Remus cligna des yeux devant la haute silhouette qui le surplombait. Leo était nonchalamment appuyé contre l'encadrement de la porte, ne portant rien d'autre qu'un jeans délavé dont la braguette était ouverte. Il était encore plus grand que dans les souvenirs de Remus, mais ses cheveux étaient toujours aussi hirsutes, et il tenait une nectarine en main, tandis qu'il le fixait, avec l'air d'attendre quelque chose.

Remus attendit qu'il prenne la parole en premier. Enfin, Leo mordit dans le fruit et fit un geste vers lui.

« T'es le gars de la tournée. » remarqua-t-il, tout en mâchant.

Il aurait pu y avoir une tonne de raisons pour lesquelles c'était Leo qui se trouvait devant Remus et pas Sirius, même si il était torse nu. Ils étaient peut-être sorti la nuit dernière et Sirius avait permis à Leo de rester chez lui. L'homme blond aurait aussi bien pu passer ce matin et trouver la maison de Sirius si surchauffée qu'il avait ressenti le besoin de retirer ses vêtements. Ou peut-être avait-il simplement taché sa chemise et George était en train de la nettoyer tandis que Leo paradait tranquillement dans la maison à moitié nu.

Mais alors, Leo reprit la parole et toutes les théories bancales de Remus s'effondrèrent d'un coup.

« Je pense qu'il est encore au lit. » dit-il avec un petit sourire suffisant, et un signe de tête vers l'escalier derrière lui.

Remus eut l'impression qu'on venait de lui mettre un coup de poing dans le ventre – et même un deuxième, pour faire bonne mesure. Leo n'avait même pas besoin de dire « Je me suis tapé Sirius Black. », son ton suffisant et le regard narquois jeté derrière lui suffisaient amplement.

« Ce n'est pas grave. » parvint à croasser Remus. « Je voulais juste lui donner ça. »

Il tendit le casque un peu brutalement vers Leo, qui le prit de sa main libre et y jeta un coup d'œil.

« Ah, oui. » dit-il, comme si le casque lui était familier, à lui aussi. « Je manquerais pas de lui dire. »

A cet instant, des pas lourds se firent entendre à l'étage et Leo jeta un coup d'œil vers le haut, tandis que les lattes du palier craquaient et que Sirius lui-même déboulait des escaliers.

« Leo. » rabroua-t-il d'un ton sec et fatigué quand il ne fut qu'à mi-chemin. Remus grimaça, reculant déjà. « Leo, combien de fois je vais devoir te dire de pas ouvrir cette putain de porte ? » Il était au niveau de l'épaule de Leo, à présent, et faisait au moins une tête en moins que lui. Il était vêtu de la même façon que l'autre homme : pieds nus et torse nu, avec un jeans noir si fripé qu'il était évident qu'il venait juste de l'enfiler.

« Ça pourrait être n'importe qui... » La voix de Sirius mourut dans sa gorge quand il vit que le "n'importe qui" en question était Remus.

Le "R" fut immédiatement visible sur ses lèvres, mais Sirius n'acheva jamais le nom de Remus. Il opta, au lieu de quoi, pour un « ça va ? » forcé.

Quand ni lui ni Remus ne fit signe de poursuivre la conversation, Leo tendit le casque vers Sirius, mâchant bruyamment. « Un cadeau pour toi. » dit-il.

Sirius garda les yeux fixés sur Remus pendant encore quelques secondes avant de lentement se tourner et prendre le casque des mains de Leo, le pressant contre son torse. « Je ne savais pas que tu venais. » fit-il prudemment. « Tu aurais dû téléphoner. »

Pourquoi ? Comme ça tu aurais pu te débarrasser de Leo à temps ? songea Remus, sans pour autant le formuler à voix haute. Il haussa les épaules au lieu de quoi, essayant de prétendre qu'il n'était pas du tout touché par la présence du visiteur inattendu.

« Ce n'est pas comme si je comptais rester. J'étais à Londres, de toute façon, et je me suis dit que tu voudrais peut-être récupérer ça. » Il fit un geste de tête vers le casque et Sirius le serra un peu plus entre ses bras. « Enfin. » continua Remus, tandis que Sirius gardait le silence. « Je ferais mieux d'y aller... »

« Ce n'est pas ce que tu crois. » lâcha Sirius.

Il y eut une pause pendant laquelle Remus s'imprégna de la phrase clichée vieille comme le monde. Il cligna des yeux tandis qu'ils se fixaient, essayant de se décider sur une réponse. « Oh...et tu penses que je crois quoi ? »

Mais Leo intervint avant que Sirius puisse répondre : « Pourquoi lui mentir ? » Il avait l'air sincèrement curieux plutôt qu'ennuyé. Sirius tourna brutalement la tête vers lui, son expression nerveuse disparaissant au profit d'un air meurtrier.

« Tu peux t'en aller ? » fit-il d'un ton brusque.

« Laisse-le. » intervint Remus avant de pouvoir s'en empêcher. « Je veux dire... » Il eut un léger rire. « Tu n'es de toute évidence pas d'humeur à dire la vérité. »

Sirius eut l'air réellement surpris. On aurait dit qu'il ne s'était jamais attendu à ce que Remus ait les couilles pour lui répondre ainsi. Apparemment, le choc de la découverte de Sirius avec un nouveau jouet donnait à Remus assez d'assurance pour ne pas simplement rester là bouche bée.

Toutefois, l'expression anxieuse à laquelle il était présentement confronté ancrait un peu plus sa confiance en lui ; c'était l'audace effrontée de Sirius qui avait toujours intimidé Remus. Sa nervosité, en revanche, semblait avoir l'effet contraire.

Mais Leo obéissait déjà, faisant signe de rentrer avec un roulement d'yeux. Les muscles de son dos roulèrent quand il marcha, et Remus sentit une autre pointe d'envie le tirailler à cette vue.

« Viens à l'intérieur. » dit finalement Sirius, la voix tendue.

« Non, merci. »

« Sois pas ridicule. Viens. »

« Sirius. C'est bon, j'ai compris. » Même si ce n'était pas le cas. « Je dois y aller. Vraiment. » Il tourna les talons et Sirius laissa tomber le casque au sol avec un crack! tandis qu'il tendait la main pour l'attraper et le tirer à nouveau vers lui.

« Tu ne comprends pas. Laisse-moi t'expliquer. » Les yeux gris étaient écarquillés, suppliants et rouges comme s'il avait passé une nuit agitée. Ou une nuit à se soûler. Ou une longue nuit. Probablement une combinaison des trois, pensa Remus avec amertume.

« Je ne suis pas sûr d'avoir envie que tu m'expliques. Tu peux me lâcher, s'il te plaît ? » Il essaya de garder un ton aussi raisonnable que possible, mais quand il fit signe de bouger son bras, Sirius ne fit que resserrer sa poigne, ses yeux brillant si dangereusement que, pendant un instant, Remus s'arrêta, alarmé.

