"Et ensuite ?
- J'ai pleuré. J'ai vidé chaque goutte qui me composait puis je l'ai posé à terre. Il y avait à peine plus de vie en moi que dans son corps.
- Pansy sut la première. Elle m'insulta de ne pas l'avoir prévenue avant de me prendre dans ses bras. Ne te méprends pas, nous n'étions pas plus amies que 5 ans plus tôt, ni même un tant soit peu plus proche. Cependant nous étions alliées dans la peine. De la mère de Drago, je m'attendais à un certain stoïcisme ; elle s'écroula à terre pour caresser la joue de son fils, me surprenant.
- Vous l'avez enterré ?
- Oui. Près du manoir.. Drago ne l'aurait pas voulu, il pensait ne pas mériter qu'on se souvienne de lui. Si je ne voulais pas l'enterrer près de la maison qu'il avait détesté, sa mère me convainquit : "Drago serait rassuré de savoir qu'après tout ce qu'il a fait et a pensé, il est toujours un Malefoy. Peu importe ce qu'il a dit, sa famille a joué un rôle énorme dans sa vie, il mérite de reposer avec les siens."- De mes amis de Poudlard, seuls Ginny et Neville vinrent à l'enterrement. La première par amitié, le second par politesse. Harry ne se fit pas cette peine. Il envoya un bouquet cependant. "Je suis là pour toi, mais pas pour lui" semblait-il dire. Il m'a beaucoup blessé à ne pas venir ce jour là. Il préférait voir sa haine à ma peine.
- Et après ?
- J'ai pleuré encore. Mais ce décès ne m'a pas brisé comme je le pensais. Je connaissais l'échéance, il la connaissait aussi. Je pense que ce qui brise le plus dans le décès d'un proche est d'être pris de cours. Les derniers mots sont ceux d'une conversation comme une autre, les dernières semaines une routine dans laquelle on s'est perdus il y a des années. Nous avions eu la chance de prévoir, de choisir, de vivre avant la fin.
- Mais plus que ça, il m'a montré que même quand on pense toucher le fond, et que rien ne peut nous sauver, on peut remonter. Alors pour lui, pour toi, pour moi, j'ai remonté la pente. "

Hermione changea de position et essuya une larme qui coulait, comme à chaque fois qu'elle parlait de cette période de sa vie.

"Ce fut dur, mais il avait distillé en ma vie le schéma d'une reconstruction. Reprendre une activité, vivre sa vie comme on l'entend, mais surtout accepter d'aller mal et qu'un jour tout sera plus simple. Le temps que l'on s'accorde est primordial. J'ai respecté ce qu'il voulait. J'ai vécu pour lui, j'ai vécu pour moi. "

Hermione sera Rose contre elle. Sa fille était presque adulte maintenant, rien à voir avec le petit bout de 6 ans quand Drago était mort.

"Et papa, il en a pensé quoi de te voir avec Drago ?
- Le mieux serait de lui demander, mais à vrai dire je crois qu'il a mit du temps à comprendre que je n'agissais pas dans la folie d'un moment et que je possédais pour Drago bien plus de sentiment amoureux que je n'avais jamais pu en avoir pour lui. Il m'ignora pendant toute la durée de ma relation avec Drago. Enfin, sauf une fois. Ton père m'a envoyé une courte lettre :"

"Tu m'as brisé le coeur, j'espère qu'il en vaut la peine. Ce fils de chien t'a insulté pendant des années, rappelle-toi et ne revient pas pleurer. Ton meilleur ami."

"J'ai appris par la suite qu'il l'avait écrit sous un coup de colère violent, une haine contre l'homme qui l'avait remplacé. Ne lui en veut pas. Il avait toutes les raisons d'envoyer ce papier. Ta garde fut évidemment donné à ton père : je n'étais pas assez stable pour m'occuper de toi. Ce n'est qu'après ta rentrée à Poudlard que je me suis sentie capable d'être plus présente. J'ai demandé une révision de jugement. Elle ne me fut pas accordé comme tu le sais. Mais je suis heureuse qu'on ait pu développer une relation malgré tout.
- Moi aussi Maman."

Rose serra un peu plus fort sa mère dans ses bras.

Récemment, elle avait ressenti quelques une des émotions que sa mère décrivait, notamment cette sensation partielle de vide en elle et ce questionnement incessant sur la vie. Sa mère avait-elle ressenti la souffrance de sa fille ? Etais-ce pour ça qu'elle avait raconté son histoire?

La jeune femme était heureuse de finalement connaitre le récit complet, l'histoire que sa mère décrivait comme étant l'éclat qui avait lancé sa carrière et stimulé tous ses talents. Mais en même temps, il y avait cette part d'elle mal à l'aise de savoir que sa mère était si fragile, si faillible et l'avais abandonné sans avoir de remords pendant des mois.

Comment comprendre ces actes ? "Je ne les ai pas vécu moi même après tout, comment puis-je savoir ?"

