Hello les gens.

Pour information, il y a dans cette partie de la maltraitance à enfants mais rien de graphique, rassurez vous.

Bonne lecture,

Z.

Partie 8

Jûshirô Ukitake sut immédiatement que quelque chose n'allait pas chez son ami quand ce dernier fit irruption dans son bureau à huit heures du matin. Outre le fait que Shunsui Kyôraku n'était jamais aussi matinal lorsque tout allait bien, la mine de chien battu qu'il arborait était des plus éloquentes. Le capitaine de la 13ème division savait aussi par expérience que ce qui pouvait être considéré comme étant la fin du monde – une pénurie de saké par exemple – par celui qu'il considérait comme un frère l'était rarement pour le reste de la population. Aussi ne s'inquiéta-il pas plus devant l'air déconfit du capitaine de la 8ème qui se trouvait maintenant assis face à lui.

"Qu'est ce qui s'est passé pour que j'ai l'honneur de ta visite avant l'heure du déjeuné?"

"C'est Nanao-chan."

Cette simple phrase et le ton sur lequel elle avait été prononcée avaient tout de suite alarmé Jûshirô.

"Que lui est-il arrivé?"

Il était déjà en train d'imaginer le pire. Tout ce qui touchait à Nanao était toujours prit très au sérieux par Kyôraku et le voir dans un tel état était assez inquiétant.

"Elle a découché cette nuit!"

"Et?" Il y avait forcément autre chose. Comment le fait que la jeune femme dorme ailleurs que chez elle pouvait être source d'une telle détresse? Elle avait sûrement été hébergée par un ami. Il vit tout de suite où était le problème en réfléchissant à qui pouvait être cet ami. "Oh!" Fut tout ce qu'il trouva à dire.

"Comme tu dis, Oh!"

Ukitake réfléchit un instant à ce qu'il venait d'apprendre:

"Tu sais, ça ne veux peut être rien dire. Il y a plein de choses qui pourraient expliquer qu'elle ne soit pas rentrée."

Shunsui se laissa glisser sur sa chaise:

"C'est gentil de ta part d'essayer de me réconforter mais nous savons tous les deux pourquoi elle a passé la nuit chez lui."

"Oui, et je t'avoue que je ne vois pas pourquoi ça te mets dans cet état. Elle n'a pas fait vœux de chasteté à ce que je sache."

"Non, mais pourquoi lui? Il y a plein de types bien mieux que lui." Lui-même faisait parti de cette catégorie! "Je ne vois pas ce qu'elle lui trouve."

"Outre le fait qu'il soit séduisant, riche et cultivé?"

"Oui, à part ça."

"Alors je dirais qu'en plus il est l'homme d'une seule femme, qu'il se comporte en parfait gentleman, qu'elle a toute son attention, que…"

"Qu'est ce qu'il y a? Tu veux l'épouser ou quoi?"

Jûshirô éclata de rire.

"Tu veux savoir alors je te donne quelques pistes, c'est tout! Et pour tout te dire, je ne trouve pas que ça soit une mauvaise chose. Je suis même content pour elle!"

Kyôraku n'en revenait pas de ce qu'il venait d'entendre.

"Et là! Je croyais que tu étais mon ami!"

"Je suis ton ami, et je suis aussi celui de Nanao. C'est pourquoi je me réjouis qu'elle ai enfin rencontré quelqu'un, même si ça doit faire souffrir un temps ton cœur d'artichaut!"

Kyôraku était venu chez son ami pour y trouver du soutien, pas pour se faire insulter! Même s'il devait reconnaître que le capitaine de la 13ème n'avait pas tout à fait tord à son sujet. Il était sérieux comme jamais quand il annonça:

"Avec Nanao, c'est différent."

"Je sais." Ukitake s'en était déjà rendu compte. Nanao avait un pouvoir sur son capitaine qu'aucune femme n'avait jamais eu auparavant. Ils avaient tous les deux une relation privilégiée qui avait débuté peu après la disparition de Lisa Yadômaru. "Mais ce qui arrive est peut être une bonne chose. Tu ne peux pas lui demander d'attendre indéfiniment le temps où tu te sentiras enfin prêt à avoir une relation sur le long terme."

