Salut tout le monde! J'espère que votre session se passe bien ou s'est bien passée!

Hé oui! Surprise! J'ai enfin fini mes exams alors je peux poster ce chapitre avec un peu d'avance! Un peu plus court, un peu plus soft après tant d'émotions (et de violence damn), mais j'espère qu'il vous plaira quand même! :) Je posterai même le chapitre suivant le 19 ou le 20, cadeau! ^^

emmadaverc: Salut! Avec Lost Canvas (et Saint Seiya en général) je crois qu'il faut toujours avoir un paquet de mouchoirs non loin, nos petits coeurs souffrent trop! ;-; En tout cas je suis heureuse que le chapitre t'ait plu, j'espère que ça sera pareil pour celui-ci :) Encore merci pour ta review et à bientôt!

Sur ce, je vous laisse avec ce nouveau chapitre!

Enjoy!~


Dégel ôta ses lunettes en grimaçant, les posa sur le bureau et se pinça l'arête du nez en soupirant. Il peinait à y croire, mais la Guerre avait à peine commencé et deux des leurs avaient déjà perdu la vie. Albafica d'abord, maintenant Asmita… Deux hommes aussi puissants qu'eux vaincus avec une telle rapidité, il n'arrivait pas à y croire. C'était tout bonnement impossible. Impossible.

Il rouvrit les yeux et jeta un regard distrait à la fenêtre de sa bibliothèque personnelle. De là il voyait le soleil se coucher et il sentait le cosmos d'Aldébaran et de Dohko se rapprocher du Santcuaire et il ne put s'empêcher de pousser un soupir rassuré quand il constata qu'ils allaient tous bien. Quelques heures auparavant, le Taureau avait dû affronter un Spectre incroyablement puissant venu les attaquer au Sanctuaire même, si bien qu'ils avaient tous de nouveau craint de perdre l'un des leurs.

Mais heureusement tout allait bien. Aldébaran avait réussi à faire fuir le Spectre et revenait victorieux. Blessé, mais victorieux. Instinctivement, Dégel jeta un coup d'oeil vers les arènes, là où les apprentis continuaient de s'entrainer pour être promus aussi rapidement que possible. Ils avaient besoin de plus d'hommes, de plus de guerriers, et ils n'avaient pas assez de temps. C'était comme si Hadès poussait ses Spectres à les attaquer directement au Sanctuaire pour les empêcher de se préparer, de se relever et d'attaquer à leur tour. Et au fond de lui, Dégel savait, sentait que le meilleur moyen de surprendre l'ennemi était de l'attaquer chez lui. Ce qu'ils auraient dû faire depuis le début, ce qu'ils avaient essayé de faire et qui s'était soldé par un échec cuisant. Echec que ni Dohko ni Shion ne parvenaient à digérer.

Dégel ne sursauta même pas quand la porte de la bibliothèque s'ouvrit, il avait sentit arriver l'importun depuis longtemps:

-Putain mais il fait super noir ici! Comment tu peux lire comme ça, tu veux encore plus te niquer les yeux c'est ça?

-Bonsoir Kardia, l'entrainement des garçons s'est bien passé?

Répondit laconiquement Dégel sans quitter la fenêtre des yeux, sans faire mine de s'intéresser plus que ça à l'arrivée tonitruante du Scorpion, pourtant un peu plus soulagé que, à chaque heure qui passait, son frère d'armes soit encore en vie. Kardia haussa les épaules et se rapprocha d'un pas exagérément lourd:

-Super si on tient pas compte de leur putain de distraction. Franchement Aldébaran est gonflé de me faire un coup pareil!

-Je ne pense pas qu'il a consciemment invité un Spectre au Sanctuaire dans le seul but de te pourrir la vie.

-Ils veulent tous me pourrir la vie!

-Je suis rassuré qu'il aille bien, du moins j'espère.

Après un bref silence, Kardia esquissa un sourire et posa simplement la main sur l'épaule de Dégel, comme pour le rassurer, lui prouver que lui était toujours là:

-T'en fais pas pour nous, seigneur Dégel, on va s'en tirer.

Le Verseau poussa un soupir incertain et leva simplement la main pour rencontrer celle de Kardia, vérifier qu'il était bien réel et non pas éteint comme Albafica et Asmita:

-Je ne m'inquiète pas.

-C'est ça ouais, à d'autres.

Bien conscient que cette joute verbale ne les mènerait à rien, Dégel se contenta de hausser les épaules et de se tourner de nouveau vers son ouvrage, délaissant la main de Kardia sur son épaule pour se concentrer uniquement sur son travail:

-Les garçons vont bien?

