Mars pointait le bout de son nez. L'hiver avait été froid mais le roman d'Hermione avançait bien. Parfois elle en faisait lire quelques feuilles à Drago qui s'émerveillait du talent de la jeune femme. Il lui arrivait de la corriger, donnant son avis sur les passages et la tournure de certaines phrases.

Après avoir écrit quelques heures, elle préparait avec Drago de quoi remplir leurs estomacs pour l'après midi. Elle se surprenait à le trouver bon cuisinier, fait qu'il expliquait par son amour pour les potions : "C'est sensiblement la même chose".

L'après midi, ils le passaient à lire, parfois à voyager, parfois à préparer un voyage. Le soir, ils se mettaient l'un contre l'autre sur le canapé et ils regardaient la TéVé, comme l'appelait Drago. Elle lui montrait des films moldus et il découvrait un monde dans lequel il n'avait jamais vécu. Sa curiosité était insatiable et la patience d'Hermione inépuisable.

Souvent, Hermione s'endormait là, au creux de ses bras et il la portait jusqu'à leur lit. Elle se réveillait quelques secondes pour lier ses doigts avec les siens et le serrer contre elle.

Drago rêvait de plus, Hermione ne savait comment agir avec ses sentiments qu'elle découvrait chaque jour un peu plus. Mais quand, le soir, ils s'endormaient dans les bras l'un de l'autre, alors tous les problèmes disparaissaient dans les volutes du sommeil.

••••••

"Harry."

Le trentenaire se retourna. Il avait travaillé toute la matinée dans son bureau, rangeant inlassablement cette paperasse qui s'accumulait dans ses étagères. Il s'attendait à tout, sauf de la voir ici. Il courut. Peu importe de quoi il avait l'air, de ce qu'on pouvait penser de lui. Il courut jusqu'à sa meilleure amie, jusqu'à celle qu'il considérait comme sa soeur.

"Hermione"

Les larmes lui montèrent aux yeux.

"Enfin"

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"On avance, on revient vers les gens qu'on aime ou qu'on a aimé, on change de mode de vie. Mais ce n'est que temporaire.
- Il n'y a pas de solution à long terme, pas de miracle. On réapprend à vivre. C'est ce que je pense. Peut-être ai-je tord.
- Je crois que chacun peut trouver sa solution et que je la cherche encore. Mais certains vivent leur vie sans craquer, sans remettre tout en question, alors je dois moi aussi y avoir droit.
- Je ne sais pas. Je pense que ces personnes trouvent une raison d'avancer mais pas de vivre. Pour certains, cela suffit, pas pour nous."

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"Pansy, je n'en peux plus. Je pensais que c'était assez mais mon amour pour elle me consume. Cette chaleur en moi quand elle me touche devient brûlure, ses regards des blessures au couteau. Elle me tient la main, s'endort contre moi. Je ne pense plus qu'à l'embrasser, à la toucher, tout le temps, à la caresser. Je m'imagine la déshabiller et embrasser chaque partie de son corps.
- Et elle ?
- Je ne sais pas. Mais il ne faut pas que je profite de sa faiblesse.
- Drago, tu ne profites pas de sa faiblesse. Quand elle était au plus mal, oui, l'embrasser c'était la rendre dépendante. Mais maintenant, elle prend des décisions chaque jours. Elle n'est plus ce corps que tu nourrissais à coup de baguette.
- Je ne peux pas être avec elle, je vais la faire souffrir.
- Pourquoi ? Cela n'est pas forcément vrai. Et si tout se passait bien ? Elle est proche de toi.
- Et s'il m'arrivait quelque chose ?
- Tu ne penses pas encore à … ?
- Non"

"Si" hurla sa voix intérieur. "Une fois que tu es passé proche du suicide, tu y penses chaque jour de ta vie". Mais il ne pensait pas à cela cette fois ci.

"S'il y avait un accident ? Et que je l'abandonnai ?
- Tu as des dizaines d'années devant toi, Drago, ne penses pas au pire. Mais je pense qu'il faudrait que tu t'assures qu'elle puisse vivre sans toi. Je pense que ça te rassurerait de savoir qu'elle ne dépend pas de ta présence pour survivre."

Il ne lui avait pas dit pour la potion. A quoi bon ? Mais elle avait raison sur ce dernier point.

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"Je dois partir quelques jours, m'occuper de papiers au manoir, essayer de recoller les morceaux avec ma mère.
- D'accord. "

Drago finit par transplaner, assuré par Hermione qu'elle savait s'occuper d'elle même ,merci bien.

