Petit je n'imaginais pas la vie comme ça. A quatre ans, à cinq ans, je n'avais conscience de rien. Je ne voyais que ma journée devant moi ; toutes ces heures offrant à ma candeur d'enfant l'infinie possibilité de m'amuser, de vivre, de profiter.
Je me revois encore penché sur mon kit de potions pour enfant, cadeau d'un grand-père absent. Je me fichais bien de ce que mon père pouvait dire. J'aurais fait n'importe quoi pour lui plaire, pour gagner quelques minutes de plus à jouer. Je ne comprenais rien au monde qui m'entourait, aveugle aux manoeuvres politiques d'une famille prête à tout pour retrouver une contenance après une première guerre désastreuse.
Pourquoi ma mère pleurait-elle des soirs durant ? Pourquoi ne voyais-je jamais ma tante, celle qui avait si loyalement servis la cause que mon père défendait ?
J'étais là, souriant, béat, ignorant et peut-être étais-ce pour le mieux.
A quatre ans, je comptais et lisais déjà comme une enfance dix ans. Je comprenais le monde qui m'entourait bien mieux que les autres élèves de ma classe moldue. Tout était si facile. La Terre s'offrait comme une curiosité. Il y avait tant à apprendre quand on ne savait rien. Il y avait tant à découvrir quand ton monde s'arrêtait aux portes de ta maison. Avais-je même eu un seul problème à cet âge ? Avais-je jamais connu autre chose que la beauté du monde ?
Puis j'ai eu dix ans et ai voulu grandir. "Plus vite" demandais-je chaque année devant un gigantesque gâteau, préparé par trois pauvres elfes exploités et malheureux. "Faites qu'on me prenne au sérieux", "Faîtes que je sois assez fort, assez grand pour lui tenir tête, pour le contrer, lui et tous les autres qui viennent à table et se félicitent d'être les plus forts". Je les ai vu, glacials sourires en coin, vêtements ruisselant d'argent, fumer autour d'un verre. Je les ai entendu regretter le temps passé et je les ai haïs autant que jalousés.
Je n'ai jamais eu le courage de suivre mon innocence d'enfant, celle qui me susurrait de belles valeurs utopistes. J'étais avec eux, je vivais comme eux, je parlais comme eux et bientôt je penserais comme eux, je serais eux.
J'ai connu l'ennui de ne pas avoir d'ami avant poudlard, d'être moqué pour une intelligence que je n'avais pas voulu. J'aimerais m'en plaindre, dire que c'était un calvaire mais je n'en ai enduré les sévices que quelques mois. Bientôt j'avais deux amis qui seraient mort pour moi. Et pourtant. Pourtant il y avait cette part de moi jamais satisfaite, jamais complète. Il me manquait quelque chose de fort. Un sens.
Il me fallait une raison de vivre. Une explication. Mes parents n'ont jamais compris. J'avais douze ans et je m'enfermais dans ma chambre, m'allongeais sur mon lit et regardais le plafond sans rien dire, sans rien faire. Parfois je pouvais rester des heures ainsi, sans même un livre à la main, me demandant où j'en étais.
Mon adolescence a rendu mon cerveau plus malléable. Je n'étais plus qu'un jouet de 13 ans aux mains d'un marionnettiste vicieux. Je pensais savoir ce que je faisais. Je pensais avoir tout compris. Je pouvais avancer sans crainte. "Tu es avec ou tu es contre moi" disais-je sans cesse aux serpentard que je fréquentais. Tu me soutiens avec ton âme entière ou tu es un ennemi. Harry Potter était mon ennemi par principe. Il était contre ma famille, contre nos principes, contre le but même de notre existence. Nous allions purifier cette terre et bientôt plus personne ne serait contre nous.
Nous soutenions le bien, le peuple opprimé par un mensonge trop longtemps propagé sur l'égalité des sangs.
J'appartenais au bien. Notre cause était belle. Nous combattions le "méchant" chaque année. "Tu soutiens mon camp ou tu es un imbécile fini", "L'intelligence n'est pas donnée à tout le monde" pensais-je. J'étais tellement imbue de moi-même.