-Ouais, plutôt. Figure-toi que cet idiot de Liam a des crampes aux jambes à cause de sa poussée de croissance, c'est juste ridicule j'ai pas pu m'empêcher de rire.

Ricana franchement le Scorpion en faisant craquer son épaule. Et comme Dégel se contentait d'un vague « C'est ennuyeux, en effet », le Grec plissa les yeux et se pencha en avant, un air légèrement mauvais sur le visage:

-T'as vraiment envie qu'on parle juste des gosses?

-Ecoute, sans vouloir te vexer je dois absolument me concentrer sur ça pour essayer de nous en sortir. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, nous avons déjà perdu deux des nôtres et il faut impérativement essayer de trouver une parade, une solution.

-Hyper sympa comme activité, en effet. (Kardia poussa un soupir rieur) Tu sais quoi?

-Dis toujours.

Le Scorpion sourit franchement et se pencha encore un peu, juste ce qu'il fallait pour souffler à l'oreille de son compagnon et lui arracher un frisson surpris:

-J'ai envie de toi.

Dégel le foudroya du regard et se décala vivement, les sourcils froncés:

-Désolé pour ta libido mais il va falloir te débrouiller sans moi: le Pope attend un rapport pour ce soir au plus tard et j'ai encore un tas de documents à compiler.

Kardia leva les yeux au ciel et se recula d'un pas, un air faussement désespéré sur le visage:

-Depuis quand le Pope est plus important que moi, hein?

-Depuis que deux de nos frères sont morts, est-ce que je dois vraiment te le rappeler?

Feula Dégel en se levant et en se dirigeant vers une étagère spécialisée dans son sujet de recherche. Il ne parvenait pas à y croire, comment est-ce qu'il pouvait être aussi égoïste? Comment pouvait-il se permettre de penser ainsi alors que son meilleur ami avait perdu Albafica? Alors qu'Asmita avait perdu la vie à son tour et qu'il savait, sentait, que Deuteros devait en souffrir énormément? Comment pouvait-il se permettre d'être…

-Heureux?

Dégel soupira et rangea un livre avant d'en saisir un autre:

-Arrête de lire dans mes pensées, c'est fatiguant.

-C'est juste que là je te comprends pas, pourquoi on devrait plus vivre parce qu'il y a eu des morts?

Grommela Kardia en le suivant à la trace comme un fidèle chien de garde, lui laissant à peine assez de place pour chercher le livre dont il avait besoin:

-Tout simplement par respect pour eux.

-Tu sais qu'ils sont morts et que du coup ils en ont rien à faire?

Asséna Kardia, tellement détaché, tellement insensible et peu concerné que même Dégel en était choqué:

-He bien moi ça me fait quelque chose, pense un peu à l'état dans lequel se trouve Manigoldo, bon sang.

-Ecoute, j'adore Mani, c'est mon meilleur ami. Mais je vais pas me ruiner la vie juste pour lui et parce qu'Albafica a passé l'arme à gauche. (Insista Kardia en le suivant de nouveau jusqu'à son bureau) Je comprends que t'as envie de bien faire mais merde quoi, nous on est encore vivants alors on devrait en profiter!

-Hé bien si profiter de la vie ne tourne qu'autour de cette partie de notre relation, tu peux te débrouiller sans moi, parce que je compte profiter de ce qui me reste de vie pour aider Athéna et le Pope à gagner cette Guerre. Si tu veux bien m'excu-…

La fin de sa phrase mourut dans sa gorge quand Kardia dressa devant lui et plaqua les mains sur le bureau, de part-et-d'autre, le coinçant entre lui et la table, le dos arqué dans une position incroyablement inconfortable. Dégel soupira:

-Tu es sérieux?

-Très.

Le Verseau s'empêcha de lever les yeux au ciel: à vrai dire, il s'était bien douté qu'il n'avait aucune chance de détourner son frère d'armes de ses caprices égoïstes, mais il avait bêtement espéré avoir droit à plus de temps:

-Tu ne peux pas au moins attendre ce soir que j'ai fini ce rapport?

-Qui sait si on sera encore en vie ce soir, (Il ne put s'empêcher de sourire quand Dégel fronça les sourcils, blessé par cette remarque qu'il avait tendance à utiliser trop souvent pour le faire céder) tu trouves pas qu'on devrait en profiter tant qu'on a la chance d'être là?

-Tu exagères.

-Ca veut dire oui?

-Ca veut dire fais comme tu veux tant que tu me laisses finir ce rapport tranquille.

