Remus se réveilla à l'aube, frigorifié et les muscles raides. Ses bras nus étaient couverts de chair de poule et ses jambes étaient bizarrement pliées sous lui. Il cligna des yeux et se les frotta, avant de se relever et chercher à tâtons la couverture bleue en crochet qu'il savait se trouver derrière l'appui-tête.
Sirius était toujours étendu à l'autre bout du canapé, en train de ronfler doucement. Un bout usé de la couverture était coincé sous son dos et, quand Remus tira dessus un peu plus fort que ce qu'il n'avait voulu, l'autre homme protesta dans son sommeil, s'immobilisa un moment, puis ouvrit les yeux.
Il bailla et semblait être sur le point de se rendormir quand il remarqua que Remus déposait la couverture sur eux deux.
« Merci. » marmonna-t-il, toujours ensommeillé. Il tira un bout de la couverture en douce laine jusque son torse et se rendormit aussitôt.
Remus le regarda pendant un moment, frottant le doux tissu entre son pouce et son index. Il avait du mal à dormir ailleurs que dans son lit et il aurait été particulièrement difficile de se rendormir maintenant, avec la fine lueur matinale qui perçait les rideaux. Il aurait voulu monter dans sa chambre et s'y reposer quelques heures, mais il songeait que Sirius pourrait en être vexé, à son réveil. Et puis, Remus aimait assez le regarder dormir.
Et pas d'une manière bizarre, hein. Il trouvait simplement intéressant de voir le visage anguleux serein et détendu. La posture parfaite et les membres assurés disparaissaient dans le sommeil, de façon à ce que Sirius soit maintenant maladroitement allongé, à deux doigts de tomber du canapé. Remus en rit presque.
Au bout d'un moment, il se leva pour se rendre à la cuisine, préparer le thé et un peu ranger. Le numéro d'Alice était accroché sur le frigo, lui rappelant la critique à faire. Au bout d'un moment à contempler les chiffres, il prit un des quelques cahiers qui se trouvaient dans la cuisine, s'assit à la table du petit-déjeuner avec sa tasse et un stylo, pianotant doucement sur la couverture cartonnée, un œil fixé sur Sirius endormi.
Enfin, il finit par ouvrir son cahier et écrivit la première chose qui lui passa par la tête : Lorsqu'il s'agit de musique acoustique, Sirius Black a des doigts incroyablement talentueux.
Ses yeux s'écarquillèrent légèrement quand il se rendit compte de ce qu'il avait écrit et il barra rapidement la phrase, la remplaçant par un plus subtil Sirius Black est un homme aux nombreux talents.
Mais ensuite, il se rappela qu'il était supposé rédiger une critique de Blue Stag et pas uniquement de leur bassiste. Il soupira, cliqueta sur son stylo rapidement, comme il le faisait souvent quand il était à court d'idées. Après une gorgée de thé qui lui permit de remettre ses idées en place, il replaça sa tasse sur un dessous de verre et se pencha pour écrire prudemment : Toute histoire a deux facettes.
Après ça, ce fut facile. Il réussit à gribouiller sur trois pages, la plupart du temps, de manière trop détaillée, parfois pas assez, mais il avait suffisamment bonnes idées pour l'occuper par la suite. Et puis, avant même qu'il ne s'en rende compte, il était passé six heures et le plan de sa critique du concert était terminé. Il travaillait rarement aussi vite et, content de lui-même, il cliqua sur le stylo et se leva. Pour se récompenser de son effort, il se dirigea vers le confortable sofa – un soulagement bienvenu après la chaise dure et usée.
Preuve de l'acharnement qu'il avait mis à travailler : il avait même réussi à se rendormir – même si ce n'était que pour un court instant. Quand il se réveilla, il se retrouva la tête sur les genoux, la couverture totalement disparue. Il se tourna pour voir Sirius enveloppé dans la laine, une expression pensive sur les traits, tandis qu'il lisait attentivement un des magazines de Remus.
Soundscape, pour être exact.
« Merci de partager la couverture. » dit Remus avec un regard trouble, même s'il se rendit compte qu'il n'avait plus vraiment froid.
« Depuis 1981, le groupe originaire du quartier Nord de Londres, Blue Stag, est en tête d'affiche partout, des concerts sold-out... » commença à dire Sirius joyeusement, et quand Remus remarqua le ton pompeux et hautain avec lequel il récitait les mots, il fit une maladroite tentative pour récupérer le magazine. Sirius le leva rapidement hors de portée.
« ...aux controverses publiques. » poursuivit-il, évitant aisément une autre tentative. « En passant par les collaborations musicales avec quelques uns des plus grands noms du rock. »
« Tais-toi. » supplia Remus. « Ne le lis pas comme ça, il a l'air affreux. »
« Bien sûr que ça arrive qu'on se dispute. » continua Sirius, en une parfaite imitation de James, tandis que Remus grognait et enfouissait sa tête dans un coussin. « Mais les gens oublient qu'on se connaît depuis treize ans. Treize ans ! Imagine ! » Sirius secoua la tête, faussement admiratif, avant de relever la tête du magazine et d'ajouter : « L'article est vraiment bien, au fait. »
« Je peux le récupérer, maintenant ? »
« J'aime en particulier ce passage sur moi. » dit Sirius, pointant une ligne sur la page. « Sirius Black complète le dynamique quatuor avec des compétences en basse semblables à Jésus lui-même. »
« Oh, tais-toi. »
« Il est aussi incroyablement beau... »
« Ça n'est pas écrit, ça !
« Superbement viril... »
Remus souffla.
« Et il me plaît à mort ! » Sirius laissa tomber le magazine et fit un brusque mouvement vers l'avant. « God, Remus, dis-le au monde entier, tu veux ? »
« Tu es tellement drôle. » fit Remus, pince-sans-rire, parvenant enfin à extraire le magazine des mains de Sirius, maintenant qu'il était distrait. « Je peux à peine retenir mes éclats de rire. Tu vois ? Regarde à quel point j'ai du mal. » Il pointa son visage dénué d'expression et Sirius rejeta sa tête en arrière dans un grand éclat de rire.
