Chapitre 2 :

Il ne fallut que quelques minutes aux deux Jedi pour atteindre la salle des commandes du vaisseau. Dans l'esprit d'Anakin, ces événements avaient eu lieu il y a plus de vingt ! Pourtant, il se souvenait parfaitement de l'endroit dans lequel il se trouvait et des événements qui allaient suivre. Cette mission était de la plus haute importance. Le Chancelier avait été enlevé par le Général Grievous et il fallait aller à sa rescousse… tout du moins, c'est ce que tout le monde croyait.

Anakin ressentit un frisson glacial lui remonter le long du dos. Il allait revoir Palpatine, ou Sidious, peu importait le nom sous lequel ce monstre se désignait. Cette situation été si insensée que le jeune Jedi avait de la peine à se concentrer. Tous ses sens étaient en alerte. Son corps et son visage n'étaient plus recouverts par l'horrible combinaison de survie qu'il avait été forcé de porter après son accident sur Mustafar. Sans elle, il se sentait indescriptiblement léger et libre. Surtout libre.

Obi-Wan et Anakin arrivèrent finalement devant une porte de forme ronde. Celle qui donnait sur la salle des commandes.

- J'ai un mauvais pressentiment, déclara Anakin.

Obi-Wan tendit le bras en direction de la commande de la porte et cette dernière se déclencha grâce à une impulsion de la Force.

- Nous sommes dans le vaisseau de Grievous, en orbite autour de Coruscant en plein milieu d'une bataille. J'espère bien que tu as un mauvais pressentiment.

La porte s'ouvrit et les deux Jedi pénétrèrent dans la grande salle circulaire. Au centre, le Chancelier était assis, les poignets liés au siège.

Anakin ne détacha pas ses yeux de Palpatine. Le vieil homme feignait cette situation de détresse à la perfection. Cette vision donnait la nausée au jeune Jedi. Il suivit Obi-Wan jusqu'à l'espace central, sur lequel se trouvait le siège qui retenait le Chancelier captif. L'envie de mettre fin aux jours de ce traitre était forte. Mais comment Anakin pourrait-il expliquer ce comportement ? Personne n'était encore au courant de la double identité de leur ennemi.

- Chancelier. Vous n'êtes pas blessé ? demanda Obi-Wan en se positionnant à côté de lui.

Anakin ne salua pas le vieil homme. Il se contenta de lui adresser un regard aussi neutre que possible. S'il croyait toujours avoir sa confiance, le détruire serait plus facile.

Le bruit de frottement de la porte métallique retentit une nouvelle fois et le Comte Dooku entra en silence dans la grande pièce. Il s'approcha lentement des Jedi, un sourire mauvais aux coins des lèvres.

- Dooku, murmura Anakin en se remémorant les événements de manière plus précise.

- Messieurs, vos sabres je vous prie, déclara le vieil homme en appuyant sur l'interrupteur de son arme.

Anakin releva le visage et se focalisa lui aussi sur le Comte. Il allait devoir se concentrer s'il voulait le vaincre. Théoriquement, le jeune homme venait de passer les vingt dernières années enfermé sous un casque limitant partiellement sa vision et privé de ses quatre membres. Il n'était plus aussi doué au combat au sabre qu'à l'époque. Son corps était en pleine forme, mais il avait perdu l'habitude de s'en servir.

- Cette fois, nous l'attaquerons ensemble, déclara Obi-Wan en laissant tomber sa cape sur le sol.

Anakin ne répondit pas. Il se contenta de sourire en ouvrant et fermant sa main mécanique. Il s'agissait d'un douloureux rappel de sa dernière confrontation avec le Comte Dooku. Cependant, avoir un membre robotique était plus supportable que d'en avoir quatre.

Obi-Wan enclencha la lame de son sabre laser et le positionna devant son adversaire pour parer une attaque. Anakin en fit immédiatement de même et ne perdit pas une seconde pour assister son ancien Maitre dans le combat. Le Comte était un opposant de taille, mais il n'était pas très rapide. Heureusement, Obi-Wan était également présent et Anakin n'avait pas à lui faire face seul.