« Laisse-moi juste expliquer. » grogna Sirius.

Remus déglutit. Ils se fixèrent pendant ce qui sembla être un très très long moment. « D'accord. » finit-il par répondre, et Sirius cligna des yeux, apparemment surpris que Remus ait accepté.

Il lâcha Remus et ramena ses mains sur ses bras, comme s'il ne se rendait compte de l'air froid sur sa peau nue qu'à présent.

« Je...Leo est passé, hier soir. J'étais seul et...je ne lui ai rien demandé. » ajouta-t-il précipitamment. « On a un peu bu. » Il s'arrêta, se gratta la nuque, évitant le regard de Remus. « Je n'avais rien prévu. »

« Oh, alors tu as bel et bien couché avec lui, dans ce cas. »

« Remus... »

« Je pensais que tu ne trompais pas ? »

Sirius releva la tête vers lui, sourcils haussés, bras serrés autour de lui comme pour se protéger du vent froid. « Je ne...je ne pensais pas que toi et moi on... »

Soudain embarrassé, Remus souffla. Il sentit ses joues commencer à s'échauffer et il recula légèrement, afin de laisser son visage plus exposé à l'air froid.

« T'as raison. » fit-il, d'une voix tremblante. « Putain, je suis tellement con. Qu'est-ce qui a pu me prendre de croire qu'on était autre chose que des amis ? »

Sirius s'avança vers lui avec un grognement de protestation, laissant ses bras retomber à ses flancs. « Je ne le pensais pas comme ça... »

« Peut-être...peut-être que c'est juste une question de culture. » continua Remus. « Parce que tu sais...là d'où je viens, quand tu agis comme si tu appréciais quelqu'un, c'est parce que tu l'apprécies. Tandis qu'ici, c'est parce que tu veux t'envoyer en l'air, c'est ça ? »

« Non ! »

« Tu sais, je suis vraiment désolé de ne pas avoir pu passer la semaine avec toi. » Son ton soudain ferme les surprit, Sirius et lui, mais il poursuivit avant que l'autre homme ne puisse l'interrompre. « Je voulais vraiment, mais tu vois, certains d'entre nous ont une vraie vie, à côté. De toute évidence, après cinq ans à vivre auréolé de célébrité et de luxe, tu es devenu totalement ignorant de ce fait, tout comme... » Sa voix commença à faiblir et il déglutit à nouveau. « Tout comme tu es devenu totalement ignorant des sentiments des autres. »

« Ne dis pas ça. » répondit faiblement Sirius. Toute la colère s'était évanouie de son visage. Il avait l'air désespéré, suppliant, mais il ne semblait avoir rien à dire pour sa défense. Et comment aurait-il pu ? Remus était arrivé si soudainement que, clairement, Sirius n'avait pas eu le temps de songer à un alibi en béton.

« Et tu sais, je suis vraiment désolé si je ne suis pas...assez cool pour toi. »

La voix de Remus craqua sur le mot "cool" mais ça n'avait aucune importance ; à présent que c'était au tour de Sirius d'être sans défense, il se rendait compte que, d'un coup, il avait sur le bout de la langue une centaine de choses qu'il avait toujours eu envie de dire. A présent qu'il avait commencé à parler, il semblait incapable de pouvoir s'arrêter.

« Je ne vis pas en ville et je n'ai pas un boulot intéressant et je...je ne sais pas comment faire des shots de tequila. Et non, je n'ai jamais couché avec un mec. Je suis vraiment désolé si je ne suis tout simplement pas assez expérimenté pour toi. »

Il s'était rapproché sans même s'en rendre compte, de façon à ce que Sirius et lui se touchent presque.

« Mais surtout. » poursuivit-il, capable de voir son propre souffle danser entre eux dans l'air froid. « Je suis désolé d'avoir été suffisamment...stupide pour croire que rien de tout ça n'aurait d'importance et que tu pouvais sérieusement en avoir quelque chose à foutre de moi. Tu sais... » Il eut un sourire triste. « Comme moi, je me soucie de toi. »

Durant tout son discours, Sirius n'avait même pas eu le cran de le regarder dans les yeux. Mais Sirius avait brusquement relevé la tête aux derniers mots, ses yeux s'ancrant dans les siens.

« Je me soucie de toi ! »

« Peut-être quand ça t'arrange. Quand tu es contrarié, quand tu t'ennuies, quand il n'y a personne de mieux disponible pour... » Remus leva les bras d'un air impuissant, cherchant ses mots. « T'envoyer en l'air... »

« C'est pas vrai ! »

« Ah bon ? Parce que, si je me rappelle bien, quand j'étais en tournée avec toi, c'était lui que tu sautais. » Il montra du doigt un point derrière la tête de Sirius, en direction de la cuisine où Leo s'était retranché. « Et quand je suis sorti l'autre semaine avec toi, c'était un p'tit ado maigrichon que tu as ramené chez toi. »

Sirius baissa à nouveau les yeux.

« Mais quand tu es chez moi. » reprit Remus, commençant à s'essouffler légèrement. « Et que tu sais que personne dans un endroit aussi "simple" que Gloucester ne va t'accorder de l'attention, tu essaies ton charme sur moi. »

« Je t'ai toujours voulu. Je ne savais pas si t'étais homo, pas vrai ? Je ne savais pas si tu voulais de moi... »

« Tu ne m'as jamais demandé ! » s'exclama Remus. Un rire amer s'échappa de sa gorge et il continua, d'un ton plus calme : « Tu ne le fais jamais, pas vrai ? Tu fais juste ce que tu as envie de faire. Peut-être que ça dérange pas ton petit entourage parce que tu es célèbre et qu'ils pensent tous que tu es absolument génial. Mais tu avais raison l'autre jour : rien de tout ça ne m'impressionne. Alors, non, je ne vais pas simplement rester là pendant tu me prends pour un con. »

Sentant que c'était le moment approprié pour prendre congé, il tourna les talons. Il savait, cependant, qu'une part de lui voulait toujours que Sirius fasse une scène, dise quelque chose, essaie même de rattraper le coup. N'importe quoi qui montrerait que ça l'affectait.

Et Sirius parla. Mais seulement après un très long moment, et ce n'était que pour le supplier, dire d'un ton précipité : « Ne me quitte pas ! »

Remus s'arrêta, déjà à mi-chemin dans l'allée du jardin. Ses épaules se voûtèrent légèrement, ses doigts se fermèrent en poings. Il était satisfait, d'une certaine façon – un sentiment dégoûtant, doux-amer – parce que Sirius venait juste de rendre sa décision dix fois plus aisée. Sans même se retourner, sans même élever la voix pour s'assurer que Sirius l'entendrait, il répondit : « Je ne vais pas me faire avoir une deuxième fois. »

« Remus ! » l'appela Sirius. « Oh bon sang...Remus ! »

Malgré ses appels, Sirius ne le suivit pas, et, le temps que Remus ait fait la moitié du chemin, il entendit, sans tressaillir, la porte claquer. Remus était déterminé à continuer d'avancer et son sac battait ses jambes tandis qu'il martelait le sol, tête baissée, en colère.

