien. Tu as déjà vécu assez de choses terribles pour ton âge, tu mérites de vivre paisiblement dans une famille aimante comme les autres. Mais je tenais quand même à te remercier pour ton aide et t'avouer que ton cosmos m'a… Impressionné tout à l'heure. Fais-en bon usage.
Mais comme il se retournait, une légère résistance l'empêcha d'avancer et il jeta un coup d'oeil en arrière. La main diaphane d'Edwyn serrait fermement (et pourtant avec tant de fragilité qu'on aurait pu croire qu'il s'agissait d'une statue de porcelaine) sa cape. Et dans ses yeux vairons, Albafica aperçu enfin un éclair de vie, comme si le fait d'accepter avait donné un véritable but dans la vie du garçon. Et pendant une demi seconde, il eut l'impression qu'une connexion se faisait entre eux. Comme si ce léger murmure reconnaissant venait des lèvres serrées et gercées du Danois.
Aucune émotion ne transparaissait sur son visage livide, seule cette lueur nouvelle dans ses yeux cernés lui firent comprendre qu'il acceptait de tout coeur. Qu'il n'avait rien d'autre au monde. Qu'il était prêt à protéger les innocents avec son pouvoir. Albafica hocha la tête:
-Merci. Nous partirons dès que tu te seras assez reposé.
Le garçon hocha lentement la tête, comme par mimétisme et lâcha la cape, sans doute à regrets mais comment être sûr de ce qui pouvait se bousculer dans le crâne de ce garçon?
Peu importait, il en ferait un Chevalier. A la fois pour le protéger, mais aussi pour le surveiller de près au cas où quelque chose devait arriver… Au cas où il s'agirait d'une réussite de la part de Klaus…
Le lendemain, alors qu'ils étaient sur la route depuis quelques heures, Kardia ajusta le bandage de fortune qui n'arrêtait pas de glisser de son front jusqu'à ses yeux avec un grognement. Cette mission l'avait mis face à un côté de lui-même qu'il n'avait pas apprécié, mais alors là pas du tout du tout. Il avait sincèrement pensé à en finir à ce moment-là. A se laisser aller et à simplement cesser de lutter. S'abandonner à la mort pour enfin en finir avec ce coeur qui lui rendait la vie si difficile, ne plus avoir à supporter le regard si glacial de Dégel, ses propres remords,… Juste abandonner, choisir le chemin de la facilité.
Il détestait ce côté de lui qu'il ne soupçonnait pas, ce côté lâche et bien trop prompt à baisser les bras. Depuis quand était-il comme ça? Depuis quand abandonnait-il aussi facilement?
Kardia grinça des dents, bien trop conscient du pourquoi. C'était à cause de Dégel, à cause de sa perte, de la peur de ne plus jamais pouvoir se comporter de la même façon avec lui, de ne plus l'avoir avec lui. Il secoua vivement la tête en grimaçant. Oh bon sang, en plus d'être lâche il devenait sentimental, au secours, que quelqu'un l'abatte!
Allant jusqu'à pousser une injure bien sentie, il shoota dans un caillou qui osait se mettre en travers de sa route et retint une légère exclamation quand son orteil se rappela à lui d'une manière bien trop douloureuse. Saloperie de corps trop fragile, saloperie de sentiments. C'était tellement ironique, lui qui passait son temps à se vanter de savoir décoder les expressions du type le plus secret du Sanctuaire, il venait seulement de découvrir une partie de sa propre mentalité qu'il s'était toujours efforcé de nier.
Côté négatif, mais côté positif aussi. Après tout, même si la tentation avait été forte, il n'avait pas renoncé. Il s'était battu avec un but précis en tête: rentrer en Grèce et s'excuser à genoux s'il le fallait, pour que Dégel lui pardonne, pour avoir de nouveau droit à ces légers sourires qu'il appréciait tant, ce regard améthyste teinté d'une lueur qu'il parvenait petit à petit à apprivoiser,… Inutile de le nier, il ne pourrait absolument pas faire sa vie sans Dégel à ses côtés. Il fallait absolument qu'il se fasse pardonner, mais il n'était pas sûr de la manière dont il devrait le faire. Devrait-il attendre encore un peu une fois rentré? Foncer directement au onzième?
