« J'aime ta maison ! »
Sirius lança un sourire enjoué à Remus. Ils se tenaient devant sa triste maison mitoyenne, Sirius jouant avec ses clés de voiture, ses cheveux noirs plaqués contre son front à cause de la pluie tout juste passée. Il les avait coupés, et quand il était entré nonchalamment dans les bureaux de Soundscape environ une heure plus tôt, ils avaient été savamment arrangés dans un style honnêtement-je-viens-juste-de-me-lever, le tout complété par un bandana rouge. Et même maintenant, trempé, il parvenait à avoir l'air incroyablement cool. Tout aussi incroyablement cool, pensa Remus, que son pantalon-cigarette moulant et ses bottes de combat vernies et sa Pontiac Firebird noire que-j'utilise-seulement-quand-je-sors.
Remus aussi s'était coupé les cheveux. Ses boucles avaient été coupées comme celle d'un enfant de chœur. Il n'avait pas de voiture – il n'avait même pas d'allée pour en garer une – et, présentement, sa maison était en bordel. Si Remus avait cru que les dieux auraient permis à Sirius Black de le voir une fois, rien qu'une seule fois, comme autre chose que l'Embarras sous forme humaine, il avait eu sérieusement tort.
Pourtant, Sirius était bon joueur. Après tout, c'était sa faute. C'était lui qui était arrivé six heures plus tôt que prévu. « J'espère que ça ne te dérange pas, je m'emmerdais un peu chez moi. » avait-il dit avec légèreté, jetant un coup d'œil au bureau. Il venait juste de lui annoncer qu'il s'était d'abord rendu chez Remus mais que, comme il ne recevait aucune réponse là-bas, avait pensé qu'il "était peut-être mort".
Et ça ne dérangeait pas Remus, pas du tout. Tout le contraire en fait, il s'était senti secrètement extatique à l'idée que Sirius, non seulement, était venu mais qu'il était venu en avance. Volontairement. Mais à ce moment-là Emmeline et Dorcas avaient commencé à harceler Sirius et le flatter. Frank avait commencé à l'embêter à son tour. Et puis Sirius avait insisté pour accompagner Remus jusque chez lui pour prendre ses affaires et depuis tout partait en vrille, en ligne droite vers la totale humiliation à une vitesse terrifiante. Seul le Seigneur savait ce qui se serait passé si Benjy avait réussi à se ramener au boulot ce jour-là, mais Remus supposait que ça aurait probablement inclus un chiffon imbibé de chloroforme et un bon nombre de courses-poursuites en voiture à grande vitesse.
« Elle est très petite. » marmonna Remus, jetant un coup d'œil méfiant au chien du 24 qui les fixait depuis la fenêtre, la bave aux lèvres, comme un numéro de cirque dérangé.
« Je m'en fiche, je meurs d'impatience de la voir. J'ai grandi dans une maison comme ça. »
« Vraiment ? »
« Et bien. » Une pause. « C'était une maison mitoyenne. »
Remus résista à l'envie de se moquer. Oui, mitoyenne et à cinq étages, sans aucun doute. Mais c'était sympa de la part de Sirius d'essayer de faire semblant que la maison de Remus n'était pas purement et simplement de la merde. Il ouvrit la porte du jardin et laissa Sirius entrer en premier, refermant avec sécurité derrière eux au cas où Cujo, à côté, parvenait à se libérer. (1)
« Okay. » dit-il, prenant une profonde inspiration avant de déverrouiller la porte avec sa clé rouillée, laissant le battant s'ouvrir. « On y est. »
Sirius entra en premier, ses mains enfoncées dans les poches de son jeans tandis qu'il portait son regard sur chaque creux et courbe, comme un gosse curieux dans une vieille brocante. Il faisait trop sombre pour discerner clairement quoi que ce soit et quand Remus, avec réluctance, chercha le bouton de l'interrupteur pour finalement allumer la lumière, Sirius cligna des yeux dans la soudaine luminosité.
« Hey ! C'est moi ! »
Et ça, c'était précisément la raison pour laquelle l'arrivée précoce de Sirius – ainsi que le manque total de motivation de Remus à faire le ménage – avait ses désavantages. Il avait supposé qu'il allait rentrer chez lui avant que Sirius ne vienne le chercher à cinq heures de l'après-midi et, du coup, n'avait pas estimé nécessaire de bouger son bazar jusqu'à ce qu'il rentre chez lui.
J'aurais trois bonnes heures pour tout arranger, avait-il pensé naïvement, ouais, tout arranger et ranger certaines affaires.
