Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 12

Le premier cours de Potions du lundi fut un cauchemar.

Après avoir été sommée à la rentrée de toujours lever la main quand elle avait une réponse à l'une des questions, invariablement perverses, du professeur, Emilie fut subitement surprise de constater qu'il ne lui demanda pas une seule fois de répondre. Cela ne l'aurait pas gênée outre mesure si Snape n'en avait pas moins écorché vifs verbalement plusieurs Poufsouffles, ignorant à dessein que la Serdaigle avait des réponses à proposer.

Non qu'il ait oublié Emilie d'ailleurs, bien au contraire. Pour la première fois depuis son arrivée à Poudlard, celle-ci comprit enfin dans quel monde de terreur avaient pu vivre certains de ses camarades dès qu'ils mettaient le pied dans les cachots. Snape semblait avoir perpétuellement l'œil sur elle : dès qu'elle levait le nez, elle rencontrait le regard inquisiteur du Maître des Potions. Quand elle alla chercher les ingrédients qui lui manquaient dans le fond de la salle, ce fut pour se trouver au retour directement sur le chemin d'un Snape immobile, les sourcils froncés, les bras croisés, semblant la toiser, puis s'écartant au dernier moment pour la laisser passer. Durant toute la préparation de sa potion, Snape tourna autour de sa table et de celles des autres Serdaigles, donnant des sueurs froides à la moitié de la classe. Tenant dans la main un petit pot contenant sa pommade enfin achevée, devenue aussi nerveuse qu'une puce, Emilie s'approcha du bureau en choisissant de façon délibérée un moment où Snape expliquait avec sa délicatesse coutumière à un pauvre Poufsouffle qu'il aurait pu donner de l'urticaire à la moitié de la planète avec sa pommade contre les brûlures. Heureusement, elle eut le temps de poser sa préparation avant de découvrir, en sursautant et en poussant presque un cri, que Snape se trouvait juste derrière elle et l'examinait calmement, un sourcil levé. Renonçant à toute dignité, Emilie rassembla ses affaires et s'enfuit presque de la salle, suivie de près par ses camarades.

« Bon sang, Emilie ! Mais qu'est-ce que tu lui as fait ?

-Moi ? Rien !

-Tu as raté ta pommade ou quoi ? lança Jonathan Haffner, un Poufsouffle qu'elle aimait bien, mais qui était furieux après avoir servi de cible à la méchanceté de Snape.

-Bien sûr que non ! Je ne sais pas ce qu'il a ! se défendit Emilie.

-Pfiou ! Dire qu'on s'était habitués à avoir des cours de Potions plus calmes qu'à l'accoutumée ! continua Peter Strattford, plaisantant à moitié.

-Quelqu'un ne pourrait pas lui glisser un calmant dans son café ? soupira Belinda en provoquant quelques ricanements de soulagement.

-Ou faire brûler du chanvre dans sa cheminée ? » ajouta tout bas Emilie.

La dizaine d'élèves montant les escaliers pour regagner la cour principale rit à gorge déployée, chacun imaginant un Snape hilare et délirant entouré de vapeurs hallucinogènes.

La semaine fut à l'image de ce premier cours : pénible à tous points de vue. Où qu'elle aille, Emilie semblait être sur le chemin de Snape ou aller dans la même direction. Alessandro en perdit carrément la parole quand il vit son chef de maison passer systématiquement, chaque soir, devant la table où il travaillait avec Emilie dans la bibliothèque. D'un commun accord, Emilie et lui décidèrent pour une fois de ne pas travailler ensemble leur version latine : il valait mieux croiser Snape, même fou de rage, en public, plutôt que dans une salle déserte.