Oui, Hermione savait s'occuper d'elle même, elle savait faire à manger, écrire, lire, occuper ses journées. Mais Hermione vivait mal cette nouvelle solitude. Au bout de deux heures, elle sentit comme un manque à ses côtés : elle se retournait machinalement pour lui demander son avis sur une phrase, son analyse sur un passage.

Quand arriva l'heure du repas, elle mangea seule, obnubilée par la chaise vide en face d'elle. Le soir, elle se coucha dans le lit de Drago, serrant un coussin entre ses bras, se maudissant de son pathétisme.

Finalement, elle finit par attraper son carnet.

"Je ne vois que lui,
Je ne pense qu'à lui
Je me rappelle de ses mains sur mes hanches
De ses yeux d'acier, de son langage
J'entends ses conseils et ses paroles réconfortantes
Je m'imagine le toucher, l'embrasser, le déshabiller
Comment n'ai je pas pu m'en rendre compte plus tôt ?"

•••••

"Mère, s'il vous plaît.
- Tu as ruiné ta vie Drago, tu vas mourir dans les bras de ta mère et tu veux que je te pardonne d'avoir fait ça ?
- Je serais mort dans la semaine si je l'avais bien faite, est ce cela que vous auriez voulu ?
- Non, Drago je t'en pris.
- Il va vous falloir vivre avec Mère, si vous continuez à ne pas me parler, je mourrais sans que vous m'ayez pardonné.
- J'ai besoin de temps."

•••••

Drago passa le pas de la porte, énervé, mais heureux de revenir enfin à elle. Il était parti trois jours, ne l'avait pas contacté sous les conseils de Pansy.

Hermione l'attendait sur le canapé, elle lisait, une fois n'était pas coutume.

•••••

"Ron.
- Hermione.
- Je vais demander un divorce auprès du ministère de la magie.
- Alors tu vas vraiment me quitter comme ça ? Et Rose alors ?
- Je continuerais de la voir le plus souvent possible. Je suis désolée Ron mais je ne t'aime plus. Je ne peux plus vivre avec toi.
- Je te hais Hermione Granger. Comment tu peux nous faire ça ?"

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"J'ai l'impression d'avoir perdu ma famille. Les Weasley étaient tout pour moi, j'étais une fille pour Molly. Je ne pourrais plus jamais les voir. "

Drago ressentait une pointe de jalousie à ces mots. Jamais sa famille ne serait comme ça pour elle si jamais … Si jamais.

"Tu auras l'occasion de les revoir. Ginerva et Potter te parlent encore : ils t'inviteront pour l'anniversaire de leurs enfants. Ce qui se passe avec Weasley est dur mais tu n'as pas à quitter toute ta famille. "

•••••

Drago était penché par dessus l'épaule d'Hermione. D'un doigt, il lui indiquait le passage dont il parlait. Hermione se retourna vers lui. Leurs lèvres étaient à quelques centimètres l'une de l'autre. Hermione se retourna prestement.

"Je ne survivrais jamais si mon coeur bat si fort."

•••••

"Drago ?
- Oui ?
- Pourquoi m'appelles-tu encore Granger ?"

Drago hésita à répondre "Par habitude", mais il aurait caché une partie de la vérité.

"Tu as toujours été Granger pour moi et maintenant, j'ai l'impression que si je t'appelle Hermione, alors j'oublie toutes ces années où je t'ai descendue plus bas que terre. Et je ne veux pas te faire cet affront.
- Appelle moi Hermione. Je sais que tu n'oublies pas"

"Hermione, Hermione, Hermione". Il abaissait le dernier rempart entre eux. Leur proximité était maintenant incontrôlable. "Hermione, Hermione, Hermione" : mélodie enivrante. "Hermione, Hermione, Hermione". Il la voulait pour lui, que leurs corps ne fassent qu'un dans cette cabane où ils s'étaient redécouverts.

"Hermione. Je vais mourir dans quelques années. Ce que je vais faire est égoïste."

Elle savait de quoi il parlait, elle hocha la tête. Il s'approcha doucement et posa ses lèvres sur les siennes.

Le monde explosa autour d'eux. La flamme avait enfin prit et consumait leurs deux corps enlacés. Leur coeur battaient à l'unisson, déformant les cages thoraciques avec une délicieuse douleur.

Les mains étaient aventureuses, la passion inégalée. Hermione se sentait flotter. Et peut-être que ce coeur noir qui l'habitait n'était toujours pas rempli mais cela semblait avoir bien peu d'importance à ce moment là.