Mais non, elles étaient là, à la vue de tous. Ce n'était pas tout à fait l'autel de dément que Benjy possédait derrière son bureau, mais ça s'en rapprochait pas mal. Des douzaines de publications, qui l'avaient aidé à rédiger l'ébauche de l'article jonchaient la table basse, qui était elle-même entourée par les LPs du groupe et d'autres magazines, ouverts aux pages les concernant. Bien entendu, il y avait d'autres posters dans la pièce – The Beatles, Cream, Blondie – et toutes sortes de camelote et objets de collection d'autres musiciens, mais comme c'était le centre de la pièce et qu'environ cinquante Sirius fixaient, et bien, Sirius, ce fut la première chose qu'il remarqua.
« Je faisais rien de bizarre. » fit brusquement Remus, ce qui réussit à le faire passer pour définitivement bizarre. Obsédé du vaudou. Mark Chapman en devenir. (2) « Dorcas est passée hier, on parlait du design final de l'article. » insista-t-il. Il passa une main nerveuse dans ses boucles tout juste coupées. Ce n'était pas un mensonge, et pourtant c'était comme s'il était malhonnête, comme si Sirius ne pouvait décemment pas croire qu'il n'était pas juste en train de le traquer avec de mauvaises intentions.
Il supposa que c'était le bon moment pour entrer dans la pièce et ramasser toutes les publications, refermant du pied les magazines dans le processus, mais Sirius le suivit d'un pas tranquille à l'intérieur. Il se pencha pour piquer une des photos avant que Remus puisse la récupérer et se laissa tomber sur le sofa.
« God, j'ai l'air canon. » murmura-t-il, avec un sourire. Ses yeux se dirigèrent vers le reste de la pièce et il hocha la tête en signe d'approbation. « J'aime ce que tu as fait de cet endroit. C'est très cosy. Est-ce qu'ils sont tous à toi ? »
Remus savait que ça ressemblait à une chambre d'adolescent, moins le lit, mais si c'était ce que Sirius pensait, il n'en dit rien et quand Remus suivit son regard derrière lui, il vit que Sirius fixait les disques dans les alcôves, quatre étagères dans les deux et chacune remplie de vinyles.
« Ouais. Ouais, ils sont tous à moi. »
Sirius se tint là, laissant l'article derrière lui, oublié. Retrouvant son comportement enfantin, il s'approcha de l'alcôve de gauche comme si c'était un endroit secret et spécial et Remus réalisa assez soudainement que le bassiste de Blue Stag, Sirius Black, était dans sa maison merdique, en train de zyeuter ses disques.
« Il doit y en avoir des centaines. » Il y en avait encore plus en haut.
Remus eut un léger rire. « Peut-être pas autant mais...ça s'en approche. »
« Tu dois les avoir via le boulot, pas vrai ? » Sirius en avait sorti un à présent, le Blonde on Blonde de Bob Dylan, un des petits préférés de Remus.
Il haussa les épaules, puis, notant qu'il avait toujours tous les articles dans les bras, les laissa tomber sur le fauteuil près de lui.
« Pas beaucoup. Et ceux que je reçois ne sont pas géniaux, juste des disques de petits indépendants. Non, j'ai acheté la plupart d'entre eux moi-même. » Il fit un geste vers la pièce autour d'eux et ajouta, comme une piètre blague. « D'où l'état peu glorieux du bâtiment dans lequel ils sont stockés. »
Sirius ne sembla pas l'entendre. Il fit courir son doigt sur le dessus du disque de Dylan, son pouce jouant avec le carton lisse dans le coin.
« Je pensais que j'en avais beaucoup quand j'étais gosse. » Il les compta sur ses doigts. « Zeppelin two et three, Rocket to Russia et Wish You Were Here. J'avais Dark Side of the Moon aussi à un moment mais ma mère l'a cassé. Elle refusait que ça traîne dans la maison. » Il eut un petit rire et remit le disque à sa place sur l'étagère. « Je pensais que j'avais réussi à les garder bien cachés. Mais ça, Remus, c'est une sacrée collection. » (3)
Remus songea à la réaction de ses propres parents quant à son amour de la musique. Sa mère l'avait traité comme une chose attachante, presque amusante, et elle venait toujours s'enquérir de ce qu'il écoutait, que ce soit Joni Mitchell ou David Bowie, Queen ou Fleetwood Mac. La pensée qu'elle puisse casser un de ses disques était inimaginable a) parce qu'elle n'en avait probablement même pas la force physique mais b) parce que la musique représentait tellement pour lui. La musique représentait beaucoup de choses pour n'importe quel adolescent, particulièrement dans les années 70.
Dans le silence qui s'ensuivit, Remus fixa Sirius, s'attendant à apercevoir une lueur de tristesse dans son expression. Pourtant, il n'y avait rien d'autre que de la curiosité et peut-être même un respect mêlé d'admiration, tandis qu'il regardait les alcôves en silence.