Kardia poussa un soupir rieur et cala son front contre le sien, un air à la fois amusé et joueur sur le visage:

-Compte sur moi.

Quand ses lèvres glissèrent d'abord sur sa gorge, Dégel se contenta de se pencher un peu plus en arrière, le regard perdu sur le plafond de la bibliothèque, essayant de se concentrer sur autre chose que cet énergumène sans y parvenir complètement. Suivant sans doute le fil de ses pensées, Kardia sourit dans sa gorge et ricana:

-Et c'est moi qui exagères.

-Est-ce que tu comptes me faire perdre mon temps, oui ou non?

-Mais c'est qu'il mordrait presque!

Une lueur orangée éclaira ses yeux quand, inspiré par sa propre réponse, il mordit légèrement (si si) la base du cou si blanc du Verseau. Verseau qui sursauta violemment et lui asséna une claque sonore sur le crane:

-Pas mordre, on en a déjà parlé!

-C'est toi qui as commencé je te signale! (Il se redressa) J'ai au moins le droit de t'embrasser ou je dois signer un contrat aussi?

Dégel leva les yeux au ciel, incapable de se retenir:

-Tant que tu ne sors pas les dents.

-Comme si tu pouvais m'en empêcher.

-Je t'entends je te signale.

Kardia haussa les épaules, incapable de masquer son amusement: sincèrement ces petites joutes verbales lui avaient manqué, et il avait toujours l'impression que, bien que quelque chose manquait encore, ils avaient trouvé un nouvel équilibre qu'ils poussaient toujours plus loin. Il savait pertinemment que Dégel allait craquer, qu'il finirait par en demander plus de lui-même. Il suffisait juste de jouer juste assez de temps avec lui.

Il s'empara de ses lèvres avec une violence calculée, pile ce qu'il fallait pour que les maigres défenses du Verseau s'effondrent. Juste ce qu'il fallait pour que son corps se détende contre lui et se laisse un peu plus aller contre le bureau, les mains toujours plaquées en arrière comme pour s'empêcher de se laisser complètement céder. Comme pour lutter encore un peu. Mais quand Kardia s'appuya de tout son poids contre lui, les coudes de Dégel flageolèrent légèrement avant de rencontrer le bois de la table, suivis par son dos. Alors seulement Kardia sut qu'il avait gagné.

Il se recula légèrement, le souffle court mais un large sourire sur les lèvres. Haletant malgré lui, les yeux brillants malgré son envie de paraitre détaché de tout ça, Dégel soupirait discrètement, comme pour continuer de manifester un semblant de résistance. Kardia poussa un soupir ravi:

-Tu sais que je t'aime toi?

-Allons on se connait à peine.

Ils échangèrent un regard amusé puis leurs lèvres se trouvèrent à nouveau, dépendantes les unes des autres, affamées. Si bien que Dégel cessa de lutter et alla jusqu'à lever le bras droit pour l'enrouler dans la nuque du Scorpion et plaquer le gauche dans son dos, pour l'attirer plus près de lui, se fondre en lui. Le coeur battant, un dernier instant de lucidité lui fit souffler:

-Tu as bien verrouillé la porte la porte n'est-ce pas?

-Non, ça pimente un peu les choses comme ça.

De simplement colorées, les joues de Dégel virèrent au rouge de la honte à la simple idée d'être découvert ainsi alors qu'il était censé travailler. Alors que n'importe qui pouvait pousser la porte pour simplement lui poser une question. Il essaya de se redresser, légèrement paniqué:

-Non attends, ferme la porte et puis on-…

-T'inquiète personne va venir, y'a que nous ici.

-Non non, n'importe qui peut venir, verrouille la porte!

-Reste calme, tout va bien purée.

-Non ça ne va pas bien, hors de question de faire ça alors que la porte n'est même pas fermée!

Un sentiment proche de la panique commençait à poindre, juste ce qu'il fallait pour que son coeur s'accélère dans sa poitrine et qu'un malaise profond le détourne complètement de ce qui venait de se passer:

-S'il te plait, je te demande juste de verrouiller la porte.

Kardia baissa les yeux vers lui, l'air sincèrement interrogateur:

-Ca t'angoisse tant que ça?

-Ca ne m'angoisse pas, ça me met mal à l'aise, comme n'importe qui devrait se sentir à l'idée d'être surpris ainsi, idiot!

Rétorqua-t-il en manquant franchement de s'énerver pour de bon. Alors Kardia leva les yeux au ciel et sourit avec un air presque sincère. Tellement sincère qu'il fut certain qu'il mentait:

-T'en fais pas, va: je te fais marcher, elle est fermée ta porte.

