Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 1
Severus Snape quitta le bureau de Dumbledore, sa robe noire flottant derrière lui, suivi par les trois autres chefs de maisons.
En ce 31 août, la rentrée se faisait imminente et les derniers préparatifs, ainsi que la perspective du déferlement soudain de centaines d'enfants et adolescents dans les couloirs de Poudlard le lendemain, donnaient chaque année l'envie au professeur de Potions de s'enfermer dans ses cachots et de ne plus jamais en sortir. Cette année, Poudlard avait réussi à se débarrasser de deux petits monstres, mais allait devoir accueillir deux élèves étrangers dans le cadre d'échanges scolaires, un italien et une française.
Snape pinça le haut de son long nez en descendant les escaliers en colimaçon. Les élèves autochtones avaient déjà du mal à écrire correctement leur propre langue maternelle, alors qu'est ce que cela allait donner pour les deux nouveaux ! Théoriquement, ne venaient à Poudlard que des élèves dont le niveau d'anglais était jugé suffisant. Certes, mais jugé par qui ? Il avait encore en mémoire le sabir incompréhensible que lui avaient servi, copie après copie, deux Allemands qui, Dieu merci, avaient réintégré Durmsdrang à la fin d'une année gâchée. Dumbledore avait fourni aux quatre chefs de maison les informations nécessaires relatives à ces nouveaux élèves tout en indiquant qu'ils arriveraient chacun dans la journée pour un petit entretien et leur sélection par le Choixpeau magique. Au moins, pensa Snape, ils éviteraient ainsi l'humiliation d'être sélectionnés en même temps que les premières années devant toute l'école.
L'Italien, Alessandro Gabelli, quinze ans, avait été formé à l'Académie d'Etude de la Magie de Florence. Issu d'une illustre famille de sorciers italiens, ses points forts semblaient être les Sortilèges, les Potions et la Défense contre les Forces du mal. La Française, plus jeune d'un an, avait eu un parcours un peu étrange. Élevée par sa grand-mère moldue, elle avait suivi un cursus complètement moldu jusqu'à douze ans, la vieille femme refusant semble-t-il, de l'envoyer à Beaux-Bâtons, sans doute perturbée par la différence de sa petite-fille. Puis, soudainement, Emilie Marlier était apparue à Beaux-Bâtons l'été de ses douze ans, avait suivi des cours intensifs pendant deux mois et avait été admise directement en seconde année. L'année dernière, ses talents en Potions avaient été estimés tels qu'elle avait suivi pendant plusieurs mois les cours de son année et ceux de l'année supérieure dans cette matière. Non, bien entendu, que cela signifiât quoi que ce soit. Severus Snape n'avait pas un très grand respect pour ses collègues, étrangers ou non, et attendait de juger « sur pièces » le nouveau « génie » des Potions que Dumbledore allait lui fourrer dans les pattes, avant de devoir, il n'en doutait pas, lui rabattre son caquet avec pertes et fracas.
Parvenu à destination, le professeur murmura plusieurs sortilèges et mots de passe et ouvrit la porte de la classe de Potions d'un grand coup de pied, résumant ainsi parfaitement son état d'esprit du moment.
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« Hagrid et la nouvelle seront là dans dix minutes, monsieur le directeur.
-Merci, monsieur Rusard. »
Albus Dumbledore se tourna vers Minerva McGonagall qui essuyait délicatement les coins de sa bouche avec une serviette après avoir reposé sa tasse de thé. La plupart des portraits couvrant les murs du bureau du directeur étaient assoupis ou vides, leurs occupants partis vaquer à d'autres activités. La lumière vive qui s'écoulait des fenêtres closes de verrières incolores à losanges illuminait la vaste salle pourvue d'une petite mezzanine de bois aux tonalités chaudes, et mettait en valeur une partie des étranges objets qui jonchaient les tables ou bien étaient placés sur des étagères savamment ornées de motifs de courbes et contrecourbes évoquant la création de quelque architecte fou.
Quelques heures auparavant était arrivé Alessandro Gabelli, un jeune homme grand, si mince qu'il en paraissait presque maigre, au visage anguleux plutôt agréable entouré de cheveux châtains coupés juste en dessous des joues, et retombant en mèches soyeuses de chaque côté de son visage. Gabelli semblait intelligent, avec des yeux marron un peu rieurs, paraissant trouver un peu partout des sujets d'amusement. Néanmoins, le jeune homme était très réservé, observant beaucoup mais parlant peu, avec un accent presque indétectable, restant sur la défensive et trahissant juste sa surprise en entendant tout d'un coup le Choixpeau lui parler à l'oreille. Pour l'heure, Gabelli avait été dépêché vers Severus Snape, et devait intégrer la maison de Slytherin.
