Salut tout le monde! :D J'espère que vous allez tous bien! Tout d'abord, je m'excuse pour le retard que j'ai pris dans les réponses aux reviews et aux mps (déshonneur sur moi et sur ma vache #Mulan)
Mais je ne vais pas vous retenir plus longtemps, allez, c'est parti pour les retrouvailles entre nos deux (quatre) lascars!
Enjoy! ;)
La nuit venait de tomber sur la Grèce quand Dégel, Manigoldo et Vincent (plusieurs mètres derrière eux et complètement essoufflé à cause de ces nombreux jours de marche et ce malgré le répit d'une bonne journée de bateau) arrivèrent au Sanctuaire. Mais plus ils se rapprochaient de leur objectif, plus le jeune garçon semblait reprendre des forces, les yeux brillants et les lèvres entrouvertes sur un « ouah » muet.
Légèrement attendri, le Cancer adressa un sourire lumineux au jeune garçon et engloba le Sanctuaire d'un large mouvement du bras:
-Bienvenue chez toi, petit!
De sa main libre, il gratifia Vincent d'une claque affectueuse dans le dos, le poussant de plusieurs pas en avant, manquant presque de trébucher. Le jeune garçon se redressa maladroitement et, quand ses yeux verts se posèrent enfin sur la haute statue qui se dressait au plus haut point du Sanctuaire, il sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. C'était comme si cette statue était englobée d'une aura dorée lumineuse, comme si elle promettait vers lui une vague d'amour et de paix qu'il n'avait plus ressentie depuis la mort de son amie d'enfance, depuis que son sourire lumineux et ses magnifiques yeux bleus l'avaient abandonnés.
Malgré lui et malgré la présence des deux hommes non loin de lui, Vincent sentit ses yeux se remplir de larmes et lui brouiller la vue avant de rouler ses joues, sans qu'il fasse un geste pour les cacher. Le coeur battant et un sourire ému aux lèvres, le jeune garçon souffla silencieusement:
-Merci…
Ravi, Manigoldo adressa un clin d'oeil à Dégel en souriant avant de murmurer, sur le ton de de la confidence:
-Ca leur fait toujours cet effet là.
Les yeux perdus sur le Sanctuaire en contrebas, Dégel hocha lentement la tête:
-En effet, j'avais cru le comprendre.
-Comment ça?
-Kardia a toujours insisté pour que les apprentis, enfin ceux qu'on a ramené, voient le Sanctuaire depuis ce pic. (Expliqua-t-il en désignant ledit pic d'un mouvement du menton) Et c'est vrai qu'ils réagissent tous de la même manière ou presque.
Resté silencieux un moment, le temps de lever la tête vers le pic, l'Italien poussa un soupir moqueur et secoua la tête:
-Le salopard. Moi qui croyais que j'avais une vue imprenable depuis ici, c'est vrai que ça doit être encore mieux vu de là-haut.
Il croisa les bras en ricanant et se tourna de nouveau vers le Sanctuaire, détaillant les temples ou la statue, Dégel ne parvenait pas à le deviner. Un soupir satisfait lui échappa ensuite quand il murmura:
-Je suis content qu'on l'ait ramené avec nous. J'en ferai quelqu'un de bien.
-Je n'en doute pas.
Quand Vincent eut vivement séché ses larmes d'émotion, tous trois se remirent en route vers le Sanctuaire, heureux de rentrer enfin chez eux. Plus démonstratif que son frère d'armes, Manigoldo poussa une véritable exclamation ravie quand il put enfin se décharger de sa Pandora Box en la laissant tomber plus qu'il ne la déposa dans son temple. Dégel leva les yeux au ciel et continua sa propre ascension, demandant au Cancer de le rejoindre dès que possible avec le jeune garçon pour aller faire leur rapport au Pope.
Le cinquième temple dépassé, Dégel se retrouva enfin seul sans un silence apaisant qui lui avait énormément manqué lors de ces derniers jours. Il ne put s'empêcher de fermer les yeux un instant et de pousser un soupir à la fois fatigué et soulagé, résistant à l'envie soudaine de s'appuyer un instant contre un colonne.
Il se surprit à lever les yeux en premier lieu vers le huitième temple, vide au vu de l'absence de cosmos qu'il pouvait ressentir. Ainsi, il était rentré en premier. Tant mieux, il n'aurait pas eu le courage d'aller de lui-même frapper à la porte de Kardia. Sa fierté, sa réputation et son malaise encore vivant l'en auraient empêché. Il pourrait mieux se préparer et être fin prêt pour quand le Scorpion rentrerait, sans doute retardé par sa crise.
Dégel porta machinalement la main à son torse, repensant à la douleur qui avait enflé dans sa poitrine jusqu'à lui en couper le souffle. Rarement crise avait été aussi soudaine, courte, certes, mais dévastatrice. S'il n'avait pas réussi à projeter un peu de son cosmos vers lui, le Verseau était intimement persuadé que la vie de Kardia n'avait plu tenu qu'à un fil pendant ce moment-là. Il avait presque pu sentir leur lien se rompre. Si bien qu'il avait dû faire un effort violent sur lui-même pour ne pas céder à la panique et à se concentrer pour le sauver. Pour se sauver lui-même.
Pour les sauver tous les deux.
Il poussa la porte de son temple et déposa sa Pandora Box avec précaution sur le sol, se promettant d'aller la porter chez Shion dès que le Bélier aurait un moment de libre à lui accorder. Il jeta un regard circulaire à la pièce, se rappela de la dernière nuit qu'il avait passé là. Une nuit d'insomnie, hanté par ses regrets et par sa colère, par des souvenirs honteux et des images qui ne lui appartenaient coup d'oeil à son lit manqua presque de le faire céder pour s'assoir un instant, le temps de remettre ses idées en place. De dormir un peu et de reprendre des forces peut-être. Mais il se força à se détourner et sortit immédiatement: il fallait impérativement faire ce rapport au Pope. Sa mission n'était pas encore terminée.
En fin de compte, il arriva au treizième temple avant Manigoldo et Vincent, si bien qu'il dut les attendre en tapant la mesure de son agacement de la pointe du pied. Bien joué, pile quand il commençait à se dire que le Cancer n'était pas aussi terrible qu'on le disait. Il retint un soupir irrité quand enfin l'Italien (enfin, les Italiens, désormais) daigna montrer le bout de son nez en expliquant tout ce qui se présentait sous les yeux de Vincent qui l'écoutait, les lèvres entrouvertes sur des exclamations admiratives muettes.
-Désolé, je lui faisais visiter!
-Maintenant?
-Bah ouais, là on va direct le dispatcher dans un groupe donc j'en profitais tant que je le pouvais.
Dégel leva les yeux au ciel et haussa les épaules, peu motivé à l'idée de débattre sur la question. Il poussa la porte du treizième temple et tous trois entrèrent. Assise sur le trône, ses longs cheveux mauves tombant en cascade lisse jusqu'au creux de son dos, Athéna, droite et noble, tenait son haut Sceptre doré dans une main. Et même si son visage montrait une détermination toujours plus forte, cette lueur enfantine dans ses grands yeux verts firent comprendre à Dégel que la jeune fille qui leur faisait face restait encore plus Sasha qu'Athéna.
