Salut tout le monde! J'espère que vous allez tous bien et que vous avez pu profiter du beau temps de ces dernières semaines! :D Après tant d'émotions, embarquons pour un nouveau chapitre: la fin approche petit à petit, plus que cinq ou six chapitres avant l'épilogue! Les choses deviennent de plus en plus sérieuses et je vais essayer de poster plus souvent pendant les vacances ;) J'espère que ce chapitre et les suivants vous plairont aussi!

Sur ce, je ne vous retiens plus!

Enjoy!


-Bon, c'est quoi le programme aujourd'hui? On va essayer de mettre la main sur ce lâche de Vincent?

Dégel leva les yeux au ciel et se retourna à demi vers Kardia, qui lui collait aux basques depuis déjà vingt bonnes minutes (le temps qu'il fallait en moyenne pour descendre ces escaliers) tout en faisant comme si de rien était:

-Ton comportement d'hier était déplorable, tu le sais j'espère?

-J'allais quand même pas me laisser marcher sur les pieds par un gosse!

-Kardia, tu es un adulte, tu as vingt-deux ans: tu aurais pu te contenter d'une remarque puis de passer à autre chose.

Le Scorpion haussa les épaules, pas honteux pour un sou:

-Il faut bien que quelqu'un le fasse! Il avait pas à me chercher: c'est un mioche, il faut qu'il connaisse sa place!

-Bon sang Kardia, c'est un enfant! Et tu n'avais pas à t'en prendre ainsi à cet homme, il n'avait rien fait qui mérite un tel traitement!

-Rien? Rien?! Parce que perdre un apprenti, l'apprenti d'un Chevalier d'Or, c'est pas grave peut-être?!

-Que voulais-tu qu'il fasse? Si Vincent avait décidé de les semer, ils ne pouvaient rien faire! Tu sais parfaitement qu'il masque son cosmos plus facilement que quiconque!

-C'est pas une raison merde!

Ils se foudroyèrent du regard pendant une longue seconde, inspirèrent profondément avant qu'ils ne poussent un long soupir irrité à l'unisson et de reculer chacun d'un pas (inconsciemment, ils s'étaient dangereusement rapprochés à chaque fois qu'ils avaient haussé le ton). Dégel ajusta ses lunettes sur son nez et feula:

-Je pense qu'il est inutile de continuer de parler de ça: tu finiras par comprendre ce que je veux dire, et si non, tant pis pour toi.

-T'en fais pas, ça m'empêchera pas de dormir!

-Je n'en doute pas. Bref. Sache que les recherches ont été abonnées: si nous ne sentons pas son cosmos, c'est qu'il a quitté l'enceinte du Sanctuaire, il pourrait être n'importe où dans le monde.

-Dans le monde? En vingt-quatre heures?! T'es pas sérieux j'espère?

-Que veux-tu que je te dise? D'aller risquer inutilement ta vie pour sauver un enfant dont tu te fiches?

-Je m'en fiche pas, ok?!

-Tu t'en fiches, tu estime juste avoir une dette envers Manigoldo alors qu'il ne t'a jamais rien demandé, je te rappelle.

-Parce que t'as besoin que quelqu'un te demande les choses en face pour que tu leur donne un coup de main? T'es trop malin pour piger l'implicite de l'amitié? Ah, attends, c'est peut-être pas pour ça, c'est peut-être juste parce que t'en a plus, des amis!

Dégel pinça les lèvres et fronça dangereusement les sourcils

-Tu ferais mieux de te taire avant de dire des choses que tu risques de regretter.

Kardia se tut une seconde avant de pousser un soupir rageur, d'essayer de se calmer:

-Désolé, mais ça me rend dingue qu'on fasse rien alors que ce gosse est là quelque part et qu'on en est responsables.

-Kardia, nous ne sommes pas les responsables de Vincent, pas plus que nous ne sommes ceux d'Edwyn. Les seuls dont nous devons nous soucier en priorité sont Mikhail et Liam. Je comprends que tu aies envie d'agir, mais maître Hakurei ne veut prendre aucun risque. S'il dissimule son cosmos, il ne risquera pas d'être repéré par des Spectres.

-Et quoi s'il tombe sur des ennemis quand même? Il pourra jamais se défendre tout seul!

-Tu penses vraiment que je ne le sais pas? Je suis au courant des risques qu'il court, mais que veux-tu que j'y fasse? Nous avons des ordres, et puis si Vincent a décidé de partir, nous n'avons pas le droit de le retenir ici. Il a encore le droit de choisir son destin.

-Il l'avait choisi son destin en vous suivant. Il a pas signé de contrat mais c'est tout comme, donc là il est en train de se foutre de notre gueule en se barrant dès que ça devient un peu dangereux.

Dégel haussa un sourcil intrigué:

-Je rêve… Tu ne veux pas le retrouver pour Manigoldo, tu veux le retrouver parce que tu interprète sa fuite comme une insulte personnelle.

-Faux, c'est pas la première raison. Je veux d'abord le ramener pour terminer ce que Mani a pas pu faire: il voulait faire de ce gosse son apprenti, peut-être même son successeur, et ça me les casse qu'il se soit barré en foutant tout ça en l'air.

Dégel poussa un soupir et passa la main dans sa nuque:

-Bon sang, Kardia, ce n'est pas à toi de faire ça… Tu n'y es pour rien, ni dans la fuite de Vincent, ni dans la mort de Manigoldo. D'accord?

Kardia haussa distraitement les épaules:

-Je sais ça. Ca me fait juste chier.

Dégel s'apprêta à répondre mais ils furent interrompus par un garde qui s'approchait d'eux en trottinant, ravi de ne pas avoir à gravir les marches du Sanctuaire jusqu'au onzième temple:

-Seigneur Dégel, navré de vous interrompre, auriez-vous un instant?

-Oui, bien sûr.

-Non, dégage!

Cracha Kardia tandis que Dégel se tournait déjà vers le nouveau venu. Le Verseau le fusilla du regard et le Grec croisa les bras en grommelant de vagues insultes (« Putain il voit bien qu'on est occupé non? »), conscient qu'il en avait déjà assez fait pour aujourd'hui. Quoique légèrement interloqué, le garde ne laissa rien paraître de trop flagrant et se contenta de tendre une petite enveloppe jaunie à Dégel:

-Une lettre vient d'arriver, seigneur. Je vous l'ai apportée dès qu'elle nous est parvenue.

Une lueur presque nostalgique teinta les yeux améthystes de Dégel quand il identifia l'envoyeur de ce courrier (lueur qui n'échappa pas au regard acéré de Kardia qui fronça les sourcils) et il remercia le garde d'un hochement de la tête discret:

-Merci, vous pouvez disposer.

Le garde effectua un salut respectueux, inclina la tête à l'adresse de Kardia, et s'éloigna aussi vite qu'il était arrivé. L'air de rien, le Scorpion se rapprocha discrètement et jeta un coup d'oeil par dessus l'épaule de son frère d'armes, essayant de déchiffrer le nom de la personne qui osait s'attirer un sourire de la part de son Dégel. Lisant en lui comme dans un livre ouvert, Dégel glissa la lettre dans sa poche et se tourna de nouveau vers lui:

-Bon, ça y est, tu es calmé?

