Remus pressa un doigt sur la sonnette et attendit, nerveux et tendu ; ses paumes suaient déjà dans l'air froid de l'après-midi. Il ne fallut que quelques secondes avant que la porte ne s'ouvre et que George se tienne devant lui.

« Bonjour, Remus. » dit-il, n'ayant pas du tout l'air surpris de le voir. Il était habillé d'un manteau d'aspect cher et lourd. « J'allais justement me rendre au supermarché. »

« Puis-je entrer ? »

George recula immédiatement pour le laisser entrer dans le hall. « Il est en haut. » indiqua-t-il, avant de sortir dans l'air glacé et de fermer la porte derrière lui.

Soudain, le hall lui parut fort sombre et silencieux ; un silence seulement perturbé par le bruyant tic-tac de l'horloge et l'écho assourdi de la musique qui venait d'au-dessus. Il leva la tête vers la cage d'escaliers plongée dans le noir et réalisa, la gorge serrée, qu'il allait être confronté au célèbre tempérament impétueux de Sirius Black, oubliant apparemment qu'avant cela, ils avaient été amis. C'était comme le rencontrer à nouveau pour la première fois.

Une voix au fond de on esprit lui souffla que Sirius allait mal réagir mais Remus était déjà là, de toute façon, il pouvait tout aussi bien voir ce qui allait se passer avant de rentrer chez lui. Il n'avait plus envie d'être en colère contre Sirius. Rassemblant tout son courage, Remus prit une profonde inspiration et gravit les marches.

Quand il parvint au premier étage, il se rendit compte que Sirius était dans le grenier ; c'était de là que la musique venait, suffisamment forte pour qu'il puisse reconnaître de quoi il s'agissait – "Have a Cigar" de Pink Floyd.

Se forçant à abandonner tous ses plans de faire demi-tour, Remus monta sur la première marche et parcourut le reste du chemin jusqu'au grenier.

La première chose qui le frappa fut à quel point l'air était épais. Quand ses yeux scannèrent la pièce, il vit Sirius allongé, le dos sur l'un des canapés, en train de fumer. Il n'avait pas pris la peine d'ouvrir la fenêtre. Le volume était bas, et Sirius avait sûrement dû l'entendre monter, mais il n'avait pas réagi pour autant.

Remus l'approcha prudemment. Au bout d'un moment, quand ni l'un ni l'autre ne se fut décidé à prendre la parole, il se percha sur l'accoudoir du canapé, mains dans les poches.

« J'ai toujours préféré Dark Side of the Moon. » finit-il par dire. Sa voix rompit maladroitement la lourde atmosphère, lacée de nervosité. « De meilleures paroles, je trouve, plus de tranchant... »

« Je ne l'ai pas. »

Baissant la tête, Remus acquiesça. « Je sais. Ta mère l'a cassé. »

Sirius porta la cigarette à ses lèvres, ses sourcils se fronçant quelque peu et il souffla légèrement de dédain. « Tu te rappelles de choses stupides. » marmonna-t-il, faisant écho aux mots prononcés par Remus, une semaine auparavant.

« Je me rappelle de tout ce que tu me dis. » rétorqua Remus, jouant le jeu. Il tenta un petit sourire. « Mais il y a beaucoup de choses que je ne t'ai pas demandé. »

Pour la première fois depuis que Remus était entré, Sirius le regarda. Il fit rouler le bout de sa cigarette contre sa lèvre inférieure d'un air distrait. Il avait l'air mal en point.

« Je suis désolé. » dit-il doucement, mais ce fut tout.

Sentant qu'il n'allait pas se faire attaquer s'il avançait un peu plus, Remus glissa prudemment de l'accoudoir du canapé pour s'y asseoir convenablement, perché de façon à ce que les jambes de l'autre homme soient toujours tendues derrière lui.

« Je le suis vraiment. » insista-t-il. « Je n'aurais pas dû te crier dessus sans connaître toute l'histoire. Mais après tout, je suis journaliste. On aime sauter aux mauvaises conclusions, pas vrai ? »

Sirius ne sourit pas. « Mais tu n'as pas eu tort. »

« Pas sur la raison pour laquelle Leo était ici, peut-être. Il a été très clair. »

Exhalant doucement, Sirius ferma les yeux.

« Mais j'ai supposé que tu m'avais menti, la nuit dernière. » poursuivit Remus. « Que tu m'avais en quelque sorte...utilisé. »

Sirius garda le silence pendant quelques instants, fixant Remus à travers des paupières à moitié fermées, son expression ne laissant rien paraître. Sa cigarette continuait de se consumer seule, abandonnée. Puis, il s'assit brusquement. Il écrasa la clope dans le cendrier à ses pieds et regarda Remus.

« Non. » répondit-il sincèrement. « Je ne ferais pas ça. Pas à toi. Tu m'as vraiment aidé, je te le jure. Ta simple présence m'a aidé. »

Sans même y penser, Remus plaça sa main sur celle de Sirius. « C'est bon, c'est rien. Tu ne dois pas t'expliquer. » Il s'humecta les lèvres, passa avec hésitation un pouce sur l'os qui ressortait sous la peau du poignet de Sirius. Sirius ne se déroba pas au contact. « J'ai parlé avec James, tu vois. »

« James. » répéta Sirius, ses lèvres bougeant à peine. Il déglutit, et une lueur de quelque chose passa dans ses yeux ; de la peur, peut-être. « De quoi as-tu parlé avec James ? »

« De toi. » Remus hésita. « Max. »

A la mention du nom, la tête de Sirius se releva soudain.

« Max. » Son ton était presque acerbe, comme si c'était le dernier nom qu'il avait envie d'entendre. « Qu'est-ce qu'il avait à dire sur Max ? »

« C'était... » Remus s'arrêta et secoua la tête, regardant ailleurs. Il ne voulait pas mettre Sirius en colère ou provoquer une nouvelle dispute. Mais Sirius le poussa des doigts, durement, le pressant de continuer et Remus poussa un soupir. « Il m'a dit ce qu'il s'était passé entre vous. Pas pour te discréditer, mais pour me faire comprendre. Je ne te juge pas... »

« Il t'a tout dit ? »

« Je pense, oui. »

Les yeux de Sirius le perçaient, et son regard était beaucoup trop intense pour que Remus reste à l'aise sous leur pression. Mais alors, son expression changea et passa au désespoir tandis que Sirius laissait soudain échapper : « C'était juste tellement dur. Il comptait pour moi, vraiment, mais... » Il haussa les épaules, impuissant. « Je ne le voyais jamais et...c'est difficile quand quelqu'un te donne l'occasion de ne pas être seul, même si ce n'est que pour un court instant et...et je sais que ça ne justifie pas le fait de coucher à droite et à gauche mais parfois, c'est tout ce que les autres ont à offrir. » Il jeta un rapide coup d'œil aux yeux de Remus avant d'une nouvelle fois dévier le regard. « Parfois, c'est tout ce qu'ils veulent. »

« Je sais. Je ne savais pas alors, mais j'y ai pensé, à ma façon. Je ne te connais que depuis quelques mois. Ce n'est pas juste de ma part de te juger là-dessus, quand je ne connais en réalité pas grand-chose sur toi. »

« Même. » marmonna Sirius. « Je suis désolé pour ce que je t'ai fait. »

« J'ai réagi de manière excessive. »

« Non. Tu étais là quand j'avais besoin de toi et puis je t'ai fait ça. Je...je n'avais pas les idées claires. Je croyais que tu ne voulais pas rester avec moi. »

Remus le regarda d'un air triste. « C'est vraiment neuf pour moi, tout ça. » dit-il doucement. « Je ne sais pas vraiment ce que je fais mais je...je ne compte pas te quitter jusqu'à ce que tu me dises de m'en aller. Je ne te ferais pas ça. »

Dans le fond, le solo de guitare farfelu de "Have a Cigar" s'évanouit lentement et les premiers accords de "Wish You Were Here" se firent entendre. Remus frissonna légèrement tandis que les cordes se réverbéraient dans le grenier et ce fut avec un sourire forcé qu'il reprit la parole : « Tu te souviens...tu te souviens cette nuit, dans le bus ? »

« Bien sûr. » répondit doucement Sirius. « Il faisait très chaud. Tu ne voulais pas monter, au départ. Je pensais que tu ne m'aimais pas. »

« Pourquoi tu pensais ça ? »

« Tu étais toujours tellement silencieux. »

« J'étais nerveux. »

« A cause de moi ? »

« A cause de tout. » fit Remus. « Je n'avais jamais été plus loin que Devon, auparavant. »

Ils étaient seuls, mais bizarrement, ils gardaient un ton doux et bas, et Remus trouvait ça relaxant, moins menaçant, comme pour lui assurer que revenir chez Sirius n'avait pas été une erreur.

