Salut à tous! J'espère que vous allez tous bien (et que vous vous êtes remis des émotions du chapitre précédent ;-;)! On se retrouve pour le dernier chapitre avant l'épilogue (je n'en reviens pas, franchement!), j'espère qu'il vous plaira :) On passera les divers éléments de la suite de la Guerre Sainte mais en un peu accéléré puisque nos deux héros ne sont plus là (et que l'histoire se centrait sur eux) ;) On se retrouve en bas!

Guest: Salut! Je crois qu'au fond de moi j'ai essayé de le repousser, mais hélas il est arrivé :( (Cette OST est tombée à la fois vraiment à pic et en même temps omg mon coeur m'a lâchée TToTT) C'est vrai qu'après tant de coups bas en si peu de temps, finir par retrouver Kardia a dû le soulager, le pauvre... Plus têtu que Kardia? Pas facile en effet haha Merci à toi pour ta review et à bientôt!

Erwyn: Salut! Oh non désolée, j'aurais dû mettre un petit avertissement au début ;-; Merci beaucoup pour ta review, je suis heureuse que malgré tout le chapitre t'ait plu :') Pour l'instant pas encore, mais qui sait, peut-être qu'ils seront de nouvelles apparitions de temps en temps, je crois que je les ai dans la peau ces deux-là haha ;) Merci encore et à bientôt!

Sur ce, enjoy!


-Je vous remercie d'avoir ramené l'orichalque au Sanctuaire.

Sasha força sur sa voix légèrement rauque malgré elle et détailla le corps tremblant d'épuisement et parsemé de sang du jeune homme agenouillé devant elle. Ses longs cheveux argentés emmêlés, le visage défait et hagard, les vêtements déchirés et du sang tachant ses mains, le jeune gouverneur de Bluegraad gardait la tête baissée, les yeux fixés sur le tapis rouge, incapable de soutenir le regard douloureux de la Déesse qui lui faisait face.

Un doux sourire sur les lèvres, Sasha reprit doucement:

-Ca a vraiment dû être difficile dans votre état. Permettez-moi de vous héberger le temps de soigner vos blessures.

Unity frissonna et grimaça en serrant les poings aussi fort qu'il le pouvait, les épaules tremblantes et les yeux brulants de larmes: comment pouvait-elle être aussi gentille? Comment pouvait-elle le regarder avec autant de douceur alors qu'il était le seul et unique responsable? Alors que par sa faute, Kardia et Dégel étaient morts? Pourquoi personne ne lui infligeait-il le châtiment qu'il méritait? Pourquoi ne pas abréger ses propres souffrances en le tuant? Pourquoi ne pas subir la colère divine qu'il méritait largement? Lui qui avait tant besoin de purger sa peine… Non, il ne pourrait pas le supporter! Il ne pouvait pas simplement rester au Sanctuaire et se prélasser sans aucune sanction après tout ce qu'il avait fait!

Refoulant un sanglot, Unity se jeta sur le sol, cognant son front contre le tapis en hurlant d'une voix rauque:

-Je vous en prie, pardonnez-moi, Athéna! A cause de moi, à cause de moi deux de vos meilleurs Chevaliers ont trouvé la mort!

Sisyphe jeta un regard empli de douleur vers la jeune femme aux longs cheveux mauves, guettant sa réaction. Et il sentit son coeur se briser un petit peu plus quand Sasha tiqua légèrement. Quand sa lèvre inférieure se mit à trembler imperceptiblement. Dès que les cosmos de Kardia et Dégel avaient disparus, ils avaient su que quelque chose s'était passé. Pendant les vingt minutes qui avaient suivi, Sasha avait continué de croire en eux, d'assurer avec un sourire qu'ils allaient revenir. Mais quand armures du Scorpion et du Verseau étaient réapparues au Sanctuaire, confirmant les pires craintes des survivants, la Déesse avait congédié tout le monde pour s'enfermer dans ses appartements et fondre en larmes. Seule, là où personne ne pourrait voir ses sanglots.

Touché par son chagrin, Sisyphe fit mine d'intervenir mais déjà elle pinçait les lèvres et redressait la tête, serrant simplement son lourd sceptre un peu plus fort:

-Je suis prêt à recevoir le châtiment qui vous plairait, je vous en supplie, punissez-moi! Je vous en supplie! Pitié!

Des larmes roulaient sur ses joues sans qu'il ne parvienne à les arrêter, et l'ongle rouge dans sa main lui griffait la peau, mais il s'en fichait. Il ne pouvait tout simplement pas rester en vie et sans punition valable après ce qu'il avait fait, après ce qu'il avait causé:

-Je vous en supplie, je ne vous demanderai rien d'autre, juste un châtiment, pitié!

-Relève-toi, Unity.

Le ton de la jeune femme (qui le tutoyait soudain) était sans appel, sérieux, presque dur. Il se redressa légèrement, attendant qu'elle le fusille du regard, qu'elle lui ôte la vie, qu'elle le…

Au lieu de ça, il se noya dans un regard vert d'une douceur inouïe:

-Est-ce que Kardia et Dégel sont tombés bravement au combat? Se sont-ils battus jusqu'au bout et de toutes leurs forces?

Sans hésiter, Unity hocha la tête, incapable de baisser les yeux:

-Oui, et même au delà de leurs limites.

Sasha ferma les yeux un court instant et inspira légèrement, comme pour s'empêcher de craquer:

-Alors tu ne dois pas négliger leurs efforts pour te maintenir en vie.

Le jeune homme se redressa et leva son visage ravagé vers elle, les yeux écarquillés sous le coup de la surprise:

-Pardon?

-Tu dois continuer de vivre pour eux, pour leur faire honneur. Tu seras certainement hanté par le doute, la douleur, la peine et la culpabilité, mais tu ne devras jamais laisser la tristesse te détruire. Et même si ces sentiments continuent de t'accompagner, tu devras apprendre à vivre avec eux.

Unity secoua la tête et serra les poings, incapable de retenir ses larmes:

-Je n'y arriverai pas, Déesse Athéna… Je ne pourrai jamais vivre en sachant que c'est moi qui les ai tués…

-Tu ne les as pas tué, Unity. Ils ont choisi de se battre pour ce en quoi ils croyaient, de se battre pour réaliser leur rêve. (Un sourire triste étira légèrement les lèvres de Sasha) Et tu ne seras jamais plus seul puisqu'ils continueront de vivre en toi. C'est ton rôle, en tant que survivant, de les faire vivre dans ton coeur et dans ta mémoire.

La jeune femme se leva doucement, faisant bruisser sa longue robe blanche, et comme elle semblait sur le point de tressaillir, Sisyphe fit un pas en avant et saisit délicatement sa main:

-Déesse Athéna…

Sasha ferma les yeux un court instant et pinça les lèvres, se forçant à inspirer profondément, à refouler cette douleur atroce qui menaçait d'exploser dans sa poitrine. Puis elle trouva la force d'adresser un semblant de sourire livide au Sagittaire et de hocher la tête pour le rassurer. Sisyphe poussa un léger soupir compréhensif, le visage marqué par une profonde compassion, mais il ne lui lâcha pas la main tant qu'elle ne se redressa pas:

-C'est à nous de continuer ce qu'ils ont commencé, à nous de faire en sorte que leur sacrifice n'ait pas été vain. Et puis, ton peuple compte sur toi, jeune gouverneur de Bluegraad, ne l'oublie jamais. Tu dis continuer de te montrer fort pour les guider vers un futur meilleur. Je sais que tu sauras accomplir cette mission que Dégel et Kardia t'ont confiée en te sauvant la vie.

