Re salut à tous! Voilà déjà le nouveau chapitre (et c'est reparti pour des scènes de combat, la paix est bien derrière eux hélas...), j'espère qu'il vous plaira ^^ Je suis heureuse que le précédent et son rythme plus posé vous ait plu d'ailleurs, un peu de calme de temps en temps ne fait pas de mal :')
Sur ce, je ne vous retiens plus!
Enjoy!~
-Tu fais vraiment peine à voir mon gros, et je dis ça sans vouloir te vexer!
-Ferme ta gueule, Mani!
Le Cancer esquiva une pomme qui visait manifestement son visage en poussant un petit ricanement mi-amusé mi-mauvais, trop ravi de la réaction de son meilleur ami, toujours alité à cause d'une violente crise qui avait duré bien trop longtemps (presque quarante-huit heures), cinq jours auparavant, peu après l'attaque d'Hadès au Sanctuaire.
Kardia poussa poussa un grognement faussement irrité et croisa résolument les bras sur sa poitrine, se sentant clairement mieux mais toujours trop faible pour avoir l'autorisation de quitter son lit (et encore, il avait eu de la chance de pouvoir simplement rester dans son temple, encore un peu et ce taré de médecin le confinait à l'infirmerie!):
-J'aimerais bien t'y voir, tiens!
-Oh ça va, je me moque mais tu sais bien que c'est pas sérieux!
Kardia leva des yeux faussement las vers lui et Manigoldo sourit jusqu'à ses deux oreilles en se laissant tomber sur son lit:
-Enfin, si, un peu quand même, t'as objectivement l'air d'un déterré.
-Merci pour ton soutien, ça fait toujours plaisir.
-Qu'est-ce que tu veux que je te dise, je vais pas te raconter des conneries et te dire que t'as l'air en pleine forme, si?
-De toute façon je te croirais pas alors bon…
L'Italien poussa un soupir amusé et jeta un coup d'oeil distrait par la fenêtre, perdant petit à petit cet air enjoué qu'il avait réussi à reconstruire depuis la disparition d'Albafica, et soufflant:
-J'en reviens toujours pas, ça s'est passé tellement vite…
-Rassure-moi, tu parles pas de ma crise là?
-Nan, d'Aldé.
-Ha, ouais… C'est la merde…
Soupira Kardia en regardant machinalement par la fenêtre lui aussi. Deux jours auparavant, alors qu'ils peinaient encore à remettre le Sanctuaire en état après l'attaque d'Hadès, Aldébaran avait été attaqué par deux Spectres lors d'un entrainement avec ses disciples et Tenma. Deux Spectres envoyés pour mettre définitivement fin aux jours de Pégase. Et malgré sa victoire notable sur les deux assassins, le Taureau n'avait pas survécu à ses blessures (ayant déjà dû affronter un puissant Spectre quelques jours auparavant et souffrant encore de ses blessures) et était mort debout, après avoir protégé le Sanctuaire et ses protégés au péril de sa propre vie. Laissant de nouveau des apprentis sans entrainement et sans guide, ainsi qu'un Tenma dévasté, rongé par la culpabilité et les remords. Eux-mêmes Chevaliers d'Or s'étaient réellement sentis désorientés: après avoir « perdu » Sisyphe, ils se retrouvaient désormais sans aîné pour les guider et les rassurer… Le courage et l'abnégation du Taureau avaient toujours été ses principales qualités, et voilà qu'il avait perdu la vie pour protéger les apprentis qu'il considérait comme ses propres enfants. Honnêtement, Kardia était "touché" par sa mort inattendue, enragé que des Spectres aient encore pu s'infiltrer au coeur même du Sanctuaire. Aldebaran ne méritait pas ça, pas une mort aussi ridicule, pas après avoir tant lutté. Pas comme ça... *
Tenma avait même essayé de fuir le Sanctuaire pour se confronter directement au Dieu des Enfers avant d'être rattrapé in extremis par Manigoldo et mis aux fers pour éviter qu'il se jette lui-même dans la gueule du loup. Mais il fallait se rendre à l'évidence, quelqu'un avait dû l'aider à s'enfuir, car ce matin en passant voir sa cellule, le garde l'avait trouvée vide. Sans doute depuis longtemps. Si bien que le Pope envoyait Manigoldo à la poursuite du garçon pour le ramener au Sanctuaire de gré ou de force, et ce pour sa propre sécurité.
Kardia poussa un soupir las et passa la main dans ses cheveux, ennuyé malgré lui. Objectivement, il n'avait jamais été proche du Taureau, mais son côté chaleureux et sa bonne humeur à toute épreuve l'avait rendu presque sympathique à ses yeux. Il n'était pas triste, non, plutôt un peu choqué, surpris peut-être. Ennuyé. Et il devait avouer qu'il se sentait très légèrement mal pour les apprentis laissés derrière. Il se rendait bien compte qu'ils avaient perdu à la fois un allié puissant et un ami, peut-être une sorte de gentil grand frère qui les guidait… Légèrement mal, mais assez pour que son esprit se tourne un instant vers leurs propres apprentis, à Dégel et à lui (heureusement sains et saufs), avant de de se tourner une demi seconde vers la cabane reculée du Sanctuaire où Edwyn se trouvait depuis la mort d'Albafica, lui aussi désormais sans maitre pour le guider.
Le Scorpion jeta un regard attentif à Manigoldo, conscient que malgré son air rieur et enjoué, le Cancer restait incroyablement blessé, brisé, par la mort d'Albafica. Si bien que, il fallait l'avouer, l'entrainement de Vincent depuis ce jour n'avait pas été aussi assidu qu'avant… Comme si une partie de Manigoldo était morte ce jour-là, emportée par son compagnon. Comme si il ne pouvait redevenir lui-même qu'en le rejoignant dans la mort… Réaction tellement semblable et pourtant tellement différente de celle d'El Cid, resté aux chevets de Sisyphe depuis l'attaque d'Hardés. Depuis que cette flèche d'or avait transpercé le Sagittaire jusqu'à le plonger dans un profond coma dont il ne sortait pas.
Là où Manigoldo avait simplement tenu la main inerte d'Albafica dans la sienne, les yeux tirés et les joues trempées de larmes, El Cid pouvait encore se permettre d'espérer, d'attendre que Sisyphe se réveille enfin, ouvre les yeux, vive, avec lui à ses côtés. Et son désarroi muet était teinté d'une détermination, d'une foi inconditionnelle qui avait impressionné Dégel. Kardia se cala plus confortablement contre son oreiller:
-Alors comme ça tu nous laisses en plan?
-C'est pas comme si j'avais le choix, (Gronda Manigoldo en passant la main dans sa nuque) Le vieux me fout une pression de dingue pour que je fasse la nounou de ce sale gosse de Pégase! Pourquoi il envoie pas Dohko d'abord, c'est lui son responsable, non?
-Ouais, c'est bizarre comme histoire.
Il y eut un léger silence, comme si Kardia lui laissait l'opportunité d'avouer ce qu'il cachait, mais comme Manigoldo continuait de jouer les innocents, le Scorpion lança:
-T'es sûr que t'as rien à me dire?
-Autre que « t'as une tête à faire peur » et « j'ai la flemme de me taper l'Italie pour rattraper cet emmerdeur »? Nan je crois pas.
-Tu comptes revenir quand même, n'est-ce pas?
Manigoldo éclata de rire, avec tant de franchise et de spontanéité que Kardia sut qu'il mentait:
-Hahaha mais qu'est-ce que tu racontes comme connerie! Bien sûr que je vais revenir voyons, je te manquerais trop sinon!
-Arrête de jouer à ça avec moi, t'as pas besoin de me mentir et de faire genre que tu vas bien alors que tu vas mal. Alors que t'espères ne pas en revenir de cette mission de merde.
L'Italien tiqua légèrement et fronça les sourcils en se levant, l'air de rien:
-T'es bien placé pour me faire ce genre de remarque! Et puis t'en fais pas, je risque sans doute pas grand chose en allant chercher cet imbécile.
Kardia aurait aimé répondre, tirer les vers du nez du Cancer peut-être, au moins savoir s'il n'y avait pas autre chose derrière le prétexte d'aller chercher Tenma. Mais son coeur l'élança légèrement et il grimaça en se redressant sur le coup de la douleur, aussi furtive soit-elle. Immédiatement, Manigoldo se pencha en avant, inquiet mais professionnel:
-T'as de nouveau mal? Tu veux que j'appelle Dégel?
-T'inquiète, ça en vaut pas la peine, c'est juste un petit reste de cette merde…
Soupira Kardia en se laissant de nouveau aller sur son oreiller, las, épuisé par cette crise qui semblait ne jamais vraiment finir. Pile comme il pensait cela, la porte s'ouvrit doucement après que deux légers coups aient résonné, et Dégel entra, l'air légèrement fatigué au vu des nombreuses nuits sans sommeil qu'il avait passé, d'abord pour soigner Kardia puis pour faire des recherches et essayer de tirer Sisyphe de son sommeil presque maléfique. Il devait vraiment être épuisé à force… A devoir s'occuper de son compagnon à moitié mourant, à devoir essayer de trouver une solution au mal du Sagittaire,… Le pauvre…
Avisant la présence du Cancer, Dégel lui adressa un signe de tête pour le saluer auquel Manigoldo répondit d'un signe de la main:
-Salut Dégel, la forme?