Son vieil ami ne répondit rien et sembla réfléchir.

Jûshirô se remit au travail avec une certitude: les choses allaient changées entre Nanao et Shunsui et c'était une bonne chose pour ses deux amis. Ils ne pouvaient pas rester enfermés dans ce statu quo stérile qui les empêchait d'avancer l'un comme l'autre. Même le cas où la relation de Nanao avec Kuchiki se terminait par un mariage était préférable à la situation actuelle.

OoOoOoOoOo

"Seiji! Seiji!

Nana était terrorisée. Un peu plus tôt l'orage l'avait réveillée et elle avait lutté tant bien que mal contre la peur qui lui nouait les entrailles et contre l'envie de pleurer. Mais maintenant la situation était différente et la panique était en train de la submerger complètement: Il y avait de l'eau dans le trou qui leur servait de refuge pour la nuit et Seiji n'était plus là!

"Seiji"

Où était-il? Ils étaient arrivés au Rukongai avec le même groupe deux ans plus tôt et alors qu'ils attendaient tous que les shinigamis leur expliquent où ils se trouvaient et comment fonctionnait la Soul Society, il était venu vers elle et, sans même la connaître, il lui avait prit la main et lui avait dit que tout allait bien se passer. Par la suite, ils avaient été placés tous les deux chez les mêmes parents et étaient donc devenus frère et sœur. Depuis ce jour, il était tout son monde, et voilà qu'il avait disparu.

Le niveau de l'eau était en train de monter mais c'était le cadet des soucis pour la petite fille qu'était Nanao. Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité et elle essayait de distinguer une forme au sol qui pourrait être son frère. Lui n'avait jamais eu peur de l'orage – pour tout dire, il n'avait peur de rien – ce qui faisait qu'il était peut être encore en train de dormir et qu'il ne l'avait donc pas entendu quand elle l'avait appelé.

Ils avaient trouvé un bâtiment - un entrepôt probablement - légèrement à l'écart du village qui faisait une cachette idéale. A la base du mur à droite de l'entrée se trouvait un trou qui permettait d'accéder aux fondations. Par chance, il était suffisamment grand pour laisser le passage à un enfant mais pas assez pour qu'un adulte puisse s'y faufiler. Sous le bâtiment il y avait assez d'espace pour permettre à des enfants de se déplacer à quatre pattes. Nanao parvenait même à s'asseoir à certains endroits. C'était le lieu rêvé pour passer la nuit sans avoir à craindre d'agression des plus grands. Parce que si la journée les enfants parvenaient souvent à échapper aux adultes qui leur voulaient du mal – et il y en avait beaucoup de ces adultes là – la nuit, une fois endormis, les enfants devenaient des proies faciles. Trouver un endroit sûr où se reposer était la première chose à faire pour les enfants errants qui voulaient survivre.

L'endroit était peut être idéal en temps normal mais à ce moment précis Nanao aurait donné cher pour être éclairée par les rayons de la lune et pour peut être distinguer celui qui était devenu son univers depuis qu'ils avaient fuis la maison de leurs parents adoptifs.

Les larmes qui avaient jusque là été courageusement refoulées commencèrent à couler librement sur les joues creusées de la fillette. Si Seiji n'était plus là, que pouvait-elle faire d'autre à part pleurer et attendre son hypothétique retour dans cette eau glaciale qui ne cessait de monter?

Nanao ne savait pas pendant combien de temps elle était restée à sangloter seule dans le noir – quelques minutes ou plusieurs heures – quand Seiji refit enfin son apparition.

"Nanao, tu dors encore?" Il était à quatre pattes devant l'entrée – qui était aussi la sortie – de leur cachette.

Il n'avait pas eu le temps de fouiller des yeux les lieux qu'une petite fille toute mouillée se précipita sur lui et s'accrocha à son cou.

Il aurait bien aimé se dégager de l'étreinte qui le suffoquait presque mais sa petite soeur était fermement agrippée et à chaque fois qu'il essayait de la repousser, elle l'enserrait encore plus fort et les sanglots qui la submergeaient redoublaient.

