Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 7

Munie d'un mot signé du professeur Snape, Emilie rejoignit la tour de Serdaigle en trainant les pieds et en baillant à s'en décrocher la mâchoire. Ce premier cours de Potions avancé avait été passionnant.

A son arrivée, Emilie avait découvert le bureau de Snape, qu'elle n'avait encore jamais vu. Des étagères en bois couvraient les murs, couvertes de bocaux étiquetés, en faïence ou en verre, et contenant des centaines d'ingrédients, des plus rares aux plus communs certains toutefois étaient si répugnants qu'il valait mieux ne pas les examiner de trop près. Près du bureau couvert de parchemins déjà notés ou en attente de l'être du professeur, avait été placée une longue table sur laquelle était posé un chaudron de cuivre, divers ustensiles et ingrédients. Rien de bien exotique, toutefois : les ingrédients sélectionnés par Snape étaient des choses de base, utilisées dans les potions les plus simples.

Snape avait commencé par l'interroger sur chaque ingrédient lui demandant à chaque fois le nom en français et anglais, les principales propriétés et l'utilisation la plus courante, complétant, en cas de nécessité, ces premières notions. Puis le professeur lui avait exposé dans le détail les moindres propriétés des mêmes ingrédients et les réactions bien connues ou plus rares de chaque élément avec un autre de ceux placés sur la table. Emilie, qui prenait des notes à toute vitesse sous la dictée du Maître des Potions qui n'hésitait pas à gronder s'il remarquait un nom d'ingrédient écorché, devrait mémoriser ces informations parfaitement pour la prochaine fois.

Ensuite, Snape lui avait demandé de réaliser une simple potion contre les refroidissements, du niveau de la première année, mais exigeant qu'elle soit absolument parfaite. Pour cela, il avait repris les choses à la base en contrôlant ses techniques de découpage et de broyage, corrigeant, la faisant recommencer jusqu'à ce que ce soit irréprochable, puis examinant sa maîtrise de la cuisson. Là encore, Snape n'avait rien laissé passer, lui demandant d'apprendre à reconnaître toutes les subtilités. Le résultat, sous la direction du professeur, avait été parfait. Emilie avait été émerveillée de voir pour la première fois qu'elle était capable de faire bien mieux encore qu'elle ne l'avait imaginé, mais elle avait été aussi un peu découragée en constatant l'ampleur des progrès qu'il lui restait à accomplir. Son petit orgueil en avait pris un coup.

Pour la prochaine leçon, Emilie devrait remettre un parchemin avec toutes les propriétés des ingrédients vus et leurs interactions, ainsi qu'une liste de potions faisant uniquement appel à eux, en totalité ou non. Bien entendu, elle devrait connaître ces propriétés par cœur.

A la fin du cours, Snape lui avait annoncé qu'elle changerait de niveau de cours de latin, ce qu'elle savait déjà par Flitwick. Elle eut ainsi la confirmation qu'elle serait alors dans la même classe qu'Alessandro Gabelli, sa joie ne passant pas inaperçue du professeur qui avait à dessein laissé filtrer l'information afin de voir sa réaction.

Sans transition toutefois, Snape avait profité de cet instant où son élève avait un peu baissé sa garde pour la sermonner durement au sujet de la Botanique car Pomona Chourave s'était apparemment plainte. Emilie fut plutôt désarçonnée d'être attrapée par Snape, pensant que Flitwick aurait dû le faire, mais elle comprit vite pourquoi Snape était si mécontent :

« Avez-vous une bonne raison pour ne faire aucun effort en Botanique ? avait-il demandé en fixant son visage si intensément qu'elle s'était presque attendue à y trouver deux trous.

-Je fais des efforts, professeur ! avait-elle protesté pour la forme, enhardie par ce cours qui c'était bien passé : mais je ne suis pas douée.

-Vous vous moquez de moi ? »

Snape avait brusquement fait un pas en avant et Emilie avait dû rassembler tout son courage pour ne pas reculer.

« Non, professeur ! En fait, je n'aime pas ça, je n'y connais rien ! J'ai beau apprendre mais ça ne rentre pas ! avait-elle répondu en toute honnêteté.

-Et bien, désormais assurez-vous que cela « rentre » comme vous dites ! Comment espérez-vous un instant progresser en Potions si vous n'avez pas un minimum de connaissances en Botanique ? Un maître doit avoir autant de connaissances en Potions qu'en Botanique ! »

Emilie avait péniblement avalé sa salive, mais n'avait pas eu le temps d'ouvrir la bouche.

« Pouvez-vous me dire comment vous espérez récolter les ingrédients pour vos Potions ? J'attends, mademoiselle Marlier ! avait-il lancé sur un ton impérieux.