Restait donc la question de la Française, Emilie Marlier. Dumbledore ne savait pas grand-chose d'elle, tout reposant sur les bulletins de notes et les remarques détaillées dans la longue lettre accompagnée de photographies, envoyée par la directrice de Beaux-Bâtons, madame Maxime. La jeune fille paraissait un peu énigmatique malgré la profusion de remarques de la directrice qui évitait soigneusement certains sujets : on ne savait rien de ses parents, dont aucun ne semblait l'avoir élevée, ni pourquoi elle n'avait pas été à Beaux-Bâtons dès ses onze ans. Dumbledore ignorait si le Ministère français de la Magie envoyait, comme c'était le cas en Angleterre, des fonctionnaires expliquer aux familles moldues ce qu'était la magie lorsqu'elles abritaient un futur sorcier en leur sein. Si ce n'était pas le cas, il était compréhensible que certains refusent de confier l'éducation de leurs enfants à une école de sorcellerie. La petite Française possédait cependant un véritable talent, si ses notes obtenues en Potions reflétaient un tant soit peu la réalité, et la missive élogieuse de la directrice, évitant de peu le ridicule, mettait en exergue les qualités réelles ou peut-être un tantinet exagérées de la candidate.
« Parions-nous, Minerva ?
-Hum, les bulletins de notes et le reste ne donnent que des indications, sans voir ni connaître la personne…
-Justement, c'est le but d'un pari, non ? pressa Dumbledore, les yeux pétillant de malice.
-Non, Albus. J'ai déjà perdu pour monsieur Gabelli, je préfère en rester là. Slytherin… ajouta le professeur de Métamorphose en simulant un frisson.
-Qui sait, mademoiselle Marlier ira-t-elle peut-être rejoindre les rangs des Gryffondors ?
-Nous verrons. »
Un coup timidement frappé à la porte indiqua aux deux professeurs que l'objet de leurs interrogations venait sans doute d'arriver. Quelques instants après que l'invitation de Dumbledore ait retentit, une jeune fille vêtue d'un jean et d'un sweat-shirt fripés apparut, entrant doucement par la porte entrebâillée. Elle était intimidée, c'était évident de par sa manière de se tenir. Cependant, son visage fatigué restait un peu fermé, presque impassible. Emilie Marlier était grande pour son âge, ayant déjà la taille des élèves de septième année. De longues jambes, une silhouette mince mais déjà formée et partiellement dissimulé par son accoutrement moldu, un visage très pâle aux joues pleines, marqué par un nez assez proéminent, de grands yeux très sombres et une bouche assez large aux lèvres pleines. Les deux professeurs s'attardèrent un peu surpris sur la coiffure : au lieu de la longue chevelure favorisée par toutes les élèves de Poudlard, Emilie Marlier avait les cheveux coupés juste au niveau de la mâchoire, très épais, d'un noir de jais, aux mèches ondulées un peu en pagaille, comme si l'enfant sortait du lit, et une grosse frange qui lui mangeait les yeux. Le volume de la chevelure évitait à la coiffure de paraître trop « garçonne » mais des cheveux aussi courts étaient une rareté pour les jeunes filles de Poudlard.
Après s'être enquis du voyage, de la fatigue de l'élève, et lui ayant proposé une pastille au citron promptement refusée par l'intéressée qui répondait d'une voix assez douce avec un accent marqué mais pas désagréable et dans un anglais tout à fait correct qui deviendrait sans doute plus fluide à l'usage, Dumbledore lui demanda de bien vouloir s'assoir sur le tabouret placé au milieu du bureau tandis que Minerva McGonagall posait le Choixpeau sur la tête de l'enfant.
Les réflexions du Choixpeau restaient un secret uniquement partagé entre les élèves et l'objet, mais le directeur regretta une nouvelle fois de ne pas savoir ce qu'il avait cru bon de divulguer à la Française qui avait subitement arraché ses yeux à leur contemplation pleine d'espoir des shortbreads éparpillés sur une petite assiette posée sur le bureau, était devenue blême et avait battu furieusement des paupières en fronçant les sourcils pendant quelques secondes. Quelques instants plus tard, le Choixpeau proclama qu'Emilie Marlier irait rejoindre les rangs de la maison de Serdaigle. Dumbledore l'envoya ensuite, escortée par un Rusard à l'expression toujours aussi revêche, trouver le professeur Flitwick qui devrait lui expliquer les éléments essentiels à son intégration à Poudlard.
La porte venait de se refermer en tournant silencieusement sur ses gonds.
« Hum… qu'en dis-tu, Albus ? fit la chef des Gryffondors, les lèvres un peu pincées.
-Allons Minerva, que lui reproche-tu ?