Si tu n'as pas de bonnes notes, c'est que tu ne travailles pas du tout. Si tu ne retiens pas les douze premiers chapitres de l'Histoire de Poudlard, c'est que tu ne fais pas d'efforts. Je me détestais chaque jour pour mon physique, ma façon de rire, de m'exprimer et pourtant je me félicitais continuellement d'être brillante et méritante. Je faisais évidemment toujours les bons choix. Le bien et le mal sont deux faces d'un même pièce, il est aisé de faire la différence … Quelle idiote.
Je t'ai rencontrée, incapable de cacher ma haine, jaloux. Je t'ai haïs tout de suite. "Comment peux-tu laisser une moins que rien être plus forte que toi ?" me demandait-on à la maison. Je ne pouvais pas rivaliser. Tu étais passionnée, brillante de nature mais aussi assidue, travailleuse. Je n'étais qu'un ego dans un corps d'enfant.
Quand j'ai du rejoindre leur rangs, quand enfin j'ai compris ce que ce serait d'être eux alors j'ai voulu m'enfuir. "Je veux bien croire en ce que vous prêchez, mais je ne peux tuer pour vous". Je ne voulais plus ; je ne pouvais plus.
Je pensais que c'était trop tard.
J'ai compris que je n'étais pas ce que je voulais être bien trop tard. J'avais quinze ans et je commençais à comprendre que j'ignorais une partie de la réalité. Tout était bien pire que je le pensais. Tous les êtres humains ont une raison à leurs actions, tous essaient de faire ce qu'il leur paraît le mieux. Mon bien était-il donc LE bien ? Avais-je raison dans mes convictions ?
De quel droit pouvais-je juger et décider de ce qui est ? Chaque jour vécu décuplait mon dégoût pour moi même et les autres. Pour qui nous prenions nous ?
Je ne laissais cependant rien paraître. On comptait sur moi. J'étais déjà la "maman" de notre trio, rôle placé sur mes épaules bien trop tôt à cause de mes quelques habitudes d'organisations.
J'ai vu le monde s'écrouler devant moi. Ma mère ne dormait plus, ne mangeait plus. Le manoir déjà si sinistre respirait la mort de ceux qu'on sacrifiait pour le plaisir. J'avais une force à leurs yeux de mangemorts fous. J'étais le fils de Lucius. Ma vie était un mensonge. Je ne croyais plus en rien, je ne savais plus où j'allais, je ne comprenais plus ce que je faisais.
En me levant le matin je me regardais longtemps dans le miroir, incapable de comprendre qui était ce lamentable reflet.
J'avais cette responsabilité d'être forte, d'être la pensée rationnelle et le figure maternelle. Un mère ne se plaint pas à ses enfants, alors je ne disais rien à Harry et Ron.
Puis, j'ai dû effacer la mémoire de mes parents. "Il faut les protéger." Mais il n'y a pas de contre-sort à "oubliettes". Je devenais définitivement adulte en m'effaçant de leur mémoire : je n'étais plus l'enfant de personne. Ron et Harry ne l'ont su que des mois après la guerre : Monsieur et Madame Granger n'ont jamais eu d'enfant.
Tant de mes amis sont morts, tant de corps se sont écroulés devant mes yeux. Je me souviens de chacun des visages dont j'ai du fermer les yeux et je les vois encore parfois.
Et puis j'ai craqué. Je lisais chaque jour les journaux pour voir les centaines de morts défilés sur les froides pages blanches. J'en connaissais certains. Des sangs-pur, aussi pur que le mien. "Ce sont des traîtres" se justifiait-on dans les rang de Voldemort. Mais moi, je ne voyais que du sang. J'avais essayer de différencier un sang pur d'un sang moldu, mais tout était juste rouge. Rouge comme ma haine envers le monde, comme ma haine envers moi.
J'ai fait semblant de ne pas reconnaître Harry Potter quand il est venu au manoir. Pourquoi risquer ma propre sécurité pour un étranger à la cause ? Sans doute car je ne croyais plus moi-même en cette cause.
Ombre de moi-même, j'ai erré des mois entre les murs de cette fichu maison, paralysé par la peur. Jusqu'à la bataille finale où j'ai perdu Vincent à cause de cet incendie et où Harry Potter m'a sauvé la vie. Je n'ai plus jamais entretenu la cause de ceux qui m'avaient élevé. Je me suis écroulé là où Potter m'a relâché et j'ai pleuré. Pleuré jusqu'à ce que ma mère amène le corps sans vie du "sauveur".
