Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 3

Le lendemain, après un réveil difficile (comme toujours) à 7 heures, Emilie rejoignit ses camarades à la grande salle pour le petit déjeuner.

Les préfets distribuaient déjà les emplois du temps de l'année aux différents élèves. Examinant le sien, Emilie constata que les principaux sujets magiques étaient doublés. Elle avait ainsi doubles Potions, ce qui la réjouissait, doubles Sortilèges, double Métamorphose (qui serait sans doute un cours difficile, étant donné que McGonagall n'avait pas l'air de l'apprécier), double Histoire de la magie (le cours le plus ennuyeux du monde selon tous les élèves consultés, ce qui reflétait sans doute la réalité) et double Botanique. Ça, cela allait être une catastrophe, Emilie n'ayant absolument aucun intérêt pour les plantes, quelles soient magiques ou non. Les choses n'étaient pas améliorées par le fait qu'elle avait toujours vécu en ville et qu'avant d'aller à Beaux-Bâtons elle savait tout juste la différence entre un marronnier et un chêne… Consultant de nouveau son emploi du temps, elle vit qu'elle avait aussi les options déjà choisies en France : Runes et Arithmancie. L'Astronomie, sujet obligatoire, n'avait qu'un cours par semaine, une bénédiction de l'humble avis de la jeune fille qui ne s'intéressait guère aux mystères des galaxies. Enfin, il y avait le latin, l'allemand, l'histoire, la géographie et les mathématiques. Le planning, chargé, laissait peu de temps libre, mais Emilie savait déjà qu'elle utiliserait la fin d'après midi du vendredi pour aller au cours d'étude de la musique de Flitwick. Elle repéra les périodes « creuses » et décida d'y introduire ses études « extrascolaires », reprenant ses habitudes françaises.

Autour d'elle les commentaires allaient bon train, la plupart consistant en grognements, en gémissements plus ou moins désespérés ou en exclamations outrées :

« Doubles Potions ! On ne pourra jamais supporter ça ! Le lundi matin en plus !

-Ouais. Snape a l'air encore plus de mauvaise humeur cette année.

-Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il n'a pas l'air de s'être lavé les cheveux cet été... »

Ce dernier commentaire de la part un jeune homme de septième année au physique avantageux, John Kneazle, suscita quelques rires autour de la table, chacun y allant de son commentaire sur le manque d'hygiène du professeur.

Intriguée, Emilie scruta aussi discrètement que possible la table des professeurs. C'était sûr, le professeur Snape, toujours aussi impressionnant et peu engageant, même à 8 heures du matin, avait tous les symptômes de la plus mauvaise humeur : les yeux aux sourcils froncés fixés sur une tasse de café, parfois relevés brutalement pour observer les élèves, en particulier ses Slytherins, l'expression d'un profond déplaisir visible dans les lèvres pincées. Emilie en vint soudain à éprouver de la pitié à l'égard des pauvres élèves qui auraient le douteux privilège d'inaugurer le premier cours de Potions de la rentrée... Les cheveux noirs de Snape, objets des quolibets de ses voisins de table, étaient coupés au niveau des épaules et retombaient en longues mèches un peu filasses de chaque côté de son visage, ajoutant à l'austérité de l'homme toujours vêtu de noir. À cette distance, on aurait difficilement jugé de la propreté de cette tignasse, mais l'examen des manières méticuleuses de Snape à table laissa Emilie dubitative sur sa soi-disant saleté. Enfin, pensa-t-elle en soupirant, il fallait sans doute se résigner sur le plus important : tous les avis concordaient sur le caractère particulièrement déplaisant de ce professeur et il était vraisemblable qu'il les avait mérités. La malchance voulait qu'il enseignât les Potions…

La conversation se poursuivait, passant des Potions -sujet honni par la majorité des Serdaigles et de Poudlard si on en croyait les ragots- à l'autre cours détesté, celui de Binns. Emilie préféra se concentrer sur son petit-déjeuner : elle savait déjà à quoi s'en tenir à son sujet et se promit de mettre à profit le temps « libre » des cours d'Histoire de la magie à des choses plus utiles, sous le couvert bien entendu de la plus grande assiduité...