« Tu veux quelque chose ? » demanda soudain Remus, se rappelant ses manières. « Un truc à boire ? »
« Non, ça va, mais je crève d'envie de m'allumer une clope. Ça te dérange pas ? »
« Pas du tout. Il y a un jardin. »
Il le mena à travers la cuisine (heureusement, il avait fait la vaisselle la nuit dernière et seule sa tasse de café de ce matin restait sur l'égouttoir) et dehors jusqu'au petit patio. Il faisait frais, et encore humide à cause de la pluie, mais Sirius ne semblait pas s'en soucier. Il alluma immédiatement une cigarette et en tira une longue et indulgente bouffée.
« J'ai voulu en griller une dès que je suis arrivé... » Une pause, tandis que la fumée s'échappait de ses lèvres. « ...mais je me disais que ton patron allait probablement me poignarder avec ses crayons parfaitement taillés si j'osais seulement fumer dans votre petit bureau. »
« Je suis désolé, à propos de lui. » dit Remus, se sentant légèrement mal à l'aise. « Et des filles. Ils peuvent être un peu...euh...enthousiastes, parfois. Il faut le dire, on ne rencontre pas beaucoup de...de groupes comme le tien. »
« Groupes comme le mien ? » fit Sirius, un léger sourire jouant sur ses lèvres.
« Tu sais ce que je veux dire, Sirius. C'est toujours des duos de folk indépendants et des groupes merdiques d'ados punks qui essaient de décrocher un contrat. Cet article est...c'est plutôt une grosse affaire pour nous. »
Sirius éloigna la cigarette de ses lèvres, exhalant la fumée et fixant Remus pendant quelques longs instants.
« C'est une grosse affaire pour nous aussi. C'est pas James qui aurait accepté que n'importe qui d'autre écrive sur nous comme ça. J'ai hâte de le voir. » Il accompagna sa dernière phrase avec un léger coup sur l'épaule de Remus, avant de replacer la clope entre ses lèvres. « Allez, maintenant, va chercher tes affaires. Tu veux pas qu'on tombe dans le trafic des heures de pointe. Je vais rester ici et...admirer la vue. »
Remus jeta un coup d'œil au patio fissuré et aux broussailles qui lui servaient de pelouse, vaguement conscient que Sirius le charriait. Il rentra furtivement à l'intérieur, traversa la cuisine, une autre impression légère et étrange dans le ventre. Il essaya de se rappeler qu'ils étaient amis – ils étaient amis, les mots avaient franchi les lèvres de Sirius, bon Dieu – mais une part de lui ne pouvait s'empêcher de penser que quand il serait vieux, quand il n'aurait plus rien, au moins pourrait-il dire à quelqu'un « Tu connais Sirius Black ? Et bien, un jour, il a fumé une cigarette sur mon patio. »
« Alors, comment ça va, au boulot ? » demanda Sirius, une fois qu'ils furent finalement sur l'autoroute et non plus susceptibles de mourir dans un horrible crash.
Remus aimait la voiture de Sirius. Il aimait les Firebirds depuis qu'il avait vu Cours après-moi shérif, quand il était adolescent. Il aimait le cuir noir et brillant, les fenêtres sombres, les innombrables cadrans qui servaient à Dieu savait quoi. Mais il n'aimait pas la façon de conduire de Sirius. Considérant qu'il n'avait ni l'argent, ni l'assurance pour commencer à conduire lui-même, il marchait et prenait le bus pour aller partout, et les pubs télés pour des modestes petites Ford Fiestas et Renaults représentaient l'étendue de son expérience avec les automobiles.
Il ne se sentit en sécurité uniquement quand ils furent sur la M4, quand Sirius n'eut plus l'occasion de faire passer en trombe sa Firebird dans les ruelles de Gloucester, avec un boucan inapproprié. A présent seulement Remus était capable de détacher ses mains de la porte passager et parler d'une voix plus ou moins calme.
« C'est calme. » répondit-il sincèrement, étirant un peu ses jambes et profitant du luxueux espace devant lui. « Mais ça va. C'est assez pour se débrouiller. »
« Ouais ? Trouvé un nouveau talent ? »
Remus se gratta la cervelle, désespérément à court d'idées. « J'ai critiqué un groupe de neofolk, il y a quelques jours. »
« Oh ? »
« Ils se sont nommés "Orgasm of the Apocalypse". » Il se sentit bizarre, dès que les mots franchirent ses lèvres, mais Sirius ne fit que rire et dire : « Tu plaisantes ! »
« Quelque chose me dit qu'ils ne vont pas réussir à percer dans le marché. »
Sirius rit à nouveau, et Remus se délecta du son qu'il n'avait pas entendu depuis ce qui lui semblait des siècles. Il n'avait pas réalisé à quel point il lui avait manqué. Tout ce temps qu'ils n'avaient pas passé ensemble, il pensait que ça lui manquait juste de ne pas avoir quelqu'un avec qui traîner qui n'était pas Benjy, ou quelqu'un dont les intérêts s'étendaient au-delà du cidre et de Gloucestershire FA. Mais le rire de Sirius, tel un aboiement, lui donnait un sentiment similaire à celui qu'il avait quand il découvrait un CD de ses années adolescentes dans un magasin, l'achetait et se précipitait chez lui pour le faire tourner – c'était ce pincement au cœur, au souvenir ravivé, et cette adorable bulle de nostalgie dans le ventre. Il lui sourit, et Sirius croisa son regard et lui sourit en retour.
