Partie 3

Byakuya était attendu chez lui. Son grand père lui avait demandé – ordonné était plus juste – d'être présent au manoir pour l'heure du thé. Encore. Ca arrivait souvent ces derniers temps. Si la première fois il était rentré au manoir sans se méfier, cette fois ci il savait à quoi s'attendre. Nanao Ise avait elle aussi été invitée à prendre le thé.

La première fois que la situation s'était présentée ils étaient en train de discuter – Byakuya ne participait pas vraiment – quand un domestique était venu remettre un pli à l'aîné des Kuchiki. Quand ce dernier prit connaissance de ce que contenait le message, il s'excusa et leur demanda de bien vouloir continuer sans lui car il avait une affaire urgente à régler. Il leur promit que ça ne durerait que quelques minutes – Byakuya avait noté qu'il s'était absenté pendant 44 minutes – et qu'il les rejoindrait vite. Le capitaine de la 6ème division et le vice capitaine de la 8ème avaient donc été forcés de converser l'un avec l'autre.

Cette fois ci le capitaine de la 6ème division avait été tenté d'oublier de se présenter à son grand père mais les règles de respect qu'on lui avait inculquées depuis l'enfance ne le permirent pas. Et c'est ainsi qu'il se retrouvait à nouveau seul face à une femme que sa famille souhaitait le voir épouser alors que lui souhaitait porter encore le deuil de son épouse défunte.

Cette fois ci son grand père avait prétexté une fatigue soudaine pour les laisser en tête à tête. Et le fourbe vieil homme avait même anticipé qu'ils se quitteraient dès qu'il les laisserait seuls parce qu'avant de se retirer pour faire une – soit disant – sieste réparatrice, il avait exprimé auprès de Nanao son souhait de la voir encore au manoir à son réveil et il avait demandé à Byakuya de montrer le jardin à la jeune femme. Le capitaine de la 6ème division ne s'était jamais rendu compte que son grand père pouvait se montrer aussi manipulateur. Il se demandait combien de fois il avait fait ce que le vieil homme désirait sans s'en rendre compte quand Nanao prit la parole:

"J'espère que ça n'est rien de grave."

"Quoi donc?"

"La fatigue de votre grand père."

Il avait oublié qu'elle ignorait que l'aîné des Kuchiki avait simulé pour les laisser seuls.

"Ne vous en faites pas, il n'a rien que son grand âge ne puisse expliquer." C'était vrai après tout. Il était un peu plus vieux chaque jour et s'il voulait connaître ses arrières petits enfants, il devait prendre les choses en main maintenant. "Venez, je vais vous faire faire le tour du jardin."

"Ne vous dérangez pas pour moi, je vais prendre congé et rentrer chez moi."

Elle n'avait manifestement pas plus envie de rester seule en sa compagnie que lui mais il insista tout de même.

"Je sais que mon grand père a émis auprès de vous le souhait de vous voir rester jusqu'à son réveil et vous êtes bien entendu libre de partir. Mais en ce qui me concerne, c'est un ordre que j'ai reçu. Il veut que je vous retienne ici le temps que durera sa sieste. J'avoue que je préférerai vous voir rester pour ne pas lui désobéir."

Nanao le dévisagea pour chercher une trace de mensonge dans ce qu'il venait d'annoncer. Il était impassible et elle ne put rien lire sur son visage. Elle ne voyait pas pourquoi il lui mentirait aussi décida-t-elle de rester un peu plus. Et puis elle appréciait beaucoup Ginrei Kuchiki. C'était un charmant vieil homme et elle n'avait rien contre le fait de le revoir plus tard dans l'après midi. Ce qui la dérangeait le plus c'était de rester seule en compagnie de Byakuya. Il n'était pas très causant, ce qui allait très bien à la jeune femme, mais il la mettait mal à l'aise. Peut être était ce parce qu'elle avait l'impression que sa présence le dérangeait.

"Très bien, alors je serai ravie de visiter le jardin."

Il tendit le bras vers la direction des escaliers qui quittaient la terrasse pour l'inviter à le précéder.

"Il est beaucoup plus beau et reposant de nuit mais même de jour il vaut le coup d'œil."

OoOoOoOoOo

Quand Ginrei Kuchiki revint une heure plus tard, il fut ravi de voir que le vice capitaine de la 8ème division était encore au manoir. Son petit fils avait donc décidé d'y mettre un peu du sien et il en fut soulagé. Il devait bien avoué qu'il avait craint que Byakuya refuse catégoriquement l'idée qu'il lui avait soumise. Mais le jeune homme était intelligent. Il savait que la famille ne pouvait pas le forcer à prendre une épouse, mais il savait aussi qu'un refus catégorique de sa part serait mal pris. Il était peut être le chef du clan mais il n'avait pas tous les pouvoirs et encore moins toutes les libertés.