Après le déjeuner du lundi midi, Emilie fit en sorte de se placer à chaque repas tout au bout de la table de Serdaigle, le plus loin possible de la table des professeurs. Elle se sentait gagnée par la paranoïa. Non seulement Snape semblait ne pas la quitter des yeux, si ce n'était pour envoyer de temps à autre des regards maléfiques vers les Gryffondors, mais Filius Flitwick semblait s'être lui aussi pris d'un soudain intérêt pour son élève et tournait parfois des yeux curieux entre Severus Snape et la jeune fille qui ne levait le nez de son assiette que quand elle ne sentait plus le regard du professeur de Potions sur elle. Flitwick paraissait décidemment avoir quelque chose derrière la tête, et tenta un soir d'engager la conversation avec Snape qui finit par poser avec force ses couverts et toiser le petit professeur avec un air si mauvais qu'une partie de leurs collègues se tut immédiatement, croyant que l'homme en noir allait se mettre à lancer des malédictions et tuer sous leurs yeux le chef des Serdaigles. Les petits toussotements à répétition qu'émit Ombrage, comme un moteur de mobylette asthmatique, finirent enfin par distraire le chef des Slytherins qui déversa une partie de son fiel sur la petite femme vêtue de rose dont le visage prit alors une teinte blanchâtre du plus vilain effet, à la grande satisfaction des élèves.

Le cours de Sortilèges du mercredi se déroula dans le calme, comme à l'accoutumée, mais Emilie fut à nouveau sur ses gardes quand Flitwick la retint après et se mit à lui montrer plusieurs sorts de protection un peu obscurs d'un niveau un peu plus avancé en avançant que « qui sait, elle pourrait y montrer des dispositions ». Emilie n'avait jamais eu de très bons cours de Défense contre les Forces du mal à Beaux-Bâtons et ne voyait pas pourquoi elle devrait tout d'un coup se révéler brillante dans des sortilèges de défense et d'attaque, qui tout bien pesé, semblaient appartenir à la catégorie « grise » de la magie. Flitwick se contenta de dire d'un air patelin qu'il ne serait pas étonné qu'elle ait « un déclic », comme pour les Potions.

Éberluée et mal à l'aise, Emilie prit quand même du bout des doigts le livre (A Companion Book to Everyday Light Defense Spells) que Flitwick lui prêtait en lui intimant l'ordre de ne pas l'ouvrir en dehors de la tour de Serdaigle, sentant que quelque chose de tramait.

Dans ce contexte, l'Arithmancie, ennuyeuse et faisant appel à des qualités intellectuelles qu'Emilie n'était pas tout à fait sûre de posséder, fut pour une fois la bienvenue, rien ne semblant pouvoir faire bouger Septima Vector de son train-train quotidien d'équations.

ooooo

L'ambiance fiévreuse qui régnait dans le dortoir n'arrangeait pas les choses. On aurait pu penser que ces demoiselles étaient anxieuses pour leurs examens ou leurs devoirs… et bien non !

L'énervement qui y régnait et les discussions sans fin qui s'y prolongeaient tard dans la nuit n'avaient pour objet que la vie sentimentale de Lucrezia qui, après avoir flirté gentiment avec la moitié des garçons de son âge de Serdaigle et Poufsouffle, avait enfin succombé au charme ravageur de Peter Strattford (« upon-Avon » ajoutait toujours mentalement Emilie en levant les yeux au ciel). La reddition avait eu lieu lundi en fin d'après-midi dans un couloir, derrière une armure, et Lucrezia avait arboré un sourire éblouissant jusqu'à deux heures du matin, jusqu'au moment où Ann lui avait intimé l'ordre de fermer la bouche sous le prétexte que la vision de ses dents blanches brillant dans la nuit aurait pu garder tout le monde éveillé.

Chaque soir, il fallait que Lucrezia détaille par le menu les qualités de Peter, n'hésitant pas à donner quelques conseils techniques, provoquant tour à tour l'agacement, la curiosité et une franche jalousie parmi ses voisines de dortoir. Le matin, c'était un autre son de cloche, la jeune fille passant des heures à choisir sa tenue pour se changer après les cours et monopolisant la salle de bain pendant qu'Ann rongeait son frein, les bras croisés sur le gros sac contenant ses produits de maquillage, et qu'Emilie et Belinda se tenaient sur les starting-blocks, prêtes à lui griller la politesse pour avoir ainsi une chance d'arriver à temps pour prendre un petit-déjeuner à peu près normal. Insensiblement, comme si elles avaient été contaminées, les camarades de Lucrezia commencèrent à examiner d'un œil plus critique leur propre tenue et leur aspect et ce fut alors un véritable colloque sur les vertus de tel ou tel cosmétique, tel ou tel sortilège qui eut lieu devant les miroirs. Emilie, la tête encombrée par d'autres soucis, filtra tout de même les informations pour en retenir les éléments les plus importants : on ne savait jamais, cela pourrait servir un jour. Le problème était qu'aucun garçon ne lui avait jamais témoigné le moindre intérêt sentimental.