« Si ça peut te consoler. » ajouta-t-il sur un ton léger. « J'étais moins nerveux avec toi. »

Pour la première fois, Sirius sourit, d'un sourire lent et sincère, et Remus ne put s'empêcher d'y répondre.

« Avec qui tu étais le plus nerveux, alors ? » demanda Sirius.

« Je...James. Excepté qu'il est pas aussi mauvais que je le pensais. » Remus s'arrêta. « Il tient beaucoup à toi. »

« Je tiens à lui. » répondit immédiatement Sirius.

Enfin, leurs yeux se croisèrent.

« Et à toi aussi. » fit Sirius. « J'ai vraiment tout gâché, pas vrai ? »

« Non. »

« Si. Je ne t'ai donné aucune raison de me faire confiance et j'ai tellement envie que tu me croies. J'ai tout gâché. »

« Et bien, si tu as tout gâché. » fit doucement Remus. « Alors, je t'ai pardonné. »

On aurait dit qu'on n'avait jamais pardonné quoi que ce soit à Sirius dans sa vie. Une lueur étrangement intime teintait ses yeux, presque enfantine dans son innocence. Toutefois, cette pensée s'évanouit aussitôt de la tête de Remus quand Sirius se pencha vers lui, prit le visage de Remus entre ses mains et l'embrassa de façon qui était tout sauf innocente.

Il fallut quelques secondes à Remus pour réagir. Il ne s'était pas attendu à ce que Sirius l'embrasse mais ce qui avait démarré comme un baiser doux devint soudain un baiser fervent. La respiration laborieuse de Sirius faisait écho dans ses oreilles, ses lèvres se pressant avec force contre les siennes, comme s'il avait peur que Remus puisse le repousser. Puis, quand ils durent se séparer pour reprendre leur respiration, ils étaient tous deux essoufflés et, sans qu'ils ne sachent comment et très étrangement, presque à cheval sur l'autre.

« Bien sûr. » fit Remus, à bout de souffle, passant une main dans ses cheveux. « J'ai aussi une part de responsabilité. Je n'aurais pas dû dire que tu étais ignorant. Je suis désolé. Je n'aurais pas dû dire que tu étais égoïste. »

Sirius l'embrassa à nouveau, avec force, saisissant par poignées la chemise de Remus.

« Et... » Remus rompit le baiser tandis que Sirius le poussait contre le divan, sans qu'aucun mot de protestation ne s'échappe de ses lèvres. « Comme je l'ai dit, j'ai réagi de manière excessive, c'est...ce n'est pas comme si on avait une relation. »

« J'en ai envie. » lui dit Sirius, si près que leurs lèvres se frôlèrent à nouveau. « J'ai été un salaud avec toi, je ne sais même pas pourquoi je...Je ne sais même pas ce qui m'a fait penser... » Avec un soupir frustré, il abandonna la communication par la parole et embrassa à nouveau Remus, coupant toute pensée chez celui-ci.

Se laissant enfin aller, il laissa son corps se détendre et permit à Sirius de l'allonger. Ses doigts s'emmêlèrent dans les cheveux noirs, ses lèvres s'ouvrant pour permettre à la langue de Sirius de pénétrer dans sa bouche. Ses doigts tremblants trouvèrent la mâchoire saillante de Sirius, et il inhala le parfum du savon sur sa peau...

« Attends, attends, je... » Remus recula abruptement. « J'ai mes chaussures sur ton sofa. »

Sirius le fixa, éberlué.

« Quoi ? Ce n'est pas poli de mettre les chaussures sur les meub... »

Sirius l'embrassa à nouveau avant qu'il ne puisse terminer sa phrase. Il se déchaussa rapidement du pied quand même alors que ses bras se nouaient autour du cou de Sirius pour l'amener plus près et quand il leva ses pieds du sofa, les genoux pliés, leurs parties inférieures entrèrent durement en contact et Sirius gémit doucement dans sa bouche.

Ses entrailles se tordaient d'appréhension et pourtant, son corps répondit automatiquement et s'arqua avec impatience contre Sirius. Il n'était pas venu ici avec cette intention et il n'était pas sûr que Sirius en soit conscient mais il laissa faire. Et puis, ce n'était pas comme s'il était capable de protester, pas quand la main de Sirius parcourait sa jambe, pas quand ses doigts chauds parcouraient sa taille de façon tentatrice et pas quand sa paume se pressait fermement contre le devant de son jeans, soutirant un doux gémissement aux lèvres de Remus.

Plusieurs minutes passèrent avant que Sirius ne rompe le baiser pour enfouir sa tête dans l'espace entre le cou de Remus et le dossier du divan, embrassant, mordillant et parlant d'une voix basse et rauque, juste dans son oreille.

« Est-ce que tu sais... » souffla-t-il, ses mains passant sur le torse de Remus, ses longs doigts glissant sous la veste ouverte. « Est-ce que tu sais ce que j'ai d'abord aimé chez toi ? »

« Quoi ? » parvint à dire Remus, le corps parcouru de frissons pendant que Sirius déposait un autre baiser derrière son oreille et en mordillait gentiment le lobe.

« Ton accent. » lui dit Sirius, sa respiration chaude dans l'oreille de Remus. « J'aime ton accent. J'aime la façon dont tu parles, Remus. »

Les mots le surprirent et le feu dans les yeux de Sirius fit frisonner la peau de Remus, lui donnant la chair de poule quand leurs lèvres se pressèrent à nouveau les unes contre les autres. Il savait que le Remus normal mettrait en question la situation. Il savait que le Remus normal se demanderait si Sirius ne faisait qu'obtenir ce qu'il voulait. Mais à cet instant, pour une fois, Remus Lupin se fichait éperdument du pourquoi du comment.

Sirius avait tout foutu en l'air, mais seulement brièvement et ils s'étaient excusé et, pour une fois, Remus était déterminé à ne pas se tracasser comme une nana frigide. Parce qu'il avait le choix entre avoir le corps chaud de Sirius pressé contre le sien, ses lèvres fiévreuses contre les siennes, ses doigts effleurant l'érection évidente entre ses jambes ou repousser Sirius pour parler plus longuement.

Oh et puis merde. Ils avaient dit qu'ils étaient désolés. Si ça ne marchait pas, ils feraient ce que James avait préconisé : ils essaieraient à nouveau.

A présent, c'était lui qui cherchait les lèvres de Sirius, le maintenait en place avec une prise aussi ferme qu'il en était capable. Le désir bouillonnait dans son bas-ventre, la chaleur se répandant en lui tandis que les mains fermes de Sirius glissaient sous sa chemise, à la recherche avide de contact, ses pouces frôlant ses tétons, pétrissant doucement sa cage thoracique, encerclant son nombril. Et puis, les doigts quittèrent le dessous de sa chemise pour tracer un parcours brûlant jusqu'à son cou, caressant sa mâchoire et une paire de lèvres pleines se mouvant en parfait accord avec les siennes. David Gilmour continuait de leur chanter la sérénade, depuis le tourne-disque. C'était étourdissant. Si se rouler des pelles sur The Doors était bon, se rouler des pelles sur Pink Floyd était encore meilleur.

« Laisse-moi. » murmura Sirius quand leurs lèvres se séparèrent enfin. « Laisse-moi me racheter. »

Remus se figea. Il enregistra à peine le contact chaud des pouces de Sirius qui traçaient des cercles sur ses flancs, le fantôme d'un souffle sur son oreille.

« Non, je...je ne peux pas. » bredouilla-t-il. « Je n'ai jamais...pas ça... »

« Non. » le coupa gentiment Sirius, pressant un autre baiser rapide au coin de sa bouche. « Pas ça. »

Remus se hissa sur ses coudes, déglutissant, regardant, étourdi, Sirius glisser tout le long de son corps avec une facilité acquise par l'habitude.

« Sirius... »

Sirius le fit taire avec douceur. D'une main, il repoussa la chemise de Remus jusqu'au milieu de son torse, tandis que son autre main se tenait à sa cuisse pendant qu'il s'installait entre ses jambes. Il pressa trois lents baisers, l'un à la suite de l'autre, le long du ventre de Remus, le faisant se tordre légèrement d'anticipation. La boule dans son ventre ne fit que grandir un peu plus.

