"Un an. Cela fait un an que je me suis réfugiée ici et j'ai l'impression d'avoir changé de vie depuis. Je ne sais pas comment te remercier Drago.
- Tu m'as déjà remerciée. J'ai l'impression de me sentir en vie avec toi. D'avoir enfin le droit à quelque chose d'autre que ma vie pathétique.
- Ainsi, ça nous aura servit à tous les deux. "

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"Alors comme ça tu écris un livre ?"

La tension entre les deux femmes n'était pas étonnante, c'était la première fois qu'elles se parlaient réellement. Pansy ajusta sa queue de cheval.

"Oui. Je le corrige avec un éditeur.
- Bon, je sais qu'on ne saura jamais comment s'adresser correctement la parole alors je vais te dire ce que j'ai à te dire. Merci pour ce que tu as fais pour Drago. Désolé pour tout ce que j'ai pu te dire d'affreux, tu ne l'as jamais vraiment mérité. Puisse votre histoire durer des décennies, je ne l'ai jamais vu aimer quelqu'un comme toi.
- Des décennies ?
- Tu as prévu de le quitter avant ?
- Non mais…
- Alors débrouillez-vous pour rester ensemble : ça à l'air de vous réussir. L'Inde maintenant ! Sur ce, au revoir à vous deux."

Elle transplana après avoir embrassé son ami d'enfance. Hermione se retourna vers un Drago au visage crispé et aux mâchoires serrées.

"Drago !
- Je sais.
- Non, tu dois lui dire, elle tient à toi, imagine si elle l'apprend après que… Imagine son état !
- Je sais.
- Drago, s'il te plaît.
- Je le ferais, lâche moi."

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"Père."

La prison d'Azkaban s'était grandement améliorée. Depuis la guerre, les détraqueurs avaient été renvoyés de ce poste cruel au profit de banals sorciers.

Lucius Malefoy résidait dans une cellule individuelle, une bien petite demeure pour le restant de ses jours. Il était étendu sur le lit : il ne regarda pas Drago une seule fois durant leur court entretien.

"Je sais que je ne t'ai pas revu depuis le procès, mais je viens te dire que je vais mourir dans trois ans. Le pronostic est certain.
- D'accord."

Une seule larme coula sur la joue du prisonnier.

"Sors maintenant"

Drago sortit. Il s'attendait à bien pire et pourtant, il pleura longuement en sortant, regrettant une relation qui n'avait pu être et qui ne serait jamais.

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Hermione Granger attendait avec autant d'impatience que d'inquiétude le dernier avis de son éditeur.

"Il est bon, Miss Granger. Très bon. Je m'occupe de la campagne de publicité. Votre livre sera un succès, soyez-en certaine."

Hermione sentit un soulagement l'envahir. Elle avait enfin fini. Mais une vague d'angoisse la submergea en retour, que faire maintenant ?

"Puis je écrire des remerciements comme tous ces autres auteurs ?
- Bien entendu. Donnez les moi quand vous le pouvez. "

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"Non Ginny nous n'aurons pas d'enfants"

"Non Ginny, je ne sais pas ce qu'il se passera quand il mourra, pour l'instant je profite de la Mongolie, je n'ai jamais rencontré peuples plus aimables."

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"Tu.. Tu n'avais pas à faire ça.
- Tu le mérites"

Hermione le renversa sur le lit. Devant eux, le livre d'Hermione laissait entre-voir les remerciements.

"Mais surtout à celui qui m'a sauvé la vie et que j'aime."

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"Six ans déjà. Elle est si grande Drago. Je suis triste de ne pas l'avoir pour son anniversaire.
- Demain elle vient. Elle sera ravie, je te le jure.
- Je t'aime tellement Drago.
- Nous nous devons la vie l'un l'autre, Je t'aime."

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"Doit on se séparer pour pas que tu ne souffres ?
- Drago, si tu me laisses maintenant, tu briseras mon coeur deux fois. Le jour où tu partira et le jour où tu mourras. Pourquoi me faire passer deux fois par là ?"

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"Hermione Granger tu es ridicule..
- Oh, parce que monsieur Malefoy a une meilleure solution peut-être ?
- C'est l'idée la plus stupide que tu aies prononcé, et pourtant j'en ai entendu !
- Merci beaucoup…
- Nous n'allons pas essayer de rentrer clandestinement à Poudlard pour demander au portrait de Rogue de m'aider !
- Pourquoi pas ? C'est un des plus grand maîtres de potions. Il saura quoi faire.
- J'ai déjà chercher partout Hermione, partout ! Il n'aura pas de solution, personne n'en a.
- As tu donc si envie de mourir pour m'abandonner comme ça ?"