A sa gauche, Belinda, qui avait déjà fini de manger, riait en imitant une voyante tentant de lire les lignes de la main et en promettant les plus grands supplices à Lucrezia. Devant l'air interrogateur d'Emilie, occupée à avaler sa tartine de pain couverte de marmelade d'orange (un simple coup d'œil au porridge apparu dans son bol avait failli lui donner la nausée), Belinda lui expliqua que les cours de Trelawney étaient une véritable supercherie et que cette femme n'avait jamais pu faire la moindre prophétie... si ce n'est peut-être en examinant le fond de son verre de sherry. Emilie éclata de rire en repensant à sa rencontre avec le professeur de Divination qui tenait tant à l'enrôler. Ça, elle pouvait toujours attendre ! Emilie ne croyait pas beaucoup en ce genre de pratiques, et quand bien même cela aurait marché, elle éprouvait une certaine réticence à l'idée de savoir à l'avance le futur.

Lucrezia redevint sérieuse et, baissant la voix, rappela à Belinda que Trelawney avait apparemment fait une fois une véritable prophétie : celle de la fin de Voldemort. Ann rejoignit la conversation qui s'orienta alors sur le retour supposé de « vous-savez-qui » et des évènements qui avaient eu lieu l'année dernière à Poudlard. Cette fois ci, Emilie tendit l'oreille : elle eut ainsi la version qu'une partie des étudiants colportaient, assez différente de celle relayée par les journaux. En France, peu de lignes avaient été consacrées à la fin du Tournoi des trois sorciers. Il faut dire que Beaux-Bâtons avait perdu et le chauvinisme français expliquait le désintérêt total des journalistes pour cette compétition et la situation en Angleterre. La mort de Cedric Diggory avait presque été reléguée dans les énigmes sordides des faits divers. Emilie devait bien avouer qu'elle n'avait pas cherché plus loin, trop occupée à réussir ses études, à s'améliorer en Potions et en anglais et à convaincre sa grand-mère de faire la demande d'un transfert et d'une bourse d'études. Désormais, à Poudlard, les choses prenaient une autre résonance. Les étudiants, et les sorciers en général, étaient très divisés sur ce qui s'était passé. Tout reposait sur les dires d'Harry Potter et, si une partie des élèves le croyaient sur parole, d'autres, refusant d'entrevoir le pire et, très agacés par la popularité du jeune homme, avaient immédiatement déclaré qu'il affabulait. Pourtant, les choses paraissaient vraiment inquiétantes et ce n'était pas les avis réitérés de la Gazette du Sorcier « tout va bien, dormez bonnes gens » qui allaient endormir les soupçons d'une frange de la population.

« C'est qui, Harry Potter ? demanda Emilie, tout doucement.

-Tiens, tourne-toi et regarde, à la table des Gryffondors, à droite. Tu vois le grand roux, là ? C'est Ron Weasley, il est à côté : le brun à lunettes.

-Ah, d'accord.

-Et en face, la fille avec les cheveux châtains pas possibles, c'est Hermione Granger « Lumière-du-siècle », ajouta Lucrezia avec un regard réprobateur en direction de l'autre table.

-Quoi ?

-Rien, ces trois là, Potter, Weasley et Granger sont toujours fourrés ensemble. Granger passe son temps dans la bibliothèque le nez dans ses livres, il n'y en a que pour elle. Elle est fatigante, les élèves de cinquième année ne la supportent plus, toujours à répondre, à poser des questions. McGonagall la mettrait presque en vitrine tant elle la trouve exceptionnelle ! » expliqua Ann d'une traite, en levant les yeux au ciel.

Emilie rit un peu, puis, ayant terminé son thé, chercha des yeux Alessandro à la table des Slytherins. Elle finit par le trouver, en bout de table, mangeant silencieusement. Tous deux échangèrent un petit sourire mais rien de plus : il n'avait fallu que quelques heures pour qu'ils comprennent chacun de leur côté que les Slytherins étaient considérés à part et que toute amitié « hors de leur maison » était assez mal vue.

ooooo

Ce jeudi matin, Emilie et les autres quatrièmes années de Serdaigle et Poufsouffle commençaient par deux heures de Métamorphose, puis deux heures de Runes pour les rares qui avaient pris cette option.

Aucune des trois camarades de dortoir de Emilie ne l'avait prise, toutes trois ayant décidé que le sujet était parfaitement ennuyeux et préférant les inepties de Burbage qui prétendait enseigner les technologies et institutions moldues sans même savoir brancher le moindre appareil électrique. Emilie pensait tout autrement : d'une part les Runes avaient une importance dans toutes les autres branches avancées de la magie, et bien sûr en Potions, d'autre part la jeune fille avait une véritable fascination pour les langues étrangères. Si on ne demandait évidemment pas de « parler » les runes (les signes pouvaient être prononcés de façons diverses dans différentes langues), elles exerçaient un véritable attrait pour Emilie qui s'appliquait à réviser régulièrement leurs tracés et leurs significations.