Ce ne fut qu'après quelques instants qu'il entendit le son distinct de la porte s'ouvrir et se fermer à nouveau, suivi de lourds pas de botte derrière lui. Il ne se retourna pas. Il ne voulait pas écouter Sirius. Il ne voulait même pas regarder Sirius à cet instant...

« Hey. »

Leo, encore une fois. Pas Sirius.

Il s'arrêta, se redressa mais ne se tourna réellement que quelques secondes plus tard. Même alors, il refusa de regarder le visage de l'autre homme.

« Remus, c'est ça ? Je viens juste d'appeler un taxi. » fit Leo, un peu essoufflé après l'avoir rattrapé. Il fit un geste derrière lui avec son pouce. « Tu veux partager ? »

Remus le fixa, puis souffla d'incrédulité et tourna les talons pour continuer son chemin, les mains enfoncées dans les poches.

« Tu lui plais vraiment. » retenta Leo. Sa voix était bourrue, comme s'il essayait vraiment de réconforter Remus. Remus s'arrêta à nouveau. Cette fois, il ne se retourna pas.

« Vraiment beaucoup. » ajouta Leo, prenant apparemment le silence de Remus comme une invitation à poursuivre. « Il m'a fallu beaucoup de force et d'alcool hier soir pour qu'il me laisse... »

Remus se retourna à cet instant, ne voulant pas que l'homme – groupie, roadie, qu'importe ce qu'il était – termine sa phrase.

« Je ne te connais même pas. » fit-il d'un ton brusque. « Pourquoi est-ce que tu veux me parler ? »

Leo eut l'air assez choqué, comme s'il n'arrivait pas à croire que le petit écrivain effacé était capable de lui répondre.

« Ok, va te faire foutre, dans ce cas. » répliqua-t-il, l'air un peu énervé.

Remus n'eut pas besoin qu'on le lui dise deux fois. Il se retourna à nouveau, reprit son pas rapide tout le long de l'avenue, laissant Leo attendre son taxi dans l'air glacé du matin. Il ne fallut pas longtemps avant que l'homme ne devienne qu'un petit point au loin avec une touffe de cheveux en broussaille.


Il n'était pas sûr de savoir réellement où il allait. Il n'avait pas prévu de s'enfuir, après tout. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il voulait être seul, au calme, et préférablement avec une tasse de thé fort pour calmer ses nerfs.

Il n'avait jamais aussi...en colère. Et il avait besoin plus que tout de trouver un endroit calme où il pourrait comprendre exactement pourquoi il se sentait ainsi.

Après avoir marché pendant cinq bonnes minutes, il fut au centre de Kentish Town, avec sa petite parade d'échoppes placées sous de jolies maisons de rangée victoriennes. Le charme hivernal de l'endroit aurait pu plaire à Remus, en n'importe quelle autre occasion. Mais il remarqua à peine la beauté étrange de la rue quand il entra avec fracas dans le premier café sur son chemin. C'était le genre d'endroit avec de petites tables rondes et des nappes damées rouge et blanc, au bar totalement vide à l'exception d'une jeune femme lisant un livre de poche chiffonné, en bout de table. Il prit rapidement place près de la fenêtre et laissa tomber son sac sur la chaise qui lui faisait face, s'effondrant sur le banc capitonné avec un soupir.

Fermant les yeux, il se pinça le front, relâchant lentement sa respiration, et quand il entendit une voix à côté de lui, il sursauta de surprise. Une jolie serveuse au visage rond le fixait avec des yeux doux.

« Je peux vous apporter quelque chose, mon petit ? » demanda-t-elle.

Pendant un instant, il avait oublié qu'on était supposé commander quelque chose dans ce genre d'établissement et il s'embrouilla légèrement en essayant de se souvenir de la raison pour laquelle il était entré ici.

« Euh, juste un thé. S'il vous plaît. »

Quand elle fut partie, Remus émit un autre son mécontent, regarda fixement le menu plastifié et la salière et la poivrière aux motifs de chintz. Il se mordilla la lèvre inférieure, incapable de se débarrasser de l'image de l'air défait de Sirius, qui n'essayait même pas de trouver une excuse pour justifier ses actions. Comme si les sentiments de Remus n'avaient aucune putain de valeur à ses yeux.

Mais, après tout, pourquoi auraient-ils eu une quelconque importance ? De toute évidence, Sirius Black ne se souciait de personne. De toute évidence, il ne voyait aucun problème à pleurer sur l'épaule de quelqu'un une nuit, se connecter à cette personne, et puis aller sauter un autre mec – un autre mec dont il n'avait jamais semblé se soucier vraiment – dès que cette première "personne" s'absentait pendant quelques jours.

Ce n'était pas un comportement normal, si ? Ou Remus était-il juste, comme il l'avait craint, trop dramatique ? Trop sensible ? N'était-ce pas ainsi que les rock stars étaient supposées agir, après tout ?

Mais Sirius avait eu l'air si sincère, ce soir pluvieux – c'est pour ça que je t'apprécie tellement, je ne déballe pas mon cœur devant n'importe qui comme je le fais avec toi, l'éternité, si tu veux. Et maintenant, Remus se sentait comme un parfait idiot. Il était en colère contre Sirius pour lui avoir menti mais plus que tout, il était en colère contre lui-même pour s'être laissé à croire que le musicien pourrait réellement l'apprécier.

Son thé arriva et il y plongea un, deux, trois morceaux de sucre. Il avait toujours affirmé qu'un thé chaud et sucré pouvait guérir n'importe quoi, même un thé aussi fade et crasseux que celui-là. Il resta là un moment, à boire et ruminer ses pensées. Il essayait de se forcer à oublier Sirius, se concentrant plutôt sur ce qu'il allait dire à Alice quand il la verrait plus tard et la façon exacte de comment il allait trouver les bureaux, mais l'insupportable bassiste n'arrêtait pas de revenir dans ses pensées jusqu'à ce que, non seulement il soit frustré par la situation en elle-même, mais également frustré parce qu'il n'arrivait pas à s'empêcher d'y penser.

Il y avait une chose en particulier qui agaçait réellement Remus : ça ne faisait rien si Sirius le traitait comme le con naïf qu'il était, rien qu'un jouet avec lequel on s'amusait, dont il tirait avantage et puis qu'on jetait parce que Sirius aimait le sexe. Sirius aimait même un peu trop ça, apparemment.

Mais Remus ? Il n'avait embrassé qu'un seul autre garçon avant de rencontrer Sirius, et cet événement avait fait partie des pires baisers possibles dans l'histoire de tout ce qui était humide et visqueux. Être avec un autre homme n'était peut-être Rien pour Sirius Black, mais pour Remus Lupin, c'était un énorme Quelque Chose et Sirius ne semblait même pas reconnaître ça. Il était de toute évidence incapable de se mettre à la place de n'importe qui, même pour un court instant.

