Partie 2
"Alors, ça avance? Tu as trouvé quelque chose de nouveau?"
Nanao ouvrit les yeux pour regarder le petit garçon de huit ans qui venait de lui adresser la parole. Il s'appelait Akiko. Il ne répondait pas à ce prénom parce même si la signification en était une jolie – enfant de l'automne – ça n'en était pas moins un prénom féminin. Il ne répondait qu'au diminutif d'Aki – ce qui signifiait automne – qui avait au moins le mérite d'être mixte. Aujourd'hui le garçonnet portait la tenue de protection complète pour s'entraîner au maniement du sabre. Nanao aimait bien quand il s'habillait ainsi. Il avait tout du petit samouraï en herbe qu'il était avec son semblant d'armure matelassée, son crâne rasé et ses cheveux attachés en chignon à l'arrière de la tête.
"Ne dis pas de sottises, tu sais parfaitement bien que je ne sais rien de plus que la dernière fois que je suis venue ici."
"Oui, et ça fait déjà quelques temps."
Le reproche n'était pas passé inaperçu mais elle préféra ne pas relever. Elle n'était pas d'humeur à se disputer avec un petit garçon. Si elle ne venait pas souvent, c'est qu'elle avait d'autres choses plus importantes à faire! Mais ça, il ne voulait jamais le comprendre. Quoi de plus important que la petite personne de monsieur?
Elle laissa vagabonder son regard tout autour d'elle. Elle devait reconnaître qu'il y avait bien trop longtemps qu'elle n'était pas venue dans son monde intérieur et que ce lieu lui avait manqué. Elle se trouvait dans l'enceinte d'une grande demeure japonaise traditionnelle. Elle se tenait dans un carré d'herbe entre deux bâtiments. Derrière elle s'étendait un grand jardin clos par des haies et qui contenait en son centre une mare pleine de carpes koï. Elle aimait ce jardin; mais pas autant que ce qui se trouvait face à elle. A un peu plus de 100 mètres il y avait un terrain de terre battue. Il était plein de gamins de tous âges qui s'entraînaient à l'art du sabre. Certains se donnaient des coups d'épées en bois mais d'autres brandissaient de véritables katanas. Elle ne pouvait voir les enfants que de l'endroit où elle se trouvait. Si elle mettait un pied hors du carré de verdure où elle était, ils disparaissaient, tout simplement. Ce qui était normal tout bien considéré. La seule compagnie possible dans un monde intérieur est celle de l'esprit du zanpakutô. Les autres enfants n'existaient pas ou, tout du moins, ils n'étaient qu'un lointain souvenir d'une vie antérieure.
Elle les regarda se défouler un moment avant de reporter son attention vers le véritable habitant des lieux, Akiko. Il s'était assis en tailleur à ses pieds et était en train de bouder parce qu'elle l'avait ignoré trop longtemps. Elle remarqua qu'il ne portait plus la tenue de protection mais qu'il était maintenant vêtu d'un simple kimono noir. Depuis qu'elle était enfant, elle feuilletait tous les livres qui lui tombaient sous la main et elle avait emmagasiné quelques connaissances. Il y avait donc longtemps qu'elle savait qu'elle avait hérité d'un zanpakutô bien singulier. L'esprit qui l'habitait pouvait changer de forme. Elle n'avait jamais rien lu ni même entendu dire qui laissait entendre que c'était possible. Il fallait croire que Akiko ignorait ce fait ou qu'il s'en moquait! Dans son monde intérieur il ne changeait pas de forme, seulement de vêtements. Ce qui revenait tout de même à un changement. Quand elle était parvenue à le faire se matérialiser il avait gardé sa forme de garçonnet mais il avait perdu toutes ses couleurs. Il était entièrement argenté – très joli, mais légèrement déroutant. Elle avait été encore plus surprise quand le capitaine Kyôraku avait fait la connaissance de la matérialisation d'Akiko. Ce dernier s'était transformé en une sphère argentée et avait catégoriquement refusé de prendre une autre forme. Le petit garçon lui avait avoué plus tard qu'il avait été intimidé par le capitaine et qu'il s'était caché comme il avait pu. Nanao n'avait jamais su s'il était caché dans la boule volante de 40cm de diamètre où s'il était devenu cette sphère mais depuis, à chaque fois qu'il rencontrait Kyôraku, il prenait cet aspect.
