Chapitre 8 :
Anakin ouvrit faiblement les yeux. Le tintement de la machine qui suivait les battements de son cœur semblait faire un vacarme assourdissant. Il tenta de se lever, mais chacun de ses membres semblait douloureux. Lentement, il se redressa sur ses avant-bras et observa le lieu dans lequel il se trouvait. Il était relié de toute part à des moniteurs. Et sa respiration... soudain, son cœur fit un bond. Il fut pris de panique et inspira plus profondément. D'un geste vif, le jeune homme arracha le respirateur qu'on avait installé au niveau de sa bouche. Il faisait le même bruit que celui qu'il avait été obligé de porter pendant une vingtaine d'année sous l'identité de Dark Vador. Une image du seigneur Sith lui traversa alors l'esprit. Anakin ferma les yeux et s'obligea à se calmer.
- Calme-toi, tu vas tout casser ! s'exclama une voix féminine à l'autre bout de la pièce.
Anakin se retourna et fit face à Barriss Offee. Elle était l'une des apprenties guérisseuses les plus émérites de l'ordre Jedi.
- Où suis-je ? demanda Anakin en essayant de garder son sang froid.
- Sur Coruscant, répondit Barriss en s'approchant pour remettre en place les émetteurs qu'Anakin avait arrachés.
La jeune femme ramassa le respirateur et tenta de le remettre en place sur le visage d'Anakin, mais ce dernier la repoussa d'un revers de la main.
- Je respire très bien tout seul, rétorqua-t-il sèchement.
Il savait que son comportement n'était pas particulièrement cordial, mais il était trop déboussolé pour tenter de sauver les apparences.
- Est-ce que tu pourrais m'expliquer ce qui se passe plutôt que d'essayer de me brancher à une machine ? s'énerva-t-il.
- Jusqu'à où remontent tes souvenirs ?
- Obi-Wan était inconscient. Je l'ai transporté jusqu'à la base. Après ça, tout est devenu assez flou, répondit le jeune homme, l'air pensif.
- Vous souffriez tous les deux de sévère déshydratation ainsi que de brûlures au second degré. Les troupes nous ont contacté pour dépêcher un vaisseau médical d'urgence. A notre arrivée sur Mustafar, nous vous avons directement plongé dans une cuve de bacta. Ton dos était en sal état. Tes bras aussi. Je crois pouvoir dire que nous avons fait du bon travail, déclara Barriss avec satisfaction.
Anakin tira sur sa chemise et inspecta les parties de son corps qui avaient été blessées. Il restait des marques, mais les cicatrices étaient presque imperceptibles. Cela fit monter en lui une vague de colère. Il y a de cela très longtemps, après son combat contre Obi-Wan, les soins qui lui avaient été prodigués n'avaient pas donné un tel résultat. Certes, ses blessures aujourd'hui étaient bien moins graves. Elles n'étaient que superficielles en comparaison de ce qu'il avait subi à l'époque. Cependant, elles prouvaient que la médecine pouvait soigner ce genre de chose. Le travail effectué sur Dark Vador pouvait être considéré comme médiocre. S'il avait passé le reste de sa vie enfermé dans cette armure, ce n'était pas parce que la technologie n'était pas assez performante pour le soigner, mais bien parce que l'Empereur n'avait pas voulu le sauver.
Anakin repoussa ces souvenirs hors de son esprit. De toute manière, il n'aurait pas souhaité que cela se passe autrement. Il avait trouvé de la satisfaction à se réfugier dans l'armure de Vador. Elle l'avait aidé à oublier qui il était. Il n'aurait pas supporté de faire face à la Galaxie sous son vrai visage, ni d'endosser la responsabilité de ses actes.
- Où est Obi-Wan ?
Le jeune homme s'empressa de poser une nouvelle question pour chasser ses pensées négatives de son esprit. Il s'inquiétait également beaucoup pour son ami.
Barriss se mordit la lèvre. Elle semblait embêtée de répondre à cette question.
- Parle, je t'en prie ! s'exclama Anakin qui ne supportait pas son silence.
- Eh bien... il n'est pas encore réveillé, déclara la jeune fille.
- Comment ça pas encore ?
Anakin se rendit alors compte qu'il n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé entre son combat contre Grievous et l'instant présent.
- Depuis combien de temps sommes-nous inconscients ? demanda-t-il, la voix tremblante.