Debout à ses côtés, le Grand Pope jeta un regard à peine intrigué à Vincent (qui se faisait tout petit derrière eux, le visage enfoui dans le col de son manteau) puis salua les deux Ors d'un sourire rassuré:
-Je suis heureux de vous voir rentrer sains et saufs, et avec une nouvelle recrue en plus de cela.
-Pas fâché d'être rentré, papy!
S'exclama Manigoldo en passant une main dans ses courts cheveux indigos tandis que Dégel se contentait de s'agenouiller sur le long tapis rouge, s'efforçant de ne pas lever des yeux désespéré au ciel: il n'y avait que Manigoldo pour parler de la sorte au Grand Pope en personne, et pire, en présence d'Athéna même… Peu importait, il n'avait plus qu'à faire le compte-rendu de sa mission, et il pourrait enfin rester seul un bon moment. Juste le temps de réfléchir précisément à ce qu'il allait dire quand Kardia rentrerait.
-Comment s'est passée votre mission? Avez-vous pu trouver ce Spectre et voir ce qu'il cherchait?
Demanda Sasha d'une voix douce mais en tentant de garder un visage aussi sérieux que possible, déterminée à mener son rôle de Déesse au mieux. Dégel porta la main à son coeur et releva la tête après lui avoir adressé un salut respectueux:
-Nous l'avons vaincu et ramené avec nous l'objet de ses recherches. (Il désigna Vincent d'un mouvement de la tête qui s'empressa de baisser la tête plus bas encore) Je pense, non, en fait je suis certain, qu'il travaillait avec le Spectre qui menait ces expériences au Danemark.
-Comment ça?
S'inquiéta Sage en fronçant les sourcils:
-Il voulait ramener ce garçon avec lui au Danemark pour en faire un Spectre artificiel, lui aussi. (Précisa Dégel) Il travaillait certainement sous les ordres de ce Klaus et s'occupait de ramener les enfants au potentiel assez élevé pour devenir des soldats obéissants et puissants. Mais nous, (Il sentit le regard agacé que Manigoldo darda sur lui et il soupira) Manigoldo s'est occupé de lui. Ajmal de l'Hippogriffe n'est plus un danger pour nous, ni pour personne.
Le Grand Pope hocha la tête d'un air approbateur et Sasha répondit avec un doux sourire sincèrement soulagé:
-Je vous remercie et vous félicite pour cette réussite, Chevaliers.
Elle jeta un discret coup d'oeil à Sage, comme pour s'assurer qu'elle avait bien répondu, et le vieil homme lui dressa un sourire encourageant. Les deux Ors baissèrent la tête puis le Pope se tourna vers Vincent qui avait gardé les yeux vissés sur le sol, perdu dans la contemplation du tapis rouge (presque aussi rouge que son propre visage):
-Comment t'appelles-tu, mon garçon?
Le jeune Italien sursauta violemment et se recroquevilla davantage sur lui-même, comme s'il pouvait devenir invisible, la voix tremblotante de gêne:
-Oh je… Je ne… Vincent, Monseigneur.
-Sais-tu ce qu'est le cosmos, Vincent?
Le jeune garçon hocha vivement la tête, désireux de bien faire malgré son malaise évident à l'idée de devoir être écouté de toutes les personnes présentes dans la pièce:
-Oui, le Seigneur Manigoldo et le Seigneur Dégel m'ont expliqué.
-Parfait, et que sais-tu des Chevaliers et d'Athéna? Des Spectres et d'Hadès?
-T-Tout ce qu'i savoir, Monseigneur.
Dégel n'osa pas intervenir, mais il doutait sincèrement que le garçon ait pu retenir l'entièreté des informations concernant leur rôle et celui des Dieux, pourtant il se tut. Après tout, même maladroit, ce garçon était à la fois attachant et tout à fait capable, inutile de lui mettre des bâtons dans les roues dès le début. Sage hocha la tête et se tourna vers Manigoldo:
-Laisse-moi deviner: au vu de ton agitation, je suppose que tu comptes t'occuper personnellement de son entrainement?
-Tout juste!
-Parfait. Je te le confie dans ce cas, du moins pour l'entrainement particulier. Pour le reste, il faudra le placer dans un groupe dès demain. Je compte sur toi, Manigoldo.
-Nessun problema!*
-Je n'en attendais pas moins de toi. Je suis fier de vous, messieurs. Vous pouvez aller vous reposer, vous l'avez bien mérité. Quant à toi, Vincent (de nouveau, le garçon sursauta), tu peux suivre Emilia: elle te montrera les bains et te conduira à ta chambre le temps qu'on t'attribue à un groupe d'entrainement.
Vincent jeta un coup d'oeil paniqué à Manigoldo et à Dégel avant d'aviser la jeune femme aux cheveux sombres s'incliner légèrement avec un doux sourire rassurant. Il inspira pour se donner du courage et rejoignit la jeune femme d'un pas maladroit et malaisé, la tête rentrée entre les épaules comme pour devenir invisible. Pile au dernier moment, il se retourna et souffla d'une voix qui se voulait discrète mais rendue fébrile par la terreur:
-Comment est-ce que je les fais partir si vous n'êtes pas là?
Sage fronça les sourcils et se tourna vers son ancien apprenti avec un regard mi-intrigué mi-réprobateur:
-Comment ça, « les faire partir »?
Manigoldo passa une main gênée dans sa nuque et ricana gauchement:
-Ha ça? Oh il peut juste voir les esprits des morts, rien de bien méchant!
Le Grand Pope poussa un profond soupir:
-Tu aurais dû commencer par là tout de suite voyons… Tu sais à quel point les esprits peuvent effrayer les jeunes enfants, non?
Le Cancer se raidit sous la pique à peine voilée (que personne n'aurait pu comprendre sauf lui, heureusement) et une légère rougeur vexée colora ses joues quand il grommela en croisant résolument les bras:
-Ca va, pas besoin d'en rajouter.
Sage secoua légèrement la tête et adressa un signe de main à Vincent, incroyablement mal à l'aise d'attirer autant l'attention sur lui:
-Viens par ici mon garçon, tu vas avoir droit à ta première leçon. Désolé de reporter le bain à plus tard, mais il y a des priorités à ne pas négliger. Ce serait dommage de teinter davantage ton cosmos déjà si fragile.
Vincent, de rouge pivoine, passa au blanc livide, presque transparent, sous le choc et sous le coup de la honte quand il se recroquevilla encore davantage sur lui-même en soufflant un « pardon Monseigneur, désolé » presque inaudible. Sage hocha la tête et, tandis que Manigoldo les rejoignait en grommelant, il adressa un signe à Dégel:
-Tu peux disposer, Dégel. Merci encore pour cette efficacité.