Ginrei était loin d'être naïf. Il savait que le capitaine de la 6ème division faisait semblant de se prêter au jeu et qu'il n'était pas dans son intention de demander la main de la jeune femme. Ce qu'ignorait Byakuya c'était que son grand père avait mis de nombreuses années pour trouver celle qui correspondrait parfaitement à son petit fils et aux critères du clan. Nanao Ise était tellement semblable au jeune Kuchiki que s'en était presque bluffant. Ils allaient bientôt voir si l'adage populaire "qui se ressemble s'assemble" était bien fondé.

Nanao resta dîné avec eux le soir. Elle n'avait pas vraiment pu dire non quand Ginrei lui avait expliqué que Rukia était en mission dans le monde réel et qu'une présence féminine serait la bienvenue à leur table. Le vieil homme s'éclipsa au moment où était servi le thé utilisant encore l'excuse de la fatigue.

Nanao le regarda partir légèrement inquiète.

"Vous êtes sûr qu'il va bien?"

"Oui, ne vous en faites pas. Il cherche juste des prétextes pour nous laisser seuls."

"Nous laisser seuls?"

Elle ne voyait pas ce qu'il voulait dire par là. Elle comprenait parfaitement les mots mais n'en voyait pas le sens. Elle posait sur lui un regard interrogateur mais comme il ne semblait pas vouloir développer et elle porta à ses lèvres sa tasse et but une gorgée de thé. C'est à ce moment là qu'il s'expliqua:

"Oui, pour que je puisse vous demander de m'épouser."

Quand elle manqua s'étouffer avec son thé Byakuya admira la manière dont elle réagit. Elle attrapa sa serviette et la porta devant sa bouche alors qu'elle toussait pour évacuer le liquide qui s'était infiltré dans ses poumons. Il lui était arrivé une fois de faire une déclaration incongrue à Rukia au moment où elle avalait un liquide et sa sœur avait réagi en lui crachant le dit liquide à la figure. Il avait hésité avant de faire son annonce à Nanao parce que le thé était chaud mais il n'avait pas pu résister. Et elle réagissait comme une dame bien élevée, contrairement à Rukia!

Quand sa quinte de toux s'apaisa elle reprit:

"Je vous demande pardon mais qu'est ce que vous venez de dire?"

Elle était sûre d'avoir mal compris parce qu'elle croyait qu'il avait parlé de l'épouser.

"Je crois que vous m'avez parfaitement compris."

Elle n'arrivait pas à lire sur son visage s'il était sérieux ou pas. Il devait être imbattable à tous ces jeux de carte où il fallait bluffer.

"C'est une blague?"

Il la gratifia d'un très léger sourire.

"Malheureusement non. Les membres de mon clan ont dans l'idée qu'il est temps pour moi que je me remarie et que j'ai un héritier. Et mon grand père pense qu'une épouse telle que vous serait parfaite pour moi."

Il ne dit rien le temps qu'elle digère ce qu'il venait de lui annoncer. A part le moment où elle avait faillit mourir à cause du thé, il semblait à Byakuya qu'il était en train de lui parler du temps tellement elle ne réagissait pas à ses propos. Pourtant ils avaient fait mouche. Elle ne savait toujours pas s'il plaisantait mais elle en doutait. Byakuya Kuchiki n'était pas homme à se distraire de la sorte. Et à bien y réfléchir, il était vrai que le soudain intérêt de Ginrei Kuchiki à son égard était étrange. Mais elle, épouser l'héritier du clan Kuchiki? Personne d'autre ne voyait où était le problème?

"Je suis flattée que votre grand père pense du bien de moi, mais j'avoue que c'est un peu surréel comme situation!"

Elle le prenait plutôt bien, c'était déjà ça.

"Ne vous méprenez pas, vice capitaine, mais je n'ai pas l'intention de me remarier."

A cette affirmation elle lui sourit:

"Ne vous méprenez pas, capitaine, mais je n'ai pas l'intention de vous épouser!"

Il la gratifia à son tour d'un de ses rares sourires. Ils étaient sur la même longueur d'ondes et ils allaient maintenant pouvoir parler affaires.

"J'en suis ravi. Sans vouloir vous offenser. Mais pour que les membres de ma famille se sortent cette idée de la tête, j'aurai besoin de votre aide."