- Une semaine. Nous avons préféré prendre nos précautions avec vous deux. Les risques d'infection sont grands dans ce genre de cas, même si vos brûlures n'étaient que superficielles. J'ai désactivé ton agent narcotique ce matin. Tu devrais être prêt à sortir demain.
- Et Obi-Wan ?
- Eh bien, son cas est plus problématique. Tu pourras peut-être nous éclairer sur les causes de ses blessures. Les brûlures ont été traitées comme les tiennes. En ce qui le concerne, c'était plutôt ses jambes qui posaient problème. A ce niveau, tout va bien maintenant. Par contre, il a souffert d'une sévère hémorragie interne. Ses organes ont été touchés et il ne s'agit pas de guérir que la surface, mais l'intérieur également. Nous ne pouvons pas le réveiller tout de suite. Sais-tu comment il a pu se blesser ainsi ?
Anakin prit son visage entre ses mains et soupira. Tout cela devait être une vaste blague, une farce de la Force destinée à lui faire payer ses mauvaises actions. Il était revenu dans le passé avec l'espoir de se voir offrir une seconde chance. A la place, il se retrouvait dans une réalité où sa femme était toujours condamnée à mourir et où son meilleur ami, qui se trouvait maintenant être également son seul et unique confident, souffrait de graves blessures qui pourraient bien lui coûter la vie.
- Il a été écrasé par la carcasse de Grievous et a été tiré sur plusieurs mètres dans le sable, au bord d'une rivière de lave.
Barriss ne répondit pas immédiatement. On pouvait lire la peine sur son visage. Elle hocha lentement de la tête et posa sa main sur l'épaule d'Anakin.
- Il va s'en sortir. Laisse-nous simplement plus de temps.
- Combien de temps ? s'impatienta Anakin.
- Le temps qu'il faudra.
Le jeune homme ne put réprimer un sourire mauvais. Les Jedi et leurs réponses philosophiques ! Des années étaient passées et il avait beaucoup changé. Il n'était plus celui qu'il avait été durant la guerre des clones mais son aversion pour ces réponses qui n'en étaient pas réellement n'avait pas changée. Pourquoi les Jedi ne pouvaient-ils pas simplement dire les choses telles qu'elles étaient ?
- Pour l'instant, il faut que tu te reposes. Je reviendrai vérifier tes paramètres demain matin et, si tout semble normal, tu pourras sortir, déclara la jeune fille en souriant.
Anakin ne prit pas la peine de répondre. Il était absolument hors de question qu'il reste dans ce lit du centre médical Jedi une seconde de plus. Il savait néanmoins que se disputer avec Barriss ne changerait rien : elle n'était pas prête de le laisser sortir. Il allait falloir qu'il prenne ce droit.
- Je te laisse. Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
Anakin lui retourna son sourire. Elle semblait croire à son intention de rester calme. Il suffisait d'attendre qu'elle quitte la chambre et il pourrait préparer son évasion. Durant ses années de mariage avec Padmé, il avait développé de nombreuses techniques pour s'échapper du Temple Jedi. Dans son esprit, tout cela remontait à il y a très longtemps. Après tout, une vie entière le séparait de ces événements ! Néanmoins, il gardait quelques souvenirs de ces moments et il était persuadé de pouvoir s'échapper avant la tombée de la nuit.
En temps normal, il aurait pris la peine de s'arrêter pour voir Obi-Wan. Même si son ami était toujours inconscient, il aurait aimé s'assurer de son état en personne. Malheureusement, il n'avait pas de temps pour cela. Une semaine s'était écoulée depuis son dernier réveil. Padmé devait être morte d'inquiétude. Savait-elle seulement où il était et comment il allait ? Rien n'était moins sûr.
La potentielle inquiétude de sa femme n'était néanmoins pas la seule chose qui préoccupait Anakin. Dans la réalité passée, Padmé avait probablement accouché juste après les évènements de Mustafar. Cette période correspondait à celle qu'ils étaient en train de vivre. Certes, il savait maintenant qu'il avait été la cause de la mort de Padmé. Mais qu'en était-il à présent? Etait-il possible qu'elle soit condamnée à mourir de quelque manière que ce soit ? Le jeune homme n'avait pas les réponses à toutes ces questions. Il savait simplement qu'il devait la voir et qu'il ne pourrait pas retrouver son calme avant de la savoir saine et sauve.