Il l'aurait bien laissée se calmer toute seule mais il n'aimait pas toute cette eau qui s'était infiltrée dans leur cachette. Il semblait plus prudent de sortir de leur trou et de se trouver un endroit au sec avant toute chose. Attraper une maladie quand on est un gamin errant du 72ème district du Rukongai était une très mauvaise idée qui pouvait mener aux portes de la mort. Et il ne voulait pas que l'un d'entre eux meure.

Il allait entraîner sa soeur vers la sortie quand un torrent d'eau et de boue s'engouffra dans leur refuge. La puissance de l'eau fut telle que les deux enfants furent projetés contre la paroi opposée à la sortie. Malgré tout, ils ne firent pas séparés, la fillette n'aillant toujours pas relâché la prise qu'elle avait sur son frère.

"Seiji, qu'est ce qui ce passe?"

Il aurait bien aimé lui répondre mais il n'en avait pas la moindre idée. Comment aurait-il pu savoir que la cuvette dans laquelle ils avaient trouvé refuge avait été creusée par l'eau ruisselante lors des grands orages qui étaient coutumiers dans cette partie du Rukongai? Comment aurait-il pu savoir que si l'entrepôt sous lequel ils se trouvaient avait été laissé à l'abandon, c'était justement parce qu'il menaçait de s'effondrer à cause de son sous-sol et de ses fondations rongés par les infiltrations d'eau? Il n'aurait pas pu le savoir. Mais ce qu'il savait à ce moment précis c'était qu'ils devaient trouver un moyen de se sortir de ce guêpier sinon tout allait s'arrêter ici.

Il ne pouvait pas avancer vers la sortie, le courant que provoquait l'eau qui continuait à s'engouffrer l'en empêchait. Sans compter que sa soeur était toujours accrochée à lui et que dans l'espace réduit qu'ils avaient, manoeuvrer pour contourner le courant était impossible.

Seiji n'avait pas envie d'abandonner mais il était assez lucide pour se rendre compte qu'ils étaient dans de beaux draps. A ce stade, seul un miracle pouvait les maintenir en vie.

Ils avaient lutter un instant contre le courant pour se rendre compte que rien n'y faisait. Ils étaient prisonniers au fond de la cachette qu'ils avaient pensé être un endroit sûr. Et l'eau froide les submergeait presque. L'endroit était trop bas de plafond pour leur permettre de faire plus que de rester assis et l'eau dépassait déjà leurs épaules. Le niveau ne semblait pas vouloir s'arrêter là et continuait d'augmenter. Sous peu, le peu d'air qui restait dans la cavité allait être remplacé par le liquide et les deux enfants allaient mourir noyés.

Seiji et Nanao étaient bien conscients de ce qui allait se passer et ils se serraient fort l'un contre l'autre, comme pour se réconforter mutuellement. Ils avaient quitté la maison de leurs parents adoptifs six mois plus tôt parce que leur père avait la main un peu lourde et tout ça pour finir noyés au fond d'un trou! C'était assez sordide comme destin. Mais la vie n'était pas tendre pour les habitants du Rukongai, qu'ils aient 7 ou 77 ans.

L'eau avait maintenant envahi tout le trou. Les enfants étaient complètement immergés. Il faisait froid et noir sous l'eau. Seiji ne savait pas s'il avait les yeux ouverts ou fermés tellement tout était sombre et il s'en moquait. Il allait bientôt vérifier la rumeur qui disait que lorsqu'on mourait on retournait sur Terre en tant que nouveau né. C'était une idée tentante et réconfortante. Peut être que Nanao et lui allaient à nouveau être frère et soeur dans cet autre monde.

Il retenait sa respiration depuis plus d'une minute et ses poumons commençaient à le brûler. Il n'allait pas pouvoir résister beaucoup plus longtemps. A peine venait-il de penser que la fin arrivait qu'une lueur violacée passa devant ses yeux et que le plafond au dessus de sa tête céda et lui permis de se redresser. Il prit une grande inspiration, aussitôt imité par sa petite soeur. Il respira profondément encore quelques fois avant d'attraper Nanao et de la serrer contre lui:

"C'est toi qui a fait ça, n'est ce pas?" Il sentit le geste de tête affirmatif contre sa poitrine. La fillette était encore trop essoufflée pour pouvoir lui répondre. "Et tu ne pouvais pas le faire plus tôt?"

