Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 5
L'air se rafraichissait très rapidement. On n'était pourtant encore qu'au mois de septembre et déjà, un léger pull devenait indispensable à qui allait se promener dehors.
Emilie accéléra le pas. Vêtue d'un jean confortable, d'un t-shirt à manches longues et d'un pull bleu marine en coton, des baskets aux pieds, la jeune fille avait décidé de mettre son projet à exécution et de faire le tour du lac. Le réveil avait sonné à 9 heures, tôt pour un dimanche, et après un petit déjeuner rapidement expédié dans une grande salle presque déserte, Emilie avait commencé par aller jusqu'à la volière pour envoyer deux missives : l'une à sa grand-mère à Paris, comme elle avait juré de le faire tous les dimanches, l'autre à Flourish et Blott afin de savoir combien coûtait le lexique recommandé par Snape.
La volière était située au dernier étage d'une tour massive à l'ouest du château, à laquelle on accédait par un escalier extérieur qui tournait autour du cylindre de pierre sur deux niveaux pour ensuite déboucher dans une grande salle ronde voûtée d'ogives, aux parois abritant des dizaines de petites niches dans lesquelles se pressaient les hiboux de toutes sortes qui appartenaient au château. Les élèves avaient la possibilité d'envoyer sans frais leur courrier, mais leur correspondant devait répondre en employant son hibou personnel ou bien en s'assurant les services de la poste des sorciers. La grand-mère d'Emilie avait fini par s'habituer aux hiboux qui venaient régulièrement taper aux carreaux de la fenêtre de sa cuisine et elle allait quelques jours après dans l'Allée des merveilles confier sa réponse à un hibou de l'UPEP, l'Union postale enchantée parisienne.
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Après le cours de mathématiques du samedi matin, Emilie avait filé à la bibliothèque pour voir enfin le livre recommandé par Snape.
Elle avait retrouvé Alessandro au rayon des Potions, déjà entouré de livres, à « leur » table. Alessandro était en cinquième année et il devait passer ses BUSEs en juin : il était donc déjà en train d'étudier sérieusement, comme la plupart des autres élèves dans le même cas. Tous deux avaient tout de même pris de temps de discuter des derniers évènements et, en tout premier lieu, de ce qu'Alessandro appela le « triomphe de Serdaigle » en classe de Potions. Les Slytherins n'avaient appris la chose que par ouï-dire et il tenait à avoir sa propre version des faits.
« Et bien, tu peux te vanter d'être l'une des rares personnes auxquelles un Slytherin peut désormais parler sans donner l'impression de déroger !
-Très drôle, avait répondu laconiquement Emilie, un brin vexée.
-Je plaisante ! Encore que, pas complètement : Slytherin est vraiment un monde à part, ce n'est pas facile de s'y faire une place, avait soupiré Alessandro.
-Vraiment ? Tu t'es fait des amis, quand même ?
-Mouais, si on veut. Disons que je n'ai pas d'ennemis, c'est déjà ça. Il s'était rapproché, à moitié affalé sur la table, les coudes écartés : tu sais, tout tourne autour des Sang-purs là-bas. Bon, de ce côté-là, heureusement, je suis du bon côté de la barrière… franchement, c'est ridicule, mais ce sont les règles du jeu. Bon, maugréa-t-il : l'ambiance est correcte avec mes voisins de dortoir, c'est déjà bien.
-On m'a dit qu'il n'y avait aucun élève Slytherin issu de famille moldue, avait avancé Emilie, désireuse d'avoir des informations de première main sur la maison la plus secrète de Poudlard.
-Ah ça non ! Comme je te l'ai dit le haut du panier de Slytherin est constitué des Sang-purs, le reste, les Sang-mêlés, est considéré comme du menu fretin, si tu vois ce que je veux dire. Pour ceux d'ascendance moldue… pas mal de gens ne s'embarrassent pas de principes et ne les désignent que par le terme de Sang-de-bourbe. Le reste la ferme… »
Emilie était restée silencieuse, très mal à l'aise. Ses camarades de Serdaigle semblaient avoir raison en considérant les Slytherins comme autant de Mangemorts potentiels…
« Emilie, ce ne sont pas mes idées, avait dit gravement Alessandro.
