Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 2

Levée à 7 heures sans avoir beaucoup dormi la nuit précédente, Emilie se dirigea à demi comateuse vers la salle de bain.

Un peu effrayée par la tête qu'elle arborait ce matin, l'humeur gâchée par le méchant commentaire du miroir (« je serais toi, je ne regarderais pas »), Emilie attrapa dans sa trousse de toilette un petit pot d'anticerne, qu'elle achetait sur son argent de poche en cachette de sa grand-mère, et entreprit de cacher le plus gros des dégâts. La jeune fille ne connaissait pas grand-chose au maquillage, mais elle devait bien avouer que l'anticerne, notamment dans son cas où les cernes semblaient faire partie intégrante de sa physionomie, même quand elle avait bien dormi, était parfois indispensable.

Rassurée après ce discret camouflage, Emilie, dans la même tenue que la veille, se dirigea vers la grande salle. Peu de gens étaient présents ce matin et elle s'assit immédiatement près d'Alessandro, aux cheveux un peu en bataille, très occupé à tenter de se réveiller en ingurgitant un café particulièrement fort et dont l'arôme amer fit presque froncer le nez de la nouvelle arrivante.

« Bonjour. Ça va ?

-Hummm, oui et toi ? répondit le Slytherin fatigué, en détournant le regard de sa tasse.

-Ouais. Je ne suis pas réveillée.

-Ah, on ne dirait pas.

-Je te rassure, je fais semblant, Emilie étouffa un bâillement : je ne suis jamais réveillée le matin. Je suis plutôt du soir en fait. Alors le matin… en général je deviens vaguement intelligente après le déjeuner. »

Alessandro rit en attrapant une tartine qu'il commença à beurrer :

« Bienvenue au club, ma chère !

-Pour votre future scolarité, j'ose espérer que vous arriverez à « avoir l'air intelligent » le mardi matin à 8 heures 30, monsieur Gabelli, et le lundi matin à 8 heures 30, mademoiselle Marlier. Je n'apprécie guère les imbéciles pendant mes cours et je ne tolère pas le moindre assoupissement. Sommes-nous d'accord ? »

Alessandro et Emilie sursautèrent en entendant la voix basse du professeur Snape, arrivé discrètement derrière eux. Tous deux se retournèrent avec un air plein d'appréhension et répondirent doucement, presque en même temps :

« Oui, professeur.

-Bien. Évidemment, l'idéal serait que vous possédiez tous deux un peu d'intelligence, ce dont je doute, et que vous ne contentiez pas seulement d'avoir l'air de l'être. Mais, hélas, j'ai depuis longtemps abandonné tout espoir à cet égard. »

Les yeux pleins de malice, le dos bien droit et l'air un peu supérieur, Snape se dirigea à un autre bout de la table tandis qu'Alessandro et Emilie tentaient de continuer leur petit déjeuner avec toutes les apparences du plus grand calme.

« En fait, je pense qu'il plaisantait, réfléchit Emilie à haute voix.

-Pardon ?! balbutia Alessandro en manquant de s'étouffer avec sa tartine.

-Bon, c'était plutôt méchant, mais… drôle. Dans le genre sarcastique.

-Je ne crois pas que Snape soit le plus grand blagueur de Poudlard, tu sais.

-Certainement pas, mais je crois quand même que c'était de l'humour. Méchant, mais de l'humour quand même », conclut la jeune fille sûre d'elle-même en cherchant des yeux la marmelade d'oranges.

Alessandro regarda Emilie, un peu interloqué, avant de mordre de nouveau dans sa tartine.

« Je vais essayer de faire le tour du lac cet après midi. Il paraît aussi qu'il y a une grande bibliothèque…

-Oui ! coupa le Slytherin sans s'arrêter de mâcher pour autant : Snape m'en a parlé hier. Si tu veux, on n'a qu'à y aller ensemble ?

-Oui, je veux bien. A vrai dire, je ne suis pas encore sûre de bien me repérer.

-Très bien, on dit 10 heures devant la grande salle ? demanda le jeune homme en s'essuyant la bouche sur sa serviette.