Le Verseau s'empêcha de sourire devant le visage déconfit et choqué du Cancer quand il comprit qu'il ne pourrait pas aller se coucher avant un bon moment, et il répondit simplement:
-Merci, Grand Pope.
Il s'empêcha de demander si quelqu'un avait eu des nouvelles précises de Kardia et d'Albafica pour simplement se lever et s'en retourner chez lui, à la fois rassuré de retrouver enfin le calme de son temple et la douceur de son lit, mais aussi anxieux à l'idée de devoir confronter Kardia dans peu de temps.
$s$s$s$
Au moment où Kardia poussa un grognement à la fois anxieux et rassuré (si si, je vous jure), Albafica se retourna d'un bond tandis qu'Edwyn tendait les bras vers lui comme pour le rattraper si jamais il tombait. Le Scorpion explosa dans la seconde en s'éloignant vivement:
-Non mais putain vous allez me foutre la paix, oui ou merde?! Je vais bien, bordel de merde, alors lâchez-moi un peu les baskets!
Il gronda et les dépassa en fumant de colère: c'était exactement pour CA qu'il n'avait absolument pas tenu à ce que les gens soient mis au courant de sa putain maladie! La lueur de pitié qui éclairait le regard d'Albafica dès qu'il trébuchait ou grognait de vagues insulte, l'air très légèrement mais déjà trop inquiet d'Edwyn au moindre doute quant à son état physique,… C'était insupportable, détestable, pire que tout. Jamais il ne s'était senti aussi mal à l'aise, ou du moins pas depuis bien longtemps, quand il était encore en quarantaine dans cet hôpital de malheur où même les infirmiers le regardaient comme s'il était déjà mort.
Un frisson de colère remonta le long de sa colonne vertébrale et il grinça des dents en serrant les poings. C'était la merde totale, tout le monde allait être mis au courant, tout le monde allait de nouveau le regarder avec ce mélange de pitié et de malaise, d'inquiétude et de condescendance pénible, tout le monde allait de nouveau vouloir lui mâcher le travail, essayer de le protéger inutilement alors qu'il n'avait qu'une envie, se défouler,…
Il pouvait presque sentir le poids de leurs regards sur lui, les entendre murmurer dans son dos quand ils pensaient qu'il ne les entendait pas, le plaindre discrètement avant de lui adresser des sourires toujours plus faux et remplis de pitié,… De rage, Kardia envoya son poing valser contre le tronc d'un arbre en poussant un cri irrité: oh que non, tout sauf ça! Hors de question de continuer à vivre dans une telle situation de faiblesse pitoyable! Hors de question de retourner vers Dégel alors qu'il serait la risée de tous!
Il était enragé. Il avait besoin de taper sur quelqu'un, n'importe qui, n'importe quoi. Il fallait absolument qu'il se défoule sur quelque chose, maintenant. Un mannequin d'entrainement, un ennemi, un ami, peu lui importait. Il avait juste incroyablement besoin de frapper dans quelque chose, de battre quelqu'un jusqu'au sang. De pouvoir s'enivrer de l'odeur si doucereuse de la mort pour se distraire et calmer son esprit, de décharger sa colère contre les autres et contre lui-même. Frapper, battre, tuer. N'importe quoi, n'importe qui.
La respiration hachée, Kardia se força à fermer les yeux et à inspirer profondément, essayant de repousser cette vague de colère terrible contre laquelle il peinait à lutter. Et rouvrit les yeux quand une main se posa sur son poing serré. Une main presque translucide et marquée de brûlures. Une main qui pourrait peut-être le tuer s'il n'y prenait pas garde.
Il se dégagea brutalement:
-Fous-moi la paix!
Le regard éteint d'Edwyn ne le fit pas se retourner et encore moins se calmer. Quoique… Il y avait quelque chose dans ce regard qui lui rappelait un peu le Liam qu'ils avaient ramené au Sanctuaire, fatigué, las, et pourtant inquiet, désireux d'aider sans éprouver quelconque pitié. La pensée de Liam apporta immédiatement celle de Mikhail et Kardia ne parvint pas à s'empêcher de sourire en pensant aux deux garçons. Quel âge avaient-ils maintenant? Il avait perdu le compte. Comment se débrouillaient-ils? Est-ce que Liam bougeait enfin ses saletés jambes? Est-ce que Mikhail arrêtait enfin de se prendre autant au sérieux?
C'était trop bête, il détestait les enfants et voilà que ces deux garnements lui avaient presque manqué. Ils étaient une part de son histoire avec Dégel, c'était sans doute pour ça qu'ils avaient une place (aussi petite soit-elle) dans son coeur. Bizarrement, Kardia se rendit compte que sa colère, sa rage, était passée, remplacée par un sentiment de quasi nostalgie.
Il porta la main à son front qui cicatrisait petit à petit, conscient qu'Albafica continuait de le suivre des yeux avec un peu d'inquiétude et de méfiance mais de moins en moins concerné. Il voulait s'inquiéter? Ok, qu'il le fasse, mais qu'il lui foute la paix et n'aille pas raconter ça à tout le monde. Après tout, il avait d'autres choses à penser, comme par exemple, peaufiner son discours pour quand il irait enfin parler à Dégel. Oh il avait une vague idée de ce qu'il allait faire, mais il espérait sincèrement que le Verseau serait prêt à l'écouter et à le pardonner. Pourtant, malgré ce léger sentiment de crainte, il sentait qu'il était sur la bonne voie. Et aussi pénible et concerné soit-il, Albafica lui avait été d'une grande aide sur ce coup-là.
-Il veut juste t'aider, ne sois pas aussi agressif avec lui.
Intervint justement le Poisson en jetant un regard accusateur à son frère d'armes. Kardia se tourna vers le jeune garçon aux cheveux blonds qui dardait son regard vairon éteint vers lui. Le Grec haussa les épaules et soupira:
-Désolé gamin, mais faut pas me couver comme ça, ok? Je suis un adulte responsable (Il fusilla Albafica du regard quand ce dernier osa dissimuler un éclat de rire moqueur derrière une fausse quinte de toux) et je peux m'occuper de moi-même tout seul comme un grand. De toute façon, c'est pas comme si toi ou n'importe qui d'autre pouvait vraiment m'aider. Et ça vaut pour toi aussi, fish-stick: lâche-moi un peu et on n'en reparle plus: ni entre nous, ni à personne d'autre. D'accord?
Albafica fronça les sourcils et se contenta de lever les yeux au ciel, bien moins prompt à se moquer ouvertement de sa gueule qu'avant. Kardia fit craquer son épaule et se remit en route. Ils arrivèrent enfin en vue du Sanctuaire au bout d'encore quelques heures de marche. Et malgré son pressentiment assez positif, le Scorpion déglutit difficilement en posant les yeux sur le onzième temple. Dégel était-il déjà rentré? Oui, sans doute, après tout sa mission avait eu lieu en Italie, donc il devait d'office être rentré.
