Notes de l'auteure (résumé) : Malgré le fait que ce chapitre ne comporte pas beaucoup de Remus/Sirius, rassurez-vous, cette fic sera bien un SBRL, bien que l'histoire ne tourne pas t-uniquement autour de ça. Tout simplement, j'aime autant écrire sur sur la vie de famille de Remus, ainsi que son job que sur sa relation avec Sirius. Le personnage original, Alfie Fletcher, malgré son nom, n'est pas apparenté à Mondingus. Je ne me suis rendue compte qu'ils avaient le même nom après avoir terminé ce chapitre et j'aime trop dire "Alfie Fletcher" avec un accent du sud-ouest de l'Angleterre pour le changer. (NdT : aucune idée de ce à quoi ça ressemble) Et puis, ce n'est pas un personnage important et il ne réapparaîtra pas dans la fic.
Note de la traductrice : Ce chapitre est truffé de références à la langue anglaise, alors...pitié, je n'ai pas envie d'expliquer le moindre mot, à moins que vous souhaitiez avoir une vingtaine de notes de bas de page. Aussi acceptez que je sois obligée de modifier radicalement voire de parfois supprimer des passages qui n'ont strictement aucun sens dans la traduction française ainsi que les possibles tournures très lourdes qui s'expliquent purement par l'absence d'un équivalent français, ou une monosémie qui me dérange très fortement.
Sa mère l'appela quand il fut rentré chez lui. Remus fourrait ses vêtements dans sa vieille machine à laver quand le téléphone sonna. Il n'avait pas vraiment besoin de les laver puisqu'il avait porté les vêtements laissés par le coup d'un soir de Sirius pour l'une des nuits, mais il avait l'impression qu'il ne pourrait pas porter ses propres vêtements sans qu'ils ne lui rappellent ses actions horriblement gênantes du week-end s'il ne les mettait pas dans le panier à linge directement.
Elle l'invitait pour le thé et il devait dire oui, parce qu'on était dimanche, qu'il était célibataire et qu'il ne travaillait pas, alors, quelle excuse pouvait-il bien trouver ?
Remus n'avait jamais eu une relation particulièrement mauvaise avec ses parents mais sa mère était particulièrement douée quand il s'agissait de lui taper sur les nerfs. Elle avait sincèrement essayé de le comprendre lui et ce qui l'intéressait quand il était adolescent, mais puisqu'il était enfant unique et qu'ils vivaient dans le genre d'endroit où tout le monde connaissait tout le monde et où les gens parlaient tout le temps, on avait placé sur lui certains espoirs qu'il n'avait pas concrétisé.
Naturellement, sa mère pensait que la table du dîner était un bon endroit pour reparler de ces espoirs.
« Et bien, Papa et moi avons discuté. » débuta-t-elle, précautionneusement. « Et tu ne devineras jamais quoi, Remus. »
Elle lui sourit, avec de grands yeux considérablement maquillés. Ses ongles étaient longs et vernis et tapotaient délicatement sa meilleure argenterie Debenhams. Elle était le genre de femme qui aimait prétendre qu'elle n'avait pas grandi à Gloucester et épousé un producteur de lait. C'était la raison pour laquelle elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour changer ses "oy"s en "eye"s et ses "love"s pour "darling"s. C'était pour cette même raison qu'elle lui avait donné un nom stupide comme Remus. Et elle n'avait jamais été "'man", comme toutes les mamans des autres enfants, oh non. En fait, elle l'avait élevé en lui apprenant à l'appeler "mère" mais, à sa grande déception, il avait arrêté de l'appeler ainsi quand les autres enfants s'étaient moqués de lui. Ils l'avaient appelé le Petit Lord Lupin, et il s'était senti un peu idiot.
Son père, calme et réservé, la laissait faire. Elle était, après tout, ce qui se rapprochait probablement le plus d'une "dame chic" dans cette région.
« Est-ce qu'il faut raccrocher le store ? » suggéra Remus, espérant que ce ne soit pas réellement le cas étant donné qu'il avait été particulièrement ennuyeux de l'accrocher la première fois.
« Le store... ? Non, il n'y a pas de problème avec... »
« L'évier alors. Il y a besoin de jeter un coup d'œil à l'évier de la cuisine. »
« Remus ! »
« Quoi ? »
« Dis simplement "quoi" ! »
Il soupira. « Quoi ? »
Sa mère jeta un coup d'œil à son père et remua un peu dans son siège, comme si c'était la nouvelle la plus excitante du monde.
« Est-ce que tu te souviens de Mr Fletcher ? Et de son fils Alfie ? »
« Il a à peu près ton âge. » ajouta son père, le pointant avec un couteau.
« Vaguement. » marmonna Remus. Il se souvenait d'Alfie. Il saisissait ses jambes quand ils nageaient à la piscine, de façon à ce qu'il ne gagne aucune course. Et Remus était à peu près sûr qu'il avait été à l'origine de la blague Lord Lupin. Quel crétin.
« Et bien, Mr Fletcher a acheté toute ces terres vides, l'année passée, tu t'en souviens ? A la vente aux enchères ? Dieu sait pourquoi il les as voulues. Enfin, il n'est plus là à présent et il les a léguées à Alfie, qui les a transformées en une sorte de... »
« Ferme ? » suggéra aimablement Remus. S'il y avait un terrain inoccupé à Gloucester, il était plus que probable qu'il soit transformé en ferme, qu'il s'agisse de l'exploitation agricole ou du bâtiment. Et Remus savait où cette conversation menait, et il ne voyait pas en quoi le fait qu'Alfie Fletcher se construisait une ferme pouvait lui être profitable aux yeux de ses parents. Une exploitation agricole, en revanche...
« Non ! » dit sa mère d'un ton brusque. « Pas une ferme. Il s'agit plus d'un...centre pour animaux. »
« Une ferme, donc. »
« C'est un refuge. Plus ou moins. Comme la SPA. »
« Okay. » Il y eut une longue pause pendant laquelle Remus fixa son assiette. « C'est bien. »
Son père n'émit qu'un petit hum. Sa mère avait l'air irritée.
« Remus ! » répéta-t-elle. « Alfie t'a gentiment offert un travail ! N'est-ce pas merveilleux ? »
Remus ne dit rien pendant un moment, sa fourchette figée dans l'air, ses sourcils froncés en direction de la femme face à lui.
« Est-ce que les gens sont payés dans des endroits comme ça ? » demanda-t-il, faisant un geste avec sa fourchette comme si le "refuge" se trouvait juste dans le coin de la salle à manger.