-Rien… c'est étrange, elle me rappelle quelqu'un. Peut-être ses expressions, encore qu'elle ne me paraisse pas terriblement expressive… c'est très déconcertant. Elle paraît extrêmement timide au premier abord, mais elle ne rougit pas et regarde les gens droit dans les yeux… Je me trompe peut-être, mais elle m'a presque fait l'effet d'une pleurnicheuse… Non, je ne sais pas quoi en penser : à tout prendre, monsieur Gabelli m'était plus sympathique, conclut la femme au chignon sévère en secouant la tête.
-Hum, je dois dire qu'elle m'a surpris, moi aussi : je m'attendais presque à quelqu'un de plus flamboyant. Bah, j'ai accordé trop d'importance à la lettre de recommandation !
-Ces Français… intervint rapidement Minerva McGonagall en secouant la tête.
-Ah, madame Maxime a voulu défendre la cause de son élève, voilà tout. Et puis les bulletins de notes parlent d'eux-mêmes. Quelle drôle d'idée de couper ses cheveux si courts ! remarqua-t-il en passant du coq à l'âne.
-Je me demande pourquoi elle a fait cela ? déplora la vieille femme en fermant les yeux : sur les photos que nous avions elle avait les cheveux longs. Mais bon, c'est peut-être une mode moldue ? conclut l'Écossaise en soupirant, d'un ton peu convaincu. Est-elle vraiment venue seule depuis Paris ?
-Oui. Elle semble très indépendante et débrouillarde. Hagrid m'a dit qu'elle avait commencé à avancer vers Poudlard sans l'attendre ! Il secoua la tête en levant un peu les yeux, puis reprit avec sérieux : elle a quand même quelque chose de remarquable et je m'étonne que madame Maxime n'en ait rien dit.
-Comment cela ?
-C'est sans doute un Occlumens.
-Quoi ? La femme redressa la tête si brusquement que son chapeau pointu de tartan vert manqua de tomber de sa tête. Mais Beaux-bâtons ne propose pas de cours d'…
-Non, bien sûr que non, coupa Dumbledore d'un ton rassurant. C'est sans doute naturel et c'est pour cela qu'elle paraissait peut-être inexpressive, encore que, réfléchit-il avec embarras : j'ai un peu honte maintenant, je crois qu'elle était tout simplement affamée et que des biscuits ne lui auraient pas fait de mal.
-Que faisons-nous à ce sujet ?
-L'Occlumencie ? Ma foi, je ne vois pas ce que nous pourrions faire. Juste observer, reprit-il : et en cas de problème, je lui parlerai. Elle ne se rend sans doute pas compte de ce qu'elle fait, murmura Dumbledore d'un air pensif.
-Je n'aime pas cela, affirma sa compagne sur un ton catégorique.
-Minerva, nous n'y pouvons rien et elle non plus ! Et puis cela n'a rien de honteux ou de grave. C'est simplement rare, et je crois presque impossible pour quelqu'un issu d'une famille de Moldus. Elle a certainement eu un sorcier parmi ses ancêtres, ce qui pourrait expliquer cette disposition et la rapidité de son apprentissage. »
Faisant claquer sa langue d'un air dubitatif, Minerva McGonagall avança la main vers la table et saisit un shortbread.
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Emilie suivait Rusard mécaniquement, l'esprit en ébullition, sans trop faire attention aux alentours ni aux récriminations du concierge de l'école prononcées d'une voix geignarde et éraillée avec un accent à couper au couteau, que de toutes façons elle ne comprenait pas. Bon sang ! Il fallait qu'elle arrête et qu'elle se concentre un peu, sinon elle se perdrait dès qu'elle serait toute seule !
La politesse exigeait ne pas examiner en détail les personnes ou les objets, aussi, bien élevée, Emilie avait évité de marquer un intérêt ou un étonnement trop visible dans le bureau du directeur. Pourtant, il y avait de quoi s'interroger ! Et les occupants n'étaient pas les éléments les moins intéressants. Emilie ne savait pas encore quoi faire d'Albus Dumbledore et Minerva McGonagall. Leur accoutrement était… pittoresque, mais à Beaux-Bâtons, la mode était plutôt à un style classique moldu BCBG qui n'avait rien de très « naturel » non plus. Quand aux tenues de madame Maxime, Emilie préférait éviter d'y songer.
Elle connaissait la réputation du directeur : l'un des plus grands sorciers de ce siècle, il était dans tous les livres d'histoire de la magie. Dumbledore avait eu l'air de vouloir disséquer son cerveau et Emilie, prudente et pas très confiante, avait gardé les yeux baissés. Elle n'avait pas grand-chose à cacher, mais ce qui était dans sa cervelle lui appartenait et elle n'avait pas l'intention de faciliter la tâche à un Legilimens, si par hasard le directeur possédait ce talent. McGonagall, malgré son étrange chapeau qui paraissait avoir été coincé à plusieurs reprises dans une porte, avait l'air terriblement stricte et ses lèvres pincées laissaient entendre qu'elle n'était pas du tout enthousiasmée par la nouvelle recrue. Tans pis, je suis comme je suis, je n'y peux rien ! Emilie s'était littéralement forcée à la regarder droit dans les yeux dès qu'elle lui adressait la parole, consciente qu'un regard fuyant ne faisait jamais bonne impression.