-Non, je m'en doute…
-Non, Emilie. Je te le répète : ce-ne-sont-pas-mes-idées, avait martelé le garçon en détachant chaque syllabe. Je ne sais pas trop pourquoi j'ai atterri à Slytherin, mais je n'ai rien contre les Moldus et je n'ai pas la moindre envie d'aller me trainer à terre devant un pseudo Seigneur des Ténèbres en demandant l'autorisation d'aller torturer mon prochain. »
Emilie avait souri :
« Vu comme ça…
-Je suis sincère. Le problème, c'est que si je veux survivre parmi les serpents, il faut que je me plie un peu aux règles. Ça ne veut pas dire que je me mettrai à insulter qui que ce soit, mais il faut jouer finement, avait expliqué le jeune homme.
-Je commence à te plaindre.
-Ne t'inquiète pas ! De toutes façons, je suis italien, donc un peu hors-jeu à leurs yeux », conclut-il avec un air fanfaron un peu étudié et qui n'était que de façade.
Le lexique recommandé par Snape était vraiment très complet et Emilie avait entrepris de copier les termes les plus courants avec leur traduction pour commencer à se faire des fiches d'apprentissage. Il fallait qu'elle trouve assez vite une bonne stratégie et surtout qu'elle se procure un exemplaire personnel du lexique, mais elle soupçonnait qu'il serait certainement trop cher pour elle. Néanmoins, elle avait décidé de demander le prix du livre, quitte à aviser après.
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L'eau du lac était paisible ce dimanche là et la pieuvre géante ne montrait pas le bout de la moindre tentacule. Emilie se prit à sourire en imaginant la pieuvre au lit, faisant la grasse matinée en avalant des croissants au fond du lac. Le site était vraiment très beau et malgré la fraicheur de l'air cela faisait du bien de marcher à grands pas, seule sur le chemin, sans devoir jouer des coudes pour aller d'une classe à l'autre, ni entendre autre chose que le bruit du vent dans les feuilles et le chant des oiseaux.
Deux heures plus tard, un peu essoufflée et fatiguée, Emilie gravit les marches menant à l'entrée du château en trainant les pieds, croisant sur son chemin un groupe de Gryffondors parmi lesquels elle remarqua deux de ceux que lui avait montré Ann dans la grande salle peu après la rentrée.
« Hé ! Marlier, c'est ça ? lui lança en souriant un grand rouquin qu'elle identifia à l'un des deux jumeaux Weasley, Fred ou Georges.
-Oui ?
-Il paraît que tu as épaté Snape en Potions ? Tu ne voudrais pas nous aider un peu ? »
Malgré la jovialité du ton du Gryffondor, la question eut le mauvais effet de faire redescendre brutalement sur terre Emilie.
« Je ne pense pas que j'ai « épaté » qui que ce soit, et certainement pas le professeur Snape ! rétorqua Emilie sur un ton un peu trop pompeux, le regard noir, encore agacée de la fausse popularité que lui valait cette maudite potion.
-Oh ! « Professeur » Snape ! T'admire le Connard graisseux ? » lança Ron Weasley, le nez plissé comme s'il découvrait un cafard sous ses yeux.
Emilie en perdit momentanément la voix, avant de répliquer sans réfléchir, emportée par ses propres préjugés nés des ouï-dires colportés par ses camarades de classe :
« Quoi ? Quel est le problème ? Je n'y peux rien si tu as une vendetta personnelle contre lui.
-Oh mais ça n'a rien de personnel. C'est un salaud, sauf évidemment pour ses chers Slytherins, mais nous savons ce qu'ils valent…
-Ron, arrête ! lança Granger en lui coupant la parole. Elle s'avança un peu, l'air affable : écoute Emilie, c'est Emilie n'est-ce pas ? commença-t-elle en parlant à toute vitesse et avec assurance. Fais juste attention, le professeur Snape mijote quelque chose : il ne complimente jamais quelqu'un et ne donne jamais de points en dehors de Slytherin. Il est généralement très insultant, quand bien même on arrive à se débrouiller correctement pendant ses cours. Méfie-toi, ne te fais pas avoir. »
Mais Emilie, vexée comme un pou d'être traitée comme une gamine recevant une leçon, commençait à être sérieusement en colère :
« Merci du conseil, rétorqua-t-elle d'un ton pincé, son accent plus marqué que jamais. Pour ton information, je crois que je me « débrouille » mieux que « correctement » en Potions. Mais je pourrais peut-être te donner mes Potions à noter, pour être sûre ? Je suis venue ici pour apprendre et franchement, je n'en ai rien à faire de vos querelles de clocher ! »
Tournant des talons et disparaissant à l'intérieur du hall d'entrée, Emilie crut entendre vaguement Ron Weasley faire quelques remarques désobligeantes, mais elle n'était pas certaine d'avoir bien compris. Plutôt susceptible, les propos d'Hermione Granger, « Lumière-du-Siècle » !, l'avaient piquée au vif et elle en avait conçu sur le champ une profonde antipathie. Peu sûre d'elle en public, elle était en revanche parfaitement consciente de sa valeur et elle ne s'étonna plus que beaucoup, comme le laissaient entendre les ragots véhiculés par Ann et Lucrezia, trouvent la Gryffondor réellement insupportable.
