Épilogue

Il neigeait à Londres. Pas de jolis petits flocons pirouettant contre les fenêtres en petites volutes et couvrant les pavés d'un fin voile blanc. Non, c'était de la vraie neige. De la neige de ville, comme l'appelaient les gens de la campagne : de la neige qui coupait le trafic, ruinait les chaussures et transformait Regent's Canal en patinoire.

Remus adorait cette neige. Elle arrêtait la vie de toute la ville et pourtant, personne n'était à blâmer. Sa vie était tellement remplie, tellement mouvementée, à présent ; ça faisait du bien de pouvoir de ralentir la cadence, pour une fois, et d'avoir une excuse pour ça.

Ça lui donnait plus de temps pour des moments comme ceux-là ; s'asseoir au Camden Head, boire du cidre chaud et du rhum au beurre, le corps réchauffé par la tuyauterie en cuivre à côté de ses jambes, un stylo entre les doigts. (1) Il écrivait une critique mais c'était quelque chose à lui, il n'avait pas de délai à respecter et il se poserait la question de la donner ou non à son éditeur seulement une fois qu'il l'aurait totalement terminée.

Preacher faisait partie du passé, à présent. Toutefois, Alice avait été assez gentille pour lui donner une référence, ainsi que Frank, après quelques délibérations. Ses anciens amis avaient accepté qu'il était temps pour Remus de partir ailleurs, une révélation assez touchante. Ils lui manquaient, parfois. Quand il ne faisait pas chaud à l'intérieur, neigeait à l'extérieur et que tout allait bien dans son nouvel appartement à Somers Town (2). Quand il ne savait pas vraiment quoi faire, il se surprenait à soudain conjurer une image de Dorcas en train d'enflammer la photocopieuse et il se mettait à rire tout seul dans le calme de sa petite cuisine étincelante.

Non pas qu'il ne reviendrait à Gloucester pour plus qu'une visite. Remus Lupin était heureux.

Présentement, le patron du Head, Tom, s'approchait de lui, essuyant une chope avec un torchon. « Je t'en sers un autre, Remus ? » demanda-t-il d'un ton plaisant. Après quatre mois, ils étaient devenus assez familiers l'un envers l'autre. Remus fréquentait souvent ce pub accueillant pour écrire ses articles.

« Merci, Tom. » répondit-il. Il supposait qu'il allait encore rester là un moment.

Tom prit son verre vide et fit un signe de tête vers la petite scène. « Pas mal, celui-là, pas vrai ? »

Le sourire de Remus s'élargit. « Pas trop mal. »

« Fleetwood Mac. J'avais pas entendu ça depuis des années. » fit joyeusement Tom. « Et moi qui pensait que les gosses d'aujourd'hui ne savaient rien sur la musique. »

Il s'éloigna, sifflotant en rythme avec la mélodie émanant de la scène plongée dans la pénombre. Remus, lui aussi, tourna son attention vers elle, tapant son stylo en rythme. Il était difficile de véritablement voir la scène avec autant de gens rassemblés devant mais il pouvait assez bien entendre. Avec cette voix imparfaite et rauque et le jeu de guitare parfait et complexe remplissant ses oreilles, il n'avait vraiment pas besoin de voir.

Après qu'il ait rédigé quelques rapides lignes en plus – naturel, dans son élément, unique –, sa boisson arriva et le set se termina par des applaudissements enthousiastes. Dix minutes plus tard, quelqu'un se glissait sur le siège face à lui.

« Alors, vas-y, qu'est-ce qu'on disait ? Quatre étoiles ? Cinq ? »

Remus ferma son stylo et le déposa, un léger sourire jouant sur ses lèvres. « J'aurais plutôt considéré trois, mais tu n'as pas joué "I'll Follow The Sun". »

« Je joue tout le temps "I'll Follow The Sun". »

Remus le fixa à travers ses cils et sourit à Sirius, qui lui sourit en retour.

« C'est ma préférée. » lui rappela-t-il.