« Tu as déjà embrassé quelqu'un, non ?

-Bien sûr que oui ! » rétorqua Emilie, morte de honte à l'idée de paraître plus innocente que les autres.

En fait, le fameux baiser se réduisait à un vague chantage avec un petit garçon de son école primaire qui avait refusé de lui rendre ses crayons de couleurs si elle ne l'embrassait pas. Ne s'embarrassant pas de scrupules, Emilie avait alors plaqué ses lèvres rapidement sur la bouche du petit monstre et arraché les crayons de sa main. Pas très glorieux ni romantique mais, techniquement, ça comptait.

« Mouais, tu sais, ne le prends pas mal, mais tu ne trouveras pas un petit ami au fond d'un chaudron ni entre les pages d'un livre. Il faudrait faire un petit effort. »

Emilie ne le prit pas mal, elle commençait juste à avoir le moral au plus bas.

« Remarque, Gabelli, il n'est pas mal dans son genre… spécula Lucrezia.

-Dans le genre dangereux, tu veux dire, c'est un Slytherin ! » fit Belinda.

Emilie sentit le rouge lui monter aux joues, pas en raison des piques de Belinda, mais parce qu'elle avait remarqué depuis longtemps qu'Alessandro était plutôt agréable à regarder. Et un plus il n'est pas bête et il m'aime bien, ajouta perfidement une petite voix dans son crâne.

« Oui, mais bon, il a tout de même un an de plus elle est trop jeune pour lui, affirma d'un ton sans appel Lucrezia, nouvelle experte ès relations sentimentales, provoquant ainsi la chute du moral d'Emilie en dessous de zéro.

-Tu ne te maquilles jamais ? demanda Belinda.

-Euh non. Juste de l'anticerne quand c'est nécessaire.

-« Juste de l'anticerne » ! Naaan, mais ça ne va pas, Emilie ! cria Ann qui commença à fouiller frénétiquement dans le sac qui lui tenait lieu de trousse à maquillage à la recherche de quelque chose qui eut pu convenir à sa voisine : écoute, avec un peu de maquillage, un tout petit peu, tu serais déjà vraiment mieux !

-Oui, parce que là, blanche comme tu es, on dirait presque Snape. Bon, avec les cernes en moins, évidemment.

-Mais tu as de très beaux cheveux ! » ajouta à son tour Lucrezia d'un ton rassurant.

Passée dans la salle de bain, Emilie se laissa glisser contre le lavabo en entendant le miroir y aller de son grain de sel :

« Ah ! Ne fronce pas les sourcils ! Ça n'arrange rien, tu sais ! »

ooooo

Emilie s'était un petit peu plongée dans le livre prêté par Flitwick au cours de la semaine, y consacrant une heure chaque soir dans l'intimité conférée par les rideaux tirés autour de son lit, et avait pris tout d'un coup conscience de la catastrophe que constituaient les leçons de Défense contre les Forces du mal prodiguées par Ombrage.