« Et toi ? » dit Remus. « Comment vont les affaires ? »
« Ennui total. » répondit simplement Sirius, ses yeux à nouveau sur la route. « Je déteste cette période après une tournée, où on ne fait rien du tout. Moi, Fab et Pete, on voulait commencer à travailler sur le prochain album juste pour avoir un truc à faire, mais bien sûr, on ne peut pas vraiment démarrer quelque chose tant que James ne donne pas son accord. Mais il est rentré la nuit dernière, alors, peut-être qu'avec de la chance... » Il s'interrompit pour jurer assez violemment quand une Vauxhall Cavalier les dépassa, puis doubla quelqu'un d'autre, slalomant entre les voies. « Je hais ces putains d'autoroutes. » marmonna-t-il.
Il semblait avoir perdu le fil. Puis "Rio", de Duran Duran passa à la radio, et, sa rage routière soudain oubliée, Sirius enfonça le bouton du volume avec joie, tendant la main devant Remus pour atteindre la boîte à gants et en sortir une paire de Ray-Ban coûteuses, l'ensoleillement augmentant au fur et à mesure qu'ils se dirigeaient vers le sud.
Remus se rappuya contre l'appui-tête tandis qu'ils entraient dans le Grand Londres, souriant quand Sirius se mit à chanter en même temps que Stephen Duffy : « Her name is Rio and she dances on the sand – allez, Remus ! »
Remus était excité – peut-être un peu trop pour un homme de son âge – de voir à quoi ressemblait la maison de Sirius. Il imaginait un appartement ultra-moderne à Kensington ou Covent Garden, un de ces blocs d'appartement exposé à la vue de tous et pourtant totalement intouchable, avec un frigo à l'américaine et de l'art moderne partout dans les couloirs.
Mais une fois qu'ils eurent quitté l'autoroute et furent entrés à Londres et finalement vaincu l'infernal trafic, Remus découvrit qu'ils se trouvaient à Kentish town, et il se demanda comment il avait pu penser que Sirius aurait pu vivre ailleurs qu'à Camden. (4) Ils ne se garèrent pas non plus devant un bloc d'appartement mais plutôt devant une charmante maison en rangée, à trois étages, avec de la pierre sur les murs du rez-de-chaussée et cinq fenêtres à guillotine blanches.
Sirius coupa le courant, mettant abruptement fin au "Africa" de Toto, qu'il avait chanté avec enthousiasme et haussa des sourcils en direction de Remus, avec un petit sourire. Il glissa ses Ray-Ban sur le devant de son T-shirt.
« Home, sweet home. »
Contrairement à la petite maison miteuse de Remus, le hall de Sirius était clair et spacieux et avait, bien sûr, un carrelage à damier victorien. Sur la droite se trouvait un large escalier, sur la gauche, deux portes et ce qui semblait être la cuisine, tout au bout. Il n'y avait pas grand-chose sur les murs. A vrai dire, la seule décoration présente semblait être un chat dangereusement obèse, perché sur le poteau au pied des escaliers. Il les fixa, quand ils entrèrent.
« Bonjour, Achille ! » dit Sirius d'une voix assez aiguë, comme s'il n'avait pas vu le chat depuis des jours. Il le cueillit dans ses bras avec une facilité déconcertante, le serrant dans ses bras, ses pattes dépassant à de drôles d'angles, tandis que la créature clignait lentement des yeux. « Dis bonjour à Remus. » Il poussa Achille vers le visage de Remus et le chat miaula d'un air piteux, au grand plaisir de Sirius.
« Je l'ai trouvé à traîner ici, quand j'ai emménagé. » expliqua Sirius. « Il avait une patte fichue. Il ne peut pas faire de réel exercice, béni soit-il. Tu ne peux pas, hein, Achille ? Non, tu peux pas ! » Pour une rockstar endurcie, sa voix passait de bourrue à enfantine étonnamment vite.
Remus recula de quelques pas. « Je suis désolé pour la gêne, Sirius, mais je suis allergique aux chats. » Il pouvait déjà sentir un éternuement poindre le bout de son nez, pathétique prolo qu'il était.
