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Partie 13
Byakuya se tenait face à la fenêtre.
Encore.
Depuis que Nanao avait été admise à la 4ème division personne n'avait essayé de lui ravir cet endroit stratégique qui permettait une vue parfaite sur le jardin de la division.
Ce jardin était superbe. Le capitaine Unohana était parvenu à faire de l'espace restreint qu'elle avait à disposition un lieu charmant. Les arbres et les rochers étaient harmonieusement agencés, ce qui donnait à l'ensemble un aspect calmant et relaxant.
Calme et relaxé. C'était aussi ce que semblait être Byakuya de l'extérieur. Mais à l'intérieur c'était tout le contraire. De l'extérieur, il semblait admirer le jardin de la division et semblait ne pas s'en lasser. De l'intérieur, il aurait été incapable de dire s'il y avait des arbres ou même un étang dans le dit jardin: Il avait beau le regarder, il ne le voyait pas. Son attention était entièrement tournée vers ce qui se passait dans la chambre. Même quand il rentrait chez lui, il ne quittait jamais vraiment cette pièce.
Ce qui était en train de se produire le ramenait 50 ans en arrière et il avait horreur de ça. Parce que ce qui était arrivé à Hisana ne s'était pas bien terminé et, même s'il espérait le contraire, il ne pouvait s'empêcher de penser que ça allait se reproduire. Nanao allait mourir. Il aurait aimé pouvoir croire le contraire, parce qu'après tout, Nanao était en parfaite santé avant ça. Et puis, la probabilité pour qu'un shinigami meure au moment de l'éveil de sa pression spirituelle était assez faible. Mais voilà, ça arrivait. Et Byakuya le savait. D'autant plus que même les forces combinées du capitaine Unohana et de l'ancien capitaine Tsukabishi n'y avaient rien fait. Et depuis, Nanao déclinait un peu plus à chaque minute qui s'écoulait.
La mort était la fin logique à tout ceci.
Même le capitaine Kyôraku l'avait admis. Tout du moins, c'était comme cela qu'interprétait Byakuya le fait de se retrouver seul dans la chambre de son amante. Depuis que la jeune femme se trouvait à la 4ème division, il n'avait ressenti que de l'hostilité de la part de l'autre capitaine. Ce dernier lui avait tout collé sur le dos, ce que le jeune Kuchiki comprenait sans peine - il ne pouvait lui-même s'empêcher de se sentir coupable - et voilà que, soudainement, Kyôraku lui laissait tout le temps qu'il souhaitait pour rester seul avec Nanao. Ca ne pouvait signifier qu'une seule chose, il lui laissait du temps pour faire ses adieux.
Le capitaine Kyôraku... Byakuya ne l'appréciait pas vraiment. L'homme était trop exubérant, trop laxiste pour lui même ou pour les hommes de sa division, trop bruyant, trop grand, trop rose... Bref, il était trop. Le jeune Kuchiki n'arrivait pas vraiment à comprendre comment Nanao arrivait à le supporter. Elle était son exact opposé. Byakuya avait pensé que, peut être, il fallait connaître l'autre homme pour le voir autrement, mais il n'avait aucune envie de tenter l'expérience.
Il devait cependant reconnaître qu'il avait été pris d'un élan de compassion pour l'autre homme un peu plus tôt dans la journée. Peu après que Tsukabishi ait tenté de re-sceller les pouvoirs de Nanao, cette dernière s'était mise à délirer. Elle avait tout d'abord appelé Aki, l'esprit de son zanpakutô, puis elle avait appelé Seiji. Kyôraku ne savait manifestement pas de qui il était question et comme il avait l'air affolé devant les appels terrorisés de la jeune femme, Byakuya était sorti de son silence pour expliquer aux personnes présentes dans la pièce qui était Seiji. La douleur que Byakuya avait lue dans les yeux de l'autre capitaine lorsqu'il avait appris l'existence de ce frère dans le Rukongai lui avait alors serrée le cœur. Les deux hommes avaient donc une chose en commun, ils aimaient profondément Nanao, même si Byakuya espérait qu'ils n'éprouvaient pas pour elle le même genre amour.