-Ouais… Excuse-moi, c'est juste que ça me fait vraiment chier qu'ils aient pu le laisser se barrer. Je suis quasiment certain qu'ils y faisaient même pas attention.

-Nous ne le saurons jamais. Alors tu ferais mieux d'arrêter de te flageller et d'aller de l'avant: je suis certain qu'il va bien. D'ailleurs, tu n'as rien remarqué en traversant le quatrième temple?

Machinalement, Kardia leva la tête avant de hausser les épaules et de secouer la tête:

-Nan, rien de spécial.

-Justement: il était vide. L'armure du Cancer n'était plus là.

Le Scorpion fronça les sourcils:

-Et ça veut dire quoi ça?

-Qu'elle s'est rendue auprès de celui qu'elle juge le plus digne d'elle. Et devine qui a quitté le Sanctuaire hier? (Au vu de l'air légèrement perdu de Kardia, il précisa) Quand je te dis que ce garçon ne risque rien: on dirait que l'armure veille déjà sur lui.

Puis il se détourna et se dirigea vers les arènes d'entrainement, là où les attendaient sans doute déjà Liam et Mikhail. L'ayant bien vite rattrapé, Kardia changea enfin de sujet pour en aborder un autre qui venait de le distraire:

-C'est quoi cette lettre?

Autant il n'aimait pas vraiment jouer avec les pieds des gens, autant Dégel dut faire un véritable effort pour s'empêcher de sourire avec satisfaction, ravi de pouvoir (pour une fois) se venger en titillant un peu son jaloux de compagnon:

-Oh, juste une lettre de mon ami Unity, tu ne le connais pas.

Pile comme il le pensait, il put presque voir le sang de Kardia bouillir dans ses veines avant de gronder:

-C'est qui ce type?

Le Verseau secoua la main et répondit de la manière la plus évasive possible:

-Oh tu sais, juste un ami.

-Depuis quand?!

-Allons, Kardia, pas de ça avec moi: c'est mon ami d'enfance. (Il porta la main à son menton, comme s'il faisait mine de réfléchir) D'ailleurs après réflexion je le considère comme mon meilleur ami.

Scotché et irrité à la fois, Kardia ne sut pas immédiatement quoi répondre, si bien que Dégel esquissa un sourire moqueur et se permit de le gratifier d'une légère tape amicale su l'épaule:

-Tu ne pouvais pas savoir que j'avais des amis ailleurs qu'au Sanctuaire, je ne t'en veux donc pas.

-Et pourquoi tu devrais m'en vouloir? C'est plutôt moi qui devrait m'énerver.

-Tu as déjà oublié? Attends, qu'est-ce que c'était encore? Ah oui, « c'est peut-être juste parce que t'en a plus, des amis », c'est ça?

Kardia hésita franchement entre s'énerver et en rire, si bien que son ricanement sonna plutôt comme grinçant que comme sincère:

-T'es vraiment rancunier en fait?

-Mais non voyons, tu te fais des idées.

-Mouais, et du coup c'est qui ce type, hein? Pourquoi tu m'en as jamais parlé?

-Parce que tu ne me l'as jamais demandé.

Kardia leva les yeux au ciel et grinça, sincèrement frustré:

-Ho ciel, comme c'est malin comme réponse!

Malgré lui, Dégel ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire presque ravi. Satisfait, heureux de voir que malgré ses accès de colère et d'agressivité, Kardia restait sincèrement attaché à lui. Lui, simplement. Et au fond, il en était flatté.

-Si seulement le temps pouvait s'arrêter, là, maintenant.

Soupira-t-il presque inconsciemment, si bien que même Kardia eut l'air surpris en entendant cette phrase. Puis le Scorpion poussa un léger soupir et passa le bras autour de ses épaules:

-T'en fais pas va, on a encore le temps.

-J'espère.

-N'empêche qu'il faudra que tu me parles de ce type un jour!

-Tu exagères.

-A peine!

$s$s$s$

El Cid ne sursauta même pas, n'eut pas l'air surpris, lorsque la jeune fille aux longs cheveux mauves poussa doucement la porte des appartements du neuvième temple. Même si tous ses sens étaient dirigés vers Sisyphe dans l'espoir qu'il se réveillerait, il avait senti sa Déesse arriver dès qu'elle avait mis un pied hors du treizième. Sasha s'avança jusqu'à lui et souffla, comme si elle avait peur de le déranger:

-Je ne savais pas que tu étais ici, El Cid.

Elle mentait, il le sentait. Tous savaient qu'il n'avait pas quitté le chevet de Sisyphe depuis ce jour maudit où Hadès avait retourné sa propre attaque contre lui. Mais il ne lui en voulut pas, conscient qu'elle voulait sans doute aborder un sujet plus difficile et qu'elle voulait le faire en douceur. Pourtant sa réponse qu'il voulait laconique sembla presque dissimuler des reproches inconscients:

-Je veille sur lui depuis l'attaque d'Hadès, je n'ai pas souvent bougé d'ici.

-Il ne s'est pas réveillé? Pas même un court instant?

El Cid serra les poings et secoua lentement la tête, si bien que la jeune Déesse mit une demi seconde avant d'expliquer doucement, comme si elle avait peur de le brusquer:

-Il parait que les blessures infligées par Hadès atteignent directement l'âme… C'est sans doute ce qui l'empêche de se réveiller…

-Ca ne l'empêchera pas de se réveiller pour se battre à nos côtés.

Répondit simplement El Cid sans quitter le Sagittaire des yeux, certain qu'il allait vaincre ce sort et sortir de cette étrange torpeur. Certain qu'il allait tenir sa promesse. Il ne s'en rendait pas bien compte mais sa voix sonnait presque comme agressive, irritée à la simple idée que quelqu'un puisse penser que Sisyphe ne se réveillerait jamais. Sasha le comprit parfaitement et ne lui en tint pas rigueur. Après tout, elle parvenait à peine à imaginer ce qu'il devait ressentir…

-Oui, j'en suis certaine… Il ne nous reste plus qu'à vaincre Hypnos, et pour en venir à bout avant d'attaquer Hadès de front, la force de Sisyphe sera nécéssaire.

Pile comme El Cid allait répondre, assurer que ce n'était plus qu'une question de temps avant que Sispyhe ne se réveille, un grognement sourd de bête sauvage fit sursauter Sasha comme il se tournait vers la droite, les sourcils froncés, cherchant d'où venait cette voix qui résonnait désormais dans le temple:

-Tiens tiens, est-ce que ça ne serait pas une victime du seigneur Hadès?

Apercevant une sorte de portail cosmique sur le mûr du temple et sentant une aura sombre en émaner, El Cid se dressa vivement devant Athéna, un bras tendu devant lui, tous les sens en alerte:

-Qui est-là?