« Je lisais ça. » dit-il, tendant à nouveau la main vers le magazine mais Remus le laissa tomber au sol à côté de lui, avant qu'il ne puisse l'atteindre, certain que l'autre homme ne prendrait sûrement pas la peine de se lever pour aller le chercher.
« Je suis sûr que tu l'as relu plein de fois. Je ne serais même pas surpris si tu avais surligné au fluo et annoté tous les passages qui parlent de toi. »
« Crois-moi, je l'aurais fait, mais je n'avais pas de stylo sous la main. » avoua Sirius. Puis, il donna un petit coup à l'épaule de Remus et lui retira le coussin. « Et bien, l'un d'entre nous s'est ragaillardi depuis hier soir. »
« J'ai fini le brouillon de la critique. » lui dit Remus. « J'ai l'impression d'avoir accompli quelque chose. »
Et c'était vrai. Il savait écrire. Il était doué pour l'écriture, et quand il venait à bout d'un obstacle ou deux dans un article en particulier, ça lui redonnait confiance en lui, lui rappelant qu'il n'était pas totalement inutile.
Et puis, il avait "repris son rythme", à présent. Les cheveux de Sirius étaient en désordre et il avait besoin de se raser et tous les deux étaient débarrassés de cette nerveuse exaltation qui avait suivi le concert de la nuit dernière.
« Est-ce qu'elle est aussi flatteuse que l'autre ? » demanda Sirius. « Je peux la voir ? »
« Pas si tu vas te foutre de moi sur celle-là aussi. »
« Oh, allez. On passe un marché. » Il plaça ses mains sur les épaules de Remus. « Tu me laisses la lire et je te donne un baiser. »
Les yeux de Remus se posèrent directement sur la lèvre inférieure de Sirius. Elle était toujours un peu rouge à cause d'hier soir et il grimaça presque quand il se souvint de sa stupidité, à l'avoir accidentellement mordu. Sirius, prenant apparemment son expression pour du dégoût, pencha la tête sur le côté.
« Ou est-ce qu'on n'est plus intéressé par les baisers de Sirius, maintenant ? »
Sans y penser, Remus combla l'espace entre eux avec un rapide baiser – rapide parce que c'était assez affirmatif pour lui, mais aussi parce qu'il ne s'était pas encore brossé les dents.
« Oh, bien. » fit Sirius, passant une main dans ses cheveux ébouriffés. « Je commençais à m'inquiéter. »
Il se reposa contre l'accoudoir avec un bâillement, étirant ses bras et retourna se faufiler sous la couverture.
« Alors. » fit-il avec un reniflement. « Est-ce que j'ai droit à un petit-déjeuner dans cet établissement ? »
« Bien sûr. » répondit Remus.
« Cool ! »
« Tu sais où est la cuisine. »
Il indiqua tout de même la direction. Sirius lui jeta un regard mécontent, s'extrayant des confins laineux et se releva.
« Quel genre de service c'est ça, hein ? » plaisanta-t-il. « Je savais que j'aurais dû rester à l'hôtel avec les gars. Ce Mercure... » Il fit un geste avec ses mains, cherchant le nom. « Comment il s'appelle encore ? »
« Mercure Queens ? »
« Ouais, celui-là. Tu as une idée d'où il est ? J'imagine que je devrais aller là-bas, à un moment ou un autre. » Il perdit presque l'équilibre quand il s'étira avec lassitude, ses articulations faisant un petit crac.
« C'est à Cheltenham. » dit Remus, ramenant ses genoux vers son torse. « A environ vingt minutes d'ici. »
« Je prendrais un taxi. » fit Sirius. Puis, il leva la tête et lui offrit un sourire éblouissant, bien trop joyeux considérant l'heure matinale. « Dis, tu plaisantais quand tu disais que j'allais préparer mon propre petit-déjeuner, hein ? » demanda-t-il. Remus roula des yeux et se leva du sofa, menant le chemin vers la cuisine.
Puis, ils se mirent à travailler selon une sorte de routine gauchie de couple marié : Remus préparait le café de Sirius et Sirius étalait au petit bonheur divers condiments sur les toasts. C'était un peu bizarre, considérant que tout ce qu'ils avaient fait la nuit dernière c'était s'embrasser et se masturber non-réciproquement. Mais Remus était surpris de voir à quel point il appréciait la domesticité confortable de ce simple acte, de simplement avoir quelqu'un avec qui partager sa cuisine, avoir quelqu'un avec qui prendre le petit-déjeuner. La plupart du temps, il passait sa matinée à regarder son jardin trempé par la pluie, une pauvre tasse de thé en mains, à s'inquiéter de ses travaux inachevés et ses factures encore non-payées.
« Si j'avais su que j'étais aussi doué pour préparer un petit-déjeuner. » dit Sirius, une fois qu'ils furent assis. « Je l'aurais fait plus souvent. »
« Tu ne prépares jamais toi-même ton petit-déjeuner ? Pauvre George. »
Sirius avala une bouchée avant de dire : « Je le paie pour prendre soin de moi et il adore ça. Tu devrais repasser et passer la nuit, une fois. » Il mordit un autre morceau de son toast couvert de confiture et ajouta, tout en mâchant : « Enfin. A moins que ça te fasse flipper. »
Remus s'arrêta, la tasse à mi-chemin de ses lèvres. « T'entends quoi par là ? »
Sirius ne répondit pas pendant un moment. Il mâcha, avala et but avant d'enfin dire : « Et bien, je ne sais pas, c'est juste que tu flippes facilement, pas vrai ? Comme la nuit dernière. Oh, Sirius, ne me touche pas, je pourrais avoir un orgasme ! » Il accompagna ses propos de gestes de la main et un ridiculement fidèle accent du sud-ouest de l'Angleterre, et Remus le poussa rapidement, les joues rouges. Il n'avait pas envie qu'on lui rappelle les événements de la nuit dernière.