-Je ne te crois pas.

-Tant pis pour toi alors.

Et avant même qu'il n'ait eu le temps, l'idée, de le repousser ou même de sonder son esprit pour s'assurer de la véracité de ses propos, Kardia avait de nouveau posé les mains sur lui, presque rien, juste ce qu'il fallait pour qu'un frisson remonte le long de sa colonne vertébrale. Juste ce qu'il fallait pour qu'une exclamation surprise ne manque de franchir ses lèvres:

-Plus tu m'interromps, plus ça va prendre du temps et plus tu risqueras d'être découvert. Alors reste tranquille et profite.

Le coeur battant, le Verseau souffla, comme pour être certain que personne ne risquait de l'entendre:

-Tu parles comme si ça ne te concernais pas.

-Honnêtement, j'en ai rien à foutre que quelqu'un découvre notre mystérieuse relation super secrète.

-Arrête de te moquer.

-Je ne me permettrais pas.

D'une main bien trop experte pour être honnête, il ouvrit rapidement la chemise qui lui gâchait la vue et cala plus fermement son bassin contre celui de Dégel en esquissant un sourire ravi, certain de sa victoire et de la réussite de son petit jeu. Le Verseau se mordit la lèvre et ferma les yeux un instant, essayant de se soustraire à ces stimuli bien trop efficaces à son goût. Essayant de se concentrer sur autre chose.

Echoua.

Se laissa envahir par cet incendie contre lequel il ne pouvait gagner.

Il se cambra légèrement et porta la main à ses lèvres quand Kardia embrasa sa peau, effleura son dos, flatta ses cuisses, lui qui prenait tout son temps pour le rendre fou:

-Dépêche-toi, arrête de… De faire ça…

-Faire quoi?

Oh bon sang cet air faussement innocent sur son visage lui donnait envie de le tuer. Il plaqua les mains sur les épaules du Scorpion, comme pour le forcer à se reculer un peu, à moins que ce ne soit pour s'accrocher à un dernier repère de réalité:

-Tu le sais très bien… Ne me force pas à le dire.

-Oh mais je tiens à l'entendre, je tiens à savoir précisément ce que ça te fais, mon cher Dégel.

Kardia plissa les yeux et une lueur orangée éclaira ses yeux quand il se colla de nouveau contre lui, comme pour transmettre sa propre chaleur:

-Je veux t'entendre le dire. Et pas de tricherie, pas dans une langue que je ne comprendrais pas.

-Arrête...

Il ne reconnaissait pas sa voix, ne se reconnaissait pas dans ce corps tremblant d'anticipation et d'envie, dans ses soupirs lascifs, dans ces joues brulantes et ses jambes repliées sur le dos de Kardia. Ca ne pouvait pas être lui, il ne pouvait pas en être devenu aussi dépendant, aussi… Aussi…

-Un petit effort, seigneur Dégel. Je te demande pas la lune quand même?

Insista le Scorpion sans cesser de caresser sa peau, sans cesser de répandre l'incendie. Dégel se mordit la lèvre et secoua la tête, tout bonnement incapable de dire ce genre de chose à voix haute, alors que Kardia savait parfaitement ce qu'il ressentait. Alors que n'importe qui aurait pu le deviner rien qu'en observant cette lumière nouvelle dans ses yeux.

Kardia pouffa et mordilla la gorge d'albâtre offerte en insinuant perfidement, en persifflant presque:

-Tu ne voudrais pas que je devienne agressif quand même?

Dégel poussa une exclamation de surprise mêlée de légère douleur quand les canines percèrent sa peau, quand le sang roula dans sa gorge et quand un frisson terrible le fit se cambrer encore davantage:

-Ou peut-être que si?

Il ferma les yeux, haletant, incapable de sauter cette ultime barrière de pudeur et de gêne:

-Peux pas… Trop difficile…

-Je suis certain que tu peux le faire. A moins que tu ne préfères quand je m'énerve?

Dégel secoua la tête, les lèvres pincées pour empêcher tout son révélateur de lui échapper:

-Pas comme ça.

-Ca ne tient qu'à toi, tu n'as qu'à me dire précisément comment tu te sens et je n'aurai pas à me fâcher.

Le visage presque transformé par l'excitation, Kardia fit glisser son index depuis sa gorge jusqu'à son ventre, évitant consciencieusement d'approcher son bassin, comme pour accentuer sa frustration, une frustration dont il connaissait parfaitement la cause:

-Alors, comment tu te sens?