« Et bien, ce n'est pas de la charité, c'est plutôt... »
« Un chenil. » répondit son père.
« Le salaire minimum pour travailler avec des chiens enragés ? Génial. »
Ce serait comme travailler avec le chien cinglé qui vivait juste à côté, sauf qu'il y aurait un grand nombre de chiens cinglés. Sans aucun doute, ce serait un revenu stable – et le Gloucestershire ne manquait définitivement pas d'animaux errants – mais c'était probablement une des dernières choses qui pouvaient ressembler au "Job de Rêve" à ses yeux, juste un niveau au-dessus d'aider à construire la station d'épuration locale – ce qu'elle lui avait suggéré quelques semaines auparavant.
« Je pensais que tu aimais les animaux ! »
« Ouais, quand j'avais six ans, 'Man. Depuis, on a découvert que je suis allergique à la plupart d'entre eux. »
« Ce serait le salaire minimum. » continua-t-elle, l'ignorant complètement. « Mais au moins, tu ne devrais pas travailler sur commande, comme avec cet affreux travail que tu as maintenant. Si on peut même appeler ça un travail. »
Il songea un instant à se moquer de son langage châtié et de protester que son travail n'était pas affreux. Au final, il ne fit aucun des deux.
« Oh, et bien c'est parfait. » dit-il, avec tout le sarcasme dont il était capable. « Alors, si un jour je n'arrive pas vraiment à enfermer une créature innocente dans une cage, je serais toujours payé ? »
« Oublie. » dit-elle d'un ton exaspéré, jetant son torchon sur la table, comme s'il était trop difficile pour elle de le supporter. « Nous essayons de t'aider et tout ce que tu nous rends, c'est ton toupet. Alfie Fletcher est un gentil garçon... »
« Je n'aime pas Alfie Fletcher. Il me courait après dans la cour avec des orties. »
« ...et tu as vraiment l'occasion d'avoir un réel emploi. Débuter une carrière. Te faire un peu d'argent. »
« Hé, j'ai acheté ma maison avec l'argent que je me suis fait grâce à ce magazine. » protesta-t-il.
« Et après combien de mois passés sur le sofa de ce Fenwick ? »
« C'étaient deux semaines, 'Man. »
« De toute façon, tu n'as eu cette maison à bon prix uniquement parce qu'elle est humide et envahie de fourmis. »
« Je me suis débarrassé des fourmis ! Et j'ai changé de chambre, je ne suis plus dans celle où il y a de l'humidité. »
« Remus ! » répéta-t-elle, exactement de la même façon qu'elle utilisait quand il était enfant. Ils ne pouvaient décemment pas avoir une conversation sur sa maison et son travail sans qu'elle ne le traite comme un gamin de quinze ans, alors comment pouvaient-ils aboutir à quoi que ce soit ?
« Il est temps que tu commences à penser sérieusement. Papa et moi sommes inquiets à ton propos. » reprit-elle sévèrement, faisant un geste vers son père – qui n'aurait pas pu avoir l'air moins inquiet s'il l'avait voulu, tandis qu'il prenait une longue gorgée de sa bière de gingembre.
« Tu sais que nous t'aimons et que nous ne voyons aucun inconvénient à t'aider à payer le gaz et l'électricité de temps en temps, mais ce que tu fais, c'est simplement jeter l'argent par les fenêtres, mon chéri. »
Soudain, ses yeux noisette s'illuminèrent et elle leva un doigt en l'air, d'une façon qui rappelait à Remus Dudley-Do-Right (1).
« Pourquoi ne vendrais-tu pas ta maison pour investir dans quelque chose ? »
« 'Man... » grogna-t-il, fixant son assiette. Il déposa sa fourchette, ayant perdu l'appétit. Elle ne comprenait absolument pas ce que "investir" voulait dire ou la façon dont ça fonctionnait, mais ça sonnait bien à l'oreille et puis, comme elle le lui rappelait si souvent...
« Le fils de Mary Yeats a investi dans une région boisée l'année passée. Une région boisée ! Tu imagines ? Tu pourrais vivre ici tout en travaillait. Nous avons toujours ton ancienne chambre, n'est-ce pas, Papa ? »
Mais sa voix était tendue et tandis qu'elle commençait à débarrasser la table, elle le regardait avec tant d'espoir dans les yeux. S'il te plaît, Remus. S'il te plaît, investis dans une région boisée. Ou dans la culture de carottes. Ou autre chose. N'importe quoi.
« Ou peut-être. » continua-t-elle, avec circonspection, ramassant l'assiette de son mari avant même qu'il ait eu le temps de déposer ses couverts. « Peut-être que tu pourrais faire des études. En musique, comme tu as toujours voulu ? Tu pourrais être professeur, alors. Nous étions tellement fiers quand tu as été accepté à King's, n'est-ce pas, John ? Je parie que King's te laisserait étudier si tu leur rappelais... » (2)
« 'Man. Ils m'ont fait cette offre il y a cinq ans. »
Ils avaient été fiers. Sa mère en avait parlé à qui voulait l'entendre. Oui, c'est bien ça. King's College. Celui de Londres. Et vraiment, tout ne tournait qu'autour de ça, à présent. Il savait que sa mère voulait qu'il ait assez d'argent pour subvenir seul à ses besoins et il savait qu'elle voulait qu'il soit heureux – mais elle souhaitait également avoir un sujet sur lequel elle pouvait se vanter auprès de ses amies du Ladies' Luncheon Club.
« Et bien, c'était simplement une proposition. » fit-elle d'un ton aigu.
Elle continua de parler depuis la cuisine – mais elle se parlait surtout à elle-même –, jacassant à propos d'"occasion" et "d'être réaliste", que Remus se força à ne pas écouter. Son père, sans plus de plat pour le distraire, se pencha contre le dossier de sa chaise et lui sourit.
« Elle s'inquiète seulement. » dit-il, gentiment. C'était une chose qu'il disait tout le temps, et c'était prévisible, mais cette simple phrase réconfortait toujours autant Remus. Il aimait beaucoup son père. Il était modeste, aimant et appréciait les choses simples. Il ne faisait pas d'histoires, n'aimait pas la superficialité, et pour cette raison, Remus trouvait qu'il était plus facile s'entendre avec lui plutôt qu'avec sa mère.
« Je sais, Papa. » répondit-il, offrant un sourire à l'homme.
« C'était comment à Londres, alors ? »
Remus haussa les épaules, rapprochant puis éloignant la salière et la poivrière enlacées avec ses doigts.