-J'ai connu mieux.
-Ouais bah ça se voit, t'es assorti à Kardia, vous faites peine à voir tous les d-… Aïe!
S'exclama-t-il en se frottant le crane suite au lancer de pomme que, cette fois, il n'avait pas pu éviter. Kardia poussa un ricanement satisfait et jonglant avec un nouveau fruit, comme pour gentiment menacer son ami et le prévenir de la mettre en veilleuse s'il ne voulait pas s'en prendre une autre en pleine face. Dégel leva les yeux au ciel mais ne fit aucun commentaire, se contentant de se diriger vers la cuisine pour préparer les médicaments que cet idiot de première refusait de prendre. Manigoldo déclara forfait en levant les mains au ciel avant de se diriger vers la porte en râlant faussement:
-Puisque ma présence n'est pas désirée ici, je me casse! J'ai une saleté de canasson à ramener, moi!
-Mani.
-Quoi encore?!
-Fais attention à toi, d'accord?
L'Italien esquissa un sourire à la fois tendre et las avant de lui adresser un clin d'oeil faussement enjoué:
-T'en fais pas pour moi, vieux. Occupe-toi de te soigner et de te reposer.
Ils échangèrent un sourire franc puis Manigoldo sortit, sans un regard en arrière. Kardia se laissa aller contre son oreiller et poussa un soupir fatigué, sentant un léger mal de tête poindre et son coeur s'épuiser à essayer de battre trop vite:
-Décidément ses visites semblent peu reposantes.
Remarqua Dégel en ramenant un petit plateau (garni d'un verre d'eau et dudit médicament) avec lui, détaillant son compagnon d'un air légèrement inquiet et absolument alerte, prêt à agir s'il le fallait. Kardia leva la main et lui adressa un petit signe:
-C'est pas lui la cause première… C'est cette saloperie de merde…
Dégel s'assit sur la chaise qui n'avait pas quitté son chevet depuis des jours et mélangea la poudre brunâtre à l'eau du gobelet, faisant grimacer Kardia qui fronça le nez et tira la langue en grommelant un « beurk » raffiné:
-Tu as pu dormir un peu mieux cette nuit?
Demanda Dégel, faisant mine de rien et tendant avec insistance le verre à son frère d'armes. Sans cesser de grimacer, Kardia se saisit du gobelet du bout des doigts, comme s'il s'agissait de poison mortel, et le porta lentement à ses lèvres:
-Bof, un peu mieux qu'hier mais pas top quand même. Ca fait encore mal de temps en temps. (Il déglutit difficilement et fit la grimace en frissonnant violemment) Putain c'est dégueulasse, cette merde.
-Contente-toi de tout avaler et de te reposer.
Soupira Dégel en récupérant le verre (après avoir vérifié qu'il était bien vide) et en le déposant sur la table de nuit. Il étouffa un bâillement et se frotta les yeux derrière ses lunettes avant de les retirer et de les déposer à leur tour. L'air légèrement préoccupé sous son épuisement, Kardia pencha la tête sur le côté et posa la main sur la joue du Verseau:
-Et toi, tu dors assez?
Dégel soupira et secoua la tête, jugeant qu'il était inutile de mentir au vu de la taille des cernes qui devaient s'étirer sous ses yeux:
-Pas autant que je le voudrais. Mais je vais bien.
-A d'autres.
-Puisque je te le dis.
Kardia soupira et grimaça légèrement quand un nouveau pincement lui serra la poitrine:
-Tu devrais dormir un peu, je vais bien. Et Sisyphe n'ira nulle part le temps que tu fasses une sieste, je crois.
Dégel leva les yeux au ciel:
-Je crains plutôt que vos états respectifs n'empirent si je me repose une seconde.
-Je vais bien, t'en fais pas. Et El Cid veille sur Sisyphe. Je crois que t'as droit à une petite pause, nan?
Tentante, trop tentante proposition pour qu'il ne daigne la refuser au vu de son niveau d'épuisement. Mais Dégel secoua la tête et se contenta de croiser les bras sur le lit et d'y enfouir son visage en soufflant:
-Tu crois qu'on a une chance?
-De quoi?
-De gagner cette guerre, d'y survivre, peut-être.
La main de Kardia se posa doucement sur sa tête, comme pour le rassurer, le bercer, et il soupira:
-Je sais pas, Dégel… Je sais vraiment pas… J'ai de l'espoir pour toi, mais moi même si j'y survis, je crois que je tiendrai pas le coup longtemps...
-Arrête de dire ça.
Rétorqua Dégel d'un ton épuisé et en fermant les yeux, comme complètement lassé de ce genre de discours défaitiste. Kardia haussa les épaules, sans cesser de doucement caresser les cheveux du Verseau:
-Faut pas se bercer d'illusions. J'adorerais rester en vie avec toi jusqu'à la fin, mais faut se rendre à l'évidence: sans remède, je suis condamné. C'est déjà miraculeux que j'ai pu tenir le coup jusqu'ici.
-Grâce à qui encore?
-A toi voyons, bête type.
Dégel esquissa un sourire fatigué, sans faire mine de bouger:
-Je me disais aussi.
-T'es con quand tu veux, tu sais ça?
-J'ai eu un bon professeur.
-Roh mais il est perfide en plus!
Le sourire de Dégel s'élargit un peu puis il poussa un léger soupir et sa voix se fit plus basse, engourdie:
-J'aimerais bien que tu sois guéri…
-Et moi donc, seigneur Dégel…
Il y eut un léger silence que Kardia respecta, conscient que, lentement mais sûrement, Dégel était enfin en train de s'endormir. Puis, après une éternité, après cinq bonnes secondes, une voix endormie lui répondit:
-Je ne veux pas que tu meures…
Kardia sourit détailla le visage tranquille de son Verseau, enfin apaisé et reposé, enfin endormi:
-Et moi donc… (Il s'appuya sur le rebord de son lit et ferma les yeux) Et moi donc…
$s$s$s$
-Va falloir arrêter de me sous-estimer, ô grand Thanatos de mes deux! (Un sourire rayonnant sur le visage, Manigoldo leva le poing et enflamma son cosmos, les yeux rivés dans ceux, narquois, du Dieu de la Mort) Seki Shiki Kisoen!
Les énormes pièces d'échec qui l'entouraient disparurent et la pièce toute entière fut embrasée par des flammes bleues, réduisant le jeu même en poussière. L'Italien négligea la douleur terrible qui enflait dans son dos, concentré sur son combat avec son ennemi, avec celui qui lui avait indirectement enlevé Albafica. Avec celui qui avait causé son malheur et celui de son maître:
-Fini de jouer: je vais consumer ton âme et me faire un plaisir de d'éclater la gueule!
La colère et la détermination qui enflaient dans sa poitrine lui donnaient plus de force qu'il n'en avait jamais eu. Si bien que son brasier bleu lui sembla plus puissant encore que d'habitude. A peine épaté, l'homme aux cheveux noirs haussa un sourcil:
-Pauvre fou, tu ne connais donc pas la différence de puissance entre un simple humain et un Dieu? Je vais me faire un plaisir de te l'enseigner.
Sa longue toge sombre laissant place à un surplis noir d'encre, un sourire amusé étira légèrement ses lèvres. Tous les sens en alerte, Manigoldo campa davantage les pieds sur le sol quand une faille dimensionnelle s'ouvrit autour d'eux, tellement semblable à l'Autre Dimension d'Aspros qu'il parvint à ne pas trop se laisser surprendre lorsque le passage s'ouvrit:
-Cet endroit est réservé aux Dieux, et si un humain voulait s'y aventurer, il finirait en morceau. (Une lueur presque dégoutée éclaira ses yeux sombres) Tu ne mérites même as de mourir de ma main, je me contenterai de laisser ce passage te détruire.
Quand une colonne quitta le sol devant lui, Manigoldo sentit son sourire se faner, quand il comprit que son corps lui-même commençait à être aspiré et qu'il n'avait aucun moyen de se retenir. Il ferma les yeux, tenta de lutter… Puis poussa un soupir soulagé et alla jusqu'à esquisser un sourire, presque soulagé à l'idée d'en finir…
-Je ne te laisserai pas faire, Thanatos!
Manigoldo rouvrit des yeux surpris en reconnaissant la voix de son maître. Il savait que Sage avait prévu de venir le rejoindre une fois qu'il aurait réussi à remonter jusqu'aux dieux jumeaux, mais il ne pensait pas qu'il aurait pu faire aussi vite! Un éclair de lumière dorée déchira le passage dimensionnel et la silhouette vêtue de blanc du Grand Pope se dressa entre eux deux. Le Cancer retomba à genoux sur le sol avec un soupir surpris et rassuré. Un large sourire vengeur sur les lèvres, Sage releva la tête vers Thanatos, sans une once de crainte dans la voix:
-Nous nous retrouvons de nouveau face à face.
Le Dieu de la Mort fronça imperceptiblement les sourcils, intrigué malgré lui:
-Qui es-tu, et comment parviens-tu à survivre dans cette dimension? Tu n'es qu'un simple humain, alors comment?