« Ouais et bien, écris quelque chose de sympa sur moi et je l'inclurais dans le prochain set. » suggéra Sirius, un brin effronté, mais il dut se tourner avant que Remus ne puisse répondre ; un groupe d'environ cinq personnes s'était approché de leur table afin de se répandre en effusions sur le set. S'ils se rappelaient de son ancienne carrière, ils n'en dirent rien. Les seuls mots qu'ils lui adressèrent étaient plein de sympathie et d'admiration, ne tarissant pas d'éloges sur le fait qu'il était fantastique aujourd'hui.

Une fois le groupe parti, Sirius marmonna « les fans » avec un roulement d'yeux, essayant en vain de retenir un sourire de fleurir sur son visage.

« C'est dur d'être bon, pas vrai ? »

« Incroyable, n'est-ce pas ? » acquiesça Sirius. Il tendit la main vers le cidre de Remus, en but une gorgée, se lécha les lèvres, appréciant de toute évidence le breuvage, avant d'en reprendre encore un peu.

« Je peux t'en chercher, si tu veux. » proposa Remus, mais Sirius secoua simplement la tête, tout en avalant sa gorgée.

« Je dois y aller. » dit-il.

« La réunion à propos de l'EP ? Je pensais que c'était à quatre heures ? »

« Ouais mais je dois te raccompagner chez toi d'abord et me laisser du temps au cas où tu m'inviterais prendre un café. »

Remus haussa un sourcil.

« Pardon. » fit Sirius. « Un thé. »

Remus rit, ne manquant pas l'air satisfait de Sirius et sentant le rythme de son propre cœur s'accélérer. Finissant son cidre, il rangea son carnet et son stylo et enfila son manteau pendant que Sirius allait chercher sa guitare. Puis, se préparant mentalement à affronter le froid, ils sortirent sous la neige de février. Sirius passa la guitare acoustique sur son dos, adressant à Remus un sourire délibérément impatient quand les flocons commencèrent à colorer en blanc ses courts cheveux ordinairement noirs. Ils se mirent en marche vers la rue qui les menait vers Somers Town.

Dans l'ensemble, ils prenaient leur temps dans leur relation, avançaient lentement et Remus aimait les choses telles qu'elles étaient. Depuis ce fatidique jour de septembre, ils s'étaient excusé et depuis lors, avaient connu d'autres dérapages mais on était aujourd'hui en février et les dérapages semblaient de moins en moins fréquents. En réalité, les choses allaient si bien entre eux que Sirius, autour d'un verre célébrant son prochain double EP, avait subtilement proposé qu'ils passent la Saint-Valentin ensemble, en-dehors de Londres.

La Saint-Valentin était dans une semaine et Remus l'attendait franchement avec impatience. Ils avaient également passé Noël ensemble, mais ils avaient été accompagnés du groupe alors, incluant James et sa à-présent-fiancée, Lily. Cette fois, ils seraient seuls et ça le rendait un peu nerveux, mais l'excitait également, comme s'ils avaient atteint un nouveau stade de leur relation. En tout cas, Remus pensait que ça pourrait un peu solidifier les choses. Aucun d'eux n'était très sûr de savoir où ils en étaient tous les deux.

Sirius lui avait pardonné, c'était le principal. James, Fabian et Peter aussi. En fait, plutôt que de nuire à Blue Stag, l'article leur avait fait un bien fou. Soudain, tout le monde savait qui ils étaient et tout le monde semblait les acclamer comme des pionniers, comme Queen ou Bowie, les félicitant de montrer le "vrai esprit rock'n'roll" en se fichant de ce que les autres pouvaient bien penser. Aucun des membres du groupe ne fit remarquer que Sirius n'avait pas fait son coming-out de son plein gré ; James, en particulier, aimait trop l'attention pour gâcher les choses. Et puis, tout le monde était plus heureux ainsi.

La révélation avait même contribué à raccommoder les liens entre Sirius et James. Dès que l'article avait circulé, Sirius avait quitté le groupe sur un coup de tête mais, voyant le bien que ça avait fait à sa relation avec son meilleur ami, ils avaient décidé de garder les choses telles quelles. Le frère de Fabian, Gideon, avait intégré le groupe en tant que bassiste et Sirius faisait ce qu'il avait toujours voulu faire : faire cavalier seul.

Enfin, pas tout à fait seul. Remus allait religieusement à chaque concert, comme il avait vu Lily faire pendant la tournée de l'été dernier. Parfois, comme aujourd'hui, il écrivait un article sur Sirius dans le magazine pour lequel il travaillait dorénavant ; une revue simple et totalement centrée sur la musique basée à St Pancras, à même pas dix minutes de son nouvel appartement.