•••••

"Je ne survivrais pas quand tu mourras.
- Je ne survivrais pas de t'aimer aussi fort.
- Tu es niais.

- Tu es pessimiste"

Hermione soupira. Elle était allongée sur Drago, nue, ses mains autour de son torse. Elle n'avait jamais connu de nuit aussi parfaite.

"Qu'a dit ta mère ?
- Elle ne le supporte toujours pas. Je crois que voir son fils mourir sans pouvoir rien faire est trop horrible pour elle. Je le comprends mais elle gâche le peu de temps qu'il nous reste.
- Tu as vraiment tout fait pour te sauver ?
- Je crois oui. J'ai cherché dans tous les livres de potions, j'ai demandé à tous les plus grand maîtres. Le processus est inversible pour un objet mais pour un humain, il ne l'est pas. Je crois m'être fait à l'idée.
- Je ne sais pas comment je ferais sans toi.
- Tu l'as bien fait quelques jours.
- Tu me manquais terriblement, mais il fallait que j'avance, je ne pouvais pas repartir de zéro.
- Alors ce sera pareil."

•••••

"Le divorce est officiellement prononcé."

Ron transplana immédiatement, quittant la salle le plus vite possible, les joues inondées de larmes. Hermione se retrouva seule. Elle avait demandé à Drago de ne pas venir, c'était à elle de le faire. A elle de reprendre sa vie en main et de couper les relations qui ne lui apportaient plus rien.

Elle aurait aimé être soulagée, délivrée d'un poids, mais elle avait surtout l'impression de décrocher une partie de son âme en abandonnant définitivement sa vie d'avant.

"Ne laisse pas le vide te submerger. Trouve quelqu'un à qui parler."

Elle écouta le conseil qu'un jour lui avait donné Drago : elle transplana au 12 square Grimmaurd. Drago avait décidé de passer la journée avec Pansy.

Ginny finit par lui ouvrir, la petite dernière dans les bras. Lily. Hermione ne l'avait vu qu'une fois depuis sa naissance. Elle fondit en larmes.

"Rentre, rentre, murmura-t-elle en posant l'enfant au sol."

Tenant à peine sur ses jambes, Lily déambula vers le fond du couloir. Ginny prit Hermione dans ses bras et la conduit à la cuisine. Elles finirent par prendre un thé, assise de part et d'autre du salon.

L'après midi passa. Hermione remercia silencieusement Drago : elle n'aurait jamais tenu seule après la séance sans voir personne. Il avait raison : la douleur peut être partagée avec ceux que l'on aime.

•••••

"Je veux changer de maison. Ça fait trop longtemps que je suis là.
- Où veux-tu aller ?
- En Suède. C'est pour l'instant là où je veux aller mais …
- Qu'est ce qui te pose problème ?
- Je ne veux pas être bloquée là bas non plus. Je veux être nomade, aller de lieu en lieu avec une tente, visiter le monde encore plus, connaître d'autres personnes, vivre ma vie ainsi. Mais … c'est trop compliqué.
- Et pourquoi donc ?
- Je n'aurais pas de stabilité, pas de métier qui me permette de vivre. Je devrais sans cesse bouger mes affaires, n'avoir que le stricte minimum, vivre au jour le jour."

•••••

Juin réchauffait les joues d'Hermione allongée sur le sable fin du Sud de l'Italie. Drago était toujours à ses côtés, lisant. Hermione écrivait sans cesse, elle savait que bientôt son premier vrai roman serait fini. Elle avait peur de ce que cela pouvait signifier.

"J'ai réfléchi."

Hermione lâcha son crayon, regarda Drago qui parlait.

"Tu n'as pas à avoir peur d'être nomade. N'est ce pas ce que tu as toujours voulu ? Vivre différemment, libre ? Tu t'en sortiras Hermione, je ne connais personne avec autant de ressources et d'intelligence. Tu as craqué car tu ne saisissais pas assez les nouveautés qui s'offraient à toi. Ici l'occasion se présente, il faut que tu la prennes.
- Mais je serais si loin de toi.
- Je ne suis donc pas invité à te suivre ?
- Tu voudrais m'accompagner ?
- Je pensais que c'était déjà une évidence."

•••••

"Je crois qu'il est fini.
- Ton roman ?
- Oui."


Pour Kccb : Merci de ta review :) Ça me fait plaisir de ma savoir lue et que l'histoire plaît ! Pour Dragp, il va falloir attendre pour savoir ;)