Comme il remontait pour la millième fois son bandage sur son front avec un grommellement incompréhensible, la voix d'Albafica le fit s'arrêter:
-Faisons une minute de pause le temps qu'Edwyn se repose.
Kardia se retourna et détailla le garçon blond assis sur le bas de la route. L'air absolument normal, pas épuisé pour un sou (visage de couleur normale, poitrine qui se soulève à un rythme régulier), Kardia parvenait tout de même à deviner la fatigue physique de leur nouvelle recrue. A vrai dire, c'était même lui qui avait conseillé à Albafica de faire des pauses régulières même si le garçon ne semblait pas manifester de signe de fatigue. Le cas de Filipa lui avait appris que ces enfants ne parvenaient plus à connaitre leurs limites et que s'ils forçaient trop, ils risquaient gros, peut-être même leur vie.
Malgré lui (et malgré le fait que ce soit son propre conseil de faire des pauses), Kardia prit son frère d'armes à part et grommela:
-Il tiendra jamais le coup au Sanctuaire, c'est débile de le ramener avec nous. Il va juste se tuer à la tâche sans que personne ne s'en rende compte. On aurait dû le laisser là et vivre sa vie, peinard.
-Tu n'as pas vu ce que j'ai vu (Se justifia le Poisson en fronçant les sourcils), ce garçon a un véritable potentiel, je ne pouvais tout simplement pas le laisser moisir ici.
-C'est ta seule raison, vraiment?
Insinua Kardia, sachant pertinemment quel genre d'homme prévoyant était Albafica. Et en effet, le Poisson tiqua légèrement avant de hausser les épaules:
-Imaginons que son endoctrinement ait été complet. Imaginons que tout cela n'était qu'une mise en scène pour nous faire sauver un Spectre capable d'obéir au moindre ordre de son maître. Avec une situation pareille à envisager, tu aurais voulu le laisser là-bas et risquer de causer des blessés et des morts inutiles?
-C'est clair que l'amener carrément au Sanctuaire d'Athéna c'est une meilleure idée.
Albafica fronça les sourcils et gronda:
-Ok, c'est quoi le problème?
-Le problème c'est qu'on ramène un gosse qui s'épuise et se tue à petit feu et que personne le remarquera, mais qu'en plus de ça c'est peut-être carrément un putain de Spectre artificiel en mission d'infiltration.
Feula Kardia en s'empêchant de désigner Edwyn du bras. Mais Albafica plissa les yeux et croisa les bras:
-Je veux dire, le vrai problème.
-C'est ça le vrai problème.
-Erreur, le vrai problème c'est que tu as peur de ce que tu vas pouvoir dire ou faire pour essayer de te faire pardonner une fois qu'on sera rentrés.
Le sang de Kardia ne fit qu'un tour et il fit un pas menaçant en avant:
-Ok je t'ai peut-être demandé des conseils une fois de trop, mais ça te donne pas la permission de te mêler de ce qui te regarde pas.
-Si je puis me permettre c'est toi qui m'a mêlé à ça. Et avant que tu ne piques une nouvelle crise*, je ne venais pas pour te faire la leçon mais plutôt pour te donner un conseil.
-Vu tes énormes connaissances en la matière je suis pas sûr d'avoir envie de l'entendre.
-Ecoute, tu m'as cassé les pieds tout le voyage à cause de ça, alors tu écoutes mais tu en fais ce que tu veux, d'accord?
Kardia haussa les épaules et se renfrogna en grommelant vaguement. Le ton d'Albafica fut soudain teinté d'une sorte de nostalgie:
-En fait, ça me fait penser à mon maître Lugonis…
-Je vois pas le rapport.
-Il me parlait rarement de ses aventures, de ses frères d'armes, mais s'il y a bien un nom qui restait cher à son coeur, c'était celui de Zaphiri.