« Sirius. »
« Quoi ? »
« Ne dis pas "orgasme", on est en train de petit-déjeuner, pour l'amour de Dieu. »
« Désolé. » fit Sirius en riant, soulevant sa tasse pour prendre une gorgée de café. Puis, quand Remus le fixa, il la rabaissa et arrêta docilement de sourire. « Désolé. »
« Et je ne parle pas comme ça. »
L'autre homme ne dit rien tandis qu'il baissait la tête, les sourcils haussés, un léger sourire suffisant aux lèvres.
« Et puis. » continua Remus, coupant son toast en deux. « Ce n'est pas ma faute. Je te l'ai dit, je n'ai jamais fait grand-chose avec un mec, auparavant. Ou...n'importe qui. Depuis un moment, en tout cas. »
« Vraiment ? » fit Sirius. « Continue. C'est quand la dernière fois que t'as été avec quelqu'un ? »
Remus haussa des épaules et fixa son assiette, l'appétit soudain coupé.
« Un an ? » marmonna-t-il. « Peut-être deux ? »
« Deux ans ? »
« C'est bon, ne remue pas le couteau dans la plaie ! » Immédiatement, il recommença à se sentir stupide. « J'ai tendance à ne pas avoir beaucoup de relations. Quand tu vis dans un endroit comme celui-ci, ça rend les choses bizarres quand tu romps avec quelqu'un, alors j'ai tendance à éviter. »
« Pourquoi est-ce que tu t'embarquerais dans une relation avec quelqu'un en supposant que tu vas rompre avec ? »
Remus laissa échapper un petit rire avant de se lever et placer son assiette sur l'égouttoir.
« Ou plutôt, je suppose qu'elle ou il rompra avec moi. Tu veux un autre truc à boire ? » Il se dirigea vers la bouilloire et la plaça sous le robinet, mais Sirius ne répondit pas. Quand il se retourna, il vit que Sirius était en train de le fixer.
« Tu ne penses vraiment pas que quelqu'un puisse t'apprécier, pas vrai ? Tu manques vraiment de confiance en toi. »
« Je ne manque pas de confiance en moi. » répondit Remus, remettant la bouilloire sur le feu. « Je n'ai tout simplement pas de grandes ambitions. »
« On dirait que tu n'as aucune ambition. »
« Sirius. » Il se retourna et s'appuya contre le plan de travail. « Je ne suis pas de Londres. »
« Et alors ? »
« Et alors, ça fait toute la différence. Tout ici est très...tu sais, pur. C'est comme si... » Il retourna à la table, posant ses mains sur le dos d'une chaise. « Londres était Woodstock et Gloucester était la fête de village. »
L'expression sérieuse de Sirius – yeux écarquillés et plein d'attente – se transforma en rire.
« Tu me fais rire. » dit-il, laissant tomber les dernières croûtes de son toast dans son assiette. « Une minute, tu blablates comme une petite souris nerveuse parce que tu es terrifié qu'un mec essaie de s'envoyer en l'air avec toi, et puis, tu déblatères et tu me dis qu'on est comme le Prince et le Pauvre. Et avec des analogies musicales, en plus. » (1)
« Oui, ben. » dit Remus, mal à l'aise, se rasseyant et plaçant ses bras l'un sur l'autre. « Je t'explique simplement pourquoi je suis un peu nerveux quand on...tu sais. Mais ce n'est pas que je n'aime pas ça ou que je ne t'aime pas toi. C'est juste que je n'y suis pas habitué. »
Sirius se pencha à travers la table, à ce moment-là, poussant son assiette de côté.
« On devra t'y habituer. » dit-il avec un sourire, et ils étaient suffisamment proches pour s'embrasser, mais l'expression de Sirius changea, son sourire chancelant un peu quand il vit la façon dont Remus le regardait. « Ça pourrait être fun. » ajouta-t-il doucement, avec une légère intonation sur le dernier mot, suggérant qu'il voulait que Remus soit d'accord avec lui.
Remus ne dit rien pendant un long moment. Il y avait beaucoup de questions qu'il voulait poser et aucune d'entre elles n'était vraiment délicate mais il avait le sentiment qu'il avait besoin des réponses si jamais il voulait pousser cette...chose...avec Sirius plus loin.
Au final, il se décida : « Pourquoi est-ce que tu as couché avec Jake ? »
Les lèvres de Sirius étaient déjà entrouvertes en une forme de "o", si bien que sa bouche bougea à peine quand il demanda doucement : « Qui est Jake ? »
Il avait l'air sincèrement confus. Remus soupira. D'une certaine façon, il avait su qu'il dirait ça.
« Jake ? Celui avec qui tu as couché il y a moins d'une semaine, ce Jake ? »
« Oh. » Les yeux de Sirius étaient toujours un peu vitreux. Et puis : « Oh ! Jake. L'Américain, c'est ça ? »
« Oui, le... »
« Oh, je n'ai pas couché avec lui. »
« Tu ne... »
« Il m'a juste taillé une pipe. »
« Sirius ! » Remus fit un geste violent vers la table. « Petit-déjeuner ! »
« Quoi ? T'as demandé ! »
« Je n'avais pas besoin de détails. »
« Je pensais que ça arrangerait les choses. »
« C'est le principe, pas le fait que vous ayez fait...quoi que ça puisse être. » marmonna Remus, détournant le regard. « Tu dis que je te plais, mais...tu l'as amené quand j'étais chez toi. »
« On était vendredi soir. » fit remarquer Sirius. « Je n'étais pas encore sûr à ce moment-là si je pouvais t'embrasser sans que tu ne me poignardes l'œil avec un stylo. »
« Alors, tu as pensé que la meilleure façon de t'assurer que je retournais tes...avances...serait de le ramener chez toi ? Il avait de l'acné ! »
Sirius leva un doigt et dit prudemment. « Quoi qu'il en soit...j'étais bourré. »
Remus ne dit rien, mais il ne put pas s'empêcher de rouler des yeux. Parce que, franchement, quand est-ce que Sirius Black n'était-il pas bourré ?
« Pas moi-même. » ajouta Sirius, ses doigts se fermant en poings.