Elle fit non de la tête:

"J'ai essayé mais je n'y arrivais pas."

"Bah, c'est pas grave, viens, sortons de cette eau froide. Ca serait bête d'éviter la noyade pour mourir d'une pneumonie!"

Seiji avait déjà sauté sur le sol de l'entrepôt et il tendit la main à Nanao pour l'aider à sortir du trou. C'était bien pratique d'avoir une petite soeur qui savait faire ce genre de tour de magie. Plus d'une fois ça leur avait facilité la vie. Le seul problème, c'était la nourriture. Lui même avait faim de temps en temps mais Nanao avait tout le temps faim. Et ils n'avaient rien à manger. Mais elle ne se plaignait jamais. Elle était admirable.

Il était en train d'aider Nanao à essorer ses cheveux quand une voix grave les fit tout deux sursauter:

"Mais qu'avons nous là? Deux petites souris qui sont sorties de leur trou?"

Les deux enfants se retournèrent vivement vers la source du bruit. Il faisait toujours sombre mais la bâtisse dans laquelle ils se trouvaient avait l'avantage d'avoir des fenêtres qui laissaient passer la clarté provenant des éclairs. L'homme qui leur faisait face était grand et portait des vêtements qui n'avaient pas l'air en meilleur état que ceux dont ils étaient vêtus. L'homme avait aussi l'air menaçant. Pour deux enfants apeurés qui venaient d'échapper à la mort, tout adulte mal habillé et éclairé par la lumière fantomatique des éclairs lors d'un violent orage pouvait sembler menaçant, mais il se dégageait de cet individu une véritable aura maléfique. La situation aurait été différente que l'homme aurait toujours paru mauvais.

Par réflexe, les enfants se rapprochèrent l'un de l'autre et parcoururent rapidement des yeux le hangar dans lequel ils se trouvaient. Ils devaient sortir de cet endroit au plus vite et pour cela ils devaient trouver la porte.

"Venez me voir d'un peu plus près les enfants, qu'on puisse faire connaissance."

L'homme affichait une espèce de rictus qui se voulait être un sourire mais qui ressemblait bien plus à une grimace.

Seiji attrapa fermement la main de sa soeur et se précipita vers ce qui semblait être la sortie. Par chance l'homme ne leur barrait pas la route.

La porte n'était pas tenue fermée par un verrou et elle s'ouvrit sans difficulté sous la pression exercée par les enfants qui s'étaient précipités dessus. Elle céda avec une telle facilité que le frère et la soeur en firent surpris et l'un d'entre deux perdit l'équilibre, entraînant l'autre dans sa chute. Ils se retrouvèrent à l'extérieur du bâtiment, vautrés dans la boue qui s'était formée lors de l'orage.

Depuis deux années qu'ils vivaient à la Soul Society, leurs réflexes de survie s'étaient développés au point qu'ils n'eurent pas besoin de se concerter pour se redresser et prendre leurs jambes à leur cou.

Malgré quelques dérapages sur le sol glissant, ils s'éloignèrent assez rapidement de l'entrepôt.

"Cours Nanao, ne t'arrête pas!"

Le conseil était totalement superflu. A aucun moment Nanao n'avait eu l'idée saugrenue de s'arrêter! Elle fit toutefois un oui de la tête à son frère, signe qu'il ne vit pas dans l'obscurité qui les entourait.

Elle continua sa course pendant encore quelques pas quand un bruit de chute, suivi d'un bruit de lutte, la freina dans son élan. Quand elle se retourna elle vit une scène qui devait la suivre des décennies plus tard dans ses cauchemars. L'homme de l'entrepôt les avait suivis et les avait rattrapés. Il avait taclé son grand frère et il était en train de le rouer de coups alors que ce dernier était rendu impuissant, maintenu au sol par le point de son assaillant qui était assis sur ses jambes.

Le sang de Nanao ne fit qu'un tour et elle se rua sur leur agresseur. Elle était peut être menue, et elle ne savait pas se battre mais elle avait des dents et des ongles et elle savait s'en servir. La peur qu'elle ressentait pour elle n'était rien comparée à celle qu'elle ressentait pour Seiji. Même si ça n'était pas son rôle en tant que fille et cadette, elle le défendrait et elle ne laisserait rien lui arriver.