Byakuya repensait à ça, à l'étrangeté de se trouver un point commun avec un homme qui n'avait justement rien à voir avec lui quand il se rendit compte que les autres visiteurs de la jeune femme l'avaient laissé seul depuis plusieurs minutes déjà et qu'il n'avait toujours pas quitté l'emplacement qu'il occupait auprès de la fenêtre. Il ne l'aurait avoué à personne mais il avait peur d'approcher le lit de la malade. Il se souvenait trop bien ce que ça faisait de perdre la personne qu'on chérissait et s'approcher de Nanao maintenant aurait été comme reconnaître que la situation pouvait se répéter à tout moment.
Et dire qu'il avait lui-même argumenté pour qu'on ne tente rien pour essayer de la sauver! Il devait avouer qu'il avait espéré être celui qui respectait le choix de sa douce pendant que l'ignoble capitaine Kyôraku aurait insisté - et obtenu - qu'on tente tout pour la sauver malgré tout. Mais non, il n'en avait rien été. Ce type étrange avait été convaincu en moins d'une phrase de la laisser mourir! Finalement, l'autre capitaine était plus complexe qu'il y paraissait.
Il fit inconsciemment les quelques pas qui le séparaient de son amante.
A la regarder allongée là sur ce lit, il se rendit compte à quel point il pouvait se montrer faible lorsqu'il était question des femmes de sa vie. Quand Hisana avait souhaité retrouver Rukia, il l'avait laissée faire, et ce en dépit de son état de santé qui était déjà à l'époque préoccupant. Et voilà qu'en respectant le choix de Nanao, il recommençait! La situation n'était pas tellement différente de ce qu'elle avait été cinquante ans auparavant.
Il allait lui caresser la main quand il remarqua un changement dans la pression spirituelle de Nanao. Cette dernière semblait s'emballer encore plus qu'auparavant. Etait-ce le moment que la femme qu'il aimait avait choisi pour le quitter?
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"Que faites vous ici? Vous ne devriez pas être auprès d'elle?"
Kyôraku était assis sur une chaise dans le couloir face à la porte de la chambre de Nanao. Il avait les coudes sur les genoux et la tête enfouie dans les mains. Son éternel chapeau de paille reposait sur le siège à côté de lui. Il leva les yeux vers la nouvelle venue.
"Rangiku, content de te voir."
Elle s'assit à ses côtés et posa une main sur son épaule.
"C'est marrant, mais ça n'en a pas l'air."
Il lui fit une grimace qui se voulait être un sourire.
"Excuse moi, je suis un peu fatigué alors…"
"Ca va, je comprends."
Ils gardèrent le silence quelques minutes avant que la rouquine ne reprenne la parole:
"Vous ne seriez pas mieux dans la chambre?"
Il lui fit non de la tête.
"Byakuya est avec elle en ce moment. J'ai pensé qu'il aimerait être seul un moment même s'il n'en a jamais fait la demande."
"Vous n'êtes pas en train de me dire que vous lui laissez du temps pour qu'il lui fasse ses adieux?"
"Non! Nanao-chan est bien plus forte que ce dont elle a l'air. Elle ne va pas mourir." Ses paroles étaient définitives mais son regard trahissait l'incertitude qu'il ressentait vraiment. Il avait peur et Rangiku le savait. Elle éprouvait la même chose que lui. "Mais ils sont ensembles, ils ont droit à un peu d'intimité."
"Ca doit vous coûtez de dire ça!"
"Tu n'en as pas idée." Cette fois le sourire qu'il lui adressa en était bien un vrai. "Je préférerais lui casser la figure mais je sais que Nanao-chan n'apprécierait pas."
"Si vous le dites! Vous la connaissez mieux que moi."
C'était certain, si Nanao se réveillait et qu'elle apprenait que le capitaine Kyôraku s'était mal comporté avec Byakuya, elle lui arracherait la tête à coup sûr. Par contre Rangiku n'était pas aussi certaine du comportement de son amie si c'était Byakuya qui cherchait des poux à Shunsui. Matsumoto imaginait tout juste la scène quand elle remarqua la mine de chien battu que fit son ami de beuverie:
"Qu'est ce qu'il y a?"