Mais le plus troublant avait été le Choixpeau. Le concept de « maisons » était totalement étranger à la Française qui ne se rappelait plus bien des qualités qui y étaient associées et qu'elle avait rapidement parcouru dans le guide de Poudlard que lui avait remis madame Maxime. Les quelques instants où l'objet avait été posé sur sa tête avaient paru une éternité à Emilie, qui avait cru un moment que son cœur allait cesser de battre quand le chapeau, après avoir écarté d'office Poufsouffle et Gryffondor, avait suggéré Slytherin. « De l'intelligence, ça oui. La volonté de se prouver. Un peu tordue, hein ? Et de l'ambition, beaucoup d'ambition ! Ça pourrait faire une bonne Slytherin, comme son père... ». Ainsi donc, elle le savait maintenant, son père était un sorcier et il avait étudié à Poudlard. Surexcitée, Emilie lutta pour retrouver une certaine nonchalance à l'idée de son père. Elle ne savait rien de lui. Strictement rien, si ce n'est qu'il était anglais, qu'il n'avait pas été marié avec sa mère et qu'il était parti avant sa naissance. Elle ne savait pas quoi en penser : la logique voulait qu'elle le détestât, au moins un peu, pour l'avoir laissée tomber. Mais l'avait-il abandonnée ? Il était parti avant qu'elle naisse, alors… Alors ses émotions à son égard restaient étonnamment neutres, surtout comparées à celles qu'elle éprouvait dès qu'il était question de sa mère. Elle ressentait avant tout de la curiosité, surtout maintenant qu'elle savait d'où lui venait ses capacités de sorcière. Si seulement elle en savait un peu plus, au moins son nom ! Mais là évidemment, elle n'avait aucun moyen de le deviner. Et puis, le voulait-elle vraiment ? « On sait ce que l'on perd, mais pas ce que l'on trouve » fut la phrase qui lui vint à l'esprit.
L'esprit ressassant sans cesse les mêmes pensées et interrogations, notant très vaguement les tours et détours de son chemin, l'estomac gargouillant à qui mieux-mieux, Emilie arriva enfin devant l'entrée de la maison de Serdaigle, abandonnée à son sort, essoufflée et sans mot de passe par Argus Rusard qui s'empressa d'aller retrouver son chat.
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Filius Flitwick accueillit avec un grand sourire la nouvelle recrue.
La lecture du dossier envoyé par Beaux-Bâtons, et dont il avait reçu la copie à l'instant, montrait qu'il s'agissait à l'évidence d'une fille intelligente. En tous les cas elle était polie, parlait très correctement l'anglais (mais Flitwick, qui avait fait une partie de ses études en France, n'aurait pas regretté de devoir parler un peu français) et, cerise sur le gâteau, il avait découvert au hasard de la conversation qu'elle aimait la musique. Le professeur décida sur le champ d'enrôler Emilie Marlier dans la chorale de l'école, ce qu'elle refusa immédiatement et d'un air sans appel (bien que qu'avec la plus grande politesse) mais elle accepta avec une joie non dissimulée de faire partie du groupe d'étude de musique classique moldue que le chef de la maison Serdaigle animait tous les vendredi soirs, surtout quand il lui expliqua qu'aucun appareil moldu ne fonctionnait à Poudlard. Adieu donc, Walkman et radio et bienvenue à la nouvelle recrue qui découvrirait de la « vraie » musique, même si le petit professeur n'allait évidemment pas présenter les choses en ces termes.
Flitwick examina Emilie pendant qu'elle essayait, avec la plus grande concentration, l'air grave et les sourcils froncés, de se rappeler toutes les informations sur Poudlard qu'il lui avait donné. Il n'arrivait pas à se défaire de l'idée saugrenue que son expression paraissait étrangement déplacée sur ce visage jeune.
« Je vous conseille de lire attentivement Hogwarts, a History.
-Oui, merci. Je l'ai lu, mais je vais recommencer.
-Vous vous adapterez vite, vous verrez, la rassura-t-il : venez avec moi, je vais vous montrer votre dortoir. »
Emilie suivit Flitwick hors de son bureau par une porte secondaire dissimulée dans la tapisserie, repassant dans la salle commune ornée de bleu et or, puis gravissant un escalier étroit et un peu raide. Chaque chambre comportait quatre lits et une salle de bains. Arrivée à la porte de la sienne, Emilie vit que sa valise et son sac à dos étaient déjà posés près du lit. Flitwick haussa les sourcils en voyant une valise si… moldue. Emilie sourit et métamorphosa de nouveau le bagage qui devint un grand coffre.