- Où est l'orgueil et la fierté pour lesquels tu es si réputé, jeune Skywalker ? demanda le Comte d'un ton moqueur.

Dooku leva le bras et fit voler Obi-Wan jusqu'à un mur, contre lequel il s'écrasa.

- Je ne vois que de la… peur, ajouta-t-il avec un certain étonnement. T'aurais-je effrayé lors de notre dernière rencontre ?

Anakin se contenta de parer les attaques de son assaillant. Il devait rester focaliser sur ce qu'il avait à faire s'il voulait s'en sortir indemne. L'ancien lui aurait répondu de manière cinglante, mais il n'avait plus l'habitude d'allier sa légendaire répartie et de manier le sabre en même temps.

Obi-Wan se releva et rejoint le combat en courant. Alors qu'il s'apprêtait à porter une attaque fatale à Dooku, ce dernier réussit à envoyer Anakin contre un mur et à parer le coup d'Obi-Wan. C'est alors que le jeune homme se souvint de manière plus précise des événements. Son Maitre avait été blessé lors de cet affrontement. Il avait terminé le combat tout seul.

Il ne put que observer avec impuissance son ami se faire écraser par la plate-forme sur laquelle ils se trouvaient. Dooku était puissant. Bien plus puissant qu'Anakin ne s'en souvenait. Voir son meilleur ami se faire si facilement repousser déclencha une vague de colère chez Anakin qui se releva d'un bond, donna un violent coup de pied dans le buste de son adversaire et le fit trébucher de la plate-forme. Il ne s'arrêta pas là et sauta pour poursuivre le combat.

Son sabre devint plus rapide, ses attaques plus précises. Sa colère, combinée à son désir de mettre fin aux règnes des Sith, lui permit de reprendre le dessus.

- Je sens de la peur en toi, Skywalker. Tu as de la haine, tu as de la colère… et tu sais t'en servir, déclara Dooku, quelque peu déboussolé par ce constat.

Le vieil homme recula devant l'intensité des attaques d'Anakin. Ce dernier réussit à le repousser jusqu'au siège sur lequel le Chancelier était attaché. Dans un dernier élan, Dooku tenta une attaque audacieuse en se retournant pour attaquer Anakin sur son flanc gauche. Ce dernier para le coup de sabre et trancha les deux bras de son assaillant.

Le Comte tomba à genoux et regarda avec horreur ses bras mutilés. Anakin recula d'un pas, le souffle court. C'était ainsi que leur affrontement s'était achevé la dernière fois. Tous les souvenirs de ce jour lui revinrent en mémoire. Alors, il se retourna pour regarder le Chancelier qui avait observé toute la scène avec sournoiserie.

- Très bien Anakin. Tu l'as vaincu. Tue-le maintenant, déclara-t-il en souriant.

Le Côté Obscur irradiait de cet homme d'une manière si intense. Comment les Jedi avaient-ils pu passer à côté pendant si longtemps ? Anakin regarda celui qui avait un jour été son ami avec dégoût. Il était maintenant temps d'agir. Il n'aurait plus jamais une occasion pareille. S'il le tuait, il mettrait fin aux règnes des Sith. Padmé serait en sécurité, il serait à l'abri du Côté Obscur et personne ne pourrait faire de mal à ses enfants. Sa discussion avec Leia lui revint alors en mémoire. Elle avait déclaré qu'un grand pouvoir était futile s'il ne permettait pas de corriger les erreurs passées. Anakin avait maintenant la chance de pouvoir mettre un terme à tout cela.

Le jeune homme inspira lentement pour se calmer et avança vers Dooku. Il était désarmé et vaincu, mais il ne pouvait le laisser vivre. S'il tuait le Chancelier, il ne fallait laisser aucun témoin.

Le Comte dévisagea Anakin avec horreur. Il avait bien changé depuis leur dernière rencontre. L'agressivité du combat qu'ils venaient de mener était peu commune, surtout pour un Jedi. Quelque chose émanait du jeune Skywalker. Quelque chose de très sombre.

Anakin trancha la tête de son adversaire d'un coup vif et ferma les yeux en soupirant. Il n'avait pas voulu faire cela, mais quel autre choix avait-il ?