Impossible de continuer de subir cette absence de contact, ce manque qu'il ne parviendrait jamais à combler si Kardia décidait de s'en aller pour le punir de ne pas avoir cédé assez vite. Impossible de ne pas être égoïste dans un moment pareil. Impossible de ne pas baisser les armes. Pantelant, Dégel souffla péniblement:

-B-… Bien…

-Hm? J'ai pas bien entendu.

-Me sens… bien…

Un sourire mauvais étira les lèvres de Kardia et il poussa un soupir ravi:

-Et comment est-ce que je peux te faire sentir mieux encore?

Malgré le voile de désir qui masquait presque l'améthyste de ses yeux, le regard que lui lança Dégel valait tout l'or du monde, entre colère, frustration et envie. Entre envie de meurtre et stupre total. Si bien qu'il frissonna avant d'insister, effleurant enfin le bassin brulant du Verseau, lui arrachant une exclamation surprise et soulagée à la fois:

-Dis-le, mon Dégel. Je veux t'entendre le dire.

Un goutte de sueur glissa le long de sa gorge et se mêla à son propre sang:

-Veux… plus…

-Plus fort.

Les mains crispées sur les épaules du Scorpion, Dégel céda, les yeux baissés pour ne pas avoir à supporter la honte d'être vu en disant une chose pareille:

-Je veux plus… Je te veux… toi… Viens… Viens...

Kardia dut se mordre la joue pour empêcher un ricanement satisfait de franchir ses lèvres et il se pencha en avant, serrant son compagnon contre lui et allant déposer un baiser presque tendre sur son front:

-Brave garçon.

Mais pile comme il estimait que le Verseau avait droit à une « récompense » pour en avoir tant fait, tant dit, pile comme il pensait qu'il ne devait plus avoir la force de lutter, Dégel se dégagea et, agrippant le haut de sa tunique, s'empara de ses lèvres, l'embrassant comme si sa vie en dépendait, comme s'il était son oxygène.

Et quand il le plaqua plus vigoureusement contre la table, redressant ses jambes pour mieux le serrer contre lui, Kardia se félicita malgré tout d'avoir fermé cette foutue porte à clef.

Parce que bon sang, il venait de se transformer en animal.

Et il n'aurait vraiment pas supporté qu'on les interrompe.

$s$s$s$

Kardia poussa un soupir rageur et tendit le dernier livre de la haute pile à son frère d'armes:

-J'en reviens pas que tu me fasses un coup pareil.

-C'est de ta faute si je suis en retard, normal que tu m'aides.

Répondit Dégel avec une satisfaction palpable malgré son air totalement neutre, debout sur la petite escabelle de la bibliothèque pour ranger le dernier livre:

-Tu fais vraiment chier, Dégel.

-Tu peux parler, c'est toi qui as commencé.

-Ouais mais j'avais pas signé pour ça!

-Moi non plus, nous sommes donc quittes.

Kardia poussa un grommellement étouffé et Dégel le gratifia d'un léger coup de coude une fois debout sur le sol de la bibliothèque:

-Ne fais pas la tête, je ne t'en ai pas trop demandé non plus.

-Je fais pas la tête.

-Me voilà rassuré.

Il ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire presque amusé devant la moue râleuse de Kardia, toujours trop enfantin à certains moments. Il ne sursauta même pas quand les bras basanés du Scorpion l'enlacèrent et que son corps chaud se lova dans son dos:

-Quoi encore, tu n'en as pas eu assez?

Soupira Dégel, las et espérant éviter une nouvelle séance de galipettes surprises de ce genre: il avait d'autres choses à faire, comme apporter son rapport, ou encore…

-Je t'aime, tu sais.

Dégel s'immobilisa et, après une longues seconde de silence, il posa la main gauche sur celles de Kardia, croisée devant lui:

-Je sais. Moi aussi.

-Dis-le.

-Pourquoi est-ce que c'est si important, tu sais parfaitement ce que je pense.

-J'ai envie de l'entendre, besoin de l'entendre de ta bouche. Tant qu'on le peut encore.

Le Verseau tiqua mais s'empêcha de rétorquer, de relancer cet incessant et interminable débat. Au fond de lui, il savait que Kardia avait raison, et qu'ils devaient en profiter tant qu'ils étaient encore en vie, en profiter pour être aussi heureux que possible. Même s'il ne supportait pas cette idée, il fallait qu'il accepte cette terrible réalité et se fasse violence pour enfin laisser parler ses sentiments:

-Je… t'aime aussi…

Il sentit le sourire de Kardia dans sa nuque, un sourire à la fois victorieux et rassuré, et le soupir du Scorpion chatouilla sa gorge:

-Merci.