« C'est plus pratique pour prendre l'avion ou le train, dit-elle en ayant l'air de s'excuser : le sortilège a été posé par le responsable de mon année, à Beaux-Bâtons.
-En effet ! s'exclama malicieusement le petit professeur avant de reprendre : vos voisines seront mesdemoiselles Belinda Mugholder, Ann Merrywistle et Lucrezia Blackwell. J'attire de nouveau votre attention sur le fait que vous devez veiller à la bonne tenue de votre chambre, ainsi que de la salle de bain. Les Elfes s'occuperont de votre linge. Rappelez-vous aussi que le couvre-feu est à 21 heures les jours de classe, sauf pour le cours d'Astronomie. Dans ce cas, un préfet viendra raccompagner votre classe.
-Bien, monsieur.
-Je vous laisse déballer vos affaires. Il s'interrompit et fut obligé de rire en remarquant la protestation qu'émettait l'estomac de la pauvre jeune fille, mortifiée : rassurez-vous, je vais demander à un Elfe de vous apporter un petit goûter. Nous nous retrouverons à 19 heures pour dîner : je vous accompagnerai jusqu'à la grande salle, si vous le voulez bien.
-Merci, monsieur. »
Flitwick parti, Emilie respira un grand coup, soupira quand son estomac choisit encore de se manifester, puis commença à examiner la pièce attentivement. Comme la salle commune, elle était décorée en bleu et or. Elle contenait quatre lits à baldaquin en bois, aux rideaux et au couvre pied bleu. Les draps étaient de coton blanc. Chaque lit était accompagné d'une petite table de nuit d'un côté et d'une armoire de taille raisonnable de l'autre, dont le socle abritait deux tiroirs. Une étagère à la tête du lit permettait d'y poser des livres, ou des objets personnels, tandis que le coffre pourrait être stocké sous le lit. La salle de bain était claire, bleu pâle, couverte de carreaux de céramique, et abritant une grande douche et quatre lavabos. Une porte supplémentaire donnait sur les toilettes. L'ensemble était très agréable et Emilie fut soulagée de constater qu'il s'agissait seulement d'une succession de petits dortoirs. Elle aurait eu du mal à supporter la promiscuité si ceux-ci avaient été plus grands.
Emilie commença à ôter les affaires de son coffre, n'y laissant que des objets qui n'avaient pas d'utilité immédiate ou bien qu'elle ne souhaitait pas montrer. Elle sécurisa ensuite le coffre soigneusement. Les vêtements furent vite rangés : la jeune fille n'en possédait pas tant que ça et il s'agissait avant tout de jeans ou pantalons de velours sombre assortis de pulls et t-shirts de couleurs variées pouvant être combinés entre eux, et de deux jupes, très longues. Une paire de baskets, des chaussures à semelle de caoutchouc pour la pluie, des sandales de cuir marron (aux pieds) et des chaussures noires à talons carrés achevaient le trousseau. Évidemment, il fallait y ajouter l'uniforme, procuré sur commande et envoyé directement à Poudlard : jupe à larges plis et pantalon gris, chemisiers et longues chaussettes blanches, robes noires. Le complément était posé sur son lit, décidé après son placement à Serdaigle : écharpe, cravate (berk ! hurla intérieurement Emilie qui se demanda ensuite avec perplexité comment elle allait bien pouvoir nouer cet objet de torture) et manteau doublé aux couleurs de sa maison, bleu et jaune.
Une fois tout à peu près rangé, mordant à pleines dents dans une bonne tartine de brioche que venait de déposer un Elfe qui avait dû avoir pitié d'elle, Emilie se précipita dans la salle de bain pour prendre une douche rapide et se changer, optant pour des vêtements « normaux » étant donné que la rentrée n'avait officiellement pas encore eu lieu. L'éducation totalement moldue de la jeune fille avait été déterminante, à tel point que plumes, robes et chaudrons (malgré son amour des Potions) lui paraissaient encore parfois un déguisement de carnaval, tandis que stylos, jeans ou jupes étaient à ces yeux « normaux », pas moldus, juste « normaux ». Vêtue d'une longue jupe violette, d'un t-shirt blanc et de ses sandales de cuir, Emilie ajouta tout de même un gros foulard en coton qu'elle entortilla autour de son cou et posa sur ses épaules son nouveau manteau autant par peur des courants d'airs que parce qu'elle soupçonnait que ces histoires de « maisons », Slytherin, Serdaigle, Gryffondor et Poufsouffle, devaient jouer ici un rôle déterminant et qu'il ne faisait sans doute pas bon de rester trop « neutre ». Ainsi prête, elle descendit dans la salle commune retrouver le professeur Flitwick.
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Cette fois-ci, Emilie prêta la plus grande attention au chemin menant de la tour de Serdaigle jusqu'à la grande salle.