Sitôt à côté de l'homme, elle s'agrippa au bras qu'il levait pour porter un nouveau coup à son frère et planta violemment les dents dans sa chair. Un cri de douleur échappa à leur assaillant.

Il porta alors son attention du frère à la soeur. Si la moucheronne – qu'il pensait être la plus faible des deux – se montrait plus agressive que le grand, il devait d'abord s'occuper d'elle.

Il se releva tant bien qui mal et attrapa de son bras valide Nanao qui avait toujours les dents plantées dans le biceps de son autre membre. Elle ne semblait pas vouloir le lâcher et se mit à distribuer des coups de pieds quand elle sentit la main de l'homme se resserrer autour de son cou. D'un geste brusque il l'arracha de son bras. Il laissa échapper un autre cri de douleur quand la fillette ne desserra pas les dents et lui arracha de ce fait un morceau de chair.

Il tenait la petite fille à bout de bras et aurait bien aimé lui mettre un coup de poing pour lui apprendre la vie, mais la douleur dans son autre bras faisait que, pour le moment, il était dans l'incapacité de s'en servir.

Nanao avait par réflexe levé les bras pour protéger sa tête mais comme aucun coup ne vint, elle jeta prudemment un coup d'oeil vers l'adulte. Il était immobile et semblait réfléchir à ce qu'il allait faire. C'était leur chance. Seiji était justement en train de se relever. A eux deux, ils allaient mettre une bonne raclée à cet homme méchant. Une douce chaleur fit son apparition dans la paume de sa main, ce qui précédait généralement l'apparition d'une boule magique qu'elle allait pouvoir diriger vers leur agresseur. Le match allait bientôt se terminer en leur faveur.

Ce fut à ce moment qu'une chose inconcevable se produisit. Au lieu de venir à son aide comme il aurait dû le faire – comme il avait promis de toujours le faire – Seiji se sauva. Il l'abandonnait.

C'était quelque chose de tellement impensable que la vie sembla quitter d'un coup le corps de Nanao. La boule de kido qui commençait à se former dans sa paume disparue aussitôt et elle cessa de donner des coups de pieds.

Seiji n'était plus là, le reste était sans aucune importance.

L'homme regarda le garçon détaler. Qui aurait cru que c'était le plus petit des enfants qui protégeait le plus grand! Il éclata de rire:

"Le rat quitte le navire! Bah, c'est pas grave, je préfère les filles de toute façon!" Il approcha Nanao près de son visage. "Ce qui me fait penser qu'il faut que je t'apprenne à respecter tes aînés." Et il la lança violemment au sol.

Nanao ne sentit pas la douleur provoquée par le choc contre le sol. La souffrance qu'elle ressentait dans son coeur à ce moment précis était bien plus importante. L'homme pouvait bien la tuer, elle n'en avait que faire. Elle en était même à penser que c'était peut être bien ce qui pouvait lui arriver de mieux à ce moment. Personne ne pouvait vivre sans coeur! Et Seiji venait de partir avec le sien.

Elle n'opposa aucune résistance lorsqu'il l'attrapa par un bras et la traîna sans ménagement vers l'entrepôt.

OoOoOoOoOo

Nanao se réveilla en sursaut et se redressa vivement dans son lit. Elle essaya de lutter contre le sommeil. Habituellement elle émergeait bien plus rapidement de ses cauchemars.

"Ca va? Ca fait un moment que j'essaye de te réveiller sans succès."

Une boule de kido apparut aussitôt dans la main de Nanao pour être dirigée vers la personne qui venait de lui adresser la parole. Il lui fallut encore quelques secondes pour se rendre compte de ce qu'elle faisait. Elle était en train de menacer Byakuya!

"Je suis désolée!" La menace disparut de sa main. "Tu m'as surprise et..." Ils étaient amants depuis près de quinze jours et elle n'était toujours pas habituée de se réveiller auprès de quelqu'un.

"Ca va, pas de problèmes. Et tu ne risquais pas de me faire beaucoup de mal avec ce sort!"