« Sympa, vraiment sympa. Différent. »
« Bien sûr que c'était différent. C'est presque une espèce à part, ces Londoniens. » fit son père, riant doucement. « Tu te souviens quand on t'a emmené au zoo de Londres et que les oies te couraient après pour avoir du pain ? »
Remus sourit et hocha la tête, mais en vérité, il n'en avait qu'un souvenir très vague – il n'avait eu que six ans, à l'époque. Toutefois, l'anecdote lui rappelait le samedi qu'il venait de passer, à grimper comme des gamins sur le mur du zoo avec Sirius, ses yeux gris espiègles brillant dans la lumière du chaud soleil de fin d'après-midi.
Il secoua la tête pour se débarrasser de cette pensée. Son père lui lança un regard étrange.
« Ça va, fils ? »
« Ça va. Je suis fatigué, c'est tout. J'ai pas très bien dormi. »
Il avait réussi à dormir environ une heure, à l'approche de l'aube, jusqu'à ce qu'un gros coup de klaxon dehors et la main que Sirius lui avait balancé au visage, à cause d'un rêve, le réveillent en sursaut.
Sirius, quant à lui, avait dormi comme un bébé pendant presque toute la nuit sauf quand il s'était levé pour aller aux toilettes. Quand le musicien s'était à nouveau glissé sous les couvertures, Remus était resté allongé, rigide, à côté de lui, se demandant furieusement s'il devait lui parler ou pas, jusqu'à ce que Sirius se rendorme et qu'il se rende compte qu'il avait manqué sa chance.
« Papa... » fit-il, lentement, cognant toujours les amants poivre et sel sur son coin de table. « Tu penses que je suis peut-être un peu...bizarre ? »
« Bizarre ? » répéta son père, sourcils levés.
« Difficile, dans ce cas. Timide. »
« Tu as toujours été calme, Remus. Mais ça n'a jamais été un problème. »
« Peut-être pas ici. » marmonna Remus. Il n'avait pas vraiment voulu le dire à voix haute, et son ton était resté bas, mais l'autre homme l'entendit tout de même.
« Quel est le problème ? Tes amis de Londres ont un souci avec le fait que tu sois calme ? »
« Non. » dit Remus, même si ce n'était probablement pas tout à fait vrai. Il s'arrêta pour s'assurer que sa mère était bien occupée, et quand le bruit de vaisselle le confirma, il poursuivit : « J'ai juste l'impression que je n'arrête pas de tout foirer et gâcher mes chances et dire ce qu'il ne faut pas. Est-ce que tu t'es déjà senti comme ça ? Comme si tu ne semblais jamais dire ce qu'il fallait ? »
« Et bien... » Son père avait l'air quelque peu troublé. Quand Remus avait besoin d'un conseil, c'était généralement vers son père qu'il se tournait, mais il lui posait rarement des questions sur "dire ce qu'il fallait" et Remus se sentit soudain un peu mal pour lui mettre ce poids sur les épaules.
« Non. » répondit finalement l'homme, le ton surpris et véridique. « Non, je ne peux pas dire que j'y pense vraiment. Mais tu sais, Remus, si c'est, hm, un truc émotionnel, peut-être que tu ferais mieux d'en parler à ta mère. »
« Non, ça ne l'est pas. Ce n'est rien. Je pensais juste tout haut et... » Il poussa un soupir. Il pouvait à peine être cohérent en présence de son père, à présent. Qu'est-ce qui lui prenait, de parler de sentiments à son traditionaliste producteur de lait de père ?
Peut-être qu'il était vraiment efféminé.
« Je ne veux pas vivre à Gloucester toute ma vie. » fit-il, brusquement. Il repoussa la salière et la poivrière loin de lui.
Son père releva brusquement la tête.
« D'où te vient cette idée ? » demanda-t-il, son ton passant de joyeux à réellement soucieux.
« J'ai un peu réfléchi ces derniers temps et...il y avait cette fille, samedi. Enfin, plutôt une femme, en fait... »
« Une fille ? Jolie ? »
« Non, je...elle travaille pour ce magazine... »
« Un magazine. » répéta son père, et s'il avait été suffisamment méchant, il aurait probablement roulé des yeux et marmonné sur un ton déçu toi et tes magazines. Sa mère l'aurait fait, si elle s'était trouvée dans la pièce.
« Un vraiment très très bon, papa. Tu sais, le genre dont les gens ont réellement entendu parler. Elle a dit qu'elle pourrait glisser un mot en ma faveur, un truc du genre. Je ne sais pas. Si ça se trouve, ce n'est rien. Ce n'est pas comme si elle avait lu un de mes trucs. Mais si ça n'aboutit à rien, je pense que je vais quand même essayer. Londres, je veux dire. »
« Londres. » Le ton était monotone.
Remus déglutit. Son père avait rarement l'air contrarié. En fait, Remus ne se souvenait même pas de la dernière fois où son père avait été vexé, mais il avait l'impression que ça remontait à très longtemps. Il s'humecta les lèvres.
« Je veux essayer d'écrire dans un endroit plus grand, mieux. »
Enfin, son père parla : « C'est ta maison, ici. »
Remus se gratta l'avant-bras, évitant le regard de son père. Il haussa imperceptiblement des épaules.
« Tout le monde quitte la maison, un jour. » répondit-il, doucement.
« Qui nous quitte ? » Sa mère sortit de nulle part, balançant son torchon sur son épaules. « Où va-t-il, John ? »
« Au pub. » devança Remus, déjà sur ses pieds. Il était heureux du fait que ce ne soit pas un mensonge. Le prochain numéro de Soundscape avait été imprimé ce week-end et Dorcas lui avait téléphoné cet après-midi, peu de temps après sa mère, pour lui dire qu'ils l'attendaient ce soir au pub pour lui en montrer une copie.
Sa mère marmonna quelque chose qui ressemblait à « le pub, à cette heure-ci ? » et « tu ne prends jamais de dessert, tu es trop maigre », mais elle le laissa s'en aller et, tandis qu'il enfilait sa veste, son père lui offrit un sourire qu'il lui était difficile de déchiffrer. Au début, il semblait simplement fatigué – mais à y regarder de plus près, il avait aussi l'air réellement déçu, d'une certaine façon.
Il repoussa cette pensée au fond de son esprit tandis qu'il quittait la maison. The Old Crown n'était qu'à quelques pas de chez lui. Il n'aimait pas contrarier ses parents, surtout pas son père, mais les quelques jours passés en compagnie de Sirius, même s'ils avaient terminé de façon désastreuse, l'avaient rempli avec une détermination toute renouvelée.
