Salut tout le monde! Comment allez-vous? :D Tout d'abord je tenais à m'excuser de ne pas avoir répondu plus tôt à tous vos adorables messages/reviews et autres (les cours m'accaparent beaucoup trop) -_-
Midia-du-scorpio: Salut! Je suis vraiment super contente qu'il te plaise autant! C'est un brave garçon ce petit :D Pour ce qui est du reste, je te laisse avec ce chapitre qui répondra à ta question :') Merci pour ta review et à bientôt!
Sur ce, je ne vous retiens plus!
Enjoy!
Six mois plus tard…
-Quand je pense que ce petit con a essayé de nous suivre quand on est partis au Danemark, je le crois pas. Regarde-le, même s'il y allait maintenant il se ferait défoncer!
Ricana Kardia sans quitter l'arène d'entraînement du regard, battant un rythme invisible du pied. Sur le sable, le jeune garçon aux cheveux blancs affrontait son adversaire, un grand garçon qui semblait bien plus concentré que lui. Mikhail poussa un grognement rageur et se jeta en avant avant de frapper, de toutes ses forces, avec toute la puissance de son cosmos enfin maitrisé.
Dégel haussa les épaules:
-Ca ne m'avait même pas étonné, il est tellement impulsif que le contraire m'aurait plutôt surpris.
Kardia grommela une vague réplique mais ne tenta rien de plus, concentré sur l'échange des deux garçons. Les bras levés au dessus du visage pour se protéger du coup, le grand garçon aux cheveux rouges recula de plusieurs pas en grimaçant légèrement avant de se remettre immédiatement en mouvement, manquant presque de déraper sur le sable.
Dégel hocha lentement la tête, impressionné par les efforts des deux garçons. Alors que le cosmos de Mikhail paraissait enfin maitrisé, la condition physique de Liam semblait véritablement décuplée. Et, surprise générale, alors que tout le monde aurait cru que Mikhail resterait toujours le plus grand des deux, le Russe n'avait pris qu'un ou deux centimètres sur les six mois, laissant Liam le dépasser largement avec ses vingt centimètres de plus. Lui qui avait toujours été le plus petit et le plus discret des deux, voilà qu'il était l'un des apprentis les plus grand pour son âge, le faisant toujours dénoter lorsqu'ils étaient réunis en groupe au vu de sa taille. Pour lui et son envie de ne pas attirer l'attention, c'était un véritable comble!*
Liam s'accroupit vivement et fit glisser sa jambe sur le côté, visant machinalement les pieds de son adversaire, déterminé à le faire trébucher. Mais, plus vif encore, un léger sourire mauvais sur les lèvres, Mikhail bondit. Tellement vite que le jeune garçon aux cheveux rouges n'eut pas le temps de réagir quand son compagnon atterrit droit sur ses épaules, les mains en premier. Tellement vite qu'il comprit son erreur trop tard. Le dos arqué à l'extrême, les pieds du Russe touchèrent enfin le sable, lui donnant la force nécéssaire pour se redresser et projeter Liam à l'autre bout de l'arène. Accroupi sur le sable, le front perlant de sueur suite à l'effort, Mikhail plissa les yeux sans parvenir à cesser de sourire. Au milieu du nuage de poussière qui s'élevait au bas des gradins, la haute silhouette de Liam se redressa lentement, haletant et les sourcils froncés, concentré.
Kardia ne put s'empêcher de souffler:
-Maintenant.
Comme s'il l'avait entendu, Mikhail se jeta en avant, le poing serré, et frappa sans se départir de son sourire victorieux. Mais le mouvement de Liam avait été plus rapide encore. Depuis sa position de garde, il se servit de sa main droite pour faire littéralement glisser le poing de Mikhail le long de son bras, dévoilant une faille impossible à manquer. Le Russe écarquilla les yeux, sans parvenir à quitter ceux, brillants, de Liam. La main gauche tendue droit sur le flanc de son adversaire proclamait clairement la victoire du plus grand. Mais comme Kardia poussait un « Mais putain Mikhail, c'est pas vrai ça! » agacé Dégel secoua la tête:
-Regarde mieux.
La main gauche tendue comme une lame, posée sur la gorge découverte et offerte de Liam, arrêtée in extremis, Mikhail n'était pas perdant. Du moins, pas entièrement. Se regardant droit dans le blanc des yeux, haletants et tendus comme si le combat n'était pas terminé, les deux garçons restèrent absolument immobiles tant que le sifflement ravi de Kardia ne résonna pas dans les gradins:
-Magnifique les gars, ça c'était du duel!
Enfin, les deux garçons se détendirent manifestement et se reculèrent d'un pas chacun, les épaules soulevées par une respiration haletante. Ils échangèrent un regard satisfait et s'adressèrent un mouvement respectueux de la tête. Toujours souriant, Mikhail passa une main sur son front avant de saisir fraternellement la main de Liam:
-Beau combat!
Le grand garçon (bon sang, Dégel ne s'y ferait jamais) esquissa un sourire timide mais franc:
-Merci, toi aussi.
-Comme quoi ta taille ne fait pas que t'avantager!
-Puisque je te dis que la taille n'a rien à voir avec ça…
Soupira Liam, faussement épuisé par les remarques répétitives de son compagnon. Un sourire moqueur et un poil râleur sur les lèvres, Mikhail le gratifia d'un léger coup de coude dans les côtes:
-Quand je pense que j'étais plus grand que toi, sale tricheur!
-Désolé.
Ils attrapèrent leurs serviettes et s'avancèrent en papotant vers Kardia qui descendait dans l'arène pour leur donner d'ultimes conseils, un large sourire satisfait sur les lèvres:
-Comme quoi, on a réussi à en faire des apprentis de talent!
-Tu en doutais?
-Avec les deux meilleurs Chevaliers du Sanctuaire comme maîtres? Pas une seconde!