Pour l'heure, tous se dirigeaient vers la classe de McGonagall. Emilie, tout en tentant de se rassurer mentalement, sentait que les choses ne se passeraient sans doute pas bien, ayant jugé que la très brève entrevue avec le chef de la maison des Gryffondors dans le bureau du directeur à son arrivée ne s'était pas déroulée à son avantage. Prenant place entre Ann et Belinda vers le centre de la grande salle rectangulaire aux murs blanchis à chaux, manuel, parchemin, plume et baguette prêts, elle se détermina à tout faire pour que McGonagall la regarde de manière plus favorable. À la fin du cours, elle dut pourtant se rendre à l'évidence : malgré son sérieux et son application, McGonagall ne lui avait jamais prodigué le moindre encouragement, pinçant au contraire les lèvres dès qu'elle regardait d'un peu plus près les résultats peu probants des efforts d'Emilie. Celle-ci ne se faisait pas d'illusions : elle savait qu'elle n'était pas du tout « une flèche » en Métamorphose, juste une élève correcte. Elle n'imaginait pas un instant devoir être distinguée, mais l'hostilité patente du professeur à son égard fut particulièrement pénible à la jeune fille encore à la recherche d'un équilibre dans sa nouvelle école. Fatiguée, elle se dirigea lentement vers la classe du professeur Babbling, déclinant l'offre de ses amies qui souhaitaient prendre un peu l'air avant leur cours d'études moldues.

Arrivée au second étage, elle croisa les élèves du cours précédent, assez peu nombreux, Gryffondors et Slytherins. Parmi eux venait celle que Lucrezia avait surnommée la « lumière-du-siècle », l'épaule droite presque disloquée par une énorme sacoche de cuir remplie de livres. En y repensant, Emilie sourit puis avisa soudain du coin de l'œil Alessandro Gabelli. L'ayant aperçue aussi, celui-ci se dirigea vers elle :

« Marlier, salua le jeune homme, faisant un bref clin d'œil devant l'air un peu surpris de la jeune fille s'entendant ainsi appelée par son nom de famille.

-Al-Gabelli.

-Tu prends aussi les Runes ?

-Oui, c'est une de mes matières favorites.

-Moi aussi ! Tu verras, le niveau du cours n'est pas très élevé. Enfin, je parle pour mon année.

-Très bien, bah je verrai, répondit-elle évasivement.

-Oui. Écoute, ajouta-t-il en baissant la voix et en prenant un air nonchalant pour ne pas trop attirer l'attention : je termine à 16 heures 30, on peut se retrouver en bibliothèque, si tu veux ? suggéra-t-il.

-Euh, je repasserai d'abord par mon dortoir, mais j'irai ensuite.

-Bien. »

Emilie dépassa Alessandro et entra dans la classe en suivant la vingtaine d'élèves de son année, toutes maisons confondues, qui avait choisi cette option. Comme l'avait dit Alessandro, le cours n'était pas très difficile et Emilie y fit essentiellement des révisions de choses qu'elle savait déjà. A la fin du cours, le professeur Babbling, une femme d'un certain âge aux cheveux gris en bataille retenus dans un chignon à l'équilibre précaire fixé par une myriade d'épingles qui persistaient à tomber pendant ses cours, lui fit signe de rester et lui demanda si elle avait des difficultés à suivre :

« Oh, non, absolument pas !

-Est-ce que ce que nous avons vu ce matin était nouveau pour vous, ou non ? Je ne connais pas le cursus enseigné à Beaux-Bâtons.

-Je connaissais déjà les runes que nous avons vues. En fait, nous utilisons un autre manuel, je l'ai pris avec moi et je pourrais vous le montrer si vous le souhaitez.

-Oui, merci. En attendant, ajouta Babbling en parlant rapidement tout en essayant de planter de nouvelles épingles dans son chignon : comme j'ai peur que vous continuiez à « réviser » pendant une semaine ou deux, je vous suggère de commencer à lire l'introduction de l'ouvrage de Tolkien et Melwien, Runes for the Advanced Student, first course. N'allez pas plus loin que l'introduction et ne foncez pas tête baissée ! Normalement, d'ici deux semaines tous les élèves seront au même niveau. A la moindre interrogation, venez me consulter.

-Bien, merci madame ! »

Le moral au beau fixe à l'idée de pouvoir apprendre tout de même quelque chose de nouveau en Runes, Emilie rejoignit tout le monde pour le déjeuner dans la grande salle. Le bruit y était assourdissant. La nourriture était abondante et roborative, mais la jeune fille préféra se réserver pour les fruits et les desserts, étant particulièrement gourmande. Rassasiée, elle suivit les autres à l'extérieur du château vers les serres pour son premier cours de Botanique de l'année.