En entendant le nom du prédécesseur de son maitre, Kardia ne put s'empêcher de se faire plus attentif, curieux de savoir ce que le Poisson savait qu'il n'avait jamais réussi à savoir. Albafica baissa légèrement les yeux, comme plongé dans des souvenirs à la fois agréables mais douloureux:
-Il m'a expliqué pour sa trahison, et qu'il est mort dans ses bras ou presque. Et malgré ses dernières actions, malgré le fait qu'il était prêt à réveiller Poseidon, mon maître ne lui en a jamais voulu. Parce qu'il s'était excusé avec coeur. Et parce qu'ils avaient toujours su se parler ouvertement, en acceptant les côtés négatifs de chacun,… Et puis, Zaphiri n'a jamais nié ou essayé de rejeter la faute sur quelqu'un d'autre, apparemment. Et mon maître en avait été doublement touché.
Kardia fronça légèrement les sourcils, intrigués:
-Attends une minute… Lugonis et Zaphiri passaient tout le temps ensemble?
-Hé bien, le temps que mon maître avait à consacrer je suppose.
C'était donc pour ça que son maître à lui, Sargas, n'avait pas eu énormément d'informations à lui donner sur le rôle de Chevalier de Zaphiri… C'était parce qu'il passait tout son temps libre avec le Poisson, les deux seules personnes du Sanctuaire à avoir un sang empoisonné, la seule personne avec qui Lugonis, plus terrible encore qu'Albafica au niveau des précautions, parvenait à parler sans crainte. Lugonis qui avait pardonné les actions discutables de Zaphiri, Lugonis qui avait pardonné sans douter une seconde. Zaphiri qui était mort dans ses bras…
Son franc tomba comme il soufflait:
-Putain de merde, ils étaient ensemble…
Albafica devint aussi rouge que ses roses et écarquilla des yeux surpris:
-Mais, mais non ils ne… Ils n'auraient pas… (Court silence, comme s'il réfléchissait, avant de souffler sur le ton de la confidence, et étrangement d'un air soulagé) Tu crois?
-Attends, c'était ton maître et tu l'avais jamais pigé?
Le Poisson haussa légèrement les épaules, le visage de nouveau clair et posé, comme s'il avait réussi à surmonter le choc:
-Je ne pensais pas que mon maître avait vraiment eu des relations avec quiconque, mais que ça soit avec Zaphiri, son frère d'armes…
-Ca te choque, sérieux? Alors que Mani te court après depuis des lustres? Purée me dit pas que tu le laisses en plan depuis tout ce temps!
-Tu te trompes, ce n'est pas que ça me choque, au contraire. (Il inspira et soupira avec un léger sourire, les yeux perdus dans le vague, comme libéré d'un poids terrible) Ca m'ouvre les yeux et ça me rassure. Si mon maître avait réussi à s'épanouir dans cette relation, alors… Alors peut-être que…
-Ouais, je crois qu'il est temps que tu te laisses un peu aller mon grand. Donc quand on rentre, tu me fais plaisir et tu vas laisser ce pauvre garçon au moins te serrer la main, ok?
Etonnement, Albafica lui adressa un petit regard en coin, presque moqueur:
-Ne me prends pas pour plus naïf que je ne le suis, on a déjà fait plus que ça.
Kardia leva les mains, faisant mine de s'émerveiller:
-Oh bon sang, ne me dis pas que vous vous êtes embrassés?! Mais enfin quel grand fou tu fais! Presque aussi dévergondé que moi, ma parole!
Albafica haussa les épaules:
-Moque-toi si tu veux, ça ne te regarde pas. Par contre si je peux te demander un service, (Reprit-il, très sérieusement) à notre retour je veux que tu ailles t'excuser correctement auprès de Dégel, et sans essayer de te justifier ou de te cacher derrière de bêtes réponses toutes faites.
Kardia poussa un ricanement moqueur mais aussi teinté d'amusement, et il gratifia son frère d'armes d'un coup de coude:
-Ca marche, la poiscaille, je vais faire de mon mieux.
Albafica lui jeta un regard sombre mais pas totalement noir en passant la main sur ses côtes (non mais qu'est-ce que c'était que cette manière de démontrer de l'affection, par tous les Saints?!**):
-Ce serait trop bête de gâcher votre vie pour ça.