-Mon corps se trouve sous la protection de la Déesse Athéna, (Répondit Sage sans se départir de son sourire et soulevant les sceaux qu'il tenait dans la main) Ces sceaux sont marqués par le sang de sa précédente incarnation me fournissent sa protection sacrée.
Il tendit le bras et les sceaux firent voler le passage dimensionnel en miettes, si bien qu'ils se retrouvèrent de nouveau tous les trois dans le palais personnel des deux Dieux, comme si tout n'avait été qu'une illusion. Les sourcils froncés, poussé par une détermination de deux siècles:
-Je suis Sage, Grand Pope du Sanctuaire et Chevalier d'Or du Cancer de la précédente Guerre Sainte. Bien évidemment un Dieu tel que toi doit bien se moquer du nom de son adversaire, surtout s'il est humain, mais il est important pour moi de me rappeler à ton souvenir: il y a deux cent ans, lors de la dernière Guerre Sainte nous avons été victimes de deux Dieux furieux dont nous ignorions l'identité. Et aujourd'hui encore je regrette encore de ne pas avoir pu sauver mes frères d'armes.
Sage serra le poing jusqu'à en faire blanchir ses articulations: malgré son âge, malgré l'expérience et la sagesse de la vieillesse, il n'avait jamais réussi à pardonner, à oublier, à tourner la page. Alors, d'enfin se retrouver face à l'un des deux responsables de ses remords, de ses nuits d'insomnies et de cauchemars,… Il avait l'impression que son coeur bouillait à la fois de colère et de joie d'avoir enfin l'occasion de se venger, de venger la mort de ses camarades,…
-Pour vous retrouver tous les deux j'ai chargé Manigoldo de protéger Tenma de Pégase afin de localiser vos cosmos après votre altercation, me permettant de remonter enfin jusqu'à vous, et en l'occurence, à toi.
Thanatos poussa un léger soupir presque amusé, sans avoir l'air surpris:
-Tu es en train de me dire que tu avais tout prévu?
-C'est aussi le rôle du Grand Pope que d'anticiper les faits et gestes des Dieux.
Son léger sourire satisfait se teinta d'une once d'inquiétude quand il s'assura de l'état de son ancien disciple qui, une fois n'était pas coutume, répondit sur le ton de la rigolade malgré son épaule incroyablement douloureuse et son dos en miettes. Malgré l'humiliation d'être aussi faible alors qu'ils se trouvaient hors de portée de la barrière de protection d'Hadès. C'était dire si cet adversaire était puissant. Il avait beau faire de son mieux, c'était comme si son corps peinait à le suivre:
-Pauvres fous, ce n'est pas un vieillard qui va changer la donne. Vous seriez des milliers que ça ne changerait rien. (Il leva la main et Sage et Manigoldo ne purent réprimer un frisson face à la puissance du cosmos qui entoura soudain Thanatos) Tartaros Phobia!
Des esprits grisâtres surgirent à toute vitesse, si vite qu'ils eurent à peine le temps de les esquiver. Et quand l'un d'entre eux alla jusqu'à planter les dents dans le mollet de Manigoldo, il comprit bien vite qu'il s'agissait de fantômes qui causaient des dommages aussi bien spirituels que physiques. Sans doute les esprits des morts que Thanatos avait tué de ses propres mains. Et malgré le léger sentiment d'inquiétude qui lui étreignit le coeur, la voix de son maître lui servit de lien vers la réalité, la rationalité:
-Ne panique pas, puisque ce sont des esprits, nous avons toutes nos chances, tu ne crois pas?
Manigoldo répondit franchement au sourire rassurant de Sage avec un clin d'oeil et, loin de s'inquiéter quand les esprits le trainèrent de force jusqu'à Thanatos, il alla même jusqu'à pousser un petit rire en enflammant son cosmos:
-Seki Shiki Konso Ha!
Une véritable déflagration résonna dans la salle entière et tous les esprits prirent feu, répandant les flammes bleues jusqu'à ce que le palais tout entier en soit inondé. Et quand Thanatos écarquilla légèrement les yeux, ce fut surtout quand il se rendit compte de la légère douleur qui élançait son visage. Quand il comprit que cette ligne de feu sur sa joue était une blessure. Causée par un humain. Il passa une main distraite sur sa joue, sourd aux remarques ironiques des deux insectes qui osaient se dresser devant lui. A la fois fasciné et enragé par cette trace rouge qui s'étalait sur son doigt. Par ce sang carmin qu'il avait vu couler tant de fois sur ses victimes mais jamais s'échapper de son propre corps. A quel point ce corps, cette enveloppe charnelle, était faible. Jamais ce genre de chose ne serait arrivée avec son véritable corps en Elysion. Jamais ce misérable humain n'aurait pu lever la main sur lui.
Deux sentiments enflaient dans sa poitrine: une certaine curiosité mêlée d'amusement, mais surtout, oh surtout, une rage telle qu'il n'en avait encore jamais ressentie. Thanatos ferma le poing et son sourire tint plus de la grimace de colère que de la joie:
-Je vais vous massacrer.
Manigoldo se dressa devant son maître et tendit un bras, prêt à attaquer et à défendre s'il le fallait. Pendant une seconde, il avait cru qu'il était prêt à mourir, à en finir avec cette vie complètement morne, fade, vide d'intérêt depuis qu'Albafica ne la partageait plus avec lui. Non, cette fois-ci, il était déterminé à emmener cet enfoiré avec lui avant de clamser. A venger son maître, à se venger. A donner une chance de plus à l'armée d'Athéna. Thanatos leva les bras et une gigantesque boule d'énergie mauve enfla au dessus de lui, tellement énorme que, pendant un instant, il ne sut pas bien quoi faire. Mais quand elle se dirigea à toute vitesse sur eux, Manigoldo bougea d'instinct:
-Maître, reculez!
Il se précipita en avant et tendit les bras, concentra son cosmos pour arrêter l'attaque et…
Fut propulsé en arrière avec une telle force qu'il perdit connaissance avant même de sentir qu'il avait mal. De sentir la douleur enfler dans son corps tout entier. De sentir des pièces se détacher de son armure. De sentir ses os se rompre, sa mâchoire craquer, le sang s'échapper de ses lèvres et de son arcade sourcilière.
Ah… Peut-être qu'il avait vraiment envie de mourir au fond…
Juste de lâcher prise, d'arrêter de se faire du mal, de souffrir, de voir les autres souffrir depuis sa plus tendre enfance… Quand est-ce qu'il avait entendu cette comparaison? Celle entre la vie humaine et les détritus? Ah oui, c'était quand Sage l'avait trouvé… Quand ce vieux schnock l'avait clairement dominé sans jamais l'humilier, en lui ouvrant simplement les yeux. En lui caressant doucement la tête comme le faisait sa mère et en lui souriant avec la même assurance que son père:
-Mon cher Manigoldo, crois-tu vraiment que la vie humaine ne vaut rien de plus qu'un détritus?
Comme secoué par une décharge électrique, Manigoldo inspira soudain et rouvrit les yeux lorsqu'il heurta le sol et tomba à genoux, une main sur le sol pour se tenir éveillé malgré les points verts qui dansaient devant ses yeux et le bruit aigu qui perçait ses tympans, lorsque son corps se mit à hurler de douleur et quand son esprit réalisa qu'il était encore en vie. Que son maître se tenait debout devant lui et l'avait, une fois de plus, sauvé:
-Pauvre inconscient! (Hurla Sage pour se faire entendre) Na va pas sacrifier ta vie aussi inutilement, bon sang! Encore un peu et tu étais complètement pulvérisé! Décidément tu es toujours aussi impulsif!
La respiration rendue sifflante et douloureuse, pénible et laborieuse, Manigoldo alla jusqu'à pousser un léger rire sans essayer de rattraper son casque qui valsait sur le sol:
-Ouais… On dirait bien, désolé papy… Mais z'avez quand même réussi à me faire changer d'avis sur ça, maître: même si ce Dieu de merde nous voit comme des détritus, des insectes, (Il esquissa un sourire et redressa la tête) moi j'ai envie de briller au moins une fois dans ma vie.
Il se releva péniblement, força sur ses jambes tremblantes et fébriles et fusilla Thanatos du regard en levant le poing vers lui:
-Arrête un peu de sous-estimer les humains! Regarde, je suis loin d'être mort! Tu ne…
Il y eut comme un clic juste derrière son armure, au niveau de sa poitrine. Presque rien. Juste ce qu'il fallait pour qu'il se demande ce que ça pouvait bien être. Puis la douleur explosa. Terrible. Mortelle. Et tout devint noir. Seule la voix de son maître résonna encore à ses oreilles pendant une courte seconde.
Sage écarquilla des yeux horrifiés et ne parvint pas à retenir un cri effaré:
-Manigoldo! (Il se tourna vers Thanatos et grinça des dents, le coeur serré par la peur et la rage) Non! Je ne te laisserai pas me prendre mon disciple!
Hormis son frère, Hakurei, il était tout ce qu'il lui restait, tout ce à quoi il tenait! Hors de question de le laisser mourir! Il ne le permettrait pas! Il leva les sceaux devant lui et enflamma son cosmos, déterminé à en finir une bonne fois pour toute, à sceller ce Dieu de malheur! Manigoldo ne pouvait pas être mort, il était puissant, il était son disciple, il ne pouvait pas mourir! Pas tant que lui était en vie et prêt à en découdre. Mais contre toute attente, plutôt que de manifester un semblant de crainte, Thanatos éclata d'un rire moqueur:
-Tu pensais vraiment pouvoir me retenir avec des bouts de papier vieux de deux cent ans?! Comment oses-tu sous-estimer un Dieu, humain stupide?!