Plus Remus y pensait, plus il s'énervait. Toutes les conneries qu'avait débité Sirius, toutes les conneries que Remus avait cru, tout ça pour une branlette. Il aurait juste pu lui demander, non ? Mais après tout, Sirius pensait sûrement que des paysans comme Remus avaient besoin de moyens désespérés.

Et Remus s'était vraiment senti désolé pour lui. C'était ça le pire. Il était tellement crédule. Comment pouvait-il s'attendre à ce qu'on le prenne au sérieux comme journaliste à Londres s'il n'était même pas capable de dire qu'une célébrité lui mentait comme un arracheur de dents ?

Sans même s'arrêter pour y songer, il fit la seule chose qu'il pouvait songer faire quand il était en colère, la seule chose à laquelle il avait jamais été doué : il prit son sac, en sortit son carnet et commença à écrire.

Il écrivit tout. Son stylo noir filait à toute vitesse sur les pages lignées en des gribouillis fervents mais toujours lisibles, voulant tout vider, s'arrêtant à peine un instant ; tout devait sortir de sa putain de tête.

Le papier et le stylo avaient toujours été son exutoire et aujourd'hui plus que jamais, il le prouvait. Il commença à parler de la dynamique foireuse qui existait au sein le groupe, son style et son choix de vocabulaire un peu hésitants, au début. Une fois arrivé au cas de l'homosexualité cachée de Sirius Black, tout lui vint naturellement.

Il parla des fêtes, de la drogue, des groupies, du système pathétique des friends-with-benefits, des repaires miteux préférés de Sirius pour un coup rapide – Camden Palace en tête de liste –, de toutes les choses que Maugrey avait interdit dans le premier contrat de Remus, et puis de la médiatisation décroissante et du manque de publicité du groupe, dus à Sirius et son "secret honteux". Il parla aussi du fait que l'industrie de la musique était un business et que le groupe allait sûrement échouer s'ils persistaient à essayer de rester si ridiculement secrets parce que, vraiment, franchement, qui en avait quelque chose à foutre s'il y avait un pédé au sein de Blue Stag ? Si le groupe pensait sérieusement qu'il s'agissait d'un problème et bien, de toute évidence – Remus griffonna la dernière ligne – ils ne comprenaient rien au sens du rock'n'roll.

Puis, avec quelque chose qui ressemblait à un soupir de satisfaction, il laissa tomber son stylo et se renfonça dans son siège, faisant craquer ses doigts tachés d'encre et douloureux. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il remarqua la serveuse non loin, qui nettoyait les tables et lui jetait un regard bizarre et il se rendit compte à quel point il avait dû paraître étrange.

« Liste de courses. » expliqua-t-il rapidement, ramassant rapidement les pages de la table au cas où elle venait les inspecter.

Il les garda un peu sur ses genoux, les passant en revue. Il se sentait définitivement mieux et ça avait été l'effet voulu. Mais quand il relut les mots, il grimaça, il n'y avait pas eu besoin d'être aussi mauvais. Avec un soupir, il ouvrit son sac et y fourra les papiers, se résolvant à les déchirer dès qu'il en aurait l'occasion, comme il le faisait avec tous ses diatribes écrites. Il n'y avait pas besoin de les garder, une fois qu'elles avaient rempli leur boulot.

Après cette décision, il prit deux autres tasses de thé avant de se sentir assez bien pour braver la ville de Londres.


Le bâtiment dans lequel se trouvaient les bureaux de Preacher était en réalité plutôt facile à trouver, étant donné le mal que s'était donné Remus pour trouver la maison de Sirius. Le bâtiment était un grand complexe tout en verre situé près de Regent's Park, la moitié inférieure étant dédiée à Preacher et la moitié supérieure – si Remus se rappelait correctement les mots d'Alice – à un magazine de guitare, dont le nom lui échappait à l'instant.

C'était un peu différent de l'agence centrale de Soundscape. Juste un peu.

Malheureusement, sa détresse actuelle ne lui permettait pas d'apprécier l'expérience à sa juste valeur quand il se fraya un chemin par les portes battantes, tout juste descendu du bus rouge rempli à craquer dans lequel il avait voyagé.

Ce fut un peu moins simple une fois à l'intérieur. Tout ce qu'il voyait, c'était un sol en marbre, des escalators et une foule de gens affairés, se dirigeant tous vers un endroit ou un autre, l'air très important avec des attaché-cases en main. Certains arboraient même ces téléphones portables géants qui étaient le nec plus ultra chez les plus riches.

Remus ne comprenait pas pourquoi il y avait un tel air d'affaires dans cet endroit. Ce n'était que le quartier général d'un magazine, pas une salle de tribunal ou quoi que ce soit. Peut-être que Preacher était encore plus prolifique que ce qu'il avait cru initialement, et la pensée envoya un petit frisson de nervosité le long de son échine. C'était vraiment différent de simplement parler à Alice autour d'un repas.

Pendant quelques minutes, il erra là sans but, à la quête d'un signe. Il ne semblait n'y avoir rien pour lui indiquer où il devait aller et il était partagé entre demander de l'aide au solide garde de sécurité à la porte et simplement se plaindre à voix haute du manque d'indications. Actuellement, il penchait plutôt vers la dernière des deux options, puisqu'il était toujours en colère et avait l'impression qu'il suffirait d'un rien pour éveiller son comportement bagarreur, même après l'écriture de l'article brouillon.

Mais soudain, alors qu'il se tenait juste stupidement là, quelqu'un décida d'interrompre ses pensées en lui fonçant en plein dedans.

« Bordel de merde ! » bredouilla-t-il, titubant vers l'avant et ne réussissant à rester sur ses pieds que de justesse.

« Désolé, désolé. » fit une voix pressée, pas l'air désolée du tout. Remus cligna des yeux et se retourna rapidement.

James Potter se tenait derrière lui, l'air tout aussi troublé et perdu. En voyant Remus, cependant, son air confus se transforma en un air surpris.

« Remus ! » fit-il, poussant sur son nez les lunettes épaisses qu'il portait en-dehors de la scène. « Qu'est-ce que tu fais ici ? » Puis, il enregistra le fait qu'ils se trouvaient dans un bâtiment abritant les agences centrales de deux magazines. « Question stupide. Sirius est avec toi ? »

A la mention de son nom, Remus tressaillit. « Non. » répondit-il, d'un ton un peu plus brusque qu'il ne l'avait voulu. James le remarqua.