Elle ne voyait pas quelle aide elle pourrait lui apporter. Il lui suffisait d'aller trouver Ginrei Kuchiki pour lui dire qu'elle n'était pas intéressée et l'histoire se terminerait là pour elle. Elle compris alors ce qu'il voulait: il ne souhaitait pas simplement son aide pour ne pas l'épouser elle, mais aussi pour que son clan ne le force pas à en épouser une autre. Est-ce qu'elle avait envie de se compliquer la vie en l'aidant? Ils avaient été vice capitaines ensemble pendant une grosse vingtaine d'années et il lui avait donné quelques tuyaux quand elle avait été promue à son poste. Il lui avait aussi appris comment cacher sa pression spirituelle – chose indispensable pour aller à la chasse au capitaine Kyôraku – et peut être encore deux ou trois petites choses. En fait, à bien y réfléchir, elle avait des dettes envers lui et c'était peut être le moment de les payer.

"Et en quoi est ce que je pourrai vous êtes utile?"

"Laissez moi vous courtiser pendant trois mois."

Ses sourcils s'élevèrent à cette demande. Elle était surprise et sceptique:

"En quoi est ce que ça pourrait vous servir?"

"Si mon grand père nous voit ensemble, il pensera que je fais ce qu'il faut pour me remarier. Dans trois mois c'est sa fête d'anniversaire et ça sera l'occasion idéale pour que je vous fasse une demande en mariage officielle. Demande que vous refuserez, bien entendu, et mon pauvre cœur sera à nouveau brisé. Le reste de mon clan me laissera tranquille quelques décennies après ça, le temps que mon cœur et mon orgueil se remettent du refus que je vais subir!"

Il avait manifestement passé pas mal de temps à réfléchir à ce sujet. En même temps Nanao comprenait bien son problème. Elle n'apprécierait pas si des gens – famille ou pas – décidaient de sa vie à sa place. Elle avait décidé de l'aider sans rien demander en retour quand elle pensa à quelque chose:

"Si j'accepte de me prêter au jeu, qu'est ce que j'y gagne?"

Byakuya était content. Elle allait lui dire oui si elle était en train de parler dédommagement pour le temps que ça allait lui coûter!

"Vous pourrez bien entendu garder tous les cadeaux que je vous offrirai pendant que je vous ferai la court." Et il n'était pas dans son intention de regarder à la dépense.

"En fait, je pensais plutôt à quelque chose qui m'intéresserait vraiment."

Elle n'était pas intéressée par les bijoux et les vêtements hors de prix dont il allait la couvrir? C'était là une femme des plus étranges.

"Et qu'est ce que vous voulez?" Demanda-t-il prudemment.

"Trois heures de votre temps par semaine! Je veux que vous m'aidiez à améliorer mon shunpo."

Elle voulait des heures d'entraînement? Il se rendait compte qu'il n'avait jamais fréquenté de femme shinigami jusqu'à présent parce que c'était la première fois qu'on lui faisait une telle requête!

"Entendu, les samedi de 6h à 9h dans la grande salle de la 6ème division. Et vous pourrez tout de même garder les cadeaux que vous recevrez."

"Marché conclu."

Finalement cette journée qui avait prit un tournant étrange se terminait sur un point positif.

Elle se débrouillait plutôt pas mal en shunpo mais avec un autre enseignant peut être arriverait-elle à rattraper son capitaine la prochaine fois qu'il la ferait courir dans tout le Seireitei pour avoir une signature sur un papier important!

Ils finirent leur boisson chaude dans un silence contemplatif et quand les tasses furent vides Nanao se leva pour prendre congé. A l'origine elle n'était venue que pour prendre le thé et emprunter un ou deux livres et elle avait finalement passé une grosse partie de la journée au manoir des Kuchiki. Elle comptait bien commencer la lecture de ses livres au plus tôt. Byakuya se proposa immédiatement de la raccompagner.

"Je vous remercie, capitaine, mais ne vous donnez pas cette peine."

"Je vous rappelle que je suis en train de vous faire la court et qu'il est donc de mon devoir de vous conduire saine et sauve jusqu'au seuil de votre demeure."

Ca c'était une des choses auxquelles elle n'avait pas pensé. Elle ne savait pas si elle voulait vraiment que tout le monde à la 8ème la voit rentrer accompagnée du capitaine Kuchiki. Mais après tout, ça n'était que le temps de trois mois.

OoOoOoOoOo

"C'est donc vrai ce qu'on raconte!"

Nanao se retourna vers la jeune femme rousse qui venait de faire son entrée dans son salon. Inutile de préciser qu'elle n'avait pas obtenue l'autorisation de se trouver dans ce lieu mais ce genre de détail n'avait jamais arrêté Rangiku Matsumoto. Nanao était habituée par ce comportement et des années d'entraînement faisaient qu'elle ne s'en offusquait plus.

"Et qu'est ce qu'on raconte?"

Elle avait bien son idée sur la rumeur et sa collègue de la 10ème qui venait à la pêche aux renseignements ne faisait que confirmer ce à quoi elle s'attendait. Elle détestait ça. Est-ce que les gens ne pouvaient pas s'occuper de leurs affaires?