Bon, est-ce qu'il valait mieux aller voir ce satané Verseau avant ou après son rapport? Après sans doute, quand il aurait vite pris le temps de se rafraichir un moment pour être présentable devant lui. Ouais, il irait après et il serait franc et honnête. Parler avec son coeur… L'ironie le fit sourire sans qu'il ne s'en rende compte. Malgré la légère méfiance qu'il ressentait encore à l'égard du garçon, il insista auprès d'Albafica pour qu'Edwyn découvre le Sanctuaire avec un point de vue élevé. Manière de retarder ses retrouvailles? Possible, très possible.
Et en même temps, il était curieux de voir quelle genre de réaction le jeune garçon aurait face à la statue d'Athéna qui baignait dans la lumière du matin. Allait-il montrer un semblant d'émotion? Ou bien au contraire, cela ferait-il tomber sa couverture s'il était vraiment devenu un Spectre? Au fond de lui, Kardia se doutait bien que ce garçon n'en était pas un, qu'il n'avait pas été encore complètement endoctriné, mais il fallait rester sur ses gardes au cas où. Et le « test de la Statue » leur permettrait d'être plus ou moins fixés!
Contrairement à ce qu'il le pensait, Edwyn ne tomba pas à genoux comme l'avaient fait les autres avant lui. Il resta fermement campé sur ses pieds, les yeux perdus dans le vague, le visage complètement neutre. Mais pile comme Kardia fronçait les sourcils, il aperçut une petite lueur poindre au coin de l'oeil bleu du garçon blond. Petite lueur qui se mua en perle qui roula sur sa joue. Une larme unique, une larme solitaire qui fit pousser un léger soupir soulagé au Scorpion. Et malgré lui, il posa la main sur le haut du crâne du garçon:
-Tout va bien, tout ira bien à partir de maintenant.
Edwyn hocha légèrement la tête et Kardia put voir que le garçon serrait sa tunique de ses poings, si fort que ses articulations déjà translucides avaient encore pâli d'un cran. Conscient qu'Albafica contemplait lui aussi le Sanctuaire s'étirer devant eux, le Scorpion s'écarta d'Ewyn et se mit en route sans plus les attendre, sans se presser pour autant. Ils allaient le rejoindre bien vite, il avait seulement besoin de réfléchir encore un peu. Seul.
Un coup d'oeil presque timide jeté au onzième temple lui fit vite comprendre que Dégel était en effet bien rentré. Bon sang, qu'est-ce que son cosmos si paisible lui avait manqué! Impossible d'imaginer vivre sans lui, il faudrait absolument qu'il parvienne à se faire pardonner. Parce que sans Dégel à ses côtés, sans ses soupirs faussement épuisés, sans ses petits tics si reconnaissables, sans lui,… Il ne savait pas s'il pourrait continuer à avancer. Non, en fait il savait qu'il en serait incapable.
Kardia inspira profondément et ajusta machinalement le bandage sur son front, comme pour se donner meilleure allure… Avant de pouffer de sa propre bêtise:
-Tain, on dirait une gamine…
Jamais ascension de ces interminables marches ne lui avait semblé aussi pénible et douloureuse. A chaque temple dépassé, à chaque marche gravie, il sentait son coeur s'emballer bêtement dans sa poitrine. C'était à la fois comme si les escaliers n'en finissaient pas, mais aussi comme s'ils étaient plus courts qu'il ne l'aurait souhaité. Chaque marche le rapprochait du onzième temple, mais il craignait que chaque pas ne l'éloigne en fait de Dégel. C'était ridicule, et pourtant il avait rarement été aussi angoissé de toute sa vie.
Comme s'il était conscient de son trouble, Albafica lança nonchalamment alors qu'ils passaient le dixième temple:
-Allons d'abord faire notre rapport si tu veux bien, comme ça nous n'aurons plus à penser à ça et tu pourras te concentrer sur tes prochaines activités.
Reconnaissant malgré tout, Kardia hocha la tête et déglutit difficilement quand le onzième temple se dressa devant eux. Simple création de son esprit ou fait réel, il eut l'impression que la température était encore plus basse que dans ses souvenirs. Comme si le temple reflétait la colère et la rancune de son propriétaire. Comme s'il n'avait pas été pardonné. Malgré lui, le Scorpion frissonna et jeta un coup d'oeil la porte des appartements de Dégel, espérant ou alors craignant de croiser une paire d'yeux améthystes noircis par la haine. Alors qu'ils étaient si beaux quand il souriait… Alors qu'il était si pacifique…
Kardia secoua la tête et pressa inconsciemment le pas: il n'était pas prêt, il n'avait pas assez réfléchi à sa connerie et il avait peur de se faire rejeter avant même d'avoir pu essayer de plaider sa cause. Il se surprit à murmurer une prière silencieuse à Athéna et se frappa le front du plat de la main: pauvre idiot, Athéna c'était la gamine qui les attendait, assise sur un trône trop grand pour elle. Qu'est-ce qu'elle pourrait bien faire pour un pâle type comme lui hein? Pauvre crétin va!
Le visage complètement neutre d'Edwyn ne laissa rien paraitre durant toute leur ascension, pas plus que quand ils poussèrent la lourde porte ornée d'or du treizième temple. Une vague lueur admirative éclaira son regard vairon quand il le posa sur la jeune fille aux longs cheveux mauves assise sur son trône, un sceptre dans la main. Alors qu'il se serait attendu à des présentations, il sut immédiatement, il sentit, que cette jeune fille au regard si doux et au sourire si tendre était Athéna. Elle dégageait la même énergie, la même vague d'amour et de paix, de protection paisible que la statue.
Il sentit son coeur faire un léger bond dans sa poitrine, même s'il savait que son visage ne laisserait rien montrer de son émotion, pas plus que sa bouche ne lui permettrait de saluer et de remercier la jeune Déesse. C'était comme si un noeud, un blocage, l'empêchait de parler, de montrer quoi que ce soit. Tout ce qui lui avait toujours semblé si naturel (rire, sourire, pleurer, montrer de la peur, de la douleur ou de la fatigue) tout ça était devenu étranger. Il ressentait les choses de loin, mais était absolument incapable de les montrer. Il pouvait seulement espérer que les gens comprenne ce que ses yeux éteints pouvaient vouloir dire.
Imitant les deux hommes qui l'avaient sauvé de l'enfer du Danemark, Edwyn s'agenouilla et baissa la tête, tendant l'oreille:
-Je suis heureuse de vous voir rentrer sains et saufs, Chevaliers.
-Et moi donc, princesse!
Répondit Kardia en lui adressant un clin d'oeil complice. Sasha poussa un petit rire mais s'empêcha de se lever pour se jeter au cou du Scorpion, décidée à montrer à Sage (qui l'observait silencieusement avec un sourire paisible sur les lèvres) qu'elle avait grandi et savait se comporter en véritable Déesse. Du moins, en public et lors des événements officiels.