-Déesse A-…

-Merci, Unity.

Le jeune homme écarquilla des yeux ébahis et croisa le regard brillant de larmes de Sasha qui répéta en un soupir:

-Merci d'avoir survécu et de m'avoir raconté comment ils étaient partis. Ils étaient plus pour moi que mes Chevaliers, c'étaient deux amis précieux, et je suis heureuse qu'ils aient pu réaliser leur rêve. (Elle ferma les yeux et inspira profondément) Je sens qu'ils continuent de veiller sur nous, tous autant qu'ils sont.

Elle pouvait presque sentir un parfum de roses, la sensibilité masquée d'un homme aveugle, la détermination d'un épéiste, la fougue d'un tigre protecteur, entendre le rire moqueur d'un jeune homme aux cheveux indigos, voir le sourire bienveillant d'un géant,… Entendre des pages se tourner paisiblement au onzième temple et les battements brulants d'un coeur ardent et pourtant si tendre.

Sasha se mordit la joue, sentit presque la main de Sage sur son épaule gauche, celle d'Hakurei sur son épaule droite. Oui, elle sentait que tous ceux qui étaient partis veillaient encore sur eux. Qu'ils ne les quitteraient jamais vraiment et qu'ils vivraient pour toujours dans son coeur:

-Tu n'es pas seul, Unity. Et je compte sur toi pour être fort et mener ton peuple vers la lumière.

L'ex-Marina se mordit la lèvre et s'inclina de nouveau devant cette Déesse débordante d'amour et de pardon, les joues trempées de larmes intarissables et les épaules tremblantes:

-Merci… Athéna…

Elle avait raison… Vivre serait son châtiment, vivre avec un tel poids sur le coeur et sur la conscience. Malgré tout ce qu'il avait fait, tout le malheur qu'il avait causé, il n'avait pas le droit de simplement abandonner et de réduire les sacrifices de Dégel et Kardia à néant. Il ne pouvait pourtant pas se permettre de rester ici plus longtemps, il avait déjà souillé le Sanctuaire divin avec tant de sang sur ses mains: il devait partir, rentrer à Bluegraad et rassurer son peuple.

Son coeur se serra quand il repensa à sa soeur tant aimée et alors seulement il comprit la raison pour laquelle il avait été épargné, le but du reste de sa vie en plus du destin de son peuple. Il s'inclina plus bas encore et souffla silencieusement entre ses larmes:

-Pardonnez-moi…

Seulement, la jeune Déesse ne pouvait pas deviner qu'il s'adressait aussi bien à elle, qu'aux deux hommes tombés à Atlantis et à sa soeur aînée… A elle et à la promesse qu'il n'avait pas encore réussi à tenir.

Unity repoussa paisiblement l'offre de gîte que Sasha reformula: il devait rentrer au plus vite à Bluegraad, elle même l'avait dit, il devait rassurer son peuple. Et il avait une autre mission, une mission qu'il avait déjà repoussée pendant près de cinq longues années. Il sortit du treizième temple et inspira profondément, le coeur douloureux et la gorge serrée malgré tout, rongé par le remords et la peine. Serait-il assez fort? Aurait-il le courage de ne pas s'ôter la vie et de continuer d'avancer malgré ces pensées qui le hanteraient sans fin?

Les étoiles scintillantes ne parvinrent pas à lui rendre un semblant de sourire, si bien qu'il crut qu'il ne pourrait plus jamais le faire. Après tout, en perdant Dégel, il avait perdu plus qu'un meilleur ami, il avait toujours considéré le Verseau comme son frère, son presque jumeau, et sa perte lui faisait aussi mal que celle de Séraphina… Et ce malgré toute la colère qu'il avait d'abord ressenti, cinq ans plus tôt, quand sa soeur leur avait annoncé la nouvelle sans ciller. Quand elle avait soufflé, sur son lit de mort:

-Pardonne-moi, Unity… Pardonne à Dégel…

Unity sentit son coeur se serrer… Puis se faire plus léger comme il savait que le choix qu'il venait de faire était le bon. Il entama la longue descente des marches du Sanctuaire, comme si chaque marche était un chemin de pèlerinage vers la rédemption.

Vers l'enfant qui l'attendait à Asgard.

-Et pardonne à notre garçon…

Oui, il allait se racheter. Il avait réussi à pardonner à Dégel, il parviendrait à pardonner à un enfant qui n'était pas responsable. Alors il ne retournerait pas immédiatement à Bluegraad. D'abord il irait à Asgard et récupérerait son neveu pour l'élever dignement. Non pas comme s'il était son propre fils, mais en lui rappelant sans cesse quels héros étaient ses parents.

$s$s$s$

Bluegraad, Sibérie.

Cinq ans auparavant.

-Comment va-t-elle?

Le médecin referma doucement la porte des appartements de la princesse de Bluegraad et fit la grimace:

-Je ne saurais vous répondre, mon Prince. Votre soeur continue de souffrir de fortes fièvres et d'accès de délires, et cela deux mois après avoir accouché. J'avoue que je ne sais quoi penser.

Unity pinça les lèvres en repensant à ce jour où Séraphina leur avait annoncé, à leur père et à lui, qu'elle portait l'enfant de Dégel. Les mains posées d'une manière protectrice sur son ventre déjà rond (elle avait réussi à leur cacher sous les épaisses couches de tissus de ses robes), la jeune femme leur avait annoncé sa grossesse sans ciller, décidée, ferme. Autant lui n'avait rien pu dire, juste rester assis et en laisser tomber sa cuillère, autant son père avait commencé par feuler:

-Depuis combien de temps?

-Cela va faire cinq mois.

Garcia avait viré au rouge pivoine, puis il s'était levé d'un bond et s'était mis à hurler de rage:

-Comment?! Mais que s'est-il passé?! Quand… Comment est-ce arrivé?! Comment a-t-il osé abuser de toi?!

-Il n'a aucunement abusé de moi, père: c'est moi qui le lui ait demandé.

-Mais pourquoi aurais-tu fait une chose pareille?!

-Parce que je l'aime.

La détermination dans le regard de Séraphina avait rivalisé avec une forme de bonheur paisible, si bien que même si sa voix était ferme et assurée, elle ne perdait rien de sa douceur. Le gouverneur de Bluegraad en était resté muet pendant une longue seconde avant de fulminer:

-Mais qu'est-ce que tu racontes, Séraphina? Tu es une princesse, tu sais quelles sont tes responsabilités! Tu n'as pas le droit de mettre ton peuple en péril en batifolant avec un moins que rien! Je t'ai pourtant déjà parlé de ta future union avec l'aîné de la famille Solo!

-Et je m'oppose à ce mariage.

Cette fois, Garcia en était resté bouche-bée, allant jusqu'à devoir s'appuyer sur la table pour ne pas défaillir:

-Pardon?

-Je m'oppose à ce mariage, je le refuse. C'est à moi de prendre mon avenir en main, père. Et au vu de ma situation, vous ne pourrez plus me fiancer au premier bon parti venu.

-Mais qu'est-ce qui te prends, ma fille? Tu as perdu la tête?!

-Au contraire, je crois que je n'ai jamais été aussi lucide. Ma place est ici, à Bluegraad auprès de mon peuple, pas en Grèce dans une famille jugée illustre où je serai confinée et servirai simplement d'objet politique. J'ai décidé de choisir moi-même mon destin. Je choisis de garder cet enfant, ce miracle que les Dieux m'ont offert, et je choisis de rester ici.

-Si tu fais ça ta réputation sera ruinée! Plus personne ne voudras de toi pour femme!