« Ok, ok, excuse-moi d'avoir respiré. »

« Pourquoi tu t'en soucies, de toute façon ? Je pensais que vous vous étiez disputé, tous les deux ? »

Son ton brusque fit s'écarquiller un peu plus les yeux de James derrière ses verres épais. « Bon Dieu, depuis quand t'as une langue ? Et ouais, c'est vrai, on s'est disputé mais je lui ai parlé hier. Tout va...bien entre nous, pour l'instant. » Il lui lança un regard acéré. « Mais pas entre vous, apparemment. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Remus aurait pu se demander pourquoi James prenait même la peine de lui poser la question, s'il n'avait vu l'expression d'anxiété dans les yeux du frontman. De toute évidence, il était terrifié qu'il se doit passé un événement qui puisse ternir son "image". Seigneur, lui et Sirius étaient aussi égocentriques l'un que l'autre.

« Pourquoi tu ne vas pas lui demander toi-même ? » rétorqua Remus, ramenant la sangle de son sac sur son épaule. « Je lui laisserais une heure ou deux, par contre. Il est encore probablement avec Leo. »

James grimaça et secoua la tête. « Tu plaisantes. Merde. » Il se passa une main dans ses cheveux déjà en bataille, puis la laissa tomber sur son flanc, se tournant vers Remus avec un air incrédule. « Leo ? Vraiment ? »

Il avait l'air encore plus contrarié que Remus ne l'avait été, et pendant un moment, Remus mis sa mauvaise humeur de côté.

« Qu'est-ce il y a ? » demanda-t-il.

James ne répondit rien pendant un instant. Il avait l'air plongé dans ses pensées, déçu et sincèrement confus. Remus fut surpris aux prochains mots du guitariste : « Tu as déjà déjeuné ? »

« Non... » répondit-il lentement, ajustant la sangle de son sac.

« Écoute, j'ai une interview pour ce papelard de Bridge. Reste là après avoir avoir fini...qu'importe ce que tu dois faire, okay ? On ira se chercher à manger ou un truc du genre. »

Remus le fixa. « Pourquoi ? »

Pour une fois, James le regarda avec autre chose que du dédain. C'était plutôt une expression qui ressemblait presque à de la préoccupation. « Parce que je veux te parler. »

« Je n'avais pas vraiment l'intention de rester... » débuta Remus, mais juste à cet instant, son œil capta un éclair violet. Quand il se tourna, il vit Alice marcher à grands pas sur le sol marbré vers une rangée d'ascenseurs aux portes dorées. « Alice ! » Il se mit à lui courir après, James lui emboîtant le pas.

Elle fit volte-face en entendant son nom, l'air quelque peu troublée. « Oh ! Remus. » dit-elle, un peu essoufflée, quand elle le vit. « Tu es là. »

« J'allais venir plus tard mais... »

« Non, non, ça va. » Ses yeux se dirigèrent vers les ascenseurs. « C'est simplement que je suis un peu pressée pour le moment. Est-ce que tu pourrais... » Elle laissa sa phrase en suspens en voyant James. Elle laissa échapper un hoquet de surprise. « Vous êtes James Potter ! Remus, tu as amené James Potter ? »

« Non. » répondit rapidement James. « Je donne une interview plus haut, je suis juste un peu perdu. Vous travaillez ici ? Vous pouvez me dire où je dois aller ? »

Alice avait toujours l'air un peu choquée de le voir, mais quand elle enregistra enfin ses mots, son expression passa à la déception.

« Prenez un de ces ascenseurs jusqu'au quatrième étage. Quelqu'un vous redirigera une fois là-bas. » expliqua-t-elle, et James la remercia avant de serrer une nouvelle fois l'épaule de Remus.

« Sérieusement. J'aurais fini dans moins d'une heure. Attends-moi ici. » Il fonça vers les ascenseurs avant que Remus ne puisse protester.

« Quelle coïncidence ! » fit Alice, avant de retourner son attention vers Remus. « Tu as quelque chose pour nous ? »

« Oui. »

Elle avait l'air partagée entre lui dire de l'attendre pendant qu'elle faisait ce qu'elle devait apparemment se dépêcher de faire et le voir maintenant.

« Okay, viens avec moi mais on doit se dépêcher. J'ai une réunion dans dix minutes. Tu dois juste signer quelque chose. »

Elle tira sur sa manche et il la suivit tandis qu'elle fonçait vers les ascenseurs, l'emmenant jusqu'au second étage et le tirant vers un grand espace de bureaux ouverts, tout en séparations couleur néon, papiers volants partout et ordinateurs. De vrais ordinateurs, bippant et clignotant comme des petits robots.

Alice se dirigea vers ce qui était vraisemblablement son bureau – décoré de post-it et de photos – et demanda son travail.

Voyant qu'elle était troublée et qu'elle avait peu de temps, Remus se dépêcha de fouiller son sac et brandir l'article. Elle le lui prit des mains et se tourna pour le placer dans un grand tiroir plein de papiers du même acabit.

« J'y jetterai un œil quand la réunion sera finie et le donnerai à Will, mais je suis sûre que tout ira bien. Tu as simplement besoin de... » Elle tendit un doigt en l'air pour indiquer qu'il devait l'attendre et fonça vers une lourde porte battante près de là.

Remus s'appuya contre le bureau, mains dans les poches et examina les riches environs pendant son absence. C'était un endroit incroyable. Ils avaient une vue imprenable sur la ville grâce aux fenêtres teintées qui faisaient toute la hauteur de la pièce, et il y avait même plus d'une photocopieuse – et aucune d'entre elles ne semblait cassée.

Mieux que tout, personne ne le regardait d'un drôle d'air. C'était comme s'il appartenait réellement au milieu. Ou, plutôt, comme s'ils voyaient des gens comme lui tous les jours. Les deux options étaient aussi bien l'une que l'autre.

Alice revint une minute plus tard avec quelques papiers et un stylo d'un vif violet qu'elle cliqua avec un sourire. « Tu dois signer ça. » dit-elle, les déposant à plat sur son bureau.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« C'est juste un mini contrat. Rien de permanent. Ça confirme seulement que nous pouvons publier la première critique et qu'importe ce que nous avons maintenant. » Elle lui donna un petit coup de coude dans les côtes, bon enfant. « Si cela s'avère publiable, bien sûr. »

Il lui rendit son sourire et signa aux deux endroits que son long ongle couleur lilas lui pointait.

« Excellent ! » Elle ramassa à la va-vite les papiers du bureau et les plaça dans un grand bac à papier rose sur le côté. « Et bien, voilà qui est fait. Je m'en occupe dès que je reviens de réunion. Je suppose que ça ne sert à rien que tu reviennes aujourd'hui. Tu seras en ville demain ? Plus ou moins à la même heure ? »

« Je... » Il n'avait pas compté là-dessus. « Je suppose que je peux. » Ça voulait dire encore dix livres pour le train. Foutu Sirius. S'il n'avait pas tout ruiné, Remus aurait pu rester chez lui.