Sirius et même Marlene avaient eu raison : ça ne servait à rien d'être journaliste musical dans un endroit comme celui-ci. Il avait défendu son Soundscape et sa maison pourrie contre la tirade de sa mère pour en faire un argument efficace contre la possibilité de travailler à la ferme d'Alfie Fletcher, ou son chenil ou quoi que ça puisse être. Mais comparé aux magnifiques maisons de rangée de Camden, au marché, aux parcs, aux canaux, revenir au numéro 26 semblait juste un peu trop merdique cette fois-ci. C'était encore pire que quand il était revenu de tournée, parce qu'au moins alors, il avait pu se consoler avec le fait qu'il ne devrait plus dormir dans cet affreux bus. Mais à présent, il remarquait le contraste saisissant entre la capitale et son village déprimant en un très court laps de temps.
Et pour en rajouter une couche, quand il était rentré chez lui cet après-midi, il était sorti de la Firebird de Sirius et avait vu en personne ce célèbre sourire pour ce qui était sûrement la dernière fois.
« Ta-da-da-da ! » Dorcas sortit un magazine brillant de derrière son dos tandis que Benjy et Emmeline glissaient sur le banc du pub pour laisser de la place à Remus.
Elle le lui tendit paumes en l'air, comme elle si elle avait entre les mains les Manuscrits de la Mer Morte et il le lui prit avant même de s'être correctement assis ou avoir enlevé sa veste. Il sourit en le voyant et quatre visages intimidants le raillèrent.
« Ouvre-le ! » réclama Emmeline.
« Naturellement, nous ne t'avons pas entendu pour y jeter un coup d'œil. » ajouta Benjy.
« Naturellement. » murmura Remus avec un sourire, tournant les pages jusqu'au centre du magazine, l'étalant sur la table. Et c'était là, à la vue du monde, en noir et blanc. Enfin, à la vue du comté du Gloucestershire, en tout cas. Et les couleurs tenaient plus du bleu, argent et or que du noir et blanc.
« Il a l'air vraiment bien, les gars. » dit-il doucement, levant la tête vers les deux filles fières d'elles, face à lui.
« Et c'est aussi plutôt pas mal à lire ! » Dorcas lui sourit, lui donnant un petit coup de coude.
Ses yeux parcoururent les pages, les photos luisantes et brillantes, en exclusivité pour Soundscape, les citations en gras et son nom, là, dans l'introduction.
« C'est bizarre, pas vrai ? Voir ton nom sur quelque chose d'entièrement neuf. Cette fois, les gens vont le prendre et réellement le lire. » fit Emmeline, sur un ton excité.
« Notre première exclu. » murmura Dorcas. « Après ça, on va avoir de meilleurs sujets, de grosses affaires. C'est Frank qui l'a dit. D'après lui, les ventes vont doubler. »
Remus n'en était pas vraiment sûr. Blue Stag était suffisamment connu pour qu'une exclu sur eux soit une grande affaire, mais le manque de tout autre nouveau contenu dans le reste du magazine signifiait que même si les gens achetaient des centaines de copies de ce numéro, ils n'allaient pas forcément gagner un million de nouveaux abonnés du jour au lendemain. Cette industrie tablait sur la consistance (ou du moins, c'était ce que son professeur d'anglais lui avait dit lors de son dernier jour d'école quand il lui avait confié qu'il n'allait pas à l'université) et que ça ne servait à rien s'ils n'avaient rien de neuf à offrir.
Maugrey avait clairement fait comprendre que s'ils recevaient une réponse positive de la part du public, il aiderait le petit magazine à se faire une place sur le marché. Mais Remus n'était pas vraiment sûr de savoir si Maugrey s'en souciait vraiment. Il avait eu sa chronique. Elle avait l'air fantastique. Qui pouvait dire qu'il n'aurait pas simplement droit à un merci-et-au-revoir après ça ?
Néanmoins, Remus ne voulait pas gâcher ce moment. Les autres étaient excités et il leur sourit et montra son accord, ignorant la petite voix dans sa tête qui lui rappelait que seulement quelques instants auparavant, il parlait d'essayer de trouver un meilleur boulot à Londres.
« Les photos sont cool, pas vrai ? » ajouta Benjy. Il pointa la plus grande photo sur la page, sous le titre. « Elle me rappelle la jaquette de Highway to Hell, celle-là. »
Ça y ressemblait assez, en vérité. James faisait la moue devant, Peter se cachait au fond, et on y trouvait même Fabian en train de rire sur le côté comme Bon Scott. Et puis, Sirius, placé devant lui aussi mais juste légèrement dans l'ombre de James, l'air cool et stoïque. Remus ne savait pas comment les gens parvenaient à avoir l'air cool et stoïque sur les photos. Il avait deux visages quand on le photographiait : souriant comme un débile ou pris par surprise.
« Pas difficile d'avoir une photo géniale quand les gens dessus sont aussi canons. » s'extasia Emmeline, avant que ses yeux ne se fixent fermement sur Remus. « Ce qui nous amène à la question suivante ! Comment s'est passé ton week-end avec Sirius Black ? »
Elle prononçait chaque lettre de son nom avec la plus grande précision, tenant le magazine devant le visage de Remus et pointant le bassiste comme s'il avait besoin qu'on lui rappelle qui était Sirius Black. Le ton de sa voix suggérait qu'elle mourait d'envie de lui poser cette question depuis que Remus était arrivé, mais étant donné l'importance de la publication du magazine, il avait semblé inapproprié de lui sauter dessus directement. Cependant, maintenant qu'il avait vu le magazine...
« J'arrive pas à croire que tu aies pu rester chez Sirius Black. » ajouta Dorcas.
« Tu n'es pas obligée de dire son nom de famille tout le temps, tu sais. » répliqua Remus.
« Tout le monde n'appelle pas de grandes rock stars par leur prénom, Lupin. » fit Emmeline, mais elle lui sourit. « Alors, vas-y. Sa maison ressemble à quoi ? Qu'est-ce que vous avez fait ? »
« Tu as rencontré sa petite amie ? »
« Il n'a pas de petite amie. » répéta Remus, pour ce qui lui semblait être la centième fois. « Il a un chat. »
La façon dont il l'avait dit suggérait qu'il ait une petite amie ou un chat revenait au même, mais les filles ne semblèrent pas remarquer son étrange choix de mot. Au lieu de quoi, elles roucoulèrent et gloussèrent.