-Oui, très bien. A tout à l'heure. »

ooooo

La bibliothèque était… fabuleuse. Emilie ne pouvait pas trouver d'autre mot. L'intérieur était entièrement revêtu de bois, avec une grande salle de lecture et deux larges ailes de part et d'autre divisées en une dizaine de plus petits espaces par les rayonnages montant jusqu'au plafond et chargés de livres aux reliures de cuir de diverses couleurs marquées par des fers dorés, avec des tables de deux ou quatre personnes conférant un caractère un peu intime à chaque petite alcôve. Tout au fond à droite, séparée du reste par une grille en fer forgé et des sortilèges particulièrement forts, se trouvait la section réservée, abritant des manuscrits dangereux ou liés à des formes plus ou moins noires de magie (ce que Emilie appelait elle-même avec son esprit pratique, une zone « grise »). Il y avait aussi un véritable labyrinthe de couloirs et de petits passages sombres ménagés entre des étagères surchargées de volumes dont les titres se perdaient dans la pénombre.

Alessandro et Emilie se promirent mentalement d'y passer tout le temps possible, malgré la présence malfaisante de madame Pince, la bibliothécaire myope juchée sur une haute chaise derrière un bureau placé à l'entrée des lieux, et qu'Emilie surnomma immédiatement le « dragon ». Le surnom paraissant peut-être trop insultant, ou pouvant entrainer des sanctions si un professeur l'entendait, Alessandro proposa de le remplacer par « Smaug », une métaphore que tout amateur de mythologie et de Tolkien reconnaîtrait immédiatement. Comme la Française, Alessandro était un véritable fanatique de l'univers de l'écrivain britannique. Emilie découvrit ainsi avec surprise qu'il était parfaitement dans son élément dans la culture moldue, alors qu'elle savait qu'il venait d'une famille de sorciers. Le jeune homme lui expliqua qu'en Italie ces distinctions n'avaient pas vraiment d'importance et qu'il allait comme tout le monde au cinéma, écoutait la radio et regardait la télévision régulièrement.

Après un léger déjeuner assez vite expédié, les deux amis partirent explorer les alentours. Le parc paraissait immense, ponctué au loin par les montagnes, un grand lac aux eaux noires et une forêt touffue, plus proches du château. Emilie voulait faire le tour du lac, mais Alessandro doutait qu'ils en aient le temps. En effet, ils devaient être revenus au château à 18 heures pour pouvoir être prêts avec tous les autres élèves à 19 heures. Emilie et Alessandro se contentèrent donc de longer un peu les berges du lac et de s'approcher à bonne distance de la forêt interdite. Elle découvrit la majesté des lieux, presque abasourdie : elle avait été si fatiguée et si stressée la veille qu'il lui semblait qu'elle n'avait rien vu du chemin sur lequel l'avait entrainée le géant Hagrid à son arrivée. Les paysages étaient magnifiques, le site se trouvant au fond d'une vallée très encaissée, à proximité des montagnes couvertes de sapins. Emilie, qui aimait marcher, décida, dans un beau mouvement optimiste, de venir de temps en temps le matin, avant le petit déjeuner, pour prendre un peu l'air, au propre comme au figuré car elle sentait, avant même que la rentrée n'eut véritablement eut lieu, qu'elle aurait besoin de solitude de temps à autre. La question était de savoir si elle arriverait à se lever suffisamment tôt…

ooooo

La grande salle était pleine et le bruit assourdissant, tout le monde parlant en même temps : qui pour raconter ses vacances, qui pour saluer des amis à l'autre bout de la table.

Emilie avait pris place vers le milieu de la table réservée aux Serdaigles. Ses voisins de table, découvrant une nouvelle tête, avaient immédiatement demandé son identité. Plaquant un air aimable sur sa figure alors qu'elle se sentait terrifiée, consciente de l'importance des premières impressions, Emilie expliqua qu'elle venait de France et qu'elle était là pour un an. Ses voisins avaient été très intéressés mais semblaient remplis d'à priori sur Beaux-Bâtons et ses élèves. Emilie tenta de les rectifier, en vain, avant de comprendre qu'ils étaient issus de l'impression laissée par la délégation venue l'année précédente pour participer au Tournoi des trois sorciers. Emilie se souvenait vaguement de l'épisode, mais elle ne connaissait personnellement aucune des filles qui étaient parties à Poudlard. Elle fut assez désagréablement surprise de l'impression laissée par ses camarades : les françaises, aux yeux des anglais, étaient hautaines, aguicheuses, parlaient l'anglais de manière absolument incompréhensible et étaient plus soucieuses de leur apparence que de leurs études. Bravo ! pensa Emilie, complètement découragée, plongeant son regard vers la table. D'un autre côté, songea-t-elle avec un brin d'amertume, rien qu'en la regardant, ils se rendraient vite compte que toutes n'étaient pas comme cela. A moins qu'ils ne la prennent tout simplement pour le vilain petit canard. Petit à petit pourtant, la glace se rompit et Emilie commença à se sentir un peu plus à l'aise.