Transpirant légèrement, Remus regarda Sirius abaisser sa braguette et déboutonner le bouton avec un mouvement expert du pouce. Tandis qu'il lui retirait son pantalon, Sirius continuait son assaut passionné sur son ventre, léchant la peau de chauds coups de langue, plongeant occasionnellement dans son nombril, faisant agréablement se tordre l'estomac de Remus.

Et puis, une bouche fut sur lui, les lèvres flottant au-dessus du coton de son boxer en des mouvements atrocement lents. Remus aurait été embarrassé d'être pratiquement en train de trembler sous les caresses imperceptibles des lèvres de Sirius s'il n'avait pas été aussi excité. Pourquoi était-il ici, déjà ? Il était vaguement conscient de la réponse, mais toute pensée lui disant que ce n'était pas une bonne idée ne tenait pas la distance en comparaison au mélange confus de plaisir et d'incrédulité qu'il ressentit quand Sirius abaissa enfin son boxer et le prit lentement en bouche.

En fond sonore, "Shine On" avait démarré, dérapant sur le tourne-disque. L'ouverture sinistre et mystique de la chanson d'une demie-heure jurait totalement avec ce qui se passait entre les jambes de Remus et pourtant, en dépit de l'acuité de ses sens – il était conscient à l'extrême de la chaleur humide et merveilleuse de la bouche de Sirius, du contact des doigts chauds contre ses hanches, du contact dur de l'accoudoir du divan derrière sa tête, de la musique dans ses oreilles – il ne parvenait pas à se dire que la chanson en fond n'était pas appropriée.

Ses mains s'emmêlèrent dans les cheveux noirs tandis que la langue de Sirius léchait, lapait et taquinait et que des lèvres rouges et expertes lui faisaient subir d'incroyables choses. Trop incroyables. Le sang rugissait dans la tête de Remus, son cœur battait furieusement ; les petits coups de la langue de Sirius étaient presque trop brusques pour être agréables et pourtant, quand sa bouche se déplaça pour se concentrer sur d'autres zones, un ridicule et léger soupir de déception s'échappa des lèvres de Remus. Il sentit la vibration du rire de Sirius contre lui.

« Comme ça ? » murmura-t-il, sa main faisant à présent des mouvements lents et mesurés tandis qu'il mordillait l'intérieur de la cuisse de Remus.

Le désir engourdissait Remus et il ne parvint à marmonner qu'un incohérent ngh en guise de réponse. Il sentit le mouvement de la tête de Sirius et se délecta de la sensation du souffle chaud qui le chatouilla à nouveau. Mais alors, Sirius stoppa tout mouvement.

« Tu as l'air magnifique, au fait. » dit-il doucement.

Fermant les yeux, Remus parvint enfin à dire un mot. « Arrête. »

« Pourquoi ? »

Parce que si Sirius ne parlait pas, Remus pouvait oublier que quelqu'un le voyait dans son état le plus vulnérable.

« Parce que...arrête. »

Prenant peut-être ses mots pour de l'impatience, Sirius éclata à nouveau de rire et baissa la tête. Petit à petit, il prit Remus plus profondément, soufflant par le nez, tandis que Remus pouvait se sentir au fond de sa gorge. Puis, il se retira et répéta la même action, encore et encore et encore, la soie liquide de sa gorge amenant Remus un peu plus près, toujours plus près du bord, jusqu'à ce qu'il se torde sous lui, résistant de toutes ses forces à l'envie de donner un coup de rein.

« God. » souffla-t-il, et puis, parce que ce mot ne parvenait pas à exprimer correctement ce qu'il ressentait, tandis que Sirius le pressait avec ses lèvres et sa langue, il jura : « Putain, S-Sirius. » Il déglutit difficilement. « C'est tellement bon. »

Sirius émit un bruit au fond de sa gorge, la vibration soutirant un halètement de la part de Remus tandis que la tension dans son bas-ventre atteignait le point de rupture. Ses orteils fléchirent contre le divan sous lui, ses doigts s'agrippèrent aux cheveux de Sirius.

« God, je vais...tu dois... » Le prochain mot sur ses lèvres – bouger – fut promptement oublié, perdu quelque part entre son dernier mot et le brusque sursaut de son corps quand il arqua le dos, se déversant avec un grognement guttural directement dans la bouche de Sirius, son esprit embrumé par un plaisir incandescent.

Il frissonna sous le coup de l'intense sensation, relâchant sa respiration uniquement quand il s'effondra sur le divan. Son corps semblait s'être liquéfié. Ce ne fut que quand il regagna le contrôle qu'il se rendit compte de ce qu'il avait fait et il trouva l'expérience presque aussi mortifiante que quand il avait mordu les lèvres de Sirius.

« Merde. » grogna-t-il, sentant Sirius remonter le long de son corps. « Je suis désolé. »

« C'est rien, tu m'as prévenu. » murmura Sirius, embrassant sa mâchoire. « J'en avais envie. »

Sirius s'installa sur lui, alors, la tête sur son torse. Le cœur de Remus continuait à battre la chamade. Il se sentirait idiot si Sirius pouvait l'entendre.

« Tu me pardonnes, alors ? »

« Je t'avais déjà pardonné. » rétorqua Remus. Il enchevêtra ses doigts dans les cheveux de Sirius, appréciant la chaleur agréable contre son torse, tandis que ses membres lourds continuaient de le picoter.

« Mais c'était mieux que des mots, pas vrai ? »

« Oui. » acquiesça Remus, exténué. « Et toi ? » Il patienta, s'attendant à ce que Sirius s'asseye et déboucle sa propre ceinture.

Mais il secoua la tête. « Je voulais faire ça pour toi. » murmura-t-il. Après quelques instants de silence, il poursuivit, d'un ton bien trop naturel pour l'instant. « Je n'ai jamais sucé quelqu'un sur du Pink Floyd, auparavant. »

Remus faillit éclater de rire, mais il était soudain trop fatigué et trop distrait par les implications. « J'avais vraiment besoin de savoir ça. » rétorqua-t-il.

Sirius ne répondit rien et choisit d'enfouir sa tête dans le creux du cou de Remus, ses doigts battant doucement la mesure du lent instrumental de neuf minutes de "Shine On" sur son torse.

Et puis, Gilmour reprit le chant et Sirius, de sa voix basse, essoufflée, l'accompagna.

« Remember when you were young, you shone like the sun. » murmura-t-il. Sa voix ne parvenait à émettre que la moitié des notes. « Shine on, you crazy diamond. »

Poussant un soupir satisfait, Remus laissa ses doigts se relâcher dans les cheveux soyeux, ses paupières se fermer. C'était difficile de se rappeler, à présent, pourquoi ils s'étaient disputés en premier lieu et, même si ce n'était que le résultat de la bouche talentueuse de Sirius et d'une chanson vraiment géniale, Remus ne pouvait, à cet instant-là, trouver la force de s'en soucier le moins du monde. Son corps était tellement chaud et la voix douce et éraillée de Sirius le berçait gentiment.

« You were caught on the crossfire of childhood and stardom, blown on the steel breeze. »

Petit à petit, battant toujours la mesure sur son torse en un rythme régulier avec ses longs doigts, Sirius chanta jusqu'à ce qu'il s'endorme.

« You reached for the secret too soon, you cried for the moon. » souffla-t-il. « Shine on, you crazy diamond. » (1)


Le calme régnait, quand il se réveilla. Par la fenêtre, on pouvait apercevoir un ciel gris et pluvieux. On avait déposé sur lui une douce couverture et, alors qu'il était allongé sur le côté, il sentait l'étreinte ferme de deux bras autour de sa taille. Il lui fallut un moment pour se rappeler où il était, ne reconnaissant pas le meuble dur sous lui.

A peu près au même instant, Remus enregistra le fait qu'il était toujours dans le grenier et que Sirius était derrière lui, en train de dormir. Un lourd battement venait d'au-dessus d'eux et des oiseaux s'envolèrent soudain du toit en battant follement des ailes, le bruit se réverbérant dans tout le grenier.

Il sentit Sirius bouger et inhaler brusquement quand il se réveilla et Remus se tordit presque pour le regarder, juste pour vérifier qu'il n'y aurait pas d'expression de surprise ou, pire, de regret, sur son visage.

« Remus ? » murmura Sirius, sa voix rendue encore plus rauque par le sommeil. Remus plaça une main hésitante sur celle que Sirius avait passé autour de sa taille.