- Tu as pris la bonne décision. Il était trop dangereux pour qu'on le laisse en vie, déclara le Chancelier, toujours attaché à son siège.

Anakin se retourna et regarda le vieil homme d'un regard noir. Il se trouvait particulièrement idiot d'avoir un jour cru cet homme. Il n'avait fait que lui mentir et, aujourd'hui, il allait payer pour ce qu'il avait fait.

- Je suis en effet d'avis que certaines personnes sont trop dangereuses pour vivre, déclara-t-il en avançant de quelques pas.

Le regard de Palpatine changea brusquement, passant de la confiance à la crainte. Il commença à comprendre que quelque chose en Anakin était différent.

- Détache-moi maintenant, demanda-t-il d'une voix hésitante.

Anakin secoua la tête en souriant sombrement. Il se rapprocha jusqu'à ce qu'il se positionne devant le seigneur Sith, leva légèrement la main et la serra, faisant appel à la Force pour étrangler son ennemi. Le vieil homme commença alors à suffoquer.

- Ça, c'est pour tous les Jedi qui ont perdu la vie par votre faute. Pour les innocents qui ont péri pendant la guerre, pour tous les soldats qui sont tombés au front, déclara-t-il d'une voix sinistre.

Palpatine se sentit décoller légèrement de son siège. Ses attaches n'avaient pas été défaites et la douleur dans ses bras commençait à devenir insoutenable. Finalement, les bandes magnétiques lâchèrent et il sentit son corps se soulever pour flotter dans les airs, toujours tenu à la gorge. Soudain, son corps se fléchit en arrière et il sentit qu'Anakin usait non seulement de la Force pour l'étrangler mais aussi pour faire pression sur toute sa colonne vertébrale.

- Ça, c'est pour Padmé, déclara-t-il avec une rage peu commune. Pour mes enfants et pour tout ce que vous m'avez enlevé.

Palpatine sentit ses os se briser mais fut incapable de hurler. Il sentait la vie lentement quitter son corps, incapable de se défendre.

- Et ça… ça, c'est pour moi, déclara une dernière fois Anakin en transperçant le corps du vieil homme avec la lame de son sabre.

Le jeune homme relâcha son emprise et laissa tomber le corps du Chancelier sur le sol. Alors, il comprit qu'il venait de faire quelque chose d'horrible. La vision des deux corps inanimés sur le sol lui donna le tournis. Il fit quelques pas maladroit en arrière et ferma les yeux pour tenter de retrouver son calme. Sa respiration était haletante et il était complètement déboussolé.

- Qu'est-ce que j'ai fait, murmura-t-il, la voix emplie de peur.

Il se concentra sur sa respiration pour se calmer et décida de méditer une seconde sur ses actions. Il fallait mettre un terme au règne des Sith. En tuant ces deux individus, il en sauvait des millions d'autres. Non, ce qu'il venait de faire était nécessaire. Mais il n'avait pas simplement tué le Chancelier. Il l'avait fait souffrir. Etait-ce réellement indispensable?

Un bruit de tir violent le sortit de ses pensés. Il s'était tellement concentré sur le combat qu'il en avait presque oublié l'endroit où il se trouvait. Le vaisseau était attaqué de toute part et il ne faudrait pas longtemps avant qu'il ne s'écrase. Il fallait fuir cet endroit, et vite.

Anakin fit demi tour et couru jusqu'à Obi-Wan pour lui porter secours. Son vieil ami était à inconscient, il avait pris un mauvais coup sur la tête.

- Est-ce que ça va ? demanda-t-il en lui soulevant la tête.

Obi-Wan ouvrit péniblement les yeux et regarda autour de lui.

- Le Chancelier ?

- Il est… je veux dire, je n'ai pas pu le sauver, répondit maladroitement le jeune homme.

Le cœur d'Obi-Wan fit un bond dans sa poitrine. Il se releva avec l'aide d'Anakin et constata que Dooku était mort, lui aussi.

- Que s'est-il passé ?