Écoutant les explications du professeur sur les mots de passe et les escaliers mobiles, elle écarquilla les yeux et faillit rester bouche-bée en arrivant à la grande salle. Même en ayant lu des descriptions et entendu les rumeurs très embellies qui avaient circulé à Beaux-Bâtons après le retour des concurrentes du Tournoi des trois sorciers, l'ensemble était terriblement impressionnant avec les quatre longues tables où prendraient place les élèves, l'estrade surélevée où mangeraient les professeurs et le plafond extraordinaire imitant le ciel, en dessous duquel flottaient de grandes bougies blanches. Pour l'heure, avant la rentrée, une vaste table ronde avait été installée juste en bas de l'estrade et en avant des grandes tables.
La plupart des professeurs étaient là et il était convenu que les deux nouveaux élèves mangeraient ce soir et le lendemain à la même table. Présentée par Flitwick, Emilie fit la connaissance des professeurs Chourave et Vector, avant de revoir Minerva McGonagall dont elle apprit alors qu'elle enseignait la Métamorphose. Puis ce fut le tour des professeurs Babbling (Runes), Templum (latin), Raspberger (allemand). Emilie perdit un peu le fil des présentations, ayant du mal à se rappeler des noms, puis nota avec une certaine perplexité la présence d'une femme cachée derrière d'énormes lunettes, accoutrée comme une baba cool tout droit échappée des années 1970 et sirotant un verre d'alcool qui, si on en croyait sa démarche chaloupée, n'était pas son premier.
« Je suis le professeur Trelawney. Viendrez-vous au cours de Divination, mon enfant ? s'enquit-elle d'une voix enrouée et si basse que Emilie dut presque lire sur ses lèvres pour la comprendre.
-Euh non, je ne pense pas, professeur…
-C'est pourtant une branche très importante de la magie, et je suis sûre que vous avez des dispositions, je le sens…
-Ah, euh… non, je ne crois pas… »
Embarrassée, jetant des regards à droite et à gauche à la recherche d'un hypothétique sauveur, Emilie essayait de se débarrasser de Trelawney en répondant par monosyllabes et en esquissant des petits pas d'un côté ou d'une autre, notant sur sa gauche un homme immobile, un peu en dehors des conversations. Flitwick finit par prendre son bras et l'entraina vers l'inconnu qui ne bougea pas :
« Le professeur Snape.
-Bonsoir, professeur, avança Emilie, intimidée.
-Il s'agit de mademoiselle Marlier, Severus. Elle vient de Beaux-Bâtons.
-Serdaigle, hein ? »
S'inclinant légèrement, les lèvres pincées, le professeur ne poursuivit pas la conversation, préférant observer sans rien dire. Elle paraissait un peu plus âgée que les quatorze ans annoncés, mais elle était grande, ce qui devait contribuer à brouiller un peu les cartes. Snape nota qu'elle portait une tenue moldue, à l'exception du manteau Serdaigle. Un peu voyante, jugea-t-il, mais la jupe très large et empesée lui conférait une gaieté qui ne se reflétait cependant pas dans son comportement ni dans son visage. Celui-ci, aux traits pourtant sans grand relief, l'avait immédiatement mis en garde : l'expression très réservée, le calme des yeux si sombres qu'ils paraissaient noirs, trahissait immédiatement, pour qui connaissait le phénomène, un Occlumens. Étonnant. Pour ce qu'il savait (plus exactement, rectifia-t-il : pour ce que Dumbledore lui avait dit), Emilie Marlier était issue d'une famille moldue sans sorcier dans son entourage. L'enfant n'avait donc pas pu apprendre l'Occlumencie chez elle, et encore moins à Beaux-Bâtons. Après tout, il était bien placé pour savoir que ce talent était considéré comme proche de la Magie noire, à tort d'ailleurs. Non, réfléchit-il en fronçant les sourcils, l'enfant devait être née avec ce talent et avait certainement appris à le maîtriser, plus ou moins, sans la moindre aide. Intéressant. Pour le reste, il nota qu'elle était polie, qu'elle paraissait avoir des notions élémentaires de syntaxe grammaticale anglaise, qu'elle semblait sérieuse et très réservée et il décida d'attendre de voir ce qu'elle valait vraiment en Potions au premier cours qu'il aurait avec elle. Dubitatif, il n'en restait pas moins curieux, surtout depuis qu'il avait remarqué son aptitude très particulière.