-Euh, on les achète chez les apothicaires… avait-elle murmuré d'un air désolé.

-Evidemment, avait chuchoté Snape, méprisant. Évidemment, les apothicaires ont tous les ingrédients nécessaires, avait-il raillé en désignant ses étagères avant de continuer : et vous disposez d'un compte en banque inépuisable. Expliquez-moi, mademoiselle Marlier, comment vous auriez la prétention de juger de la qualité des ingrédients proposés, même par le meilleur apothicaire, si vous ignorez tout de la croissance et de la récolte des plantes que vous souhaitez utiliser ? »

Emilie, rouge d'embarras, était restée muette et avait baissé les yeux.

« Regardez-moi ! »

Emilie avait fini par lever les yeux, se mordant la langue pour ne pas pleurer et se forçant à regarder Snape dans les yeux.

« Vous êtes timide ? Et bien apprenez à maîtriser cela, je ne veux pas avoir à parler au sommet de votre crâne, avait-il déclaré sèchement. Je veux que dès la semaine prochaine vous modifiiez votre attitude en Botanique et que vous travailliez à rattraper votre retard. Croyez-moi, je saurais immédiatement si les choses ne changent pas. Si vous ne faites pas de progrès à ce sujet, je supprimerais les cours du samedi. Est-ce bien compris ?

-Oui, professeur », avait répondu Emilie d'une petite voix désolée.

La regardant partir en soupirant, résignée, Severus Snape avait su qu'il ne s'était pas trompé : la petite Française voulait progresser en Potions avec un tel entêtement qu'il sentait malgré lui un large sourire s'épanouir sur son visage. Et bien, si ce chantage aux Potions produisait les résultats escomptés, il aurait tort de s'en priver ! Connaître les faiblesses des gens et en déduire des moyens de pression permettant de les manipuler étaient après tout des qualités essentiellement Slytherin…

ooooo

La semaine suivante fut particulièrement agréable pour Emilie et Alessandro qui avaient désormais un cours en commun, ayant été admis à l'essai en sixième année de latin. Les deux amis en profitaient pour s'assoir à la même table, mais le niveau était cette fois-ci trop élevé pour permettre la moindre discussion et ils repartaient de chaque séance avec une charge de travail qui leur faisait parfois regretter le bon vieux temps où ils se laissaient aller à rêvasser pendant que les autres étaient sur la sellette.

Tous les deux décidèrent d'en profiter pour travailler leurs cours de latin ensemble. Emilie, surtout, avait besoin d'un peu d'aide pour réussir à surnager face à des textes d'auteurs non remaniés par les bons offices de leur professeur, mais les salles d'étude des Serdaigles et Slytherins étaient séparés et il y aurait eu fort à parier que les élèves auraient jasé en voyant un Slytherin et une Serdaigle côte à côte. Alessandro suggéra de se retrouver dans l'une des galeries de la cour principale, où les baies à remplages taillées dans une pierre pâle formant d'élégants motifs de courbes et contrecourbes au-dessus de lancettes trilobées ouvrant sur l'extérieur comportaient des bancs de pierre sur lesquels ils pourraient s'assoir et étaler leurs affaires.

Après les cours du mercredi, on put donc entendre une docte discussion portant sur une version latine à travailler pour la semaine suivante :

« Génitif, fit une voix haut perché.

-Ça m'étonnerait, répondit catégoriquement une voix plus grave.

-Mais si ! Ça marche avec un génitif ! reprit la voix aigüe d'un ton sans appel.

-A mon avis ce n'est pas la bonne déclinaison, sinon il faut tout triturer pour retomber sur nos pattes.

-Mais non, juste un peu, ça marche.

-Mademoiselle Marlier, monsieur Gabelli. Que faites-vous ici exactement, si je puis me permettre, quand vos camarades sont déjà en train d'étudier ? » fit une voix grave vaguement menaçante.

Alessandro et Emilie se retournèrent pour découvrir Snape, arrivé silencieusement dans leur dos et les dévisageant de toute sa hauteur, un sourcil relevé.

« Nous travaillons la version latine demandée pour la semaine prochaine », répondit Alessandro, plus à l'aise que sa compagne devant son chef de maison.

Snape tendit la main sans un mot et saisit le parchemin annoté par les deux élèves. L'ayant examiné quelques instants d'un air peu convaincu, il le rendit à Alessandro avant d'ajouter :

« Il y a des salles d'étude pour cela, je crois, monsieur Gabelli.

-Mais les Serdaigles et les Slytherins ne sont pas dans la même salle, professeur ! plaida Emilie en frottant ses mains qui commençaient à bleuir de froid.