Les deux femmes se séparèrent finalement. Rose se décida à parler de ses pensées à sa mère.

"Voulais-tu de moi alors ?
- Oh oui Rose, ne croit jamais le contraire. T'avoir a réussi à remplir un vide dans ma vie, mais c'était une conséquence. Je te voulais vraiment, et quand je t'ai vu la première fois dans mes bras j'ai su que s'il fallait tuer quelqu'un pour te laisser en vie alors je le ferais. Je comprends ce que tu penses. Oui, j'ai dit que la culpabilité a mis longtemps à venir quand je suis parti mais cela n'avait rien à voir avec toi en particulier. Je ne ressentais plus rien pour personne, ni amour ni haine, ni plaisir ni désir. Je me détestais de savoir que tu ne me manquais pas. J'ai appris par la suite que c'était l'un des symptôme de la dépression : on est à court d'amour pour nos proches. J'étais malade. Je le reconnais maintenant. Après la mort de Drago, je suis allée voir un médecin moldu.
- Ah bon ?
- Oui. Je lui expliquais tout, il me fit passer des tests, il me parla longuement de la dépression.
- Et ?
- Les symptômes de la dépression commencent à apparaître quand les évènements négatifs s'enchaînent : troubles de la faim et du sommeil, manque de concentration, un amour qui décroît pour ses proches et une disparition de beaucoup d'émotions.
- Je ne le savais pas.
- J'étais malade, déprimé, perdue. Rose, je ne rejette pas ma part de responsabilité dans mes erreurs, mais je crois que de telles circonstances peuvent te faire comprendre les choix que j'ai fait dans le passé, que tu les approuves ou non."

Rose enlace sa mère pour toute réponse.

"Je sais que tu me verras autrement maintenant, c'était le risque à prendre. Mais je crois que tu peux tirer deux trois leçons de ma vie, comme moi même j'en ai tiré des centaines."

Hermione sourit faiblement, essuyant les dernières larmes venues couler sur ses joues.

"Je t'aime ma puce.

- Moi aussi."

"Et Drago, est ce qu'il m'aimait bien ?
- Oui. Il te trouvait adorable, et il s'occupait aussi de toi quand tu venais nous rejoindre. Il adorait te faire compter, te faire lire des mots. C'st grâce à lui que tu as su lire si tôt. Tu l'aimais bien aussi, mais je crois que tu étais un peu perdu entre les discours de ton père et les nôtres. Alors parfois tu revenais en nous demandant si Drago m'avait "volé" ou si "Dwago" était vraiment un serpent déguisé en humain."

Rose rit avec sa mère, relâchant enfin la tension dans cette longue conversation.

"Est ce que tu as des photos de vous deux ? J'en ai toujours vu de lui seul.
- Je dois en avoir une quelque part, attends moi."

Hermione se leva du canapé de sa maison en bois. Quand elle ouvrit la porte qui menait vers l'extérieur, le doux air de la côte danoise la submergea. Elle fit cependant le tour de la maison, se forçant à ne pas s'arrêter sur la vue des chevaux paissant tranquillement à gauche ni sur les vagues s'écrasant sur les roches en contrebas. Elle ouvrit le cagibis, dans lequel elle avait rangé sa malle de voyage, seule constante lors de ses incessants déménagements.

Elle n'eut pas longtemps à fouiller avant de trouver une photo d'eux deux. L'unique photo qu'elle possédait était un cliché banal, fait avec un appareil moldu. Derrière eux, il y avait la si tristement célèbre cabane en bois. Tous deux souriait doucement, l'un ne comprenant pas l'utilité d'une photo qui ne bougeait pas, l'autre excédée d'insister pour un fichue photo.

Le cliché n'avait pas été pris à un moment formidablement excitant, ni n'était parfaitement prise. Mais il y avait quelque chose de réel, quelque chose de vrai.

Et c'était ça la relation qu'elle avait eu avec Drago, quelque chose de vrai, de douloureux, de brouillon, de passionnel.

Cette photo c'était eux et rien d'autre, mais surtout ce dont Hermione avait envie de se souvenir.

Merci pour tout Drago, pensa-t-elle en serrant la photographie avant de rentrer chez elle.


Et voilà c'est fini pour cette histoire :) En espérant qu'elle vous ait plu ! J'ai apprécié chacun de vos messages et j'aimerais quand même dire que c'est un des écrits dont je suis le plus fière.

MilleIris ça me touche vraiment de savoir que j'ai pus transmettre leur tristesse à travers des mots, et savoir que j'ai touché des gens me fait tellement plaisir ! Alors non Hermione n'est pas enceinte et j'ignore quelle phrase t'a fait penser ça :0

Arwengald J'ai souvent vu ce texte un peu comme une poésie en prose, un peu lancinante ? Je ne sais pas comment l'expliquer. J'espère que cette fin est à la hauteur de ce que tu imaginais ^^ J'ai voulu mettre une fin pleine d'espoir.

LillyP. Wooz hehe oops :o Des bisous (je te remercie moi de m'avoir lue)