Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 4
Les cours du matin avaient passé avec une lenteur épouvantable aux yeux d'Emilie et elle aurait sans doute ri à l'introduction d'Ombrage à son cours de Défense contre les Forces du mal, si la situation n'avait pas été aussi pathétique.
Franchement, comment pouvait-on décemment oser dire qu'il était possible d'apprendre à contrer les sorts les plus terribles et les créatures les plus féroces « in a perfectly safe and secure way » à l'aide de manuels guère plus évolués que des livres illustrés pour enfants « approved by the Ministry » ! Emilie et ses camarades de classe avaient du mal à y croire, mais un je-ne-sais-quoi dans l'attitude et le sourire immuable d'Ombrage incita la Serdaigle à la plus grande méfiance. La femme ne lui inspirait pas la moindre confiance et il n'était pas question de discuter avec sa voisine ou de gribouiller paresseusement sur une feuille. Aussi, elle fit comme tout le monde et lut plusieurs fois de suite le premier chapitre du fameux manuel en prenant son mal en patience.
Comme elle s'y attendait après avoir parlé avec Alessandro la veille, le cours de latin était profondément ennuyeux, tout simplement parce que le niveau était bien trop bas par rapport aux cours qu'elle avait suivis en France. A moitié hypnotisée par les hésitations, les fautes et les contresens des autres élèves, la jeune fille termina la version à toute vitesse quand vint son tour de traduire une phrase. Le professeur Templum se contenta de la féliciter et reprit son cours à un rythme d'une effrayante lenteur afin qu'aucun élève se soit perdu. Emilie en vint à craindre d'en être réduite à s'ennuyer à mort dans un cours de langue…
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La tension s'empara à nouveau d'elle après le déjeuner, quand sa classe gagna les cachots pour le premier cours de Potions de l'année.
La salle ovale aux murs de pierre nue était déjà ouverte et les élèves se précipitèrent sur les places situées au fond, le plus loin possible du bureau de Snape placé sur une estrade. Trop lente à comprendre la situation, Emilie se retrouva donc contrainte de s'assoir à la table de devant. En temps normal, à Beaux-Bâtons, Emilie aurait été au contraire heureuse d'être au premier rang, mais après toutes les rumeurs entendues au sujet de Snape, alors qu'elle-même était une nouvelle élève placée dans un environnement inconnu, la chose avait soudain perdu tout son attrait. La lumière était dispensée par des torches fixées aux murs qui, malgré leur nombre, n'arrivaient pas à réchauffer la vaste salle.
Emilie s'absorba dans la contemplation de la table de bois derrière laquelle elle avait pris place, portant les stigmates d'un nombre incalculable de bêtises : bois brûlé témoignant de cuissons mal conduites et d'explosions, bois tâché évoquant des ingrédients ou des potions renversées. Tous attendaient nerveusement, n'osant piper mot, quand soudain la lourde porte située derrière eux s'ouvrit à toute volée, faisant sursauter même les plus aguerris et livrant passage à la Terreur de Poudlard. Affolée, Emilie regarda approcher Snape à grands pas, entièrement vêtu de noir, ses longs cheveux au vent, ses bottes résonnant sur le sol dallé, sa longue veste boutonnée jusqu'au cou et sa robe flottant dans son dos. Cette entrée dramatique donna ainsi raison à l'un des nombreux surnoms attribués à Snape : la chauve-souris géante. Sans un mot, le professeur désigna de sa baguette le tableau noir accroché près de son bureau qui se couvrit immédiatement d'inscriptions.
« Nous commencerons l'année par une potion de Régénération sanguine. Les instructions se trouvent, pour ceux d'entre vous qui savent lire, sur le tableau. Les ingrédients qui ne figurent pas dans vos kits sont dans les placards au fond de la salle. Le moindre désordre coûtera de précieux points à vos maisons. Vous n'avez pas besoin d'émettre le moindre son pendant que vous travaillerez. Commencez ! »
Grimaçant devant la difficulté de la tâche, la plupart des élèves se dépêchèrent dans un beau désordre d'aller chercher les ingrédients manquants. Emilie, quant à elle, resta à sa place, tentant de se calmer, sachant que la nervosité risquait de lui faire commettre une erreur. Elle n'avait pas encore essayé ce type de potion et la précipitation des autres élèves, qu'elle crut être bien plus avancés qu'elle, manqua de lui faire perdre ses moyens. Elle choisit de noter soigneusement les instructions sur un parchemin, prenant le temps de traduire chaque terme afin d'être sûre d'avoir parfaitement compris le moindre élément et de mémoriser les étapes. Ces préliminaires achevés, Emilie alla tranquillement chercher ses ingrédients alors que la plupart avaient déjà abandonné le pillage des stocks de la classe, puis les organisa avec un soin méticuleux sur sa table, les plaçant par ordre d'utilisation.