Immobile, caché parmi les ombres profondes à côté des grandes portes de l'entrée monumentale du château, Severus Snape avait observé sans rien dire la scène. Se dévoiler pour remettre Weasley à sa place et exiger le respect qui lui était dû aurait été puéril, d'autant plus qu'il ne faisait guère preuve d'innovation dans ses insultes. Snape entendait en effet les mêmes depuis plus de quinze ans. Il avait été bien plus intéressant en revanche d'observer la Française qui semblait être passée en quelques minutes de la joie de vivre à une humeur massacrante. Weasley était prévisible et les insultes n'étaient pas nouvelles, passées de génération en génération. Granger quant à elle, malgré tout ce que pouvaient en penser Minerva et Albus, songea-t-il, était, au moins au niveau psychologique, une imbécile. Ce matin elle avait réussi à insulter profondément quelqu'un qu'elle venait juste de rencontrer, en pensant honnêtement lui rendre service ! Severus Snape avait, lui, en quelques instants, bien compris plusieurs traits de caractère d'Emilie Marlier et enregistrait ses découvertes avec la méticulosité d'un homme habitué à manipuler son prochain et à en déterminer les failles : elle était consciente de sa valeur, susceptible (les deux allaient souvent ensemble) et semblait sensible aux insultes gratuites et aux jugements à l'emporte-pièce. Snape savait qu'une partie de la colère de la jeune fille avait été excitée par les sous-entendus à l'égard des Slytherins, et donc, de Gabelli qu'elle fréquentait toujours malgré, il en était sûr, des mises en gardes qu'elle avait dû recevoir d'une bonne partie de ses camarades de classe. Tous les deux semblaient bien s'entendre mais étaient assez intelligents pour éviter de le montrer en public.
Un instant, Snape se demanda s'il faisait bien de s'intéresser à quelqu'un hors de sa maison, puis balaya ses doutes : Emilie Marlier l'intriguait et il avait bien l'intention de voir jusqu'où elle était capable d'aller dans ses cours. Il espérait seulement que la vanité ne faisait pas partie de son caractère, auquel cas, il se ferait un plaisir de la remettre à sa place avec pertes et fracas.
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« Pourquoi tant de haine ? »
Emilie regarda un instant Belinda sans comprendre.
« Tu as l'air de vouloir tuer quelqu'un.
-Ah ! Emilie rit malgré elle. Je viens d'avoir une petite conversation avec Ron Weasley et Hermione Granger au sujet du dernier cours de Potions. Pour qui se prend-elle celle-là ?
-Pour la « Lumière-du-siècle », bien sûr ! s'écria en riant Belinda. Allez, viens, je vais te montrer la piscine, dit-elle en saisissant un sac de toile contenant ses affaires, coupant court aux explications embrouillées de sa voisine de dortoir : allez, dépêche-toi, ça te changera les idées. A moins que tu ne veuilles manger d'abord ?
-Non, non, allons y ! »
Emilie récupéra son maillot et son bonnet de bain au fond de son armoire, prit une serviette dans la salle de bain et fourra le tout dans son sac à dos, suivant Belinda qui avait déjà commencé à descendre les escaliers rejoignant la salle commune.