Sirius baissa légèrement Achille dans ses bras, son expression d'adoration effacée de son visage et remplacée par la pure déception. Même le chat arborait une expression identique. Oh non. Non seulement avait-il énervé Sirius Black dans sa propre maison, mais il avait aussi ruiné la parade d'Achille.
« Bien sûr que tu l'es. » fit Sirius, impassible, avant de pousser un soupir dramatique et permettre à Achille de se poser sur le sol et traîner dans le salon.
« Je ne savais pas que tu avais un chat. Désolé. »
« Et bien, tu devras juste rester hors de sa route. M'enfin, viens. Laisse-moi te faire la Visite Guidée. »
La "Visite Guidée" consista en Sirius lui pointant vaguement les pièces de la maison ainsi que leur fonction : « Salon, salle à manger, placard » et puis, ils montèrent les escaliers.
« Sirius, ta maison est vraiment jolie. » dit Remus, poliment. Et elle était vraiment jolie, mais ce n'était pas exactement ce à quoi il s'était attendu. Rien ne criait réellement "Sirius". Tout était bien rangé, propre, plutôt comme quelque chose sorti d'un catalogue ou d'un magasin d'exposition qu'autre chose (mais ça ne voulait pas dire qu'il n'enviait pas le chef-d'œuvre de style géorgien, surtout quand il considérait sa propre rangée de maisons des années 60).
« Merci. » répondit Sirius, les faisant passer dans le couloir du premier étage et ouvrant l'une des portes blanches. « Je pensais que tu aimerais bien celle-ci. Tu peux en choisir une autre si elle ne te plaît pas, mais c'est la seconde plus grande chambre. »
« C'est charmant. Merci. »
« Tu peux laisser tes affaires ici. Ne t'inquiète pas, le chat ne rentre jamais ici. » Sirius ferma la porte, puis pointa une autre qui se trouvait un peu plus loin. « Celle-là, c'est la mienne. Mais viens. Je veux te montrer autre chose. »
Et puis il prit Remus par la main – le prit réellement par la main – et le mena au dernier escalier. Quand ils furent parvenus au sommet, ils ne virent pas un autre couloir mais une seule énorme pièce – le grenier, en fait. Les lames de parquet étaient exposées et polies, et la seule source de lumière venait d'une large fenêtre circulaire sur le mur du fond. Le plafond, naturellement, était incliné, avec des poutres parsemées dans la pièce pour aider à supporter le poids de la toiture.
Et il y avait des affaires partout.
Des tapis à motifs étaient étalés sur le sol et des lanternes exotiques pendaient du plafond. Des sofas ici et là, des chesterfields avec des couvertures colorées jetées sur le dossier, une grande table basse damassée, des étagères encastrées le long du mur gauche, bourrées de livres, de CDs et de photos, tandis que le mur de droite était rempli de guitares basses, de guitares acoustiques et même un banjo. Un grande cheminée se tenait dans le mur du fond, à côté de la fenêtre, son manteau étant l'hôte d'un buste de Mozart, plusieurs trophées, encore plus de photos et une girafe en bois.
Il y avait plus, mais Remus ne pouvait décemment pas tout assimiler d'un coup.
« C'est...tellement cool. » souffla-t-il, rougissant presque quand il réalisa à quel point il sonnait comme un adolescent dégingandé.
Sirius semblait plutôt content.
« Assis-toi. Tu veux quelque chose ? »
En vérité, il mourait envie de boire du thé mais il ne pouvait pas vraiment dire ça, n'est-ce pas ? « Merci pour la balade dans ta Firebird, Sirius, pourrais-je avoir une bonne tasse de thé ? » Alors il opta pour la même chose que Sirius et là, bières en main, avec Remus perché sur un chesterfield et Sirius assis jambes croisées sur le tapis devant lui, ils discutèrent. Pendant une heure environ, Sirius lui parla du reste de la tournée, des idées lancées pour le prochain clip, des autres couvertures de magazines qu'ils devraient payer, la discussion sur la possibilité d'aller aux États-Unis l'année suivante.
« On a déjà été aux States avant, évidemment, pour les Grammies. » dit-il. « Mais ce serait foutrement génial de tourner là-bas. C'est tellement grand. J'ai jamais vraiment eu l'occasion de voir tout ça, à L.A. Pense aux salles. »
Remus imagina recevoir des voyages gratuits pour les États-Unis, pour rester cinq, voire peut-être six mois à la fois, et pendant un court instant, il souhaita avoir pris la peine de poursuivre une carrière dans la musique. L'Amérique, pensa-t-il mélancoliquement, où les rêves deviennent réalité. Enfin, c'était tout autre chose/bien loin de Gloucestershire, en tout cas.