Dégel leva les yeux au ciel en secouant légèrement la tête: décidément, Kardia était et resterait incorrigible jusqu'au bout. Mais en même temps, il n'avait pas tort: ils avaient fait d'énormes progrès, c'était évident. Même Manigoldo hochait la tête en jetant de petits coups d'oeil de temps en temps vers les apprentis de ses amis, une moue sincèrement appréciative** sur le visage. A l'autre bout de l'arène, quoiqu'à un niveau encore moindre pour l'instant, Vincent et Edwyn enchainaient simultanément des exercices et des mouvements de combats, se concentrant du mieux qu'ils pouvaient pour contenter les attentes et espérances du Cancer, ce qu'ils faisaient depuis déjà un an au fond. Et les progrès étaient notables!
Quoiqu'encore fort chétif et encore incapable de parler, Edwyn se débrouillait plutôt bien au vu de ses expériences passées et des cicatrices qu'il ne perdrait jamais. A moins que cela ne l'avantage? Son cosmos se développait paisiblement et harmonieusement, et ses capacités physiques semblaient sans limites, comme s'il ne s'épuisait jamais. Mais tous savaient qu'il fallait absolument lui imposer un « stop », sans quoi il risquerait d'atteindre et, pire encore, de dépasser ses limites et d'en mourir. Si bien qu'il était absolument impensable de le laisser s'entrainer seul et sans la surveillance express de Manigoldo ou, exceptionnellement, si son emploi du temps le lui permettait, Albafica. Contrairement à ce que Kardia avait pensé (et il n'avait absolument pas manqué de le faire savoir), le Poisson avait pris l'entraînement d'Edwyn très au sérieux, allant même jusqu'à parler une fois ou deux à Manigoldo de donner un peu de son sang au garçon, signe qu'il l'estimait presque digne de porter une armure d'or… Voire peut-être même la sienne… Mais bon, cela restait entièrement hypothétique!
Le souffle légèrement court, Vincent se débrouillait du mieux qu'il pouvait. Sa confiance en lui s'améliorait petit à petit, mais il restait néanmoins très timide et encore assez méfiant, voire même craintif, peut-être trop, envers son cosmos qu'il maitrisait pourtant de mieux en mieux. Malgré le temps qui avait passé et les paroles si rassurantes des esprits, un an auparavant, il ne parvenait pas à croire entièrement en sa propre force, encore incertain de son talent… Sans doute que les nuits peuplées de cauchemars ne devaient pas l'aider à évoluer aussi harmonieusement que les autres apprentis. Mais en tout cas, il faisait autant d'efforts que possible pour satisfaire Manigoldo, et c'était tout ce que le Cancer attendait de lui, du moins pour l'instant. A vrai dire, ils avaient tous les deux bien progressé, mieux que les quatre Ors auraient pu espérer. Et chez aucun des deux, la noirceur n'avait pris le dessus.
En se rappelant de l'état dans lequel se trouvait Vincent quand ils l'avaient trouvé, désespéré et anéanti par un deuil qu'il n'avait jamais pu faire complètement avant ce jour, Dégel serra les dents et leva machinalement la tête vers le treizième temple. Là où, malgré la perte de nombreux Chevaliers (six ou sept Argents et deux Bronzes), Sasha, (non, Athéna) restait plus digne qu'il ne l'aurait jamais imaginé. Malgré lui, le Verseau se sentait touché par la détresse dissimulée de leur jeune Déesse… D'après Shion et Dohko, une fois revenus d'un échec cuisant visant à attaquer l'endroit où se terrait Hadès, Sasha avait à peine manifesté sa souffrance en entendant que Tenma, son meilleur ami, son ami d'enfance, peut-être même un être encore plus cher à son coeur, avait perdu la vie lors de l'affrontement… Et que le réceptacle du Dieu de la Mort n'était autre que son propre frère aîné…
Dégel se pinça l'arête du nez: décidément, le destin était incroyablement capricieux, mêlant une famille entière à cette Guerre, faisant s'affronter meilleurs amis, frères et soeurs,… Et ce jusqu'à la mort… En effet, lors de cette expédition, Yato, le jeune garçon qu'ils avaient ramené déjà tant d'années auparavant, avait péri lui aussi… Et quoiqu'anéantie par la mort de son ami de toujours, la Déesse avait tenu à tenir une cérémonie funéraire pour tous les Chevaliers, les premiers, tombés au combat, sans traitement de faveur, sans montrer son chagrin.
Mais quand Kardia s'était avancé à la fin de la cérémonie, quand il avait posé la main sur l'épaule encore si frêle de la jeune fille, Sasha avait frissonné et soufflé:
-Est-ce que ça fait toujours aussi mal?
Le Scorpion n'avait pas eu la force de répondre, se contentant de soupirer, incapable de trouver les mots qu'elle devait attendre… Incapable de lui mentir et de lui dire que Tenma était peut-être encore en vie, quelque part… Un léger hoquet avait secoué Sasha et elle s'était retournée, les yeux larmoyants et la lèvre mordue jusqu'au sang:
-J'ai l'impression que mon coeur va exploser…
Elle avait écarquillé des yeux surpris quand Kardia l'avait simplement serrée contre lui, pas trop fort de peur de briser cette jeune fille si fragile et pourtant si forte. Le corps parcouru de frissons, Sasha s'était fait violence et n'avait versé qu'une seule larme au début:
-J'ai tellement mal…
Et quand le Scorpion avait simplement posé une main rassurante sur le haut de sa tête, la jeune Déesse avait éclaté en sanglots silencieux, se retenant du mieux qu'elle pouvait. Elle devait être forte, rester digne pour eux, pour les soutenir et les guider vers la victoire. Mais… Mais au fond…
-Pleure, princesse: y'a pas de honte à ça. (Il avait jeté un léger regard sombre vers Dégel, mêlé de nuages qui étaient apparus quand le coeur de Sasha avait flanché) Même les Dieux pleurent.