Ce sauveur qui m'a défendu jusque durant mon procès, alors que je n'avais pas réussi à quitter le lit depuis des mois. Je le haïssais de me faire me sentir aussi faible alors que lui était si fort, si adulé.
Je voulais enfin arrêter cette course poursuite, arrêter cette folie qu'était la guerre. Tout était détruit, j'avais besoin de reconstruire. Ron était là pour moi, ami depuis toujours, épaule réconfortante. Je ressentais quelque chose de fort pour lui. Il n'était pas ma perfection, mais je n'en avais pas besoin. Mettre derrière moi toutes ces horreurs me motivèrent à me mettre avec lui. Il comprenait, soutenait mes crises de larmes quand les yeux que j'avais fermé se rouvraient dans mes rêves. Mais il ne remplissait pas le gouffre béant dans mon âme que j'avais depuis huit ans déjà. Bientôt, sa famille nous poussa à nous marier. Je ne refusais pas sa demande. "Personne d'autre ne voudra d'une fille dépressive, d'une héroïne de guerre torturée". Je l'aimais tendrement, mais nous n'avions rien en commun sinon une adolescence. Pas de passe-temps, pas de discussions. "Il est pour quand le premier enfant ?" Alors je tombais enceinte. "Donner naissance t'aidera ma chérie, tu verras". Mensonge. J'avais fait un enfant pour combler un vide. Choix égoïste. Mais bientôt la routine brisée par l'enfantement revint de plus belle. Les repas dominicaux chez la belle mère, les balades du samedi, les journées de travail à l'hôpital, les cauchemars la nuit. Et ce vide, oh ce vide intérieur ! Il s'étendait à chaque seconde, puit béant qui avalait toute once de joie. Je ne suis pas qui je veux être.
Je n'ai connu que les murs de ma chambre pendant deux ans. J'aimerais dire que je suis sorti, que j'exagère, mais ce serait mentir. Parfois nos elfes de maisons passaient me déposer à manger, parfois mère venait me donner des nouvelles du monde.
Pansy me visitait tous les deux jours. Pendant deux mois, elle me fit la lecture, moi ombre sur un lit trop moelleux. Elle pleurait parfois, me suppliant de revenir à la raison. "Tu as fais de mauvaises choses mais tu peux changer". Je n'y croyais pas. Tant ont souffert par ma faute. Je n'ai pas tué mais j'ai torturé, sourire sadique à mes lèvres, persuadé de répondre à la loi même de la nature : "Tue ou soit tué". Je mangeais pour lui faire plaisir. Je me suis tellement reconnu en toi Hermione. Je sais que je ne t'ai jamais raconté cette partie de ma vie et je ne veux pas que tu penses que c'est parce que je ne te faisais pas confiance ; j'avais trop honte.
Je repris les potions après l'insistance. "Tu aimais beaucoup ça ! Pourquoi ne pas en faire une occupation ?". J'ai commencé par quelques potions de sommeil pour mon propre bien, quelques unes de bonne odeur pour ma chambre. Je reprenais goût à être occupé, à user mes mains.
Mais un jour, j'ai réalisé que jamais je ne serais un être humain normal, accepté dans la société là où mon visage était associé à la pire des vermines. J'étais sortis marcher pour la première fois depuis des mois, une femme m'a lancé son livre au visage m'insultant comme tant l'ont fait. Chez l'apothicaire, dix personnes ont été servies avant moi et le marchand ne m'a pas regardé une fois dans le yeux. Le pire fut le retour, un groupe de jeunes garçons s'est arrêté en me voyant. Ils m'ont tabassé, violemment. J'ai fini en sang, la ventre lacéré, les cheveux couleur sang et ma marque de mangemort gravée au couteau.
J'ai tenu 12 heures seul chez moi avant de commencer la potion qui, j'espérais, aller me libérer de ce monde. Personne n'était à la maison, ni les elfes partis répondre aux demandes infinie de ma mère, ni ma mère partie "prendre le thé", ni Pansy en vacances je ne savais où. J'étais seul.
Crois-moi, j'ai eu le temps de réfléchir. J'aimerais te dire que ça avait été un coup de tête, mais cette potion me prit deux semaines de travail et chaque jour je rêvais de boire cette potion. Pourquoi ne pas sauter du haut du manoir ? Pourquoi ne pas se lancer un Avada Kedavra ? Je ne saurais même pas te répondre. Je ne suis pas mort le jour où je l'ai prit, ni le lendemain, ni la semaine qui suivit. Pansy revint de voyage, je me forçais de nouveau à vivre.