Padmé se frotta lentement les tempes. Le vacarme faisait désormais partie de la routine au sénat. Cette habitude ne rendait néanmoins pas la situation plus supportable. La jeune femme ne pouvait plus attendre le verdict de l'élection. La République avait désespérément besoin d'un nouveau chef politique pour ramener l'ordre.
- Nous y sommes enfin, déclara Bail Organa avec excitation.
- Espérons que ce vote ne nous décevra pas, répondit Padmé avec anxiété.
Plusieurs politiciens étaient pressentis pour reprendre le poste de Chancelier. Certains d'entre eux apporteraient des solutions aux problèmes de la République alors que d'autres risquaient de faire perdurer le mal qui s'était emparé du système. Dans tous les cas, les Jedi avaient décidé de rester totalement neutres. Ils n'auraient aucune influence sur les résultats des votes. Padmé approuvait cette décision même si, secrètement, elle aurait souhaité avoir l'assurance de voir un politicien loyaliste l'emporter.
- Silence !
La voix de Mace Windu s'éleva encore une fois dans la terrible arène sénatoriale. Il avait probablement crié plus au cours des derniers jours que durant le reste de sa vie. Maintenir l'ordre dans le sénat était une mission presque impossible. Cependant, cette fois-ci, le calme sembla se rétablir rapidement. Le nom du prochain Chancelier allait être connu et tous attendaient cette nouvelle avec une impatience non dissimulée.
- Nous vous remercions d'avoir été si nombreux à participer aux votes, déclara-t-il d'une voix posée. Votre opinion a bien été prise en compte et vous avez élu un nouveau chef politique.
Soudain, le silence se fit pesant. Il semblait que toute l'assemblée retenait son souffle.
- Je demande à Mon Mothma, nouvelle Chancelière de la République, de bien vouloir s'avancer.
La foule fut alors prise d'une immense vague d'applaudissement. La petite nacelle dans laquelle se trouvait Mon Mothma flotta jusqu'à l'ilot central où elle allait désormais siéger. La jeune femme ne faisait pas l'unanimité, mais elle semblait très appréciée.
Padmé porta sa main à sa poitrine en souriant. Elle avait voté pour son ami, Bail Organa, mais elle n'en soutenait pas moins Mon Mothma. Cette femme ferait un travail exemplaire à la tête de la République.
- Je suis soulagée, déclara Bail en se laissant retomber dans son siège.
- Vous n'êtes pas déçu ? demanda Padmé d'un ton compatissant.
- Non, évidemment ! répondit le sénateur en souriant. J'aurais pris la tête de la République pour éviter qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains. Je dois cependant admettre que cette tâche me faisait peur. Mon Mothma sera bien meilleure que moi. Je lui apporterai mon soutien le plus total.
Padmé porta ses mains à son ventre et soupira. Elle pouvait finalement espérer un avenir meilleur pour son enfant. Enfin... si le père finissait par réapparaitre. Cela faisait une semaine qu'elle n'avait pas eu de nouvelles d'Anakin. Elle avait tenté d'obtenir des informations au près du Temple, mais tout le monde semblait vouloir rester discret sur cette affaire. Les Jedi n'avaient jamais beaucoup aimé que les politiciens se mêlent de leurs affaires. La seule information que Padmé avait pu obtenir était qu'Anakin et Obi-Wan étaient vivants et qu'ils avaient été ramenés sur Coruscant pour être soignés.
Padmé ne savait plus quoi penser de tout cela. Elle présupposait qu'Anakin était inconscient. Si cela n'était pas le cas, elle doutait qu'il eut été possible de le garder éloigner d'elle si longtemps. Ainsi, la jeune femme imaginait également que ses blessures étaient graves. Toutes ces présuppositions lui donnaient le tournis. Elle était épuisée. S'imaginer toutes les horreurs qui avaient pu arriver à son mari la tourmentait, sans lui offrir de chance de répit.
- Je vais me retirer, déclara-t-elle en se levant.
- Maintenant ? s'exclama Bail, surpris. Mon Mothma va faire son premier discours.
- Je lirai le compte rendu de la séance, déclara Padmé en soupirant. Je suis ravie de la savoir Chancelière. C'est tout ce qui m'importe pour le moment. Je dois me reposer. Cette semaine n'a pas été facile, ajouta-t-elle d'un ton qui exprimait son exhaustion.