Suivant distraitement les pensées de son frère d'armes, Kardia poussa un soupir malgré lui: il le savait, il l'avait senti dès qu'il l'avait vu que ce Tenma briserait le coeur de Sasha… Mais s'il s'était attendu à ce que ce soit de cette manière… Il aurait encore préféré que rien ne soit arrivé, que Dohko n'ait jamais ramené ce gamin, que Sasha, sa pauvre petite Sasha, ne soit jamais devenue Athéna, forcée de porter un destin si lourd sur ses épaules alors qu'elle avait à peine dépassé son quatorzième anniversaire… Pauvre gosse, pauvres gosses…
Même eux, Chevaliers d'Or, n'auraient pas droit à un traitement de faveur. La Guerre était désormais à leurs portes, et sans doute qu'ils ne passeraient pas l'année… Kardia s'empêcha de sourire: lui qui avait passé la majeure partie de sa vie à attendre que cette saloperie de Guerre ne commence, pendant un moment il avait presque eu envie que ces moments hors du temps ne cessent jamais, et qu'Hadès ne reste qu'une menace invisible et irréelle. La Guerre était à leurs portes, et il fallait qu'ils soient tous prêts.
Malgré lui, Kardia esquissa un sourire ravi: enfin, enfin cette saloperie de Guerre allait vraiment commencer. Enfin il allait pouvoir devenir sérieux et affronter de vrais Spectres, des ennemis de haut niveau.
Soudain, pile comme il pensait ça, tous les Chevaliers et apprentis présents dans l'arène se tournèrent comme un seul homme vers l'Ouest. Là où plusieurs cosmos négatifs venaient d'apparaître. Et comme les plus jeunes écarquillaient les yeux, Dégel serra les poings:
-Que tous les apprentis gagnent leurs baraquements et que tous les Chevaliers aillent à leur poste: le Sanctuaire est attaqué.
Après une seconde d'hésitation, tout le monde se mit en mouvement, comme lors des quelques exercices effectués lors de ces six derniers mois. Les trois Ors se dirigèrent rapidement vers leurs temples, et Kardia se tournait sans cesse vers l'origine de ces cosmos sombres en grognant:
-Putain j'en reviens pas qu'ils osent venir nous attaquer directement au Sanctuaire, ils manquent vraiment pas de culot ces salopards!
-Qu'ils viennent seulement, on les attend de pied ferme!
Renchérit Manigoldo en se craquant les doigts avant de s'arrêter à son propre temple, laissant Kardia et Dégel continuer seuls. Malgré lui, le Verseau avait senti son estomac se nouer quand il avait compris que les Spectres étaient à leurs portes, juste au bas du Sanctuaire, ou presque. Certes, les temple du Zodiaque étaient presque tous complets: hormis le troisième temple (toujours désespérément vide) et ceux de la Balance et des Poissons (Dohko et Albafica devaient être en route) tous les autres étaient déjà occupés par leurs gardiens, vêtus de leurs armures d'Or et sur le pied de guerre, les visages sérieux, prêts à défendre le Sanctuaire.
Mais étaient-ils vraiment prêts, au fond? Seraient-ils capables de repousser les nombreux Spectres qui se pressaient déjà non loin de Rodorio? Pourraient-ils protéger leur Déesse sans faillir? Et puis… Et puis, même s'ils y arrivaient, combien allaient tomber en empêchant ces Spectres de traverser leur temple? Combien ne se relèveraient plus jamais? Combien de frères d'armes allaient-ils perdre aujourd'hui? Le Verseau déglutit: et si… et si même Kardia ne survivait pas? Non, non c'était impossible, il ne pourrait pas le supporter, c'était hors de question. Et puis, preuve que cette question était stupide, Kardia allait vaincre les rares Spectres qui allaient parvenir à la huitième maison, il n'était pas le premier sur la liste.
Choqué par sa propre pensée et par son égoïsme, Dégel porta la main à ses yeux et soupira: il ne savait plus ce qu'il pensait, il délirait complètement à cause de cette situation qui les irritait et terrifiait (presque) tous. Il était pitoyable… Conscient de son trouble, Kardia posa une main rassurante et chaleureuse sur son épaule:
-Tout va bien se passer, on va les massacrer ces fils de…
-Est-ce que la vulgarité est nécéssaire, vraiment?
Soupira Dégel en s'arrêtant et lui jetant un regard presque désespéré. Kardia lui adressa un sourire amusé et posa la main sur sa joue, comme pour lui transmettre son courage, son assurance:
-T'en fais pas, mon Dégel, ça va aller. Compte sur moi pour te protéger, ces connards passeront pas mon temple. D'accord?
Le Verseau plongea dans le bleu si clair des yeux de Kardia, repéra cette légère lueur orangée au fond de l'océan et sut que le Scorpion était prêt. Qu'aucun Spectre ne le ferait tomber. Et pourtant, son coeur se serra dans sa poitrine quand il se permit de souffler:
-Je ne veux pas que tu me protèges, je veux que tu te protèges toi-même. Je t'interdis de mourir, est-ce que c'est clair?
Le Grec poussa un soupir rieur et lui pinça affectueusement la joue:
-Compte sur moi: j'ai pas le temps de mourir, j'ai encore un tas de choses à faire.
Malgré l'air assuré et le ton sûr de son frère d'armes, Dégel ne parvenait pas à se détendre, comme pris d'un mauvais pressentiment. Si bien qu'il ne sut jamais vraiment qui avait initié la chose, qui s'était serré contre l'autre en premier, qui s'était emparé des lèvres tant aimées, qui avait refermé les bras sur l'autre d'abord,… Au pied du huitième temple, ils se serrèrent l'un contre l'autre, de toutes leurs forces, allant jusqu'à manquer d'air. Mais aucun d'eux n'imaginait simplement se séparer sur un simple « à tantôt »: malgré l'assurance de Kardia, malgré les nombreux guerriers puissants qui gardaient le Sanctuaire, l'adrénaline et la crainte de perdre l'autre était trop forte. Il fallait profiter de ces dernières secondes de paix, de cet instant hors du temps avant de se préparer à mourir.
Dégel se recula le premier, le souffle légèrement court:
-Ne meurs pas.
-Pas aujourd'hui.***
Leurs doigts encore enlacés un instant, ils serrèrent la main de l'autre dans la leur avant que Dégel ne se détourne, les sourcils froncés. Déterminé. Un sourire franc sur les lèvres, Kardia le regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'il disparaisse, puis une teinte mauvaise se glissa sur son visage et il se tourna vers les temples plus bas, vers ces cosmos si sombres qui se rapprochaient inexorablement. Et un murmure lui échappa:
-Amenez-vous donc saloperies de Spectres.