Comme il faisait mine de vouloir l'ignorer encore un moment elle leva les yeux vers le soleil. Il ne pleuvait ici que lorsque la mort touchait l'un de ses proches. Quand Lisa Yadômaru avait disparu Nanao n'était pas encore parvenue au shikai et de ce fait n'était pas encore parvenue à entrer dans son monde intérieur mais elle était sûre qu'une tempête avait dû s'y déchaîner. Elle chassa cette idée et se concentra sur l'astre lumineux ou, plus exactement, sur ce qui se trouvait devant: une énorme masse ronde qui flottait dans le ciel et qui se cachait dans la lumière du soleil.
Elle l'avait découverte un jour par hasard, il y avait environ cinq ans. Quand elle avait questionné Akiko, il lui avait appris que la boule était là depuis un long moment. Il avait senti sa présence bien des années avant d'être capable de la voir. Comme il ignorait lui-même ce que c'était, ils en avaient conclu que, peut être, c'était une évolution naturelle du monde intérieur de la jeune femme. Après tout, les choses évoluaient ici aussi, au même rythme que les changements qui intervenaient dans la vie de la shinigami. Mais comme Nanao n'aimait pas ne pas connaître toutes les réponses, elle avait tout de même entrepris des recherches sur les mondes intérieurs.
Ca n'était peut être rien mais la sphère l'inquiétait. Quand elle avait commencé ses recherches, l'anomalie – c'était le nom qu'Akiko lui avait donné – n'était qu'une masse sombre devant le soleil. Elle projetait maintenant une ombre – ce qu'elle ne faisait pas lorsqu'elle avait été découverte – elle semblait aussi avoir augmenté de diamètre et elle était de plus en plus distincte. Plus Nanao la regardait, plus il lui semblait qu'elle était comme ceinte par deux anneaux. Ces anneaux lui paraissaient étranges:
"Je ne sais pas si nous ne faisons pas fausse route."
"Comment ça?" Akiko arrêta aussitôt de faire la mauvaise tête.
"Je pense de plus en plus que ça n'a rien à voir avec mon monde intérieur. Je crois que c'est carrément autre chose."
"Et tu penses à quoi?"
"A un scellé."
"Un scellé? Mais comment il serait arrivé là?" Ca c'était une bonne question et elle se l'était déjà posée un nombre incalculable de fois mais l'idée lui paraissait de plus en plus plausible. "Et surtout, il serait là pour quelle raison?" Là encore, elle n'avait pas de réponses.
"Je peux faire fausse route et je ne vais écarter aucune piste. Lord Kuchiki a promis de me prêter des livres sur les mondes intérieurs qu'on ne trouve pas au Seireitei. Mais si je ne trouve rien dans ses bouquins, je vais voir à creuser un peu dans une autre direction." Elle s'était déjà intéressée aux scellés quand la chambre des 46 avait condamné Aizen. Il y avait un nombre incroyable de livres à la bibliothèque à ce sujet.
"Lord Kuchiki? C'est vrai que maintenant tu traînes avec la noblesse! La vraie, pas du genre de celle de ton cher capitaine."
Elle se rappelait maintenant pourquoi elle trouvait toujours des choses à faire plutôt que de rendre visite à ce gamin. Il était irritant au plus haut point.
OoOoOoOoOo
Lorsque Ginrei Kuchiki l'avait invitée à prendre le thé la première fois, il l'avait emmenée dans un petit commerce du 1er district. Elle n'avait jamais mis les pieds dans cet endroit. C'était un peu plus à l'écart des lieux qu'elle fréquentait habituellement et elle devait reconnaître qu'elle n'avait pas été déçue du déplacement. Ils servaient un thé délicieux et leurs yokan (pâtisserie composée de pâte de haricot rouge gélifiée) étaient divins.
Nanao avait été très surprise par Ginrei Kuchiki. Elle avait toujours eu dans l'idée qu'il était distant, froid et surtout hautain avec les gens du Rukongai. Elle devait reconnaître que c'était exactement l'image que devaient avoir les gens d'elle, à part peut être le côté condescendent. Sans être particulièrement chaleureux, le vieil homme était aimable et il était extrêmement cultivé, ce qui rendait la conversation aisée et intéressante. Ils avaient parlé principalement littérature – ils s'étaient tout de même rencontrés dans une bibliothèque – et quand il lui avait demandé ce qu'elle lisait quand il l'avait interrompue, il avait été plus que ravi de partager sa connaissance sur les mondes intérieurs. Nanao avait été enchantée de pouvoir échanger sur le sujet avec un homme qui avait vécu plus de deux millénaires. Il n'avait pas pu lui apprendre grand-chose de plus qu'elle ne savait déjà mais deux heures s'étaient ainsi écoulées sans qu'ils en aient conscience.