Le sénateur hocha de la tête avec sympathie. Padmé quitta sa loge sénatoriale et fut immédiatement escorté par l'une de ses dames de compagnie, Motée.
- Ça va, Madame ? demanda le jeune femme en posant une main rassurante sur l'épaule de la sénatrice.
Padmé adressa un sourire à sa dame de compagnie. Elle était heureuse de l'avoir à ses côtés.
- J'ai besoin de repos. Tout va bien.
- J'ai déjà donné l'ordre de préparer votre transport. Nous serons rentrées d'ici quelques minutes.
- Je me demande parfois ce que je ferais sans toi, déclara Padmé en souriant.
Motée rendit son sourire à la sénatrice. Les deux jeunes femmes marchèrent jusqu'au hangar sans dire un mot de plus. Un petit transport attendait, au centre de la pièce. Le capitaine Typho était aux commandes. Padmé et Motée s'installèrent à l'arrière de l'appareil, dans un salon privé qui permettait à la sénatrice de profiter d'un moment de calme en rentrant à la maison.
Motée s'empressa de débarrasser Padmé de la lourde cape qui masquait sa grossesse. Elle savait que la sénatrice était enceinte et l'avait aidé à le cacher depuis le début. Les deux jeunes femmes n'avaient jamais parlé des raisons qui poussaient Padmé à vouloir garder son état secret. Elles n'en avaient pas besoin.
Motée savait qu'Anakin était souvent à l'appartement, au 500 Republica. Elle savait également qu'il partait tous les matins très tôt et revenait tous les soirs en fin de journée. Lorsque Padmé partait en congé, elle le faisait sans aucun des membres de son équipe. Elle n'avait pas besoin de leur compagnie, Anakin remplissait très bien ce rôle. Pour toutes ces raisons, lorsque la jeune sénatrice découvrit qu'elle était enceinte, Motée décida de ne pas poser de question. Elle savait déjà tout ce qu'il y avait à savoir.
- Je ne pourrai pas supporter d'être enceinte encore très longtemps, déclara Padmé en s'appuyant contre le dossier de son fauteuil.
Motée adressa un sourire à Padmé. Beaucoup de femmes avaient la faculté de se complaire dans le simple fait de créer la vie. Padmé n'était pas l'une d'entre elles. Evidemment, elle désirait fonder une famille et l'idée d'avoir des enfants la remplissait de joie. Néanmoins, rester clouée au lit à cause de ses nausées et de son mal de dos l'insupportait.
La porte du salon privée s'ouvrit. C-3PO entra et accueillit Padmé avec enthousiasme.
- Madame ! s'exclama-t-il en s'approchant. J'espère que vous avez passé une bonne journée.
- Merci 3PO, répondit-elle en se relevant.
- Vous rentrez plus tôt que d'habitude. Souhaitez-vous que je prépare le salon pour recevoir des invités ?
- Non, merci. Nous ne recevons personne aujourd'hui, je suis rentrée tôt car j'ai besoin de me reposer.
- Etrange, déclara le droïde en suivant sa maitresse hors du vaisseau jusque sur la rampe d'atterrissage.
- Etrange ? répéta Padmé avec curiosité.
- J'ai fait valider l'arrivée d'un transport, cet après-midi. Je pensais que nous aurions de la visite.
Padmé resta bouche bée. La liste des personnes que C-3PO pouvait autoriser à atterrir était très restreinte. Elle comprenait ses parents, sa sœur et... Anakin.
- Merci Motée, je vais prendre congé pour le reste de l'après-midi.
La jeune femme s'inclina légèrement. Elle savait parfaitement pourquoi elle était congédiée maintenant et, comme à son habitude, ne comptait pas poser de question à ce sujet.
Le transport qui avait ramené Padmé repartit en direction du sénat, laissant la jeune femme seule avec son droïde.
- Est-ce que quelqu'un est venu se présenter ? demanda Padmé en marchant vers le salon.
- En effet, répondit le droïde avec assurance. Il s'agissait de la livraison annuelle de flux énergétique. La jauge de l'ordinateur central était relativement basse.
Padmé resta impassible face à cette réponse décevante. Elle savait qu'elle pouvait se laisser aller devant C-3PO. Si elle désirait garder son calme, c'était avant tout pour elle-même. Elle devait garder un semblant de contrôle afin de pouvoir continuer à aller de l'avant.