-J'en ai conscience, et je n'en ai cure. Peu m'importe ce que les gens penseront, ce qu'on dira de moi, de quoi on me traitera: je choisis mon destin, je choisis mon enfant. Le seul que j'aurais pu épouser ne m'étant pas destiné, je choisis de chérir son enfant, même si je dois régner seule. Un mari ne ferait que me brider, et vous le savez parfaitement père: je refuse de me soumettre davantage à vos ordres concernant les arrangements pour d'éventuels mariages qui assureraient votre position. Je suis une femme, certes, mais rien ne m'empêche de vivre ma vie comme je l'entends.

-Séraphina, pense à Bluegraad! Ce pays se meurt, c'est pour cela qu'il faut sécuriser son sort en te mariant à…

-Il y a mille autres moyens de sauver ce pays, et vous le savez parfaitement. (Comme son père faisait mine de l'interrompre, elle avait levé la main) La conversation est close, père. (La jeune femme avait levé le menton, un léger sourire paisible sur les lèvres) Je resterai ici avec vous, et j'élèverai mon enfant afin qu'il puisse choisir lui-même son destin à son tour.

Rien ni personne n'avait pu lui faire changer d'avis. Ni les hurlements de son père, ni les supplications de son frère qui ne pensait qu'à sa réputation. Il fallait se débarrasser de cet enfant, faire venir des médecins, des sorciers, n'importe qui qui serait capable de la libérer de ce fardeau et de lui permettre de se marier malgré le risque que constituait la perte de sa virginité, signe que l'union conjugale et politique avait été bien (ou, dans le cas présent, non) respectée. Personne ne voudrait d'une princesse déjà mère, d'une princesse qui n'avait pas respecté cette règle: elle serait ruinée! Mais rien ne lui avait fait entendre raison. Séraphina avait simplement caressé machinalement son ventre arrondi en souriant:

-J'en ai assez de vivre pour les autres, Unity. Je crois qu'il est temps que je vive pour moi et pour ce en quoi je crois. Ne t'en fais pas pour moi, je sais comment sauver Bluegraad, et ce bébé ne sera pas un obstacle.

Pourtant, malgré sa détermination sans failles et son accouchement long et pénible (tenu secret afin que la rumeur ne se répande pas trop vite), Séraphina restait clouée au lit depuis deux longs mois, brulante de fièvre et errant dans des délires qu'elle seule comprenait. Murmurant des noms inconnus comme « Grenat », « Fluorite » ou encore, celui plus connu de Dégel. Déjà fort faible après son accouchement, une servante l'avait retrouvée un matin appuyée sur le rebord de la fenêtre grande ouverte, prétextant que seul le froid du dehors pouvait apaiser sa fièvre. Et son état avait empiré.

Unity se mordilla le pouce, les sourcils froncés et le coeur serré d'angoisse: il était partagé entre la peur terrible que sa soeur chérie ne succombe, et la haine et la rancoeur. Il ne parvenait pas à croire que Dégel, son meilleur ami, son frère, ait pu faire une chose aussi irresponsable et irrécupérable! Qu'avait-il donc pensé en posant les mains sur Séraphina? Sur la princesse de Bluegraad?! Les épaules tremblantes (de rage ou de peur?), il passa une main sur ses yeux fatigués: malgré lui, il savait que même sa haine était reléguée au second plan. Il avait appris à respecter le choix honorable et courageux de sa soeur, avait réussi à ne créer aucune tension avec son père en restant neutre lors des repas,… Et pourtant, il n'avait pas eu la force de lui tenir tête lorsque Séraphina avait mis son fils au monde.

Une nausée soudaine lui fit fermer les yeux et il se détourna légèrement, la main portée à son front glacé: il ne parviendrait pas à supporter le regard de Séraphina, pas aujourd'hui, pas maintenant que la calèche avait quitté Bluegraad pour Asgard, à quelques kilomètres de là. Pas maintenant que…

-Monseigneur, est-ce que tout va bien?

S'inquiéta le médecin en remarquant son soudain malaise. Unity hocha lentement la tête et congédia l'homme d'un mouvement de main et d'un « merci pour tout » étouffé. Le médecin s'inclina, et quand il se fut assez éloigné, le jeune homme aux cheveux argentés inspira profondément avant de pousser la porte de la chambre de sa soeur.

Les rideaux mauves grands ouverts sur les larges fenêtres qui éclairaient la pièce mais ne parvenaient pas à ternir l'atmosphère étouffante et malade qui y régnait malgré tout. La suivante de Séraphina se leva d'un bon quand elle le vit entrer, laissant tomber son ouvrage de couture et faisant une révérence précipitée:

-Mon Prince.

-Ne vous dérangez pas.

Souffla Unity d'une voix basse en se rapprochant du lit. Il retint une grimace désespérée et douloureuse quand il détailla le visage livide et perlant de sueur de Séraphina. Elle qui avait toujours été si lumineuse, si rayonnante, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, tremblante, le corps parsemé de spasmes fiévreux et les lèvres murmurant des mots qu'il n'entendait pas. Désirant rester seul avec elle un moment, il congédia la suivante, lui demandant d'apporter une nouvelle bassine d'eau.

Dès que la porte se fut refermée derrière elle, Unity saisit doucement la main squelettique et glacée de Séraphina, la caressant doucement du bout des doigts:

-Tu vas t'en tirer, tout va bien se passer…

Comme si elle l'avait entendu malgré les délires de la fièvre, Séraphina entrouvrit deux yeux brulants et tourna péniblement la tête vers lui. Et malgré sa souffrance évidente, un faible sourire étirait ses lèvres gercées:

-Unity…

-Chut, ne fais aucun effort, on s'occupe de toi. Tu vas bientôt guérir, tu vas voir.

La jeune femme serra faiblement la main de son frère dans la sienne, l'air plus lucide qu'elle ne l'avait été depuis deux mois de convalescence:

-Montre-le moi… Personne ne me laisse le voir…

Le coeur du jeune homme se serra dans sa poitrine et il déglutit difficilement avant de répondre, sans parvenir à la regarder dans les yeux:

-C'est impossible, ce serait risquer de lui donner ta fièvre, et il n'y survivrait pas.

-Oh… Je vois…

Souffla Séraphina d'une voix légèrement rauque. Elle étouffa une quinte de toux du mieux qu'elle le put puis, un soupir rêveur s'échappa de ses lèvres:

-Je n'en ai plus pour longtemps…

-Arrête, ne dis pas ça, tu vas déjà beaucoup mieux.

C'était faux, mais Unity refusait d'accepter le sort funeste de sa soeur, de son seul soleil dans cet endroit glacé. Il raffermit sa prise sur la main de Séraphina et la porta à ses lèvres pour l'embrasser tendrement:

-Tu vas voir, tu seras remise au printemps, et tu pourras voir les fleurs des glaces, tu sais celles que tu aimes tant.

-Ca serait merveilleux… (Un grand frisson la secoua toute entière) Peux-tu fermer la fenêtre? J'ai si froid…

Unity se mordit l'intérieur de la joue et réprima un sanglot douloureux: il faisait absolument mourant de chaud dans la chambre, tout le bois du château y avait été amené pour entretenir le feu jour et nuit. C'était la pièce la plus chaude de toutes, et pourtant, Séraphina était frigorifiée. Incapable de lui dire la vérité, il hocha la tête et la rassura:

-Je m'en occuperai quand tu seras endormie.