A la table des professeurs, Dumbledore, portant une robe encore plus flamboyante qu'à l'accoutumée et coiffé d'un petit calot orné d'un gland doré, se leva et tapa sur son verre, obtenant immédiatement le silence. Après les rappels d'usage, il invita les premières années à venir un par un pour être sélectionnés dans les différentes maisons. Une demi-heure après, après les cris, les applaudissements et les huées destinées à tous les élèves rejoignant Slytherin, le directeur reprit la parole :

« Cette année nous avons la joie d'accueillir deux étudiants étrangers, venus étudier à Poudlard pour un an dans le cadre d'échanges scolaires. Je vous demande donc de faire preuve de la plus grande courtoisie envers mademoiselle Emilie Marlier, venue de France, qui rejoindra Serdaigle et monsieur Alessandro Gabelli, d'Italie, membre de la maison de Slytherin. »

Suivant les indications muettes du directeur, tous deux se levèrent et s'inclinèrent brièvement, recevant les applaudissements polis des membres de leurs maisons respectives tandis que les Gryffondors et Poufsouffles les observaient d'un air dubitatif. A la table des professeurs, Severus Snape observa la scène avec attention. Les deux nouveaux étaient à l'évidence embarrassés d'être le centre de l'attention, mais il nota en soupirant l'échange de regards entre la Française et l'Italien ainsi que le léger sourire partagé. Aucun doute, ces deux là étaient des alliés. Marlier devait certainement employer l'Occlumencie, si son visage impassible en était bien l'indice. Snape se demanda si elle baissait ses murs de temps en temps : ne pas le faire comportait des dangers, sans compter la fatigue qui en résultait. Cependant, étant donné les très fortes chances que la jeune fille utilisât cette technique instinctivement sans réellement être consciente de ses actions, Snape se prit à douter et résolut à contrecœur d'aborder le sujet avec elle dans les jours à venir si Dumbledore ne le faisait pas avant.

« Je tiens aussi à vous présenter votre nouveau professeur de Défense contre les Forces du mal, madame Dolorès Ombrage. »

Dumbledore se tourna vers une petite bonne femme d'une cinquantaine d'années entièrement vêtue de rose, les cheveux coiffés de façon irréprochable et au sourire parfaitement hypocrite qui, à la surprise de tous, prit la parole sans y être invitée. Écoutant la tirade de l'étrange nouveau professeur, Emilie nota avec amusement l'air supérieurement dégoûté de Snape placé juste à côté, aussi grand et imposant que la dame était petite et ridicule. Emilie et ses voisins de table n'écoutèrent pas vraiment le discours débité par Ombrage, mais la cataloguèrent immédiatement dans la catégorie des professeurs « nuls » et sans intérêt.

ooooo

« Tu viens de France, alors ?

-Oui !

-Pardon, nous ne nous sommes pas présentées : je suis Ann Merrywistle.

-Enchantée.

-Et voici Belinda Mugholder et Lucrezia Blackwell.

-Enchantée. Emilie Marlier. »

Les quatre jeunes filles s'examinèrent avec curiosité quelques instants. Ann Merrywistle était petite, un peu maigrichonne, dotée de longs cheveux blonds maintenus par un serre-tête vert. Comme ses deux camarades elle était coquette, soigneusement maquillée avec, semblait-il, un goût certain pour les effets « gloss ». Belinda Mugholder, plus grande, avait la peau noire et de très longues tresses terminées par des perles multicolores faisant un petit bruit de clochettes au moindre déplacement, fascinant Emilie. La jeune fille très élancée et musclée était à l'évidence la sportive de la troupe, ce que confirma la suite de la conversation, Belinda expliquant qu'elle courrait régulièrement et faisait de la natation.

« Oh ! Où se trouve la piscine ? demanda Emilie.

-Au sud, je te montrerai si tu veux.

-Oh oui, merci, j'aime beaucoup nager, mais juste pour le plaisir. »

Lucrezia, quant à elle, déjà occupée à ranger ses affaires dans son armoire, était une jolie brune aux cheveux réunis dans une épaisse natte. Un peu dodue, elle commençait à posséder quelques courbes avantageuses qui lui assuraient une popularité certaine parmi les garçons, popularité dont elle était du reste parfaitement consciente, sans être déplaisante pour autant.

« Tu sais, on est rassurées en fait, que tu sois comme ça, dit-elle sans cesser de vider son coffre.