La jeune femme se rendit directement dans son dressing pour se changer. Elle s'était déjà débarrassée de la lourde cape qui masquait sa grossesse, mais elle portait encore son attirail sénatorial. Ces robes n'avaient rien de confortable. Elle opta pour une tenue bleue très simple.
La sénatrice de Naboo prit une seconde pour s'inspecter dans le miroir. Son visage témoignait d'une immense fatigue. Elle semblait également amaigrie. La situation était catastrophique et la jeune femme en portait les marques. Son travail n'avait encore jamais été aussi fatiguant.
Padmé s'empara d'un châle qui était suspendu dans son dressing et se rendit sur la terrasse. Elle l'enroula autour de ses épaules et admira le soleil couchant. Cette vision réussit à la calmer un peu. L'air frais qui parcourait la ville en fin de journée lui fit également le plus grand bien. Elle aurait préféré être sur Naboo, mais il était hors de question de quitter la capitale tant qu'elle n'aurait pas de nouvelles d'Anakin. Même si cela devait être aux dépens de sa propre santé.
L'immense soleil couchant s'apprêtait à disparaître à l'horizon lorsque Padmé entendit le bruit de la porte principal de l'appartement. Elle distingua des bruits de pas se dirigeant à grande vitesse dans sa direction et son cœur fit un bon dans sa poitrine. Il ne fallut qu'un instant à Anakin pour parcourir la distance qui les séparait. Il la serra dans ses bras en la soulevant du sol et elle s'agrippa à lui en soupirant de soulagement.
- Ne me refais jamais ça, murmura-t-elle collée contre sa nuque.
Anakin ne trouva rien à répondre. Il se contenta de savourer la présence de sa femme qui lui avait horriblement manqué. Ils n'avaient été séparés qu'une semaine, ce qui n'était pas grand chose comparé aux longues séparations auxquelles ils avaient fait face durant la guerre. Néanmoins, cette fois était différente pour de nombreuses raisons.
- Je suis tellement désolée, déclara-t-il en se décollant pour regarder sa femme dans les yeux. Je suis venue aussi vite que j'ai pu.
- Que s'est-il passé ?
La voix de Padmé était hésitante. La jeune femme tremblait. Elle qui était si douée pour masquer ses émotions et afficher une grande assurance ne pouvait se résoudre à garder son calme.
- Obi-Wan et moi avons été blessé durant notre dernier combat. On nous a plongé dans une cuve de bacta. Je n'ai été réveillé que ce matin.
Le visage de Padmé fut pris d'une grimace d'horreur. Elle savait que le bacta était utilisé pour traiter de graves blessures. Il était rare d'y passer plus d'une journée. Si Anakin avait été plongé dedans pendant une semaine, ses blessures devaient être sérieuses.
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
- Nous avons été trainé jusqu'à la bordure d'une rivière de lave et avons tous les deux soufferts de brûlures, mais ne t'inquiète pas, ce n'était que superficiel. Ils nous ont gardé longtemps pour ne pas prendre de risques.
Padmé prit une seconde pour respirer. Elle n'était pas enchantée d'apprendre ce qui était arrivé à son mari, mais elle se réconforta en se disant que, maintenant, il était en sécurité.
- Tu as beaucoup souffert ?
Padmé posa la question car elle ne supportait pas qu'il ait enduré tout cela seul. Elle savait bien que la réponse serait probablement affirmative et cela lui brisait le cœur, mais elle avait besoin d'en parler avec lui.
Anakin hocha de la tête pour répondre que oui. Son visage semblait empli d'une immense tristesse. Il avait traversé la guerre et était capable de supporter une grande douleur physique. Les événements récents étaient néanmoins différents de tout ce qu'il avait connu jusque là. Les brûlures, il les supportait. C'était le souvenir de sa vie passée et de ce qui était arrivé sur Mustafar qui lui faisait le plus mal. Mais ça, il allait le garder pour lui.
- Comment va Obi-Wan ? demanda finalement Padmé.
- Il ne s'est pas encore réveillé. Ses blessures sont bien plus graves que les miennes. Il a été écrasé par la carcasse de Grievous et il sera plus long de le guérir.
Padmé serra à nouveau Anakin contre elle. Autant pour le consoler que pour s'assurer qu'il était bien là et que tout irait bien. Le jeune homme fut pris d'un sursaut et s'éloigna gentiment. Padmé porta alors sa main à sa bouche et se confondit en excuses.