Quand Remus ne répondit toujours rien – pas parce que, comme Sirius, il était têtu, mais simplement parce qu'il ne savait pas quoi répondre et regrettait avoir mis sur le sujet sur la table, tout compte fait –, Sirius poussa un soupir.
« Écoute, je suis désolé. C'est ça que tu veux que je dise ? Que je suis désolé ? Je veux dire, c'est passé, non ? Alors, est-ce que c'est vraiment important ? »
Est-ce que c'était vraiment important ? Remus ne voulait pas être fâché contre lui, et, comparé à la plupart des rock stars, Sirius était plutôt sage. S'il l'on s'en tenait aux faits, le fait était que Sirius était célibataire et jeune. Alors, bien sûr, c'était parfaitement acceptable pour lui de coucher avec qui il voulait. Mais Remus ne pouvait toujours pas se débarrasser du sentiment de douleur qui l'étreignait. Un sentiment seulement aggravé par le fait qu'il ne pouvait pas vraiment donner une justification à cette douleur, en premier lieu.
Qui était-il pour dicter à Sirius comment mener sa vie ? Ils ne se connaissaient que depuis quelques mois. Si c'était la façon dont Sirius agissait, et bien, c'était comme ça. Mieux valait simplement s'en accommoder, raisonna Remus. Seul un idiot résisterait aux avances de Sirius Black parce que, quoi, quelqu'un d'ivre avait fait une fellation à l'homme, un vendredi soir ?
A cet instant, Sirius semblait avoir perdu espoir de jamais recevoir une réponse de la part de Remus. Il fouillait ses poches à la recherche d'un briquet, commençant à dire : « Ça te dérange si je... » quand Remus l'interrompit.
« Tu as raison, c'est pas important. »
« Tu es sûr ? » demanda Sirius. « Parce que si ça t'embête vraiment...Je veux dire...si tu t'inquiètes qu'on ait une relation et que je te trompe, je suis pas comme ça. Je veux dire, je fais pas les choses comme ça. »
Remus entendit à peine la dernière phrase : il avait si rapidement tourné la tête qu'il avait attrapé mal au cou et ses yeux s'étaient légèrement écarquillés de surprise.
« Une relation ? » répéta-t-il, stupidement.
Et là, soudain, il fut confronté avec une des rares situations où c'était Sirius qui était troublé et non lui.
« Euh... » Ses longs doigts de guitariste pianotèrent contre la table. « Hypothétiquement parlant, bien sûr. »
« Bien sûr. » répéta Remus.
« Ouais. Donc. Ça te dérange si je... ? » Sirius fit un signe de la tête la porte et Remus fit un geste de la main pour montrer son accord.
« Vas-y. »
Le comportement troublé de Sirius suggérait qu'il n'avait pas vraiment voulu dire "relation" mais maintenant que le mot avait franchi ses lèvres, Remus ne pouvait s'empêcher de se demander ce que ça pourrait être. Il n'y avait aucun doute dans son esprit qu'il aimait passer du temps avec Sirius. Et qu'il aimait toucher Sirius. Et que, par défaut, il était du coup attiré par Sirius. Mais une relation avec lui n'était pas quelque chose qui avait traversé son esprit, même pas une fois. Surtout parce que Remus était toujours en train d'assumer le fait que Sirius lui plaisait, mais aussi parce que Sirius Black ne semblait pas le genre à se poser.
Mais c'était stupide de penser à ça. C'était, comme l'homme l'avait lui-même dit, purement hypothétique ; une façon de tranquilliser l'esprit de Remus et de lui assurer que Sirius n'était un con fini.
Quand il fut revenu du jardin et qu'ils eurent fait la vaisselle – ou plutôt, qu'ils aient mis leurs assiettes sur le plan de travail – ils se dirigèrent vers le salon et s'affalèrent à nouveau sur le sofa.
« Ton canapé est tellement confortable. » commenta Sirius, s'étirant somptueusement dessus. « Où tu l'as eu ? »
« Euh. Il était à ma grand-mère. » avoua Remus.
« Oh, du recyclage. J'aime ça. » Sirius hocha la tête vers la télévision, mains derrière la tête. « Allume la télé. »
Tout allait bien pendant un moment. Ils regardaient ITV News et un épisode de Bizarre, bizarre à propos d'une femme assassinant son mari avec un gigot d'agneau congelé. (2) Ils étaient à la moitié du second épisode – cette fois, au sujet d'un hôtel macabre, totalement inapproprié un jeudi matin, selon Remus – quand il remarqua les pieds de Sirius sur ses cuisses.
Ça ne le dérangeait pas. Les pieds de Sirius pesaient trois fois rien et puis, ils avaient fait bien plus que simplement placer leurs pieds sur l'autre, à présent. Mais ce fut quand l'un des pieds glissa de façon sournoise entre ses jambes qu'il remua légèrement et jeta un coup d'œil au musicien.
Les yeux gris étaient scotchés à la télévision, le bout des doigts de Sirius reposant tranquillement entre ses dents et son autre main caressant la couverture qui le couvrait.
Remus ne dit rien. Il continua de regarder le programme, pas tout à fait aussi détendu qu'une minute auparavant. Peut-être qu'il essaie juste de se mettre à l'aise, raisonna-t-il.
Mais ensuite, après quelques minutes, le pied gauche de Sirius rejoignit son jumeau et il le bougea juste ce qu'il faut et Remus sursauta. Vraiment ? Ils allaient faire ça maintenant ? Toute juste après leur gênante conversation ? Si tôt un matin de week-end ? Pendant un programme télé pour enfant ?
Le pied bougea à nouveau.
Apparemment, oui.
« Sirius. » fit-il.
« Hm ? »
« Ton pied... »
« Est très confortablement installé, merci. » Finalement, Sirius détourna le regard de la télévision pour fixer Remus, avec un petit sourire suffisant, remuant ses pieds un peu plus. « Qu'est-ce qu'il y a ? Je t'embête ? Ou peut-être que tu préférerais que j'arrête d'essayer de te séduire ? »
« Je préférerais simplement que tu le fasses de manière plus conventionnelle. » marmonna Remus, essayant de déloger un pied particulièrement persévérant.