La piscine était située de l'autre côté du château, et comportait un grand bassin carrelé de vert, des murs de pierre enduits de chaux et un toit en verre soutenu par des poutrelles métalliques. Les vestiaires des filles et garçons étaient situés de part et d'autre de l'entrée, ornée de poissons et d'algues multicolores peints sur les parois. Chacun pouvait disposer d'une petite cabine munie d'un banc de bois et de crochets fixés aux cloisons, et dont il conservait la clef qu'il pouvait accrocher à un ruban, qui à son poignet, qui à sa cheville. Emilie se changea rapidement et émergea de la cabine comme une momie, enroulée dans sa serviette de bain. Belinda l'attendait déjà à l'entrée des douches, un sourire amusé aux lèvres.
« Tu as froid ?
-Non…
-Tu sais, tout le monde est fait pareil, ce n'est pas un concours de beauté ! s'exclama Belinda en levant les yeux au ciel.
-Oui, je m'en doute ! Mais, bon… en plus je suis blanche comme un cachet d'aspirine !
-Comment ? »
Emilie répéta sa phrase et Belinda rit, ayant enfin compris :
« En anglais on dit « blanc comme un linge » !
-Ça se dit aussi en français.
-Allez, n'y pense pas, sinon tu peux être sûre que tout le monde verra que tu n'es pas à l'aise. »
Guère rassurée, Emilie défit sa serviette, passa sous la douche au pas de course et suivit Belinda dans la piscine. Marchant à petits pas pressés en faisant attention à ne pas glisser sur les carreaux mouillés, Emilie se dirigea en vitesse vers les échelles pour aller dans l'eau. Un sifflement lui fit tourner la tête :
« Hé ! Jolies jambes, Marlier !
-Un peu pâles quand même. Tu ne veux pas allez faire bronzette avec nous après ? »
Les joues rouges comme des pivoines, Emilie sauta dans l'eau, poursuivie par les rires des deux garçons, deux Poufsouffles de son année, pas méchants, et bientôt rejointe par Belinda.
« Bon, t'as survécu, hein ?
-Oui, rit Emilie.
-Je te laisse, je fais mes longueurs !
-A plus tard ! »
Le monde sorcier avait du bon, pensa Emilie en nageant tranquillement dans une eau agréablement tiède. Les piscines moldues étaient obligées d'employer du chlore pour assainir l'eau et tout en prenait l'odeur caractéristique. Ici en revanche, la magie permettait d'éviter les produits chimiques et on n'avait pas besoin de se laver dix fois les cheveux et de changer de garde-robe pour se débarrasser de l'odeur.
Certaines choses étaient similaires cependant, comme l'entêtement des nageurs de crawl à se lancer à toute vitesse dans les lignes réservées à la brasse, en fonçant sans ménagement sur les malheureux moins rapides qu'eux. Emilie nota d'abord avec amusement que Belinda n'échappait pas à la règle, ayant tout juste évité de peu une collision avec un garçon aux cheveux blonds presque blancs et aux traits anguleux qui cria quelques insultes bien choisies, profitant de l'absence de tout professeur. Arrivée au bout de sa longueur, Emilie réalisa soudain qu'il devait s'agir de Malefoy, au sujet duquel les élèves ne tarissaient pas de ragots malveillants. D'après Lucrezia, il n'allait nulle part sans deux brutes, Crabbe et Goyle, et s'opposait depuis les premiers jours de sa scolarité à Potter. Selon la plupart des élèves aussi, il venait d'une famille dont les sympathies envers Voldemort étaient ouvertement proclamées. Reprenant son souffle et attaquant une autre longueur, Emilie tenta d'apercevoir les têtes de ses deux compères. Non, elle n'arrivait pas à apercevoir quiconque ressemblant de près ou de loin au signalement qu'on lui avait fait. D'après la rumeur publique il ne s'agissait pas de deux lumières : peut-être ne savaient-ils pas nager ? Soudain Emilie sentit un bras lui tomber sur le dos et se retourna en criant tandis que l'un des garçons qui l'avaient sifflée à son entrée passait devant elle avec la détermination d'un bulldozer. Emilie s'écarta en soupirant : Moldus ou sorciers, manifestement le concept de longueurs réservées à un type de nage ne semblait s'appliquer nulle part.
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Passés les premiers jours, les journées de succédèrent ensuite avec une relative routine pour Emilie. Les cours de Métamorphose étaient stressants car elle était désormais persuadée que McGonagall ne l'aimait pas. Elle avait beau tenter de se raisonner en se répétant que cela lui était égal, elle avait du mal à le supporter, ne comprenant pas d'où venaient les préventions du professeur.