- Le Comte a attaqué le Chancelier. Je n'ai pas réussi à le vaincre à temps, il a…

Obi-Wan observa son vieil ami avec insistance. Anakin semblait complètement perdu.

- Ça va aller ? demanda-t-il en faisant preuve d'empathie. Tu l'as toujours considéré comme un ami.

Le jeune homme comprit alors qu'Obi-Wan avait mal interprété son attitude. Il n'était pas triste d'avoir perdu Palpatine, seulement terrifié par ce qu'il venait de faire. Ce malentendu jouait cependant en sa faveur. Il rendait ses explications d'autant plus crédibles.

- Dooku a payé pour ce qu'il a fait, répondit-il en passant le bras d'Obi-Wan derrière son dos pour l'aider à marcher. Pour le moment, nous devons penser à sauver nos vies et quitter cet endroit au plus vite, déclara-t-il en marchant en direction des escaliers.

Les droïdes responsables du poste de pilotage étaient débordés. Tous les voyants lumineux d'alarme étaient enclenchés et plusieurs parties de leur transport étaient déjà perdues.

Grievous se tenait au centre de la pièce. Il observait ses troupes avec exaspération tout en maudissant leur inefficacité. Un petit droïde s'approcha de lui pour faire son rapport.

- Monsieur, on signale deux Jedi au niveau du pont principal, déclara-t-il de sa voix électronique.

- Ils sont là pour le Chancelier ! répondit le Général en serrant son poing métallique.

- Oui, justement, à ce propos… le… le Chancelier est mort. Tout comme le Comte Dooku, répondit le petit droïde d'une voix pleine d'hésitation.

- Quoi ? Comment est-ce possible ?!

Grievous était pris au dépourvu, il ne savait comment réagir. Leur prisonnier était précieux aux yeux de la République et il ne savait pas quelle raison avait poussé Dooku à l'exécuter.

- Que s'est-il passé ? cria-t-il encore une fois.

- Nous n'en savons rien. Les caméras ont été désactivées du poste de commandement, sur ordre du Comte Dooku.

- Quel imbécile, répondit Grievous en se dirigeant vers le panneau central de commande du vaisseau. Ce vieux fou n'aura fait que m'attirer des ennuis jusqu'à son dernier souffle.

- Heu… monsieur ? Que faites-vous ?

Le Général poussa violemment le droïde installé devant le panneau de commande et pianota de nouvelles instructions sur la console.

- Je valide de nouvelles coordonnées de destination, déclara-t-il en se retournant vers les droïdes.

- Où allons-nous maintenant ? demanda l'un d'entre eux.

- Sur Coruscant. Nous fonçons sur Coruscant, à pleine vitesse. Je conseille à tous ceux qui ne désirent pas finir en poussière de quitter le vaisseau rapidement.

Les droïdes poussèrent une série de cris horrifiés, mais leur Général ne s'en soucia guère. Il quitta le poste de commandement pour se rendre aux capsules d'évacuation, s'installa dans l'une d'entre elle, et abandonna son vaisseau. Tandis que son petit transport de secours s'éloignait, Grievous méditait sur la situation. Son supérieur direct était mort. Il ne resterait donc plus que lui et Darth Sidious. Il devait établir une connexion au plus vite pour savoir quelle serait leur prochaine action.

Anakin et Obi-Wan arrivèrent au hangar des vaisseaux, là où ils avaient laissé l'épave des chasseurs dans lesquels ils étaient arrivés. Ils avaient espoir de trouver d'autres chasseurs encore en état de voler pour fuir les lieux.

- R2, fais l'inventaire des vaisseaux disponibles, ordonna Obi-Wan.

Le petit droïde émit une série de sons pour approuver cette demande. Il se connecta à l'ordinateur central du vaisseau grâce à son bras mécanique et fit une recherche des chasseurs.

Anakin observa le petit droïde avec nostalgie. Il se demanda ce qui était advenu de lui. Il ne l'avait jamais revu après les événements de Mustafar, vingt ans plus tôt.

- Comment ça le vaisseau s'écrase ? demanda Obi-Wan d'un air horrifié.

R2-D2 émit une nouvelle série de sons. Ces derniers relevaient plutôt de la panique.