« Bonjour. » murmura-t-il. « Il est quelle heure ? »

Il sentit Sirius bouger derrière lui. « Je ne sais pas. Quatre heures ? Cinq heures ? Il est tôt, en tout cas. »

« Je ne sens plus tout mon côté droit. » avoua Remus.

« Désolé de pas t'avoir réveillé la nuit dernière. T'avais l'air tellement tranquille. On peut aller dans la chambre, si tu veux. »

« Non. » répondit Remus. « Restons ici encore un peu. »

En vérité, il ne se sentait pas vraiment prêt à affronter la réalité de la journée. La journée de la veille avait été étrange, c'était le moins qu'on puisse dire. Il ne s'était jamais attendu à succomber à Sirius ainsi, et d'une certaine manière, il avait toujours l'impression qu'ils avaient encore beaucoup de choses à se dire, que d'autres choses les avaient empêché d'aller jusqu'au bout du sujet. Il ne voulait pas se lever et voir l'expression de Sirius, pas à présent que la passion du moment était passée.

« Je suis heureux que tu sois revenu. » finit par dire Sirius. « Je pensais ne jamais te revoir ! »

« Je pense que tu savais que je reviendrais, Sirius. »

Sirius s'arrêta. « Peut-être, si tu avais fait ça quelques mois plus tôt. Je ne savais pas que tu pouvais te mettre autant en colère. » Il était difficile de savoir s'il était amusé, surpris ou ennuyé sans voir son expression.

« Ça ne m'arrive pas, en général. » Remus laissa échapper un petit rire. « Tu vois l'effet que tu as sur moi ? Tu me rends dingue. »

Sirius rit à nouveau contre sa nuque. Remus pouvait sentir ses doigts dans ses cheveux. Puis, ils arrêtèrent tout mouvement. « Tu étais vraiment en colère ? »

Remus y songea, jouant distraitement avec la main que Sirius avait toujours autour de sa taille.

« Je ne sais pas. » répondit-il sincèrement. « Je pensais l'être, à ce moment-là, mais maintenant que j'y pense, je me sens juste un peu stupide. »

« Stupide ? »

« Je n'ai jamais vraiment rencontré quelqu'un comme toi. »

« Comme moi ? »

« Quelqu'un de différent. Je ne connais vraiment que des fermiers. »

Sirius souffla de dédain.

« Non, c'est vrai. » insista Remus. « Des fermiers et des commerçants. Et puis tu es arrivé et tu...m'as donné le goût de vivre. Et en même temps, tu m'as transformé en cet...idiot timide et bizarre qui... » Sirius était déjà en train de rire et Remus ne put s'empêcher de pouffer lui aussi. « Qui dit toujours ce qu'il ne faut pas. » Il se contorsionna légèrement de façon à pouvoir voir le visage de Sirius. « Je pense que tu es le seul à pouvoir m'affecter comme ça. »

« Je ne voulais pas que tu te sentes stupide. » marmonna Sirius, ses lèvres frôlant la nuque de Remus tandis qu'ils se repositionnaient dans le divan. « Je ne voulais rien te faire de mal. »

« Ouais. » murmura Remus. « Ouais, je sais. »

« Tout va bien entre nous maintenant, Remus ? »

Il ne répondit pas tout de suite. Il ne pouvait pas exactement dire non. Sirius lui avait taillé une remarquable pipe, après tout, et il lui semblait qu'il se rappelait que tous les deux s'étaient excusé hier aussi. Pour ne pas mentionner James qui avait déjà essayé d'expliquer les actions de Sirius et si c'était une explication qu'il avait accepté, il ne pouvait s'empêcher de se méfier toujours un peu. James avait semblé indiquer qu'il devait s'attendre à ce qu'une telle chose se reproduise.

Lentement, il se tourna sous la couverture de sorte qu'ils soient face à face.

« Je...t'aime bien. » dit-il d'un ton hésitant. « Et ça rend les choses un peu difficiles. »

« Difficiles ? » Sirius avait l'air anxieux.

Une voix dans la tête de Remus lui dit qu'il devait arrêter à présent, arrêter de tout gâcher, mais à quoi ça pouvait bien servir ? Il avait déjà dérogé à ses principes hier en laissant Sirius le gagner physiquement. Il ne pouvait pas continuer de penser de façon aussi inhabituelle avant qu'ils ne mettent réellement la situation au clair.

« Et bien, d'un côté, je t'aime bien donc je veux, je ne sais pas, être avec toi ? Et d'un autre côté, je t'aime bien donc je n'ai pas envie que tu me blesses. »

Il sentit soudain des doigts saisir les siens quand Sirius trouva sa main sous les couvertures.

« Et si je promets de faire tout ce que je peux afin de m'assurer que je ne te blesserais plus jamais ? » dit-il avec sérieux.

« Et bien, tu perdrais ton temps à faire des promesses à une personne bien peu appropriée. » dit Remus avant de pouvoir s'en empêcher. Sirius eut l'air confus. « Je ne suis pas comme les autres, Sirius. Je ne peux pas te donner ce que les autres mecs peuvent t'offrir. »

« Je sais que tu n'es pas comme les autres. C'est pour ça que je t'apprécie. »

Remus se mordit la lèvre. « C'est bien de dire tout ça maintenant, quand on est tous les deux mais que se passera-t-il quand je ne serais pas là ? Ça vaut quoi, des rires et des conversations face à... » Il haussa les épaules, évitant le regard de Sirius. « Face au sexe ? »

« Je n'ai pas besoin de ça, ce n'est pas de ça dont il est question. » répondit fermement Sirius. « Quand je ne veux pas être seul, le sexe est un bon moyen de m'assurer que je ne le suis pas. C'est pas que j'en ai besoin, pas...autant. Je ne te ferais jamais faire quelque chose dont tu n'as pas envie. J'aime juste passer du temps avec toi, Remus. Et ne dis pas que tu ne conviens pas, parce que...parce que tu es la seule personne qui me fasse me sentir bien. La seule qui me donne l'impression que je ne vire pas fou. »

« On ne se connaît pas depuis si longtemps. » marmonna Remus.

« Suffisamment longtemps. » fit Sirius, désespérément. « Tout allait bien, hier, tu as dit que tout allait bien. »

« Tout va bien, c'est juste...je ne sais pas vers où on va. »

Sirius pressa ses doigts un peu plus fort, ses pouces parcourant le menton et les mâchoires de Remus, ses yeux gris le sondant.

« Reste avec moi. » dit-il fermement. « Je sais que j'ai tout foutu en l'air. Je...je suis désolé, à propos de Leo, vraiment désolé, et je sais que tu es au courant de la façon dont j'ai traité Max mais ça ne veut pas dire que les choses ne peuvent pas changer, que je ne peux pas changer. Je suis un vrai connard, un salaud et tu ne mérites pas ça alors je ne te ferais pas ça. Je te le promets. »

Remus ferma les yeux. Quand est-ce que sa vie était-elle devenue si compliquée ? Il n'avait jamais dû prendre de telles décisions auparavant. « Ce n'est pas aussi simple, Sirius. »

« Pourquoi pas ? »

Remus rouvrit les yeux. « Imagine que je rentre à Gloucester et que je dise à tout le monde que je suis tout d'un coup devenu homo. Que je sors avec une rock star. Ils vont faire une attaque ! »

Sirius haussa les épaules, comme si la solution était évidente. « Tu n'es pas obligé d'y retourner. »

« J'ai une famille, Sirius. J'ai un boulot et une vie qui sont complètement différents des tiens. » A chaque mot, il pouvait voir le visage de Sirius de plus en plus défait, sa silhouette se renfoncer dans le canapé. « Je ne dis pas que je ne changerais pas tout ça, simplement que ça prendra du temps. Ça n'arrivera pas du jour au lendemain et j'ai peur que tu ne pourras pas attendre aussi longtemps. » Si tu n'as pas réussi à attendre cinq malheureux jours, ajouta-t-il mentalement.