-Quoi ? Comment, « comme ça » ? demanda Emilie, soudain alarmée.

-Ben, normale, quoi ! Pas comme les filles venues de Beaux-Bâtons l'année dernière !

-Ah ! répondit Emilie soulagée en s'asseyant sur son lit. J'en ai entendu parler à table, mais je ne les connaissais pas. Vous savez, en général les gens à Beaux-Bâtons sont « normaux », enfin, comme ici, quoi.

-Il y a différentes maisons ?

-Non, nous sommes tous séparés par année. Il y a des uniformes, mais c'est moins strict qu'ici. On doit juste porter du bleu et une robe noire, c'est tout, se remémora Emilie, tout d'un coup nostalgique mais ne regrettant pas un instant les fameux chemisiers à carreaux bleu layette et blanc qui avaient constitué son cauchemar deux ans durant.

-Est-ce qu'il y a des problèmes entre les Moldus et les sorciers ? demanda soudain Ann, assise sur son lit les mains sur les hanches et regardant son coffre comme si elle espérait qu'il se viderait tout seul.

-Euh, comment ça ? Vous voulez dire, comme ici avec Voldemort et les Mangemorts ? »

Les trois jeunes filles grimacèrent en entendant le nom de Voldemort :

« Chut ! On ne prononce pas son nom !

-Hein, pourquoi ?

-Parce que ! On dit juste « tu-sais-qui » ! » affirma Ann, les sourcils froncé.

Emilie trouva la chose parfaitement ridicule, mais voyant l'air sérieux des trois autres filles, elle décida de se conformer à leurs habitudes.

« Non, ça n'existe pas en France. Enfin, tout n'est pas rose non plus, certains se prennent un peu pour des dieux, mais nous ne sommes pas confrontés à ce genre de menace.

-Tu es une Sang-pur ?

-Euh, non, pourquoi, ça vous gêne ? »

Emilie commençait à se sentir très mal à l'aise.

« Non, mais tu verras que pour certains ici c'est… important. Les Slytherins sont épouvantables là-dessus ! Tu es d'une famille moldue ? »

Emilie se rappela la réception très particulière des nouveaux élèves Slytherins par les étudiants des autres maisons et fut un peu triste en pensant à Alessandro. Elle fut aussi soudain heureuse d'en savoir un tout petit peu plus sur son père et affirma avec un soupçon de satisfaction :

« Ma mère est une Moldue. Mon père est un sorcier.

-Oh ! Et ils s'entendent bien ? Les mariages mêlés se passent parfois assez mal à ce que l'on dit… », dit Ann tandis que Belinda, issue d'un mariage « mixte », la regardait de travers et levait les yeux au ciel pour faire bonne mesure.

Emilie se sentit pâlir et eut soudain l'estomac noué :

« Je ne sais pas. Je n'ai pas connu mon père. J'ai été élevée par ma grand-mère.

-Ah ? Pourquoi ?

-Parce que », Emilie se sentit soudain au bord des larmes, se détesta pour sa faiblesse, et déglutit plusieurs fois pour les contenir : pourquoi fallait-il toujours que l'on en revienne à l'inexplicable ?

Devant l'air figé d'Emilie, les trois autres filles se sentirent bientôt embarrassées et comprirent qu'elles n'auraient sans doute pas de réponse. Lucrezia essaya tout de suite d'orienter la conversation vers des terrains moins difficiles :

« Vous jouez au Quidditch, en France ?

-Oui, mais ce n'est pas vraiment mon truc, répondit la Française, soulagée, remplie de gratitude à l'égard de sa voisine.

-Nous non plus, rétorqua Lucrezia en faisant une petite grimace et en plissant le nez : mais ici aucun garçon n'est capable de tenir une conversation sans prononcer le mot Quidditch au moins cinq fois. Tu as intérêt à t'y faire !

-Tu as un petit ami en France ? »

La conversation continua de longues minutes, pendant lesquelles Emilie essaya de répondre le plus aimablement possible et tenta à quelques reprises de changer le sujet avec autant de subtilité que le lui permettait son anglais encore hésitant.

Une fois couchée entre les rideaux opaques de son lit qui lui conféraient une certaine intimité, tranquille grâce à un sortilège de Silencio, Emilie dû reconnaître que tout c'était relativement bien passé et que ses voisines de dortoir avaient l'air sympathiques. Ensommeillée, la jeune fille sombra plus rapidement qu'elle ne l'aurait imaginé dans les bras de Morphée.