-D'accord… Merci…

Une nouvelle quinte de toux la fit se redresser légèrement avant de s'éteindre sur un soupir rauque. Unity délaissa sa main un instant, juste le temps d'aider sa soeur à boire une ou deux gorgées d'eau. Les yeux perdus dans le vague, la jeune femme murmura:

-Il ne faudra pas me pleurer, Unity…

-Pitié, ne dis pas ça…

-Je voudrais juste… Je voudrais juste le tenir dans mes bras quelques instants…

-Tu sais que ce n'est pas possible.

La voix soudain remplie de lassitude et d'épuisement, elle souffla d'une voix si basse qu'il dut se pencher en avant pour l'entendre:

-S'il te plait, Unity, pardonne-moi…

-Il n'y a rien à pardonner, 'Phina.

-Alors pardonne à Dégel…

Le jeune homme pinça les lèvres et fronça soudain les sourcils, encombrant son regard si clair de nuages vengeurs et emplis de colère. Non, non il ne pouvait pas pardonner à Dégel d'avoir fait une chose pareille, il ne pouvait pas oublier qu'il était la cause première de cette situation cauchemardesque qui risquait de très mal se finir. Il n'y arriverait pas. Il ne pouvait pas pardonner. Mais il fit un léger mouvement de tête, plus pour apaiser sa soeur que pour lui promettre qu'il essayerait. Soulagée, Séraphina continua:

-Et pardonne à notre garçon, il n'a rien fait de mal, il n'a rien demandé. Je suis la seule responsable et j'en paye le prix. Je t'en prie, pardonne-nous et élève notre fils comme s'il était le tien…

Le coeur au bord des lèvres à la simple mention de l'enfant, Unity balbutia:

-Je ne…

-Alors je t'en prie, je te le demande comme dernière volonté: montre-le moi… Montre moi mon bébé, juste une seconde…

Alors qu'il entrouvrait les lèvres sur une réplique préparée, Unity croisa le regard rempli d'espoir de sa soeur, brillant comme auparavant, rempli d'un calme paisible. Elle avait accepté son destin, sa mort prochaine, et demandait simplement à voir son garçon… Il ne pouvait pas continuer à lui mentir, à le lui cacher ainsi. Il déglutit difficilement et souffla:

-Il… Il n'est plus ici.

Un ange passa, plongeant la chambre dans un silence de mort. Puis, les yeux à moitié clos de Séraphina s'écarquillèrent sous le coup de l'angoisse, de l'horreur, de la trahison et de la colère pures.

-…Quoi?

Ses lèvres bougèrent sans qu'un son ne s'en échappe avant une bonne seconde, puis tout son corps se tendit et elle se redressa, comme si elle réalisait pleinement ce qu'elle entendait:

-Quoi?!

Effrayé par le comportement soudain de sa soeur, Unity lui prit doucement les épaules et essaya de la pousser à s'allonger de nouveau:

-Ne t'en fais pas, il va bien. Père l'a envoyé à Asgard pour ne pas créer de scandale. Il n'y a que peu de personnes au courant de ta grossesse, des personnes de confiance: personne n'en saura rien, tu pourras te marier sans problèmes et tu pourras même aller le voir de temps en temps si tu le…

Mais toute lumière avait déserté le visage soudain paniqué et enragé de la jeune femme. Elle semblait ne pas l'écouter, forcer sur sa voix pour crier plus fort que lui:

-Non! Pitié pas ça! Non, vous n'avez pas le droit! (Hurla-t-elle en se débattant comme une furie, luttant de toutes ses forces décuplées par son instinct pour essayer de se dégager et de se lever) C'est mon fils, mon bébé, mon garçon! Je veux le voir! Je veux le voir! Rendez-le moi, vous n'avez pas le droit de me l'enlever!

La porte s'ouvrit violemment comme elle poussait un hurlement déchirant mêlé de larmes de douleur, et la suivante s'engouffra dans la chambre, le visage complètement livide et les mains crispées sur une bassine d'eau claire:

-Princesse!

-Allez-vite chercher le médecin et mon père!

-Rendez-moi mon garçon!

Luttant pour la maintenir assise, Unity essaya de se faire entendre en parlant plus fort:

-Il sera bien traité là-bas, ne t'en fais pas, nous l'avons confié à une famille aisée, calme-toi je t'en prie, tu te fais du mal!

Soudain, un grand frisson secoua le corps raidit de Séraphina et elle pressa les mains sur sa poitrine, froissant le tissus de sa robe. Le visage trempé de larmes, ses yeux se révulsèrent soudain et un murmure incompréhensible s'échappa de ses lèvres. Puis, elle retomba sur le lit, comme une poupée de chiffon, le corps soudain privé de forces.

Les mains tremblantes et le coeur battant à tout rompre, incapable de réaliser ce qui venait de se passer, Unity se saisit de ses épaules sans parvenir à y croire:

-Tout va bien, ne t'en fais pas, il sera bien traité…

Les lèvres de Séraphina se mirent à bouger doucement, laissant échapper un murmure noyé par des larmes incontrôlables:

-Pitié… Pitié prends-soin de lui… Je t'en prie, Unity… Sauve mon garçon… Occupe-toi de lui, pitié…

-Séraphina, tu dois te calme, il ne…

-Je t'en supplie… Pitié, mon frère, ne me fais pas ça… Pitié…

Unity déglutit difficilement puis, voyant avec horreur les yeux de sa soeur se voiler, il se saisit de ses mains et les serra de toutes ses forces:

-D'accord! D'accord, je te le promets! Alors reste avec moi! Séraphina!

Aucun semblant de sourire reconnaissant n'effleura les lèvres de la jeune femme, aucun soupir ne lui échappa. Son corps se tendit juste vers le plafond, se raidit… Puis sa tête roula sur les draps et ses bras retombèrent sur le lit.

Sans vie. *

Unity écarquilla des yeux horrifiés quand il réalisa que sa soeur ne réagissait absolument plus, que sa poitrine ne se soulevait plus… Un bruit de porcelaine qui se brise résonna dans son dos en même temps que le hurlement de la suivante qui tomba à genoux en portant ses mains tremblantes à son visage. Unity se vit tomber assis sur le rebord du lit, serrer le corps sans vie de Séraphina contre lui pour le bercer doucement.

Puis tout devint noir.

Séraphina était sa lumière, et en mourant, elle l'avait plongé dans l'obscurité.

L'obscurité de la honte, de la colère et des remords.

$s$s$s$

Un vent tiède soufflait sur le Sanctuaire, faisant claquer les pans de la robe de Sasha. Les yeux perdus dans le vague, la jeune femme souffla d'une voix incroyablement tranquille au vu de la situation:

-Le Sanctuaire est bien calme, n'est-ce pas Sisyphe?

Légèrement en retrait, le Sagittaire poussa un soupir las et se rapprocha d'un pas:

-J'en ai bien peur… Il ne reste plus que Shion et moi pour protéger les douze maisons.

-Sais-tu si Régulus est bien arrivé?

-Oui, et ils ont bien trouvé l'Arche.

-Parfait, nous pourrons bientôt nous y rendre avec l'orichalque dans ce cas. (Sasha ferma les yeux et poussa un long soupir) Je suis si fatiguée, Sisyphe, si fatiguée de les voir tous nous quitter les uns après les autres… J'ai besoin que cette Guerre cesse…

-Ne vous en faites pas, Athéna, avec l'Arche et l'orichalque qui nous permettent de rejoindre le Lost Canvas, la Guerre Sainte est sur le point de se terminer.

Sasha lui jeta un regard à la fois rempli d'espoir et de lassitude qui lui brisa un peu plus le coeur:

-Tu crois?