Albafica comprit vite que Kardia ne comptait pas parler de la mission, sans doute encore en colère d'avoir dû se contenter « des sous-fifres »:
-Nous avons bien mis le Spectre hors d'état de nuire, Athéna, Grand Pope. (Sage hocha la tête et ne put s'empêcher de pousser un soupir soulagé) Nous avons pu sauver tous les enfants encore présents sur les lieux. Tous sont restés au Danemark, recueillis par des gens des environs. Le bâtiment a brûlé et tous les documents permettant ces recherches ignobles avec: nous n'avons plus à nous inquiéter quant à la création de Spectres artificiels.
Le Grand Pope hocha de nouveau la tête, l'air manifestement libéré d'un poids énorme à l'écoute de cette nouvelle qu'il attendait depuis des années. Depuis cette mission en Russie en vérité. Il s'empêcha de passer une main soulagée sur son visage, se contentant de répondre à la place de la-…
-Je vous félicite, Albafica, Kardia. Grâce à vous, cette Guerre pourra commencer aussi justement que possible, sans impliquer plus d'innocents qu'elle ne l'a déjà fait.
Sage jeta un regard agréablement surpris à Sasha, droite et noble sur son trône, et il ne put s'empêcher d'esquisser un sourire sincèrement fier et ravi: quels progrès elle faisait déjà. Si jeune et pourtant déjà si digne de son rôle et de son héritage divin. Il savait quel destin horrible risquait de la frapper, tôt ou tard, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir énormément d'affection et de fierté pour cette jeune fille aux yeux si doux et attentifs. Quelle grande Déesse, quelle magnifique jeune femme responsable elle ferait. Oui, il en était fier. Si bien qu'il décida de lui laisser gérer le rapport entièrement seule, en l'encourageant silencieusement. Comme si elle l'avait compris, Sasha se tourna vers le jeune garçon blond et lui adressa un sourire:
-Je vois aussi que vous nous avez ramené une nouvelle recrue, vous aussi. Il semblerait que le destin nous pousse à recruter de futurs Chevaliers. Dégel et Manigoldo sont eux aussi revenus avec un jeune garçon, il y a quelques jours.
Kardia et Albafica se jetèrent un léger regard en coin et le Grec ne put s'empêcher de sourire franchement: purée, qu'avaient donc les enfants à se jeter dans leurs pattes comme ça quand ils partaient en mission, Dégel et lui? A croire qu'ils étaient de vrais aimants!
-Ce garçon, Edwyn, était le dernier enfant sur lequel le Spectre pratiquait des expériences. Si nous étions arrivés quelques jours plus tard, nous n'aurions pas pu le sauver. Heureusement, nous sommes intervenus in extremis et, malgré un traumatisme latent et des séquelles aussi bien physiques que mentales, nous… J'ai jugé bon de le ramener avec nous, Athéna.
Expliqua Albafica en baissant humblement la tête. Sage dut se faire violence pour s'empêcher de poser davantage de questions, certain que Sasha les poserait d'elle-même:
-Je comprends… (Soupira la jeune fille en essayant de ne pas attarder son regard sur les cicatrices qui marquaient le visage livide du jeune garçon et sur ses yeux éteints et cernés, réprimant un frisson à la seule idée de ce qu'il avait dû subir. Puis, comme elle avait pensé lutter, elle se leva et s'avança vers lui) Edwyn, c'est bien ça?
S'il eut l'air étonné ou impressionné par son geste et sa démarche, le jeune garçon blond n'en laissa rien paraitre, se contentant de lentement hocher la tête sans la quitter de ses yeux un peu tristes. Sasha soupira et s'agenouilla devant lui, déposant son sceptre sur le sol afin de prendre dans ses mains celles, marquées de cicatrices et de brûlures, d'Edwyn. Elle les serra de toutes ses forces dans les siennes et souffla, les yeux fichés dans les siens:
-Je suis désolée que tu aies dû subir tout cela. Je suis tellement désolée, je ne sais pas comment je peux me faire pardonner de ne pas avoir agi plus rapidement. Je suis désolée et je te promets de ne plus laisser ce genre de chose ce reproduire tant que je serai sur cette Terre. Je t'en fais le serment.
Les trois hommes dardèrent des yeux ébahis sur la jeune fille (déjà presque femme) qui venait de parler avec tant de maturité et de douceur. Sage peinait à reconnaitre la petite fille craintive qui était arrivée au Sanctuaire, quelques années auparavant, et Kardia ne parvenait tout simplement pas à croire que Sasha, sa… Leur petite Sasha, soit déjà devenue si grande. Comment est-ce que cette jeune fille pouvait-elle être la même que celle qu'il avait trainé avec lui jusqu'au Mexique et qui tremblait de peur au moindre bruit? Il n'en revenait pas et en même temps… Un sourire presque ému éclaira son visage: purée, qu'est-ce qu'il était fier d'elle!
Edwyn se contenta de hocher lentement la tête avant de baisser les yeux, incapable de soutenir le regard si clair de Sasha, incapable de lui répondre et de lui témoigner sa propre gratitude. Mais quand le Grand Pope lui désigna une jeune servante afin de le guider vers les bains et ses nouveaux appartements, il parvint à porter une main à sa poitrine, au niveau de son coeur, avant d'incliner la tête, signe de remerciement et de « pardon ». Et quand il fut certain que la jeune fille aux longs cheveux mauve avait compris son message muet, il quitta la pièce sans un regard en arrière.
Restée debout près des deux Ors, Sasha attendit qu'Edwyn ait disparu de leur vue pour demander d'une voix légèrement sourde, les yeux toujours fixés sur la tenture derrière laquelle il venait de disparaitre:
-Que lui est-il arrivé?
-Nous ne savons pas précisément, Athéna. Il semblerait qu'il ne puisse pas parler, sans doute était-il muet de naiss-…
-C'est le prix à payer pour augmenter son cosmos.
Intervint Kardia en regardant le Grand Pope droit dans les yeux. Le vieil homme ne laissa rien paraitre mais Sasha frissonna vivement:
-C'était déjà le cas en Russie. La fille ne parlait pas parce qu'elle avait dû sacrifier quelques capacités pour acquérir plus de puissance. Il ne parle pas, sans doute un blocage mental ou je sais pas quoi, il montre et ressent pas d'émotions,… Il faudra pas mal de temps avant de le rattraper… Si on y arrive un jour.
Sage poussa un soupir:
-Qui pourra bien l'entrainer alors?… Personne ne voudra d'un apprenti qui ne…
-Moi, je le ferai.
Tous se tournèrent vers Albafica avec une palette d'expression de surprise sur le visage (Sage avait les yeux écarquillés, Sasha avait entrouvert la bouche, et Kardia avait carrément déboité sa mâchoire pour pousser un « Quoi?! » sonore). Le Poisson se leva et regarda le Pope, l'air incroyablement sérieux:
-Je le prendrai comme apprenti. C'est moi qui l'ai ramené, même si nous ne sommes pas encore certain à cent pour cent que l'expérience n'a pas été un succès, et c'est surtout moi qui ai vu de quoi il est capable. Je sais que nous pouvons en faire un bon chevalier. Je sais que je peux le faire. Alors je vous en prie, Grand Pope, laissez-moi m'occuper de son entrainement.