« Tu ne me fais pas confiance. »

Remus hésita. « Il faut du temps pour faire confiance. »

« On pourrait au moins essayer, sinon, comment peut-on savoir ce qu'il va se passer ? Au moins, laisse-moi te prouver que je peux tenir mes promesses. » Sirius déglutit, le fixant avec des yeux bien trop alertes quand on songeait à l'heure qu'il était. « Il faut une première fois à tout. »

Finalement, Remus sourit. « Il me semble que je me rappelle que la dernière fois où tu as dit ça, on s'est aussi retrouvés au petit matin sur un canapé. »

Il fallut quelques instants avant que Sirius ne lui rende son sourire et, quand il y repensa plus tard, Remus se rendit compte que c'était probablement ça qui avait tout scellé. Ce sourire stupide et fantastique. On aurait dit qu'il avait la faculté de le faire dire et faire des choses ridicules quand il le voyait en personne, ce sourire qui s'étirait lentement sur les traits de Sirius, plutôt que sur la couverture d'un magazine. C'était un talent, ce sourire, et c'est ce qui lui fit mordre sa lèvre inférieure pour réprimer un autre sourire, ainsi qu'un petit soupir. C'était ce sourire qui lui faisait penser qu'il serait idiot de dire non. Et c'est ce sourire qui lui fit ouvrir la bouche pour prononcer les mots qu'il savait que Sirius voulait entendre et il savait aussi, profondément, qu'en dépit de tout, que c'étaient aussi les mots que lui voulait dire.

« Peut-être que tu as raison. Peut-être qu'on pourrait au moins essayer. »

Sirius rit doucement, la langue entre les dents. « Je savais que tu dirais ça. » Il sourit, mettant fin à la distance entre eux pour déposer un baiser sur les lèvres de Remus. Il eut l'air confus quand Remus le repoussa.

« Je ne me suis pas brossé les dents. » protesta-t-il.

« Je m'en fous. » Sirius essaya à nouveau de l'embrasser mais Remus le repoussa, une main sur le torse.

« Et bien moi, non. » Il rit, mais il fut interrompu par le retroussement de ses lèvres quand il considéra ce qu'il venait juste de dire. « Sirius, tu sais que ça ne fait pas automatiquement tout revenir à la normale, n'est-ce pas ? »

Sirius continuait de déposer de rapides baisers dans son cou comme un petit oiseau. « Oui, oui. » (2)

« Et tu sais que je n'ai pas eu de relation depuis un moment. »

« Je sais. »

« Et tu sais qu'il nous faudra du temps. »

« Remus. » Sirius releva les yeux et un autre rire doux s'échappa de ses lèvres. « Je sais. On arrangera tout. »

Aussi simple que ça. On arrangera tout. D'une manière ou d'une autre, Remus parvint à le croire.


« Bonjour, les garçons. » fit George, quand ils descendirent à la cuisine, quatre heures plus tard. L'intendant y regarda par deux fois quand il vit les sourires stupides étalés sur leurs visages. « Le temps est sûrement bien trop gris pour de tels sourires. »

Ils tournèrent un sourire de connivence l'un vers l'autre.

« Enfin. » poursuivit joyeusement George, les poussant vers la table du petit-déjeuner et jetant un coup d'œil au jardin par les portes-fenêtres. « La pluie a fait un bien fou à tes gardénias, Sirius. »

« Oh, euh...chouette. » fit Sirius, comme s'il n'était pas capable de faire la différence entre une gardénia et un nain de jardin. Il se laissa tomber sur une des chaises et commençant à fouiller le bol de fruits, à la recherche d'un briquet.

Prenant l'action pour une quête plus saine, George dit : « Je peux te préparer quelque chose à manger. »

« Tu as faim, Remus ? » demanda Sirius, ce à quoi Remus acquiesça. Leur baiser passionné l'avait affamé. Son manque d'habitude à de longues séances de baisers passionnés ajoutait un peu plus à sa fatigue.

Il semblait que tout le monde obtenait ce qu'il voulait, aujourd'hui. George avait l'air aux anges à l'idée d'enfin pouvoir préparer un petit-déjeuner et, résultat, il en fit des tonnes. Ils furent obligés de donner la majeure partie de la nourriture qu'ils n'étaient pas capables d'ingurgiter à Achille quand George ne les regardait pas, ce qui fit presque pousser un miaulement de plaisir au chat, petit rayon de soleil dans une vie qui semblait sinon bien triste.

Une fois qu'ils furent parvenus au bout de leur assiette, Sirius mordit dans une pomme avec bruit, demandant tout en mâchant : « Tu veux faire quoi, aujourd'hui ? » Un peu de jus coula le long de son menton et Remus fut momentanément distrait jusqu'à ce que Sirius passe sa main sur son visage.

Remus n'arrivait pas à arrêter de le regarder. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il s'était passé. Qu'il était passé de la colère au pardon, à la confusion à...la couple-attitude ? Le début d'une sorte de vraie relation ? C'était bizarre et il craignait que s'il y songeait trop longtemps, il trouverait une autre raison pour justifier que lui et Sirius ne pouvaient être ensemble.

Il était temps de suivre le conseil de Sirius, toutefois. Il était temps de se détendre, de vivre spontanément. Il est temps, Lupin, de mettre de côté thé et coupes de cheveux stupides et tous les préoccupations que tu as eu pour tout ce qui est de près ou de loin banal. Temps d'entrer dans un monde de "isme"s rebelles : Hédonisme. Libéralisme. Exotisme.

Enfin. Il pouvait mettre de côté le thé au moins métaphoriquement. La ré-évaluation de sa vie faite, il fixa Sirius.

« Hm. Et bien, je dois voir Alice cet après-midi. »

« Alice ? »

« Tu sais, la fille du magazine. »

« Oh, d'accord, Alice. » dit Sirius, comme si elle ne lui disait toujours rien.

« Mais à part ça, c'est à toi de voir. »

Sirius hocha lentement la tête, croquant dans sa pomme. « Et bien, en fait, j'avais pensé te montrer quelque chose. »

Remus leva la tête de son assiette. « Ah bon ? »

« Je bosse sur un truc, de la musique. En solo, je veux dire, pas un truc pour le groupe. Un second avis sur ces chansons ne serait pas de refus. »

« Vraiment ? » Remus sourit, soudain excité. Il savait que Sirius savait écrire – pratiquement tous les hits de Blue Stag étaient de sa composition – mais il n'avait jamais entendu quelque chose de personnel auparavant. L'idée que Sirius voulait volontairement lui en faire part était géniale.

« Bien sûr. » répondit Sirius avec légèreté. « Je veux dire, si tu vas être mon petit ami, tu devrais être le premier à l'entendre. »

Remus était certain que le sourire sur son visage était stupide mais, pour une fois, il s'en fichait. Même quand George se racla bizarrement la gorge avant de reprendre leurs assiettes, Remus ne parvint pas à être embarrassé. Il était toujours nerveux, repassait toujours les événements récents dans son esprit, mais quand il repoussait au fond de son esprit Leo, Jake, Max et tous les événements négatifs qui étaient revenus à la surface, il était en réalité assez heureux. C'était un fait rare dans la vie de Remus Lupin.

Ce fut Sirius qui l'emmena chez Preacher, cet après-midi-là. Ils y allèrent en voiture plutôt qu'en moto, cette fois, même si, vu le trafic londonien qu'ils durent subir, ils avaient probablement dépensé beaucoup d'essence.

« Tu veux que je t'attende ? » demanda-t-il, une fois qu'ils réussirent à se garer dans le parking bondé des bureaux.

« Je ne sais pas combien de temps ça prendra. »

« Ça ne me dérange pas d'attendre. » fit gaiement Sirius. Il semblait être d'une particulièrement bonne humeur. « Allez, vas-y. »

Remus lui fit un sourire reconnaissant, déboucla sa ceinture de sécurité et se pencha pour déposer le plus rapide des baisers sur ses lèvres. Du moins, il essaya d'en faire un rapide. Sirius le saisit par la nuque et avala sa protestation avec un baiser plus long et bien plus passionné.

« Sirius. » marmonna Remus contre ses lèvres. « Tes vitres ne sont pas teintées. »

A contre-cœur, Sirius le lâcha.

« Bonne chance. » lança-t-il. « Si c'est un truc qui nécessite de la chance. Je sais pas. Bonne chance quand même. »

Remus sourit et le remercia avant de sortir, faisant le tour du bâtiment pour trouver la porte d'entrée. Cette fois, le trajet fut beaucoup plus aisé une fois à l'intérieur ; grâce à sa première venue plutôt confuse, il savait maintenant où aller. L'endroit était encore plus animé qu'il ne l'avait été la dernière fois mais il parvint à se frayer un chemin parmi la foule vers les escaliers, optant pour ceux-ci plutôt que pour les ascenseurs qui étaient tous remplis d'hommes d'affaires.