-Je le sens. Et vous ne serez pas seule dans cette bataille.

-C'est vrai… Je sais que je peux compter sur vous.

-Et sur moi!

Tous deux se tendirent imperceptiblement et, dans un éclair de lumière bleue, une silhouette s'agenouilla devant Sasha. Une silhouette et un cosmos que la jeune femme aurait reconnu entre mille, un sourire un peu plus ravi étira ses lèvres tristes:

-Tenma!

-Désolé pour mon retard, Sasha: content d'arriver à temps pour le départ. (Le jeune garçon porta le poing à son coeur et lui adressa un clin d'oeil) Compte sur moi pour ramener Alone parmi nous!

Le coeur battant et la gorge serrée, Sasha ferma les yeux et hocha la tête, refoulant les larmes d'émotion qui menaçaient de la submerger:

-Tu as raison, mettons-nous en route.

Pour tous ceux qui étaient tombés, pour les générations à venir, il leur fallait être courageux et continuer de se battre. Et comme elle pensait ça, elle eut presque l'impression que le sourire de Kardia se superposait au sourire de Tenma:

-Donne-toi à fond, princesse.

Déterminée, la jeune Déesse raffermit sa prise sur son Sceptre et se redressa:

-Je ne vous décevrai pas. Allons remporter cette Guerre.

$s$s$s$

-Alors, comment va-t-il?

S'enquit Sylphide en s'approchant rapidement de Valentine quand il referma la porte des appartements de leur supérieur. Le Spectre de la Harpie passa une main lasse sur son visage et secoua la tête:

-Il ne s'est pas encore réveillé.

Sylphide serra les dents et frappa le mur de son poing en grondant:

-Comment est-ce possible?! Le sang du seigneur Hadès était censé le sauver, alors pourquoi est-ce qu'il ne se réveille pas?!

-Son corps est rempli de venin, toi plus que quiconque tu aurais dû te douter qu'il ne pourrait pas s'en remettre du jour au lendemain.

Sylphide se tendit imperceptiblement et souffla, les yeux soudain perdus dans le vide:

-Justement, je ne comprends pas ce qui a pu arriver: le seigneur Rhadamanthe est le seul à avoir résisté à mon poison, c'est impossible qu'il ait pu être vaincu alors qu'il est si puissant, je refuse d'y croire.

Valentine lui emboita le pas et haussa les épaules, les sourcils froncés en signe de préoccupation:

-Je comprends, je n'y croyais pas non plus quand son cosmos a disparu. Je ne connais pas son adversaire, mais il n'y avait que le seigneur Rhadamanthe pour survivre aux attaques de ce « Scorpion ».

-Si je l'avais sous la main!

-Inutile de te faire du mal: il est mort et notre seigneur est en vie. (Valentine posa une main rassurante sur l'épaule de son frère d'armes) Il va s'en remettre, il n'y a aucun doute là-dessus.

Le Spectre du Basilic poussa un soupir et baissa le poing, conscient que sa colère ne servait à rien. Il allait encore ajouter quelque chose quand un cosmos semblable à celui de leur maître se profila à l'autre bout du long couloir. Les deux Spectres se décalèrent et s'agenouillèrent vivement, la tête basse, peu envieux d'être dans le chemin de celui qui arrivait.

Malgré eux, ils relevèrent les yeux quand les pas se rapprochèrent, détaillant d'abord le corps couvert de cicatrices de la jeune femme aux longs cheveux sombres qui ne daigna pas poser les yeux sur eux. Violate de Béhémoth, la seule femme Spectre, et l'une des plus puissantes d'entre eux tous. Aucun des deux ne s'était directement confronté à elle, mais pour l'avoir vue se battre et rivaliser de puissance, voire même dépasser, les plus forts d'entre eux, ils avaient décidé de ne jamais s'y risquer. De toute façon, leur maître aurait désapprouvé et aurait dû avoir des mots avec son confrère. Et ils n'avaient aucunement envie de décevoir Rhadamanthe.

Un léger frisson commun remonta pernicieusement le long de leurs colonnes vertébrales quand les pas s'arrêtèrent devant eux et que la voix rieuse et pourtant terrifiante d'Eaque résonna:

-Tiens tiens tiens, mais regarde donc qui voilà, Violate!

Echangeant un léger coup d'oeil, Sylphide et Valentine se relevèrent comme un seul homme, la tête inclinée pour montrer leur respect. Un large sourire sur son visage basané, Eaque les couvrit d'un regard mauve brillant d'amusement malgré la situation quasiment catastrophique:

-Seigneur Eaque.

-Allons allons, pas de ça avec moi, messieurs. (S'exclama le Juge en secouant la main) Repos voyons, nous ne faisions que passer, inutile d'en faire tout un plat.

Valentine pinça légèrement les lèvres, inquiet malgré lui: il n'avait jamais compris comment il devait se comporter face à Eaque. C'était déjà le genre de sentiment qu'il avait ressenti de nombreuses fois en croisant le chemin de Minos: tous les deux étaient des hommes moqueurs et faussement calmes, mais qui dissimulaient un véritable côté impitoyable si leur interlocuteur daignait faire une chose qui leur déplaisait. Ainsi, il avait toujours l'impression d'être « à côté », d'être trop ou pas assez formel en fonction de l'humeur du Spectre du Garuda.

Parfaitement conscient du trouble des deux Spectres et le masquant avec une jubilation savamment contenue, Eaque posa une main sur sa hanche et tourna la tête vers la droite, vers la porte des appartements de son frère d'armes:

-Alors, messieurs, comment va ce cher Rhadamanthe?

-Mieux, seigneur, mais il n'a toujours pas repris connaissance.

-Hm, je vois… (L'air légèrement préoccupé d'Eaque se mua en masque de ravissement enfantin) D'un côté, tant mieux!

Sylphide se tendit imperceptiblement et Valentine dut se faire violence pour s'empêcher de froncer les sourcils: qu'est-ce que c'était que ce sous-entendu? Quel piège leur tendait-il donc? Bien vite, Eaque partit d'un grand éclat de rire:

-Ne faites pas cette tête, enfin! Je ne me réjouis pas de son malheur, je veux simplement dire que je vais enfin pouvoir me défouler un peu.

-Vous partez déjà, seigneur?

-Hm hm, ça fait quelques années que je n'ai plus mis les pieds dans cette région du monde, ça servira un peu de retour aux sources, qu'en dis-tu, Violate?

La jeune femme hocha lentement la tête, le corps perpétuellement en alerte:

-Il me tarde de mettre ma force à votre service, seigneur Eaque.

Un sourire empli d'un certain respect amusé étira légèrement les lèvres du Juge qui plissa les yeux, détaillant une nouvelle fois cette subalterne qui lui était entièrement dévouée. Il n'était pas stupide, il comprenait parfaitement quel véritable sentiment animait la jeune femme, quel sentiment donnait naissance à tous les autres ainsi qu'à sa force surhumaine. Et il devait avouer qu'il était fasciné par Violate, par son obéissance et sa confiance aveugles, par cette manière de le suivre sans jamais avoir l'air d'attende autre chose de plus de lui. Un simple regard, un merci, un léger contact physique lui suffisait. Fascinante, magnifique Violate.

-Parfait, je n'en attendais pas moins de toi.

Souffla-t-il en posant une main assurée sur sa taille pour la coller légèrement contre lui, s'amusant du regard parfaitement impénétrable de la jeune femme qui ne fit rien pour se dégager. Eaque savait que c'était un jeu et qu'il avait les rênes en main, il s'amusait juste à faire en sorte que Violate en profite également et reçoive sa dose de récompense. Qu'elle s'amuse autant que lui dans ce petit jeu mêlant respect, admiration et curiosité.