Sirius était à la moitié d'un récit élaboré et souligné de grands gestes frénétiques sur le Whisky a Go Go (5), son enthousiasme et ses remarques piquantes faisant rire Remus, quand des bruits de pas résonnèrent dans les escaliers. Remus sursauta, tandis que Sirius cilla à peine. La tête qui apparut dans la cage d'escalier était plutôt alarmante mais quand Sirius y jeta un coup d'œil, il adressa juste un sourire désinvolte au nouveau venu.
« Je pensais bien que vous seriez rentré. » dit la personne, montant tout le chemin.
« Il y a quelques heures. » répondit Sirius, avant de faire un signe de tête vers Remus. « Remus, voici George. George, Remus. C'est mon intendant. »
« Enfin, plutôt un assistant personnel, ces derniers temps. »
« Ou peut-être un majordome ? » suggéra Sirius, lançant un sourire à Remus qui se sentit rougir comme un idiot. Il se leva et serra la main tendue de George. Alors, voilà celui à qui il avait raccroché au nez. Il n'avait pas l'air d'un majordome et il n'avait définitivement pas non plus l'air d'un modèle. C'était un homme parfaitement ordinaire, en pull et jeans, dans la quarantaine, tout au plus.
« C'est un plaisir de vous rencontrer. » dit George, comme s'il le pensait réellement. « Sirius n'arrête pas de chanter vos louanges. »
Plutôt que d'avoir l'air embarrassé, comme Remus le serait probablement si les rôles avaient été inversés, Sirius avait l'air presque content de lui, allongé là sur le sol, sur ses coudes. La pensée que Sirius chantait ses louanges emplit Remus d'un ridicule sentiment de joie qu'il fit de son mieux pour cacher avec un petit rire et un modeste : « Ça fait plaisir à entendre. »
L'attention de George revint au bassiste. « James est en bas. Dois-je l'envoyer ici ? »
Remus était assez honteux de la vague de déception qui se forma dans le creux de son estomac à la mention du nom de James. Je ne savais pas qu'il venait, pensa-t-il, avant d'immédiatement se sermonner pour penser comme un enfant capricieux. Il ne pouvait quand même pas attendre de Sirius qu'il passe tout le week-end avec lui et lui seul, n'est-ce pas ?
Sirius n'était pas déçu du tout. Il sourit et se remit sur ses pieds.
« Pas de souci. » dit-il. « J'y vais. » Il bondit vers les escaliers, sa bouteille de bière en main, appelant seulement « Viens, Remus ! » quand il fut à moitié descendu. Mal à l'aise, celui-ci offrit un sourire contrit à George et, se demandant pourquoi il le faisait, suivit Sirius à un rythme bien plus lent.
Oh God, pensa-t-il. Comme si James voulait me voir, moi. Il se demandera ce que je fous bien ici.
Et en effet, quand il furent dans le vestibule et que Sirius eut passé les bras autour d'un James magnifiquement bronzé et qu'ils se soient donné encore un bon nombre de coups affectueux et virils au dos de l'autre (alors maintenant, ils S'entendaient Bien, dans ce cas ?), James cligna des yeux en direction de Remus derrière ses lunettes – celles qu'il portait uniquement quand il n'était pas vu en public – et lui offrit un surpris : « Ça va bien, Rem...Remus ? »
C'était assez humiliant de voir James Potter presque oublier son nom, mais il n'y avait pas vraiment de raison pour laquelle il aurait dû s'en rappeler. Qui était-il, après tout ? Juste ce maigre petit journaliste qui les avait suivi cette-fois-là. Et ok, peut-être qu'il connaissait le secret du groupe – ce grand secret qui foutait tout en l'air – mais hey, pour quoi ça pouvait bien compter ? Clairement, il était totalement insignifiant et probablement un gros handicap. James était probablement venu pour se bourrer la gueule ou quelque chose du style. Il était probablement venu pour "faire la fête". Et que connaissait Remus sur se bourrer la gueule et faire la fête ? Il avait déjà démontré son manque de compétences dans ce domaine sur la tournée.
« Remus passe le week-end ici. » dit Sirius avec entrain.
« Je n'avais pas réalisé que vous étiez restés en contact. » fit James, et Remus aurait juré que ses yeux s'étaient légèrement étrécis. Il était clair qu'il commençait à se souvenir.
« Ouais, bien sûr. Pourquoi pas ? » Sirius n'avait, à l'évidence, rien remarqué.
James haussa des épaules à ça, et détourna son attention de Remus, la reportant sur son meilleur ami et Remus se sentit soudain vraiment éloigné d'eux, comme la cinquième roue du carrosse. A les voir réunis, à plaisanter tous les deux, souriants, la main de Sirius touchant le bras de James à chaque fois qu'il appuyait un argument, il était clair qu'ils étaient tous les deux plongés dans leur petite Bulle de Personnes Célèbres et Remus se tenait juste là, avec Achille rôdant à ses pieds et George descendant les escaliers derrière lui. Tous les trois : le journaliste, le domestique et le chat infirme, à regarder les Rock Stars. Que faisait-il même ici, se demanda-t-il avec une soudaine pointe d'auto-apitoiement.