"Il parait que Nanao Ise a une vie!" La brunette lança un regard mauvais à son amie. Ou bien était-ce à son EX amie? "Et quand je vois la façon dont tu es habillée ce soir, je dirais que c'est vrai!"

Nanao avait effectivement revêtu un kimono et non un simple yukata. Le vêtement était de couleur noire avec de grosses fleurs blanches, roses et mauves imprimées sur la partie inférieure ainsi que sur les longues manches. Le tissu dans lequel il était coupé n'était pas une simple étoffe bon marché et Rangiku dut s'approcher et le toucher pour confirmer ce qu'elle pensait: c'était de la soie. L'obi qui le tenait en place était de la même couleur et comportait les mêmes motifs.

Rangiku connaissait suffisamment la garde robe de son amie – pour l'avoir en grande partie constituée avec elle – et elle savait qu'elle n'avait rien de cette facture dans ses penderies. Ce qui confirma l'autre partie de la rumeur qui était parvenue à ses oreilles, à savoir le nom de celui avec qui Nanao avait été aperçue plus d'une fois. La rouquine préféra tout de même que soient confirmés les on-dit par la personne au centre des ragots. Elle était connue dans tout le Seireitei, et bien au-delà, pour l'exactitude des renseignements qu'elle fournissait et elle ne pouvait pas quitter cet appartement sans avoir tout vérifié.

"Je ne savais pas que tu possédais un tel vêtement. Où l'as-tu acheté?"

"C'est un cadeau."

Nanao savait bien ce que venait chercher son amie mais elle n'avait pas le temps. Elle ne savait pas quoi faire avec sa chevelure. Elle se tenait devant un miroir avec sa brosse à cheveux. Le capitaine Kuchiki n'était peut être pas sérieux dans ses intentions mais ça n'était pas une raison pour ne pas lui faire honneur au dîné auquel il l'avait conviée.

"Il doit être sacrément amoureux ton prétendant pour t'offrir ce genre de chose. Ou alors sacrément riche? En même temps, l'un n'empêche pas l'autre. Il se peut aussi que…"

"Tu ne peux pas demander carrément au lieu de tourner autour du pot?"

Ce que les gens pouvaient l'énerver quand ils faisaient ça. Surtout que Rangiku connaissait très certainement le nom de celui qui lui avait fait ce présent.

"Alors, il est comment Byakuya? Qu'est ce que tu lui trouves? Et lui, qu'est ce qu'il te trouve?"

Nanao préféra ignorer la dernière question. La rouquine avait tendance à être taquine et si par moment la brunette se faisait un réel plaisir à s'engager avec son amie dans des joutes verbales où la plus peste l'emportait – elle était même douée à ces jeux – elle n'avait pas le temps ce soir. Mais elle avait noté la remarque pour plus tard.

"Quand on le connaît un peu, il n'est pas aussi froid qu'il en a l'air. Il est cultivé et c'est assez agréable de discuter avec lui. Il…"

"Bref, vous ne vous êtes toujours pas envoyés en l'air!"

"Rangiku!"

"Quoi, je m'intéresse à toi, y'a pas de mal! Et qu'est ce que tu fais avec tes cheveux?"

"Je ne sais pas si je les laisse détachés, si je les attache et si oui, comment. J'apprécie ton intérêt mais comme toujours, tu t'intéresses à l'aspect de ma vie qui ne te regarde pas."

Rangiku haussa les épaules. Elle devait reconnaître que certains aspects de la vie des gens étaient plus intéressants que d'autres. Et manifestement les goûts culinaires ou artistiques des autres n'étaient pas sa tasse de thé. Elle arracha la brosse des mains de son amie et lui attrapa une mèche de cheveux.

"Et qu'en pense le capitaine Kyôraku?"

Nanao surveillait d'un œil inquiet dans le miroir ce que faisait son amie sur sa tête.

"Je ne vois pas en quoi ça le regarde. Il n'est pas mon père que je sache."

"Je ne pensais pas au mot 'père' en te posant la question."

Leurs regards se croisèrent dans le miroir auquel elles faisaient face. Nanao détourna rapidement les yeux. Elle savait ce que sous entendait son amie mais elle ne devait rien à son capitaine. Elle avait un petit faible pour lui, elle voulait bien le reconnaître, mais ça n'allait pas plus loin. Et surtout, il ne se passait rien avec Byakuya. Et quand bien même ça serait sérieux, il ne s'était jamais rien passé avec le capitaine Kyôraku et il ne se passerait jamais rien. Elle préféra détourner la conversation:

"Fais attention à ce que tu fais, je ne veux pas ressembler à une geisha!"

Un coup brusque sur ses cheveux fut sa seule réponse.

OoOoOoOoOo

La suite bientôt.

Un grand merci aux personnes qui m'ont laissé un petit message. C'est gentil à vous.

Z.