Tout allait bien, et, à cet instant, marchant côte à côte avec Sirius dans la neige de ville, Remus avait l'impression que tout ne pouvait aller que mieux. Alors qu'ils avançaient péniblement avec des chaussures totalement inadaptées, riant de leur manque de vêtements pratiques et de moyen de transport, il pouvait sentir les yeux de Sirius posés sur lui. Il sourit.

« Quoi ? » demanda-t-il, se tournant pour lui faire face.

Détournant prestement le regard, Sirius secoua la tête. Mais quand il tenta un autre coup d'œil et qu'il vit que Remus le fixait toujours, il s'arrêta dans la rue. Le regard interrogateur de Remus s'évanouit promptement de son visage quand Sirius s'arrêta pour déposer un rapide baiser sur sa joue.

Il leva immédiatement la main pour toucher le bout de peau momentanément réchauffé par les lèvres de Sirius en un plaisant contraste avec la piqûre glacée de la neige. Il était heureux que le temps hivernal ait rougi ses joues par avance, surtout quand il baissa les yeux vers l'espace entre eux.

Timidement, Sirius lui tendit la main.

Remus mordilla sa lèvre inférieure pour empêcher un sourire joyeux et heureux de fleurir sur ses lèvres. « Oh, allez. » dit-il, entremêlant leurs doigts gelés. Il sentit Sirius serrer gentiment ses doigts. Ensemble, ils reprirent leur route.

C'était amusant, la façon dont les choses tournaient, pensa Remus à cet instant. Au même moment, l'année dernière, il était en train d'écrire sur des musiciens de Londres et aujourd'hui, il tenait la main de l'un d'entre eux exactement au même endroit. Il ne se posa pas de question. Il ne pouvait pas. C'était Sirius qui lui avait fait savoir qu'il ne servait à rien de regarder en arrière. Si on voulait aller quelque part, il fallait aller de l'avant. Parfois, il fallait être spontané et parfois il fallait prendre les choses comme elles venaient, saisir les occasions quand elles se présentaient. Si il y avait bien une chose que Sirius Black lui avait appris, c'était qu'il y avait une première fois à tout et penser de cette façon rendait le monde bien plus excitant. Remus faisait de son mieux pour tâcher de s'en souvenir.

FIN


(1) The Camden Head ou tout simplement Camden Head est un des plus vieux pubs de Camden (Londres), ayant été construit en 1787. C'est également une salle de concert et le pub accueille occasionnellement des événements comiques. Quant au "rhum au beurre" (buttered rum), c'est apparemment une boisson qu'on consomme généralement chaude et qui contient un mélange de rhum, beurre, eau chaude ou cidre, un édulcorant et des épices diverses (généralement de la cannelle, de la noix de muscade et des clous de girofle). C'est une boisson particulièrement populaire en automne et hiver et elle est traditionnellement associée aux vacances.

(2) Somers Town est un district dans le centre de Londres.

Même si ce n'est pas ma fic à proprement parler...oh God, ça fait du bien de mettre "fin" à quelque chose ! Je ne me relancerais pas dans la traduction de fics longues de sitôt. En tout cas, j'espère que vous avez aimé No Expectations autant que moi et que la traduction vous aura plu =)

Pour mes propres fics, comme dit dans le chapitre précédent, je suis un peu en "pause" pour le moment donc je ne sais pas quand (ni même si) je reprendrais l'écriture, malgré mes très nombreux projets en cours (publiés comme non publiés). Pour avoir de mes nouvelles, vous pouvez toujours vous rediriger vers mon LJ ou m'envoyer un MP. Sachez que je réponds toujours aux reviews et MPs, même si je ne publie plus.

Sorn

La Folle Joyeuse : Merci encore pour ta review et quant à la fin...et bien, tu as pu voir par toi-même ce que ça donnait ;)

MoonyA : Le niveau de langue de No Expectations peut être parfois un peu ardu donc c'est tout à fait compréhensible que tu n'aies pas tout saisi en VO. J'espère que cette traduction t'aura plu jusqu'au bout ;)