Au même moment, Manigoldo, vêtu de son armure, inspira profondément avant de souffler: depuis l'arrivée de ces Spectres, un sentiment de malaise ne l'avait pas quitté. Sans doute était-ce lié au fait qu'Albafica, malgré l'ordre tacite, n'ait pas encore regagné son temple. Il secoua la tête: il n'allait pas tarder, il fallait juste lui laisser le temps de revenir de sa ronde. Tout allait bien. Ils étaient fin prêts et allaient battre ces connards dans problèmes.
Pas vrai?
Comme pour lui donner tort, un cosmos doré enfla non loin de là, à l'Ouest. Seul face à cette rangée de Spectres. Et même si plusieurs d'entre eux disparurent bien vite, les uns après les autres, ce fut comme s'il avait reçu un coup au coeur. Abasourdi, l'Italien devint livide et porta la main à sa poitrine, une goutte de sueur glacée roulant le long de sa colonne vertébrale:
-Albafica?…
$s$s$s$
Le visage aussi impassible que possible malgré son malaise croissant, Albafica regarda le chef de la troupe ennemie poser le premier pied sur les roses mortes à cause du parfum vénéneux de Niobé. A quelques mètres de lui, le Spectre au surplis verdâtre était affalé sur le sol. Un sous-fifre, aucun réel danger, même ce fameux venin dont il s'était honteusement vanté n'avait rien de bien méchant, au fond. Il l'avait absorbé en lui pour protéger le village de Rodorio et ses habitants, et avait réussi à s'en remettre bien vite. Aucune véritable difficulté.
Tout l'inverse de l'homme aux surpris noir et longs cheveux blancs qui se dressait maintenant devant lui. Il y avait quelque chose dans ses cruels yeux mauves, dans son sourire mauvais et dans son cosmos terrible qui l'inquiétait. Le faisait même douter un instant. Jamais il n'avait ressenti un tel sentiment de peur presque primitive qui gonflait dans son ventre. Le Poisson leva les yeux vers le Spectre et se répéta son identité mentalement en s'empêchant de grincer des dents.
Minos du Griffon, l'un des trois Juges des Enfers.
L'un des guerriers les plus puissants parmi les armées d'Hadès.
Et ils ne les avaient même pas sentis venir avant qu'ils ne soient déjà trop près. Sincèrement, Albafica sentait que trop de choses n'allaient pas, qu'ils n'avaient pas l'avantage et ne risqueraient pas de l'avoir rapidement.
Un large sourire sur les lèvres, sans doute pertinemment conscient du tumulte qui rugissait sous le crane de son adversaire, Minos s'exclama d'un air ravi:
-Magnifique.
Albafica se secoua mentalement: il ne devait pas s'en faire, il devait continuer de se méfier de cet homme tout en restant un minimum sûr de lui. Rien n'était jamais perdu d'avance, il suffisait d'y croire et de se donner au maximum. Il alla même jusqu'à esquisser un léger sourire:
-Je suis ravi que le spectacle t'ait plu, Minos du Griffon.
-Je l'ai adoré, et je tu vas devenir une merveilleuse marionnette, Albafica des Poissons. (Une légère lueur mauve engloba ses mains) Je serai ton prochain adversaire.
Il se contenta d'écarter un pied et un véritable tourbillon émana de son corps quand il s'écria, sans cesser de sourire:
-Gigantic Feather Flap!
Le champs de rose rouges fut parcouru d'un violent coup de vent et toutes les fleurs furent déracinées, l'attaque les envoyant valser en même temps que plusieurs morceaux de terres. Les bras levés devant le visage pour se protéger un minimum, Albafica fronça les sourcils, les pieds campés dans le sol, inquiet malgré tout:
-Quelle puissance! Il s'est débarrassé de toutes mes roses démoniaques avec une seule attaque! Je suis vraiment le dernier rempart entre ces Spectres et le village de Rodorio, je dois absolument tenir et ne pas le laisser passer. Il faut que je me méfie sinon il risque de me…
Un pan de terre passa devant ses yeux et il sursauta en reculant d'un pas malgré lui: le Spectre avait bougé. Tellement vite qu'il ne l'avait pas vu faire. Tellement vite que la distance de sécurité qu'il s'imposait toujours à avoir entre un ennemi et lui était largement dépassée. A quelques centimètres seulement de lui, Minos se dressait de toute sa hauteur, une lueur terrible éclairant ses yeux mauves:
-J'aurais très bien pu me passer de cet abruti de Niobé: tes chères roses n'ont jamais été un problème pour moi. (Puis, comme s'il lisait dans le regard légèrement inquiet d'Albafica, il souffla) Qu'y a-t-il? Tu ne te sens pas bien sans tes fleurs pour te protéger?
-Tu crois vraiment que je suis inoffensif sans mes roses démoniaques?
Minos poussa un soupir rieur et plissa les yeux:
-J'en oublierais presque que tu es toi-même une arme terrible. Mais on dirait bien que tu es la dernière petite rose de ce champs… (Il pouffa légèrement) Non, même pas une rose: une simple fleur sans défense…
A ces mots, Albafica serra les poings et se saisit rapidement d'une rose piranha, un léger sourire au coin des lèvres. Cet homme l'avait sous-estimé: en restant si près, il était à sa merci. Il avait sa chance! Il leva vivement le poing gauche et frappa, allant même jusqu'à toucher et faire tomber le casque si sombre du Spectre:
-Piranhan Rose!
Les roses noires jaillirent, se dirigeant à toute vitesse vers son ennemi qui… Souriait? Albafica comprit son erreur quand la lumière du jour se refléta un instant sur des sortes de fils qui sortaient des doigts de Minos. Quand son bras se recula contre sa volonté et quand il fut forcé de reculer de plusieurs pas. Quand il comprit que son corps ne lui obéissait plus malgré tous ses efforts:
-Cosmic Marionation!