Mais ensuite, ils remontèrent au grenier, et Sirius mit de la musique et leur trouva un peu plus à boire et James fut un peu plus à l'aise, offrant même à Remus quelques petites anecdotes de Miami et, pendant un moment, il semblait que peut-être ça ne le dérangeait peut-être pas trop que Remus soit là. Et si ça le dérange, pensa Remus, avec une assurance forcée tandis qu'il fixait le goulot de sa bouteille, alors...alors ce n'est pas mon problème, il devra juste faire avec. Ce n'était pas particulièrement brillant, mais c'était le mieux qu'il avait trouvé pour le moment.
A sept heures, ils commandèrent thaï et quand la montagne de crevettes eut finalement disparu (Remus se rappela l'appétit particulièrement stupéfiant de James), Sirius décida qu'il voulait sortir.
Il aurait été stupide d'attendre de Sirius qu'il reste toute la soirée avec lui et...fasse quoi ? Joue à des jeux de plateau ? Grille des marshmallows ? Et même, Remus n'était pas très ravi à la perspective de "clubber" avec James Potter et Sirius Black. Il n'avait jamais été vraiment très doué pour "clubber". Ça ne voulait pas dire qu'il ne savait pas boire – il venait du sud-ouest de l'Angleterre, bien sûr qu'il savait boire. Ce n'était pas qu'il était un nerd désespérément cloîtré chez lui, mais l'idée que Remus se faisait d'une bonne soirée était définitivement beaucoup moins chère que celle de Blue Stag. Il avait aussi le sentiment que ce serait clairement différent des soûleries dans le bus de tournée.
« T'es pour, Remus ? Camden ? »
« Je n'ai rien à me mettre. » Ça avait ressemblé à une blague dans sa tête, mais à voix haute, on aurait juste dit qu'il était mesquin.
Sirius roula des yeux. « Trouve quelque chose. »
Mais à ce moment-là, il partit prendre une douche et James partit regarder la télévision en bas et Remus fut laissé dans la chambre d'ami d'un blanc immaculé, se demandant ce qu'il allait bien pouvoir mettre et, bordel, pourquoi il s'était coupé les cheveux et bordel, pourquoi n'était-il pas plus excité à l'idée de sortir à Londres avec Sirius Black.
Sirius entra à pas feutrés dans sa chambre une demie-heure plus tard, les cheveux secs et délibérément en désordre, le corps moulé dans un jeans skinny et un T-shirt à col en V blanc, sentant l'aftershave coûteux. Remus eut le souffle momentanément coupé. Il se demanda comment une personne pouvait avoir l'air à ce point fantastique et comment il pouvait se sentir comme une vieille taupe au même moment.
« Je pensais t'avoir dit de trouver quelque chose ? » dit Sirius, jetant un coup d'œil à la masse de vêtements en désordre sur le lit. Il n'avait pas vraiment l'air fâché.
« Je n'ai rien. Toutes mes fringues sont merdiques. » L'enfant capricieux était apparemment de retour.
« Allez, tu dois bien avoir quelque chose. » Sirius tendit la main vers les vêtements éparpillés mais Remus l'arrêta, détestant la pensée que Sirius puisse examiner sa garde-robe.
« Franchement, je n'ai rien. Je peux pas sortir avec toi quand t'es comme ça et moi, avec ces fringues. »
« T'as l'air bien ! »
Mais Remus était certain que son expression parlait pour lui. Il était heureux que James ne soit pas dans les parages ou bien il aurait été bien trop embarrassé pour formuler ses inquiétudes à voix haute. D'une certaine façon, il savait que Sirius ne se moquerait pas de lui.
« Si ça t'embête tellement. » dit Sirius. « Tu peux porter un truc à moi. On fait peu près de la même taille. »
Ils étaient tous les deux maigres mais Sirius était mince d'une façon différente de Remus – il était élancé, bronzé, aux épaules larges. Tandis que Remus était juste une asperge. Pourtant, il permit à Sirius de le mener jusqu'à sa propre chambre – à sa grande déception, une pièce moderne et carrée, les seules marques de personnalité étant la guitare dans le coin et les piles de vêtements au sol – et vit Sirius fouiller le reste de vêtements dans la très grande garde-robe où il était possible d'entrer.
Quand il enfila le T-shirt que Sirius lui avait remis, le vêtement pendait à ses épaules comme il s'y était attendu et le faisait ressembler à un orphelin, malgré la marque connue. Sirius pencha la tête de côté, apparemment incapable de comprendre pourquoi le vêtement ne lui allait pas comme il fallait. Puis, ses yeux s'éclairèrent à cause d'une nouvelle idée et quand il retourna dans la garde-robe, il en ressortit avec quelque chose de noir et blanc dans les mains. Il le lança à Remus.