Il regretta sa décision dès qu'il se rendit compte de tous les étages qu'il devait gravir mais, qu'importe, il parvint au bon étage, bien qu'un peu débraillé. Jetant un coup d'œil alentours, essoufflé, il chercha une sorte de bureau d'accueil mais l'étage semblait bourdonner d'activité, plein à craquer de gens et ce ne fut que quand il entendit son nom qu'il bougea du haut des escaliers.

Sortie de nulle part, Alice apparut en costume rose.

« Remus ! » s'écria-t-elle, refermant sur ses épaules ses doigts aux longs ongles. « Remus Lupin. »

Il lui rendit un sourire confus. Il ne savait pas pourquoi elle paraissait si heureuse de le voir. Peut-être qu'Alice aimait juste énormément les jeudis.

« Tu es une vraie star. Viens avec moi ! » Elle le prit par la main et le tira littéralement jusqu'à son bureau.

Personne ici ne l'avait regardé, l'autre jour. A présent, on aurait dit que tout le monde le fixait et, tandis qu'il observait son entourage, son sourire commença à se faner.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda-t-il lentement.

« Ce qu'il se... ? Oh, Remus, tu es drôle. » Alice tira une chaise depuis un bureau vide derrière elle et le fit s'y asseoir, se perchant sur l'autre en face de lui et prit ses mains, se penchant avec enthousiasme vers lui. « Allez. » dit-elle. « Dis-moi comment t'as fait. »

Il commençait à être nerveux, à présent, et esquissa un sourire inquiet. « Fait quoi ? »

« Découvrir la vérité sur Sirius Black, bien sûr ! » rétorqua-t-elle d'un ton excité. Elle se rapprocha encore plus près, parlant à voix étouffée. « Qu'il est, tu sais, gay. »

Remus la fixa, son sourire toujours fixé sur son visage. Et puis, lentement, lentement, il commença à s'évanouir. Sa bouche était soudain très sèche et il déglutit difficilement, une façon de retrouver l'usage de la parole.

« Qu'est-ce que tu viens de dire ? » demanda-t-il, hébété, ses lèvres se mouvant à peine.

Pour la première fois, l'expression lutine d'Alice vacilla. « Allons, Remus. Ne joue pas les idiots. » Elle se tortilla dans son siège et fouilla une pile de papiers sur son bureau, extrayant de celle-ci un brouillon horriblement familier. Remus avait l'impression qu'il allait vomir.

« Comment est-ce que tu l'as eu. » dit-il, plus qu'il ne le demanda, la voix basse. Parce qu'il était là. Son article. Son brouillon. Celui qu'il allait détruire.

« Tu me l'as donné. » dit Alice, l'air inquiète, à présent.

Secouant la tête, Remus ferma étroitement les yeux, ne les ouvrant que quand il fut parvenu à une conclusion raisonnable.

Okay, Lupin, c'est juste un bout de papier. Ce n'était que sur son bureau. Rien de grave. S'il n'y a qu'Alice d'au courant, ce n'est rien. Alice ne dira rien. Je peux la supplier de ne rien dire. Ou je peux toujours mentir !

« Écoute, c'est stupide, ce n'est même pas... » Quand il tendit la main vers l'article, elle l'éloigna rapidement hors de portée.

« C'est une exclu vraiment géniale. » dit-elle lentement. « Tu vas recevoir beaucoup d'argent pour ça. »

Il secoua à nouveau la tête. « Non. » souffla-t-il. « Non, tu ne peux pas publier ça. Je ne voulais même pas te le donner, c'était une erreur et ce n'est pas...ce n'est même pas vraim... »

« Remus... »

« C'est une blague, c'est juste une blague...Alice, s'il te plaît, rends-le moi... »

« Remus, c'est...c'est fait, mon chou. »

Il la fixa, la main toujours tendue. Lentement, il replia ses doigts en un poing.

« C'est fait. » répéta fermement Alice, et toute trace de joie avait totalement disparu de son visage. Elle semblait comprendre ce qu'il s'était passé. Le franc était enfin tombé ; pas que ça puisse changer quoi que ce soit. C'était fait ? Comment est-ce que cela pouvait être fait ?

« Tu ne comprends pas. » gémit désespérément Remus. « Je l'ai écrit en cinq minutes, ce n'était même pas...ce truc n'était même pas censé être lu. »

« Il a déjà été envoyé en relecture et tapé, c'est bon. »

Remus répondit d'un ton brusque, la faisant sursauter : « Non, ce n'est pas bon. Ce n'était pas censé être publié. Vous ne pouvez pas. »

« Remus, c'est fait. » répéta-t-elle à nouveau, comme s'il ne l'avait pas entendu les mille premières fois. « Tu as déjà signé un contrat disant que nous pouvions utiliser tout ce que tu nous donnais. Je veux dire, soyons réalistes : on n'allait pas ne pas le publier, pas vrai ? »

« Oh mon Dieu. » gémit-il. Il se sentait malade. Un sentiment de malaise brûlant et piquant remuait ses entrailles, dangereusement proche. Il passa ses bras sur son ventre, convaincu qu'il pourrait bien vomir juste là.

« Remus, s'il te plaît, dis-moi ce qu'il se passe. »

« Quand est-ce qu'il va être vendu ? »

« Demain. »

« Dem... ? Oh Seigneur. Oh merde. Il va me tuer. »

« Qui ? »

« Sirius ! »

Alice laissa échapper un rire soulagé, plaçant ce qu'elle pensait probablement être une main réconfortante sur son genou. « Oh, mon chou, c'est tout ce qui te tracasse ? Ne t'en fais pas ! On a une protection pour ce genre de choses, tu seras parti bien avant que Sirius Black ne... »

« Non, c'est mon... » Remus s'agita. « Ami. C'est mon ami. »

Alice se rassit, peu impressionnée. « Ce n'était pas un article très amical. »

Il laissa échapper un soupir frustré. Qu'est-ce qu'elle ne comprenait pas dans ce qu'il disait ?

« Tu ne comprends pas. Alice, s'il te plaît, tu peux faire quelque chose. Je ferais n'importe quoi, juste...s'il te plaît. S'il te plaît. Ne le publie pas. »

Elle le fixa avec des yeux soulignés de khôl ébahis, ses dents s'enfonçant dans des lèvres d'un rose vif, son expression déchirée. « Je ne m'étais pas rendue compte...c'est juste...il est déjà quasiment publié. Je ne pourrais rien y changer maintenant, même si je le voulais. Je suis tellement désolée, Remus. Je n'en avais aucune idée. »

Il la regarda, suppliant.

« Il n'y a rien que je puisse faire. » lui dit-elle, solennellement.

Soudain, ses traits se tordirent brusquement en un air venimeux, le malaise dans son ventre se transformant en une fraîche bouffée de rage. « Comme si t'allais faire quoique ce soit même si tu le pouvais. » cracha-t-il, s'éloignant d'elle brutalement et se relevant si abruptement que la chaise faillit se renverser. Ignorant ses appels, il sortit en trombe, se précipitant parmi la foule pour atteindre les escaliers, se lançant pratiquement vers eux. S'il ne pouvait pas les empêcher de publier l'article, il pouvait au moins être celui qui allait annoncer ça à Sirius.

Ce ne fut pas aussi facile une fois qu'il eut atteint la sortie, toutefois. Son souffle semblait s'être arrêté une fois qu'il fut sur le parking et qu'il vit Sirius, appuyé contre sa voiture, en train de fumer. Il laissa échapper un petit gémissement et un homme en costume-cravate passant à côté de lui lui jeta un drôle de regard que Remus était trop terrifié pour analyser.

Il se dirigea d'abord vers la voiture, se forçant à avancer. Mais plus il s'en approchait, plus son pas ralentissait et il traîna les pieds sur les derniers mètres comme un enfant fautif. L'air joyeux de Sirius, tandis qu'il crachait de la fumée du coin des lèvres, ne l'aidait vraiment pas.

« Hey, tu vois, t'as pas pris trop longtemps au final. » dit-il, mais son sourire s'évanouit rapidement. « Tout va bien ? »

Comment Remus était supposé lui dire que non ? Putain, comment était-il supposé lui dire ?

« Pas vraiment. » Ouais, c'était une façon comme une autre.

Sirius tira une dernière fois sur sa cigarette avant de la jeter par terre, enfonçant ses mains dans ses poches et haussant un sourcil interrogateur.

« Sirius, j'ai fait une chose vraiment horrible. » finit par dire Remus, sa voix calme craquant un peu. « Mais d'abord, tu dois me croire...je le jure devant Dieu, je n'ai pas voulu ça. »

« Crache le morceau. » fit Sirius.