- L'ordinateur central est programmé pour s'écraser sur le Sénat, déclara Obi-Wan en soupirant. Il faut nous rendre dans le poste de commande et reprendre le pilotage manuel du vaisseau.

- Facile à dire, répondit Anakin en soupirant.

- J'imagine que cela ne représente rien de trop compliqué pour toi.

- Je devrais pouvoir arranger ça, reprit Anakin, un sourire au coin des lèvres.

Tous les deux se dirigèrent au pas de course vers la centrale de commande. Les droïdes étaient pris de panique, courant en tout sens dans le vaisseau. Sans ordres, ils étaient perdus et n'étaient plus d'aucune efficacité. Quelques-uns posèrent problème, mais le sabre laser d'Obi-Wan se chargea efficacement d'annihiler toute résistance.

Anakin s'installa sur le siège central du poste de pilotage. Il inspecta les panneaux de contrôle et fut pris d'une vague de panique lorsqu'il se remémora qu'il venait du futur. Ce type de commande était ancien ! Tout cela n'existait plus et les vaisseaux créés par l'Empire avaient des standards complètement différents. Il n'avait pas touché à ce genre de technologie depuis bien longtemps.

- Tu peux piloter cet engin ? demanda Obi-Wan en s'installant sur le siège du copilote.

- Vous voulez dire : est-ce que je peux faire atterrir ce qu'il en reste ? J'ai peur que les compétences du pilote ne soient pas suffisantes cette fois, répondit le jeune homme avec appréhension.

Anakin inspira lentement et se concentra. Cela n'avait rien de bien compliqué. S'il pouvait piloter des vaisseaux modernes et complexes, il pouvait également le faire sur des modèles anciens.

- Déplier les volets et mettez les propulseurs en marche arrière, déclara-t-il tandis qu'il validait le changement de pilotage pour le configurer en manuel.

- Marche arrière ?! s'exclama Obi-Wan avec stupeur. Tu es complètement cinglé, cela va les faire sauter à une vitesse pareille !

Un grand bruit d'explosion et un violent tremblement indiquèrent aux deux Jedi que le vaisseau venait de se fendre en deux. Anakin se souvint alors que, la dernière fois, le vaisseau avait explosé avant leur atterrissage. Changer l'orientation des moteurs ne leur serait d'aucune aide puisque ces derniers flottaient désormais librement en orbite autour de la planète.

- Je crois qu'on a perdu un morceau, déclara-t-il d'un ton sceptique.

- Ne nous inquiétons pas pour le moment, il nous en reste toujours une bonne moitié. Voyons cependant le bon côté des choses, cela résout la question des propulseurs.

Anakin leva les yeux au ciel et secoua lentement la tête. Malgré le danger de la situation la répartie de son vieil ami le faisait toujours sourire. Le jeune homme reprit les commandes et se concentra à nouveau sur ce qu'il avait à faire. Le vaisseau avançait à une vitesse fulgurante et la traversé de l'atmosphère n'arrangea pas la situation. De petits chasseurs républicains encerclèrent l'appareil et déployèrent leur lance à eau pour amoindrir les dégâts de l'incendie.

- Nous allons nous écraser dans quelques secondes, déclara Obi-Wan en se penchant pour évaluer la distance qui les séparait du sol.

- Nous écraser? demanda Anakin avec ironie. C'est un atterrissage ! J'aimerais voir un peu d'optimisme ici.

Le vaisseau percuta le sol avec violence et griffa la piste métallique sur une centaine de mètres avant de finalement se stabiliser.

Les deux Jedi poussèrent un long soupire de soulagement et se regardèrent avec un sourire de contentement. Obi-Wan se leva et se dirigea vers la sortie la plus proche. Un transport ne tarderait pas à venir les récupérer. Il était heureux d'être en vie, mais il ne pouvait chasser l'appréhension de son esprit. Le Chancelier était mort et leur mission était un échec. Il ne savait pas comment cette nouvelle allait affecter la suite de la guerre, mais il craignait le pire.