-Seriez-vous en train de suggérer que nous abolissions la distinction entre les différentes maisons, mademoiselle Marlier ? demanda Snape, les coins de sa bouche légèrement relevés et renforçant son ton sarcastique : quelle idée… révolutionnaire… Ah, c'est vrai que vous êtes française… mais, puisque vous semblez y tenir, je pense que l'une des salles du premier étage, près du bureau du professeur Sinistra, pourrait faire l'affaire, dès l'instant que la porte en reste grande ouverte, plutôt que d'encombrer ce couloir toujours plein de monde… »

Snape tourna des talons et partit à grandes enjambées poursuivi par deux mètres de tissu noir tandis qu'Alessandro et Emilie échangeaient un regard significatif.

« Cela évitera d'être vus par les autres, sauf de Sinistra qui est une Slytherin. Ai-je bien compris ?

-En effet, tu pourrais être Slytherin honoraire, Emilie, si tu voulais.

-Merci, mais je crois que je vais décliner l'offre.

-Pourquoi, je sens le gaz ? »

ooooo

Le premier week-end d'octobre approchait et avec, le premier match de Quidditch de l'année, entre Slytherin et Poufsouffle. L'affaire serait sans doute vite réglée, en dépit de la volonté des trois-quarts de Poudlard de voir Slytherin mordre la poussière, mais malgré cela, la plupart des garçons et filles commençaient à discuter balais, souafle, cognard et vif d'or activement.

Emilie avait en vérité du mal à se concentrer dans la salle commune tant les discussions étaient animées. Après avoir eu son avis sollicité deux fois, en pure politesse, tout le monde laissa la jeune fille tranquille tant il était évident qu'elle n'y connaissait pas grand-chose et qu'elle s'en moquait éperdument. Toutefois, un soir, bien à l'abri dans leur dortoir, Ann, Lucrezia et Belinda coincèrent leur voisine et firent jurer à Emilie de venir sur le terrain soutenir Poufsouffle pour montrer où se situait sa loyauté. La neutralité n'était clairement pas une option et le moindre enthousiasme envers les ennemis de tous serait vécu comme une trahison : à elle de veiller à ne pas se compromettre avec eux, et cela visait aussi son amitié avec Gabelli.

Le samedi précédant le match aurait lieu la première sortie au Pré-au-Lard. Emilie avait eu beau supplier dans chacun de ses courriers, sa grand-mère avait refusé de signer la moindre autorisation de sortie. Elle avait déjà eu beaucoup de mal à accepter que sa petite-fille parte dans un pays étranger pour une année scolaire et n'avait pas l'intention de la laisser sortir de l'enceinte de l'internat. Dans la logique un peu particulière d'Hélène Marlier, une sortie collective recélait un nombre décuplé de dangers potentiels (on ne savait jamais à quelle expérience stupide une adolescente pourrait se laisser entrainer) et elle était toujours d'une grande méfiance à l'égard des fréquentations de sa petite-fille. En France, madame Marlier prenait ses renseignements avant d'accepter qu'Emilie ne se lie avec telle ou telle personne, ou tout au moins qu'elle ne passe du temps avec en dehors de l'école où, hélas, elle ne pouvait rien contrôler. Lorsque l'adolescente passait outre ses conseils, madame Marlier ne lâchait pas l'affaire mais multipliait les remarques et les mises en garde. En Angleterre, où elle n'avait d'ailleurs jamais mis les pieds, elle ne faisait confiance à personne, et ses préjugés, nés de la propre situation familiale d'Emilie, étaient les plus enracinés. Emilie savait qu'il était inutile de s'acharner pour l'instant, mais elle pensait bien revenir à la charge un peu plus tard. Pour cette fois, elle comptait demander à Alessandro ou à l'une de ses camarades d'aller à la librairie trouver son lexique de Potions pour elle.

Alessandro en avait de son côté plus que par-dessus la tête du Quidditch. Les Slytherins étaient littéralement surexcités à l'approche du match et pas un soir ne se passait sans que des meetings réunissant des cohortes hurlantes et vociférantes ne prennent place dans la salle commune. Ses voisins de dortoir, Theodore Nott, Walter Barrier et Galaad Tosnay avaient déjà tenté de trainer le jeune homme au terrain de Quidditch pour le tester et voir s'il pouvait être recruté comme remplaçant. Alessandro avait vivement refusé, provoquant la colère des trois garçons qui, pour une fois, faisaient front devant lui. Alessandro s'en était tiré en prétendant avouer qu'il était très mauvais sur un balai et prit bonne note de ne jamais accepter de voler avec le moindre Slytherin à l'avenir, sous peine de voir son excuse réduite à néant. Il ne put cependant éviter de montrer un minimum d'enthousiasme à l'idée du match et fit semblant de soutenir activement l'équipe de sa maison. Jamais une semaine ne lui avait parue aussi longue que celle-ci.

ooooo

Le vendredi soir, pendant le repas, Emilie s'évertua à attirer le plus discrètement possible l'attention d'Alessandro durant le dîner, n'ayant pu le rencontrer dans la bibliothèque. Le jeune homme finit par la remarquer et comprit qu'elle désirait sans doute lui parler. Il traina quelques minutes à l'extérieur de la grande salle, et voyant enfin Emilie approcher, il se dirigea vers une cour secondaire en vérifiant qu'elle le suivait.