-C'est normal.

Ils restèrent un long moment ainsi, simplement enlacés dans la bibliothèque, loin de tout, seuls au monde, séparé de ce monde en guerre et des dangers qu'ils courraient à chaque instant. Puis Dégel se dégagea doucement et ajusta ses lunettes sur son nez:

-Bon, je vais aller rendre mon rapport.

-Tu veux que je vienne avec toi?

-Ca ira, merci. Tu devrais aller garder ton temple un moment, n'oublie pas que nous sommes officiellement en guerre à présent.

Kardia pouffa légèrement avant de se reculer d'un pas et de passer une main distraite dans sa nuque:

-Comme s'ils étaient assez fous pour prendre directement le Sanctuaire d'assaut après avoir perdu un de leurs généraux!

-Je préfère ne pas les sous-estimer. Ils ont eu assez de toupet pour nous faire perdre deux compagnons alors je m'en méfie.

La main de Kardia serra légèrement la sienne, ultime contact qu'ils avaient encore, avant de la lâcher:

-T'en fais pas, ça va aller.

-Je compte sur toi pour respecter ce que je t'ai demandé.

Face au regard légèrement interrogatif de son frère d'armes, Dégel poussa un léger soupir et se répéta:

-Prends d'abord soin de toi, je m'occuperai de me défendre tout seul.

-On verra, on verra. (Eluda le Scorpion en secouant la main, comme pour la chasser) Allez, va vite rendre ton rapport. Si jamais l'envie te venait de venir me voir, je serai au huitième.

-Allons, j'aurais peur de te déranger.

-Tu ne me déranges jamais, mon Dégel: te voir est toujours un plaisir.

Ils se jetèrent un coup d'oeil mi amusé mi taquin puis Dégel se détourna et entama son ascension, sans une hésitation ni un regard en arrière. Kardia resta un long moment immobile, les yeux fixés sur le dos couvert de longs cheveux verts, regardant le Verseau s'éloigner jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue. Jusqu'à ce qu'il soit certain qu'il ne risquait rien. Puis, quand il estima avoir attendu assez longtemps, il renifla distraitement et se détourna, sortant une pomme de la poche de son pantalon de lin. Il avait beau dire, il n'était pas à l'aise.

Il faisait le fier, celui qui n'avait peur de rien, mais il était incroyablement soulagé que Dégel soit au onzième et pas au premier temple: au moins, il y avait moins de chance qu'en cas d'attaque il ne soit directement mis en danger. Au moins il pourrait se déchainer sur les assaillants pour le protéger. Quitte à donner sa vie s'il le fallait. Parce que malgré le quasi ordre de Dégel de se protéger en premier lieu, Kardia était déterminé à mourir pour lui, à se sacrifier pour le laisser avancer s'il le fallait. Mais hors de question de vivre et de laisser son Dégel à une mort certaine, hors de question.

Il serra machinalement le poing et fronça les sourcils, pestant contre Sisyphe qui n'était pas à sa place en tant que rempart supplémentaire entre le danger latent et le onzième temple, rageant contre cette immobilité à laquelle ils étaient contraints, fulminant contre Asmita d'avoir déserté pour on ne sait où,… Si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait donné l'assaut dès que ce Juge avait été mis hors d'état de nuire. Il jeta machinalement un coup d'oeil par dessus son épaule, vers la source d'énergie énorme qui s'affaiblissait de jour en jour.

Kardia grimaça et cracha une insulte étouffée: en plus de tout, à force de maintenir cette barrière et de vouloir protéger tout le monde, Sasha allait s'épuiser pour rien. Ils finiraient bien par crever, alors pourquoi rejeter l'échéance en se crevant pour rien? Il avait beau adorer cette gamine, il ne la comprenait pas toujours. A vrai dire, il ne la comprenait pas. Ce sens du sacrifice, cette envie d'aider le monde entier,… Des choses qu'il ne comprenait pas, trop aveuglé par son égoïsme. Oh mais il le savait, inutile de se mentir à lui-même et de se raconter des histoires. Il était égoïste, il l'avait encore démontré tout à l'heure en entrainant Dégel loin de son travail pour son petit plaisir personnel. Ca plus cette obstination à vouloir mourir pour le protéger.

Il le savait, et il s'en foutait.