La vague d'énergie enfla d'un coup et un soupir horrifié s'échappa des lèvres du Pope comme tous les sceaux s'enflammaient:
-Impo-…
Mais sa voix s'étrangla dans sa gorge quand il fut propulsé en arrière et que son dos poussa un craquement horrible. Sage sentit du sang couler depuis son front jusqu'à sa joue quand le casque doré lui fut arraché de force et entailla profondément son visage, et il dut lutter pour ne pas tomber à genoux quand la pression disparut. Le souffle court et sifflant, le Pope leva péniblement la tête vers Thanatos, indemne alors qu'ils étaient tous les deux en si mauvais état. Il fronça les sourcils et pinça les lèvres, presque pantelant de douleur: hors de question de céder et d'abandonner. Pas après autant d'années de lutte et de plans, de tactiques et de souffrance. Hors de question que l'espoir s'éteigne ainsi. Et s'il ne pouvait plus compter sur les sceaux, il allait devoir passer immédiatement passer à la phase finale de son plan. Tant qu'il pouvait le vaincre, tant qu'il pouvait sauver…
Une ombre bondit devant lui et se propulsa à toute vitesse vers son ennemi. Si vite qu'il peina à l'identifier tout de suite. Puis un cri d'effort et de colère résonna dans le palais en même temps qu'un formidable coup de poing porté directement au visage de Thanatos. Sage entrouvrit les lèvres et écarquilla les yeux:
-Ma-…
Un large sourire sur les lèvres malgré la douleur, l'épuisement et la fatigue, la voix de Manigoldo était pourtant lourde de menaces, tellement lourde que, malgré lui, Thanatos sentit un léger frisson poindre au fond de sa colonne vertébrale:
-Touche pas à mon maître, saloperie de Dieu de merde!
-Manigoldo!
Le Cancer se rattrapa du mieux qu'il put mais ses jambes flageolèrent et il roula sur le sol, directement aux pieds de Sage qui l'aida à se relever du mieux qu'il pouvait:
-Maître, z'avez vu? J'ai réussi à lui en coller une!
-Bien sûr que j'ai vu, tu te donnes encore en spectacle après tout ce temps.
Soupira Sage, soulagé malgré lui de voir que son disciple ne devait pas être en trop grand danger: une fois revenu au Sanctuaire, des soins rapides et efficaces le tireraient immédiatement d'affaire. Ivre de rage et de honte d'avoir laissé un simple humain le toucher, Thanatos leva les bras en poussant un hurlement de colère:
-Impardonnable! Comment osez-vous lever la main sur un Dieu, misérables humains?!
Le passage dimensionnel s'ouvrit de nouveau devant eux, mais Manigoldo ne ressentit aucune peur ni aucun désespoir. Si bien qu'un franc sourire illuminait son visage quand il demanda, presque sur le ton de la rigolade:
-Dites, il vous resterait pas un ou deux brouillons qui nous permettraient de nous en sortir?
-Je crains que les derniers sceaux ne soient en train de bruler devant toi.
Le ton de Sage était tellement dépourvu d'angoisse que l'Italien éclata de rire:
-Bah ça, on est vraiment pas dans la merde! C'est le genre de situation désespérée qu'on aura du mal à surmonter!
-Allons allons, ne t'ai-je pas déjà dit de ne pas utiliser ce mot à la légère. (Ils échangèrent un regard complice, lourd de souvenirs passés d'une époque meilleure) Après tout, il me reste encore une carte à jouer.
Comme pour le contredire, une explosion retentit juste derrière eux et les força à avancer d'un pas, à se rapprocher d'une mort certaine s'ils était attirés dans cette dimension:
-Qu'y a-t-il, vieil homme? Tu avais pourtant un plan, non? Navré de te décevoir, mais sache que les humains ne peuvent échapper au destin que leur dictent les Dieux! (Un sourire mauvais déforma son visage) La preuve en commençant par ton insolent disciple.
Une nouvelle explosion retentit, mais devant eux cette fois. Et là où Sage parvint à faire un pas en arrière, Manigoldo n'en eut pas le temps. Si bien que quand Thanatos porta un nouveau coup, une vague de sang gicla jusqu'à son visage. Le Cancer ne comprit pas immédiatement que c'était sa propre jambe qui tombait sur le sol, privée de tronc. Il ne comprit pas immédiatement que le sang qui coulait à flot était le sien. Ce ne fut que quand il baissa les yeux et vit que sa jambe droite avait été tranchée, ne restant que le haut de la cuisse. Alors seulement quelqu'un hurla. Alors seulement la douleur fut tellement insupportable que des sanglots de souffrance s'échappèrent de ses yeux.
Il tomba en arrière et se rendit alors compte que celui qui hurlait, c'était lui. Il pressa ses mains fébriles sur sa cuisse, essayant d'arrêter le flot de sang qui ne cessait de couler, d'arrêter la douleur,… La vue brouillée par des larmes de souffrance, il se mordit la lèvre jusqu'au sang pour arrêter de crier, pour se concentrer sur ce combat qui n'était pas fini. Sur son maître qui était encore en train de lutter malgré ses blessures, malgré son âge. La respiration hachée et le corps brulant de douleur, Manigoldo ferma les yeux un instant et laissa un hoquet de souffrance lui échapper:
-Au secours… Que quelqu'un… Quelqu'un vienne me…
-Je suis surpris: tu ne m'as pas habitué à la fuite.
Manigoldo rouvrit les yeux et la douleur disparut instantanément. Là, devant lui, englobé d'une superbe lueur dorée presque irréelle, un léger sourire sur les lèvres, un homme aux longs cheveux bleus pâles était agenouillé. Une lueur si douce dans ses yeux bleutés. Une voix qu'il aurait reconnu entre mille:
-Albafica?…
Même mentale, il ne reconnut pas immédiatement sa voix tant elle était chargée de larmes (à la fois de douleur, de joie et de chagrin) et tremblante. Le Poisson haussa légèrement les épaules, comme pour s'excuser, et lui prit la main:
-Désolé d'avoir tant tardé. (Un air inquiet passa sur son beau visage comme il détaillait les blessures de son frère d'armes ébahi) J'aurais voulu pouvoir t'aider plus vite.
Les mains trempées de sang agrippant celles, si douces, si parfaites, d'Albafica, Manigoldo sanglota malgré lui, incapable de retenir ses larmes à la fois soulagée et douloureuse:
-J'aurais tellement voulu que tu vives, Alba'… J'aurais tellement voulu que tu restes avec moi… Je suis désolé, tellement désolé…
Le Poisson esquissa un sourire triste et ferma les yeux en secouant la tête:
-Je ne t'en ai jamais voulu, voyons. Je suis heureux d'avoir pu te protéger.
Le visage de Manigoldo s'apaisa soudain et un soupir soulagé s'échappa de ses lèvres ensanglantées:
-Je vais bientôt tenir ma promesse, alors attends-moi encore un peu, d'accord?
Albafica sourit doucement et serra ses mains dans les siennes:
-C'était normal voyons, après tout, tu es celui qui m'a le plus attendu.
-Désolé d'avoir tant tardé.
-Comme si je pouvais t'en vouloir.
La vision se dissipa et le son lui revint, si bien qu'il entendit Thanatos narguer son maître, vit l'âme du Dieu regagner son corps malgré tous ses efforts pour l'en séparer. Alors, le coeur battant et le sourire aux lèvres, enhardi par le cosmos de son compagnon, il leva le bras:
-Seki Shiki Mekai Ha.
Thanatos poussa un cri étouffé et surpris lorsque son âme se sépara une nouvelle fois de son corps, avec plus de force, si bien qu'il ne parvenait pas à résister aussi bien et à regagner son enveloppe charnelle:
-Quand je pense que je vénérais la mort quand j'étais gosse… Au fond, je crois que je la haïssais encore plus. (Un sourire ravi éclaira son visage blafard) Je vais me faire un plaisir de t'éclater la gueule! Ah, au fait, maître! Je suis vraiment ravi de vous avoir suivi ce jour là.
Sage s'empêcha de faire un pas en avant, de se ruer auprès de son apprenti, encore un enfant, son garçon, pour se contenter de sourire doucement, conscient du message de reconnaissance pure que lui dévoilait le Cancer:
-Et moi donc.
Il n'avait plus de regret, juste un peu de « honte » à laisser son maître seul pour la suite. Il risquait d'être surpris. Déçu. Triste. Peut-être même en colère. Mais il n'avait de toute façon plus énormément de temps devant lui. Alors quand l'âme de Thanatos quitta complètement son corps, malgré le hoquet horrifié que poussa Sage, Manigoldo poussa sur sa jambe gauche et sauta en avant, droit dans le vide. Droit sur l'enveloppe charnelle du Dieu de la Mort. Pour l'entrainer avec lui. Sans jamais cesser de sourire:
-Maintenant c'est toi le putain de détritus.