« Quoi, comme ceci ? » Sirius s'assit soudain et l'attrapa, le tirant d'un coup sec vers lui jusqu'à ce que leurs nez se touchent et que moins d'un pouce sépare leurs lèvres. Remus cligna des yeux. « Oui ? Non ? »
« T'es pas croyable. » Pour ne pas dire incroyablement lunatique et infatigable.
Sirius sourit et l'embrassa au lieu de répondre, ses mains se dirigeant directement vers ses hanches ; pas de lambinage, dans ce cas. Remus n'était pas certain d'être à l'aise avec la façon dont l'humeur de Sirius pouvait changer en un éclair. Enfin, il supposait que, s'il n'y avait eu cette humeur changeante, ils n'en seraient nulle part à cette heure-ci. Après tout, ce n'était pas le genre de Remus de placer ses pieds sur l'entrejambe de quelqu'un puis le saisir et l'embrasser. Surtout pas en regardant une émission pour les enfants.
Sirius se leva légèrement et rompit le baiser pour fouiller en-dessous de lui, luttant entre tenir Remus et retirer ce qui pouvait bien le gêner. Remus saisit l'occasion pour exprimer ses inquiétudes.
« Sirius. » dit-il, regardant l'autre homme. « Quand j'étais chez toi, tu te rappelles quand j'ai dit qu'on devrait simplement rester amis ? »
« Hmm. » dit Sirius, distraitement.
« Et bien...de toute évidence, on a dépassé ce stade. Et ça me va et tout, ne te méprends pas, mais...tu ne penses pas qu'on va un peu vite ? »
Sirius trouva ce qu'il cherchait – la télécommande – et la laissa tomber sur la moquette avec un bruit sourd, fixant à nouveau ses yeux dans ceux de Remus.
« Non. » dit-il fermement. « Je ne pense vraiment pas. »
« Oh. »
« En fait. » continua-t-il, tendant la main pour saisir la mâchoire de Remus et l'attirer à nouveau à lui. « Je n'ai honnêtement jamais attendu aussi longtemps pour me mettre avec quelqu'un. »
« Je...d'accord. Enfin, tant que tu es sûr. » bredouilla-t-il, pas sûr de si c'était supposé être un compliment ou non.
« Oh, je le suis. »
« Je voulais juste m'en assurer, tu sais. »
Sirius rit, l'attira un peu plus à lui.
« Et je te remercie de t'inquiéter. » Il sourit. « Quel gentleman. »
Et puis, les lèvres blessées de Sirius étaient à nouveaux sur les siennes, dures et insistantes, et ses longs doigts couraient dans les cheveux hirsutes de Remus. Ses jambes étaient pliées de façon à ce que Remus puisse confortablement s'allonger sur lui, et il aurait dû être vraiment stupide pour ne pas remarquer la preuve (de plus en plus évidente) de l'excitation de Sirius entre eux.
« Uh. » marmonna Sirius, quand ils se séparèrent pour reprendre leur souffle. « Tu te rappelles la nuit dernière ? Quand j'ai dit "peut-être demain" ? »
Remus hocha la tête et tortura sa lèvre inférieure de ses dents alors que Sirius le regardait avec des yeux orageux.
« Et bien, est-ce que tu pourrais... » Et puis, Sirius déglutit, haussant les sourcils au lieu de terminer sa question.
C'était clairement un "je te rends service, tu me rends service" que Remus ne pouvait pas refuser. Il voulait toucher Sirius, et, par pure politesse, il ne pouvait pas dire non maintenant...mais ça ne voulait pas dire pour autant qu'il savait ce qu'il faisait. Son cœur cognait dans sa poitrine tandis qu'il considérait la meilleure approche pour passer à l'acte.
« Comme ça ? » le poussa Sirius, saisissant la main hésitante de Remus et l'attirant vers le devant de son jeans. Remus se mit à tripoter le bouton, laissant échapper un drôle de bruit de frustration venu du fond de sa gorge quand il se rendit compte qu'il y avait un autre bouton, plus petit, juste derrière.
« C'est pas grave. » souffla Sirius. « Juste... »
Et puis sa main rejoignit celle de Remus, l'éloignant du chemin pour éliminer le dernier obstacle à un meilleur angle. Il laissa littéralement échapper un soupir de soulagement quand son jeans fut enfin déboutonné, et puis laissa Remus tirer sur la fermeture éclair et presser sa main contre le coton noir de son sous-vêtement et...
Et puis la sonnette retentit, et leurs yeux se rencontrèrent.
Après ce qui sembla être une éternité, Sirius dit, la voix basse et rauque : « Tu te fous de moi. »
Remus se raidit. Ridiculement, il eut immédiatement l'impression qu'il était à blâmer pour le visiteur inopportun à la porte et une excuse se formait déjà sur ses lèvres avant qu'il ne parvienne à se retenir.
« Euh. » dit-il à la place. « Je devrais probablement voir qui c'est. C'est peut-être important. »
« Ça pourrait être le putain de facteur ! »
« Pourquoi le facteur sonnerait à la porte, Sirius ? »
« Remus ? » appela une voix perçante, à l'extérieur.
Un mélange de panique et de frustration prit place dans son estomac. Il grogna, se permettant de laisser tomber sa tête contre l'épaule de Sirius.
« Oh God, c'est ma mère. » dit-il, la voix étouffée.
« Ta mère ? Et merde. »
« Remus ? » fit à nouveau l'appel, plus aigu cette fois, suivi d'un autre dring de la sonnette défectueuse.
Remus commença à se dégager de Sirius maladroitement, évitant délibérément ses yeux.
« Oui, je viens ! » fit-il.
« Pas moi. » marmonna Sirius, tirant sur son pantalon défait et bataillant pour le reboutonner. (3)
« Arrange...arrange juste tes cheveux, ils sont... » Remus essaya d'aplatir légèrement les mèches noires avant que Sirius n'éloigne ses mains avec un bruit agacé. Laissant le musicien se débrouiller seul, Remus bondit vers la porte.