« Génial, c'est parfait. » Alice sourit. « Je dois filer. Tu retrouveras ton chemin tout seul, pas vrai ? Dis bonjour à James de ma part ! Dis-lui qu'il est le bienvenu s'il veut donner une interview, n'importe quand ! »

Tandis qu'elle partait à toute vitesse, c'est à cet instant que Remus se rendit compte qu'Alice était moins une journaliste qu'une assistante de direction – sans doute pour ce Will Kweller. Réunions ? Contrats ? Invitations à des interviews ? Et qu'en était-il d'interviewer les Seigneurs des Ténèbres et se plaindre d'à quel point ils étaient grossiers ?

Rien de tout ça n'avait d'importance. Alice lui donnait un coup de main, après tout. Pourtant, c'était quand même bizarre.

Il retrouva aisément son chemin jusqu'au foyer et il considéra sérieusement simplement s'en aller avant que James ne revienne. Mais il était sincèrement intrigué par ce que l'homme pourrait bien lui dire. Il n'avait jamais montré beaucoup de sympathie envers Remus, alors il était étrange qu'il manifeste soudain le désir de lui parler aujourd'hui.

A la gauche du foyer se trouvait une longue rangée de sièges à l'air moelleux, alors, sans y penser plus avant, Remus se laissa tomber sur l'un deux avec un lourd soupir, posant sa tête contre le mur et fixant les grands chandeliers qui décoraient le plafond.

Il lui fallut attendre des siècles avant que James ne revienne. Au moins quatre personnes différentes s'étaient assises à côté de lui durant ce temps-là, chacune tentant d'engager une conversation avec lui. Il fallut définitivement plus d'une heure avant que le chanteur n'apparaisse et même alors, il prit son temps pour traverser le foyer et se diriger vers la forme avachie et ennuyée qu'était Remus.

« Tu as attendu. » remarqua-t-il. « J'avais peur que tu tu sois parti. »

« De quoi voulais-tu me parler ? »

« Et bien, j'ai un peu faim. Je pensais qu'on pourrait en discuter autour d'un repas. Il y a ce bistrot génial à quelques rues d'ici... »

« Pourquoi est-ce que tu ne peux pas m'en parler ici ? »

James émit un grognement frustré, abandonnant la façade joyeuse et se laissant tomber sur le siège vacant à côté de Remus. « C'est au sujet de Sirius, et je n'ai vraiment pas envie d'en parler dans un bâtiment plein de journalistes. »

Remus n'avait pas vraiment envie de parler de Sirius, mais il se retrouva tout de même à suivre James hors du bâtiment, bien qu'à contre-cœur, et enfiler quelques blocs pour se rendre vers le café apparemment génial.

En réalité, c'était un café vraiment bizarre, une fois qu'ils furent sur place. Le genre de café avec un papier-peint de style géorgien et un menu chinois horriblement cher. Il s'assit sur une des tables en verre en face de James et le regarda avec méfiance. A peu près chaque conversation qu'ils avaient eu avait été pleine de gêne, alors pourquoi celle-ci serait différente ?

« Tu commandes quelque chose ? » demanda James, tirant un menu du support argenté qui se trouvait sur la table.

« Euh, non. »

« Les coquilles Saint-Jacques sont vraiment excellentes. »

« James. » fit doucement Remus. « De quoi est-ce que tu voulais me parler ? »

James soupira et replaça le menu, posant sa main droite sur sa main gauche avant de faire l'inverse. Il avait exactement le même air que la première fois où Remus l'avait rencontré, dans le bar du Mayfair : anormalement nerveux à l'idée de devoir parler.

« J'imagine que c'est quelque chose que j'essayais d'éviter. Je pensais que ça passerait, avec le temps. »

« Tu pensais que quoi passerait ? »

James le fixa pendant un long moment. « Dis-moi ce qu'il s'est passé avec Sirius. » fit-il enfin.

« Il ne s'est rien passé avec Sirius. »

« Et bien, de toute évidence, il y a eu quelque chose, tu l'as dit toi-même. Je lui ai parlé hier, je sais qu'il... » James s'humecta les lèvres et se renfonça dans son siège. « Je sais que vous vous êtes vus et que vous... » Il hésita. « Avez couché ensemble ? »

« Non ! » répondit vivement Remus. « Je veux dire, on... » Il toussa, ne désirant pas vraiment parler de ça à James, entre tous. « On a fait des trucs mais pas ça. » finit-il, à la hâte.

Ses joues avaient considérablement rougi, mais au moins, James avait l'air aussi mal à l'aise que lui à ce sujet. Ce n'était pas tout à fait la même chose qu'avoir l'air idiot sous le regard pénétrant de Sirius.

« D'accord et tu...tu l'aimes bien, pas vrai ? Je veux dire, il te plaît. »

Remus haussa les épaules. Il avait été plutôt sûr d'avoir atteint ce stade mais en quoi était-ce important, à présent ? Sirius avait clairement fait comprendre ce qu'il préférait.

« Je pensais qu'il me voulait. » rétorqua-t-il d'un ton bourru. « Je sais à quoi m'en tenir, maintenant. »

De l'autre côté de la table, James jouait avec les couverts, l'air de consciencieusement peser ses mots avant de prononcer sa phrase suivante.

Il finit par soupirer.

« Je savais qu'il te ferait la même chose qu'à Max. » murmura-t-il.

« Max ? »

James fit un geste évasif de la main. « Son premier, tu sais. Petit ami. »

Remus se moqua presque de la difficulté qu'avait James à dire ces mots, comme s'ils le blessaient physiquement.

« Ce mec qu'il a rencontré à Crawley. » poursuivit James. « Un gars sympa. Il te ressemblait beaucoup. »

Il s'en rappelait. La nuit sur le balcon, ce petit ami – ce "Max" – avait été celui auquel s'était référé Sirius, même si ça n'avait été que très brièvement. Remus n'y avait jamais accordé beaucoup d'importance jusqu'à présent.

« D'accord. » fit-il. « Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Max ? »

James haussa les épaules. « On était en tournée. Sirius n'a pas réussi à garder ses mains chez lui. »

Ils se fixèrent pendant un moment, d'un air entendu, et c'est Remus qui détourna les yeux en premier. D'une certaine façon, voir la pitié dans les yeux de James était encore pire qu'y trouver du mépris.

« Je ne vais pas prétendre que j'étais complètement à l'aise avec le fait qu'il soit gay, à l'époque. » dit James, comme s'il n'était pas toujours mal à l'aise aujourd'hui. « Je veux dire, on avait quoi, dix-sept, dix-huit ans ? On était jeunes, ça, je m'en rappelle. J'essayais toujours de m'y faire. Et, bordel, Sirius ne me facilitait pas les choses. » Il émit un léger rire et se gratta la nuque. « J'avais à peine embrassé une fille quand Sirius faisait tous ces trucs de dingue avec toutes sortes de gars bizarres qu'il rencontrait dans des concerts et tout ça. »

Remus se racla légèrement la gorge, faisant comprendre à James qu'il n'avait pas vraiment besoin de s'étendre sur ce sujet en particulier s'il n'en avait pas envie. Étonnamment, James saisit l'allusion.