Le corps tout entier du Juge fut enveloppé d'un énorme cosmos d'une noirceur incroyable et Albafica écarquilla des yeux horrifiés quand ses bras furent comme tirés en arrière, jusqu'au point de presque rupture:
-A partir de maintenant et jusqu'à ce que je me sois lassé de toi, tu ne pourras même plus bouger le petit doigt sans mon accord. (Minos lui jeta un regard gourmand et susurra sur le ton de la confidence) Tous ceux que mes fils touchent deviennent mes jouets, des marionnettes que je contrôle à ma guise. Et tu ne feras pas exception à la règle.
Albafica grinça des dents et lutta de toutes ses forces, essaya de se dégager, de se défaire de l'emprise de ces fils invisibles. Mais c'était tout bonnement impossible, il avait beau essayer de forcer, de se débattre, c'était comme si ses membres ne lui appartenaient plus, qu'il n'avait plus le moindre contrôle sur son propre corps. Si bien que quand les derniers Spectres restant se ruèrent vers Rodorio, il ne put rien faire, même pas essayer de les arrêter. La colère et une véritable détresse enflèrent dans sa poitrine: plus que sa propre défaite, sa mort, il refusait que les habitants de Rodorio soient mêlés à cette Guerre terrible!
Il lutta de toutes ses forces et parvint à faire un mouvement:
-Arrêtez!
-Je t'ai dit qu'il était inutile de lutter!
Minos leva les bras et Albafica fut soulevé dans les airs puis, avec un petit rire, le Juge baissa les mains. Le Poisson heurta violemment le sol et poussa un grognement de douleur quand son dos craqua légèrement en heurtant un rocher. Il se redressa du mieux qu'il pouvait, se força à bouger en feulant:
-Sale lâche!
-Chacun ses techniques voyons, inutile de te vexer ou de te sentir humilié.
Albafica réfléchissait à toute vitesse, essayait de trouver une faille dans l'attaque de Minos, de se dégager, de l'attaquer,... N'importe quoi qui pourrait lui permettre de se battre à armes égales! Le Griffon haussa les épaules et secoua légèrement l'index, comme pour faire des remontrances à un enfant qui ne se laisserait pas discipliner:
-Attention, si tu résistes tu risques de te briser les os. (Les pupilles du Juge se rétrécirent un instant sous le coup de l'excitation) Mais ça serait un véritable gâchis de détruire si vite un homme tel que toi. Je vais un peu m'amuser avant d'en finir trop vite.
D'un simple mouvement, il força Albafica à se relever et, après l'avoir observé une longue seconde, Minos souffla d'un ton faussement doucereux, si faux qu'un frisson horrifié manqua de secouer les épaules du Poisson et qu'il se raidit imperceptiblement:
-Et si je commençais par m'occuper de ce si joli visage? Tu ne m'en voudrais pas, pas vrai?
Malgré son impossibilité de bouger, Albafica se tint aussi prêt que possible: il allait frapper, sans doute un coup direct pour profiter de son immobilité et…
Il poussa un grognement aussi surpris que douloureux quand son propre poing heurta sa joue. De toutes ses forces. Si bien que sa bouche fut noyée de sang et qu'il sentit presque immédiatement un bleu se former sur son visage. Il parvint à lever un regard noir vers Minos qui le couvait d'un air ravi et plein d'intérêt. Comme un chercheur observerait le comportement de sa souris de laboratoire préférée. Un deuxième coup tomba sur son menton, allant jusqu'à faire craquer sa mâchoire. Puis un troisième, puis un quatrième,… Pendant un instant, sous la violence du choc, Albafica crut qu'il allait perdre connaissance tant les coups étaient forts:
-Et ensuite? (Sa voix était devenue un murmure, un souffle tranchant et rempli de curiosité malsaine. Une forme de sadisme assurée qui lui donnait presque la nausée) Est-ce que je m'occupe des jambes? Des bras? A moins que je ne torde tout de suite ce joli cou? Je te laisse le choix.
Le Poisson haleta, mais pas sur le coup de la peur, non. Aucune menace de ce genre n'aurait pu faire naître la peur en lui. Car la rage était encore plus forte. La rage de ne pas pouvoir agir, la rage de n'être qu'un jouet dans les mains de cet homme, d'être tellement inutile,… De ne pas pouvoir défendre Rodorio, ses habitants, Athéna, et ses frères d'armes. Même s'il savait que les Spectres de Minos seraient bien sûr arrêtés par ses roses sanguinaires, sa colère ne faisait qu'augmenter. Si bien que quand il releva la tête, il fusilla Minos du regard, comme s'il pouvait le tuer, se libérer de son emprise, rien qu'en posant les yeux sur lui. Jamais il n'avait autant haï quelqu'un, jamais il n'avait autant eu envie de tuer. L'homme aux cheveux blancs poussa un soupir amusé, comme si l'évidence coulait de source:
-Mais oui… Je vais plutôt m'occuper de ce regard rebelle.
Albafica baissa les yeux vers sa main droite, là où son index et son majeur s'étaient redressés… Et quand sa main fusa droit vers ses yeux, il sentit son souffle se couper. Alors il lutta, de toutes ses forces. Et il retint un hurlement de douleur quand son épaule se rompit avec un craquement sonore, jusqu'à ce que l'os ressorte en plaie ouverte, accompagné d'un flot de sang. Le visage trempé de sueur et le corps parcouru de tremblements, Albafica parvint enfin à bouger librement. Il avait réussi à se libérer de l'emprise du Cosmic Marionation, mais à quel prix? Son bras droit était inutilisable, son visage lui faisait un mal de chien,… Il n'avait pas le droit à l'erreur, et pourtant il n'avait jamais été aussi amoché, aussi incapable de se battre correctement.
Il se fit violence et se redressa, faisant fi de la douleur:
-Tu peux me briser les jambes, les bras et tout ce que tu voudras, mais jamais je ne te laisserai passer. Parce que je suis un Chevalier d'Athéna, et que mon rôle est de protéger les innocents.