« Maman. » la salua-t-il, rassemblant tout l'enthousiasme dont il était capable.
« Oh, te voilà. » Elle le dépassa et entra directement dans la maison, alors il ne pouvait qu'espérer que Sirius avait réussi à reboutonner son jeans à temps. « Je commençais à penser que tu m'ignorais. J'étais sur le point de...oh. Bonjour. Qui est-ce ? »
Sirius avait, en effet, réussi à retrouver sa contenance, un bras nonchalamment passé sur l'accoudoir et ses cheveux, l'air nettement moins ébouriffés.
Comme un vrai gentleman, il se leva pour la saluer.
« Bonjour, je m'appelle Sirius. » dit-il plaisamment, comme s'il ne venait pas tout juste de se trouver dans une position assez compromettante avec son fils. Il lui prit la main et lui déposa un léger baiser sur la joue, et, à son tour, elle laissa échapper ce petit rire surpris qu'elle adorait tant.
« C'est un plaisir de vous rencontrer, Mrs Lupin. »
Il lui offrit un charmant sourire, jetant un regard narquois à Remus, qui haussa un sourcil à son retour, secouant légèrement la tête, amusé. Excité et pratiquement en train de supplier un instant, charmant et accueillant juste après. Son "éducation rigide" l'avait bien entraîné.
« Et bien. N'êtes-vous un petit bien-élevé ? » Et puis, elle dût se rendre compte à quel point ses mots semblaient communs, parce qu'elle se corrigea rapidement. « Je veux dire, jeune homme. Un jeune homme bien-élevé. Êtes-vous un ami de mon Remus ? »
« Il est dans le groupe, maman, je te l'ai déjà dit. » fit Remus, fermant la porte derrière eux et l'emmenant vers le salon. « Ignore-la, elle fait délibérément semblant d'être ignorante. Elle sait qui tu es. »
« Je le sais, maintenant que tu as expliqué ! » fit sa mère d'une voix stridente. « Mais j'ai un carnet de relations chargé ! »
Elle retourna son attention vers Sirius, enleva son manteau et le tendit à Remus. Elle garda son sac à main.
« Vous êtes arrivé bien tôt, mon cher, non ? » demanda-t-elle.
Les yeux des deux hommes se rencontrèrent et Remus décida qu'il serait celui qui expliquerait la situation. Prenant une inspiration, il dit : « Sirius a passé la nuit ici, Maman. Après son concert au Guildhall. »
Elle cligna des yeux.
« Oh. Où a-t-il dormi ? J'espère que tu lui as donné ta chambre et pas cette affreuse chambre d'ami pleine d'humidité. »
« J'ai dormi sur le canapé, à vrai dire. » expliqua Sirius, pointant du doigt la couverture. Puis, voyant qu'elle allait protester, il la devança : « Oh, c'était très confortable. Un meuble de famille, j'ai entendu dire. »
« Oui, il était à ma mère. » Elle allait s'y asseoir elle-même, jusqu'à ce que Remus intervienne à la hâte. L'idée de sa mère assise là où ils avaient...et bien. C'était impensable.
« Non, Maman, assis-toi ici. » dit-il rapidement, la dirigeant vers le fauteuil. « Sirius était assis là. »
Elle émit un bruit d'agacement mais fit comme on lui indiquait. Elle laissa échapper un autre bruit de désapprobation quand elle découvrit le torchon abandonné sur le sol.
« Franchement, Remus, est-ce que tu ne nettoies jamais ? Tu as des invités, pour l'amour du ciel ! » dit-elle, se penchant pour le ramasser. Les yeux de Remus s'écarquillèrent. Il l'attrapa avant qu'elle ne puisse l'atteindre, le pressant contre sa poitrine.
« Euh...tu veux du thé, Maman ? Sirius, t'en veux ? Viens m'aider, tu veux bien ? »
Il tira pratiquement l'autre homme dans la cuisine. Autre homme qui, à cet instant, luttait pour contenir son rire. Remus le frappa avec le torchon raide, avant de le jeter à la poubelle.
« C'est pas drôle. » dit-il.
« La partie avec le torchon l'était, tu dois avouer. » ricana Sirius, et Remus essaya d'être vexé, mais il était trop content que Sirius ne soit plus fâché. Du moins, il n'en avait pas l'air.
« Je ne savais pas qu'elle venait. » dit-il d'un ton bas et étouffé. « Je te le jure. »
« C'est rien. » répondit Sirius, et quand Remus lui lança un regard sceptique, il ajouta : « Je te jure, c'est rien. Tu te rattraperas une prochaine fois. »
Il les tourna de façon à ce que Remus ait son dos pressé contre le plan de travail. D'où ils se tenaient, on ne pouvait pas les voir depuis le fauteuil du salon mais Sirius cacha Remus pour la forme et lui prit discrètement une main.
« Viens chez moi. Demain. J'ai une interview dans l'après-midi mais je demanderais à George de passer te chercher. »
« Je... »
« Tu peux prendre de quoi bosser, si tu veux. On a besoin d'aller nulle part. »
Remus ne répondit rien tandis qu'il le fixait, considérant la proposition.
« Et bien, ta maison est vachement plus chic que la mienne. » murmura-t-il, et Sirius lui sourit, ses doigts se serrant un peu plus autour des siens. Aucun d'eux ne parla pendant un moment.
« Remus ? » La voix perçante de sa mère brisa l'atmosphère tranquille. « Est-ce que tu prépares le thé ou non ? Je n'entends pas la bouilloire. Et pour l'amour du ciel, qu'est-ce que vous regardez tous les deux à la télévision ? »
Remus ferma les yeux, désespéré, et secoua la tête, ne les ouvrant pas jusqu'à ce que Sirius dise : « Tu sais, depuis les cinq minutes qu'elle est ici, ton accent s'est renforcé comme pas possible. » Il sourit et lui fit un clin d'œil, serrant une dernière fois sa main avant de s'éloigner. « Je vais appeler un taxi. »
A contre-cœur, Remus se mit à préparer le thé tandis que Sirius utilisait le téléphone. Il bouillonnait de rage contre la présence indésirable de sa mère, écrasant vicieusement le sachet de thé sur le côté d'une tasse. D'accord, peut-être qu'il aurait été nul avec Sirius, mais il voulait lui rendre la pareille, pour ne pas mentionner qu'il voulait aussi se racheter de l'avoir mordu. Ce matin et la nuit dernière avaient ouvert la voie à de toutes nouvelles expériences qui étaient, en réalité, vraiment intimidantes, mais il se rendait compte qu'il avait envie d'être plus proche de Sirius. Et comme d'habitude, sa mère était arrivée à l'improviste et sans être invitée.