Désormais, tous s'ennuyaient à mourir pendant ces cours, mais au fur et à mesure que des nouvelles alarmantes filtraient de l'extérieur et que les élèves réfléchissaient un peu, une grande partie d'entre eux commençait à ressentir de la peur ou de la colère à l'idée de perdre un temps précieux qu'il eut mieux valu employer à apprendre à se défendre efficacement. Les plus inquiets étaient ceux issus de familles moldues, se sachant menacés et totalement sans défense en dehors du cadre presque rassurant du monde moldu. Emilie comprenait les inquiétudes de ses camarades, mais elle n'arrivait pas à se sentir vraiment concernée. Elle venait d'un pays paisible et se sentait étrangement à l'abri. Consciente de n'être à Poudlard que pour un an, elle croyait avec beaucoup de naïveté que sa nationalité française la laisserait à l'écart du drame qui approchait. Elle avait pourtant évoqué en chuchotant le sujet avec Alessandro à la bibliothèque et il lui avait avoué que les Slytherins étaient généralement plus au fait des sortilèges et contre-sortilèges efficaces et que les nouveaux étaient souvent entrainés par leurs aînés à quelques sorts de base, réunis dans un petit carnet de parchemin. Lui, avait déjà eu de solides bases à l'Académie de Florence mais déplorait la nullité des cours d'Ombrage. Emilie lui parla rapidement du livre prêté par Flitwick. Alessandro ne le connaissait pas et n'avait aucune idée des motivations du professeur de Sortilèges (à vrai dire, qu'Emilie puisse soupçonner son chef de maison de manipulation amusait beaucoup le Slytherin), mais il ne put que l'encourager à essayer de travailler par elle-même ou à demander de l'aide au sein de Serdaigle.

Chaque cours que délivrait l'affreuse petite bonne femme vêtue de rose se passait alors dans un silence de mort, à peine ponctué du bruissement des feuilles tournées tant chacun craignait de se retrouver en retenue au moindre prétexte. Après Emilie en effet, six élèves de sa classe avaient pu expérimenter les méthodes de punition du professeur. Ombrage ne discutait aucun sujet et se contentait de surveiller la lecture des élèves qui devaient lui remettre un résumé du chapitre au cours suivant, généralement assorti des raisons « objectives » pour lesquelles le Ministère de la Magie leur enjoignait d'être confiants et sereins dans ce monde parfait. Le professeur déambulait entre les rangs et se contentait de remarques constructives sur la bonne tenue de l'uniforme de untel ou la nécessité pour unetelle d'ôter immédiatement son maquillage outrancier. Garçons et filles cessèrent rapidement de s'asseoir côte à côte car Ombrage pouvait octroyer des retenues dès qu'elle croyait voir deux mains ou deux coudes se frôler. Elle ne limitait pas sa surveillance aux élèves d'ailleurs, n'hésitant pas à saisir les sacs et cartables, à les vider sur son bureau et à en examiner soigneusement le contenu en confisquant tout ce qui selon elle était en infraction avec le règlement ou « inutile ».

Le vendredi soir, Emilie arrêta le débat en cours sur les mérites et les inconvénients des jeans moulants exposés par une Lucrezia boudinée à souhait dans un pantalon qui devait bien être deux tailles en dessous de la sienne et demanda à ses amies si elles avaient de leur côté le moyen de travailler à une véritable Défense contre les Forces du mal.

« Comment ça ?

-En pratiquant des sortilèges et des contre-sortilèges par exemple, précisa la Française.

-Hmm, non. On ne peut pas apprendre seul ce genre de chose.

-Gabelli m'a dit qu'à Slytherin les plus anciens apprenaient les bases aux plus jeunes.

-Ouais, bah je serais toi, je me méfierais, intervint Ann d'un ton désapprobateur. Je suis sûre que les sorts qu'ils apprennent ne sont pas des trucs innocents, après tout, beaucoup là-bas étudient la Magie noire.

-Qui t'a dit ça ?

-Personne, mais ça se sait, répondit Ann d'une voix ferme.

-Peut-être qu'on pourrait s'entraider, lister les sorts que l'on connaît et se les apprendre ?

-A mon avis on n'ira pas loin, douta Lucrezia : mais il paraît qu'il se trame quelque chose chez les Gryffondors.

-Hein ? Comment tu sais ça ?

-Pas étonnant, avec Potter ils sont aux premières loges, non ? », répliqua Belinda en baillant à se décrocher la mâchoire, sans chercher à en savoir plus.

ooooo

La tête calée entre ses mains, attendant que sa potion contre les migraines fasse effet, Severus Snape réfléchissait à ses plans pour le week-end. La semaine avait été interminable et la conscience qu'il avait désormais d'avoir une fille le rongeait littéralement. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux d'Emilie alors qu'il savait qu'il ne pouvait se permettre de laisser deviner quoi que ce soit pour l'instant. L'esprit soigneusement à l'abri grâce à sa pratique intensive de l'Occlumencie, il n'en n'était pas moins susceptible d'exploser au moindre prétexte tant la tension était forte.