Kardia regagna rapidement le huitième temple et enfila son armure sans grande conviction, plus pour avoir belle allure et donner l'impression qu'il était en alerte pour le Sanctuaire tout entier. Il doutait sincèrement que les Spectres prennent le Sanctuaire d'assaut, ils ne pouvaient pas être assez bête pour faire la même erreur deux fois. Et même s'il devait avouer qu'il était plutôt serein, calme même, il espérait que Dégel sortirait vivant de cet enfer. Lui, Sasha et les deux gosses. Il faudrait absolument que quelqu'un s'occupe de leur entrainement quand il aurait passé l'arme à gauche…

Comme pour le conforter dans cette idée, son coeur l'élança légèrement et il porta la main à sa poitrine en fronçant les sourcils. Avec le temps, depuis que Dégel l'avait obligé à le prévenir dès qu'il se sentait mal, il avait l'impression de pouvoir sentir les crises arriver. Pas de grand chose, maximum dix minutes, mais il savait que ce léger élancement, presque rien, était mauvais signe. Il enfila son casque et sortit jusqu'au pas de sa Maison, détaillant le Sanctuaire en contrebas dans la douce lumière du soir. Puis, après une demi seconde d'hésitation, il se décida à prévenir Dégel, juste au cas où:

-Quand t'auras le temps ça te dirait de passer voir mon emmerdeur de coeur? Je crois qu'il a envie de me jouer un petit tour.

Il y eut quelques secondes de silence, comme si Dégel ne l'avait pas entendu, mais Kardia savait très bien qu'il devait simplement terminer de faire son rapport. Il avait eu le message, à lui d'en faire ce qu'il voulait. Il inspira profondément l'air doux du soir, appréciant le léger coup de vent qui secoua ses cheveux dans son dos, ravi de pouvoir être en vie à un moment aussi exceptionnel que celui-ci. Vivement que ce putain de chapelet soit construit, vivement qu'on lance l'assaut directement au château de cette saloperie de Dieu de la Mort de merde, vivement qu'il lui tranche lui-même la gorge. Vivement qu'il puisse enfin se battre à fond.

-D'accord, je termine de mettre mon armure et je te rejoins, ne force pas en attendant.

-Ca marche.

La lune et les étoiles furent couvertes petit à petit par de lourds nuages noirs et Kardia fronça le nez en grimaçant:

-Han putain, je déteste la pluie…

Parce que oui, cette barrière avait beau être bien jolie et les protéger des attaques éventuelles, elle ne les protègerait pas de la pluie. Il poussa un léger grommellement et fit mine de retourner à l'intérieur, au sec, avant de…

Un frisson glacé remonta le long de sa colonne vertébrale et il sentit ses cheveux se hérisser dans sa nuque quand un incroyable cosmos apparut au dessus du Sanctuaire. Un cosmos qu'il avait déjà pu ressentir une fois et qui lui avait fait entrevoir ce que devait être la peur. Kardia se retourna vivement et se précipita de nouveau dehors, les yeux écarquillés et le coeur battant: impossible, il devait rêver! C'était tout bonnement inimaginable qu'Il se soit déplacé lui-même!

-Putain je rêve…

La barrière se fissurait.

La barrière se fissurait et l'ennemi public numéro un était le responsable.

La barrière se fissurait et il ne pouvait rien faire d'autre que regarder bêtement, paralysé.

-Non…

La barrière vola en éclat et une colonne de lumière mauve descendit jusqu'à la haute horloge du Sanctuaire tandis qu'un cri de douleur et d'épuisement résonnait dans les montagnes. Kardia frissonna violemment: Sasha était en danger, Sasha venait peut-être même de s'évanouir alors qu'Il était là! Son coeur s'arrêta un instant quand une silhouette vêtue de noir apparut dans son champ de vision, quand un jeune garçon aux longs cheveux noirs s'appuya distraitement sur l'horloge et promena son regard vide sur le Sanctuaire.

Kardia serra les poings de toutes ses forces et esquissa un sourire entre la colère, l'irritation et le malaise causé par ce fond de peur qu'il ressentait:

-Hadès!

Il ne parvenait pas à y croire, ce salopard était venu les provoquer directement au Sanctuaire, en personne. Un appel posé masquant mal l'angoisse montante résonna soudain dans sa tête:

-Ne fais rien de stupide! Ne bouge surtout pas et tiens ta position!

-Il est à portée de main, Dégel! Faut qu'on fasse quelque chose!

-Non! Tu ne fais rien et tu garde ta Maison comme tout le monde!

-Sasha pourra pas nous aider et personne ne la protège!

-Sisyphe et Aldébaran sont retournés près d'elle, garde ta position et ne tente rien de stupide!

-Putain Dégel c'est le moment rêvé, on aura plus jamais une occasion pareille!

-Je t'interdis de faire quoi que ce soit, est-ce que tu m'entends?!