J'avais peur que tout recommence, que tout soit pareil. J'allais alors voir un maître de potion. "Je l'ai avalée par erreur" "vous auriez du tomber raide mort en dix minutes" "Je vous en ai ramené un reste" … "Je suis désolé mais vous l'aviez mal faite. Les dix minutes se sont transformer en dix ans".
Je rigolais, incrédule. Je me mis corps et âme dans la recherche d'une solution. Peut-être ne voulais-je pas mourir après tout. J'étais comme guidé par un instinct que je n'avais pas eu après mon passage à tabac. Etais-ce l'espoir distillé par Pansy qui commençait à se rassembler en moi ou la sensation d'avoir enfin une sorte d'objectif ?
C'était si confus. Vivre ou mourir ? Rester ou partir ? Essayer ou abandonner ?
Mon choix est maintenant fait, mais mon passé m'a rattrapé. Je n'aurais pas ce que je veux.
Tu n'auras pas ce que tu mérites.
•••••
"Tu connais l'heure exacte n'est ce pas ?
- Oui. Je l'ai su tôt. La date serait dix ans jour pour jour, à la minute et la seconde près après avoir avalé la potion.
- Tu as peur ?
- Je suis terrifié mais je crois que c'est ici que je veux mourir. Avec toi, dans cette cabane, là où j'ai recommencé à vivre. Je m'y suis senti utile, détesté, puis aimé. Je t'y ai rencontré comme si on ne se connaissait pas. Je t'ai découvert plus belle et passionnante que n'importe qui."
Il prit une pause dans son discours pour porter la main d'Hermione à ses lèvres. Il reprit :
"J'ai dit au revoir à ma mère d'un signe de main, j'ai à peine embrassé Pansy. Elles pensent que c'est demain.
- C.. Comment ?
- Ce n'est pas demain Hermione, c'est aujourd'hui. Je ne pouvais pas te le dire avant, tu aurais pleuré et pleuré toute la journée et je ne voulais pas te l'imposer"
Hermione sanglota immédiatement pour toute réponse. Alors c'était maintenant. Elle allait le perdre maintenant. Elle le regarda pour qu'il lui confirme. Il hocha tristement la tête.
"Je vais mourir dans peu de temps. Je le sens en moi sans avoir à regarder l'heure. Une horloge interne qui depuis peu semble ralentir à chaque instant.
- -Je ne veux pas"
Hermione étouffait dans ses larmes, ses sanglots la transperçant de part en part. Elle écrasait la main de l'homme qu'elle aimait.
"Je suis tellement désolé. J'ai été égoïste dès la première seconde où j'ai ressenti quelque chose pour toi. Je connaissais mon sort. Pardonne-moi.
- Je .. veux pas."
Hermione grelottait malgré la proximité du corps chaud de Drago contre le sien. Lii aussi pleurait, mais plus doucement, une rivière de larmes sur des joues immaculées contre un torrent inarrêtable.
"Un jour tu m'as dis que tu vivrais pour nous deux. J'y pense tous les jours depuis. J'espère que tu le feras. Continue d'écrire, de créer, continue de voyager.
- Je n'y arriverais pas sans toi.
- Tu dois le faire, pour moi, je t'en supplie continue à vivre je ne veux pas gâcher deux vies. Tu trouveras pourquoi. Je sais que tu réussiras."
Drago sentait son coeur se ralentir. Il voulait que ses derniers mots comptent mais il savait que rien ne réussirais à réconforter la jeune femme.
"Je t'interdis d'essayer de faire les même conneries que moi, c'est clair ? Je .. je …ne t'ai pas sauvé pour rien… je n'ai pas vécu pour rien, je le refuse. Accompagne ta fille, soutiens Pansy, vis ! Je t'en supplie, vis.
- Drago…"
Elle s'enfouit entre ses bras. Elle tenta d'écouter le coeur du jeune homme. Les battements étaient presque inexistants.
"Meurs pas, pitié .. ne meurs pas.
- Hermione. Je t'aime.
- Moi aussi je t'aime, s'il te plaît reste en vie."
Drago n'écouta pas ses suppliques. Il s'éteignit dans ses bras.
Un unique chapitre sera publié après celui-ci.
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