Les cris se calmèrent, Drago eut l'air profondément blessé. Il prit un ton soudainement calme.

"Hermione, depuis que je vis cette histoire avec toi, depuis que je t'ai avec moi, je regrette chaque jour d'avoir pris cette décision. Ne penses jamais que je souhaite t'abandonner.
- Mais pourquoi ne pas essayer alors ?
- Je sais ce qu'il va dire Hermione. Il est doué mais j'ai déjà demandé à des centaines d'experts, et meilleurs encore. Je ne souhaite pas attiser un semblant d'espoir pour qu'ensuite il morde la poussière. Il n'y a pas de manière de s'en sortir Hermione.
- Alors je vivrai pour nous deux"

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"Un roman qui nous fait oublier la personnalité derrière la plume."

"Que celui qui n'a pas versé de larmes en lisant les dernières phrases du condamné se maudisse pour son insensibilité."

"Un chef d'oeuvre."

"Un roman époustouflant signé de la main d'un talent plus que prometteur. Les mots sont comme des dagues qui vous transpercent une à une. On ne peut finir ce roman en étant indifférent à la souffrance du protagoniste et la peine de l'enfant abandonné. À lire absolument."

"Tu dois continuer à écrire, continuer à créer. Tu es douée pour ça. J'ai absolument adoré ton livre, Hermy. J'ai vu que tu t'es inspiré de l'histoire de Ginny pour les problèmes d'accouchement de la servante. Ça lui a fait beaucoup de bien, tu sais. Tes mots l'ont touchée.
- Merci Harry. Je travaille sur un second roman."

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"Il nous reste un peu moins de deux ans. Le temps nous rattrape."

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"J'essaye chaque jour d'oublier que bientôt je vais te perdre et je ne peux m'empêcher de sentir la tristesse m'envahir. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée. Je ne sais pas comment te remercier d'être. Je te dois la vie et bien plus encore. Je suis sortie de cette torpeur qui me bloquait à chaque seconde. Tu m'a appris que je pouvais changer entièrement si l'envie m'en prenait.
- Je suis désolé. Si maintenant je pouvais annuler mes erreurs, je le ferais."

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"Drago.. Je … Mon enfant.
- Mère.
- Je suis désolée."

Narcissa Malefoy se tenait devant son fils. Elle les avait retrouvés à Wuhan, Drago ne savait comment. Depuis quelques jours, ils résidaient chez des locaux rencontrés à Shangaï ; locaux qui les avaient gentiment invités à visiter leur ville natale.

"Qui est-ce?"

Leur ami se tenait derrière, dévisageant l'étrangère avec un air méfiant.

"Ma mère"

Cela sembla remplir leur hôte de joie. Elle est enfin venue ! Elle est enfin venue ! Qu'elle rentre, je prépare un grand repas, il faut fêter la famille de nos amis comme la nôtre.

"Que fais-tu ici ?
- Je … Je ne sais pas comment l'exprimer Drago, je n'ai jamais été des plus douées pour ce genre de marque d'affection. Je ne veux pas couper les ponts avant que tu ne perdes la vie."

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"Pourquoi pleures-tu Drago ?
- J'ai peur."

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Le temps semblait figé. Hermione déposait son second livre chez l'éditeur, elle savait que Drago l'attendait dans la salle d'attente. Hermione venait d'apercevoir sur le bureau, entre deux liasses de parchemin, un petit bloc note avec la date du jour.

Ils leur restaient un an.

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"Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Embrasse-moi plus fort. Fais moi vivre Hermione. Fais moi ressentir encore et encore ce dont je vais être privé. Caresse ma peau, modèle moi à ta guise, fais moi vivre. Je t'en supplie."

Elle s'exécuta, l'embrassant à pleine bouche, le déshabillant sauvagement.

"Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Fais moi l'amour comme la première fois, découvrons nos corps, mêlons nos âmes. Je ne sais plus comment faire pour avancer. Apprends moi. Apprenons nous mutuellement. "

Elle le prit en main, exécutant d'abord un lent mouvement , accélérant en même temps que les soupirs de l'homme.

"Je t'aime … Fais moi vivre … avant que … avant qu'il ne soit trop tard."

Il renversa les rôles, l'allongea sur le lit.

"Je t'aime tellement."