Se souvenant soudain de l'existence (et de la présence) des deux toutous favoris de Rhadamanthe, Eaque se tourna de nouveau vers eux et s'amusa de leurs regards incertains:

-Sur ce, nous allons vous laisser: nous avons à faire. Je compte sur vous pour veiller sur mon cher confrère.

-Faites-nous confiance: le seigneur Rhadamanthe ne court aucun danger tant que nous veillons sur lui.

-C'est cela… Je n'aurais pas mieux dit moi-même.

Ajouta Eaque avec un petit ricanement amusé. Mais il avait fini de jouer avec ces deux subalternes: d'autres proies bien plus intéressantes l'attendaient au Tibet. Et il sentait qu'il aurait toutes les occasions de s'amuser une fois arrivé. Raffermissant légèrement sa prise sur la hanche de Violate, il la relâcha ensuite et fit mine d'ajuster son épaulière noire:

-Allons-y, Violate, le bateau nous attend.

La jeune femme Spectre hocha la tête et lui emboita le pas, restant à une légère distance derrière lui afin de montrer son respect et leur différence de statut. Les yeux brillants et le coeur battant, Eaque esquissa un large sourire impatient: enfin la Guerre commençait pour lui.

Et il avait hâte de voir ce qu'elle lui réservait comme surprises.

$s$s$s$

Sicile, deux mois plus tard…

Une pluie torrentielle tombait du ciel chargé de nuages noirs, des trombes d'eau se déversaient dans les champs et le jeune garçon crut plusieurs fois qu'il allait se faire emporter par les courants qui dévalaient le pan de la montagne. Bondissant d'un ilot à un autre, serrant son précieux paquet contre son coeur et le protégeant de la pluie comme il le pouvait, il parvint enfin à rejoindre la grotte qui lui servait de refuge. Une fois à l'abri des intempéries malgré la véritable cascade d'eau qui ruisselait à l'entrée de la grotte, le jeune garçon rabattit sa capuche trempée sur son dos et secoua la tête dans une vaine tentative de sécher un minimum ses cheveux. Après avoir vainement passé la main dedans pour les ébouriffer, il abandonna et s'affaira à ôter sa cape et à rassembler le bois qu'il avait déjà ramassé la veille pour allumer un feu.

-Comment s'est passée ta journée de travail?

La voix résonna directement dans sa tête, sans qu'il ne sursaute ou ne paraisse surpris. A vrai dire, bercé par l'habitude, un léger sourire éclaira même son visage hâlé par le soleil:

-Bien, merci.

-Tant mieux. (Léger silence, suivie de la parole rituelle qui accompagnait leurs soirées depuis déjà plusieurs mois) Il nous faut parler.

Il retint une grimace, ajusta les branches et, bien vite, une étincelle orangée éclaira les parois de la grotte qui parut soudain faite d'or massif et brulant. Le jeune garçon dégagea le pain qu'il avait gagné et le lapin qu'il avait attrapé plus tôt de son sac, commençant à le dépecer avec une précision paisible, incapable de lancer lui-même une conversation qui le mettait déjà mal à l'aise:

-Tu sais ce que j'attends de toi, n'est-ce pas?

Le garçon ferma les yeux et poussa un soupir, arrêtant momentanément sa tâche:

-Je sais… Mais je ne suis pas prêt…

-Tu es prêt. Je le sais.

-Même si c'était le cas, personne ne pourra m'aider, je ne suis qu'un poids mort et tu le sais très bien.

-Je sais surtout que si c'est un maître que tu cherches, tu ne le trouveras pas ici. Ce qui me fait donc comprendre que tu ne cherches pas vraiment.

-Ce n'est pas… (Il soupira) C'est plus compliqué que ça en a l'air…

-Je sais que tu as peur, je sais que tu ne te sens pas prêt malgré tout ce que je dis pour te rassurer, malgré tout l'entrainement et les enseignements que tu as déjà reçu. Je sais tout de toi. Et je sais que tu es prêt.

-Je ne sais pas… Je ne suis pas assez fort…

Un silence réprobateur s'installa dans sa tête avant qu'un soupir légèrement irrité ne s'élève de nouveau:

-Si c'est de la lumière que tu cherches, je peux t'aider.

Le garçon leva ses yeux verts, éclairés par une lueur à la fois inquiète et remplie d'espoir:

-Je peux te montrer les premiers pas sur cette voie, sur ta voie. Je peux t'aider, mais uniquement si tu en as vraiment envie.

Il poussa un soupir rieur et acheva de dépecer le lapin en secouant la tête:

-Tu n'abandonneras jamais, n'est-ce pas?

-Jamais. Parce que je sais ce que tu vaux, je sais ce que tu peux et ce que tu vas accomplir. Je sais que tu es le seul pour moi pour l'instant: personne ne me correspond mieux que toi. Alors il est grand temps que tu relèves ce défi et que tu éclaires ton esprit resté si sombre jusqu'à maintenant.

Le jeune garçon se rendit compte qu'il avait retenu sa respiration, que ces mots entraient en résonance avec ceux d'un homme aux cheveux indigos et d'un jeune garçon blond aux yeux vairons fatigués. Avec les encouragements que les esprits soufflaient à son oreille depuis plusieurs mois.

-Qu'en penses-tu, Vincent? Es-tu prêt à accepter mon aide? Es-tu prêt à devenir qui tu es vraiment?

Le coeur battant, les yeux perdus sur sa compagne depuis ces mois de fuite, celle qui n'avait cessé de lui ouvrir un peu plus les yeux en lui dévoilant les secrets du Cosmos et de ses pouvoirs, l'apprenti sentit une douce chaleur envahir son corps tout entier. Ses doutes disparurent en un instant, balayé par l'assurance de celle qui le protégeait et la confiance que son maître avait placé en lui.

Il sut qu'il était enfin prêt.

Vincent hocha la tête et, face à lui, baignée dans la lumière des flammes, il eut presque l'impression que l'armure du Cancer souriait:

-Parfait.

$s$s$s$

Grèce, Sanctuaire

Shion rouvrit péniblement les yeux, le corps en miettes, avec l'impression que chacun de ses os était entièrement brisé. Pendant une seconde, il crut que tout n'avait été qu'un rêve, un cauchemar affreux et que la douleur ne serait que le produit de son imagination. Que tout serait comme avant, qu'il ouvrirait les yeux et découvrirait que le Sanctuaire était entier, baignant dans un doux soleil, qu'il croiserait Aldébaran, Aspros, Deuteros, Manigoldo, Régulus, Asmita, Kardia, Sisyphe, El Cid, Dégel, Albafica, Sage, et son maître Hakurei.

Shion sentit sa gorge se serrer et se mordit la lèvre jusqu'au sang pour ne pas craquer, ne pas fondre en sanglots horrifiés et douloureux. Le bras autour de son corps tressaillit et la voix de Dohko brisa le silence cotonneux qui l'entourait:

-Accroche-toi Shion, on sera bientôt au premier temple, ne me lâche pas!

Le Bélier referma les yeux, incapable de supporter la vue qui l'attendait, remplie de destruction et de mort. D'horreur, de désolation et de solitude. Un léger soupir presque rassuré lui échappa en reconnaissant avec bonheur et soulagement l'odeur de son compagnon, la chaleur de son bras contre lui… Il déglutit et grimaça. Sa main rencontra celle qui le soutenait et il la serra de toutes ses forces, à la recherche de contact réel: il avait la nausée. Comment osait-il penser ainsi?! Comment pouvait-il être heureux après avoir tout perdu?! Comment pouvait-il être soulagé que Dohko et lui soient toujours en vie? Depuis quand était-il aussi égoïste?!