Minos alla jusqu'à pousser un petit rire à la fois moqueur et amusé:
-Tu es donc prêt à aller aussi loin pour protéger ton idéal? (Une teinte mauvaise éclaira son regard) Très intéressant, vraiment. Je reconnais ta force de Chevalier d'Or. Mais dis-moi (Continua-t-il sur un ton rempli d'ironie et de moquerie), comment comptes-tu m'arrêter vu l'état dans lequel tu te trouves? Tu ne voudrais pas te reposer un peu?
-Je te vaincrai, quelque soit mon état, (Albafica ne put s'empêcher d'ajouter avec un sourire moqueur) j'ai même réussi à vaincre tes subalternes sans même me déplacer.
Il s'attendait à ce que Minos fonce dans le piège qu'il tendait petit à petit. Qu'il cède à la colère et dévoile une faiblesse évidente. Au lieu de ça, le Spectre éclata de rire, comme si le sort de ses hommes était le cadet de ses soucis:
-Je reconnais bien là la puissance des hommes de ton genre! Je vais prendre un malin plaisir à te briser les os!
Les fils s'agrippèrent de nouveau à lui, à sa jambe gauche sans qu'il parvienne à faire quoi que ce soit. Et quand elle fut tirée en arrière, il sut que Minos allait prendre son temps et le briser entièrement. Sa cheville craqua en premier, violemment. Puis son tibia, son genoux, sa hanche,… Albafica se mordit la lèvre jusqu'au sang pour s'empêcher de hurler de douleur. Mais quand Minos éclata de rire, le Poisson parvint à forcer sur son bras brisé et le leva, rassemblant autour de lui un nuage de son propre sang.
Intrigué et ravi à la fois (comment cet homme pouvait être aussi assuré?!), le Juge plissa les yeux:
-Je suis rassuré que tu résistes un peu, sinon ça serait vraiment trop ennuyeux! Prenons les paris: crois-tu que tu sauras me transpercer le premier avec ton sang, ou bien que je te briserai les os d'abord?
-Je te l'ai déjà dit! (Albafica serra les dents et se força à faire un pas en avant) Tu peux briser mon corps tout entier, jamais je ne te laisserai passer!
Minos laissa échapper un éclat de rire terrible et se mit en garde, sans avoir l'air de s'inquiéter le moins du monde:
-Bien répondu!
Son corps était tendu à l'extrême, sa jambe gauche presque entièrement brisée, son bras droit en sang et son visage douloureux, chaque lutte était un combat presque perdu d'avance… Et pourtant, Albafica força, se mordant la joue jusqu'au sang. Et il leva les bras, luttant de toutes ses forces contre les fils qui l'immobilisaient:
-Crimson Thorn!
Il mettait toute sa puissance dans cette attaque, toute sa force, tout son sang, tout son cosmos. ll devait absolument vaincre cet homme maintenant, l'abattre tant qu'il tenait encore debout, mettre son propre sang dans les veines pourries de ce salopard et le vaincre une bonne fois pour toute! Pour Rodorio, pour Athéna,… Pour pouvoir rassurer Manigoldo et continuer de vivre.
Un nuage de fumée l'aveugla sous la violence du choc et quand un bruit sourd de métal retentit, il baissa les bras en poussant un soupir et en trébuchant presque:
-C'est fini… C'est fini, je l'ai eu… Personne ne peut survivre à mon Crimson Tho-…
Albafica écarquilla des yeux horrifiés et poussa une exclamation choquée: debout dans la fumée, protégé par les deux larges ailes de son surplis, Minos se dressait, droit, fier. Et parfaitement indemne.
Le Poisson sentit son coeur manquer un battement avant de repartir à toute allure. Pour la première fois, la panique s'emparait de lui. Pour la première fois, il eut vraiment peur.
Et il comprit qu'il n'avait aucune chance de gagner, de réussir sa mission ou même de survivre.
Qu'il allait mourir.
La lumière mauve engloba sa main et fusa droit sur lui, l'empêchant de nouveau de bouger, brisant petit à petit les os de ses mains, de ses jambes,…
-Honnêtement, je suis épaté qu'une personne d'une telle beauté soit un combattant aussi acharné. (Minos passa une main faussement distraite dans la mèche de cheveux blancs qui tombait devant ses yeux) Quel dommage qu'il te manque encore tant de puissance.
Le Spectre fit deux pas incroyablement lents en avant, comme pour lui laisser le temps de paniquer complètement, de céder peut-être. Puis, ses yeux luisirent d'une sorte de plaisir mauvais et il feula sur un ton doucereux:
-Tu n'as jamais eu une seule chance de me vaincre, Albafica.
Le Poisson lutta contre la douleur, repoussa la peur et la colère qui enflaient en lui. Il hurla, le corps tremblant de douleur et de colère, de déception et d'horreur:
-Sale enfoiré!
Il fallait le provoquer, essayer de se libérer de son emprise et de...
Minos ne répondit même pas. Il se contenta de sourire d'un air mauvais et de serrer le poing.
Albafica sentit la douleur avant même que ses os ne craquent. Il sut précisément comment il allait mourir avant même qu'il ne pousse un hurlement. Et quand sa colonne vertébrale se rompit avec un craquement sourd qui résonna dans la carrière, il sut qu'il avait perdu. Qu'il ne servait presque plus à rien de lutter. Son corps fut tordu en deux et il tomba sur le sol en poussant un ultime hoquet de souffrance. Sa cape se teinta de rouge, la douleur se répercuta dans chaque nerfs de son corps avant d'exploser dans son crâne, et son coeur tressauta dans sa poitrine.
Puis, ce fut le noir.
Le noir et la souffrance.
-Tu as vraiment été un pantin exceptionnel, Albafica.
$s$s$s$
Appuyé contre un pilier de la maison du Cancer, Manigoldo poussa un hoquet douloureux et manqua de trébucher tant la douleur était forte. Quand le cosmos d'Albafica disparut pendant une longue seconde, puis deux, trois… Dix… Quarante…
-Non…
Il fit un pas tremblant vers l'avant, manqua presque de tomber et écarquilla les yeux: c'était impossible, tout bonnement impossible. Albafica ne pouvait pas… Une étincelle de cosmos effleura le sien et il hoqueta:
-J'arrive!