Déambulant lentement parmi les élèves, Snape vérifiait qu'aucun d'eux ne risquait de produire quelque chose de dangereux. Il savait pertinemment que la potion demandée n'était pas du niveau de quatrièmes années. En fait, c'était tout juste du niveau requis pour les ASPICs. Simplement, il voulait toujours que les élèves restent sur leurs gardes et désirait savoir ce dont ils se rappelaient des cours de l'année précédente, voir comment ils se sortiraient des étapes les plus aisées et comment ils organiseraient leur préparation. Il souhaitait aussi se rendre compte de ce dont était capable la nouvelle française. Du coin de l'œil, il observa comment elle s'y prenait, notant avec surprise qu'elle prenait le temps de noter avec soin la recette, puis relevait méticuleusement les manches de sa robe en les attachant avec des bouts de ficelle quand d'autres se contenaient de les retrousser et tentait d'attraper ses cheveux courts dans une barrette trop grande avec un sérieux un peu comique. Sa table était parfaitement organisée et elle maîtrisait à l'évidence les techniques de découpage et de broyage des ingrédients. Réprimandant un Poufsouffle qui avait intégré une partie des ingrédients dans le désordre, réduisant à néant ses efforts, Snape traqua la faute et s'approcha doucement d'Emilie Marlier. Elle semblait si concentrée qu'elle ne remarqua pas sa présence qui en temps normal poussait ses autres élèves à commettre les plus stupides erreurs, par simple frayeur. Elle suivit les différentes étapes à la lettre, vérifiant régulièrement le niveau du feu sous son chaudron.
A l'issue des deux heures, dans une salle obscurcie par les fumées plus ou moins nauséabondes des potions ratées, Snape grinça :
« Arrêtez immédiatement. Que ceux dont la potion n'a pas atteint la couleur rouge ne cherchent même pas à me la soumettre. »
La très grande majorité de la classe se prépara à jeter un sort d'Evanesco sur leur chaudron. Snape jeta un œil désapprobateur sur quelques uns des essais conservés avant de s'arrêter devant la table occupée par Emilie.
« Qui a été votre professeur à Beaux-Bâtons, mademoiselle Marlier ?
-Monsieur Delépine, professeur.
-Hum, pas un Maître, mais un honnête Potionneur je crois, peu précis cependant. »
Les joues rouges et les oreilles bourdonnantes, épuisée, Emilie baissa les yeux, arrondit les épaules et se prépara pour le coup final.
« Mademoiselle Marlier, reprit Snape un peu plus fort : gardant en mémoire ce que je viens de vous dire, et considérant que votre potion, bien que non parfaite, ne rêvons pas, serait tout de même utilisable, ou, en tous les cas non nocive, pouvez-vous me dire ce qui vous a empêché de réaliser une potion irréprochable ? »
Emilie fixa sa potion puis se força à regarder le professeur Snape dans les yeux, sans ciller :
« Je crois que je n'ai sans doute pas été assez précise dans le dosage des ingrédients, notamment en ce qui concerne la mélisse et la bile de lombric. »
La phrase était à peine sortie de sa bouche qu'elle douta du bon ordre des mots. Snape garda ses yeux fixés sur la jeune fille, semblant la jauger. Il fronça les sourcils et pinça les lèvres, puis croisa les bras. Quelques secondes plus tard il reprit, comme à contrecœur, en direction du reste de la classe :
« L'art des Potions est avant tout celui de la précision. Ce que mademoiselle Marlier vous a aussi démontré c'est que l'humilité et la connaissance de nos erreurs est la clef de la progression et de l'amélioration. Si, bien entendu, une amélioration est possible… 5 points pour Serdaigle pour avoir su identifier votre faute. Bien entendu, je compte qu'à l'avenir vous serez plus précise dans vos dosages. A la moindre erreur aussi grossière, vous perdrez 15 points, mademoiselle Marlier, et ce n'est pas chez moi que vous les regagnerez. Fin du cours, sortez ! »
Un instant incrédules, les autres élèves regardèrent ébahis la nouvelle puis partirent en courant, pressés de quitter les cachots et de se trouver le plus loin possible de leur habitant le plus redoutable. Emilie rangea ses affaires et prit son courage à deux mains pour aller trouver Snape.
« Professeur ?
-Oui, mademoiselle Marlier ? articula-t-il du bout des lèvres, la toisant de toute sa hauteur et se tenant prêt à la rembarrer vertement si elle osait laisser paraître la moindre satisfaction : il n'avait pas pour habitude de tresser des couronnes de laurier. Une fois par an suffisait et il estimait qu'il venait de faire sa BA.