« Je lui ai dit que ce n'était pas bien. » ajouta-t-il rapidement. « Ce qu'il faisait à Max. Pédé ou pas, le gars ne méritait pas ça. Il était honnête. Il suivait une formation pour être auditeur, Sirius te l'a dit ? Il n'était pas souvent . Je lui ai dit, Remus, je lui ai dit que s'il continuait à pratiquement se prostituer, la moindre des choses qu'il puisse faire, c'était de rompre avec Max d'abord mais Sirius... »

Il baissa la tête et la secoua légèrement.

« Sirius s'accroche. Il l'a toujours fait, depuis qu'on était gamins. Il déteste devoir céder quoi que ce soit, il est tellement buté. Ça a empiré quand ses parents l'ont viré de chez lui, les salauds qu'ils étaient. J'imagine qu'il t'a parlé de ça. »

Remus acquiesça, et James eut l'air amer.

« Ils l'ont foutu royalement en l'air. D'un côté, ils l'ont tellement gâté qu'il n'a jamais appris à devoir faire quelque chose lui-même – je veux dire, il a un domestique, bordel – mais d'un autre côté, ils ne lui ont démontré aucune affection. Niet, nada. Ils l'enfermaient dans sa chambre, ne le touchaient jamais, le rabaissaient toujours, même devant moi. Je me rappelle de sa mère qui n'arrêtait pas de me demander mes points à l'école et qui disait à quel point Sirius était stupide, en comparaison, même s'il ne l'était pas. Ça le touchait profondément. »

Il lança un regard perçant à Remus.

« Tu vois ce que je veux dire ? »

« Je suppose. » marmonna Remus. Il n'avait jamais réellement songé aux raisons derrière les mauvaises relations de Sirius avec ses parents. Sirius avait dit qu'ils étaient "autoritaires", qu'ils l'avaient viré de chez lui et c'était tout. Remus n'avait jamais pris la peine de le questionner à ce sujet et il commençait déjà à se sentir mal de ne jamais l'avoir fait.

« Certaines personnes se retirent. Je sais que c'est ce que j'aurais fait, putain. Mais Sirius a fait l'inverse ; il a cherché l'affection partout. J'arrivais toujours à le contrôler, au début. J'étais là pour lui. Il vivait avec moi, après tout. On parlait. »

Il s'arrêta, fixa la table, comme s'il revivait les souvenirs dans son esprit, essayant de se rappeler. Enfin, il haussa les épaules.

« Ça suffisait. » dit-il simplement. « Mais alors on a démarré le groupe, bien sûr, et je suis sorti avec Lily. J'avais d'autres choses à penser, tu vois ? Ce n'était pas que je l'oubliais, Dieu, non. Je me souciais toujours de lui, il était mon frère. Mais il a arrêté de venir me voir. Je pense qu'il croyait que je l'avais abandonné ou un truc du genre. J'imagine que quand je lui ai dit de rompre avec Max, ça a tout bouclé. Il ne m'a jamais...vraiment pardonné, pour ça. Je pense qu'il l'a pris dans le mauvais sens. Je pense qu'il croyait que je détestais le fait qu'il soit gay, que je m'en prenais au fait qu'il avait une relation, que j'avais honte de lui ou un truc du genre. Et non, je n'étais pas à l'aise avec ça à l'époque, mais plus que tout, je voulais simplement qu'il fasse ce qui était correct. Et il l'a fait. A la fin. »

« Il a dit... » débuta Remus, mais sa gorge était sèche et sa voix, rauque, et il dut se racler la gorge avant de reprendre la parole. « Il a dit que tu avais forcé leur rupture, pour le bien de l'image du groupe. »

James eut l'air un peu troublé, à ça. « Je ne vais pas mentir. » ajouta-t-il, un peu embarrassé. « Il n'a pas complètement tort. Je n'étais pas emballé par l'idée qu'il emménage avec un autre gars alors qu'on essayait de se faire un nom. Qui le serait ? Tu es journaliste, tu peux me comprendre. »

Remus leva les mains en l'air, restant en-dehors du sujet.

« Il a toujours été ma principale priorité. » insista James, s'appuyant contre la table. « Pour moi, il est toujours passé avant le groupe. Mais il ne l'a jamais vraiment compris. C'est comme si, malgré toute son assurance, ses parents avaient vraiment réussi à lui faire croire qu'il ne vaut rien, que tout le monde est là pour l'attraper, tu vois ? C'est ce que je pense, en tout cas. Il est paranoïaque, en fait. Destructeur. Il a probablement cru que tu ne reviendrais jamais. »

« Ma mère...je lui ai dit... »

« Je sais, je sais, mais c'est Sirius. Quand est-ce que ça lui arrive de bien réfléchir ? Il est totalement instable, totalement impulsif. »

Remus, pour toute sa colère précédente envers Sirius, devait lui accorder ça. Ça ne servait à rien de nier la vérité dans les mots de James : Sirius était totalement impulsif. Et pourtant, ça n'empêchait pas Remus de se sentir vachement contrarié.

« Il ne te blesserait jamais intentionnellement. » fit James, lisant apparemment dans ses pensées. « Il est fou de toi, franchement. Je suppose que c'est pour ça que j'arrêtais pas de râler sur vous deux pendant la tournée. Je voyais qu'il tombait amoureux de toi, bien avant que tu te rendes compte de quoi que ce soit. Il te suivait partout, te parlait pendant des heures de...putain, qu'est-ce que j'en sais ! Il essayait de toujours te faire rire...Sirius n'agit pas comme ça avec n'importe qui, mec. Il ne le fait plus, plus depuis l'école. Tu l'as déjà vu parler à Leo ? »

Remus tressaillit automatiquement à la mention de son nom.

« Non. Tout ce qu'ils font c'est baiser. » déclara crûment James. « C'est ça le truc, avec Sirius. Il peut séparer le sexe et les émotions alors que la plupart des gens n'y parviennent pas. Et c'est ça...c'est pour ça que tu dois comprendre. Tu l'as trouvé avec Leo, mais Leo n'est rien à ses yeux. Je sais que c'est difficile de ne pas être blessé par ça, n'importe qui réagirait de la même façon, mais tu dois comprendre que c'est toujours toi qu'il...veut. »

« Et comment tu le sais ? » ironisa Remus.

« Parce que je connais Sirius. » répondit aisément James. « Et euh...il l'a peut-être mentionné quelques fois. » ajouta-t-il, ruinant l'effet émouvant de sa première déclaration. « Tu ne peux pas l'abandonner, Remus. Tu dois le laisser s'expliquer, s'excuser et réessayer. »

« Écoute, je sais que tu as de bonnes intentions. » répondit Remus. « Et je sais que tu essaies d'aider ton meilleur ami. C'est bien de ta part de me dire tout ça, mais je ne peux pas sortir avec quelqu'un qui va sauter n'importe quel mec à chaque fois que je tourne le dos cinq minutes. »

« Tu dois regagner sa confiance. Lui faire savoir que tu es là pour lui et que tu vas vraiment revenir. »

« Tu le fais passer pour un animal domestique. »

James ne dit rien, n'adressant qu'un petit sourire à Remus qui n'obtint pas de réponse.