Si la clarté de la lune qui filtrait au travers des portes de la chambre était insuffisante pour déchiffrer l'expression du visage de son amant, Nanao voyait bien qu'il n'avait pas l'intention de se rendormir dans l'immédiat. Elle ne savait pas s'il attendait qu'elle lui parle de son rêve ou s'il attendait juste qu'elle lui dise que tout allait bien.

Il ne lui laissa pas le temps de se poser plus de questions quand il demanda:

"Qui est Seiji?"

Il ne pouvait pas voir l'expression de surprise de Nanao, mais il la sentit se raidir à ses côtés.

"Qui t'a parlé de lui?"

Byakuya remarqua au ton de sa voix qu'elle était passée sur la défensive mais il ne s'en offusqua pas. Qui que soit cet homme, il était dans les cauchemars de Nanao, et donc il ne devait pas être un bon souvenir pour elle. Elle avait le droit de réagir de la sorte.

"C'est toi, tu as prononcé son nom plusieurs fois pendant ton sommeil." Il ajouta plus doucement et en lui effleurant doucement la main. "Si tu veux en parler, je suis là."

Lui en parler? Elle n'avait jamais parlé de Seiji à qui que ce fut. Il était encore, cent ans plus tard, un plaie dans son coeur qui refusait de se refermer. Alors, en parler, c'était quelque chose d'inconcevable. Aussi fut-elle surprise quand elle s'entendit lui raconter cette partie de sa vie, partie qui était tabou et que même le capitaine Kyôraku ne connaissait pas. Elle ne lui raconta qu'une version édulcorée, il n'avait pas besoin de connaître tous les détails sordides, comme ce que lui avait fait subir l'homme dans l'entrepôt ou comment elle l'avait très certainement tué en lui lançant un sort de kido en pleine face quand l'envie de vivre lui était soudainement revenue. Elle s'était arrêtée dans son récit juste après sa rencontre avec le démon de l'orage, ce shinigami qui l'avait par la suite amenée au Seireitei.

Quand elle eut terminé son récit, elle se trouva étrangement calme. Elle qui avait toujours pensé que parler de son frère aurait été la chose la plus difficile à faire au monde, elle se rendait compte que ça n'était pas le cas. Bien au contraire. D'avoir dit les choses à haute voix faisait qu'elle même les voyait autrement. Secrètement, elle avait hait son frère pour l'avoir abandonnée ce jour là, mais avec le recul, il n'était qu'un gamin qui avait paniqué. L'adulte qu'elle était devenue ne pouvait pas reprocher à un enfant de 8 ans d'avoir fuit devant un tel danger, même si ça avait impliqué de la laisser.

Comme elle avait terminé son histoire et qu'elle ne semblait pas décidée à ajouter autre chose, Byakuya préféra ne pas commenter. Il aurait bien le temps de lui en reparler plus tard s'il sentait qu'elle avait l'envie ou le besoin de le faire. Mais il devait avouer qu'il était loin de se douter qu'elle traînait avec elle ce genre de blessure. Il savait que la vie dans le Rukongai était rude - Hisana aurait pu en témoigner - mais comment imaginer qu'une fillette de tout juste 6 ans avait déjà vécu ça? Et il se doutait bien qu'elle ne lui avait pas raconté toute l'histoire, qu'elle avait laissé de côté certains détails. Elle les lui raconterait peut être un jour:

"Ca te dit une promenade au clair de lune dans le jardin?"

C'était ce qui marchait le mieux pour lui quand il avait l'esprit tourmenté.

Elle prêta alors attention aux bruits de l'extérieur. Tout était silencieux. C'était étrange, habituellement les cauchemars venaient la hanter seulement les nuits d'orage. Et le temps semblait clair. Est ce que la place de plus en plus importante que prenait le capitaine de la 6ème division dans sa vie réveillait les vieux démons qu'elle croyait endormis?

"Je préférerais une tasse de thé si ça ne te dérange pas."

C'était ce qu'elle voulait vraiment, comme à chaque fois qu'elle se réveillait après de tels rêves, mais elle essaya de changer le cours de ses pensées quand elle se rendit compte que c'était avec le capitaine Kyôraku qu'elle voulait le boire.

OoOoOoOoOo