-Je te le fais pas dire, surtout vu comment elle est courte! (Nouveau petit rire, teinté de fatalisme cette fois, avant de murmurer pour lui-même) Surtout pour moi.
Albafica lui adressa un regard légèrement préoccupé, les sourcils froncés, puis haussa les épaules, jugeant qu'il en avait fait plus qu'assez lors de cette mission. Mais comme il se tournait vers Edwyn pour s'assurer qu'il était prêt à reprendre la route, Kardia le rappela:
-Merci pour ça, Albafica. C'est cool de ta part.
Le Poisson haussa les épaules, comme si de rien était (même s'il venait de remarquer que, pour la première fois depuis le début de la mission, le Scorpion avait enfin daigné l'appeler par son prénom):
-Je ne fais pas ça pour toi, juste pour Dégel parce que c'est un ami.
-Ouais bah merci quand même.
Albafica passa une main dans ses cheveux et se remit en route sans relever la dernière remarque, légèrement mal à l'aise face à ce genre de reconnaissance qu'il ne savait pas comment gérer. Il entendit Kardia appeler Edwyn en frappant des mains « allez morveux, on se bouge, j'ai un truc à faire là alors on se magne » avant de s'étrangler (sans doute avec sa propre salive vu comment il ne parvenait pas à rattraper sa toux) et il secoua la tête avec un léger sourire: il comprenait mieux ce que voulait dire Dégel en parlant de grand gamin. Au fond, Kardia n'était pas méchant, juste encore un enfant un peu capricieux et extrêmement maladroit…
Un bruit de chute lui fit lever les yeux au ciel et le fit légèrement grimacer: bon, peut-être qu'Edwyn n'était pas encore prêt pour faire le trajet. Le pauvre, il avait sans doute dû faire un malaise à force de faire tant d'efforts pour les suivre. Mais comme un son horrifié et inquiet résonnait soudain dans son dos, mime d'un appel au secours muet, Albafica sentit son coeur se serrer et il se retourna:
-Qu'est-ce qui se passe mainten-…
Mais il se tut et écarquilla des yeux horrifiés: parfaitement conscient et debout, campé sur ses deux jambes frêles, Edwyn ne s'était pas évanoui. Il le regardait avec un air terrifié et en poussant des bruits d'alerte inquiets. Non, ce n'était pas lui qui s'était effondré sur le sol, mais Kardia, les yeux révulsés par la douleur et le visage éclaboussé de sang.
Albafica sentit son sang ne faire qu'un tour dans ses veines et, après une seconde d'immobilisme horrifié, une sorte de décharge électrique le poussa à se précipiter à ses côtés:
-Oh bon sang, Kardia!
Il ne réalisa que trop tard qu'il venait de redresser le Scorpion contre lui, ne réalisa que trop tard qu'il était en contact direct avec lui et risquait sans doute de le tuer à cause de son sang. Mais étrangement, ce sentiment d'urgence et de danger qui lui nouait les entrailles l'empêcha de le repousser. L'air neutre mais l'esprit complètement paniqué, Albafica chercha une blessure éventuelle, envisagea même la possibilité d'une attaque par Edwyn même, avant de comprendre. Avant de réaliser que le corps de Kardia dégageait une chaleur folle, que son coeur battait bien trop vite et que le sang qui éclaboussait sa gorge étaient des signes bien caractéristiques d'une chose dont il n'avait qu'entendu parler lors d'une réunion, quelques années auparavant.
Albafica poussa un soupir horrifié:
-Oh non, pas ça.
Il sursauta violemment et s'empêcha de grimacer quand, dans un regain de conscience, Kardia serra sa veste (et laissa sans doute des bleus sur son bras) de toutes ses forces dans sa main et quand un murmure rauque s'échappa de ses lèvres:
-Veux pas… Mourir…
Pas avant de m'être excusé!
Mais il avait déjà perdu connaissance et sombrait de nouveau dans ce puit sans fond qui lui faisait si peur.