Se retourner une demi seconde, juste le temps de voir le visage de cet enfoiré de Thanatos se décomposer. Juste le temps de lui rire au nez une dernière fois.
Puis de disparaitre.
Mourir.
Rejoindre Albafica et prendre la main qu'il lui tendait enfin sans crainte.
Il était prêt. Enfin.
-Merci, maître. Je vous confie la suite. A vous et à Pégase.
$s$s$s$
Kardia se redressa sur son lit, les yeux écarquillés et le souffle court. Le coeur battant, le Scorpion chercha le regard de Dégel des yeux, vit que le Verseau s'était levé et s'était tendu imperceptiblement:
-Dégel…
Le Français se retourna vers lui, le visage totalement neutre, mais que Kardia parvenait à voir comme décomposé:
-T'as… T'as senti aussi?
Dégel pinça les lèvres et baissa les yeux, incapable de soutenir son regard. Le Scorpion laissa échapper un soupir horrifié et resta complètement silencieux pendant une longue seconde. Le temps d'assimiler la disparition du cosmos de Manigoldo, l'absence de son meilleur ami.
Sa mort complètement injuste.
Puis il vit rouge.
Kardia se leva d'un bond et se rua hors de la chambre, suivi par Dégel qui n'essaya pas tout de suite de l'arrêter:
-Qu'est-ce que tu fais?
-Je vais le chercher!
-Kardia…
-Non, non, non, non, je vais le chercher! Il est là, il a besoin d'aide, j'y vais!
Son coeur s'arrêta un instant et il dut s'appuyer à une colonne pour ne pas défaillir, le visage déformé par une grimace de douleur et de rage. Il poussa un grognement et Dégel posa une main douce sur son épaule:
-Kardia, je suis désolé…
-Arrête, tais-toi, il a juste besoin d'aide!
-Il est parti, Kardia.
Le Scorpion se dégagea violemment en poussant un cri enragé et frappa la colonne du poing, faisant valser des morceaux de marbre dans tout le temple. Dégel soupira et baissa les yeux:
-Je suis désolé…
-Tu le savais? (Grande inspiration) Tu savais qu'il allait mourir?
-Non… Je savais ce que le Pope préparait… Mais il n'avait pas prévu que Manigoldo meure… Heureusement, on dirait qu'ils ont réussi tous les deux…
-Parce que la mort c'est une réussite?
Feula Kardia sans le regarder, refusant que Dégel ne voie les larmes de colère et de douleur dans ses yeux:
-Tu n'as pas senti un autre cosmos disparaitre? Ils ont scellé un des Dieux Jumeaux, ils ont réussi.
Un frisson secoua les épaules de Kardia qui se mordit la lèvre jusqu'au sang: il n'en avait rien à foutre des Dieux Jumeaux, rien à foutre du Pope, rien à foutre de cette réussite de merde. Tout ce qu'il savait c'était que son meilleur ami venait de mourir. Et le pire, c'était qu'il l'avait senti venir mais qu'il n'avait pas réussi à l'empêcher de partir. A le retenir. Il serra les dents et souffla, la gorge serrée par un mélange de rage et de désespoir:
-Quel espèce d'abruti!
Dégel ne répondit pas.
Il n'y avait rien à répondre à la douleur et au chagrin.
Il leva la tête, sentit une brève manifestation du Cancer apparaitre au quatrième temple avant de disparaitre pour toujours. Le coeur serré malgré tout, Dégel ferma les yeux:
-Adieu, Manigoldo…
$s$s$s$
-J'ai le regret et la douleur de vous annoncer, malgré la disparition d'un redoutable ennemi de notre cause, la mort de Manigoldo du Cancer et de notre Grand Pope Sage.
Souffla Sasha, tentant de rester la plus droite possible malgré sa peine évidente. Agenouillés devant elle, les six Chevaliers d'Or restants baissèrent la tête en poussant des soupirs désemparés. Six seulement. C'était bien trop peu. Bien trop peu face à l'immensité du combat qui les attendait. Personne ne savait où se trouvait le porteur de l'armure des Gémeaux (hormis Dégel, désormais), Albafica, Asmita, Aldébaran et Manigoldo étaient morts, et Sisyphe était toujours plongé dans cet étrange sommeil artificiel dont ils ne parvenaient pas à le sortir.
Dégel et Kardia se jetèrent un coup d'oeil concerné puis Sasha reprit:
-Mais pour honorer leur mémoire, nous nous devons de garder espoir. De reprendre le combat pour que leurs sacrifices ne soient pas vains. Et pour cela, nous pouvons compter sur Hakurei de l'Autel qui assurera désormais le rôle de Pope jusqu'à la fin de cette Guerre Sainte à la place de son frère cadet.
Le vieux maître de Jamir fit un pas humble en avant, la tête inclinée sur le torse et les épaules basses, comme accablé sous le poids de la souffrance mais faisant des efforts certains pour ne pas s'effondrer face à la nouvelle génération. Si bien que quand il parla, ce fut avec une voix assurée et presque rieuse:
-Mes enfants, ne nous laissons pas abattre, car malgré ces malheurs, nous avons gagné une bataille d'une incroyable importance. Thanatos, le Dieu de la Mort a été scellé dans cette arche par mon frère Sage, ne me laissant plus qu'Hypnos, Dieu du Sommeil.
El Cid et Dégel tressaillirent et, conscient de leur réaction, Hakurei hocha la tête:
-Oui, lui-même qui retient indirectement Sisyphe dans ce sommeil.
Le Capricorne porta la main à sa poitrine et baissa la tête d'un cran:
-Maî-… Grand Pope, laissez-moi m'occuper d'Hypnos. Je promets de répondre à vos attentes.
-Désolé, El Cid, mais j'ai un compte personnel à régler avec ce Dieu. (Face à la mine légèrement déconfite de l'espagnol, Hakurei sourit plus franchement) En revanche, j'aimerais te confier une autre mission dès que nous aurons récolté assez d'informations.
Le Capricorne hocha la tête et n'insista pas, conscient que dès qu'il aura l'autorisation d'agir, il serait prêt. En attendant, il allait continuer de veiller sur Sisyphe, au cas où il se réveillerait. Sasha se leva du trône sur lequel elle était assise:
-L'état de Sisyphe est ma priorité première, je compte aller le voir dès demain.
-Merci, Athéna.
Souffla simplement El Cid, jugeant inutile d'insister davantage sur ce sujet. La jeune Déesse et Hakurei se jetèrent un coup d'oeil entendu, puis le vieil homme déclara:
-Dès que Sisyphe sera revenu parmi nous, nous mèneront une attaque directement au château d'Hadès, en Italie.
Là où Kardia esquissa un sourire radieux, tous les autres Chevaliers présents se tendirent imperceptiblement, les yeux écarquillés sous le coup de la surprise:
-Le château d'Hadès? Nous allons l'attaquer sur son terrain?
S'exclama Dohko, parlant pour tous les autres Chevaliers, incapable de masquer une once de rancoeur et de honte lorsqu'il repensa immanquablement à l'échec de leur mission, à Shion et à lui. Hakurei hocha la tête:
-Il s'est assez joué de nous ainsi. Ils nous ont déjà attaqués chez nous deux fois, je refuse de leur laisser le temps de préparer une nouvelle attaque. Cette fois-ci, nous aurons les cartes en main et nous les attaquerons avant qu'ils n'aient eu le temps de se remettre de la mort de Thanatos et des, je l'espère, subalternes d'Hypnos.
Tous se jetèrent des regards à la fois surpris et encourageants, comprenant bien qu'il s'agissait de la meilleure technique à suivre.
-Lors de cette attaque, je vous demanderai d'attendre au pied du château que j'aie mis Hypnos hors d'état de nuire. Une fois que cela sera fait, je désactiverai la barrière d'énergie qui entoure le repère des Spectres afin que nous puissions agir en toute possession de nos moyens. Et alors seulement nous irons abattre le Dieu des Enfers une bonne fois pour toute. Dohko, Shion, je compte sur vous pour nous donner toutes les informations possibles concernant ce château et ce que vous en avez vu.
-Bien.
Répondirent les deux Ors comme un seul homme, incapables de soutenir le regard de leurs frères d'armes qu'ils imaginaient inquisiteurs.
-Parfait. Dégel, El Cid, nous avons aussi à faire. Pour les autres (Ce qui consistait en fait en Kardia et Régulus), je vous laisse vaquer à vos occupations diverses et variées tant que vous faites ça dans l'enceinte du Sanctuaire. (Un sourire exagérément joyeux sur les lèvres, Hakurei frappa dans ses mains pour clore la réunion) Rompez.
Kardia jeta un regard entendu à Dégel et se leva, lui faisant comprendre mentalement qu'il l'attendrait au onzième temple le temps qu'il termine sa réunion privilégiée. Mais pile comme il se dirigeait vers la sortie, la voix de Sasha l'arrêta (ainsi que Régulus):
-Oh, une dernière chose. (Elle pinça légèrement les lèvres) Ca me coûte de vous demander cela mais… Je vous demanderai de ne parler à personne de la mort de Sage: il ne faut pas affoler inutilement les autres Chevaliers en leur annonçant que leur guide spirituel les a laissés.