C'était comme quand il était adolescent et qu'elle faisait irruption dans sa chambre quand il était au milieu de quelque chose d'important ou, plus souvent, quelque chose de tout à fait embarrassant. Seulement, à présent ça avait de l'importance pour le futur, parce que, qu'est-ce qu'il se passerait si Sirius retournait à ce magnifique hôtel de Cheltenham et décidait qu'il trouverait bien un autre moyen de s'envoyer en l'air ? Un autre moyen qui n'impliquait pas un garçon de campagne gauche et empoté ?
Le taxi arriva chez lui dans les cinq minutes, et quand Sirius fit ses adieux à la Lady elle-même de façon tout aussi gracieuse que lors de sa présentation, Remus l'accompagna jusqu'à la porte. Sur le perron gelé, le musicien déposa un baiser rapide et osé sur sa joue – rappelant à Remus la première fois qu'il l'avait fait, des mois auparavant, à la sortie du Manchester arena – et lui offrit un doux demi-sourire. Et puis, il fut parti, laissant Remus seul avec ce qui semblait soudain être à nouveau une maison très grise.
Il rentra à l'intérieur et jeta un coup d'œil au canapé. Il n'arrivait pas à croire que, même pas une demie-heure auparavant, ils avaient été là, ensemble, Sirius sous lui, en train de l'embrasser, à réellement vouloir que Remus le touche. Maintenant, tout ce qu'il restait, c'était sa mère. Elle avait placé son sac à main sur ses genoux.
« Il est très beau, pas vrai ? » dit-elle, avant de faire un geste dédaigneux en direction de Remus. « Enfin. J'avais oublié que les hommes ne comprennent pas ces choses-là. »
Remus éclata presque de rire. Il aurait probablement ri, s'il n'avait pas vu que sa mère commençait à sortir des feuilles de papier de son sac à main.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Je t'ai apporté ceci. » dit-elle, tendant une poignée de papiers vers lui. Il posa sa tasse sur la table basse et les prit, s'asseyant dans le canapé et leur jetant un rapide coup d'œil. Quelle surprise.
« Des formulaires de demande d'emploi. » dit-il, d'un air absent.
« Plein. » dit-elle, étalant ses doigts parfaitement manucurés, comme pour mettre l'accent sur le nombre de formulaires. « Ils sont tous à la Maison de l'Emploi (4) si tu prenais la peine de regarder. Je t'ai pris celui du refuge animalier, mais aussi un à la gare, un chez Waitrose... »
« Waitrose. » (5)
« Pense aux réductions, Remus ! »
« Je n'en veux pas. » Il essaya de les lui rendre, mais elle refusait de les prendre.
« Garde-les, ça pourrait te faire du bien. » Elle leva sa tasse et serra son sac avec l'autre main, pour montrer qu'il était hors de question qu'elle les reprenne.
« Non. Non. Je n'en veux pas. »
« Garde-les, Remus, pour l'amour de Dieu. Il n'y a pas besoin d'être aussi difficile. » Elle prit calmement une gorgée de son thé. « Je suis aussi venue te dire que Papa et moi allons dîner chez Tatie Tilley demain soir et que, bien sûr, tu viens avec nous. »
« Je vais à Londres. » dit-il distraitement, fouillant la pile pour voir ce qu'elle envisageait de le voir faire dans sa vie. Il y un formulaire pour un emploi à l'usine de biscuits. L'usine de biscuits.
« Londres ? » répéta-t-elle.
« Oui. » dit-il, d'un ton irrité. « Ça pose problème ? »
« Oui ! Tilley et Michael viennent tout juste d'acheter une nouvelle maison à Tewkesbury. Tu ne peux pas ne pas venir. »
« Si, je peux, Mère. » fit-il sèchement. « Parce que j'ai vingt-trois ans et que je peux choisir si je vais ou non chez Tatie Tilley et je peux choisir ce que je veux faire pour le restant de mes jours et je ne veux rien de tout ça. »
Il jeta les papiers sur la table basse pour avancer son argument. Quelques feuilles tombèrent au sol, aux pieds de sa mère. Il avait su, dès son premier geste, que ce qu'il venait de faire n'était vraiment pas dans ses habitudes, mais il croisa les bras, déterminé à ne pas lâcher le morceau. Il supposait qu'il était agacé parce qu'elle avait interrompu le moment qu'il avait passé avec Sirius, même si elle ne pouvait pas le savoir. Mais cette recherche d'emploi dans laquelle elle s'était embarqué pour lui depuis un an commençait à réellement lui taper sur les nerfs.
« Et bien. » dit-elle, bien sagement. « Est-ce que ce n'est pas gentil de ma part ? J'essaie d'aider. J'essaie de montrer que je me fais du souci pour toi. Et tout ce que j'ai en retour c'est... »
« S'il te plaît, tu veux bien arrêter d'essayer de faire semblant que tu fais tout ça pour moi ? » l'interrompit-elle, mettant l'accent sur chaque mot. « Tu as juste envie d'avoir un truc sur lequel te vanter ! »
« Mais bon sang, de quoi parles-tu ? Et quand, Remus John Lupin, es-tu devenu aussi insolent ? Envers ta propre mère, rien que ça ! »
De façon amusante, son accent avait disparu à présent et elle était redevenue l'ordinaire fille de campagne.