« Comment il s'appelle ? »
« J'aime les hommes avec un côté sensible. »
« Non non, continue Remus. Qu'est-ce que vous avez fait ? »
Il haussa les épaules d'un air impuissant. Il n'avait jamais été du genre à s'attarder sur de minuscules détails.
« On est sortis, puis restés chez lui. » On s'est enivrés, j'ai rejeté la personne la plus attirante qui m'ait jamais porté de l'intérêt, j'ai partagé un lit avec lui, je suis resté éveillé toute la nuit.
« Seulement avec lui ? Est-ce que James Potter était avec vous ? »
« A un moment, oui. »
« Et Fabian ? » demanda Benjy, tandis que les filles poussaient des cris aigus. Il prit une gorgée de sa pinte en posant la question, comme s'il essayait de prouver qu'il n'était pas une groupie comme les deux autres filles.
« Je ne l'ai pas vu. Je ne sais même pas s'il vit à Londres et ils n'ont pas encore commencé à travailler sur le nouvel album, alors... » Il haussa les épaules. « C'était surtout Sirius, James et quelques autres...amis à eux. »
« Célèbres ? » demanda Emmeline, pleine d'espoir. « Quelqu'un qui veut une chronique ? »
Remus secoua la tête.
« Juste quelques écrivains. Comme je l'ai dit, on n'est pas beaucoup sortis. »
Il voulait boire un verre, du cidre ou n'importe quoi d'autre (parce que, oui, il préférait largement ça à de la tequila), mais les autres l'entouraient, n'ayant apparemment aucunement l'intention de le laisser se lever.
Ils semblaient déçus de son manque d'enthousiasme quant à ses aventures du week-end mais comme toujours, ce fut Dorcas qui le prit pour autre chose que l'introversion caractéristique de Remus.
« Qu'est-ce qu'il se passe, Remus ? T'as pas passé un bon moment ? »
Elle avait l'air réellement inquiète et, pendant un instant, Remus fut vraiment content d'être de retour chez lui, entouré par ses vrais amis. Ils lui tapaient un peu sur les nerfs, parfois, et il était sûr que c'était réciproque, mais au moins, ils n'étaient pas faux. Ils ne le regardaient pas de haut. Quand il rendit à Dorcas un sourire chaleureux, il était sincère.
« Rien. Je suis un peu fatigué, c'est tout. » dit-il, utilisant la même excuse qu'il avait donné à son père.
« Rien qu'une pinte ne puisse pas réparer, hein ? » dit Benjy, et il se leva, tapant Remus dans le dos tandis qu'il allait chercher la première tournée.
Remus aimait le Strongbow. C'était une boisson douce et fraîche. De plus, il avait un parfum caractéristique et il ne lui donnait pas une migraine carabinée comme le vin et les spiritueux. S'il n'avait aucunement l'intention de finir ivre, il pouvait toujours en boire. S'il voulait absolument finir soûl, en boire était aussi un très bon moyen. Et à cet instant, assis au pub, entouré par la petite équipe de Soundscape, il s'était décidé sur la deuxième option.
Il voulait oublier qu'il s'était ridiculisé à chaque intervalle. Il voulait oublier le fait que Sirius ne voudrait sûrement plus jamais avoir affaire avec lui. Et puis, après avoir consommé une dose substantielle de cidre, il conclut, mentalement bien sûr, que, quel que soit le fossé entre lui et Sirius, c'était purement le résultat de l'incapacité du musicien à garder ses mains chez lui. Remus, lui dit l'alcool, avait agi de la manière la plus correcte possible en rejetant les avances de l'homme insatiable et, satisfait de cette explication, il se détacha de ses amis tout aussi imbibés que lui, serra le nouveau numéro de Soundscape contre son torse, fit ses adieux et quitta The Old Crown.
Il rentra chez lui d'une démarche qu'il supposait joyeuse et légère – et qui était plus probablement maladroite et ivre –, content d'être parvenu à la conclusion que c'était Sirius qui avait compliqué les choses entre eux et pas lui.
Cette solution rassurante fut cependant gâchée quand il rentra chez lui. La première chose qu'il fit, après avoir laissé tomber le magazine sur la table basse et balancé sa veste sur le fauteuil, fut de se laisser tomber sur le sofa grinçant, tâtonner les coussins à la recherche de la télécommande et allumer la télé. Soudain, il se retrouva face à face avec la personne qu'il s'était convaincu qu'il ne reverrait plus jamais et il grogna, plus contrarié par sa débilité pour avoir allumé la télé qu'à la vue des traits stupidement magnifiques de Sirius Black.
C'était une rediffusion de Live from Knebworth (il savait que c'était une rediffusion parce que les cheveux de Sirius étaient très longs), un mélange de plusieurs sets plutôt qu'un concert uniquement concentré sur Blue Stag. Le groupe était connu mais pas suffisamment pour que la BBC leur accorde un live uniquement centré sur eux un dimanche soir.
Bien sûr, Remus devait allumer la télévision quand c'était leur set plutôt que tomber sur un concert de The Belle Stars ou Carly Simon ou n'importe qui d'autre.
Et bien sûr, il ne pouvait pas tomber sur un concert où James, le chanteur de Blue Stag effectuait vraiment son rôle de chanteur. Il devait tomber sur eux en train de jouer une reprise des Stones. Il devait tomber sur Sirius en train de chanter, tandis que James frappait les touches du piano.
« Sérieusement ? » demanda Remus à voix haute, levant les yeux vers le plafond comme si Dieu l'écoutait. Pourtant, il n'éteignit toujours pas la télé.
Il reconnut immédiatement la chanson, bien sûr. Rocks Off, la première chanson sur Exile on Main St. Ça avait été un des albums dont Sirius lui avait chanté les louanges. Ils avaient considérablement accéléré le rythme de la chanson et ils n'avaient pas l'appui de cuivres mais Remus devait admettre que le résultat restait bon. Il ne savait pas pourquoi ils n'écrivaient pas plus de chansons comme ça eux-mêmes, des chansons un peu moins lourdes et graves, des paroles qui n'étaient pas des concours pour trouver le plus grand nombre de métaphores sur la drogue pour parler du sexe. Ils devraient changer de rôle plus souvent. James était en fait un assez bon pianiste et Sirius pouvait clairement mieux interpréter une chanson de Jagger que son meilleur ami.
« I'm always hearing voices on the street
I want to shout but I can't hardly speak... »
Sirius était un meilleur chanteur que James, pensa soudain Remus.
Ou peut-être pas un meilleur chanteur, mais un meilleur frontman, du moins. Il ne sautait pas partout sur la scène. Il ne poussait pas la foule à devenir folle. Il se concentrait sur ce que lui faisait, en premier, et parce qu'il aimait ce qu'il faisait, toute la prestation en était d'autant plus captivante.