-Désolé mais tu pourras pas m'en emp-…

Un cri étouffé s'échappa à demi de ses lèvres quand des rayons mauves s'échappèrent de la main d'Hadès pour aller heurter le baraquement des apprentis, la temple au niveau de l'arène, le réfectoire des Chevaliers de bas rang et d'autres bâtiments, les faisant exploser avec une violence qui lui coupa le souffle. Des cris enflèrent depuis le pied du Sanctuaire et des flammes se mirent à ravager les bâtiments encore debout, allant jusqu'à s'étendre jusqu'au premier temple:

-Les gosses…

Mikhail et Liam étaient peut-être dans ce bâtiment. Et s'ils n'y étaient pas, ils ne devaient pas en être bien loin. En grand danger s'ils n'étaient pas déjà morts. Les yeux écarquillés, Kardia resta un instant muet sur le coup de la surprise, puis, ce fut comme si un électrochoc l'avait secoué tout entier et son cosmos mêlé de rage enfla autour de lui, la colère l'empêchant de vérifier si les cosmos des deux garçons étaient encore perceptibles:

-Espèce de sale petit fils de pute!

-Kardia, arrête!

-Il vient peut-être de tuer les garçons, putain! Je vais lui arracher le coeur, je vais le tuer!

Comme pour répondre à sa propre manifestation de cosmos, quoique légère, deux cosmos remplis de rancoeur s'élevèrent depuis la première et la septième maison, signe que ni Dohko ni Shion n'avaient oublié leur échec cuisant en Italie. Et quand Hadès ouvrit la bouche, malgré la distance, ce fut comme si sa voix, étonnamment jeune, avait résonné directement dans leurs têtes, les paralysant sur le coup de la surprise:

-Cela fait vraiment très longtemps que je n'ai pas vu Athéna, je ne laisserai personne me gâcher ce plaisir, Chevaliers. Alors vous allez rester sagement dans vos Maisons pendant un moment.

Dès la fin de sa phrase, Kardia eut l'impression qu'un main géante l'écrasait, à genoux sur le sol, comme si une colonne de marbre avait jetée sur son dos. Il poussa une exclamation à la fois rageuse et douloureuse et se rattrapa in-extremis, les mains plaquées sur le sol et les un genou au sol, l'autre tremblant, luttant pour rester debout. Mais il avait beau essayer de se relever, c'était comme si, plus il insistait, plus la pression était forte. Et quand Hadès se téléporta directement jusqu'à Sasha, un grognement rauque lui échappa:

-Bordel!

Il était juste là, cette ordure était à portée de main, et ils ne pouvaient rien faire!

-T'aurais pas envie de me sortir une solution miracle, Dégel?!

-Calme-toi bon sang! Je fais ce que je peux!

-Bah fais mieux et plus vite! Parce qu'à ce rythme-là il va nous la tuer, ce fils de…

Ils se tendirent brusquement quand, là-haut, le cosmos de Sisyphe vacilla avant de disparaitre une demi seconde. Juste ce qu'il fallait pour que Dégel sente son coeur se serrer dans sa poitrine. Il n'était pas mort, mais il devait avoir été gravement blessé pour que son cosmos s'affaiblissent au point de disparaitre. Et si Sisyphe était hors combat, aussi vite, aussi facilement, avec Aldébaran pour ultime rempart, Athéna était en très grand danger!

Mais pile comme une vague de désespoir et de colère de ne pouvoir agir enflait dans sa poitrine, une éclatante lueur bleutée jaillit dans le ciel et atterrit au treizième temple, un cosmos brillant et assuré qui avait pris la forme d'un cheval ailé pendant une seconde. Accompagné d'une once du cosmos doré et tranquille d'Asmita. Dégel souffla, abasourdi, persuadé d'avoir affaire à un revenant:

-Pégase…

$s$s$s$

-Tu as failli me faire attendre, Tenma.

Le visage marqué de bleus et d'égratignures ne parvint pas à ternir le large sourire vengeur qui étirait les lèvres de Pégase. Une lueur déterminée éclairant ses yeux si particuliers, Tenma se redressa, serrant le chapelet entre ses mains, sentant le cosmos encore vivant d'Asmita nourrir le sien, faisant rempart de son corps entre Sasha et Alone:

-Désolé Alone, mais comme tu vois, je suis venu tenir ma promesse de te mettre une raclée!

Un sourire à la fois tendre et mauvais sur les lèvres, Hadès souffla:

-Comme si j'avais pu douter de toi…


Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! J'espère que ça vous a plu! L'action revient dans le chapitre suivant (qui sortira donc mardi ou mercredi) ;)