Ebahi mais agréablement surpris, Sage balbutia, peinant à retrouver une expression sereine et naturelle:
-Oh… hé bien… (Un sourire ravi étira ses lèvres) Après tout, pourquoi pas. C'est d'accord, je te donne ma permission.
Albafica s'inclina profondément:
-Merci Grand Pope, je ne vous décevrai pas.
-Je n'en doute pas. (Il adressa un signe de tête poli et rassuré aux deux Ors) Je ne vous retiens plus, allez vous reposer. Vous l'avez bien mérité. Albafica, tu pourras venir chercher l'enfant pour t'occuper de son entrainement - au niveau du cosmos je suppose, laissons le physique à un groupe adapté - dès après-demain, je pense que nous devrions le laisser se reposer un minimum.
-Bien sûr.
-Parfait. Merci beaucoup Chevaliers, je suis fier de vous. (Puis, après un regard à Sasha) Nous sommes fiers de vous.
Après quelques minutes de blabla rapides avec Sasha (bon sang qu'est-ce qu'elle avait grandi c'était pas possible ça!), Kardia quitta le treizième temple, quelques pas derrière Albafica:
-Ben ça, quelle surprise, toi avec un apprenti!
Albafica haussa les épaules:
-Comme quoi, tout le monde peut changer. Je n'aurais jamais cru te voir toi-même avec un apprenti, et voilà que tu en as deux.
Tiens, maintenant qu'il y pensait, il n'avait pas aperçu ces deux oiseaux depuis son retour. Dès qu'il aurait parlé à Dégel, il irait voir où ils… A cette simple idée, un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale et il jeta un coup d'oeil distrait au onzième temple. Suivant son regard, Albafica sembla sur le point de lever la main pour l'encourager, mais il se ravisa et se recula même d'un pas:
-Va lui parler, il est temps de crever l'abcès.
Kardia grimaça et tira la langue:
-Très frais comme métaphore, fish-stick!
Le Poisson s'empêcha de pousser un soupir désespéré et se contenta de lever lever les yeux au ciel:
-Arrête de repousser ça et va: tu dois franchir l'obstacle.
-Tu vois quand tu veux.
-Allez, dépêche toi avant que je n'y aille moi-même.
Kardia lui sourit franchement et posa une main reconnaissante sur l'épaule d'Albafica:
-Merci, mec. Sans toi je crois pas que j'aurais pu me démerder aussi bien.
Le Poisson fit mine de se dégager vivement mais parvint à se faire violence pour ne pas repousser la main de Kardia, se forçant à penser à ce que Manigoldo lui avait déjà dit cent fois: personne n'était en danger, son sang n'était pas en contact direct avec lui, tout allait bien, tout allait… Il céda et, en retenant une grimace de dépit, il se dégagea doucement:
-C'est normal voyons. Maintenant va vite, ne perds pas plus de temps.
-Tu dis ça parce que ton Roméo t'attend et est en train de bouillir juste là?
-Mon Ro-..?
Albafica rougit légèrement quand il aperçut, à l'ombre de son temple, la silhouette si reconnaissable de Manigoldo, un pansement sur la joue et appuyé sur des béquilles de fortune. Mais malgré son coeur battant, il s'empêcha de se diriger immédiatement vers lui, se contentant de répondre à son petit signe de main d'un mouvement de la tête:
-Rien à voir. Allez, je te laisse.
-C'est ça, cours vite le voir!
-C'est à moi de te dire ça.
Ils échangèrent un regard vaguement complice et enfin Kardia descendit les marches vers le onzième temple, gratifiant Manigoldo d'une poignée de main bien sentie. Quand il se fut assez éloigné, Albafica passa une main faussement détendue dans ses cheveux et descendit les marches à son tour, plus lentement:
-Qu'est-ce que tu t'es encore fait?
Manigoldo baissa les yeux vers ses jambes et rit:
-Disons que je suis tombé sur un os qui a pas voulu céder facilement face à Acubens!
Albafica sourit légèrement:
-C'est malin.
-Hé, j'en peux rien, c'est la faute du Spectre!
Il le rejoignit enfin et, tout en restant à une distance raisonnable de l'Italien, le Poisson souffla, un ton plus bas:
-Tu n'as pas trop mal?
Manigoldo haussa les épaules, sans faire mine de se rapprocher, sans vouloir forcer:
-Ca va mieux, c'était pire au début.
Albafica hésita une longue seconde puis, avec quelques réticences, leva la main jusqu'à effleurer la joue bleuie du Cancer:
-Tu devrais faire un peu plus attention à toi, idiot.
Comme il allait éloigner sa main, celle de Manigoldo, brulante comparée à lui, se posa sur la sienne, l'empêchant de rompre le contact:
-Parle pour toi, je me suis fait un sang d'encre vu que tu donnais pas de nouvelles.
Malgré une violente envie de faire plusieurs pas en arrière, Albafica se força à ne pas se dégager, à ne pas céder à la panique. Il déglutit difficilement et baissa les yeux:
-Je n'en ai pas vraiment eu l'occasion. Et puis tu ne m'en as as donné non plus.
-Désolé, j'avais un Verseau suicidaire sur les bras.
-On voit bien que tu n'as pas dû supporter Kardia pendant tout ce temps.
Manigoldo rit franchement:
-C'est clair que je sais pas lequel de nous deux est le plus à plaindre.
Albafica alla jusqu'à laisser échapper un léger rire, plus un soupir qu'autre chose. Et quand la deuxième main de Manigoldo effleura sa joue, il dut faire un violent effort sur lui-même pour ne pas se rejeter en arrière. Au contraire, il leva les yeux et rencontra l'indigo de ceux du Cancer:
-Je suis content de te revoir, Alba'.
Oh comme ces yeux lui avaient manqué. Comme cette voix, ce sourire si rassurant, ce cosmos, lui avait fait défaut. Alors, comme pour montrer ses progrès, il leva son autre main et la posa faiblement sur celle de l'Italien:
-Tu m'as manqué aussi.
Les joues de Manigoldo se teintèrent franchement de rouge et il sourit, sincèrement touché. Il pouffa, agréablement surpris, et alla jusqu'à poser son front sur celui, si pâle en comparaison, du Poisson:
-Tu en as mis du temps.
Albafica ferma les yeux et, pour la première fois, ne fit même plus attention à son sang empoisonné, simplement ravi de pouvoir profiter de ces attentions, de ce toucher, de cette chaleur,… Tout en sachant que son propre maître Lugonis avait eu une relation en dépit de ce danger latent. Il souffla, soulagé, heureux même:
-Merci de m'avoir attendu.