Deux heures plus tard, trainant les pieds, secouant ses avant-bras dans les airs pour les faire sécher après s'être vigoureusement récuré les mains couvertes de terre, Emilie se fit la réflexion que si c'était possible, elle laisserait tomber avec la plus grande joie la Botanique. Hélas ! Le cours était obligatoire à Poudlard et à Beaux-Bâtons. Elle n'avait pas la main verte, ne se sentait pas particulièrement exaltée devant un beau jardin ou un bouquet de fleurs, n'avait jamais eu le moindre intérêt pour les plantes à part leur utilité dans une possible Potion ou comme remède médicinal moldu. Que les cours se déroulent en français ou en anglais, cela lui était égal, il faudrait encore qu'elle ingurgite des pages et des pages de descriptions (oubliées immédiatement après chaque interrogation écrite, malgré ses efforts) et qu'elle se roule à moitié dans la terre pour espérer grappiller une note supérieure ou égale à la moyenne. Elle n'avait rien contre le professeur Chourave, une petite bonne femme plantureuse et énergique d'une bonne humeur presque irritante tant elle semblait inébranlable, mais comme les plantes sentent, aux dires des jardiniers, les bonnes ou mauvaises intentions des gens qui s'en occupent, madame Chourave avait apparemment remarqué assez vite le manque d'intérêt patent de l'élève française et ne l'avait pas lâchée pendant tout le cours.

Après avoir profité du soleil vingt minutes dans une cour intérieure, Emilie partit en quête de la salle de classe du dernier cours de la journée, l'allemand avec le professeur Raspberger.

ooooo

« Psst ! Emilie ! »

Emilie tourna la tête à droite et à gauche avant de voir enfin un Alessandro à l'air malicieux, assis à une table entre deux rangées de livres et lui faisant signe de venir discrètement.

La grande table de bois aux bords moulurés et aux pieds chantournés, coincée dans une travée entre deux bibliothèques, était normalement conçue pour quatre personnes, ou bien deux si celles-ci avaient un grand nombre de livres. Avisant les volumes déployés sur la table près des notes d'Alessandro, Emilie comprit que celui-ci avait à dessein occupé le plus possible la surface de la table afin de décourager la majorité des élèves cherchant une place de venir s'installer là. Non que beaucoup d'élèves aient semblé arpenter le secteur :

« Personne ne risque de nous déranger, c'est le rayon des Potions, expliqua Alessandro en clignant un œil.

-Oh ! Parfait ! C'est ma matière préférée ! chuchota Emilie en souriant.

-Hum, tu réviseras peut-être des préférences après un cours avec Snape… soupira le Slytherin.

-C'est si terrible que ça ? interrogea la jeune fille pleine d'appréhension.

-Ben… disons que comme tu n'es pas une Gryffondor, tu auras déjà plus de chances de t'en sortir. Il est très strict et ne tolère pas la moindre erreur. Je crois qu'il est capable de tuer quelqu'un en deux syllabes…

-Comment t'en es-tu sorti ?

-Correctement, affirma l'Italien : en fait, j'aime les Potions. Bon, je me débrouille bien, sans plus, mais la matière me plaît. Je n'ai pas eu droit à des remarques désobligeantes, donc j'estime que ça c'est relativement bien passé. Il a littéralement laminé Potter et Weasley, en revanche. Il faut dire qu'ils le cherchent un peu, ils sont nuls ! Enfin, moins que Londubat, mais ça c'est un cas spécial. Et toi ?

-Tu m'effraies un peu… commenta la Serdaigle avant de répondre à la question : oh, et bien j'ai commencé par la Métamorphose. Ce n'est pas ma matière préférée et McGonagall à l'air de me reprocher des choses que j'ignore.

-Comment ça ?

-Rien... elle me fait cette tête depuis hier, comme si j'avais fait une chose épouvantable, les sourcils froncés, la bouche pincée… en plus, je ne comprends pas la moitié de ce qu'elle dit, ajouta tout doucement Emilie, les yeux au ciel.

-Oh, je t'assure que ce n'est rien par rapport à la mine qu'elle adresse aux Slytherins ! s'exclama Alessandro en souriant. On raconte que Snape et elle passent leur temps à se disputer ! »

Emilie rit, un peu soulagée, et continua :

« Les Runes étaient plutôt faciles et Babbling m'a dit de commencer à travailler un peu dans un autre manuel plus dur. La Botanique était affreuse, évidemment…

-Pourquoi ?

-Je déteste la Botanique, déclara Emilie d'un ton pincé.