Il s'humecta ses lèvres tout en se forçant à fixer Sirius dans les yeux. « Hier, quand j'étais en colère, j'ai écrit un article sur toi. Sur...tout. »

« Tout ? »

Remus détourna le regard, serra les mâchoires. Il acquiesça. « Ils vont le publier. »

« Oh. Quand ? »

« Demain. » murmura Remus, grimaçant, s'attendant à recevoir un coup de poing au visage.

Sirius acquiesça brièvement en réponse. Remus aurait pu être légèrement soulagé par le manque apparent de fureur immédiate, s'il n'était conscient que c'était de cette façon dont les colères de Sirius commençaient en général. Remus l'entendit prendre une brusque inspiration.

« Alors, quand tu dis tout... »

« Je veux dire...tout. » Il ne pouvait pas le regarder. Il ne pouvait pas.

Il attendit, attendit, attendit. L'air froid lui piquait le visage tandis qu'il fixait ses chaussures, le corps parcouru de frissons, son cœur battant la chamade dans sa cage thoracique. Et voilà. Il avait tout gâché. Toutes ces heures passées ensemble ce matin ; à parler, s'embrasser, agir comme s'ils étaient vraiment amants – aussi embarrassant que ce mot lui ait toujours paru – venaient de se réduire à ça : deux hommes adultes se fixant en silence, les traits immobiles et impassibles comme s'ils ne s'étaient jamais vu auparavant.

Enfin, Sirius prit la parole.

« Et bah putain. » Il éclata de rire. « C'est la merde, hein, Remus ? »

Sa voix était pleine de sarcasme. Remus ferma les yeux.

« Entre tous, hein ? » Sirius se retourna et donna un coup de pied à sa bagnole, faisant tressaillir Remus. « Entre tous. »

« Je suis désolé. Je suis désolé. Si tu pouvais juste m'écouter... »

A sa surprise, Sirius se retourna et planta son regard dans le sien. Il était silencieux, un fait qui rendait Remus nerveux ; il ne savait soudain pas par où commencer. Il essuya ses mains moites sur son jeans, les tortilla, se gratta le bras.

« Tu...tu m'as vraiment blessé. » dit-il maladroitement. Sirius laissa échapper un grognement de colère et fit signe de tourner les talons mais Remus l'attrapa par l'épaule et le retint, déterminé à lui donner sa version des faits. « Tu sais que j'ai pas eu une tonne de relations et...et peut-être que je ne suis pas trop au courant de l'étiquette de tout ce fatras mais je ne m'attendais pas à ce que tu foutes le camp et fasses ce que tu as fait dès que j'avais le dos tourné. Et j'étais blessé, okay ? Je veux dire, tu sais, j'avais cette idée ridicule qu'avec moi, tu changerais. »

« Oh, s'il te plaît. N'essaie pas de faire genre que tu es celui qui as été trahi. » cracha Sirius.

« Je suis parti et il t'a fallu, quoi ? Moins d'une semaine pour trouver quelqu'un d'autre à amener dans ton lit ? Comment tu crois que je me suis senti, après ça ? »

« Oui, je comprends ça, Remus. Et oui, j'ai conscience que j'ai agi comme un complet crétin. Mais on en a parlé. Ça ne te donnait pas le droit d'aller cafarder... »

« Mais je ne l'ai pas fait, c'est justement ça le truc ! »

L'expression de Sirius ne laissait rien paraître mais au moins, il était toujours là, l'oreille attentive.

« J'étais en colère. » poursuivit Remus. « Et je voulais parler à quelqu'un mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais parler de toi à personne alors j'ai écrit parce que... » Il pouvait sentir ses yeux le picoter, vaincus par la fatigue d'essayer de se justifier. « Parce que c'est la seule chose que je sais comment faire. »

Sirius était toujours en train de calmement le fixer, une invitation silencieuse à continuer.

« Et puis j'ai foutu ce papier dans mon sac et je l'ai totalement oublié et, le temps que je doive le donner à Alice, j'ai...j'étais pressé, je n'ai pas regardé ce que je faisais et je le lui ai donné et c'était le mauvais article mais le fait est que je n'ai jamais voulu faire ça, Sirius. C'était un bout de papier stupide, horrible, un défouloir qui n'était même pas bon. J'allais m'en débarrasser, je te le jure. »

Sirius ne dit rien pendant un moment. Il fixait le sol, les jambes légèrement écartées, ses doigts se pliant et se dépliant. Puis, il acquiesça légèrement la tête, comme s'il était parvenu à une conclusion.

« Alors, en fait, t'es en train de dire... » fit-il lentement. « ...que tu as ruiné ma carrière parce que tu as été trop négligent. »

A ces mots, et à sa propre surprise, Remus fut soudain saisi d'une rage stupéfiante. C'était un sentiment qu'il n'avait même pas ressenti quand il avait découvert que Sirius avait couché avec Leo ; dévasté aurait été un terme plus approprié pour décrire les sentiments de Remus pendant cet incident. Mais à présent, il sentait la sensation brûlante et écœurante éclater dans sa poitrine avant même qu'il puisse songer essayer de l'arrêter.

« Moi ? C'est moi, le négligent ? » Il eut un rire creux, plein d'incrédulité. « Qui a laissé savoir à un journaliste qu'il était gay, à peine deux semaines après l'avoir rencontré parce qu'il n'était pas capable de garder ses mains chez lui pendant un mois ? Qui boit trop et fume Dieu-sait-quoi et couche avec...avec des p'tits ados squelettiques dans des clubs horribles, en dépit de la terreur qu'il éprouve à l'idée que quelqu'un découvre son énorme – son énorme et bouleversant secret ? »

Sirius le fixa, la surprise se lisant clairement sur ses traits.

« Ce n'est pas moi, pas vrai ? C'est toi, Sirius, toi. C'est toi qui as fait tout ça et pourtant, tu as l'audace d'être planté là et de me dire que c'est moi qui suis négligent ? »

Il se rapprocha un peu plus et, si Sirius ne recula pas, il tressaillit de façon évidente. Le cœur de Remus cognait dans sa poitrine, sa voix craquait. Il essaya de prendre une profonde inspiration mais cela ne servit à pas grand-chose pour réprimer l'étrange sensation de libération qui le saisissait soudain.

« Laisse-moi te dire une chose, Sirius. » dit-il, à voix basse. « Il faut pas mal d'arrogance pour croire que les gens en ont quelque chose à foutre de si tu couches avec des hommes ou des femmes. Tu es bassiste dans un médiocre groupe de rock. Ça ne fera sûrement pas la première page. »

Il s'attendait réellement à ce que Sirius lui crache quelque chose à cet instant, ou lui crie dessus, ou le frappe, même. Il fallut quelques instants avant que l'homme ne relève enfin les yeux vers Remus et son regard ne cilla pas un instant. A présent, c'était au tour de Remus d'hésiter.

« Et bien, c'est cool d'enfin savoir ce que tu penses vraiment. » fit Sirius d'un ton étrangement normal.

« Je... »

« Tu sais, je pensais vraiment que t'étais différent. » Sirius secoua légèrement la tête, ses yeux toujours fixés sur Remus. « Mais j'avais tort. Tu es comme tous les autres journalistes, à mentir pour te frayer un chemin dans la vie des gens et puis les foutre en l'air juste pour ton propre bénéfice. »

« Je n'ai jamais menti... »

« Non, peut-être pas. Mais tu as tout gardé sous silence, pas vrai ? T'es très doué pour ça. » Il lâcha un petit rire. « Et moi qui avais l'audace de croire que j'étais plus...qu'un bassiste dans un médiocre groupe de rock. » Il prononça les derniers mots avec raillerie, d'un ton si acerbe que Remus pouvait pratiquement voir le poison qui s'écoulait de ses lèvres.

Il fixa silencieusement Sirius fouiller ses poches, à la recherche de ses clés. Il déverrouilla la porte avant de s'arrêter. « C'était bien quand même, pas vrai ? » fit-il doucement. « Pendant que ça durait. D'ailleurs, combien de temps ça a duré ? Quelques heures ? Et bien, y'a au moins quelque chose de bien que j'ai pu en tirer. J'ai réussi à avoir une relation entière sans tromper. » Il eut un sourire amer. « Fier de moi ? »

Et ce fut à cet instant que Sirius Black entra dans sa voiture, claqua la portière et s'en alla. Probablement pour de bon.