Une nouvelle nausée le fit frissonner et il parvint à haleter:

-Attends…

Immédiatement, Dohko s'arrêta et s'agenouilla avec lui à même le sol. Deux mains brulantes et fébriles encadrèrent son visage si pâle et Shion croisa le regard brun angoissé de son compagnon:

-Qu'est-ce qui ne va pas?! Où est-ce que tu as le plus mal?! Dis-moi ce que je peux faire, s'il te plait!

Un semblant de sourire presque attendri manqua d'étirer les lèvres de Shion. Mais la troisième nausée fut celle de trop. Il eut à peine le temps de se décaler et de repousser son frère d'armes, puis une violente quinte de toux le secoua tout entier et un flot de bile lui brula l'oesophage. C'était impossible d'accepter, de vivre avec un tel poids sur les épaules, avec un tel passé, de tels remords, il ne pouvait pas le supporter.

Presque immédiatement, une main se posa sur son dos, dessinant des formes indescriptibles, et une autre se posa sur son front pour coincer quelques mèches de cheveux qui menaçaient dangereusement de glisser vers l'avant. Le corps parcouru de tremblements irrépressibles, Shion haleta difficilement:

-Suis… Désolé…

-C'est rien t'en fais pas.

Souffla doucement Dohko sans faire mine de se reculer, de le laisser seul. Il l'avait déjà fait trop longtemps, hors de question de laisser Shion une seconde de plus sans épaule sur laquelle s'appuyer. Soutenant son frère d'armes du mieux qu'il le pouvait, il ne put empêcher son esprit de se tourner vers ses compagnons tombés au combat. Il ne gardait qu'un souvenir flou de son séjour sur l'île de Kanon, si bien que Deuteros lui avait raconté le déroulement de la Guerre Sainte pendant son long sommeil. Shion, accompagné de Régulus et Sisyphe, s'était rendu au Tibet et après avoir affronté Eaque du Garuda et Violate de Béhémoth, ils avaient permis à l'arche d'espoir de s'élever vers le Lost Canvas.

Fortement affaibli par son combat titanesque, Sisyphe avait réussi à prouver sa valeur et sa fidélité, allant jusqu'à arracher son propre coeur pour le poser sur la balance égyptienne qui devait lui servir de test. Et la plume avait pesé bien plus lourd que le coeur du Sagittaire qui, malgré sa nouvelle cécité et tout ce qu'il avait vécu, n'avait plus jamais douté. Usant de ses dernières forces, il avait aidé à lancer une Athéna Exclamation avant de s'endormir pour toujours, un sourire apaisé sur les lèvres comme il se muait en véritable poussière d'or.

Lui-même avait dû affronter Kagaho du Bénou dans un combat qui avait failli lui coûter la vie. Il savait que Régulus avait réussi à trouver sa voie, à vaincre l'assassin de son père, puis de parvenir enfin à écouter les murmures qui n'avaient jamais cessé de l'accompagner et de le guider. Il avait disparu sans un regret, sans un regard en arrière. Deuteros avait trouvé le courage de revêtir l'armure des Gémeaux et avait affronté son frère jumeau, Aspros, revenu d'entre les morts. Et malgré sa puissance incroyable, Deuteros avait accepté la défaite, permettant ainsi à son aîné d'être libéré de l'illusion démoniaque qu'il s'était lui-même infligé avant de mourir.

Aspros, Gémeaux déchu, avait donc décidé de leur venir indirectement en aide, d'affronter personnellement l'homme qui était responsable de tout, de la Guerre, de la proximité entre Sasha, Tenma et Alone, du doute et de la jalousie maladive envers son propre frère qui avaient soudain commencé à le ronger. L'homme qui avait tout déclenché. Cairos, le Dieu du temps. Le père de Tenma qui souhaitait utiliser son propre fils comme outil pour renverser l'Olympe.

Tenma…

Dohko grimaça à la pensée de son apprenti et ami. Tenma avait dû affronter tant d'épreuves, tant de souffrances, de pertes, de désillusions,… Il ne parvenait pas à comprendre comment un garçon aussi jeune avait pu tenir malgré le poids qui pesait sur ses épaules. Sans doute était-ce grâce à sa foi et à sa confiance sans pareilles envers Alone et Sasha. Jamais il n'avait cessé de croire, de garder confiance.

Le reste était flou. Il se souvenait de la terreur qui avait de nouveau enflé dans sa poitrine quand il s'était retrouvé face à Hadès, pleinement réincarné malgré tous les efforts de Tenma et Sasha pour libérer Alone de son emprise. Il se souvenait avoir trouvé la main de Shion, certain qu'ils allaient mourir. Puis de la lumière avait jailli dans son dos et la large main d'Aldébaran s'était posée sur son épaule.

Sa lèvre se mit à trembler à ce souvenir. Quand il s'était retourné, tous leurs frères d'armes étaient là, vivants, lumineux, rayonnants, englobé d'une aura dorée d'une chaleur à toute épreuve. Si réels, si proches qu'il avait cru assister à un miracle. Mais la main d'Aldébaran sur son épaule n'était pas physique: elle était chaude, mais pas réelle. La peau de l'union entre Aspros et Deuteros semblait légèrement dorée. Manigoldo avait laissé échapper un léger rire qui avait semblé trop lointain et les cheveux de Régulus semblaient se mouvoir légèrement au ralenti. La main d'Asmita, translucide, serrait doucement celle du Gémeaux dans la sienne. Le visage de Kardia avait perdu son air maladif, comme emprunt d'une santé nouvelle. L'arc de Sisyphe dégageait une lumière presque irréelle, accompagnée par la force tranquille et assurée de l'épée logée dans le bras d'El Cid. Dégel ne portait pas ses lunettes, souriait avec plus de paix soulagée qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer. Et même Albafica se tenait au plus près de ses frères d'armes, laissant son épaule dorée effleurer celle du Cancer.

Ils étaient tous là, tous étaient revenus d'entre les morts pour leur venir en aide. Pour les aider à tracer cette voie vers le futur. Un futur qu'ils devraient affronter et construire à deux. Conscient que Shion devait discrètement suivre ses pensées, Dohko raffermit légèrement sa prise sur le dos de son compagnon: ils avaient de la chance dans leur malheur. Au moins étaient-ils toujours ensemble.

A eux tous, à douze, ils avaient réussi. Avait forcé l'âme d'Hadès à quitter le corps d'Alone. Puis, en un clin d'oeil, les esprits de leurs frères d'armes avaient disparu. Epuisé, Shion s'était effondré et il avait failli ne pas réussir à le rattraper à temps. Il se voyait relever la tête, croiser le regard vert de Sasha qui avait doucement posé la main sur son torse, au niveau de son coeur…

Puis il avait cru mourir une nouvelle fois. Son coeur avait cessé de battre pendant un temps fou, si bien qu'il n'avait pas réussi à respirer avant de longues secondes de pure torture. A peine avait-il entendu le murmure de sa Déesse, à peine comprit-il les mots Misopetha Menos,… Il ne parvint même pas à essayer de se lever pour empêcher Tenma, Sasha et Alone de partir. Il n'aurait pas pu. Pas avec son coeur dans un tel état.

Shion se redressa lentement, le front trempé de sueur glacée et les lèvres livides. Dohko l'aida doucement à s'assoir, sans cesser de doucement caresser son dos, et l'Atlante se laissa aller contre lui, la tête posée contre sa poitrine:

-Ca va mieux?