« Est-ce que c'est parce que tu traînes avec tes amis londoniens ? Ton ami Sirius est très charmant, n'est-ce pas ? Je suppose que tu veux lui ressembler, c'est ça ? Est-ce que c'est à cause de lui que tu ne veux pas choisir un autre métier ? » Elle prit une poignée de papiers à portée de main. « Ce groupe t'a donné l'impression que tu étais trop bien pour ça ? »
« J'aime ce que je fais ! » s'exclama-t-il. « Pourquoi tu n'arrives pas à le comprendre ? »
« Chéri. » répondit-elle. « Je sais que tu es très doué pour écrire. Mais j'ai toléré ces rêves quand tu étais enfant. Il est temps que tu deviennes adulte. »
« Je suis adulte. J'ai un emprunt immobilier, j'ai un boulot, j'ai un...des amis. J'ai des amis. »
Elle retroussa les lèvres et leva les mains comme en un signe de reddition.
« D'accord. » dit-elle. « Tu sais tout mieux que moi. »
Elle se leva et ramassa ses affaires, enfila son manteau et marcha ostensiblement par-dessus les papiers abandonnés. Remus ne bougea pas de sa place sur le canapé, et quand elle fut à la porte, il ne se retourna pas.
« Si tu changes d'avis au sujet de Tatie Tilley, assure-toi de me téléphoner avant demain. » dit-elle sèchement.
Et puis, elle fut partie et il se retrouva à nouveau seul. La porte claqua et il laissa un bruit de frustration lui échapper, s'agrippa les cheveux. Alors que les choses semblaient enfin bien se passer entre lui et Sirius, sa mère avait dû arriver, sans être invitée, sans même avoir une excuse valable. Des formulaires de demande d'emploi. Quand allait-elle arrêter ? C'était pathétique.
Avec ça à l'esprit, il se leva soudain et rassembla tous les papiers, se dirigea vers la cuisine et les laissa tous tomber directement dans la poubelle. Ensuite, il pivota et vit à nouveau le numéro d'Alice, collé sur le frigo. Sans même s'arrêter pour y réfléchir une seconde, il décrocha le téléphone et tapa son numéro. A présent, l'heure était acceptable. Quelqu'un comme Alice serait probablement réveillé.
Et, en effet, elle décrocha après la deuxième sonnerie, l'air aussi lutine et énergique que d'habitude.
« Je serais à Londres demain. » lui dit-il fermement. « Si tu veux discuter. »
(1) Le Prince et le Pauvre est un roman de Mark Twain, publié en 1882. Je pense que vous avez tous au moins vu l'histoire adaptée sous une forme ou une autre, mais en gros, il s'agit de l'histoire de deux jeunes garçons qui se ressemblaient très fort, en apparence. L'un était un prince (le futur Edward VI, fils du roi Henri VIII) et l'autre, un pauvre Londonien. Un jour, les deux enfants se rencontrent et décident d'échanger leurs vêtements. Et malgré leurs tentatives pour faire comprendre à leur entourage qu'ils ne sont pas ce qu'ils semblent être, personne ne les croit et ils se retrouvent coincés dans la vie de l'autre. Au moment du couronnement du faux prince, Edward revient et clame la vérité. La vie redevient normale. Quant à la référence musicale, il s'agit tout simplement de Woodstock (revoyez les notes du chapitre 1 si vous ignorez ce qu'est Woodstock).
(2) Bizarre, bizarre (Tales of the Unexpected, en version originale) est une série télévisée britannique en 112 épisodes de 25 minutes, créée par Roald Dahl et diffusée entre le 24 mars 1979 et le 13 mai 1988 sur le réseau ITV. Cette série est une anthologie d'histoires horrifiques et fantastiques inspirées de l'œuvre de Roald Dahl.
(3) Je dois vraiment préciser ? Je dirais juste...pauvre Sirius.
(4) Je n'aime pas vraiment me conformer sans cesse aux équivalents français, surtout quand ils n'ont rien de naturel pour moi, donc j'ai pris un terme plus générique pour tenter d'accommoder tous les francophones (il s'agit de "job centre" en VO). Donc, pour les Français, c'est Pôle Emploi, pour les Wallons, c'est le Forem, pour les Bruxellois, c'est Actiris, pour les Québécois et les Suisses...j'avoue n'en avoir aucune idée. Si j'ai des lecteurs d'autres pays, mille excuses.
(5) Waitrose est une enseigne de supermarchés britannique, spécialisée en nourriture de haute qualité, avec un service client à la pointe. Elle a la réputation d'être plus chère que les autres et est très populaire parmi la classe moyenne.
Oui, je traduis vite parce que je veux être débarrassée de cette traduction. Traduction terminée aujourd'hui, relecture minimale. Encore une fois, s'il y a des fautes, n'hésitez pas à me les signaler.
Sorn
La Folle Joyeuse : je pars du principe qu'un auteur doit toujours répondre à ses reviewers. Les lecteurs font l'effort de reviewer, le minimum de respect, c'est que l'auteur leur réponde^^ (même si, dans ce cas-ci, je ne suis que traductrice). Mais si je te fais autant plaisir par une simple réponse, j'en suis heureuse =) Et, tu sais, les notes en bas de page sont très souvent issues des pages de Wikipédia, que j'ai légèrement modifiées (ou traduites) pour donner une explication concise – ce n'est quasiment pas personnel, donc. Quant au fait que je continue cette traduction, malgré que je m'en sois lassée...c'est un autre de mes principes. Quand tu commences quelque chose et que tu as promis que tu le terminerais, tu le fais, même si ça ne te plaît pas. Comme tu l'as dit, il n'y a rien de plus frustrant qu'une histoire qu'on ne termine pas. Dans ce cas-ci, la VO est achevée et j'estime de mon devoir de terminer cette traduction, question de respect envers le lecteur et envers l'auteur également. Et pas de souci pour la longue review, au contraire, ça fait toujours plaisir ! ;)
Acide critique : Comparé à ce dont je suis capable si je prenais plus de temps pour travailler dessus, ma traduction n'est pas la meilleure qui soit^^ Pour les anglicismes, j'en suis désolée, c'est parfois par paresse et parfois simplement parce que je lis tellement en anglais que mon français s'en trouve "contaminé". Merci tout de même !