-Euh… je suis française, j'ai appris les Potions en français jusqu'à présent, et…, un peu désarçonnée par le silence du professeur et s'armant de courage elle poursuivit : et j'ai dû réapprendre une partie des ingrédients dans leur traduction anglaise. J'utilise un lexique que j'ai trouvé en France, mais il n'est pas très exhaustif et je voudrais savoir s'il y en avait un plus complet que je pourrais utiliser ? »
Snape fixa la jeune fille, le visage impassible, chercha une possible flagornerie, mais n'en trouva pas. Décidément, il allait de surprise en surprise. Non seulement elle était douée, extrêmement douée, même mais en plus elle voulait véritablement apprendre et se perfectionner alors qu'elle aurait pu se contenter de se laisser voguer au gré de cours trop faciles pour elle.
« Vous devriez travailler dans le lexique de Melisseus, Grainedor et Greengrass. Il y a un exemplaire dans la bibliothèque, répondit-il d'une voix presque inexpressive.
-Merci, professeur. Pouvez-vous m'indiquer où je pourrais commander le livre ? J'en aurais sans doute besoin toute l'année et je ne peux pas l'emprunter.
-Essayez Flourish et Blott, Chemin de traverse.
-Merci, professeur. »
Inclinant la tête respectueusement, Emilie quitta la salle le cœur battant sans se douter qu'elle était la cause d'une première dans la longue histoire de la frustrante carrière d'enseignant de Severus Snape : la première élève à l'impressionner un peu et lui donner envie d'enseigner vraiment les Potions à quelqu'un le méritant.
« Tu as un Maître des Potions dans ta famille ?
-Hein ? Non, pourquoi ?
-Comment as-tu fait pour y arriver ! Tu te rends compte que c'est une des premières fois que Snape donne des points à quelqu'un n'appartenant pas à Slytherin ? lui cria presque en postillonnant Peter Brown, un garçon de son année.
-Je ne sais pas ! Il fallait faire la potion, je l'ai faite !
-Qu'est-ce que tu lui as demandé, après ? interrogea, un peu soupçonneux, un Poufsouffle.
-Les références d'un livre avec un lexique français-anglais, ça vous va ?! »
Emilie monta les marches quatre à quatre, pressée d'échapper à ses camarades qui, passée la surprise initiale à la conclusion du cours de Potions, la bombardaient littéralement de questions.
Tout en crachant ses poumons, Emilie essayait de comprendre ce qui c'était passé : Snape avait paru approuver sa potion car, sans pour autant la féliciter, il avait pris la peine de dire qu'elle était utilisable. Si elle en croyait les autres, l'octroi des cinq points équivalait aux plus grandes louanges de la part de n'importe quel autre professeur. En plus, Snape lui avait donné, sans ajouter la moindre moquerie, une bonne référence de lexique. Oui, ça c'était bien passé, même très bien passé, songea-t-elle avec un petit sourire satisfait et la tête légère. Évidemment, elle allait devoir se débrouiller pour garder le niveau qu'elle avait elle-même fixé à ce premier cours car il était évident que le maître des Potions n'hésiterait pas dans le futur à lui reprocher la moindre erreur, aussi insignifiante soit-elle. Pourtant, malgré ce succès, Emilie était embêtée par les réactions des autres élèves qui paraissaient tout d'un coup un peu méfiants à son égard, comme si, en réussissant à un cours de Potions, elle devenait à part et abandonnait les autres, cibles des menaces et des piques du professeur. Elle refusa d'y penser plus longtemps : après tout, peu lui importait.
Continuant de grimper les escaliers, Emilie dut demander plusieurs fois son chemin pour trouver la salle où Flitwick dispensait les études musicales. Elle avait pu vérifier, à son grand chagrin, que son walkman, comme tous les instruments moldus marchant à l'électricité ou sur batteries, ne fonctionnait pas à Poudlard. Elle avait eu beau être prévenue, la surprise était désagréable. Ces cours du vendredi seraient sans doute le seul moyen pour elle de pouvoir écouter de la musique, même si son chef de maison avait prévenu qu'il ne diffuserait pas de musique de variété.
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Au cours du dîner, Emilie comprit rapidement que la nouvelle du comportement inhabituel de Snape s'était répandue comme une trainée de poudre dans les couloirs du château.
Non seulement les Serdaigles ne cessaient pas leurs questions, mais plusieurs élèves des autres maisons l'observaient ouvertement, allant même, pour les Gryffondors, à lui jeter quelques regards un peu dégoûtés. Emilie fut heureuse de constater que la place que lui avaient gardée ses voisines de dortoir tournait le dos à leur table. Celle des Slytherins, en revanche, semblait spéculer sur cette Française qui semblait être dans les petits papiers de leur chef de maison et Emilie surprit le regard amusé et le grand sourire que lui décocha Alessandro entre deux plats. Le soutien ouvert de son « allié » eut un effet inespéré sur le moral d'Emilie qui supporta plus aisément les rafales de questions de ses voisins de table et se laissa gagner par une douce euphorie.