Une ombre de loup aux poils hérissés se dessina sur le mur, juste derrière Sisyphe, tandis qu'une voix moqueuse répondait:

-Je suis Ikelos, un des quatre Dieux au service du seigneur Hypnos.

Une silhouette humaine se dessina dans le portail, sans que l'ombre de bête ne disparaisse pour autant, dévoilant un visage sournois aux canines acérées. El Cid tiqua en reconnaissant ce nom, en entendant ce qu'ils avaient peiné à découvrir lors de leur multiples missions. Mais déjà, Ikelos s'était détourné d'eux, comme s'il ne savait pas qu'il se trouvait en présence d'Athéna elle-même, se concentrant uniquement sur…

-Voilà donc le fameux Sisyphe! Vous permettez que je vous emprunte son âme, n'est-ce pas?

Le Capricorne écarquilla les yeux mais réagit trop tard tant il était sous le choc: Ikelos avait foncé sur Sisyphe, en une fraction de seconde, puis avait mordu sa gorge. Mais comme Sasha poussait un cri horrifié, s'attendant à voir jaillir un flot de sang, ce fut une sorte de voile bleuté que le Dieu extirpa de la gorge du Sagittaire. Puis, ce fut comme si un choc électrique avait secoué El Cid qui leva le bras en poussant un cri enragé:

-N'y pense même pas!

Mais comme l'éclair de lumière allait frapper Ikelos, ce fut comme si un mur l'avait aspiré, repoussé. El Cid tiqua: jamais encore Excalibur n'avait été arrêtée! Personne n'avait jamais pu éviter son attaque! Profitant de sa surprise, le Dieu poussa un petit ricanement et disparut aussi vite qu'il était apparut, emmenant avec lui l'âme de Sisyphe. Rendu muet d'horreur et de colère, El Cid serra les poings en tremblant de rage, les yeux fixés sur le corps désespérément immobile du Sagittaire:

-Comment a-t-il osé venir directement au Sanctuaire?

Venir ici et voler l'âme de Sisyphe, voler l'âme de leur plus grand et loyal guerrier! Comment avait-il osé?! Son adversaire avait beau être un Dieu, il n'avait aucune excuse quant à son échec. Il avait échoué. Echoué à protéger Sisyphe, échoué à affûter son épée pour qu'elle soit aussi proche que possible de la perfection d'Excalibur. Refoulant une bouffée de colère, El Cid se détourna et s'inclina vivement, la main sur le coeur:

-Athéna, ordonnez-moi d'aller secourir Sisyphe. Nous avions pour mission d'enquêter sur Hypnos, lui et moi, et nous avons découvert l'existence de quatre Dieux à son service. Et cet Ikelos est l'un d'entre eux. Nous avions un avantage crucial puisque Sisyphe a réussi à obtenir des informations précises sur le monde des rêves qu'ils dirigent.

Sasha pâlit légèrement et souffla:

-C'est pour ça qu'Hypnos est passé à l'attaque, parce que Sisyphe en savait trop…

-Sans aucun doutes. Ils vont certainement enfermer son âme dans ce monde des rêves, une véritable prison dont personne ne peut s'échapper et où personne ne peut entrer de son plein gré.

La jeune fille fronça les sourcils et proclama d'un ton décidé:

-Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre Sisyphe, pas maintenant. Si nous voulons espérer lutter contre Hadès, nous devons d'abord le secourir. C'est notre priorité numéro un. (Un air préoccupé terni ses yeux verts) Mais cette mission que tu réclames sera difficile car il te faudra trouver un moyen d'entrer dans ce monde des rêves…

-Je vaincrai les quatre Dieux. Puis je sauverai Sisyphe et je vous le ramènerai sain et sauf. Je vous en fais la promesse.

Sasha hocha la tête, l'air aussi assurée que possible malgré son coeur battant à l'idée que la Guerre Sainte toute entière dépendait de cette mission:

-Je compte sur toi, El Cid. (Mais comme le Capricorne se levait sans attendre, prêt à partir dans la seconde, elle tendit la main) Sois prudent. Nous ne pouvons pas nous permettre de te perdre. Pas maintenant.

L'Espagnol hocha distraitement la tête et porta la main à sa poitrine:

-Je ferai mon possible, Athéna.

Il jeta un ultime coup d'oeil à Sisyphe puis quitta le neuvième temple sans un regard en arrière, le visage fermé mais le coeur serré. Il s'en voulait énormément. S'en voulait de ne pas avoir été là quand Sisyphe avait été frappé. De ne pas avoir pu le protéger, de ne pas être aussi fort que l'idéal qu'il s'était fixé, de ne pas avoir pu l'aider avant maintenant, de ne pas avoir réussi à empêcher Ikelos de s'emparer de son âme. El Cid grinça des dents et serra les poings jusqu'à ce qu'un craquement le pousse à relâcher sa poigne. Il s'en voulait, mais il était surtout en colère contre lui-même.

Il savait à quel point Sisyphe était encore hanté par cette partie de son passé, ce moment où il avait trouvé la jeune Athéna en Italie et l'avait « arrachée » à son foyer pour la ramener avec lui, au Sanctuaire, là où était sa place. Combien de fois son visage souriant et calme n'avait pas été déformé par un masque d'angoisse et de remords quand, au milieu de la nuit, il devait de nouveau affronter ce qu'il pensait être une erreur? Combien de fois n'avait-il pas fait part de ses doutes à El Cid? Combien de fois n'avait-il pas balayé les questions de son frère d'armes avec un rire rassurant?

A vrai dire, El Cid le connaissait tellement bien qu'il parvenait presque à décrire précisément quel genre d'enfer Sisyphe devait vivre à l'instant. Un cauchemar sans fin, une peur à revivre sans cesse, à l'infini, jusqu'à ce que quelqu'un l'en délivre enfin. Sans doute devait-il rencontrer une petite fille aux cheveux mauves et aux yeux verts, sans doute devait-il s'en mordre les doigts, avant de tout recommencer, rongé par ses remords qui n'avaient pas lieu d'être:

-Et si… Et si en faisant ça… J'avais déclenché la Guerre?

Avait-il une fois soufflé, si bas qu'El Cid ne l'avait presque pas entendu, avec juste assez d'angoisse et d'incertitude pour que le Capricorne ne doive se saisir de ses mains pour l'empêcher de trembler et de se faire plus de mal. Autant en public, en présence de tous, le Sagittaire montrait une force tranquille, un calme à toute épreuve, une assurance paisible, toujours souriant, autant quand il était seul avec son compagnon, il laissait entrapercevoir un homme rongé par la peur, l'incertitude.