"Tu te trompes Rangiku, je ne la connais pas."
La rouquine sentait le mal que ça lui faisait de lui affirmer une telle chose. Elle n'ajouta rien et le laissa continuer.
"Est-ce que tu savais que Nanao-chan avait un frère?"
Il eut sa réponse à l'air surpris de la jeune femme.
"Je vois que tu es comme moi, tu viens de l'apprendre! Et moi, c'est Byakuya qui me l'a dit. Byakuya!" Il passa sa main sur son visage avant de continuer. "Je la connais depuis plus de 100 ans et ce type se pointe dans sa vie et en trois jours il la connaît mieux que moi! Elle a plus confiance en lui qu'en moi."
Rangiku voyait bien pourquoi il était aussi mal mais elle ne voyait pas forcément les choses de la même façon que lui:
"Je ne pense pas que ça soit une question de confiance." Il la dévisagea, surprit et attentif à la fois. "Il y a des confidences qu'on fait sur l'oreiller qu'on ne ferait pas en temps normal."
"Je ne sais pas si ça me réconforte ou si ça me donne envie d'aller me pendre!" Il se redressa sur son siège et posa la tête contre le mur derrière lui. "Mais si même toi qui est une de ses meilleures amies n'était pas au courant pour ce frère, peut être que je ne devrais pas le prendre aussi mal."
Ils étaient silencieux depuis quelques minutes quand il reprit:
"Tu crois qu'il y a d'autres choses que nous ne savons pas sur elle?"
Il avait tourné la tête dans la direction du vice capitaine de la 10ème division et attendait manifestement une réponse.
"J'en suis persuadée." Elle affirmait cela avec une telle conviction que ça fit froid dans le dos au capitaine Kyôraku. "Il faut que vous sachiez qu'il y a une règle implicite entre les shinigamis qui ont grandi dans le Rukongai. On ne se pose pas de questions sur nos enfances respectives." Shunsui leva un sourcil surpris dans sa direction. "Nous imaginons facilement avec nos propres expériences ce que les autres ont pu vivre et nous comprenons le besoin de taire certaines blessures, certains évènements traumatisants. Et ceux qui racontent un peu de leur vie, ceux là ne racontent que les passages heureux, jamais les autres." Kyôraku ne voyait pas très bien où elle voulait en venir. Elle s'en rendit compte et décida de terminer au plus vite ce qu'elle essayait de lui expliquer. "Tout ça pour dire que de toutes les fois où Nanao m'a parlé de son enfance, elle n'est jamais remontée avant son entrée à l'école de shinigamis. J'ai toujours pensé que c'était parce qu'elle était trop jeune quand elle avait vécut dans le Rukongai et qu'elle n'en avait gardé aucuns souvenirs. Mais maintenant, avec l'apparition de ce frère, j'ai des doutes. Je pense qu'elle s'en souvient parfaitement et qu'elle a de bonnes raisons pour s'être toujours tue."
Si avant cette révélation Shunsui se sentait mal, d'avoir parlé avec Rangiku n'avait fait qu'empirer les choses. Depuis toujours Nanao avait fait des cauchemars sur sa vie dans le Rukongai et il savait que ce qu'elle y avait vécut ne devait pas être rose, mais être confronté aux soupçons d'une autre sur le même sujet rendait la chose encore plus tangible. Il se sentait maintenant nauséeux. Il n'eut pas le temps de réfléchir à ce qu'il venait d'apprendre que Kuchiki apparut sur le seuil de la chambre:
"Vice capitaine Matsumoto, est ce que vous pouvez allez chercher le capitaine Unohana?"
Kyôraku se senti envahir par la panique. Il était forcément arrivé quelque chose à Nanao-chan. Il n'eut pas longtemps à attendre pour que le capitaine de la 6ème division s'adresse à lui:
"Je crois qu'elle est en train de se réveiller!"
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Et voici enfin un nouveau chapitre.
Je suis désolée d'avoir été aussi longue à le publier et j'espère que le prochain arrivera plus vite.