Il se rua en avant, en trébuchant d'abord, puis de plus en plus vite, il ne pouvait tout simplement pas laisser Albafica tout seul, il avait besoin de son aide! Il dévala les marches de son temple à toute vitesse, traversa la troisième maison sans s'arrêter, haletant, le coeur battant et le ventre noué par l'angoisse.
-J'arrive, attends-moi je t'en prie, j'arrive! Je viens t'aider! Tiens-le coup!
Il se rua dans le deuxième temple sans prendre le temps de prévenir Aldébaran, sans prendre le temps de s'expliquer. Mais quand la haute silhouette du géant aux cheveux blancs se dressa devant lui, il sut qu'il devrait forcer la main du Taureau:
-Arrête, Manigoldo, retourne dans ton temple!
S'exclama Aldébaran avec un air douloureux. Mais l'Italien ne ralentit pas:
-Pousse-toi! Je dois aller l'aider!
Mais aussi rapide qu'il était, le Taureau le fut encore plus, l'arrêtant en agrippant ses épaules de ses deux mains de géant. Manigoldo se débattit de toutes ses forces et hurla:
-Lâche-moi! Je te dis de me lâcher, putain! Il est tout seul, il a besoin de moi! Il a besoin de moi!
-Je suis désolé, je ne peux pas te laisser y aller! Shion vient de partir, il va s'en occuper!
-Lâche-moi!
Le Taureau fronça le(s) sourcil(s) et affermit sa prise sur les épaules tremblantes de rage et de peine de son jeune frère d'armes:
-Je ne peux pas! Je ne peux pas te laisser aller te faire tuer pour rien!
Manigoldo serra les poings jusqu'à ce qu'un craquement sourd ne résonne dans la troisième maison et il baissa la tête, les épaules secouées de tremblements et le corps soudain enveloppé de cosmos doré. Il ne savait pas comment faire cela, mais il savait que c'était possible. Il avait vu Dégel le faire, il pouvait y arriver!
-Albafica!
$s$s$s$
Son corps n'était que souffrance. Le monde n'était que noirceur trempée de rouge sang. Noir et rouge, teinté d'une douleur lancinante qui ne le quittait pas. Une sorte de lumière apparut au loin, une douce lumière chaude et dorée:
-N'abandonne pas, Albafica. Relève-toi, mon porteur.
Le Poisson entrouvrit difficilement un oeil, mais il le referma. Il avait si mal, si mal. L'effort était trop grand, trop difficile, trop douloureux…
-Je ne peux pas… Je ne suis pas assez fort…
-Alors laisse-moi te prêter un peu de ma force.
Dit doucement l'armure de son ton calme et posé tandis qu'une vague de chaleur le faisait frissonner. Il aurait voulu remercier son amie, remercier Poisson et se relever… Mais il n'y arrivait pas… Son dos - même s'il était en train de guérir lentement grâce au cosmos de l'armure - lui faisait encore trop mal, son épaule l'élançait à chaque respiration qui se faisait toujours de plus en plus pénible,… Il essaya de se relever, d'ouvrir au moins les yeux… Mais il grimaça et se laissa retomber sur le sol: son armure avait presque tout donné pour le maintenir en vie et l'aider à finir sa mission, et pourtant il allait lui faire défaut… Il allait…
Pile comme il pensait sombrer et abandonner, un vive lueur éclatante fit voler la noirceur de son esprit en éclat. Et une silhouette dorée s'avança vers lui à toute vitesse:
-Albafica!
Le Poisson sentit sa gorge se serrer sous le coup de l'émotion: c'était impossible, ça ne pouvait pas être lui, il ne pouvait pas être là… Il parvint à souffler:
-Mani…
-Tiens bon, je suis là, tout va bien!
-Tu ne peux pas être là… Tu dois garder ta maison…
L'Italien sourit et encadra son visage de ses mains:
-Physiquement je suis toujours au Sanctuaire, je t'envoie juste un peu d'aide pour te relever et revenir ici pour te faire soigner.
Soigner? Comment ça "revenir au Sanctuaire"?
-Mais… Et Minos?…
-Shion s'en occupe, t'en fais pas, c'est fini.
Il sentit le cosmos de Manigoldo se fondre dans son corps, ressouder ses os plus vite, soigner ses blessures et lui donner de la force… Mais sa propre colère le poussa à se relever. Alerté, le Cancer s'écria:
-Attends, prends le temps de t'en remettre!
-Je dois finir ce que j'ai commencé, je dois arrêter ce type…
Parvint-il enfin à gronder. Manigoldo, ou plutôt, son image mentale, écarquilla des yeux horrifiés:
-Mais t'es malade, t'as vu dans quel état t'es?! Reviens au Sanctuaire, on s'occupe de ce salopard!
-C'est mon combat, Manigoldo! C'est à moi de le remporter!
L'Italien se tut un instant avant de souffler d'une voix brisée:
-Ne fais pas ça… Ne me fais pas ça…
-Je suis un Chevalier d'Athéna, c'est mon rôle. Je dois le faire, tu le sais.
Le Cancer esquissa un sourire triste:
-Je ne pourrai pas t'en empêcher, hein?
-Désolé (Un léger sourire lui échappa à son tour), désolé de te faire ça… Désolé de te laisser tout seul…
Manigoldo renifla et haussa les épaules, dans une attitude faussement détachée malgré sa voix qui tremblait:
-T'en fais pas, je te retrouverai bien vite. (Une larme désolée roula sur sa joue dorée) Tu promets de m'attendre?
Albafica poussa un léger rire mêlé de sanglot ému:
-Promis. Tu m'as attendu si longtemps, c'est à mon tour maintenant.
Une main de lumière, presque aussi réelle que ce qu'il aurait voulu comme dernier contact, se glissa dans la sienne:
-Je resterai avec toi jusqu'au bout par la pensée, d'accord?
-D'accord, merci… (Soulagé malgré tout, Albafica souffla) Manigoldo?
-Hm?
-N'oublie pas.
-De quoi?
-Que je t'aime.