Il fermait les yeux sur les longues notes, fronçait le nez, bougeait avec le rythme, souriait à sa basse quand les autres réussissaient quelque chose d'impressionnant ou de difficile, un solo de guitare improvisé ou un enchaînement de batterie compliqué. Quand James était sur scène, tout tournait autour de lui. Mais quand Sirius chantait, il semblait créer une harmonie au sein du groupe qui n'était pas là avec James, même si sa voix était plus soignée.
Remus l'observa de près – ou d'aussi près qu'il le pouvait, dans son état – tandis que la caméra réglait la mise au point sur le bassiste en train de chanter.
« Kick me like you've kicked before
I can't even feel the pain no more –
But I only get my rocks off while I'm dreaming
I only get my rocks off while I'm sleeping... » (3)
Remus resta hypnotisé, souriant seulement une fois que Sirius s'arrêta pour dire « essayons un peu », avant de tendre le micro vers la foule immense. Au soulagement de Remus, ils chantèrent la ligne suivante avec enthousiasme et continuèrent de les accompagner jusqu'à la toute fin.
Une fois qu'ils eurent fini et que l'écran devint flou, Remus tendit la main pour chercher la télécommande et éteindre la télé. Mais alors les quatre membres du groupe réapparurent, assis dehors cette fois, avec la scène et la foule bien loin derrière eux tandis qu'un autre groupe faisait son set. Ils portaient toujours leurs vêtements de scène et on leur avait donné des bouteilles d'eau et James avait également une serviette car il avait tendance à beaucoup transpirer quand il était en concert.
Une femme blonde avec de surprenantes mèches roses et un piercing à la lèvre se tenait devant eux sur une grande chaise avec un énorme micro Knebworth House.
« Très bon concert, les gars. C'était comment pour vous ? » demanda-t-elle d'une voix vive, ce à quoi ils marmonnèrent les réponses appropriées.
« C'est la première fois que vous venez au Knebworth Concert, est-ce que c'est un moment important pour Blue Stag ? » demanda-t-elle, cette fois interrogeant James, plaçant le micro sous son nez.
« Ouais, définitivement. Plein de groupes que nous aimons ont joué ici, vous savez, Led Zeppelin, Genesis – les héros de Fabian – les Stones, bien sûr. »
« Est-ce que c'est pour ça que vous avez choisi de jouer une chanson des Rolling Stones ? Pour leur rendre honneur ? »
James commença à dire quelque chose qui ressemblait à « nous sommes définitivement de grands fans » jusqu'à ce que Fabian intervienne avec un « Nous pensions juste que nos propres chansons étaient un peu trop pourries pour un concert de ce calibre. »
L'intervieweuse – et seulement Sirius et Peter – rirent à la remarque.
« Ce n'est pas vrai, pourtant. Vous venez juste de recevoir un disque d'or pour votre premier album et deux récentes nominations aux Grammies. Toutes mes félicitations ! Comment avez-vous trouvé les États-Unis ? »
Il s'agissait donc bien d'un vieil enregistrement si l'on disait que les nominations étaient "récentes".
« C'était fantastique. Nous aimerions vraiment tourner là-bas. Le résultat a été un peu décevant. » répondit James.
« Nous ne nous attendions pas vraiment à être nommés Album de l'Année, pour être francs. Il y avait tant d'autres grands artistes reconnus qui étaient nominés. » dit Peter.
« Ouais. » acquiesça James. « Mais le Meilleur Nouvel Artiste aurait été cool. »
« Ouais. » C'était la première fois que Sirius parlait depuis le début de l'interview. « On l'a refilé à Sheena Easton, du coup. »
Ils rirent tous d'une façon qui indiquait clairement qu'il y avait une private joke entre eux. L'intervieweuse pouffa et rejeta ses cheveux en arrière comme si elle comprenait l'allusion, elle aussi.
« Sirius, en général, tu ne prends pas le rôle central durant les concerts. Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis aujourd'hui ? »
« James a un peu mal à la gorge. »
« Ce n'est pas quelque chose que tu voudrais faire plus souvent, alors ? Le public a bien réagi à ta performance. »
« C'était un bon public, ouais. » répondit-il, mais c'est tout ce qu'il dit sur le sujet. Il ouvrit sa bouteille et en prit une gorgée, montrant qu'il avait fini de parler.
Remus savait que Sirius était connu pour être difficile lors des interviews, parlant à peine, même quand on s'adressait directement à lui. Il l'avait su avant même de rencontrer Blue Stag, grâce à sa lecture des interviews et articles que Benjy collectionnait. Parler aussi peu que possible était probablement un moyen d'essayer de s'assurer qu'il ne dirait rien qu'il regretterait plus tard, mais Remus se demandait si le résultat n'avait pas l'effet contraire et rendait en réalité les gens bien plus curieux de découvrir ce que cachait le mystérieux Sirius Black.
En effet, l'intervieweuse continua de poser des questions qui visaient clairement à sortir le bassiste de sa réserve, mais elle n'eut droit qu'à des réponses de James, Peter et Fabian pendant le reste de l'interview. Elle finit l'entretien avec un "merci" résigné et une brève annonce de leur prochaine tournée britannique – la tournée sur laquelle avait Remus avait en réalité écrit – puis l'image passa à un duo de folk-punk et ils furent partis.
C'était en effet un vieil enregistrement, à en juger par la mention des récompenses. Et Sirius avait juste chanté à ce moment-là. Et ils avaient été fantastiques.
Putain mais qu'est-ce que c'était que ça ?
« Est-ce que c'est un signe ? » demanda-t-il, ivre et fatigué. Il leva les bras au plafond puis les laissa retomber.
« Est-ce que c'est un signe ? » répéta-t-il. « Est-ce que c'est supposé être comme dans un film ? Est-ce que je suis supposé lui téléphoner maintenant et lui dire que je suis désolé d'être ennuyeux et bizarre, parce que tu m'as envoyé ce signe ? »
Silence, bien sûr. Il fut soudain irrité. Ce silence se moquait de lui. Se moquait de lui comme l'andouille maladroite qu'il était. Se moquait de lui comme Alfie Fletcher avec ses foutues orties. Et bien, il allait leur montrer. Il pouvait téléphoner.
« Je peux téléphoner ! » annonça-t-il, luttant pour s'asseoir et titubant dans la cuisine vers son Amabassador vert olive. Sa main se trouvait au-dessus du combiné quand, comme par magie, l'appareil commença à sonner.