Le Scorpion haussa les épaules, jugeant tout à fait inutile de répondre, et passa simplement la porte, poursuivi par un Régulus surexcité qui n'arrêtait pas de le harceler de questions:
-T'as déjà été sur un champ de bataille un vrai? T'as peur? Nan, toi t'as pas peur de la mort hein, on dirait presque que t'espère mourir! C'est à cause de ton coeur? T'es malade? Ca se guérit? Oh purée j'ai trop hâte d'y être! J'ai vraiment envie de montrer ce que je peux faire, tu vois? Non mais tu vois mon papa était malade aussi donc voilà! J'espère qu'ils sauront aussi tirer mon oncle de son coma parce que là ça fait quand même longtemps hein! Tu trouves pas? Tu crois qu'il rêve ou qu'alors non? Tu crois qu'il nous entend? Non parce que la dernière fois j'étais avec El Cid et j'ai dit un truc que j'aurais pas dû et…
-Ok maintenant tu vas la fermer parce que tu commences à me foutre un putain de mal de crâne, d'accord gamin?
Feula Kardia en s'arrêtant et en mimant une bouche qui se ferme avec la main droite. Non mais c'était pas vrai ça, mais qui l'avait foutu d'un moulin à paroles pareil?! Bon, pas méchant, c'était sûr, mais bon sang ce gosse était monté sur ressorts! Et là, il était vraiment pas en état. Mince quoi ils avaient carrément eu le temps de traverser le douzième temple qu'il avait pas eu le temps d'en placer une! Les yeux brillants d'étoiles et l'air absolument pas effrayé par l'irritation manifeste du Scorpion, Régulus sourit franchement en pointant quelque chose devant lui:
-Je crois que c'est pour toi.
-Hein? Mais de quoi est-ce que tu p-…
-Seigneur Kardia!
Le Grec se retourna, interloqué, pour se retrouver nez à nez avec un soldat du Sanctuaire (un qui s'occupait des apprentis au vu de sa tenue):
-Ca c'est moi. Je peux savoir ce que vous foutez là plutôt que de vous occuper des gosses?
-Seigneur, un des apprentis a disparu!
Kardia fronça franchement les sourcils et fit un dangereux pas en avant:
-Qui? Un des miens?
-Non Seigneur, c'est-…
-Alors je m'en fous. (Asséna Kardia en le dépassant et en le poussant de l'épaule au passage) Pourquoi t'es venu me dire ça à moi en plus, c'est pas comme si…
-C'est celui du seigneur Manigoldo, Sire.
Kardia s'immobilisa une longue seconde puis se retourna, avec une lenteur telle que même Régulus sentit un frisson le secouer tout entier:
-Pardon?
-Le… (L'homme déglutit difficilement) L'apprenti du Seigneur Manigoldo a disparu.
-Depuis quand?
-Je… Je ne sais pas Seigneur, sans doute que…
-J'en ai rien à foutre de tes doutes, tu vas me le retrouver.
-Nous avons cherché partout, Seigneur, impossible de le-…
La voix du soldat s'étrangla quand Kardia l'empoigna violemment par la gorge et le plaquer contre le mur, si fort qu'un morceau de pierre vola aux pieds de Régulus qui fit un bond en arrière pour l'éviter:
-Tu es en train de me dire qu'un gosse, un putain de gosse, vous a échappé et que vous n'avez aucune idée de l'endroit où il peut être? Et ça moins d'une demie journée après que son maître ait passé l'arme à gauche?
Le visage virant déjà au violet à cause du manque d'oxygène, l'homme ne put que balbutier de vagues gargouillis, sans que Kardia ne relâche sa poigne pour autant:
-Comment vous avez fait, hein? Comment vous avez pu perdre un putain de gosse?!
La main de Régulus sur son avant-bras lui fit presque mal et quand il baissa les yeux, ce fut pour croiser le regard sérieux et terrible du jeune garçon. Et les pupilles verticales qui le fusillaient parvinrent presque à le faire se sentir en danger:
-Ca suffit. Lâche-le. Maintenant.
Kardia soutint son regard un long moment, plissa les yeux et relâcha lentement sa prise, sans quitter les deux orbes brillantes qui le fixaient avec une détermination qu'il n'aurait jamais pu imaginer chez le garçon qui, deux minutes auparavant, babillait comme un enfant. Le Scorpion ne regarda même pas le soldat reprendre son souffle, concentré sur cette véritable joute de regard qu'il ne comptait pas perdre:
-Me parle plus jamais comme ça, c'est clair?
-A condition que tu ne violentes plus des innocents pour simplement passer ta colère.
Feula Régulus sur un ton effrayemment calme. Si bien que Kardia comprit seulement à ce moment-là à quel point ce garçon était puissant et même dangereux. Comme si une soudaine vague d'énergie pure venait d'émaner directement de lui. Pure et peut-être même… Divine?…** Le Scorpion gronda à l'adresse du soldat sans quitter le Lion des yeux:
-Vous allez me retrouver ce garçon.
-C'est que… (Balbutia l'homme en reprenant son souffle) C'est que nous avons déjà cherché partout, seigneur, il a dû quitter le Sanctuaire, il pourrait être n'importe où…
-Alors cherchez mieux. Et si vous le retrouvez pas, te présente plus jamais devant moi. Parce que je risque de te tuer.
-Attention à la manière dont tu parles, Kardia.
Prévint doucement Régulus. Et malgré la tension évidente entre eux deux, Kardia n'essaya pas de calmer les choses:
-Je te conseille de faire attention à la tienne, gamin. Parce que te méprends pas, c'est pas parce que t'es à peine sorti du berceau que je vais m'empêcher de te flanquer une raclée.
-Je n'en attendais pas moins de ta part. D'ailleurs j'aurais pu te dire la même chose.
Kardia sentit ses cheveux se hérisser dans sa nuque et il ouvrait de nouveau la bouche quand la voix glaciale de Dégel le fit s'arrêter:
-Ca suffit vous deux. Nous n'allons pas commencer à nous battre entre nous: il faut absolument que nous restions soudés.
-Désolé…
Souffla Régulus, soudain redevenu le jeune garçon qu'il était, la tête rentrée entre les épaules et les joues rougies par la honte d'avoir été surpris dans cette altercation. Kardia fronça les sourcils et feula, tout en gratifiant le garçon d'une accolade faussement amicale:
-Allons mon cher Dégel, tu trouves qu'on avait l'air de se battre? Nan, je lui donnais juste une petite leçon, pas vrai, gamin?
-J'aurais plutôt dit que je t'en donnais une mais bon, ça doit dépendre du point de vue, je suppose.
Une nouvelle vague de tension enfla entre eux deux et Dégel (suivi de loin par El Cid qui semblait complètement désintéressé de ces futilités) descendit les dernières marches qui les séparaient de lui pour les rejoindre, sourcils froncés et fusillant Kardia du regard:
-Je me fiche de savoir qui donnait une leçon à qui: retournez dans vos temples et restez-y pour la nuit. Vous vous êtes assez donnés en spectacle pour aujourd'hui.
Autant Régulus baissa les yeux en hochant la tête, conscient de son manque de maturité, autant Kardia renifla avec dédain et se détourna:
-Je vais aller faire un tour et essayer de remettre la main sur cet abruti de Vincent vu que ces incapables de gardes ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.
-Je viens de te dire de retourner dans ton temple et d'y rester.
-J'en ai rien à foutre. La seule qui peut éventuellement me donner des ordres, c'est Athéna, ou éventuellement le Pope. Oh mais attends, c'est vrai: il est mort.
Asséna-t-il durement. Pourtant relativement peu intéressé, El Cid se tendit imperceptiblement et fit un pas en avant, les sourcils froncés. Il vit de nouveau les yeux de Régulus virer au carnassier sous le coup de la colère, mais Dégel plaqua une main sévère sur son épaule et le maintint en place, dardant un regard noir sur Kardia:
-Ca va, tu es soulagé? Tu te sens mieux maintenant que tu as dit des choses pareilles? Est-ce que ta peine pour Manigoldo est apaisée?
-Peine? Te méprends pas, seigneur Dégel, je suis pas triste: je suis enragé. Et je crois que tu me connais assez bien pour savoir qu'il vaut mieux pas me contrarier quand je suis dans cet état là. Donc, comme je l'ai dit, je vais aller faire un tour et essayer de remettre la main sur cet abruti de Vincent. Bonne soirée à tous.
Il se détourna avec un mouvement sec et quand sa cape claque au vent, il ajouta sur un ton grinçant, uniquement à destination de Dégel:
-Oh et au fait ne m'attends pas pour dîner, chéri.
-Je n'y comptais pas.
Kardia descendit les marches à un rythme savamment maitrisé, ni trop lentement ni trop vite, juste ce qu'il fallait pour être insolent, et pile ce qu'il fallait pour ne pas avoir l'air de fuir. Mais dès qu'il fut hors de portée de leurs regards, il fronça les sourcils et serra les poings jusqu'à s'en faire mal:
-Putain de merde, mais c'est pas vrai!