Qui aurait pu croire que le grand Sisyphe, celui qui avait été désigné pour être le prochain Pope, serait en fait aussi peu sûr de lui? Hanté par la mort de ce demi-frère qu'il avait toujours admiré, par ses regrets de ne pas avoir retrouvé son neveu plus tôt et de l'avoir laissé seul si longtemps,… Cette angoisse ne se calmait que derrière ce masque de calme et de tranquillité, ou bien uniquement quand El Cid trouvait les mots pour le rassurer, l'empêchait de se blesser les mains inutilement (combien de fois avait-il dû s'empêcher de grimacer quand il s'entrainait au tir à l'arc?),… Combien de fois avait-il dû l'aider à soigner ses plaies, aussi bien externes qu'internes?

Il y avait quelque chose dans cette faiblesse, dans ces doutes, ce besoin d'être guidé, qui avait touché El Cid au coeur, qui l'avait donné envie de l'aider, d'être là pour lui. D'être sa lumière. Celui qui le libèrerait de ses doutes et le ferait enfin avancer pour devenir entièrement le grand guerrier, le grand homme qu'il était déjà. Le Capricorne fronça les sourcils: c'était pour ça qu'il s'en voulait d'autant plus. Parce que pile au moment où il aurait le plus dû se trouver à ses côtés, il n'avait pas été là. Il avait laissé Sisyphe s'engouffrer dans sa faiblesse et causer sa propre perte indirectement. Il ne pouvait pas le laisser comme ça, il devait absolument vaincre ces hommes (tous Dieux qu'ils soient) et sauver Sisyphe. C'était sa mission, celle qu'il s'était confiée dès qu'il avait vu cette légère fêlure dans le masque du Sagittaire.

C'était pour ça qu'il devait affûter son épée, parfaire sa technique, pour le sauver.

-Attends-moi, Sisyphe.

Retrouver la trace d'Ikelos ne lui prit pas bien longtemps, si bien que quand il se retrouva de nouveau face à lui, il était prêt mentalement. Calme. Serein. Déterminé:

-Tu dois vraiment être complètement fou pour m'avoir suivi de ton plein gré, Chevalier.

-Je suis venu récupérer l'âme de Sisyphe.

-Bonne chance pour y arriver, il te faudrait accéder au Morphia, le niveau le plus bas du monde des rêves.

-Alors j'irai le chercher là-bas.

Répondit simplement le Capricorne, certain d'en être capable. Vexé et insulté indirectement par cet humain inférieur, Ikelos grogna et arrondit le dos, comme une bête sur le point de mordre:

-Impossible, tu n'es qu'un humain! Tu ne saurais même pas comment t'y rendre!

-Tu pourrais m'y amener dans ce cas, ça me ferait gagner du temps.

Le Dieu poussa une sorte de feulement irrité et fronça le nez, mais il se calma instantanément et El Cid sentit un frisson glacé remonter le long de sa colonne vertébrale quand deux autres cosmos apparurent soudain auprès d'eux:

-Tu as été suivi, Ikelos, c'est une erreur grave.

El Cid jeta un coup d'oeil sur la droite pour détailler les deux nouveaux arrivants, deux hommes aux visages fermés. Il pouvait presque assurer avec certitude qu'i se trouvait en présence d'Oneiros et de Morphée, deux autres Dieux des rêves. Mais où se trouvait Phanta-…

-Quel bel homme~

El Cid se tendit imperceptiblement quand une main douce mais perfide glissa sur la sienne avant de s'enrouler autour de son bras: agenouillée à sa gauche, une jeune femme aux cheveux blonds souriait avec un air ravi mêlé de désir qu'il imaginait feint. La jeune femme esquissa un clin d'oeil amusé et complice:

-Je pourrais peut-être le garder pour moi, qu'en dis-tu, Oneiros?

L'homme aux cheveux blancs fronça les sourcils:

-Arrête tes caprices, Phantasos.

-Allons, ça serait du véritable gâchis de le tuer si vite.

Marmonna la jeune femme en passant un doigt lascif sur ses lèvres, ses grands yeux dorés légèrement plissés. Malgré son air impassible et son coeur battant calmement, El Cid se tenait sur ses gardes, conscient d'être en grand danger et calculant ses chances d'en sortir vivant. Il ne devait surtout pas sous-estimer ces adversaires. Il devait rester à l'affût et ne pas se laisser distraire, se concentrer sur son but premier: trouver la porte des rêves qui, vu la présence des quatre Dieux, devait être toute proche.

Oneiros, celui qui semblait diriger les autres, lui adressa un léger sourire presque amusé:

-Ainsi tu as suivi Ikelos pour récupérer l'âme d'un ami et pour nous affronter?

-En effet.

Ikelos laissa de nouveau échapper un feulement et fit un pas en avant, le visage déformé par la colère:

-Il me fait chier avec ses grands airs, je vais m'occuper de lui. (Il foudroya sa soeur du regard) Dégage de là, Phantasos!

La jeune femme poussa un soupir las et se releva lentement, comme pour mettre El Cid mal à l'aise en se collant contre lui le plus possible:

-Pff tu aurais pu me laisser profiter un peu plus.

Tous trois reculèrent d'un pas prudent, prêt à profiter du spectacle sans pour autant avoir envie d'y prendre part:

-Tu vas crever ici, pauvre fou! Tu aurais mieux fait de rester sagement planqué au Sanctuaire!

El Cid se contenta de lever le bras droit et un arc de cercle doré s'en échappa, se dirigea à toute vitesse vers Ikelos… Pour réapparaitre à l'autre bout du pic rocheux sur lequel ils se trouvaient. Le Capricorne s'empêcha de tiquer:

-C'est comme au Sanctuaire, mes coups sont déviés. Mais comment?

-Hmpf ta petite lame ne te sera d'aucune utilité, pas contre un Dieu.

Tentant le tout pour le tout, allant jusqu'à se rapprocher d'un pas, El Cid frappa de nouveau, plus vite, plus fort, avec plus de précision. Mais son coup trancha un rocher en deux, loin sur sa droite. Le Capricorne sentit un léger noeud se former dans sa gorge quand il se rendit compte qu'il ne trouverait pas immédiatement ce qui déviait ainsi ses coups. Mais il n'avait pas de temps à perdre, pas le temps de répondre aux provocations d'Ikelos. Il fallait qu'il frappe, qu'il le tranche en deux. Et tant qu'il n'avait pas de solution, il fallait continuer d'attaquer.

Alors, El Cid leva le bras droit une nouvelle fois, frappa,… Puis aperçut une lueur dorée du coin de l'oeil, une lumière qui arrivait si vite qu'il n'eut pas le temps de se dégager, à peine de comprendre qu'il s'agissait de sa propre attaque.

Puis son avant-bras droit valsa aux pieds des trois autres Dieux avec un flot de sang.

La douleur explosa dans son coude et lui coupa presque le souffle. Il se plia en deux malgré lui, serrant son bras amputé contre sa poitrine pour essayer d'arrêter l'hémorragie, de repousser la souffrance et l'horreur, s'empêchant de pousser même un grognement. Le corps tremblant de douleur, El Cid ne parvint pas à s'empêcher de grimacer: il ne comprenait pas comment ça avait pu arriver, comment son propre coup avait pu lui faire autant de mal sans effleurer son ennemi. Il vit à peine Phantasos se saisir de son avant-bras pour le serrer contre elle avec une douceur lascive et sensuelle, comprit à peine qu'Ikelos avait en fait déformé l'espace-temps pour que sa propre attaque le frappe,…

Ne parvint pas à réagir à temps quand Ikelos l'agrippa violemment et le projeta à l'autre bout du pic rocheux. A peine comprit-il qu'il perdait connaissance. Mais il sentit qu'il ne parvenait pas à masquer son sourire.