$s$s$s$
Quand Kardia arriva au onzième temple, alors qu'il s'imaginait déjà en train de frapper à la porte du Verseau et de le supplier de lui ouvrir, il se retrouva presque nez à nez avec lui. Les bras croisés sur la poitrine, les sourcils légèrement froncés mais pas dans une attitude agressive (plutôt défensive, en vérité), Dégel l'attendait. Patiemment. Calmement. Ils se considérèrent un instant, debout à quelques mètres l'un de l'autre, si proches et pourtant si éloignés… Comme quand il était revenu du Mexique, comme quand il l'avait…
Mais comme Dégel ouvrait la bouche en premier, le détournant un instant de ses pensées noires, Kardia leva la main:
-Attends, ne dis rien. Laisse-moi tout déballer puis je m'en irai et tu auras tout le temps de décider si tu veux encore de moi ou si tu veux me jeter.
Dégel haussa un sourcil intrigué mais ne fit pas mine de l'interrompre, « agréablement » surpris par le soudain élan de sincérité de Kardia. Avait-il réellement réfléchi durant sa mission? Avait-il vraiment les mots que Dégel attendait? Le Grec inspira profondément et commença:
-Je suis malade, mon cœur va finir par me lâcher d'une année à l'autre. C'est incurable même si tu peux retarder le processus avec ton cosmos.
Le Verseau se tendit imperceptiblement et serra les dents, le coeur s'enflammant sur le coup de la colère: tout ça pour simplement lui balancer encore cette tromperie au visage? Tout ça pour souffrir encore plus? Il manqua presque de se détourner mais Kardia continuait, comme s'il était décidé à tout avouer, tout sur sa propre vie:
-J'ai eu une enfance de merde. Je déteste mon père et quand on l'a vu l'année passée, je l'ai retrouvé et je l'ai tué pour me venger.
Dégel écarquilla des yeux horrifiés et entrouvrit les lèvres sur un murmure choqué, mais Kardia secoua la tête:
-J'ai essayé de t'écouter, je savais que de nous deux tu avais raison. Mais j'ai pas pu m'en empêcher. Savoir qu'il était là, juste là, en vie et en bonne santé après tout ce qu'il avait fait, je ne pouvais pas. C'était juste impossible de faire comme si de rien était et de le laisser s'en tirer aussi bien alors que c'était un connard fini.
-Tu m'avais promis de ne pas prendre de risques.
-Et est-ce que t'en avais entendu parler? Est-ce que t'as vu que le Pope me convoquait? (Dégel sembla sur le point de parler mais il se reprit) Je sais, c'était débile et impulsif, mais je pouvais pas le laisser comme ça en vie.
Dégel fronça les sourcils mais respecta leur accord tacite et de tut, incapable de masquer son air réprobateur. Il n'en revenait pas que Kardia ait pu faire une chose pareille. Il n'en revenait pas qu'il lui ait désobéi délibérément et s'était ainsi mis en danger. Et il n'en revenait pas de l'entendre ainsi le lui expliquer aussi sincèrement.
-Quand j'étais au Mexique avec Sasha, (Il grimaça et soupira) j'ai couché avec quelqu'un, la femme qui m'a sauvé la vie et la mise. (Il leva les yeux vers Dégel) Je pourrais te dire que c'était pas ma faute, que c'est pas moi qui ai initié la chose et que j'ai essayé de la repousser. Mais ça serait me trouver des excuses et c'est dégueulasse parce que je suis quand même coupable.
Malgré lui, malgré sa colère et sa rancoeur, Dégel se sentit presque soulagé d'entendre ces mots sortir de la bouche de Kardia. C'était plus vrai, plus sincère et douloureux, il sentait mieux les remords qui rongeaient le Scorpion,... Kardia n'essayait plus de se cacher, de mentir. Il disait tout. S'excusait. A sa manière.
Le Scorpion inspira profondément:
-Je sais que je ne pourrai jamais assez m'excuser pour ce que j'ai fait. Que je devrais continuer de le faire chaque jour, chaque heure, chaque minute, peut-être même chaque seconde qui passe jusqu'à la fin de ma vie, et que ça serait pas encore assez. Je sais que j'ai vraiment merdé et que je suis qu'un connard sans cervelle qui fonctionne à l'instinct et aux émotions. Je sais que je te mérite pas et je sais que tu vaux mieux que ça. Mais je t'aime, tu sais quand je dis que tu es à moi... (Il poussa un petit soupir rieur) Je crois que je suis plus à toi que tu ne le penses, plus que l'inverse. Dès le premier jour, c'est comme si tu m'avais ensorcelé: tu étais tellement différent des autres, tellement plus majestueux que les autres, tellement lumineux et absolument hors de portée. Tu vois cette explication clichée et rose bonbon du coup de foudre? Bah c'était exactement pareil. J'avais à peine posé les yeux sur toi que je savais que je pourrais plus jamais détourner le regard. T'avais à peine croisé mon regard que j'en étais comme prisonnier.
Kardia passa une main maladroite dans sa nuque: Dégel restait absolument de marbre, sans avoir l'air d'être touché par ses paroles ou de lui avoir pardonné. Un instant il crut qu'il allait se laisser envahir par une sorte de panique, mais il se secoua mentalement:
-Je ne pourrai jamais assez m'excuser pour ce que j'ai fait, si tu savais à quel point je m'en veux et je m'en voudrai toute ma vie. T'es pas obligé de me croire, t'es pas obligé de me pardonner non plus, même si j'adorerais… Parce que si même moi j'ai réussi à te pardonner, c'est que ça doit être faisable, non? Enfin, je vais m'arrêter là donc, si tu as envie de dire quelque chose…
Il y eut un bref moment de silence pendant lequel ils se regardèrent droit dans les yeux, et Kardia eut l'impression (ou l'envie?) que l'atmosphère s'était faite moins glacée qu'avant. Enfin, après des centaines d'années, après une minute, après trente secondes, Dégel répondit:
-J'ai hésité à le faire.
Kardia se raidit: de quoi parlait-il? De lui pardonner? De coucher avec cette fille? Est-ce qu'il était en train de lui dire qu'il l'avait fait consciemment?!
-Ton père. (Précisa enfin Dégel) J'ai hésité à aller le retrouver moi-même. À vrai dire, je l'ai fait. (Finit-il par avouer) Je voulais lui faire peur, le faire partir. Te venger peut-être.
Kardia déglutit, guettant les expressions de son frère d'armes, surpris par cette révélation et sentant venir la suite. Dégel continua:
-Sauf que quand je l'ai trouvé quelqu'un s'en était déjà occupé. Et ne me prends pas pour plus stupide que je ne le suis: j'ai bien compris que c'était toi.
Devant l'air ébahi de Kardia, il esquissa un léger sourire moqueur:
-Comment penses-tu que le corps a disparu et n'a jamais été ni retrouvé ni mentionné?
-Tu as... c'était...