Dégel…
$s$s$s$
-Tu verras, petit, le Sanctuaire c'est un endroit magnifique! Soleil tous les jours ou presque, nourriture super - enfin peut-être pas celle des apprentis mais bon, on fait ce qu'on peut hein - avenir meilleur, dégoulinant d'idéalisme,… Tu vas adorer!
Des étoiles éclairant ses yeux verts encore un peu trop tristes, Vincent buvait littéralement les paroles de Manigoldo en trottinant à ses côtés pour tenir le rythme. Restés quelques pas en arrière pour méditer sur les pensées qui l'avaient effleuré lors de son combat contre Ajmal, Dégel les écoutait distraitement, profitant simplement de ce chemin ensoleillé et bordé de cyprès au port altier.
Il n'aimait pas ce côté de lui que cette mission avait fait ressortir. Un côté couard, prompt à abandonner trop vite, défaitiste et lassé de tout. Depuis quand était-il comme ça? Depuis quand donnait-il aussi peu de valeur à la vie? Il secoua légèrement la tête: au fond de lui, même s'il lui avait fallu toute la nuit pour mettre le doigt dessus, il savait parfaitement pourquoi il avait eu un instant envie de tout abandonner.
De un parce qu'il avait peur de devoir de nouveau affronter ses propres erreurs et que le chemin de la facilité lui avait paru bien trop attrayant. Et de deux parce qu'il avait eu un moment l'impression que, sans Kardia à ses côtés, la vie n'en valait pas, plus, la peine. Pitoyable, tout bonnement pitoyable. Lui, le maître des glaces, l'homme aux sentiments les plus muselés du Sanctuaire, voilà qu'il tombait dans le sentimentalisme, comme une véritable gamine.
Pitoyable, et en même temps, cela lui avait permis de comprendre une chose indispensable: il ne pouvait tout bonnement pas continuer sans Kardia. Vivre au même endroit que lui, le croiser et devoir le nier, faire table rase de tout ce qu'ils avaient vécu,… Ce serait trop dur pour lui, autant s'exiler définitivement en Sibérie, là où il pourrait être alors entièrement seul face à ses remords.
Non, il fallait absolument qu'il aille voir Kardia dès son retour et qu'il s'excuse. Sans se cacher derrière des paroles toutes faites, sans l'accuser outre mesure (même si cette étrange flamme de colère ne s'était pas tout à fait éteinte), proposer un nouveau départ. Il était bizarrement près à tout pour passer l'éponge, continuer d'avancer, plus forts de cette expérience.
Il inspira profondément et soupira avec un sourire mental, ravi de ce progrès qu'il avait réussi à faire de lui-même, sans avoir besoin d'être guidé par la lumière du Scorpion, sans avoir besoin d'être mis face au fait accompli. Il avait comme l'impression d'avoir muri, d'avoir compris quelque chose en lui qui n'avait jamais été aussi clair que quand Kardia était avec…
Dégel étouffa un grognement et porta vivement la main à sa poitrine, le souffle coupé par la violence du choc. Il manqua presque de se plier en deux tant la douleur était forte et soudaine. Le front perlant de sueur glacée, la respiration haletante et pénible, il dut s'appuyer à un arbre juste à côté de lui quand le monde devint flou (et ce malgré le port de ses lunettes), faisant tomber sa Pandora Box sur le sol dans le même mouvement.
-Dégel…
Alerté par le bruit et par le soudain tressaillement dans le cosmos glacé de son frère d'armes, Manigoldo se retourna d'un bond, l'observa une demi seconde avec la tête penchée sur le côté (en demandant gracieusement ce qu'il avait et s'il ne digérait pas le tiramisu) puis, quand il vit la main livide qui froissait le tissu de sa veste au niveau du coeur, il comprit et pâlit d'un coup:
-Putain je rêve, c'est l'autre abruti qui fait une crise?!
Peinant à retrouver son souffle, Dégel hocha lentement la tête, la vue parsemée de points verts et la douleur l'empêchant presque de respirer. Comme s'il l'avait senti, Manigoldo le rattrapa pile comme il perdait l'équilibre, et le soutint du mieux qu'il pouvait (sous le regard interloqué de Vincent):
-Bordel, t'aurais pu me dire que vous étiez liés à ce point! Je fais quoi moi maintenant avec un malade et un gosse sur les bras?!