$s$s$s$

Trouver Athéna, la prendre par la main, l'emmener avec lui, regarder la ville prendre feu, voir Sagittaire pointer une flèche sur lui pour protéger la jeune Déesse, recevoir l'arme en plein coeur, mourir, rouvrir les yeux, trouver Athéna, la prendre par la main, l'emmener avec lui, regarder la ville prendre feu, voir Sagittaire pointer une flèche sur lui pour protéger la jeune Déesse, recevoir l'arme en plein coeur, mourir, rouvrir les yeux, trouver Athéna, la prendre par la main,…

Tout recommencer. Encore et encore. Inlassablement.

Sisyphe ouvrit les yeux une millième fois, une cinq-cent millionième fois, il ne savait plus. Il avait arrêté de compter, d'essayer de comprendre ce qui lui arrivait. A vrai dire, il ne paniquait même plus. Au bout de la quarantième fois, il avait fondu en larmes horrifiées et épuisées, essayé d'agir autrement, mais il s'était vite rendu compte que la panique ne servait à rien quand la flèche l'avait de nouveau heurté en plein coeur. Juste avant que le monde devienne noir une nouvelle fois. Juste avant qu'il ouvre les yeux de nouveau.

Il s'était résigné, s'était fait à son sort. Se contentait d'agir et d'attendre d'être frappé une nouvelle fois. N'espérait même plus un sauveur. Juste un repos, une pause. Et encore, même ça il n'y croyait plus. A vrai dire, Sisyphe sentait que cette épreuve infinie le brisait petit à petit, qu'il allait atteindre un point de non retour, quelque chose qu'il voulait empêcher de toutes ses forces mais contre laquelle il ne parvenait plus à lutter.

Une fois encore, sa gorge se serra et son coeur s'arrêta quand la petite fille darda des yeux verts brillants de colère divine sur lui en grondant d'une voix qui ne semblait pas être la sienne:

-Tu es celui qui a déclenché la Guerre Sainte! Tu es le responsable de tous ces malheurs! Tu es le responsable! C'est ta faute et uniquement la tienne!

Sisyphe se mit à trembler, conscient qu'il était à bout, qu'il ne supporterait pas une nouvelle fois ce châtiment, que si cette flèche le heurtait de nouveau, il n'aurait pas la force de résister, de lutter. Pourtant, comme à chaque fois, ses bras se levèrent d'eux même et ses lèvres s'ouvrirent sur un cri adressé à sa propre armure:

-Toi aussi tu m'en veux, Sagittaire? Tu penses que c'est de ma faute? Alors vas-y! Transperce-moi avec cette flèche qu'on en finisse!

Comme à chaque fois, la corde de l'arc se détendit avec un sifflement sourd. Comme à chaque fois la flèche se planta dans sa poitrine. Comme à chaque fois depuis des millénaires, Sisyphe sentit son coeur ralentir, poussa un hoquet de douleur et leva la tête vers le ciel rougi par les flammes et le sang.

Mais pour une fois, pour la première fois depuis des centaines d'années, il eut l'impression d'apercevoir une lumière. Une lumière dorée chaleureuse accompagnée d'une voix qu'il ne parvenait pas à reconnaitre:

-Sisyphe!

Alors ce fut comme si un déclic s'était opéré, comme si, au lieu de tomber en avant comme à chaque fois et de tout recommencer, une nouvelle route, un nouveau scénario s'était dégagé, souffrait à lui. Et pour la première fois depuis des années, des heures, des jours (il ne savait plus), Sisyphe eut enfin la liberté de choisir son action. L'esprit brisé, le corps en miette, il se saisit de la flèche d'or et l'arracha d'un mouvement sec de sa poitrine, laissant jaillir un flot de noirceur de la blessure comme il versait des larmes de sang. Il ne savait pas ce qui allait arriver, l'imprévu le terrorisait soudain presque autant que la répétition.

Quelle nouvelle torture allait-on lui imposer? Quelle nouvelle souffrance devrait-il endurer? Quel nouveau cauchemar allait-il devoir vivre pendant un autre siècle?

Il sentit son coeur s'arrêter quand il rouvrit les yeux et découvrit que son corps était recouvert de son armure, que les reflets du soleil jouaient sur l'or de sa…

-Non…

Que le reflet des flammes jouaient sur le noir de son armure.

De son surplis.

Exactement comme ce que les pythies de Delphes lui avaient montré tant d'années auparavant. C'était pire encore que de devoir être frappé indéfiniment de sa propre flèche, c'était pire encore que la mort! C'était être un traitre, porter l'armure des Spectres, celle de l'ennemi, trahir Athéna et…

-Sisyphe! Ne sombre surtout pas! Reste avec moi, Sisyphe!

Le Sagittaire se raidit et un frisson d'horreur le secoua tout entier quand il reconnut cette voix, quand il comprit quelle épreuve était désormais la sienne. Affronter le regard dégoûté et déçu de sa Déesse. L'affronter elle. La tuer, sans doute. Encore et encore jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une coquille vide, brisée mentalement.

-Déesse… Athéna…

Il leva lentement la main droite, comme s'il avait peur de faire disparaître cette vision presque diaphane de la jeune fille qui lui faisait face. Comme s'il avait peur qu'elle se recule et qu'il ne la perde de vue, sa Déesse, sa lumière,… Puis il eut un sursaut et une lueur mauve enfla dans sa main avant d'exploser entre eux deux, la forçant à reculer:

-Ne vous approchez pas! Ne vous préoccupez plus de moi!

N'approchez surtout pas, je risquerais de vous blesser ou même pire. Et je ne pourrais pas le supporter.

Il avait l'impression qu'un étau serrait son coeur de toute ses forces, qu'il n'arrivait plus à respirer.

Que quelqu'un… Que quelqu'un vienne me sauver…

-Je suis le pêcheur qui a provoqué la Guerre Sainte, je ne mérite pas le titre de Chevalier. (Il tressaillit quand il comprit le véritable sens de ses paroles) Je ne suis pas un Chevalier…

-Sisyphe, ce n'est pas de ta faute si la Guerre Sainte a commencé puisque je…

-Ca suffit! Ca ne sert à rien d'en parler!