Il ne parvenait pas à y croire. Moins d'une journée après la mort de son ami, il devait déjà faire face à un nouvel échec. Ok, jamais il n'avait fait de promesses à Manigoldo en jurant qu'il veillerait sur son disciple si quelque chose devait arriver, mais c'était comme un accord tacite, il était d'ailleurs certain que le Cancer aurait fait de même pour lui. Kardia gronda: inutile de chercher, il ne retrouverait jamais ce gamin. Un des premiers trucs que Manigoldo lui avait appris, c'était de contrôler son cosmos, et donc de masquer sa cosmo-énergie. Il ne laisserait aucune trace. Il était perdu.
Les yeux améthystes remplis de colère de Dégel s'imposèrent de nouveau à lui et un cri de colère lui échappa. Manigoldo mort. Sage mort. Vincent disparu. C'était un échec.
Total.
$s$s$s$
Le souffle court et les poumons brulants à cause de l'effort, Vincent ne prit pourtant pas le temps de s'arrêter. Il savait que les gardes devaient avoir compris qu'il s'était enfui, et il n'osait pas imaginer ce qu'on faisait aux déserteurs dans cet endroit. Le jeune garçon haleta et refoula un sanglot, essuyant ses yeux du revers de la main:
-C'est ma faute, tout est de ma faute…
C'était exactement comme avant, quand il était seul à Bergame, quand sa mère était morte, puis les enfants de l'orphelinat à cause d'une épidémie, puis Renata,… Et maintenant… Et maintenant son unique lien avec le monde réel, son seul repère, le seul qui pouvait le comprendre et l'aider,… Vincent hoqueta et ralentit malgré lui, le coeur battant si fort qu'il avait l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine. Les joues rougies par l'effort, il finit par s'arrêter et il se laissa tomber à genoux, les yeux remplis d'horreur: là, devant lui, le Sanctuaire s'étalait dans la nuit. Superbe. Magique. Rempli de cette vague d'amour. Amour et reproches. Culpabilité qu'il ne parviendrait jamais à supporter.
Sans issues.
Vincent se laissa tomber à genoux et éclata franchement en sanglot quand il comprit qu'en plus de tout, sa fuite serait vaine puisqu'aucune issue ne se présentait à lui. Il était perdu, les gardes du Sanctuaire allaient le retrouver, les autres apprentis allaient le juger et le regarder avec dédain, et puis il serait condamné à mort. Et aussi désespéré soit-il, la première leçon de son maître restait marquée au fer rouge dans son crane: il ne devait pas mourir. Fuir pour ne plus mettre personne en danger à cause de lui, oui. Mais mourir, hors de question. Il ne devait pas céder à la noirceur que contenait encore son coeur.
Il devait au moins ça à Manigoldo, il devait au moins lui rendre cet… Hommage…
Vincent hoqueta et enfouit son visage dans ses mains, la voix rendue rauque par les larmes:
-Maître…
Revenez, ne me laissez pas tout seul…
-Je ne saurai jamais m'en sortir tout seul…
Pitié, envoyez-moi un signe…
Pile comme il perdait tout espoir, un murmure effacé lui fit rouvrir les yeux et il sursauta: là, juste devant lui, un feu follet bleuté venait d'apparaitre. Et là où il aurait hurlé de terreur quelques mois auparavant, cette fois, ce fut un soupir soulagé qui lui échappa, soupir mêlé de sanglots d'épuisement et de peine. La douce lumière se refléta sur son visage trempé de larmes puis un deuxième feu follet apparut. Puis un troisième. Formant petit à petit un chemin à suivre.
Une issue.
Le coeur battant, certain que son maître veillait sur lui depuis le monde des morts et le guidait ainsi, Vincent se releva et suivit le chemin bleuté vers un magnifique champs de rose rouges. Des pétales s'envolèrent quand un coup de vent chaud balaya la plaine et le jeune garçon écarquillé les yeux, émerveillé. Ce jardin était absolument…
-Magnifique…
Avisant une cabane non loin, Vincent entrouvrit les lèvres puis esquissa un sourire: avec un peu de chance, il pourrait simplement rester caché là jusqu'au matin, le temps de trouver un véritable plan de fuite. Il prit le soin d'emprunter un petit sentier vers lequel le guidèrent les feux follets, comme pour l'empêcher de toucher à ces roses pourtant si belles. Il n'avait pas beaucoup côtoyé Albafica, (il comptait ses rencontres avec lui sur les doigts d'une main), mais si ses souvenirs étaient bons, il devait s'agir du jardin de roses du Poisson et de la cabane dans laquelle il se retranchait parfois.
Parfait, avec un peu de chance, il pourrait même y rester un peu plus d'une nuit, juste le temps… Le temps de savoir précisément où il devait aller. Vincent poussa la lourde porte de bois en chuchotant, certain de n'obtenir aucune réponse:
-Il y a quelqu'un?
Personne. Rien. Soulagé, le jeune garçon aux yeux verts poussa un soupir et referma la porte derrière lui… Puis se raidit et vira au livide quand une quinte de toux accompagnée d'une légère explosion de cosmos le firent violemment sursauter, allant presque jusqu'à tomber assis sur le sol de la cabane en poussant un glapissement terrifié:
-Pardon! Pardon, je ne voulais pas!
Il leva les bras pour se protéger mais comme rien ne venait, il rouvrit les yeux en tremblant… Et se concentra légèrement, parvenant à sentir le cosmos terriblement affaibli et pourtant familier, là-bas, allongé dans un lit au fond de la cabane. La gorge rendue sèche par la peur, Vincent déglutit difficilement et fit un pas en avant, le coeur battant à tout rompre et appelant doucement:
-Qui est là?
Aucun son ne lui répondit, et pourtant, maintenant qu'il l'avait senti, Vincent avait l'impression que la présence au fond de la chambre était évidente. Et quand ses yeux s'habituèrent à l'obscurité qui régnait dans la pièce, quand son regard glissa sur un verre d'eau tombé sur le sol, sur des fioles remplies de sang carmin et sur le corps à moitié évanoui d'un jeune garçon blond, il souffla:
-Edwyn…
Le Danois entrouvrit péniblement des yeux brulants de fièvre, la bouche et la gorge noyées de sang frais et le front trempé de sueur glacée. Mais seul un soupir sifflant s'échappa de ses lèvres quand il reconnut son compagnon d'entraînement (du moins, Vincent espéra que, perdu dans les méandres de la maladie, Edwyn l'avait reconnu). L'Italien s'agenouilla au chevet du lit et s'empara fébrilement des mains glaciales du garçon:
-Edwyn, Edwyn, c'est moi, Vincent! Qu'est-ce qui t'arrive? Qu'est-ce tu fais là?
Nouveau halètement aigu, quelques soupirs et gargouillis quand Edwyn essaya de parler, puis il ferma de nouveau les yeux et sa tête roula sur l'oreiller trempé de sang séché, à moitié inconscient. D'abord paniqué à la vue de l'état de son ami, Vincent se secoua bien vite mentalement et retroussa ses manches, laissant son sac avec ses maigres affaires rouler sur le sol. Il grimaça en voyant l'état terrible du garçon blond, au visage déjà tellement marqué par la violence, puis, sans réfléchir, repensant à ce que Dégel avait fait devant lui, envoya de son propre cosmos vers son ami, pour lui donner de la force. Pour l'aide à guérir.
Et il lui sembla que ça fonctionnait, car au bout d'une longue minute, Edwyn poussa un soupir presque soulagé, comme si la douleur avait réussi à passer. Vincent souffla et ramassa le verre pour se diriger vivement vers la réserve d'eau pour le remplir. En jetant un oeil aux fioles de sang, il remarqua que des noms de jours étaient inscrits en dessous, comme s'il s'agissait d'une dose à prendre quotidiennement. Vincent fronça les sourcils, ne comprenant pas bien ce qui se tramait dans cette cabane, et s'assit sur le rebord du lit pour soulever difficilement Edwyn contre lui:
-Tiens, bois un peu, ça va te faire du bien.
Les yeux vairons du garçon mirent du temps à croiser les siens, comme perdus dans un brouillard de fièvre, puis enfin il comprit et quand ses lèvres gercées rencontrèrent le gobelet, il but avec avidité, allant même jusqu'à manquer de s'étouffer. Les sourcils froncés par l'incompréhension et le malaise, Vincent l'allongea de nouveau sur le lit et approcha un linge humide de son visage, pour nettoyer un peu le sang qui allait y sécher:
-Qu'est-ce qui t'arrive? Tu es malade?
Il savait que c'était stupide, qu'Edwyn était muet à cause de ce qu'il avait vécu, mais c'était plus fort que lui: il voulait savoir ce qui se passait ici, pourquoi son ami était dans un état pareil, et pourquoi personne ne l'avait prévenu. Et puis comment pouvait-il en si mauvais état? Qu'est-ce qui se passait ici?!
Un gémissement le fit se concentrer de nouveau sur le malade qui se dégagea du mieux qu'il pouvait de son étreinte, comme pour l'empêcher de toucher au sang, et qui leva un bras fébrile et tremblant vers la table. Interloqué, Vincent hésita:
-Tu… Tu as faim? Oui, oui attends, je vais essayer de te trouver quelque chose!