« Il faudrait que nous trouvions un moyen plus simple pour nous contacter ! dit la jeune fille un peu hors d'haleine.

-Oui, quelque chose qui nous avertisse qu'un de nous cherche à trouver l'autre.

-Et un lieu de rendez-vous ! ajouta Emilie.

-Qu'y a-t-il ? demanda enfin Alessandro en commençant à arpenter une allée, les épaules rentrées, comme pour laisser moins de prise au petit vent méchant qui soufflait.

-Tu vas au Pré-au-Lard demain ?

-Oui. Tu as eu ton autorisation finalement ?

-Non, évidemment, commenta la Serdaigle en haussant les épaules et en levant les yeux au ciel : mais pourrais-tu me rendre un service ?

-Oui, de quoi as-tu besoin ? De chocolat ? Il paraît que Honeydukes…

-Non, oh, si, je ne dis pas non ! interrompit Emilie qui reprit plus calmement : on m'a dit qu'il y avait une librairie avec un rayon d'occasions. Je cherche le lexique que Snape m'a conseillé, mais c'est trop cher chez Flourish et Blott. Si par hasard ils l'avaient, pourrais-tu me le prendre, si son prix n'est pas plus élevé que 3 gallions ? Je te rembourserai immédiatement !

-Oui, d'accord. Donne-moi les références et j'irai voir.

-Merci ! »

Après avoir échangé un sourire, les deux amis s'éloignèrent chacun de leur côté, se préparant mentalement à subir une autre soirée de torture dédiée au Quidditch et à ses subtilités. Emilie n'alla pourtant pas bien loin avant d'entendre un bruit de pas précipités venant dans sa direction.

« Marlier ! Emilie ?

-Oui ? »

De retour vers la grande salle et presque parvenue au tronçon de couloir qu'elle devait emprunter pour regagner la tour de Serdaigle, Emilie tourna la tête et vit Hermione Granger s'approcher d'elle tout en parlant à toute vitesse d'un ton qui ne souffrait pas de réplique, ses cheveux menaçant de s'échapper à tout moment du nœud dans lequel ils étaient coincés. L'expression de son visage était sérieuse et concentrée, mais restait aimable, comme à son habitude.

« Bonsoir ! Le professeur Vector m'a dit que tu avais des difficultés en Arithmancie et que tu aurais besoin de mon aide. On pourrait se retrouver tous les lundi soir pour travailler, j'ai déjà demandé la permission d'utiliser une salle au professeur McGonagall… »

Un instant stupéfaite puis furieuse de se voir commandée de la sorte, Emilie répliqua sèchement, sans s'arrêter un instant au mensonge flagrant qu'elle servit à la fille plus âgée :

« C'est très gentil, mais je n'ai rien demandé : je me débrouille très bien seule. Avisant l'air blessé de Granger, elle ajouta avec plus de politesse : je te remercie, mais je travaille toujours mieux seule, pas en équipe. Ne le prends pas mal.

-Mais… tu travailles avec Gabelli ! »

Les nouvelles allaient vite, décidément, et la Serdaigle se demanda depuis combien de temps Granger la suivait pour lui parler. Avait-elle assisté à son échange avec Alessandro ? L'espionnage et les ragots étaient un aspect de la vie de l'internat auquel elle n'avait jamais pu se faire, que ce soit à Beaux-Bâtons ou à Poudlard.

« Le latin, précisa Emilie : parce que nous sommes dans la même classe et que nous nous entendons bien. Sinon, je te le répète, je préfère travailler seule. Merci quand même, Hermione », ajouta-t-elle après coup, rattrapée par les bonnes manières, sans que cela ne puisse masquer la froideur du ton employé.

Froissée, Granger releva le menton, pinça les lèvres et tourna brusquement des talons, quittant les lieux comme une furie. Emilie, restée clouée sur place, eut un peu honte de la façon dont elle s'était comportée mais n'envisagea pas un instant d'aller s'excuser. Les excuses ne lui venaient pas facilement, même quand elle était dans son tort le plus absolu et, en l'occurrence, elle ne voulait rien avoir à faire avec une fille qu'elle avait catégorisée impulsivement parmi la liste déjà assez longue des gens qu'elle n'aimait pas.