Il se saisit de la flèche d'or plantée dans sa poitrine, l'arracha d'un geste brusque et, sortant son arc sombre, la pointa droit sur Sasha. Un pas, si elle faisait un pas de plus, cette flèche allait lui glisser entre les doigts et il la frapperait. Il la tuerait. Le coeur au bord des lèvres, il avait de plus en plus de mal à distinguer la forme évanescente de la jeune femme en face de lui, peinait à entendre sa voix qui perçait pourtant son coeur autant que cette flèche:

-Tu étais si bon et doté d'un sens si prononcé de la justice… Si tu es tombé aussi profondément dans les ténèbres… (Elle baissa les yeux avant de placer son Sceptre en avant et de hausser la voix, assurée, déterminée) Alors laisse-moi te montrer ma volonté, celle de la Déesse de la Guerre!

Elle fit un pas en avant, sans avoir l'air de craindre la flèche pointée sur elle, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Les sourcils froncés et le visage rendu presque sévère sous le coup de la détermination:

-Allez, Sisyphe! Tire cette flèche sur moi! Fais-le!

Le souffle court et la vue brouillée par les larmes, le sang et la douleur, Sisyphe hésita, haletant, incertain… Quel était ce nouveau piège? Quelle nouvelle souffrance l'attendait s'il décochait cette flèche?… Ou s'il ne la décochait pas? Qu'allait-il devoir de nouveau vivre en boucle, encore et encore? Il ne savait plus quoi faire, ne savait plus ce qui le ferait souffrir le plus. Il ne supporterait pas de la voir blessée, encore moins par lui… Mais s'il ne montrait pas sa détermination, s'il ne prouvait pas sa valeur… Elle serait sans doute déçue et se détournerait de lui en riant et en le traitant de couard, de bon à rien… A moins que…

-Fais-le!

La voix de la jeune femme le fit sursauter, la flèche glissa entre ses doigts, presque à regret… Et heurta Sasha en pleine poitrine avec une telle force qu'elle recula d'un pas en poussant un cri étouffé. Et pourtant ce fut comme si la flèche le frappait une nouvelle fois, lui, pas elle. Comme si en la blessant, une partie de lui s'était brisée à jamais:

-Athéna…

Sa voix était si faible que même lui ne l'entendit pas, horrifié de voir du sang carmin tacher la robe blanche de Sasha, couler le long de la flèche, souiller ses mains. Et pourtant, elle ne hurla pas, ne versa aucune larme, ne le maudit pas. Non, pire encore, elle releva lentement la tête et le regarda avec une telle tendresse qu'il sentit son coeur se serrer:

-Je suis tellement désolée, Sisyphe… J'aurais dû comprendre ta douleur et ta peine… Mes décisions t'ont tellement fait souffrir… Sauras-tu me pardonner?

Horrifié, réalisant petit à petit que la personne en face de lui n'était peut-être pas une illusion, Sisyphe souffla:

-Je vous ai… blessée… (Un frisson d'horreur le secoua tout entier et il fit mine de se saisir d'une nouvelle flèche pour la retourner contre lui-même) Je ne suis vraiment… Vraiment pas digne d'être un Chevalier!

Mais sa voix s'étrangla dans sa gorge quand la jeune femme se jeta dans ses bras pour se serrer contre lui, lui transmettre une vague d'amour et de pardon tellement réelle que… Aussi réelle et chaleureuse que ces mains dans son dos, aussi réelle que ce regard vert si pur:

-Mes jours en tant qu'humaine avec mon frère Alone et Tenma, c'était ce que j'avais désiré, et ces jours me sont très précieux. Mais tu ne dois pas en souffrir pour autant: ma propre naissance était un signe avant coureur de la Guerre Sainte, les étoiles maléfiques s'étaient déjà éveillées, et les Dieux Jumeaux avaient déjà commencé à agir. Si tu n'avais pas été là, si tu ne m'avais pas trouvée en Italie, j'aurais sans doute été tuée avant même que tout cela ne commence. (Elle sourit, ce sourire si sincère et doux qui la caractérisait) Tu m'as sauvée.

Les flammes avaient disparu, laissant place à un ciel bleu paisible et à un sentiment de paix rassurée dans le coeur du Sagittaire. Ces paroles étaient si réelles, des paroles auxquelles il n'avait jamais pensé de lui-même… Et elles sortaient directement de la bouche d'Athéna. La gorge serrée, il souffla, comme s'il ne parvenait pas à y croire:

-Je vous ai… protégée?

-Bien sûr.

-Je n'ai pas… eu tort de prendre cette décision?

-Pas le moins du monde.

Ces paroles, agrémentées du sourire lumineux et rassurant de Sasha… Comme il les avait attendue… Oh bien sûr, El Cid les lui avait déjà offertes, mais malgré un maigre réconfort, ce n'était pas de lui qu'il voulait les entendre… Il avait toujours espéré que sa Déesse elle-même lui accorderait son pardon, qu'elle lui dirait qu'il ne s'était pas trompé,… Alors d'enfin l'entendre, c'était comme un rêve, comme si un poids énorme avait enfin quitté ses épaules:

-Nous avons besoin de ta force pour défendre la Terre, tu ne peux pas avoir oublié cette promesse que tu as faite à Tenma ce jour-là, si?

Non, bien sûr que non, il voyait encore le visage sérieux de Tenma quand il lui avait fait promettre qu'il protègerait Sasha jusqu'à la fin de ses propres jours. La main de la Déesse quitta sa blessure et une fissure dorée se forma sur son surplis:

-Je veux que tu combattes à mes côtés, Sisyphe.

Une larme de gratitude, de reconnaissance et de soulagement glissa sur sa joue, effaça une trace de sang, et quand il rouvrit les yeux, le surplis avait volé en éclat, remplacé par une armure d'or plus brillante qu'elle ne l'avait jamais été. Il put presque entendre la voix de Sagittaire chanter dans sa tête quand il s'agenouilla devant Sasha, la tête basse et le coeur battant, espérant, priant pour ne pas avoir à tout recommencer une nouvelle fois:

-Jusqu'à ma mort… Non, même après la mort, je promets de vous protéger, Athéna!

Quand la jeune femme sourit, le décor vola en éclat, tout devint noir…

Et il rouvrit les yeux.

Pendant un instant, son coeur ne fut plus que panique. Pendant un court instant de folie, il crut que tout allait recommencer de nouveau, ce supplice infernal, cette souffrance,… Il ne parvenait plus à respirer, n'arrivait pas à refermer les yeux, son coeur battait tellement fort dans sa poitrine qu'il crut que c'était la fin, que la mort était à ses côtés. Il haleta difficilement, le front trempé de sueur glacée, puis, il croisa le regard soulagé de Sasha et la main d'Hakurei se posa sur son épaule pour le rassurer. Réels:

-Bon retour parmi nous, Sisyphe.

Un sourire à la fois épuisé et lumineux étira faiblement les lèvres du Sagittaire:

-Désolé de vous avoir fait attendre et d'avoir causé autant de problèmes.

Ironiquement, il n'avait qu'une hâte, enlever son armure et se coucher pour dormir pendant des jours entiers. Mais il refoula la fatigue mentale se tendit imperceptiblement quand Hakurei lui expliqua sa situation, comment il était resté coincé dans le monde des rêves pendant des jours. Puis Sasha cita Oneiros et mentionna sa fusion avec les trois autres Dieux des rêves. Alors, il sut quoi faire.