Heureusement, les forces de Dégel lui revinrent bien vite et il passa une main glaciale sur son front trempé de sueur:
-Ce n'est rien, ça va passer. Ca fait ça de temps en temps quand sa crise est très forte.
-Attends mais c'est pas super dangereux pour lui ça?
Dégel ne jugea même pas utile de répondre, se contentant de serrer le tissu de sa veste dans sa paume, de toutes ses forces. La douleur passait petit à petit, et pourtant son coeur ne cessait pas de battre trop fort dans sa poitrine, de résonner jusque dans ses tympans. Qu'est-ce qui lui arrivait? Lui qui avait pensé pendant tout ce temps qu'avait duré la mission qu'il était prêt à débarrasser définitivement sa vie de la présence nocive et toxique de Kardia, voilà qu'un sentiment proche de la panique l'empêchait presque de respirer.
Où était cet idiot maintenant? Bien trop loin pour qu'ils espèrent se rejoindre afin de le soigner autant que possible. Impossible de projeter du froid vers son coeur s'il n'était pas à côté de lui, mais alors…
Un filet de sueur glacée roula le long de sa colonne vertébrale et il s'empêcha de frissonner quand il réalisa que non, il n'était absolument pas prêt à vivre sans cet abruti qui lui servait de meilleur ami et de compagnon.
Mais comment pouvait-il l'aider à cette distance? Ils étaient bien trop loin, il ne pourrait rien faire à moins que son…
Son cerveau qui tournait à toute allure pour trouver une solution s'arrêta sur un souvenir ancien. Ce moment où il avait vu Asmita projeter son cosmos dans les Enfers, ou encore, plus pertinent dans ce cas-ci, à plusieurs kilomètres du Sanctuaire, et sans bouger d'un pouce. Quand il pensa au moment où, en France, cette vague de cosmos brûlant l'avait sauvé quand il avait cru rester prisonnier du cercueil de glace de son propre maître.
Sourd aux questions inquiètes de Manigoldo, Dégel porta distraitement son pouce à ses lèvres, les sourcils froncés: c'était risqué, mais ça valait le coup d'essayer. Hors de question de rester à ne rien faire tandis que Kardia était en danger de mort. Il devait tenter le coup.
Dégel ôta sa veste noire et la déposa sur sa Pandora Box avant de s'assoir à même le sol, les jambes croisées et les yeux fermés pour mieux se concentrer. Manigoldo le regarda faire avec un air sceptique:
-Mais qu'est-ce que tu fous?! C'est pas le moment de méditer sur la question!
-Je ne médite pas, j'essaye d'envoyer mon cosmos vers lui.
-Attends, ça peut marcher ça?
-Pas si tu n'arrêtes pas de m'interrompre.
Gronda Dégel en se forçant à rester concentré, à faire le vide autour de lui. Peu à peu, la voix de Manigoldo se fit plus lointaine et seuls restèrent les battements un peu trop rapides de son propre coeur. Il inspira profondément et se força à respirer calmement, à se concentrer sur le cosmos de Kardia qu'il parvenait à vaguement sentir, plus au Nord. Si loin, si loin.
Dégel secoua légèrement la tête et s'empêcha de grimacer sous le coup de l'irritation. C'était pitoyable, lui qui parvenait toujours à masquer ses émotions était en proie à un peur sourde qui l'empêchait de se concentrer pleinement. Il sentait que tout pouvait basculer d'une seconde à l'autre, que cette crise pourrait peut-être être la dernière pour Kardia. Et l'idée de le perdre lui était insupportable. Pas alors qu'ils s'étaient quittés dans de telles conditions. Pas alors qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de s'excuser.
Le Verseau fronça les sourcils et enflamma son cosmos, le projeta de toute ses forces vers le Nord, vers le cosmos vacillant de Kardia, survola les forêts et les lacs, les villes et les villages,… Puis, à travers la vision de son cosmos, les silhouettes floues d'Albafica, de Kardia et d'un enfant lui parvinrent.