Avec un grognement frustré, Remus se laissa tomber au sol et enfouit son visage dans ses mains. Merde. Merde, merde, merde. Tout était foutu, envolé. Tout. Et tout est ta faute, Lupin, putain d'imbécile. Tout est ta faute.

Tout ce qu'il s'était passé ces derniers mois, tout ce qui avait été dit, fait, ressenti, vécu en était réduit à ça : gâchis. Un foutoir abyssal d'une situation qui était entièrement sa faute. Et ça ne servait à rien de penser que tout allait se régler comme avec Leo ; ce n'était pas un dérapage éphémère et dû à l'alcool. C'était la vie de Sirius, le secret de Sirius, la carrière de Sirius. Et qui pourrait bien être Remus Lupin s'il pensait qu'on pouvait lui pardonner quelque chose d'aussi monumental ?


Il rentra chez lui vers six heures. Le train était bondé. La gare était bondée. Les rues menant à sa maison étaient pluvieuses, vides et grises. Le chien d'à côté aboya quand il se traîna jusqu'à la porte du jardin, la clé se coinça dans la serrure et il faisait froid dans le salon, quand il parvint enfin à rentrer chez lui. Épuisé, Remus se laissa tomber sur le divan.

C'était difficile d'accepter le fait qu'il allait vraiment passer le restant de ses jours ici, après tout. Ici, avec le radiateur à gaz cassé et sa télévision qui rendait l'âme, les surfaces éraflées, les piles de travaux inachevés, les délais, la lumière grise et morne. Ici, la maison qu'il n'avait jamais appris à aimer, dans un endroit où il n'avait jamais semblé réellement à sa place, avec des amis avec lesquels il ne s'était jamais totalement lié, qui ne s'étaient pas non plus réellement liés à lui. Avec ses parents, avec la ferme, avec le chenil d'Alfie Fletcher où il finirait sans aucun doute par travailler. Gloucester ; jolie petite ville des neuf-dix-sept-heures, les gens banals. Il n'y avait pas de glamour, ici, pas de lumière. Il n'y avait pas de Sirius.

C'était marrant, d'une certaine manière, la façon dont ils ne s'étaient connu que pendant une brève période et pourtant, Remus sentait que sa vie ne serait plus jamais pareille, quoi qu'il fasse. Il ne pouvait pas vraiment se l'imaginer à présent ; il n'en avait pas envie. Il savait que si quelqu'un était là, à l'écouter déblatérer ses malheurs, il ne ferait que lui dire qu'il était jeune. Mais reconnaître sa jeunesse ne faisait qu'empirer la chose ; sa vie semblait s'étendre encore longtemps devant lui, ainsi.

Des occasions comme celles qu'on avait présenté à Remus ne se rencontraient qu'une fois. Si elles se présentaient à vous, vous les saisissiez ou vous le regretteriez toute votre vie. Pour sûr, il s'était garanti un job avec Preacher, mais en avait-il encore envie, maintenant ?

Et Sirius. Sirius, avec son impulsivité, sa mauvaise humeur et ses coups d'un soir. Sirius, avec son rire contagieux et son doux demi-sourire et ce tatouage stupide et sentimental, ce piercing dans son flanc. Sirius, avec son chat obèse et son intendant affairé, avec son grenier secret et sa vulnérabilité encore plus secrète. Sirius, disparu en un éclair. Tout ça, disparu.

Sirius n'était pas la seule chose, cependant. Qu'en était-il du reste du groupe ? Il n'avait pas ruiné juste une carrière, il en avait ruiné quatre. Cinq ans auparavant, quand il avait commencé à vouloir sérieusement être journaliste, il s'était promis de glorifier les groupes, les célébrer. Pas ruiner leur vie. Non, jamais ruiner leur vie.

Cette pensée lui donnait envie de pleurer, de hurler ou de casser quelque chose. Au lieu de quoi, il mit la bouilloire sur le feu.

Appuyé contre le plan de travail en attendant que l'eau bouille, il fixa le numéro de téléphone sur le frigo, de la même façon qu'il l'avait ces trois derniers mois. Il se rappelait avec clarté l'excitation qu'il ressentait à chaque fois que le téléphone sonnait, la déception quand il se rendait compte que c'était l'un de ses parents ou quelqu'un du boulot ou Alice. Il pouvait l'imaginer, à présent, la rapidité avec laquelle il décrochait. Il l'imaginait de façon si saisissante qu'il pouvait même l'entendre sonner à présent, résonnant dans la cuisine vide pour se mêler au chuchotis des gouttes d'eau qui tombaient du robinet et au crépitement de la pluie contre la fenêtre.

Non. Ce n'était pas son imagination. Ça sonnait vraiment.

Remus cligna des yeux et la bouilloire siffla, oubliée. Il laissa le téléphone sonner deux, trois, quatre fois avant de finalement assimiler le fait que quelqu'un voulait lui parler et c'est avec un lourd soupir qu'il se traîna dans la cuisine et tendit lentement la main pour décrocher.

« Allô ? » marmonna-t-il, s'attendant à l'inévitable voix de crécelle de sa mère ou le babillage lutin d'Alice.

« Hey. » fit la voix au bout du fil, avec un familier accent traînant du sud, continuant avant que Remus ne puisse même ouvrir la bouche. « Je ne mentais pas, tout à l'heure. »

Remus s'immobilisa, ses doigts perdus dans les nœuds du fil. Il ne dit rien et ferma les yeux, vaincu. Et voilà. Il allait avoir droit à tout ce que Sirius avait oublié de lui dire, plus tôt. Tout ce qu'il méritait, en réalité. Il retint son souffle, attendant la suite.

Seulement, les insultes ne vinrent jamais. Ou les cris ou les mots que Remus pensait réellement mériter. Après une inspiration tremblante, Sirius dit une simple phrase, et ce ne fut que quand les mots pénétrèrent son esprit que Remus s'effondra contre le frigo, passa une main dans ses cheveux, sourit et se souvint comment respirer.

« Un second avis sur ces chansons ne serait vraiment pas de refus. »


(1) Extrait de "Shine on You Crazy Diamond", de Pink Floyd, présente sur l'album Wish You Were Here. Traduction : « Souviens-toi, quand tu étais jeune Tu brillais comme le soleil Brille, toi, le diamant fou Tu as été pris entre deux feux Ceux de l'enfance et de la célébrité Soufflé par la brise d'acier Tu as trop rapidement découvert le secret Tu as hurlé à la lune Brille, toi, le diamant fou. » Le sens de la chanson peut être rapproché à l'histoire de Sirius Black, dans la fic, même si originellement, la chanson a été composée pour Syd Barrett, membre fondateur de Pink Floyd qui dut en être écarté, à cause de son comportement instable dû aux drogues.

(2) "Sirius was still pecking at his neck like a little bird." Polysémie de "to peck" en anglais, qui veut aussi bien dire donner de petits coups de bec que donner de rapides baisers.

Désolé pour le délai de publication, je n'avais pas vraiment la tête aux fics ces derniers temps. Traduction finie hier, quasiment du premier jet, relecture ultra-minimale...vous prenez l'habitude, maintenant, hein ? Si jamais vous voyez des fautes (et il y en a certainement des tonnes), n'hésitez pas à me le signaler. En tout cas, il ne reste plus que l'épilogue et il devrait arriver sous peu. Moins d'une semaine, normalement.

Pour ceux qui suivent mes propres fics (je pense à toute la série Vampire Heart/Killing Loneliness), comme je l'ai dit au-dessus, je n'ai plus vraiment la tête aux fics. J'essaierais de terminer au moins Deeper Down et peut-être Hide From The Sun mais je ne promets strictement rien. Que je termine No Exp' est déjà un miracle en soi.

Sorn

La Folle Joyeuse : Ne t'en fais pas trop, c'est oublié. Je me vexe malheureusement assez facilement et j'ai tendance à prendre à cœur toutes les petites remarques, même quand elles n'ont pas pour but de fâcher. J'espère que tu vas mieux et que tu n'as pas dû trop patienter pour ce chapitre.

MoonyA : Merci pour tes compliments ;) Tu as sûrement déjà dû finir la VO à l'heure qu'il est mais je te remercie tout de même pour l'attention que tu as accordé à ma traduction.

LoreileiBlackSnow : Je viens de voir que tu as désactivé les réponses via MP donc...je te remercie ici. Et te dis que tu as une chance de fou pour commencer la fic quand je publie un nouveau chap XD Et c'est ce que j'ai aimé dans No Exp', le fait que la romance est loin d'être le cœur de la fic ;)