Dardant sur lui un regard à la foi inquiet et pressant, Hakurei demanda:

-As-tu un plan?

Sisyphe hocha la tête et se redressa:

-Avec l'aide d'El Cid, et si la Déesse Athéna accepte de nous prêter un peu de sa puissance, alors je sais comment nous pouvons les vaincre.

-Je ferai tout mon possible pour mener mes Chevaliers vers la victoire: tu peux compter sur moi.

-Parfait, je vais vite aller chercher El Cid et le ramener i-…

Il sentit l'absence de son frère d'armes avant que la lueur ennuyée dans les yeux d'Hakurei ne le choque. Et en un fragment de secondes, il avait compris. Sisyphe sentit son coeur manquer un battement et il manqua de défaillir quand il réalisa que ce plan devrait être modifié. Qu'il devait tout confier à El Cid… Qu'il devait l'envoyer à la mort…

Sa gorge se serra et il chipota machinalement à ses mains, rouvrant de vieilles blessures sous le coup de l'horreur et de l'angoisse, réfléchissant à toute vitesse pour trouver un autre plan, un plan où El Cid n'aurait pas à mourir, où n'aurait pas à supporter la perte de son plus proche ami, de son compagnon, de…

Il éloigna ses mains l'une de l'autre et se mordit l'intérieur de la joue: il n'y avait pas d'autre solution… Il n'avait pas le choix… S'il voulait donner une nouvelle chance au bien de l'emporter, il n'y avait pas d'autre moyen… Il allait devoir sacrifier son compagnon, celui qui comptait le plus à ses yeux, celui qui avait toujours été là pour lui, qui l'avait veillé pendant ces journées terribles, qui avait quitté le Sanctuaire sans hésiter pour le sauver de ce cauchemar, sans craindre le sort qui l'attendait,… El Cid…

Sisyphe serra les poings et se releva, lentement pour ne pas montrer à quel point ses jambes flageolaient:

-Je vais… Je vais prévenir El Cid… Allons au pied de votre statue, nous y serons mieux.

Hakurei et Sasha hochèrent la tête et ils se dirigèrent vivement vers le treizième temple. Et dès qu'il eut mis un pied hors de ses appartements, immédiatement, l'esprit de Sisyphe fila vers le Nord, vers l'Italie. Vers lui.

-El Cid…

$s$s$s$

Le monde était entièrement flou, voire même noir à certains endroits. Son bras lui faisait tellement mal qu'il ne le sentait paradoxalement presque plus. La perte de sang lui donnait le tournis et il savait que si il essayait de se lever, ce ne serait que pour mieux retomber. Après tout, son corps était si lourd, si lourd… Même le son ne lui parvenait plus, à peine quelques bribes étouffées, quelques intentions,…

C'était donc là sa limite? C'était donc ici que sa lame se brisait? Après avoir tant lutté, après avoir vaincu deux des Dieux des rêves, voilà qu'il ne parvenait même plus à se relever? A distinguer le réel du rêve?

Est-ce que Mine était vraiment là, à ses côtés, ou bien est-ce qu'il rêvai-…

-El Cid…

Un violent frisson le secoua tout entier quand cette voix résonna dans sa tête, quand une aura chaleureuse et tellement reconnaissable l'engloba avec douceur et tendresse. Quand il se matérialisa presque juste derrière lui. Le coeur battant, frustré de ne pas avoir la force de se retourner pour voir son visage, pour le serrer contre lui, El Cid souffla, à bout de forces:

-Sisyphe?! Tu es réveillé?!

Malgré lui, un sentiment de dégoût profond et de frustration enflait dans sa poitrine, allait presque jusqu'à dépasser son bonheur de de nouveau l'entendre, le sentir. Après tout, Sisyphe était enfin réveillé… Et il n'était même pas à ses côtés, ne pouvait même pas s'assurer qu'il allait vraiment bien. Un doux sourire dans la voix, le Sagittaire soupira, comme s'il était aussi blessé que lui, aussi épuisé, aussi las:

-Tu as l'air mal en point, mon pauvre ami… Tu as combattu seul pour me libérer du Monde des rêves, je ne saurai jamais assez te remercier…

A la fois honteux et frustré, El Cid tenta de se retourner, ne parvint même pas à bouger d'un pouce et peina à serrer le poing:

-Si j'avais été seul je n'aurais pas réussi… Pégase et mes hommes étaient avec moi…

-Alors laisse-moi t'aider à mon tour. Je viens de tirer une flèche imprégnée du pouvoir d'Athéna, une force qui mènera nos forces vers la victoire.

Un regain d'énergie s'empara du Capricorne qui frappa le sol de son poing:

-La victoire? Il reste donc de l'espoir?

-Il y a toujours de l'espoir, El Cid.

-Alors, tant qu'il reste de l'espoir je dois utiliser mon épée!

Il sentit Sisyphe hésiter avant de soupirer:

-Oui… Comme nous l'avons toujours fait… Mais… Même si tu dois…

-Que mon corps souffre ou bien qu'il soit brisé, je le transformerai en un ultime coup d'épée!

El Cid lutta de toutes ses forces, imposa du mouvement à ses jambes et, repoussant la douleur, se leva. Le souffle court, le corps en miettes mais l'esprit plus aiguisé que jamais, il tourna le dos aux quatre Dieux fusionnés, se laissant simplement guider par le cosmos de Sisyphe:

-Tu n'es pas obligé de le faire, El Cid. Tu risques ta vie en faisant ça, et tu le sais…

-Sisyphe, regarde-moi. Regarde dans quel état je suis. Même si je survivais à ça, je ne serais plus bon à rien: j'ai perdu trop de sang, je ne vois presque plus rien, j'ai perdu un bras,… Je mourrais sur le trajet du retour et même si je vivais, je ne vous servirais à rien.

-Il n'est pas trop tard, tu peux encore…

-S'il te plait, laisse-moi participer à cette victoire tant que je suis encore moi-même.

Il y eut un court silence, un silence d'une rare intensité. Si bien qu'El Cid, presque amputé de tous ses sens, ressentit toute la douleur de Sisyphe comme si c'était la sienne. Et il se sentit sincèrement touché par l'amour que son frère d'armes lui portait, par sa peine, par sa souffrance… Malgré son état, il se dit qu'il devait vraiment être le plus heureux des hommes:

-J'aurais voulu être à tes côtés… Je me déteste de te forcer à faire ça…

-Tu ne me forces à rien, Sisyphe. Et j'aimerais que tu me rendes un service.

-Tout ce que tu voudras.

-Quand je serai mort… (Un sourire mental effleura l'esprit du Sagittaire) Je veux que tu arrêtes de t'en vouloir pour tout. Je veux que tu te pardonnes tout ce que tu penses avoir fait de mal. Je veux que tu acceptes enfin la vérité et que tu avances sans crainte ni remords.

-La vérité?