« Il a une réputation très sévère, glissa Flitwick, mais c'est un excellent professeur. »
Emilie acquiesça et suivit son chef de maison. Sévère, ça c'était évident. Emilie se demanda tout d'un coup si les noms des sorciers ne déterminaient pas parfois leur personnalité, car, si elle avait bien entendu, l'homme s'appelait Severus Snape, n'est-ce pas ? Il était impressionnant, très grand, entièrement vêtu de noir, dans un costume évoquant un peu la fin du XIXe siècle. Tout semblait reposer sur ce contraste d'une peau extrêmement pâle (Emilie s'amusa à se dire qu'à côté elle paraitrait bronzée !) et de cheveux aussi noirs que ses habits. Ses yeux étaient étonnants aussi, semblant ne rien manquer et tout juger rapidement, avec un éclat sombre qui mettait franchement mal à l'aise. Son visage, défini par un long nez busqué qui avait dû être cassé et une bouche mince à l'expression rébarbative, restait impassible. Instinctivement, Emilie avait sentit que le professeur Snape gardait ses pensées, tout comme elle soupçonnait qu'il était capable, s'il le voulait, de lire les pensées des autres.
Emilie décida de ne pas se laisser démonter : les Potions étaient sa matière favorite et elle voulait apprendre, plus que tout. Si elle avait choisi Poudlard, c'était avant tout parce qu'elle savait que les Potions étaient enseignées par un véritable Maître. Oh oui, elle s'était bien renseignée avant ! Impulsive, elle n'en était pas moins très réfléchie. Elle voulait partir, si possible en Angleterre car le point d'interrogation qu'était son père avait en partie déterminé son attirance pour ce pays. Mais ce qui lui importait en réalité, c'était d'apprendre les Potions. Poudlard permettait de résoudre une bonne partie de ses problèmes et elle avait élaboré un plan de bataille auquel elle entendait bien se tenir et qu'elle avait en partie mis en œuvre : elle partirait loin des non-dits de la maison de sa grand-mère, elle irait au Royaume Uni (l'Écosse, elle le savait n'était pas l'Angleterre, mais quand même) et elle étudierait les Potions avec un véritable Maître. Alors ce n'était pas la mauvaise humeur, feinte ou réelle, de cet homme qui la ferait reculer. A tout prendre, il lui paraissait plus accueillant dans son genre que McGonagall qui paraissait l'avoir déjà jugée, et mal, avant même qu'elle n'ouvre la bouche.
Dumbledore, vêtu d'une robe pourpre ornée d'étoiles argentées, en grande conversation avec Septima Vector, avisa la présence de la nouvelle Serdaigle et s'approcha de Flitwick en faisant signe à Alessandro Gabelli de le suivre.
« Mademoiselle Marlier, voici monsieur Gabelli, venu de Florence, en Italie, pour un échange scolaire, lui aussi. »
Emilie, tirée de ses réflexions, salua le jeune homme qui portait déjà la cravate verte rayée de blanc de son uniforme, attendant que Dumbledore se soit un peu éloigné pour entamer la conversation, loin des platitudes d'usage :
« Hum, je ne sais pas si on s'adresse aux gens par leur prénom ou par le nom de famille ici… commença-t-elle un peu maladroitement.
-D'après ce que m'a dit le professeur Snape, on utilise le prénom au sein de sa maison et le nom de famille en dehors. Mais je m'appelle Alessandro, ça n'a rien de secret.
-Emilie. Tu viens d'Italie ?
-Oui, et toi de France, n'est-ce pas ?
-Oui.
-Etonnant non ? dit-il avec un sourire et en écartant les bras pour désigner l'ensemble de la salle. En tous les cas ça n'a rien à voir avec l'Académie de Florence ! fit le jeune homme en tournant les yeux vers le plafond enchanté.
-C'est sûr ! Ni avec Beaux-Bâtons ! Tu es dans quelle maison ?
-Slytherin. Et toi ? Attends, bleu et jaune ça doit être Serdaigle, non ?
-Exact ! »
Snape, tout en dissuadant d'un regard mauvais le professeur de Divination de s'approcher de lui, nota que les deux nouveaux élèves semblaient avoir brisé la glace et parlaient à bâtons rompus.
Gabelli paraissait une bonne recrue. Son statut de Sang-pur lui permettrait de vivre tranquillement parmi les Slytherins, mais il était évident, d'après la conversation qu'il avait eue avec lui à son arrivée, qu'il ne partageait aucunement leurs préjugés. Tant mieux ! Snape espéra qu'il ne serait jamais tenté par les idées ayant cours librement dans le panier de serpents. De toute façon, il garderait un œil sur lui. Il observa avec un certain soulagement à quel point les choses paraissaient plus simples sans cette rivalité insensée entre les différentes maisons et les préjugés qui les accompagnaient. Les deux nouveaux en étaient la parfaite illustration : peu leur importait de savoir à quelle maison ils appartenaient, ni les rumeurs qui courraient sur les Slytherins et les autres. Ils n'en avaient que faire et, déracinés tous deux, décidaient instinctivement de se serrer les coudes. Évidemment, Snape essaierait plus tard de rappeler discrètement à Gabelli que Slytherins et Serdaigles pouvaient s'estimer, mais qu'il devait rester circonspect pour éviter tout malentendu avec les membres de sa propre maison.