Ginrei lui avait promis de regarder dans sa bibliothèque privée les livres rares qu'il possédait sur le sujet et l'avait invitée à venir le rejoindre pour un autre thé la semaine suivante. Elle avait accepté avec joie, d'abord parce qu'elle n'avait pas une vie sociable très chargée et ensuite parce qu'elle pourrait remanger de ces délicieuses petites pâtisseries.
La semaine suivante, quand Nanao arriva devant le commerce, Ginrei était déjà installé à une table et, comme promis, il avait apporté avec lui des livres.
Ils étaient en train de discuter quand l'ancien capitaine de la 6ème division se tut brusquement en regardant par-dessus l'épaule de la jeune femme avant de reprendre la parole:
"J'espère que vous ne m'en voudrez pas mais je me suis permis d'inviter quelqu'un à nous rejoindre pour le thé."
"Ne vous en faites pas messire, il n'y a aucun problème."
En disant cela elle se retourna pour voir qui Ginrei avait invité. L'idée ne l'enchantait guère mais que pouvait-elle y faire? Plusieurs personnes se trouvaient dans la rue derrière elle mais elle repéra immédiatement celui qui se dirigeait impassiblement dans leur direction. Elle se leva aussitôt pour le saluer en courbant les épaules devant lui.
"Capitaine Kuchiki."
Byakuya était surpris de la trouver là mais il n'en laissa rien paraître. Quand son grand père lui avait annoncé qu'il l'attendait pour le thé dans ce lieu, il était à mille lieux de se douter que le vieil homme serait accompagné du vice capitaine de la 8ème.
"Vice capitaine Ise, grand père."
"Byakuya, tu arrives juste à temps, nous allions justement commander une seconde tasse de thé."
Byakuya était légèrement en retard – un petit problème à la division – et nota bien la manière dont son grand père lui en avait fait le reproche mais il espéra que Nanao ne l'avait pas remarqué. Il n'avait plus l'âge de se faire sermonner en public par son aîné. Il prit un siège puis fit signe à Nanao de se rasseoir. Le regard noir que lui lança son grand père ne lui échappa pas mais où était le problème? Son grade était supérieur à celui de la jeune femme, il devait s'asseoir le premier, c'était normal!
OoOoOoOoOo
Ils venaient de terminer leur seconde tasse de thé – la première pour Byakuya – quand Nanao dut les quitter. Elle remercia chaleureusement Ginrei pour son invitation avant de saluer respectueusement les capitaines – l'ancien et le nouveau – de la 6ème division. Elle avait déjà disparu de leurs vues quand le plus âgé des Kuchiki prit la parole:
"Elle fera une parfaite épouse."
A cette remarque le capitaine de la 6ème division resta impassible mais un léger haussement de sourcil traduisit sa surprise:
"Avez vous l'intention de vous remarier grand père?"
"Allons Byakuya, ne te fais pas plus bête que tu n'es. Tu sais très bien que je ne parle pas de moi."
Le plus jeune Kuchiki avait bien compris qu'il était question de lui et il était étonné de ne pas avoir eu cette conversation avec son aîné des années plus tôt. Depuis la mort d'Hisana personne dans son clan n'avait abordé le thème du remariage et, s'il en avait été reconnaissant, il n'en avait pas pour autant été surpris. Il avait tout de même été convié à des repas où le nombre de jeunes femmes célibataires était trop élevé pour n'être que simple coïncidence mais personne n'en avait parlé directement jusqu'à présent.
"Je suis en deuil, je ne peux pas encore penser à me remarier."
"Je comprends ce que tu ressens." Même si l'aïeul des Kuchiki avait épousé en son temps la femme que lui destinait son propre père, il avait tout de même développé de tendres sentiments à son égard et elle lui manquait toujours des décennies après son décès. "Je le respecte et si les circonstances avaient été différentes nous n'aurions même pas cette conversation."