« Pourquoi est-ce que tu es tellement déterminé à ce que je lui pardonne ? » finit par demander Remus.

L'autre homme ne répondit rien pendant un long moment. Son long discours décousu l'avait laissé perturbé et essoufflé – pas étonnant, étant donné qu'il n'avait jamais adressé plus de deux mots à Remus avant aujourd'hui – et à présent, il avait l'air de se recomposer tout en se décidant sur ses prochains mots.

« Quand j'avais seize ans. » débuta-t-il lentement. « Je voulais Sirius dans le groupe parce qu'il était mon meilleur pote au monde et parce que c'est un musicien incroyable. » Il soupira. « Mille fois mieux que moi, et n'ose pas raconter à quelqu'un que je t'ai dit ça. Mais il avait aussi besoin du groupe pour son propre bien. Il avait besoin d'être quelque part où je pouvais garder un œil sur lui. Tu crois que je ne sais pas que Sirius voulait se lancer en solo ? Qu'il le veut toujours ? Bien sûr que je le sais, bon Dieu ! Mais je devais veiller sur lui, alors je l'ai fait rester. J'imagine que j'ai fait paraître ça comme une sorte de trahison s'il ne le faisait pas. »

Quand il s'arrêta, Remus jeta un coup d'œil alentours, confus.

« Okay, mais...pourquoi est-ce que... ? »

« On ne vit plus ensemble, aujourd'hui. J'ai Lily, je pourrais vouloir fonder une famille, un jour. Je ne peux pas le surveiller tout le temps ! J'aimerais pouvoir le faire, mais je ne peux pas et je ne peux pas non plus faire comme si j'avais fait un bon boulot jusqu'à présent. Parfois, il me frustre tellement que j'ai seulement envie de... »

Il enroula ses doigts, presque en poings, mais relâcha rapidement la pression avec un soupir.

« Il a besoin de quelqu'un comme toi, Remus. » dit-il d'un ton bourru. « Quelqu'un de bon et loyal qui ne le voit pas comme une "rock star" mais seulement pour la personne qu'il est, avec tous ses putains de défauts, et qui l'accepte. Il a besoin de toi ou il va redevenir comme avant. Parce que, crois-moi, il était bien pire avant de te rencontrer. Il s'est calmé ces derniers temps. C'est un putain de miracle que son homosexualité n'ait jamais été révélée, je te le jure ! »

Comme par enchantement, un groupe de touristes entra soudain dans le café et, après un rapide coup d'œil, James posa sa joue sur sa main, coude sur la table et baissa le ton.

« Je sais qu'on dirait qu'on dirait une grosse responsabilité comme ça, mais je sais que ce ne sera pas le cas pour toi. Je vois bien que tu te soucies de lui aussi. »

Sans y penser, Remus acquiesça légèrement.

« En fait. » poursuivit James. « Toute cette conversation prouve à quel je suis sûr de ce que je dis. Tu es un putain de journaliste et je ne serais pas en train de débiter tout ça si je pensais que tu étais juste là pour le vendre. Te méprends pas, c'est vraiment trop bizarre, mec, c'est ce que tu me parais être. Tu accordes plus d'importance aux sentiments des gens qu'à une histoire. Quelqu'un comme toi lui ferait vraiment du bien. »

« Je n'en suis pas sûr. » marmonna Remus, mais James ne semblait pas l'entendre.

« Ne laisse pas une erreur tout foutre en l'air, d'accord ? Sirius n'est pas parfait, mais il apprend. Et quand il a retenu la leçon, il est loyal jusqu'au bout, je le jure. »

Il avait l'air si sincère...mais après tout, Remus avait récemment parlé à d'autres gens qu'il avait pensé sincères et qui en réalité ne l'étaient pas.

Mais si James était honnête à cet instant, alors ça voulait dire que peut-être Sirius l'avait été lui aussi, puisque James avait dit la vérité sur la personnalité de Sirius et ses penchants ? La pensée embrouillait tellement les choses que Remus dut physiquement secouer la tête pour éclaircir ses pensées, l'autre homme face à lui lui jetant un drôle de regard à ce geste.

Il y avait autre chose qui retenait Remus, cependant. Pendant tout son discours – et James Potter avait certainement eu plus d'une occasion de s'améliorer à raconter des conneries depuis qu'il était célèbre – James n'avait pas semblé reconnaître une chose : que lui et Sirius étaient amis depuis treize ans et que pourtant, il leur arrivait encore d'avoir des disputes si violentes que Sirius, un adulte, en fondait en larmes. Si leur propre amitié était encore endommagée, en dépit de toutes leurs séquences de "revenir, s'excuser et réessayer", combien de temps faudrait-il avant que Remus et Sirius ne se fassent mutuellement confiance ? Combien de temps faudrait-il pour que Sirius "apprenne" ?

Il regarda James, et James le fixait avec un air si suppliant que cela perturba un peu Remus. Sûrement, raisonna-t-il, personne ne subirait une telle transformation pour quelque chose qui n'était pas vrai.

James Potter l'avait tiré dans un café excessivement cher et mis de côté sa commande de coquilles Saint-Jacques réellement excellentes pour lui raconter son histoire à lui et Sirius – James Potter, qui avait à peine adressé un sourire à Remus avant aujourd'hui. S'en serait-il donné la peine s'il n'y avait pas eu un fond de vérité dans tout ce qu'il avait dit ?

« D'accord. » répondit enfin Remus, obligé d'élever la voix pour se faire entendre par-dessus le vacarme dans la pièce qui semblait avoir décuplé ces dernières quelques minutes. « Je...je lui téléphonerais ou un truc du genre. »

« Non. » fit James d'un ton ferme. « Va chez lui maintenant. Ne laisse pas traîner ça plus longtemps. »


Ça va, j'ai traduit relativement vite, non ? Anyway, je ne suis plus en vacances et c'est le mieux que je puisse faire, à ce stade-ci. Traduction bâclée, finie aujourd'hui, à peine relue...parce que j'en ai plus qu'assez de cette fic et que j'ai mal au crâne. Plus qu'un chapitre et l'épilogue et la fic est finie, alléluia !

Sorn

La Folle Joyeuse : J'espère que ton bac blanc s'est bien passé. Les fics sont un très bon moyen d'apprendre du vocabulaire même s'il faut savoir trier bonnes et mauvaises fics, ce serait dommage d'apprendre des erreurs ;) Par contre, même si je comprends tout à fait qu'on puisse être impatient, je n'aime pas du tout être "forcée" par mes lecteurs donc...évite de me presser la prochaine fois, s'il te plaît ;)

kikou : Merci pour ta review ;)