L'Arithmancie lui demandait autant d'efforts qu'en France, ce qui n'était pas une surprise : Emilie et les mathématiques, ainsi que tout ce qui tournait autour, ne faisaient pas bon ménage. Pourtant, elle s'était entêtée et avait résolu d'arriver à obtenir un niveau correct dans la matière car celle-ci pouvait être utilisée pour des potions particulièrement complexes. En fait, une bonne partie de son curriculum tournait autour des Potions.
Quand elle avait commencé à découvrir cette branche de la magie, lors de cours intensifs destinés à la mettre à peu près à niveau en un été quand elle avait douze ans, Emilie s'y était immédiatement sentie à l'aise. Cela lui évoquait de loin la pâtisserie qu'elle avait toujours adorée et le dosage des tisanes et des thés. Elle avait appris la pâtisserie avec sa grand-mère et avait vite commencé à arranger les recettes en fonction des ingrédients dont elle disposait et selon ses propres goûts. Préparer un gâteau était un rituel important, marquant l'après-midi du mercredi, jour de congé de l'école moldue où elle allait lorsqu'elle était enfant. Évidemment, la cuisine et les Potions n'avaient pas grand-chose en commun, si ce n'est quelques ustensiles et la nécessité de maîtriser convenablement une cuisson. Pourtant, Emilie avait immédiatement aimé la matière, appréciant le mélange des substances, l'éventail des possibilités, mais aussi le côté solitaire du travail, exigeant une grande coordination pour des recettes compliquées. Aussi, quand il s'était agit de choisir des options, alors même qu'elle se doutait bien qu'elle n'avait sans doute aucune aptitude naturelle pour l'Arithmancie et qu'elle choisissait elle-même son martyre, elle avait choisi ce cours sans arrière-pensée, tout comme les Runes. Cependant, dans ce dernier cas, les Runes rejoignaient une autre passion, celle des langues étrangères.
A Poudlard, le professeur Vector qui enseignait l'Arithmancie aux quelques téméraires qui prenaient cette option nota très vite les difficultés de la nouvelle élève qui scrutait parfois avec la plus grande concentration le grand tableau noir couvert d'équations de toutes les couleurs comme si la solution pouvait lui apparaître par révélation divine. Elle remarqua aussi son acharnement, et lui suggéra de se faire aider par un élève plus âgé. Pourquoi pas Hermione Granger, qui avait une maîtrise étonnante du sujet ? Emilie, qui avait décidé qu'elle n'aimait pas la Gryffondor après avoir à peine échangé trois phrases avec elle, avait frissonné intérieurement et répliqué avec politesse qu'elle y songerait. N'importe qui, même la pieuvre géante, plutôt que Granger, songea-t-elle !
L'histoire de la magie était aussi ennuyeuse qu'on le lui avait raconté et Emilie s'exerça à prendre des notes tout en pensant à autre chose, en l'occurrence en révisant des leçons d'italien qu'elle apprenait tranquillement de son côté depuis un mois à l'aide de manuels moldus que sa grand-mère lui avait envoyé à sa demande. Sa nouvelle marotte n'était pas passée inaperçue de ses voisines à Serdaigle, mais elle avait prétendu qu'il s'agissait d'une idée déjà ancienne et que non, non, non, cela n'avait rien à voir avec Alessandro Gabelli.
Heureusement, les cours avec Flitwick ne posaient aucun problème et tous les Serdaigles appréciaient les méthodes bon enfant du petit professeur qui corrigeait toujours gentiment et faisait travailler longuement chaque élève, quitte à lui donner des cours de soutien s'il avait du mal à maîtriser un sortilège un peu difficile.