Malgré lui, un soupir soulagé s'échappa de ses lèvres livides sous le coup de l'effort:
-Je t'ai trouvé.
Et comme il poussait son cosmos dans un ultime effort vers le coeur brûlant de Kardia, une pensée, si faible qu'il faillit ne pas y prêter attention, effleura la sienne:
-Dégel?
Même s'il avait voulu s'en empêcher, il sentit son coeur se libérer d'un véritable poids, et il eut presque l'impression qu'il aurait pu sourire tant il était soulagé d'entendre cette voix, de ressentir ce cosmos si caractéristique, de sentir cette présence chaleureuse qui le guidait dans les moments les plus sombres.
-Qui d'autre?
-Tu es venu?
-On peut dire ça. Je n'allais pas te laisser dans un état pareil, non? Après tout, nous devons encore parler.
Un léger rire étouffé résonna dans sa tête, faible, éteint:
-Tu sais quoi?
-Quoi?
-Tu me manques, Dégel.
Le Verseau sentit son coeur se serrer dans sa poitrine et l'image mentale tressaillit un fragment de seconde. Il l'avait fait. Kardia avait eu le courage, deux fois, de faire le premier pas. Et au vu de ses propres sentiments, il ne pouvait plus le laisser face à une porte close:
-Tu me manques aussi, abruti.
Bref silence, comme si Kardia n'en revenait pas. Puis, un murmure rompit le silence, comme un souffle de vent:
-Je t'aime, tu sais…
Dégel pinça les lèvres et sentit son cosmos vaciller un instant sous l'effort, manquant presque de prendre le contact. Il savait parfaitement quelle réponse Kardia attendait. Mais il savait aussi qu'il était encore incapable d'être aussi honnête que lui. Du moins pas aussi directement. Mais il savait que sa réponse serait parfaitement interprétée, décodée. Que le Scorpion saurait quels mottaient dissimulés derrière ceux qu'il allait souffler:
-Je sais.
Il put presque sentir le sourire de Kardia. Presque. Car son épuisement commença à enfler, à rendre la communication toujours plus pénible, à rendre la projection de cosmos toujours plus difficile à maintenir. Tant qu'il le pouvait encore, Dégel souffla:
-Tâche de ne pas mourir.
-Promis.
Puis le contact fut rompu, brutalement. Si bien que Dégel se sentit tomber en arrière sans parvenir à se retenir, peinant presque pour respirer. Il sentit à peine le bras de Manigoldo dans son dos pour le rattraper, ne sentit pas tout de suite la nausée qui enflait, le visage livide sous l'effort et le front perlant de sueur glacée.
Le souffle court, il prit le temps de cligner lentement des yeux, s'empêchant de paniquer quand il se rendit compte qu'il ne voyait plus qu'un nuage sombre qui couvrait ses pupilles. Même la voix de Manigoldo était étouffée, lointaine, dominée par un acouphène qui le coupait de tous les autres sons. Dégel inspira puis souffla profondément, se concentrant pour faire descendre le rythme effréné de son coeur, pour récupérer ses sens et ne pas simplement sombrer dans l'inconscience.
Il visualisa le calme glacial de la Sibérie, le silence paisible des plaines couvertes de neige quand le vent n'y soufflait pas, la paix tranquille de la maison qu'il avait habité…
Et quand il rouvrit les yeux, son souffle s'était fait plus régulier. Penché sur lui, Manigoldo le secoua presque comme un prunier:
-Oh! Dégel! Reste avec nous! Reste en vie!
-Je ne suis pas mourant, pas la peine d'en faire tout un plat.
Le Cancer poussa une exclamation rassurée et posa une main soulagée sur son crâne:
-Purée mais me refais plus un truc pareil! Ca a marché au moins?
Dégel repoussa la nausée qui le menaçait et, après s'être adossé à l'arbre derrière lui, il hocha lentement la tête, les yeux soudain cernés à cause de l'épuisement:
-Oui, je pense qu'il est hors de danger pour l'instant…
Manigoldo poussa un soupir rieur et se laissa tomber sur le sol, les jambes croisées et les mains appuyées sur ses genoux:
-Putain tu m'as foutu les jetons! J'ai cru que t'allais me claquer dans les mains, t'aurais vu ta tête!