Il cligna des yeux.
Sirius avait aussi eu l'idée de l'appeler ? Exactement au même moment ? Peut-être que c'était un signe. Et qui était-il pour rompre la magie ?
Il s'empressa de répondre.
« Hello ! » Il ne prit pas la peine de le prononcer comme une question, puisqu'il savait déjà qui c'était.
« Salut ! Remus ? »
Ou peut-être pas. Sirius semblait s'être transformé en fille.
« Oh. Hello. Qui c'est ? »
« C'est Alice. Du club ? A Camden ? Tu as dit que tu serais de retour dimanche alors j'ai pensé que c'était une bonne heure pour appeler. »
Remus fut confronté à un étrange sentiment. D'une part, sa croyance momentanée que lui et Sirius partageaient un lien télépathique était à présent totalement détruite, le laissant déçu. D'autre autre part, il avait espéré que la fille excentrique du Palace avait été sérieuse quand elle avait dit qu'elle l'appellerait. Il était agréable de voir qu'elle ne lui avait pas totalement menti.
Il ne répondit pas de suite, son esprit toujours un peu embrumé, et il entendit l'hésitation dans sa voix quand elle dit : « Ou c'était une mauvaise idée ? »
« Bien sûr que non, tout va bien. Comment vas-tu, Alice ? »
Elle éclata de rire, l'air soulagée.
« Je vais bien, et toi ? Je voulais savoir si tu étais toujours intéressé pour ce poste de journaliste. »
« Ouais, bien sûr. » dit-il, instamment, pressant le combiné contre son oreille comme si ça pouvait clarifier les choses.
« Génial. » pépia-t-elle. « Tu auras besoin de plusieurs articles, je pense. Cinq ou six, peut-être ? Si tu en as plus, par contre, je peux toujours t'aider à te décider. En prenant un café, par exemple. »
« Je ne bois pas de café, j'en suis vraiment désolé. » Dans son état actuel, ça semblait être un souci légitime.
Elle rit, le faisant sursauter et éloigner le téléphone de son oreille pendant un moment.
« D'accord, du thé, dans ce cas. » suggéra-t-elle.
« J'aime le thé alors je pense que ça devrait aller. »
« Contente de l'entendre. Quand est-ce que tu es à Londres ? Ou bien je peux venir te voir, si tu veux. »
Elle semblait si enthousiaste que ça l'embêtait un peu. Il détestait organiser quelque chose sur le vif tandis qu'Alice était clairement du genre spontané.
« Euh. Je ne sais pas. Je te rappellerais. Je te rappellerais bientôt, je n'abandonne pas. Mais, là tout de suite, je ne sais pas. »
« Okay, okay. J'attends impatiemment de tes nouvelles. »
« Alice ? »
« Oui ? » répondit-elle immédiatement.
« Pourquoi est-ce que tu m'aides ? »
Il y eut une courte pause avant que la femme ne réponde : « Ce n'est rien, Remus. Preacher cherche toujours à recruter de nouveaux effectifs puisque nous n'avons pas beaucoup d'écrivains fixes. C'est simplement mon travail. »
« Okay. »
« Je ne peux pas te promettre qu'ils te voudront. »
« Okay. » Mais tandis qu'il répondait ça, il jeta un regard au salon où le magazine était étalé sur la table basse et il sourit à part lui. Ils me voudront. J'ai une exclu. Je connais Sirius Black. Sirius Black voulait me rouler une pelle. Ils me voudront...certainement ?
Quand Alice raccrocha, il se rendit dans sa chambre en désordre à l'étage, passant entre les bouquins, les feuilles volantes et tout autre bazar pour atteindre la garde-robe qu'il utilisait rarement (pour la simple raison que la plupart de ses vêtements étaient arrangés en piles dans divers coins de la chambre). En l'ouvrant, il découvrit deux grandes boîtes en carton, une remplie de chaque numéro de Soundscape sorti et l'autre avec la majorité des derniers brouillons d'articles qu'il avait écrit pendant toutes ces années, pas seulement pour Soundscape mais aussi des articles qu'il avait écrit durant ses A Levels (4) pour des journaux locaux.
Il commença à fouiller n'importe comment. La plupart d'entre eux, il n'avait pas peur de l'avouer dans son état toujours légèrement influencé par l'alcool, étaient vraiment merdiques. Néanmoins, il commença à extraire ceux qui pourraient intéresser Preacher : une analyse complète de chaque album des Beatles, des histoires sur les chansons des Kinks (5), une critique cinglante sur U2 dont il avait toujours eu un peu honte mais qui lui paraissait à présent soudainement splendide.
Il était en train de maudire le manque d'ordre chronologique dans la boîte quand le téléphone sonna une nouvelle fois. Pensant qu'il s'agissait d'Alice – sûrement pour lui dire d'abandonner toute l'idée – il se redressa, glissa sur des papiers tandis qu'il se précipitait hors de sa chambre et descendait les escaliers, réussissant juste à temps à décrocher le téléphone à sa septième sonnerie.
« Hey. » dit-il, à bout de souffle, s'appuyant contre le frigo pour trouver un support, comme il venait juste de glisser dans la cuisine comme Diablo.
« Tu as l'air essoufflé. » fit une voix amusée. « Occupé ? »
« Sirius. » fit-il. Il passa rapidement une main dans ses cheveux, comme si l'homme pouvait le voir. « J'étais pas occupé, je...je te regardais à la télé, en fait. Pas à l'instant, tout à l'heure. Knebworth. Tu étais à Knebworth. Tu as chanté ! »
« Quoi ? Oh. Je crois que je me rappelle ça. » dit Sirius, désintéressé. « Tu vas bien ? »
« Quoi ? »
« Tu as l'air soûl. » Remus pensait entendre un sourire dans sa voix quand Sirius ajouta : « Est-ce que tu as bu pour oublier ton chagrin ? Je te manque déjà ? »
Il était si surpris de parler à Sirius que, imbécilement, il bafouilla : « Oui. Je veux dire, non. Je veux dire...pourquoi est-ce que tu appelles ? » Il ferma les yeux et pressa un poing contre sa tête de façon répétée tandis que Sirius laissait échapper un gentil rire.