Le visage rougi par la fièvre, Edwyn secoua lentement la tête et Vincent fronça les sourcils en s'approchant de la table. Puis il vit ce que son ami devait montrer: un morceau de papier, une note avec des consignes. Et en parcourant ces notes, l'Italien pâlit de plus en plus:
« Une petite dose par jour te permettra d'acquérir un sang aussi empoisonné que celui d'Albafica au bout de plusieurs mois, si toutefois tu survis à cette épreuve. Ton maître m'avait demandé de m'occuper de ton entrainement s'il devait lui arriver malheur mais je ne compte pas te forcer à passer ce test mortel: c'est à toi seul de décider si tu veux essayer de te montrer digne des espérances d'Albafica. Et si tu décides de le faire, n'oublie pas que personne n'ayant été blessé récemment ne pourra te toucher sous peine d'entrer avec ton sang, désormais empoisonné. Si tu survis à cet ultime test, tu seras alors digne de passer l'épreuve pour porter l'armure de ton maître. Toutefois, tu ne… »
Vincent écarquilla des yeux horrifiés et se tourna de nouveau vers Edwyn qui, aidé par le cosmos de son ami, avait retrouvé assez de conscience pour se redresser légèrement:
-C'est une blague j'espère?…
Edwyn haussa lentement les épaules et secoua la tête, avec tant de douleur que Vincent sentit ses cheveux se hérisser dans sa nuque:
-Qui a écrit cette note? Qui t'a forcé à faire cette folie?!
Le Danois essaya d'articuler, puis finit par tendre la main en rechignant légèrement. Se moquant complètement du risque qu'il courait si le sang d'Edwyn entrait contact avec le sien, Vincent la saisit:
-Qui?
Doucement, maladroitement, le blond traça des lettres sur la paume de sa main:
-Le Grand Pope. Il m'a aidé, il ne m'a pas forcé.
-C'est de la folie, tu dois immédiatement arrêter de prendre ce sang: tu vas te tuer!
-Je veux rendre mon maître fier.
-En te tuant? Ca n'a aucun sens, Edwyn!
-Il a survécu à cette épreuve. Je peux le faire.
-Tu ne…
-Je veux le faire.
-Mais pourquoi?! Tu es en danger en faisant ce test ridicule, tu n'as pas besoin de le passer!
-Il m'a sauvé de cet endroit. Je veux le rendre fier. Je veux être fort pour sauver des gens, comme lui l'a fait.
Il y eut un léger moment de silence, comme si les mots se fichaient dans le coeur de Vincent, puis, sans baisser les yeux, Edwyn reprit:
-Tu ne veux pas rendre le tien fier?
La lèvre de Vincent trembla légèrement et sa voix se brisa quand il répondit:
-Je ne peux pas le rendre fier… Il est mort à cause de moi… Il faut que je parte…
Edwyn fronça les sourcils et secoua faiblement la tête:
-Tu ne peux pas partir. Il t'a choisi.
-Il est mort! Comment veux-tu que je reste?! Comment veux-tu que je progresse sans lui?! Sans personne pour me guider?!
Soufflé par la soudaine colère de Vincent, le blond se « tut », se contentant de le sonder de ses grands yeux vairons:
-Je ne peux pas rester, je ne peux pas. (Reprit Vincent sans parvenir à soutenir son regard, rongé par la honte) Personne ne peut m'entrainer, personne n'a de temps à perdre avec moi. Je… (Il réprima un sanglot) Je ne suis pas assez fort… Je suis fatigué, si fatigué de semer la mort derrière moi… (Une larme glissa sur sa joue sans qu'il s'en rende compte avant de tomber sur sa main) Si seulement je n'avais pas ce pouvoir, ce pouvoir si laid…
Sa voix se brisa et il baissa la tête, les épaules secouées de tremblements:
-Je ne voulais pas qu'il meure… Je voulais qu'il reste à mes côtés, je voulais qu'il m'aide et me guide, je… Je ne suis pas assez fort, je ne mérite pas ce destin qu'il m'a offert…
Il se tut quand la main libre d'Edwyn se posa sur sa joue, doucement, presque avec tendresse, et pourtant avec résolution, le forçant à relever la tête:
-Ce n'est pas ta faute, il est mort pour tous nous protéger, comme mon maître. (Un léger, très léger, sourire effleura le coin de ses lèvres) Et je ne trouve pas que ton pouvoir soit laid. Je le trouve très beau, moi.
Touché, Vincent se mordit la lèvre pour ne pas offrir ce spectacle pitoyable aux yeux épuisés et cernés de son ami:
-Arrête, tu mens…
-Non. Ce cosmos est très beau, il peut nous aider à sauver les gens qui en ont besoin. Et c'est pour ça qu'il faut que je prenne ce sang. C'est pour ça qu'il faut que tu restes.
-Pour les autres?
-Pour ton maître. Pour toi. Parce que tu mérites ce destin lumineux, même si tu essayes de le fuir. Même si tu as peur. Tu dois être fort: tu mérites cette armure, et tu dois te battre pour elle. Pour les autres qui ont besoin d'aide. Mais surtout pour toi.
Pendant une longue seconde, ils restèrent complètement immobiles, comme si Edwyn laissait à ses mots le temps de parvenir au coeur blessé et incertain de Vincent. Puis l'Italien esquissa un sourire et se dégagea:
-Je vais aller te chercher à manger, je dois avoir quelque chose dans mon sac.
Edwyn entrouvrit les lèvres puis poussa un soupir et se laissa aller contre le matelas, le corps de nouveau parcouru d'une vague de souffrance. A vrai dire, il avait peur, terriblement peur, seul dans cette cabane sombre, seul avec la mort qui rodait autour de lui. Mais depuis que cette porte s'était ouverte… Depuis que Vincent était entré… Il ne savait pas bien dire pourquoi, mais il se sentait…
Mieux. Capable de relever ce défi.
Alors il ne fallait pas que l'Italien abandonne. Il devait trouver sa lumière à lui, et la laisser le guider vers son destin. Prendre enfin confiance en lui et se montrer digne de la confiance de Manigoldo. Etre fort et résister. Mais il perdit de nouveau connaissance avant d'avoir pu espérer transmettre toutes ses pensées à Vincent.
Il passa une nuit infernale, comme les précédentes, à la différence près que la main de Vincent ne lâcha pas la sienne, comme pour le rassurer, l'encourager. Et au matin, quand un léger bruit le réveilla, il entrouvrit difficilement les yeux, à la fois ravi d'avoir survécu, et horrifié de voir Vincent, debout devant la porte, son sac sur le dos:
-Non…
-Je suis désolé, Edwyn… (Un triste sourire sur les lèvres, l'Italien haussa les épaules) Mais je dois partir: je dois absolument m'éloigner et réfléchir à tout ça. Seul. Loin d'ici.
Un gémissement effaré s'échappa de ses lèvres, encore incapable de prononcer un mot, de briser cette barrière mentale qui l'empêchait de parler:
-Non, ne pars…
Il essaya de se relever, força sur ses cordes vocales, força sur son blocage, se força à réussir:
-p… as…
Vincent (l'avait-il seulement entendu?) pointa sa poitrine du doigt et sourit en ouvrant la porte:
-Ne t'en fais pas, je t'ai laissé une garantie, une preuve de mon retour.
Edwyn baissa les yeux sur sa propre poitrine et saisit doucement un pendentif en métal sombre, un pendentif qu'il avait déjà entraperçut autour du cou de son ami. Il releva la tête, affaibli par la fièvre et l'épuisement et croisa le regard vert légèrement plus apaisé de l'Italien:
-Tu m'as aidé à ouvrir les yeux sur mon destin, merci beaucoup. (Il leva la main en signe d'adieu) Je reviendrai. Alors survis, gagne contre ce poison et remporte cette armure. D'accord?
-Reste, reste. Tu ne peux pas partir.
-A bientôt.
-Vin-…
Edwyn se plia en deux et toussa, si fort qu'il crut qu'il n'allait jamais pouvoir reprendre sa respiration. Et quand il releva la tête, les lèvres trempées de sang, il ne vit que la porte fermée de la cabane. La main serrée sur le pendentif, le Danois ferma les yeux et se laissa tomber sur son lit, incapable de même essayer de le poursuivre, de le convaincre de rester:
-Je réussirai… Et je t'attendrai…
Il ferma les yeux et sombra de nouveau dans l'inconscience, dans des rêves mêlés de roses rouges, d'un homme aux longs cheveux bleutés, et d'un regard verdoyant magnifique.
-J'attendrai ton retour, Vincent…
*Je n'arrivais pas à trouver un moyen de raconter la mort d'Aldé sans qu'elle ne paraisse "survenue de nulle part" puisque ni Dégel ni Kardia n'ont énormément interagi avec lui dans cette fic (hormis un court passage avec Kardia)... Peut-être que j'aurais dû faire un autre chapitre calme et finir sur son ultime combat?, j'espère quand même lui avoir rendu hommage correctement (j'adore ce personnage il est tellement adorable) et que vous me pardonnerez :(
** Tout ça n'est que théorie personnelle bien sûr (N'est-ce pas Aquarius-no-Camus ? ;3) Idée qui sera peut-être développée dans une autre histoire?
Et voilà, c'est tout pour le moment. Chapitre plus actif, plus long, avec plus de tensions, j'espère qu'il vous aura plu ^^ J'ai un peu mis en scène les apprentis d'Albafica et Manigoldo, j'espère que vous avez apprécié :') La suite ne devrait pas trop tarder (vive les vacances!) A très bientôt et merci pour tout! Bisous chocolat!