« Essaie ça. » dit-il.
Remus le tint devant lui. C'était un vêtement aux manches trois-quart, petit et ligné. Définitivement pas à Sirius. Il n'était pas vraiment sûr d'aimer le fait de porter quelque chose qui avait appartenu au coup d'un soir d'une célébrité.
« C'est plus ou moins propre. » dit Sirius, passant une main dans ses cheveux et les ébouriffant un peu, se jetant un coup d'œil dans le miroir derrière Remus. « Je crois. »
« Sirius, est-ce que...ça appartenait à un ami à toi ? »
« Je suppose. Pourquoi ? Ça te dérange ? »
« Je... » commença Remus mais il soupira, ne voulant pas faire encore plus d'histoires. Il enleva son T-shirt et enfila le nouveau. Il était terriblement serré et lui donnait une sensation bizarre sur les tétons mais quand il se regarda dans le miroir, il dut admettre qu'il aimait assez ce qu'il voyait.
Sirius siffla. « Regarde-toi, Lupin. En fait, t'as un corps sous tous ces vêtements. »
Remus roula des yeux, essayant de ne pas rougir et faire semblant que ça le dérangeait et puis, Sirius vint derrière lui et plaqua ses paumes contre ses hanches. Remus sursauta légèrement au contact, peu habitué à la sensation de mains chaudes à cet endroit. Ses yeux rencontrèrent les iris gris de Sirius dans le miroir. Le bassiste lui fit un sourire en coin.
« Alors. Et si on allait voir s'il a laissé un jeans ? »
(1) Cujo est un roman de Stephen King publié en 1981. Dans ce roman, un énorme Saint-Bernard, du nom de Cujo, se fait inoculer le virus de la rage et se transforme en redoutable machine à tuer qui piège dans leur voiture une femme et son enfant.
(2) Mark Chapman est l'assassin de John Lennon (tué en 1980) et était un fan obsessionnel des Beatles qui s'était senti trahi et déçu par John Lennon.
(3) Les premiers albums de Led Zeppelin étaient nommés d'après leur nombre de sortie. Ainsi Led Zeppelin II et Led Zeppelin III sortirent en 1969 et en 1970. Rocket to Russia est le troisième album de The Ramones, sorti en 1977. Dark Side of the Moon et Wish You Were Here sont respectivement les huitième et neuvième albums de Pink Floyd, sortis respectivement en 1973 et en 1975.
(4) Le district de Kensington à Londres fait partie du Royal Borough de Kensington et Chelsea. Ce quartier est connu pour sa population bourgeoise. Quelques districts résidentiels dans Kensington sont les plus chers de Londres. Covent Garden est un quartier de Londres au Royaume-Uni sur la frange est de West End, entre St. Martin's Lane et Drury Lane. Il est associé à l'ancien marché de fruits et légumes de la place centrale, qui est maintenant un site commercial populaire et touristique. C'est une zone de divertissement et de shopping, avec ses nombreux théâtres et bars. Kentish Town est un quartier londonien situé dans le district de Camden et le quartier est réputé pour ses pubs et bars, plutôt axé rock.
(5) Le Whisky a Go Go est une boîte de nuit qui se trouve à West Hollywood, Californie, sur le Sunset Strip et qui a ouvert ses portes en 1964. A la fin des années 70, le Whisky s'est concentré sur les mouvements new wave, punk rock et heavy metal et des artistes aussi divers que Mötley Crüe, Van Halen, The Ramones, The Misfits, Blondie, Patti Smith et The Police y ont joué.
Encore une fois désolé pour le long délai de publication, je n'abandonne pas cette traduction, promis ! Simplement, j'étais en vacances, fort occupée, sans Internet et sans dictionnaires. Assez difficile de traduire dans ces conditions, vous en conviendrez. D'ailleurs, la traduction est pas terrible, je l'accorde et j'en suis désolée, mais je suis juste fatiguée et j'avais envie de publier rapidement pour ne pas que vous vous impatientez trop. Je n'ai plus touché à No Exp' depuis des semaines et j'ai un peu perdu le mouvement, on va dire. Et puis j'ai aussi envie de me concentrer sur mes propres fics. Bref, le prochain chapitre devrait arriver beaucoup plus tôt que celui-ci, ne vous en faîtes pas !
Sorn
ReaDark3310 : Merci pour tes reviews ;) Cependant, ce n'est pas ma fic mais une traduction ! L'auteur original est thisbluepeony. Je ne connais pas le film que tu as cité mais j'en ai parlé à l'auteur et, en effet, il l'a inspirée en partie donc bien deviné !
Charlotte : merci ;) Je n'abandonne pas, je prends juste un peu plus de pour publier ...vacances, you know !