C'était dans ces moments là qu'être chef de clan pesait à Byakuya. Il ne vivait pas que pour lui. Il avait aussi toute une famille à prendre en compte.
"J'aurais pu porter le deuil aussi longtemps que je l'avais voulu si Hisana m'avait donné un héritier avant de décéder." Devant le hochement de tête de son grand père il continua. "N'y a-t-il plus de jeunes filles nobles dans la Soul Society que vous portez votre dévolu sur les gens du Rukongai?"
Cette remarque fit sourire le vieil homme car il avait su que son petit fils s'en servirait comme ligne de défense. Il s'y était préparé:
"I foison des femmes qui répondraient bien mieux aux critères des membres de notre clan et qui seraient ravies de se marier avec toi."
"Mais?"
"Mais tu les as déjà toutes rencontrées et aucune n'a semblé éveiller le moindre intérêt chez toi."
Cette affirmation eut pour effet de vraiment surprendre Byakuya. Depuis quand est ce qu'on lui cherchait une femme qui l'intéressait vraiment? Il allait poser la question à son grand père quand ce dernier sembla lire ce qu'il avait à l'esprit:
"Nous ne pouvons pas vraiment te forcer à prendre femme car tu as déjà rempli cette obligation pour ta famille. Mais je sais que tu pourrais l'envisager si tu rencontrais quelqu'un qui te plairait vraiment."
Byakuya ne voyait pas ce qui pourrait lui plaire chez Nanao Ise mais il préféra ne pas poser la question. Il y avait bien d'autres objections à formuler dans ce choix avant de mettre en avant une totale incompatibilité humaine.
"Ce qui n'enlève pas le problème principal. Si vous avez fait en sorte de nous faire boire le thé ensemble aujourd'hui, c'est que votre choix s'est arrêté sur le vice capitaine Ise. Je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'elle n'est pas noble et que j'ai promis de ne plus déshonorer ma famille."
Il allait continuer quand le sourire qui s'afficha sur le visage du vieil homme face à lui l'arrêta:
"Tu viens de le dire, elle est vice capitaine. Tu n'es pas sans savoir que les capitaines et vice capitaines du Gotei 13 ont un rang égal aux nobles. Personne dans le clan ne s'opposera à cette union, n'aies craintes. Et le fait qu'elle ait une pression spirituelle élevée joue encore en son avantage."
Les naissances étaient rares dans la Soul Society et il était démontré que seuls ceux qui ont de la pression spirituelle peuvent devenir parents. Et, donc, plus de pression spirituelle, plus de fertilité. Son grand père avait réponse à tout. Byakuya allait avancer une autre raison contre le mariage que semblait avoir déjà planifié le vieil homme quand une question germa soudain dans son esprit:
"Est-ce que le vice capitaine Ise a consenti à devenir mon épouse?"
L'ancien capitaine de la 6ème division se leva alors.
"Je t'ai trouvé celle qui te conviendra en tout point, je pense que tu peux au moins participer un peu et lui poser la question au moment opportun!" Il se mit en route pour regagner sa demeure quand il se retourna vers son petit fils. "Est-ce que nous t'attendons ce soir pour dîner?"
Byakuya hocha la tête pensivement et son grand père se remit en mouvement. Nanao ignorait tout de ce que Ginrei Kuchiki avait prévu pour elle, enfin, pour eux? Il ne la connaissait pas vraiment. Ils avaient été vices capitaines ensemble pendant une trentaine d'années mais même si Byakuya était plus abordable à l'époque, ils n'avaient jamais discuté d'autre chose que de travail ou d'entraînement. Il avait tout de même de l'espoir car elle ne semblait pas être le genre de femme à épouser un homme pour le statut social qu'il lui apporterait. Après tout, comme l'avait fait remarquer son grand père, elle avait déjà un statut des plus enviable. Il y avait toujours le risque qu'elle accepte parce qu'il était riche. Il espérait bien qu'elle n'était pas comme ça et qu'elle refuserait tout simplement de devenir la nouvelle madame Kuchiki. Et puis, si les rumeurs étaient fondées, il fallait aussi tenir compte du facteur Kyôraku dans l'équation. Il y réfléchit encore un instant puis décida qu'il trouverait bien un moyen de tourner toute cette histoire en sa faveur.
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Z.