-Pour quelqu'un qui prétend aimer les Potions, c'est plutôt étrange, commenta le jeune homme d'un air dubitatif.

-Je ne vois pas le rapport ! », rétorqua Emilie, les sourcils froncés.

Alessandro haussa les épaules, peu convaincu, mais préféra renoncer à poursuivre le sujet en voyant l'air un peu buté de la Serdaigle.

« Et tout à l'heure c'était allemand, poursuivit Emilie. Ça c'est bien passé. Et toi ?

-Bah, comme je te l'ai dit nous avons eu Runes, puis Potions, Métamorphose et latin. Tu verras, c'est très facile, franchement, ils en sont presque à ânonner Dominus-domine… »

Une voix aigre se fit bientôt entendre, surprenant les deux élèves qui sursautèrent en même temps :

« La bibliothèque est faite pour travailler, non pour discuter ! Sortez ! »

Emilie et Alessandro firent face à une madame Pince furieuse et vindicative, ses lunettes tremblotant au bout de son long nez maigre.

« Pardon ! Nous ne recommencerons plus, madame !

-Méfiez-vous, je vous ai à l'œil. »

La bibliothécaire s'éloigna, se retournant régulièrement pour vérifier que les deux élèves avaient cessé de parler et admonestant tous les élèves qui fréquentaient les lieux pour la première fois depuis la rentrée.

« Un dragon, je te dis… », chuchota Emilie.

ooooo

Ce soir là, épuisée, Emilie alla s'isoler quelques minutes dans l'ancienne salle commune et but tranquillement son thé. Un véritable thé. Contrairement aux idées reçues sur l'Angleterre et les Anglais, le thé qu'elle avait bu jusqu'à présent était soit insipide, soit franchement dégoûtant, si fort que l'amertume l'avait fait frissonner. Emilie se félicita avoir emporté avec elle plusieurs thés différents (achetés dans un magasin spécialisé, rien à voir avec les sachets qu'on trouvait en supermarché), tant elle appréciait cette boisson. L'ayant surprise en train de prendre ses ustensiles, ses voisines de dortoir l'avaient interrogée puis laissée aller, la jugeant un peu originale. Pourquoi sortir un chaudron et tout un attirail quand un Elfe pouvait vous amener une théière en quelques secondes ? Mais après quelques explications laborieuses pendant lesquelles Emilie avait eu la nette impression de prêcher dans désert, elle avait laissé Belinda et Lucrezia à leur discussion sur leurs horoscopes respectifs et Ann à son inventaire de sa trousse à maquillage. Après tout, chacun ses manies.

Les élèves avaient déjà des devoirs à faire. Dès la semaine prochaine, ils auraient la possibilité de se réunir après les cours dans des salles d'étude afin de relire leurs notes et commencer leurs devoirs. Pour l'instant, la majorité se comportait comme s'ils étaient encore un peu en vacances, remettant les devoirs à plus tard. Emilie n'osait pas trop se relâcher : en effet, outre la difficulté des sujets, elle ne devait pas négliger le fait qu'elle devait tout rédiger en anglais et qu'elle ne pourrait sans doute pas trop compter sur la bienveillance des professeurs pour excuser trop de fautes d'orthographe ou de grammaire.

Une heure plus tard, tentant de trouver le sommeil bien au chaud sous les couvertures, Emilie fit une prière mentale pour que le lendemain, le cours le plus important à ses yeux se passe bien. En effet, si elle échouait en Potions, le voyage, bien qu'intéressant, aurait perdu une bonne partie de son véritable but. Personne ne savait l'enjeu que les Potions représentaient pour elle, heureusement, mais elle ne pouvait même pas envisager la possibilité d'avoir de mauvaises notes ou de rater une préparation. Non. Après tout, elle avait été habituée à se distinguer dans cette matière depuis son arrivée à Beaux-Bâtons. Emilie Marlier n'avait fait exploser qu'un chaudron, un seul, et encore, à son premier cours uniquement ! Elle n'avait fait fondre le rebord de son chaudron qu'une seule fois, au second cours, et encore, il fallait vraiment passer la main dessus pour se rendre compte de l'altération du métal ! Elle ne pouvait pas rater ce cours, c'était impossible. Elle tourna, se retourna, se retourna encore dans ses draps, se retourna une nouvelle fois. Elle essaya de se détendre, respira profondément, se cacha un peu derrière ce petit mur de briques qu'elle bâtissait parfois dans sa tête pour se protéger des aléas. Après tout, ce ne serait pas la fin du monde, bien sûr que non. Juste un tout petit peu.