Les cours de musique dispensés par son chef de maison étaient un moment précieux pour Emilie qui n'avait toujours pas trouvé le moyen de faire marcher son walkman à Poudlard, mais était sûre qu'il devait bien y avoir une faille quelque part. Flitwick leur demandait avant tout d'apprendre à écouter les œuvres, de savoir décrire leurs impressions, de juger en argumentant et de donner leur propre opinion sur une partition ou un personnage d'opéra. Très peu d'élèves suivaient ces cours qui demandaient tout de même du travail à ceux dont la culture musicale classique était encore balbutiante et tous étaient issus de familles entièrement moldues. En effet, la grande majorité des enfants de familles de sorciers ne connaissaient pas et ne souhaitaient pas connaître la musique moldue, quelle soit classique ou qu'il s'agisse de variété. Les Sang-mêlés avaient généralement quelques notions, mais ne développaient pas un grand intérêt pour la chose comme s'ils étaient résolus à laisser leur héritage moldu derrière eux. Quelqu'un comme Gabelli, appartenant à une famille de sorciers mais plongé quotidiennement dans la culture moldue au point de s'y sentir à l'aise et d'en absorber les références, était une étrangeté. Il n'y avait aucune spécificité britannique dans ce domaine car Emilie avait pu constater que les choses étaient comparables à Beaux-Bâtons. Ces cours donnèrent à Emilie l'occasion de connaître plus de monde et de différents âges en dehors de la propre maison, même si elle devait parfois lutter pour ne pas s'endormir ou se surprenait à taper du pied contre une chaise avec une application maniaque tant certains morceaux lui paraissaient ennuyeux. Les discussions avec les autres élèves, amorcées dans les couloirs en rentrant à la tour de Serdaigle, se poursuivaient tard le soir, dérivant très rapidement sur les groupes de rock passés ou du moment.
Les groupes d'étude de fin de journée étaient divisés par maisons et Emilie filait régulièrement à la bibliothèque après dîner pour y retrouver à leur table habituelle Alessandro avec qui elle pouvait de la sorte échanger en chuchotant les derniers potins de la journée ou parler littérature ou musique. Tous deux avaient emporté en grand stock de livres de poche, fourrés dans leur coffre à l'aide d'un sortilège de Réduction. La plupart de leurs livres étaient dans leur langue maternelle, mais ils disposaient tout de même de quelques romans policiers et livres de fantasy en anglais qu'ils commencèrent à échanger.
La réponse de Flourish et Blott était arrivée un matin au petit déjeuner, délivrée par un grand hibou au plumage marron et aux yeux jaunes, tendant une patte avec une expression hautaine et acceptant, sans le moindre hululement de gratitude, un morceau de pain grillé.
Emilie savait désormais qu'elle ne pouvait pas acheter le lexique de Potions dont elle avait besoin. Elle demanda autour d'elle s'il existait des librairies d'occasion et apprit que l'une d'entre elles se trouvait au Pré-au-Lard. Le premier samedi d'excursion au village approchait, plongeant une partie des élèves dans l'effervescence, ce qui faisait une belle jambe à Emilie, n'ayant pas d'autorisation de sortie. Elle décida d'en parler à Alessandro qui accepterait sans doute de prendre quelques renseignements pour elle.
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Au cours suivant de Potions, un lundi matin en prévision duquel Emilie avait ingurgité, pour être suffisamment réveillée, un thé infusé si longtemps qu'elle avait cru qu'elle allait le recracher dans la grande salle devant tout le monde, Snape avait présenté le plan du cours de l'année, et commencé à donner du haut de son estrade, drapé dans son épaisse robe noire, un cours magistral sur les grands principes des potions destinées par essence à guérir. Il posait peu de questions, se moquait méchamment des mauvaises réponses et observait d'un œil de lynx tous les élèves, réprimant le moindre écart de comportement.
Emilie avait pris soigneusement ses notes, écouté de toutes ses oreilles et baissé les yeux avec prudence à chaque question. Non qu'elle ne connut pas les réponses : la plupart du temps, elle les savait, mais elle avait peur de faire des fautes de grammaire ou de prononciation et de se faire remettre brutalement à sa place.
Snape la mettait mal à l'aise. Quelques minutes avaient suffit à lui faire comprendre que Snape ne tolérait en effet pas la bêtise et avait un sens de l'humour si sarcastique que les élèves prenaient invariablement chaque remarque pour de la cruauté. Il pouvait en effet être cruel et ne s'en privait pas : dans ce cas ses yeux se durcissaient et ses lèvres se pinçaient en une mince ligne droite. En revanche, ses plaisanteries étaient décelables à la façon dont les coins de sa bouche se relevaient légèrement et lorsque quelques étincelles semblaient scintiller au plus profond de ses yeux. Ceci dit, Emilie n'avait pas la moindre envie de tester ses théories sur un hypothétique sens de l'humour du professeur de Potions en se faisant remarquer : elle n'aimait pas spécialement récurer les chaudrons et elle détestait se salir.