« On fait ce concert, au Guildhall, près de là où tu vis. C'est pas notre truc habituel, c'est un set acoustique qu'on pense enregistrer avant le prochain album. » Il s'arrêta, s'attendant clairement à une réaction. Puis, après un moment d'hésitation inhabituelle, il ajouta : « Je me demandais si peut-être tu voudrais venir nous voir jouer. »
« The Guildhall. » répéta lentement Remus, essayant toujours d'absorber l'invitation. « C'est une salle assez cool. »
« Ouais, je sais. » fit Sirius, avec enthousiasme. « C'est aussi très petit, c'est une salle qui ne peut contenir qu'environ quatre-cent personnes. C'est uniquement sur invitation, d'ailleurs, et ben...j'ai déjà mis ton nom sur la liste avant qu'elle ne se remplisse. »
« Quand as-tu été mis au courant de ça ? » demanda Remus, pas vraiment sûr de pourquoi il voulait savoir ça. Sirius venait juste de lui dire qu'il avait mis son nom sur la liste sans lui demander d'abord. En quoi comment il avait été mis au courant du concert était important ? La liste ! Son nom ! Dessus !
« Aujourd'hui. Après t'avoir déposé, tu te rappelles ? Je t'ai dit qu'on avait une réunion, avec Maugrey et les gars. »
Remus se souvenait vaguement que Sirius avait mentionné quelque chose sur une réunion du groupe mais il avait été trop préoccupé par les événements de la nuit précédente pour vraiment absorber cette information.
« C'était l'idée de Fabian, en fait. » continuait Sirius. « Tu sais, de jouer au Guildhall de Gloucester plutôt que celui de Londres, pour en quelque sorte accompagner ce que tu as écrit. On a pensé que tu pourrais peut-être en faire une critique pour nous. L'envoyer au magazine dont tu m'as parlé. »
Il était assez touché que Sirius s'en soit rappelé, puisqu'il avait été assez certain que le musicien avait été soûl quand il lui avait raconté ce qu'Alice avait dit. Et puis, il avait que ce serait fantastique de leur donner une critique d'un concert sur invitation uniquement. Ils penseraient qu'il était "dans le milieu". Ils penseraient qu'il avait des "contacts". Ce qui était vrai, il supposait. En portion infime.
« Quand c'est ? » demanda-t-il.
« Mercredi. » répondit-il rapidement. « Mercredi soir, ça commence à sept heures. Tu viens, hein ? »
« Je peux venir. » lui assura Remus. Il n'était pas sûr d'être libre à ce moment-là, mais tant pis. S'il n'était pas libre, et bien, il se libérerait. Il n'allait pas rater l'occasion de se racheter et en même temps obtenir un scoop à la fois.
« Bien. Et, Remus ? »
Remus se figea. Quelque chose lui disait que les prochains mots de Sirius allaient être importants. Une excuse, peut-être. Ou encore mieux, quelque chose du style « Je ne suis pas désolé, je ne regrette rien ». Son esprit toujours légèrement ivre décida que ce serait terriblement excitant. Ou peut-être qu'il allait suggérer d'aller faire quelque chose après, comme "prendre un café". Comme il l'avait déjà expliqué à Alice, il ne buvait pas de café, mais il en prendrait un si Sirius le suggérait.
« Tu as laissé ta brosse à dents chez moi, au cas où tu te demandais où elle était. »
Peut-être pas aussi important que ça, dans ce cas. Mais une information utile tout de même. Et au moins, à présent, il n'aurait pas à faire semblant d'aimer le café.
Il remercia Sirius, lui assura qu'il serait là, se demanda s'il devait ajouter quelque chose, décida que non et dit au revoir.
Il se laissa s'effondrer contre le frigo, s'émerveillant du résultat qu'il avait obtenu. Non seulement allait-il se rendre à un concert privé sur invitation uniquement mais Sirius ne le détestait pas. Sirius avait mis son nom sur la liste sans lui demander. Ça voulait soit dire qu'il voulait vraiment qu'il vienne, soit qu'il savait que Remus était une chiffe-molle. Remus espérait vraiment que c'était la première solution.
Il savait que pour la plupart des gens, recevoir deux coups de téléphone apportant une bonne nouvelle en un aussi court laps de temps, à la fin d'un étrange et en quelque sorte désastreux week-end, résulterait en une sorte de réjouissance victorieuse ou une célébration. Par conséquent, il décida de mettre sa bouilloire sur le feu.
(1) Dudley Do-Right est le héros de The Rocky and Bullwinkle Show, une série de dessin animé créée en 1959, très populaire dans les années 60, appréciée des enfants et adultes. Dudley Do-Right était un membre de la police montée canadienne simplet mais consciencieux et joyeux, toujours en train d'essayer d'attraper sa némésis Snidely Whiplash, réussissant cet exploit plus souvent par chance qu'autre chose.
(2) Je pense avoir fait une note là-dessus dans un des premiers chapitres mais tant pis. Le King's College de Londres est un établissement d'enseignement supérieur britannique, également co-fondateur constitutif de l'Université de Londres. C'est un établissement à la réputation académique solide et classé parmi les meilleurs établissements supérieurs du Royaume-Uni, d'Europe et même du monde. Ses cours de licence en Histoire, Politique, Philosophie, Culture classique, Musique, Médecine dentaire et Droit sont particulièrement difficiles, se classant souvent dans le top 5 des classements universitaires nationaux.
(3) « J'entends toujours des voix dans la rue Je veux hurler mais je peux à peine parler Donne-moi un coup de pied comme tu l'as déjà fait auparavant Je ne sens même plus la douleur – Mais je m'éclate seulement quand je rêve Je m'éclate seulement quand je dors... » Aherm, "get rocks off" a deux sens, dans un sens plus vulgaire, cela veut dire éjaculer ou s'envoyer en l'air. Dans un sens plus conventionnel, cela veut dire apprécier énormément quelque chose, passer un bon moment.
(4) Le A-level, abréviation de Advanced Level (Niveau Avancé), est un examen passé par les jeunes Britanniques (Angleterre, Écosse, Pays de Galles et Irlande du Nord) au cours des deux dernières années de leur éducation secondaire.
(5) The Kinks est un groupe de rock anglais formé en 1964 à Muswell Hill, dans le nord de Londres, par les frères Ray et Dave Davies. Il est considéré comme l'un des groupes les plus importants et influents de son époque.
Je n'aurais mis que trois semaines pour ce chapitre-ci...ça va ? Plus sérieusement, j'ai repris les cours alors vous pouvez vous douter que niveau rythme de publication, c'est pas toujours ça. J'ai fini la traduction hier, j'ai relu et publié aujourd'hui. J'essaierais de terminer cette traduction avant mes examens de janvier, mais je ne promets rien...Il reste en tout cas six chapitres et un épilogue pour conclure cette traduction.
Sorn