A genoux en face d'eux, Vincent les observa à tour de rôle avec des yeux écarquillés par l'admiration et le questionnement. Il avait senti le cosmos du Verseau s'élever, gonfler, avant de filer vers le Nord pour sauver un autre frère d'armes. A un point tel que la silhouette de Dégel avait été englobée d'une lueur dorée rassurante mais faiblissante au fil du temps. Si bien qu'à un moment, il l'avait vue s'éteindre. Presque rien, trois secondes. Juste ce qu'il avait fallu pour que Manigoldo ne retienne son souffle et pour que lui-même sente une véritable tension dans son coeur. Puis, comme si de rien était, Dégel avait rouvert les yeux et son cosmos était revenu avec lui.
Le jeune garçon détailla les deux hommes qui lui faisaient face, l'énergie lumineuse que dégageait l'Italien et le calme glacial qui émanait du jeune homme aux longs cheveux verts. Deux hommes complètement différents et pourtant, leur cosmos, leur idéal,… Ils étaient ce que Vincent avait toujours voulu devenir: braves, sûrs d'eux, prêts à se sacrifier pour aider les autres, avançant dans la lumière sans douter un seul instant.
Il déglutit et baissa les yeux en se mordillant la lèvre: il ne serait jamais aussi bien qu'eux. Jamais il n'aurait cette assurance, ce pouvoir, cette lumière… Il ne valait rien comparé à eux… Il était tellement loin d'eux, si loin qu'il ne pourrait jamais les rattraper ni même leur arriver à la cheville… Vincent sursauta quand les deux Chevaliers se relevèrent lentement (Manigoldo plus pour surveiller l'état de Dégel qu'autre chose) pour se remettre en route sans plus tarder. Du moins, dès que le Français eut repris assez de couleurs pour que Manigoldo daigne le laisser faire un pas en avant.
Debout à côté du Verseau, Manigoldo, qui continuait de surveiller son état, le détailla un instant avant de demander:
-Ca s'est bien passé?
Dégel lui jeta un regard à peine intéressé:
-Bien sûr, pourquoi ça?
Manigoldo haussa les épaules et sourit franchement:
-Pour rien, c'est juste que même si t'as une tête de déterré, on voit que tu vas mieux qu'au départ.
Le Verseau poussa un soupir légèrement amusé et se tourna de nouveau vers la route:
-Peut-être bien…
Mais ils savaient tous les deux que c'était vrai, qu'il se sentait plus léger malgré la légère inquiétude encore présente dans son coeur.
Parce que, après tout, est-ce qu'il n'était pas en train de sourire, là?
$s$s$s$
Des centaines de kilomètres plus au Nord, adossé à un arbre, le visage encore trempé de sang et les yeux cernés de mauve, malgré l'épuisement et la douleur encore présente, un sourire béat étirait les lèvres de Kardia tandis qu'Albafica s'affairait à installer un maigre campement et qu'Edwyn posait un linge trempé au niveau de son coeur.
-Je sais…
Cette réponse avait enfin permis à ses craintes et à sa colère de s'envoler. Après tout, le plus important n'était pas le passé, le présent ou même le futur.
C'était tout simplement Dégel.
Tout simplement le fait d'être ensemble.
Les yeux perdus dans le ciel grisonnant du Danemark, Kardia poussa un soupir rieur. Enfin soulagé et rassuré. Avec le message codé de Dégel en tête:
-Moi aussi, idiot.
* Les jeux de mots pourris on adore, on rigole!
** Et on ne s'arrête plus, allez! (jpp de moi les amis!)
Et voilà, j'espère que ça vous a plu! :) Bonne nouvelle, on dirait que ces deux oiseaux ont décidé de faire des efforts chacun de leur côté pour pardonner à l'autre! Espérons que ça ira aussi bien qu'ils l'espèrent!
Sur ce, je vous remercie encore pour votre lecture et vous dis à bientôt! :D