L'Italien se mordit la lèvre et l'image tressaillit un instant avant de s'affaiblir:
-Je t'aime aussi, Alba…
Le Poisson sourit et l'image disparut de sa vue, même si le sourire et le cosmos de Manigoldo survivaient dans son coeur et l'aidaient à se relever, à avancer. Un dernier instant de lucidité le frappa quand il posa les yeux sur une rose sanguinaire qui avait glissé sur le sol. Et il sut comment vaincre le Juge des Enfers. Albafica regarda la rose se teinter de rouge au contact de son propre sang, il attendit qu'elle en soit gorgée avant de se mettre en route. Il ne sut jamais bien comment il arriva jusqu'au village, il crut perdre connaissance à plusieurs reprises tant la douleur dans son dos était forte. Mais enfin, enfin il arriva devant Minos une nouvelle fois.
Jusqu'au bout il eut l'impression que son armure l'aidait à agir. Quand il vit Shion manquer d'avoir la nuque brisée par ces mêmes fils qui l'avaient presque tué, la rose piranha jaillit dans sa main avant même qu'il n'ait eu le temps de l'invoquer. Le Bélier se tourna vers lui, fit mine de lui venir en aide, mais Albafica l'en empêcha, empêchant aussi l'enfant, cette jeune fille qui lui avait rapporté sa cape quelques semaines auparavant, de l'approcher. Son combat n'était pas terminé. Il allait tuer ce salopard de Spectre et accomplir sa mission. Mais personne ne devait l'approcher. Personne sauf Minos:
-Je n'aurais pas imaginé que tu serais encore en vie, tu aurais mieux fait de te laisser sagement faner comme tes roses. Tu es encore bien trop faible pour espérer me vaincre, Albafica des Poissons. Mais je ne supporterais pas que ta beauté soit davantage souillée par le sang et la boue: je vais donc te laisser partir.
Les derniers mots avaient été assénés avec un mépris sans nom, une profonde envie d'humilier et de blesser. Aucunement magnanime. Albafica serra les dents sur la rose sanguinaire et la colère enfla de nouveau dans sa poitrine, lui redonnant les dernières forces dont il avait besoin:
-Laisse-moi t'apprendre une chose, Minos: à cause du danger que je représente pour les autres, j'ai toujours vécu isolé, et je ne me suis jamais soucié de choses futiles comme la beauté et la laideur. Mais t'entendre utiliser le mot « beauté » pour parler de moi sonne comme la pire des insultes à mes oreilles. Qu'est-ce qui te permet de me juger ainsi?!
Albafica enflamma son cosmos, de toutes les forces qui lui restaient, et leva son bras droit:
-Tu ne sais rien de l'étendue de ma force, de mon cosmos, ou encore de ma volonté! Tu ne sais rien de moi!
-Dans ce cas montre-moi! Montre-moi ce spectacle que tu prépares!
Albafica inspira profondément et la voix de Manigoldo souffla des encouragements à ses oreilles:
-Montre-lui donc à ce salopard!
-Crimson Thorn!
Albafica continua de projeter son sang, de frapper, de se donner à cent pour cent. Si bien qu'à un moment, sa vue fut parsemée de points verts et ses oreilles se mirent à siffler quand il tomba à genoux, vidé. Il n'entendit pas ce que Minos lui disait, il se concentra juste pour attendre le bon moment, le moment où le Spectre aurait assez de confiance pour ouvrir ces ailes qui le protégeaient et attaquer. Et enfin, le moment arriva. Tellement concentré sur les aiguilles de sang qui se ruaient sur lui, Minos ne vit même pas la rose fuser à toute vitesse, plonger droit sur sa poitrine. Malgré ça, malgré le succès de sa ruse, Albafica n'eut même pas la force d'éviter son attaque. Ses mains rencontrèrent le sol et il perdit connaissance pendant un instant, certain d'avoir accompli sa mission.
-Mani?
-Je suis là, je suis toujours là.
-Je suis désolé… Tellement désolé… J'aurais voulu avoir plus de temps…
-T'en fais pas, repose-toi maintenant.
-Oui… Oui, juste un peu…
Il rouvrit les yeux un instant, juste le temps de voir que Minos gisait sur le sol et que Shion, flou, trouble, se tenait près de lui. Juste le temps de poser les yeux sur des pétales rouges qui flottaient dans le vent qui balayait le Sanctuaire, enfin victorieux. Alabafica ne sentait plus la douleur, la peur, la peine, tout était absent. Seule restait la satisfaction. Le soulagement même, quand il sombra simplement de le noir, dans les bras de cette mort si douce qui lui tendait les bras avec douceur et tendresse:
-Je n'avais jamais fait attention… Mais ces fleurs sont vraiment… Vraiment magnifiques…
$s$s$s$
Tombé à genoux dans la maison du Taureau, Manigoldo poussa un hurlement de douleur et de rage, le visage trempé de larmes, le coeur en miettes, privé à jamais de son âme soeur.
Albafica était mort.
Albafica était mort et il ne saurait jamais vivre sans lui.
*J'ai vécu tellement la même chose que lui: j'ai toujours eu une taille normale (voire même un poil petite) puis j'ai eu une énooorme poussée de croissance à 14 ans et j'ai pris 20 centimètres en 4/5 mois (je vous raconte pas les dépenses en pantalons!). Et quand on a pas envie d'attirer l'attention sur soi, franchement, la grande taille c'est pas toujours un cadeau haha! ;)
**J'avoue mon incapacité à décrire la moue « not bad » à la Obama (comme le meme), donc je vous renvoie audit meme si vous voulez vous faire une idée de ce que j'imagine ;)
*** #GoT
Et voilà, c'est ici que mon coeur commence à se briser... ;-; A partir d'ici les chapitres vont se faire de plus en plus sombres et de moins en moins réjouissants: on approche dangereusement de la fin, les amis... :'( Les pauvres Chevaliers vont être confrontés à des combats plus grands, et j'espère que ça vous plaira.
J'ai eu beaucoup de mal à rendre le chapitre à la fois énergique et calme (bonjour le paradoxe), alors j'espère que ça vous plaira quand même :/
Sur ce, je vous dis merci et à bientôt!