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Hermione le voyait tenir malgré tout. Il marchait chaque jour vers le lendemain, sans sembler regarder en arrière. Il voyait sa mère, Pansy et dévorait chaque jour un livre entier.

"J'ai l'impression de vivre la vie que j'ai toujours voulu Hermione. Je suis enfin heureux et tout va s'écrouler entre mes mains.
- Alors profite de ce qu'il te reste, remplis ton coeur de joie, aime ta vie et tu disparaîtra heureux.
- Je ne sais pas si je vais réussir.
- Essaie, tu ne risques rien.'

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"Tu vas mourir ?"

Pansy fondit en larmes. Drago la serra contre lui.

"Ce n'est pas possible, il doit y avoir un moyen de te sauver ! Quel jour ? Quelle heure ? Drago, je t'en prie, je croyais que c'était enfin fini, que tu étais sauvé. J'ai eu tellement peur quand tu étais au bord du suicide. J'ai cru que j'allais me déchirer. Tu ne peux pas me refaire ça. Drago…"

Elle pleurait fort. Hermione s'était aussi mise à pleurer, bientôt Drago les rejoignit.

"Six mois. Le 23 Octobre. Je ne sais pas l'heure exacte. Je … je suis désolé."

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"Tu vas te marier avec Drago maman ?
- Non ma chérie.
- Mais tu l'aimes pas ?
- Je l'aime très fort. Nous n'avons pas besoin de nous marier pour être amoureux.
- Pourquoi il est triste ?
- Parce qu'il va bientôt devoir nous quitter.
- Il va aller où ?"

Que répondre à l'innocence pure? Comment briser une représentation immaculée de la vie ?

"Drago a fait des erreurs quand il était plus jeune. Il a bu une mauvaise potion et il va mourir.
- Papa m'a dit que c'était quand on ne voyait plus du tout les gens. Qu'ils disparaissaient pour toujours. Drago va disparaître pour toujours ?
- J'en ai bien peur ma puce.
- C'est triste. Pourquoi il ne veut pas rester ? Moi je l'aime bien. Est ce que c'est à cause de Papa, parce qu'il lui a dit des mots méchants ?
- Non ma puce ce n'est de la faute de personne."

Ils leur restaient trois mois.

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"Ça me semble irréel : je suis terrifié et en même temps j'ai l'impression que je fabule, que rien ne va m'arriver."

Le jeune homme embrassa les lèvres d'Hermione comme on tente de graver une scène dans sa mémoire, doucement.

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"Ginny, penses-tu que j'arriverais à vivre sans lui ?
- Tu as plutôt intérêt, Hermione. Ça va être certainement très douloureux, déchirant et tu mettras longtemps à t'en remettre. Mais tu ne peux plus abandonner.
- Pourquoi ?
- Il t'a sauvé la vie Hermione, veux-tu refuser un tel cadeau en te la prenant ?"

Hermione repensa à cette phrase pendant bien longtemps, incapable de décider si savoir sa vie sauve était vraiment un cadeau.

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"Je crois qu'il faut que je décide d'un endroit pour ma dernière semaine. Décider où je veux mourir.
- Et où ?
- Je ne sais pas."

Drago regardait Hermione avec cet air pensif qu'il avait si souvent récemment. Il était allongé sur le canapé, caressant les cheveux épais de la lionne d'une main distraite. Il ne voulait pas compter les jours qu'il lui restait. Il ignorait le temps, Hermione faisait de même. Peut-être était ce ça qu'il fallait faire : regarder les jours comme des évènements, les secondes comme un présent et non comme un passé qui se dessine trop vite derrière soi.

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"Il va mourir entre mes mains Ginny. Je ne sais pas quoi faire, comment appréhender tout ce qu'il se passe ? Savoir est un enfer. Tant de questions se posent et nous les ignorons, faute de mieux. Pourtant elles pèsent au dessus de nos épaules. Je me sens comme Atlas portant le poids du ciel et je vais céder. "

Ginny ne disait rien. Que pouvait-elle répondre ? Comment apaiser une telle peine ?

"A quelle heure tout cela va arriver ? Qui doit être présent ? Où aller pour rendre ce dernier jour inoubliable ? Doit-on le rendre inoubliable et se moquer ainsi de la mort ? Devons nous dormir comme si de rien n'était ou devons nous être éveillés, attendant avec effroi l'heure fatidique ? Cette journée est l'épée de Damoclès qui attend patiemment de s'abattre sur ma vie, sur nos vies.

Je vais tout perdre."

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"Octobre."