-Je tiens à toi. Plus que je ne tiens à quiconque ici. A tel point que j'ai eu l'idée de tuer un homme que je ne connaissais pas, à tel point que j'ai décidé de finir ce que tu avais commencé et à te couvrir alors que tu savais que j'étais contre. (Dégel inspira profondément, comme pour se donner le courage de se lancer) Ce ne veut peut-être pas dire grand chose pour toi, mais pour moi, c'est une véritable preuve de mon… Affection pour toi, mon attachement même. (Il sembla buter sur les mots, comme s'il avait fait plusieurs pas en arrière quant à l'expression de ses sentiments) Je n'aurais jamais pensé à aller le voir moi-même si je ne tenais pas autant à toi, et je ne sais pas si tu t'en rends compte… Ce… Cette nuit en France était une erreur monumentale et je m'en rends bien compte. Ca m'a hanté pendant tout ce temps, ça continue de me hanter et ça me hantera jusqu'à la fin de ma vie. Mais quand j'ai appris que tu l'avais fait de ton côté…
Il se tut un instant, à la recherche des mots précis de ce texte qu'il avait pourtant répété pendant des heures. Patient, buvant littéralement ses paroles, Kardia attendit, conscient de l'effort que ce discours devait représenter pour Dégel, son Dégel:
-Je ne pensais pas que ressentir autant de sentiments à la fois était possible. Je les connaissais tous séparément: colère, déception, trahison, dégoût, peine… Et je crois que c'est à ce moment-là que j'ai inconsciemment compris que ça voulait dire que je tenais bien plus à toi que je ne voulais le croire. Et que me passer de toi serait beaucoup trop difficile, impossible peut-être. Crois-le ou non, mais je pense que j'étais en fait surtout en colère contre moi, d'avoir été faible à ce point, de nous avoir fait ça. Je crois qu'il faut beaucoup de force pour pardonner aux autres, et qu'il en faut plus encore pour se pardonner à soi-même. Je ne sais pas si j'ai cette force, mais je suis déterminé à faire de mon mieux pour l'acquérir. Parce que je veux continuer d'avancer avec toi à mes côtés, de passer l'obstacle et de sortir grandi de cette épreuve. Parce que depuis le premier jour…
Il baissa les yeux une demi seconde, juste le temps que Kardia écarquille légèrement les yeux:
-Depuis le premier jour?
-… J'ai su que je ne pourrais pas me passer de toi… (Dégel inspira profondément et se lança, les pommettes légèrement rosées) Parce que je t'aime. Et je t'aime assez pour te pardonner.
Kardia se sentit rougir jusqu'aux oreilles, à la fois de surprise et de joie, de soulagement et de bonheur complet. Etait-ce une des premières fois que Dégel lui disait aussi clairement de son plein gré qu'il l'aimait? Est-ce qu'il venait de parler ouvertement de ses sentiments, sans filtre? Est-ce qu'il venait vraiment de lui pardonner?
A vrai dire, alors qu'il s'était promis de rester sobre et relativement distant lors de cet échange, il se retrouva en train d'enlacer Dégel et de le serrer contre lui de toutes ses forces, le visage enfoui dans ses cheveux, s'enivrant de cette odeur qui lui avait tellement manqué, de cette présence tant aimée. La voix étouffée et légèrement rauque, Kardia souffla:
-Je suis désolé Dégel, je suis tellement désolé, si tu savais comme je m'en veux. Je t'en prie, pardonne-moi.
D'abord, le Verseau ne sut pas comment réagir, restant simplement tendu comme la corde d'un arc et complètement muet. Puis il eut l'impression que sa gorge se nouait et il leva maladroitement les bras avant de les refermer doucement sur Kardia, profitant de ce moment si simple au final:
-Bien sûr que oui, idiot…
Il ferma les yeux et soupira, les épaules et le coeur soulagés d'un poids énorme qui ne l'avait plus quitté depuis cette nuit fatidique en France: c'était fait, c'était enfin fini:
-Est-ce que tu pourras me pardonner un jour?
Le Grec resserra son emprise sur lui:
-C'est déjà fait, tu sais bien que je ne peux rien te refuser.
Dégel se dit qu'à ce moment il n'aurait pas été surpris que des larmes de soulagement s'échappe de ses yeux, mais comme toujours, rien ne vint. Rien hormis ce léger sourire rassuré, le même qu'il sentit dans sa gorge quand Kardia souffla, presque timidement comparé à ce qu'il osait faire avant:
-Tu sais quoi?
-Non, dis toujours.
-J'ai pas arrêté de penser à toi.
-Et moi donc.
Court silence tandis qu'ils profitaient simplement de cette étreinte paisible, presque irréelle et hors du temps:
-Merci pour le sauvetage express au fait.
-C'est normal, j'avais cette dette envers toi.
-Juste pour ça?
-A ton avis?
Ils échangèrent un sourire complice et uniformément rassuré. Si bien que Dégel finit par dire doucement, refoulant cette légère étincelle de rancoeur qui subsistait malgré tout:
-J'ai hâte de savoir comment s'est déroulé ta mission. (Court silence, comme s'il hésitait) Tu veux entrer?
Kardia sourit avec un air que Dégel pensait ne jamais avoir rencontré chez lui, un mélange de soulagement et de quasi timidité. Et pourtant, la main basanée du Grec n'avait pas fait mine de lâcher la sienne:
-Avec plaisir.
Pendant un moment, ils se dirent que c'était comme s'il n'avait jamais rien eu, comme si ces erreurs les avaient encore plus rapprochés qu'avant, les avait fait se dévoiler plus sincèrement, plus authentiquement. Et pourtant, après ce moment doux-amer, ils savaient tous les deux que cette blessure resterait vive dans leurs coeurs, et que la cicatrisation risquait de prendre du temps.
D'autant plus qu'ils étaient tous les deux conscients qu'avec cette Guerre Sainte sur le point de débuter, le temps finirait par leur manquer…
Mais comme la porte se fermait derrière eux, Kardia se souvint d'un détail qui l'avait turlupiné depuis son arrivée:
-Tu sais où sont les deux gosses?
Quand Dégel grimaça légèrement, le Scorpion sentit bizarrement un noeud se former dans son ventre:
-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?
-Je pense qu'on devrait aller directement les voir.
-Mais… Mais et… Et nous?
Répondit Kardia, un peu penaud: ok il avait envie de savoir comment allaient les deux apprentis, mais il avait tellement de temps à rattraper avec son Dégel… Le Verseau haussa les épaules et rouvrit la porte, légèrement distant, si bien que Kardia comprit que la blessure était encore profonde et que reconquérir le coeur de son frère d'armes prendrait du temps:
-Plus tard, nous aurons le temps de parler après.
Le Scorpion poussa un léger soupir et lui emboita le pas:
-Je te suis alors…
* Pas de problèmes!
Et voilà! J'espère que les premières retrouvailles entre ces deux oiseaux vous aura pus (ainsi que les retrouvailles entre Mani et Alba, je les adore ces petits)! La blessure reste encore un peu ouverte, mais ils sont enfin prêts à aller de l'avant! C'est presque gagné les amis! :D
Sur ce, je vous le dis déjà maintenant: je pense poster le prochain chapitre fin de la semaine prochaine, cadeau pour vous remercier de votre fidélité! Et puis, vous êtes les meilleurs, vous méritez bien des petites récompenses de temps en temps non? ;D
Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine! Gros bisous à tous! :D