Anakin suivit son ancien Maitre jusqu'au Temple Jedi sans dire un mot. Il se souvenait parfaitement de la manière dont les événements avaient eu lieu la dernière fois. Ils avaient sauvé le Chancelier et étaient rentrés en héros à la Capitale. Cette fois-ci, les choses s'étaient passées différemment. Il ne fallait donc pas s'attendre à recevoir un accueil semblable. Passer à côté de cette gloire ne dérangeait pas Anakin. La mort du Chancelier, le seigneur des Sith, était nécessaire. Il avait rendu un grand service à la Galaxie, même si personne ne le savait. A présent, il ferait face aux conséquences de cet acte. Son explication était simple et plausible : le Comte Dooku avait tué le chef politique et Anakin n'avait pas réussi à l'en empêcher. Le jeune homme ne craignait pas trop les répercussions sur la suite de la guerre. En tuant Palpatine et Dooku, il avait mis fin aux jours des leaders des deux camps. Il ne restait plus qu'à trouver Grievous et les Séparatistes seraient complètement démunis.

En ce qui concernait la République, tout semblait se remettre en place sans problème et Anakin ne se faisait aucun souci. Ce qui le tracassait était d'ordre plus personnel. Padmé. Non seulement elle était vivante, mais en plus de ça, elle était proche. Très proche. Cette sensation était enivrante mais également troublante. Anakin ne l'avait pas revue depuis plus de vingt ans. Pas depuis qu'il l'avait… tuée.

- Nous devons faire notre rapport au Conseil. Je me demande comment la population va réagir à l'annonce de la mort du Chancelier. Les Jedi vont surement devoir prendre des mesures provisoires de sécurité. Je crains des émeutes et, sans chef politique, il ne sera pas facile de les contenir.

Anakin ne prêta guère attention aux paroles de son vieil ami. Il observait le grand bâtiment du Sénat par la fenêtre. Padmé était probablement là-bas. La dernière fois, elle l'avait rejoint dès son arrivée à la capitale. Cette fois-ci, elle ne pouvait pas savoir où il se trouvait. Il allait donc falloir trouver un autre moyen de se réunir.

Cette perspective était fascinante et terrifiante en même temps. Jamais Anakin n'aurait cru avoir la chance de pouvoir retourner en arrière pour changer le cours des choses. Cette chance lui était donnée et il n'avait pas encore eu le temps de réfléchir à ce qu'il allait faire. Pourrait-il seulement rester dans cette époque jusqu'à la fin de sa vie ou était-il seulement ici pour remplir une mission ? Il s'était retrouvé propulsé dans le passé de manière si soudaine qu'il n'avait pas encore eu le temps de penser à ce qui était en train de lui arriver. Pour le moment, Padmé prenait toute la place dans son esprit. Il devait la revoir et il ressentait un besoin fulgurant d'entendre sa voix à nouveau.

- Est-ce que tu m'écoutes ? demanda Obi-Wan en croisant les bras.

- Pardon, je…

Anakin secoua lentement le visage et se frotta les yeux. Il était extenué et son esprit était entièrement tourné vers Padmé. Il n'avait pas ressenti une telle impatience depuis bien longtemps. Probablement depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. La situation était trop troublante pour qu'il se focalise sur quoi que ce soit d'autre pour le moment.

- Je vais aller faire notre rapport au Conseil. Tu m'as l'air à bout de nerf. Prends du temps pour te reposer, nous reparlerons demain matin.

- Vous êtes sur ?

- Ce n'est qu'un rapport de mission. Par ailleurs, le Chancelier était un ami cher à tes yeux. Je suis certain que sa perte t'affecte beaucoup.

Si Anakin avait été moins fatigué, il aurait eu de la peine à réprimer un sourire sarcastique.

Obi-Wan s'éloigna en direction de la chambre du Conseil et laissa son ancien apprenti seul dans les couloirs du Temple. Anakin ne perdit pas une seconde et se dirigea immédiatement vers le hangar à vaisseaux.

Le temps altérait la mémoire et effaçait les souvenirs. Cependant, il y a certains lieux et événements que même le temps ne peut voler. L'appartement de Padmé au 500 Republica était exactement tel qu'Anakin s'en souvenait. Le jeune homme n'avait également pas oublié les codes d'accès de la porte principale. Comment aurait-il pu ? C'est lui qui s'était chargé de les programmer, et il avait utilisé leur date de mariage comme combinaison d'entrée.