Les yeux toujours fermés, le Bélier hocha lentement la tête, sans parvenir à articuler une seule syllabe. Légèrement préoccupé malgré tout, Dohko ne fit pas mine de se lever tant que le visage de Shion ne reprit pas des couleurs humaines. Puis, après une minute, une éternité de pensées partagées, de douleur commune et d'espoir infime, la voix légèrement rauque de Shion s'éleva, inquiète:

-Ton coeur?…

-Athéna m'a… Pour me sauver, Deuteros m'a donné un peu de sang de notre Déesse, et elle l'a… (Il chercha ses mots) « Activé ». Elle a parlé de Misopetha Menos, elle a dit que mon coeur battrait beaucoup moins vite qu'un être humain normal.

Shion leva la tête, les sourcils froncés:

-Qu'est-ce que ça veut dire?

Dohko haussa les épaules, un semblant de sourire crispé sur les lèvres:

-Que je vais vivre assez longtemps pour voir naître la nouvelle génération.

Un soupire soulagé étira faiblement les lèvres du Bélier:

-Et que tu vivras assez longtemps pour m'accompagner.

Leurs mains s'entrelacèrent et leurs fronts se trouvèrent. Une larme émue roula sur la joue basanée de la Balance et glissa sur le visage de son compagnon:

-Oui, je ne te laisserai plus. Je serai toujours avec toi. Alors ne me laisse pas non plus.

-Jamais.

Ils restèrent longtemps ainsi, immobiles, conscients tous les deux que l'ultime mission de Dohko l'attendait en Chine… Et qu'il n'en reviendrait sans doute jamais. Qu'ils devraient se séparer. Mais pas toute de suite, ils allaient d'abord profiter de chaque instant, chaque seconde, chaque contact. Ils avaient encore du temps. Et même si c'était difficile, ils allaient essayer de profiter de leur chance d'être en vie.

Ils arrivèrent au Sanctuaire une bonne heure après, sans se brusquer, observant avec une douleur et une peine croissante l'état des bâtisses environnantes. Leurs mains se trouvèrent et se serrèrent: il étaient ensemble. Tout allait bien. Tout se passerait bien. Les baraquements des apprentis étaient tous effondrés, plusieurs temples avaient aussi subis des dommages plus ou moins importants:

-Bon sang…

Soupira Shion et posant la main sur une colonne du premier temple.

-Il faut tout reconstruire…

-Tout est à refaire, oui…

-On a le temps, on pensera à ça plus tard. Pour l'instant il faut aller te reposer. (Dohko jeta un coup d'oeil vers les appartements du Bélier et grimaça en voyant que le toit s'était effondré dessus) Allons directement au treizième, peut-être qu'il y a encore de quoi te soigner à l'infirmerie.

Mais comme ils entamaient la seconde partie de leur ascension (pas trop vite pour éviter que Dohko ne se sente mal), deux faibles cosmos effleurèrent les leurs. Des cosmos incertains. Ils se jetèrent un regard entendu: la Guerre n'était peut-être pas encore finie. Si ces deux personnes étaient des ennemis, il fallait se tenir prêt. Mais au vu de leur état respectif, ils espéraient vraiment se tromper. Le corps en alerte et les visages figés sous le coup de la tension et de la concentration, ils gravirent lentement les marches jusqu'au onzième temple.

Les intrus n'avaient pas dû sentir leur présence, il fallait compter sur l'effet de surprise et dissimuler leurs cosmos. Le mieux serait de parvenir à leur faire comprendre que la lutte était inutile, mais il valait mieux être prêt à se battre une dernière fois. Les deux Ors se placèrent de part et d'autre de la bibliothèque du temple du Verseau et échangèrent un regard entendu, sans échanger un mot:

-Sans doute des Spectres venus chercher des informations.

-Certainement.

-Ok, j'enfonce la porte, tu rentres et on les arrête.

-Oui, inutile de les tuer si on peut l'éviter.

-D'accord. Prêt?

-Prêt.

Les corps tendus par une légère angoisse latente, ils hochèrent la tête, puis Dohko leva la jambe et frappa violemment. Shion se rua à l'intérieur, le poing levé et le cosmos enflammé:

-Plus un geste! Inutile de résister, la Guerre est terminée!

-Avancez doucement vers nous!

Renchérit la Balance en le rejoignant vivement, les sourcils froncés. Aucun Spectre ne se tenait debout face à eux, à vrai dire, ils ne voyaient personne. Puis une lueur dorée attira leurs regards vers la gauche, au fond de la pièce, et une voix rauque s'éleva faiblement:

-Nous nous rendons…

Shion et Dohko se jetèrent un regard intrigué: la voix de celui qui leur avait répondu était incroyablement jeune, presque celle d'un enfant. Méfiants malgré tout, ils avancèrent lentement vers le fond de la pièce, prêts à se défendre en cas d'attaque surprise désespérée. Et quand ils dépassèrent la dernière étagère, une exclamation estomaquée s'échappa des lèvres de la Balance:

-Mais?!

Les yeux écarquillés, Shion entrouvrit les lèvres sur un hoquet muet.

Là, assis à même le sol, se trouvaient deux jeunes garçons, le plus petit des deux (dont les yeux verts-gris cernés s'illuminèrent en les reconnaissant) soutenant le second, à moitié évanoui, le visage livide et brûlant de fièvre sous ses longues mèches rouges. La chemise brune du plus grand était rougie de sang au niveau du ventre, comme si une plaie n'avait pas encore réussi à cicatriser après autant de mois, et un bandage enserrait le dos du garçon aux cheveux blancs.

Et autour d'eux, comme pour les protéger, veillaient les armures brillantes du Scorpion et du Verseau.

Shion sentit des larmes émues bruler ses yeux et il se retrouva à genoux sans s'en rendre véritablement compte, en train de serrer les deux garçons, les héritiers de ses frères d'armes, les nouvelles lueurs d'espoir de l'avenir, contre lui de toutes ses forces:

-Dieu merci, vous êtes vivants! Si vous saviez comme Kardia et Dégel s'en voulaient!

Il sentit que Liam esquissait un faible sourire dans sa gorge, puis Mikhail laissa échapper un semblant de rire mêlé de sanglot:

-On n'allait pas abandonner maintenant… On a encore trop de choses à apprendre…

Shion laissa échapper un éclat de rire et fondit en larmes nerveuses quand Dohko les rejoignit, les serrant tous les trois contre lui du mieux qu'il pouvait:

-Merci, merci merci merci…

Tous les quatre restèrent ainsi une longue minute, pleurant la perte d'un maître, d'un ami, d'un père, et se réjouissant de retrouver une lumière d'espoir dans un monde qui semblait si noir. Et ils eurent l'impression que les armures murmuraient avec eux.

-Merci.


* Séraphina, ou Fantine 2.0 svp


Et voilà! Je vous avais promis que tout finirait pour un mieux! :'D Comme prévu, la suite et fin de la Guerre Sainte a été un peu accélérée (avec quand même un petit caméo de quelques Spectres et d'un certain Juge #CEstPourToiSuzalulufan ;D) puisque le focus se faisait principalement sur Kardia et Dégel, j'espère que ça vous a quand même plu :') La prochaine fois qu'on se verra (enfin, que je publierai, on se comprend!) ça sera la dernière (de l'histoire principale, comme promis quelques annexes suivront), j'espère que vous soutiendrez cette fic jusque là ^^ Merci à tous, bisous et à bientôt!