La voix de Sisyphe tremblait d'émotions et, malgré lui, El Cid sentit son coeur se serrer à l'idée de ne plus jamais le revoir:

-Tu es quelqu'un de magnifique, Sisyphe. Tu es le plus grand homme que je connaisse, le plus vertueux, le plus puissant, le plus juste, le plus sincère,… Et je veux que tu t'en rendes compte. Je veux que tu sois aussi fier de toi que je ne le suis.

Il put enfin percevoir les traits du Sagittaire, eut presque l'impression qu'il était juste à côté de lui quand il termina en un souffle:

-Tu me le promets?

-…Promis.

-C'est bien, je compte sur toi. (Il leva la tête, sentit la flèche se rapprocher et souffla) Sisyphe?

-Oui?

-Tu vas me regarder? J'aimerais que tu soies le premier à voir Excalibur.

Un soupir rieur mêlé de sanglots douloureux résonna dans sa tête, puis Sisyphe répondit doucement:

-Ne crains rien, je resterai avec toi jusqu'à la fin. J'ai hâte de voir cette lame.

-Je n'ai pas peur. Je suis simplement affûté, plus que je ne l'ai jamais été. Mon cosmos n'a jamais été aussi ardent.

-Alors suis ta voie.

Le Capricorne bondit de toutes ses forces, embrasant son cosmos et le concentrant au niveau de son bras perdu, formant une lame de lumière dorée:

-Tu sais, El Cid, j'ai toujours pensé que tu n'avais pas à travailler autant pour créer l'épée ultime.

-Ha bon?

-Oui, j'ai toujours senti au fond de moi que la véritable épée, la véritable Excalibur, c'était toi.

Le Capricorne esquissa un sourire, conscient de quel message son pudique compagnon dissimulait derrière le plus beau compliment qu'on lui avait jamais fait:

-J'en suis honoré.

La flèche arriva droit sur lui et, en un instant, elle fut tranchée en quatre. Avec un chuintement parfait, sans aucune résistance, sans qu'il ne doive forcer ni lutter. Enfin, son bras était devenu une épée. Non… Il retomba sur le sol en comprenant ce qui l'avait aidé à transformer son bras en l'arme ultime: il n'avait pas créé cette lame… Il n'avait fait qu'un avec elle, était devenu Excalibur.

-Tu avais raison, Sisyphe. J'ai toujours eu tendance à chercher trop loin. Je compte sur toi pour la suite.

-Je ne te décevrai pas.

-Je sais.

El Cid se jeta en avant, transperça Oneiros de son épée avec une telle aisance naturelle qu'il manqua d'en sourire de satisfaction. Puis il ferma les yeux.

Et la souffrance cessa.

$s$s$s$

Sasha se tendit, crispa ses mains sur son Sceptre et poussa un cri muet quand le cosmos d'El Cid disparut. Le ventre noué, elle manqua de défaillir:

-El Cid?…

Non, non c'était impossible! Il ne pouvait pas être mort! Ce n'était pas ce qui était prévu! Il devait… Il devait… La jeune Déesse se tourna vers Sisyphe, les lèvres tremblantes, et quand elle vit le visage livide et figé par la stupeur du Sagittaire, elle ne put s'empêcher de fondre en larmes, dégoûtée par tant de morts, de souffrances et de douleurs qu'elle ne parvenait pas à empêcher. Horrifiée de n'avoir rien su faire et de ne pas avoir compris tout de suite quel sacrifice le Sagittaire venait de faire.

Sisyphe gardait les yeux fixés vers le Nord, pas encore tout à fait présent mais pas complètement absent. Comme s'il ne réalisait pas que le cosmos du Capricorne n'effleurerait plus jamais le sien. Que plus jamais ils ne s'entraîneraient ensemble, que plus jamais il ne le verrait, le toucherait… Il sentit sa gorge se serrer si fort qu'il ne parvint plus à respirer pendant un moment, et son coeur battait si fort dans sa poitrine qu'il lui faisait mal. Les lèvres entrouvertes sur un murmure de douleur muet, il s'adressa machinalement à son frère d'armes avant de se rendre compte qu'il était seul:

-Je ne te pleurerai pas, je sais que tu détesterais ça… Et je te promets de respecter ta volonté et d'arrêter de me morfondre… D'aller de l'avant, comme toi, sur ce chemin que ton épée a ouvert…

Il refoula les larmes qu'il sentait arriver et se mordit la joue jusqu'au sang:

-Merci pour tout, El Cid…

$s$s$s$

Dégel poussa un soupir et se laissa tomber sur sa chaise plus qu'il ne s'y assit. Affalé sur son lit, Kardia se redressa et lui jeta un regard interloqué:

-Qu'est-ce qu'il y a?

-Tu n'as pas senti?

-Le cosmos d'El Cid qui a disparu? Si, c'est carrément la merde en fait.

-Oui… On peut dire ça comme ça…

A vrai dire, il ne s'était pas attendu à ce que Kardia montre un semblant de tristesse ou même d'émotion. Il n'avait jamais vraiment côtoyé El Cid et ne le connaissait pas plus qu'il ne le fallait (selon lui), mais il s'attendait à un peu plus que « ça »:

-Tu devrais aller te coucher: on dirait que nous partons pour le château d'Hadès dès demain.

Réaction bien plus normale de sa part, Kardia bondit littéralement de son lit (par son, entendez bien celui de Dégel) avec un énorme sourire sur les lèvres:

-Sérieux?! On va enfin bouger?!

-Il était convenu que dès que Sisyphe serait sur pieds nous irions directement en Italie. Donc oui, on va bouger.

Le Scorpion leva un poing victorieux vers le ciel et poussa un véritable cri de victoire:

-Yes! Putain j'en pouvais plus de rester à rien foutre! Enfin on va avoir droit à un peu d'action, bordel il était temps!

Dégel leva les yeux au ciel:

-Ravi que ça te fasse plaisir.

-Si ça me fait plaisir? Tu rigoles ou quoi, c'est carrément Noël là! (Son visage presque enfantin se transforma de nouveau en un rictus moqueur et il persiffla) D'ailleurs je vois pas pourquoi je devrais retourner au huitième, je dormirai aussi bien ici, nan?

-Tu es vraiment pénible quand tu veux.

-Ouais, je sais.

Jugeant inutile d'essayer de le convaincre, peu désireux de se disputer avant une aussi grande bataille qui pouvait leur être fatale, Dégel se tourna simplement vers la fenêtre.

Grâce au grâce au sacrifice d'El Cid, ils avaient fait un pas phénoménal vers la victoire.

La victoire, oui…

Mais à quel prix?


Et voilà, j'espère que ça vous a plu! Le passage sur le supplice de Sisyphe dans l'anime m'a énormément marqué (et continue de le faire) et je voulais vraiment essayer de montrer toute l'angoisse qu'il devait ressentir ainsi que ma vision et mon interprétation du personnage :') J'espère que vous avez apprécié malgré tout et que ma version d'El Cid vous aura plu aussi ^^

A très vite!