Anakin posa sa main contre le sofa, au centre de la pièce, et sentit immédiatement la présence de sa femme. Elle irradiait de partout et cette sensation était si puissante qu'elle aveugla le jeune homme à tout le reste. Il ne s'était pas senti aussi apaisé depuis des décennies.

- Maitre Anakin ! s'exclama la voix du droïde protocolaire C3PO. Dame Padmé n'est pas encore rentrée. Elle ne sera pas là avant au moins une heure.

- Ce n'est pas grave, j'attendrai, répondit le jeune homme en souriant.

Anakin se souvint qu'il avait offert ce droïde à Padmé après leur mariage. Il gardait les lieux et prenait son rôle très à cœur.

- Désirez-vous quelque chose à boire en attendant ?

- A vrai dire, je ne suis pas contre.

Anakin se demanda à quand remontait son dernier repas. Ce bond dans le passé avait complètement altéré sa notion du temps. Depuis quand n'avait-il pas dormi ? Ces questions n'occupèrent son esprit qu'une seconde et furent vite remplacées par l'appréhension de revoir Padmé.

Le jeune homme fit un léger mouvement du bras qui ordonna à la Force de déclencher la commande qui contrôlait la vitre du balcon. Il avait besoin d'air frais. Accoudé à la rambarde, il se focalisa sur la ville qui s'étendait face à lui à perte de vue. Le soleil ne tarderait pas à se coucher et les buildings de duracier commençaient déjà à refléter les rayons orangers qui annonçaient la fin de la journée.

Tout au long de sa vie, Coruscant était restée la même. Ses yeux avaient simplement perdu la capacité de voir les choses telles qu'elles étaient vraiment. Le dispositif de survie qu'il avait du porter l'avait empêché de voir la beauté de tout ce qui l'entourait. Le dernier souvenir de son ancienne vie le fit néanmoins sourire. Luke. Il lui avait demandé de retirer son masque pour le regarder de ses propres yeux.

- Tu es rentré !

Anakin se retourna et n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait. La mince silhouette de sa femme se jeta dans ses bras et s'agrippa à son cou. Padmé poussa un long soupire de soulagement avant de se décoller légèrement pour embrasser son mari.

- Tu m'as manqué, murmura-t-il, les yeux fermés.

- La rumeur disait que tu avais été tué, déclara la jeune femme avec horreur.

Oh, si tu savais, pensa Anakin en souriant. Il s'éloigna très légèrement pour la regarder dans les yeux. Son visage était très exactement tel qu'il s'en souvenait. Elle était magnifique et son sourire était radieux. Padmé rayonnait d'une manière que seule la présence d'Anakin à ses côtés pouvait permettre.

- Je ne te dis pas assez souvent que je t'aime, murmura-t-il, en admiration devant sa femme.

- Je suis certaine que nous avons des tas de choses à nous dire, déclara-t-elle avec un sourire aux coins des lèvres.

Anakin ne répondit pas et se contenta de serrer Padmé contre lui. Il ne savait pas ce qu'il avait fait pour mériter cette deuxième chance, mais il savait que rien n'aurait pu le combler plus que de retrouver celle qu'il aimait.

Padmé frémissait entre ses bras. Le jeune homme se souvint alors de la raison de son anxiété. Il allait devoir feindre l'ignorance devant sa déclaration. Elle était enceinte, mais il n'était pas censé le savoir.

- Tu trembles, déclara-t-il sans la relâcher de son emprise.

- Anakin, il faut qu'on parle.

Et je crois savoir de quoi, pensa-t-il en souriant.


Merci à tous pour ce super accueil! Je suis contente que cette nouvelle fiction vous plaise :) Vos reviews me font toujours hyper plaisir. Je ne sais pas trop comment répondre par ce site... ensuite ça fait des messages privés et je passe toujours à côté. Par contre, je réponds à tout le monde à travers le blog: .com

A bientôt pour la suite!