Snape se pinça le nez en soupirant. Même dans une école, on en était réduit à se lancer dans des manœuvres de haute politique… Enfin, le lendemain soir ce serait officiellement reparti et il endosserait de nouveau le costume du grand méchant professeur défenseur des Slytherins, pourfendeur des Gryffondors (il devait bien admettre que ce rôle là lui venait sans difficulté), appréciateur des Serdaigles et contempteur des Poufsouffles.
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De retour dans son dortoir, Emilie décida de profiter pleinement des quelques heures de solitude qui lui restaient avant la rentrée qui aurait lieu officiellement le lendemain à 19 heures, lors d'un grand repas. Énervée, appréhendant le fait de se retrouver seule parmi des tas de gens qu'elle ne connaissait pas, quand les groupes d'amis étaient formés depuis longtemps, la jeune fille sentit que le sommeil viendrait difficilement. Mentalement, elle avait révisé tout ce dont elle aurait besoin le lendemain et le jour suivant. Elle avait déjà en partie préparé son sac, ouvert ses livres, et entendait bien relire vite fait les premières leçons des manuels le lendemain.
Ouvrant la porte à double battant de son armoire, elle en tira un sachet d'herbes, un mélange de prêle, d'angélique, de mélilot, de serpolet et de fleur d'oranger permettant de se détendre. Quelques heures auparavant elle s'était enquise auprès de Flitwick de la possibilité de faire du thé ou des tisanes dans le dortoir, ou dans une autre salle. Flitwick lui avait répondu qu'elle pouvait demander à un Elfe, mais qu'elle n'avait pas le droit de faire elle-même quelque mixture que ce soit dans le dortoir. Déçue, Emilie avait expliqué alors qu'elle réalisait très souvent des tisanes et, mise en confiance par la bienveillance qui émanait du petit professeur, en avait rajouté un peu en prétendant que c'était nécessaire pour des questions de nervosité et surtout de migraine chronique et que leur préparation, bien que n'ayant rien de dangereux, n'en restait pas moins minutieuse. Flitwick, un peu amusé mais pas si dupe, s'était immédiatement fait la réflexion que ses dispositions supposées en matière de Potions étaient peut-être bien fondées. Le professeur lui avait alors proposé de faire ses tisanes ou son thé dans une ancienne salle commune de Serdaigle qui servait à l'occasion de salle d'études et lui avait expliqué comment y accéder. La salle avait des alarmes permettant de détecter tout danger potentiel et elle pourrait y préparer ses boissons, à l'unique condition de ne jamais y faire de véritables potions et de boire ses tisanes sur place et non dans son dortoir. A la première infraction à cette règle, ce privilège serait révoqué.
Pieds nus, avançant à petits pas pressés sur le sol de pierre froid, Emilie se dirigea vers l'ancienne salle commune son chaudron à la main, contenant ses herbes, une balance, un mug, de l'eau, une longue cuiller et un mini réchaud et commença à préparer sa tisane. Tout était si étrange, si différent, si nouveau même, qu'elle avait de la peine à fixer son esprit sur une chose à la fois. Emilie avait hâte de commencer les cours, hâte de voir ce que lui apprendrait Snape, hâte de lire de nouveaux livres, mais elle avait en même temps peur de se tromper, d'échouer et de faire trop de fautes en anglais. Elle avait pourtant toujours eu les meilleures notes de sa classe en langues étrangères et avait souvent entendu les professeurs priser ses aptitudes pour les langues. Malgré tout, hors de France, dans un environnement inconnu et, à ses yeux, à priori hostile, la terreur la gagnait à grands pas.
Elle se concentra sur l'autre élève, arrivé comme elle d'un autre pays : Alessandro Gabelli. Un peu jalouse, elle avait noté qu'il n'avait presque pas d'accent, ayant été scolarisé dans une école britannique avant d'intégrer l'Académie d'Etude de la Magie de Florence. Il lui avait plu au premier abord : il était plutôt sympathique, avait un véritable sens de l'humour, n'était pas compliqué et n'avait pas eu l'air de trop juger son physique ou de la prendre pour une imbécile. Emilie avait suffisamment souffert des moqueries des garçons, qui en fait, reprochaient avant tout aux filles le fait d'être… des filles !, pour apprécier une amitié « normale ». Elle s'admonesta mentalement, sachant pertinemment qu'elle avait la fâcheuse tendance à ne voir que les aspects positifs d'une personne au premier abord, surtout quand celle-ci lui témoignait un peu de bienveillance. Tous deux n'avaient pas échangé des propos trop personnels lors de ce premier repas : le jeune homme semblait partager son goût de la discrétion et Emilie lui en était secrètement reconnaissante. Cependant, elle espérait vraiment qu'Alessandro Gabelli serait un ami, ou tout au moins un allié dans cette nouvelle vie.