- Je t'ai fait mal, je suis vraiment navrée, déclara-t-elle en s'éloignant d'un pas.
- Ne t'inquiète pas, ce n'est rien, rassura Anakin en souriant.
La jeune femme s'avança à nouveau et tira la chemise de son mari pour inspecter son épaule. Une légère cicatrice descendait plus bas dans son dos. Rien de terrible, mais c'était suffisant pour lui faire mal si elle le serrait contre elle.
- Tu peux rester cette nuit ?
- Je n'étais pas censé sortir du centre médical avant demain matin. Barriss va me faire une crise, mais ça m'est égal, répondit-il en souriant. J'avais besoin de te voir. Je retournerai là-bas demain matin pour prendre des nouvelles d'Obi-Wan.
Anakin et Padmé rentrèrent à l'intérieur. La nuit commençait à être froide et ils étaient tous les deux extenués. Anakin leva la main et usa de la Force pour activer le panneau de contrôle qui abaissa la vitre du salon. Il se servait toujours de ses pouvoirs pour effectuer des tâches simples. Padmé se demandait si leur enfant posséderait les mêmes pouvoirs. Elle s'était imaginé plusieurs fois comment allait être sa vie de mère. Il était cependant difficile de savoir comment élever un jeune Jedi.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Anakin.
- Rien, je... je me demandais simplement si notre enfant allait être réceptif à la Force, comme toi, déclara-t-elle simplement.
Anakin afficha un immense sourire. Des images de Luke et de Leia lui revinrent en mémoire. Il ne faisait aucun doute qu'ils avaient tous les deux hérité de ses pouvoirs. La présence de Luke à travers la Force était sans égal. Il l'avait senti avant même de l'avoir rencontré, durant la bataille contre la première Etoile Noire.
- Evidemment ! répondit-il en secouant légèrement la tête. Les midi-chloriens sont dans nos gênes, ils se transmettent.
- Je ne sais pas comment faire pour m'occuper d'un Jedi ! répondit la jeune femme, souriante elle aussi.
- Ho Padmé je crois que, au contraire, tu sais très bien comment t'occuper d'un Jedi, répondit-il avec un sourire en coin.
La jeune femme se mit à rire. Evidemment, son mari ne l'entendait pas de la même façon.
- Comment allons-nous faire ? demanda-t-elle, maintenant plus sérieuse.
- Ne t'inquiète pas pour ça. Je vais trouver une solution. Attendons que les choses se calment au sénat et au conseil. J'en parlerai encore avec Obi-Wan quand il se réveillera et...
Anakin ne termina pas sa phrase. Il n'avait plus rêvé de la mort de Padmé depuis sa dernière mission, sur Mustafar. Il avait été plongé dans un long coma artificiel. Etait-il seulement possible de rêver dans cet état ? Le jeune homme ne le savait pas, mais pour une raison qui lui échappait, il se sentait étrangement apaisé. Il allait falloir laisser passer la nuit et voir si le rêve revenait. Quoi qu'il en soit, Anakin ne pouvait s'empêcher d'espérer... et s'il avait changé le destin ? Il ne savait pas ce qui nuisait à Padmé et n'avait jamais réussi à comprendre pleinement ce que son rêve signifiait. Il était néanmoins arrivé à la conclusion que Padmé mourrait par sa faute. S'il continuait à lutter contre lui-même et le Côté Obscur, le destin de sa femme serait peut-être différent.
Anakin pensa alors à la vie qu'il mènerait avec sa famille. Il allait devoir quitter l'ordre. Il le fallait. Ce retour dans le passé lui avait permis de revivre sa vie de Jedi à nouveau et il ne pouvait nier qu'il adorait cela. Il était né pour devenir un Jedi et abandonner ce mode de vie ne l'enchantait pas. Néanmoins, il avait fait un choix et il ne comptait pas mettre sa famille de côté pour continuer à faire ce qu'il aimait.
- Il y a peut-être une autre solution, proposa Padmé d'une voix réconfortante.
- Ça m'étonnerait, répondit le jeune homme, peu convaincu.
Les règles étaient strictes et il les avait toutes enfreintes. Les Jedi ne laisseraient pas passer une chose pareille. Et puis, quel avenir auraient-ils en tant que famille s'ils devaient passer le reste de leur existence à se cacher ? Non, Anakin ne ferait pas subir cela à Luke et Leia.