Ombrage étendait de plus en plus loin sa nauséabonde influence : ne se contentant pas d'être incompétente et obtuse, elle contrait désormais ouvertement les décisions de Dumbledore et des chefs de maison. Les autres professeurs subissaient de plein fouet sa tyrannie et la plupart des enseignants étaient en exercice probatoire. Qu'une bureaucrate imbécile puisse douter de ses qualifications, ou de celles des autres d'ailleurs, dépassait son entendement. Le nombre des étudiants présentant des plaies aux mains ne cessait d'augmenter et Snape avait carrément donné un grand pot de pommade à ses préfets en leur ordonnant de l'appliquer de force à chaque Slytherin trop fier pour venir se plaindre à lui.

Snape soupira et ferma les yeux. Flitwick savait. L'irritant petit bonhomme à la face de gobelin avait cru bon de tenter de lui tirer les vers du nez dès le lundi soir et avait immédiatement battu en retraite devant la colère noire de son collègue. La question était de savoir si Flitwick tiendrait sa langue le temps qu'il faudrait pour que les choses suivent le plan prévu par le professeur de Potions.

Demain soir, la comédie serait finie. Snape, malgré ses efforts méticuleux de préparation, était loin d'être sûr de lui. Il avait beau connaître l'adolescente pour lui avoir donné quelques cours supplémentaires, il ignorait tout de ce que serait la réaction d'Emilie qu'il était impossible de préparer à l'avance. Si ses hypothèses étaient justes, la jeune fille ne savait presque rien de son père et ne soupçonnait pas qu'il y eut un lien entre elle et le Maître des Potions.

Snape regrettait de ne pas avoir essayé de faire parler Emilie de sa famille : il aurait pu ainsi savoir ce qu'il en était réellement de sa mère et avoir une idée de ses sentiments envers son père. Là-dessus, il était prévisible qu'il se heurterait à un violent rejet et ce n'était pas sa gracieuse personnalité et son charme qui allaient arranger les choses. Néanmoins, il fallait qu'Emilie et lui arrivent à suffisamment s'entendre pour que la suite de son plan puisse se dérouler convenablement et que le fou dangereux qui le convoquait régulièrement depuis quelques mois lui garde sa confiance et ne mette pas en danger sa fille.

Snape soupira de nouveau. Il lui arrivait, aux moments où il s'y attendait le moins, à avoir envie de battre en retraite, de garder le silence. Il pouvait encore se taire : après tout, cette pauvre fille avait bien passé sa vie jusque là sans savoir qui était son père… Malgré tout ce que cette option avait de raisonnable en apparence, il sentait qu'elle n'était plus d'actualité, dès l'instant ou une autre personne, au moins, savait à quoi s'en tenir. Certes, il pourrait monter un leurre, cesser tout contact avec la Française et pourquoi pas la renvoyer d'où elle venait, mais il devrait ensuite vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête : Flitwick pourrait parler ou, pire, il pourrait se trahir lui-même. Il y avait une autre raison aussi, plus personnelle, liée aux torts réels ou imaginaires qu'il estimait avoir subi (et il avait une excellente mémoire). Il était surpris lui-même, mais il ne supportait pas de devoir, à son tour, léser une enfant qui n'avait rien demandé à personne. L'illégitimité était une tâche encore jugée indélébile dans le monde sorcier. Evidemment, les choses étaient plus libres dans le monde moldu mais il s'en moquait car à ses yeux, seule comptait la société sorcière, celle à laquelle il avait tout sacrifié pour pouvoir y évoluer comme l'un de ses membres à part entière.

Snape balança un coup de pied qui manquait de conviction dans la chaise posée un peu plus loin. Il répugnait à l'introspection et estimait qu'il savait déjà tout ce qu'il y avait à savoir sur lui. Il était un exécutant, et un exécutant ne peut pas se permettre de penser. Il jura, trouvant que cette potion mettait décidemment beaucoup de temps à agir : il lui avait été plus facile de jouer son rôle lorsque sa propre vie ou celles d'inconnus étaient en jeu. Pour réussir cette partie, il devrait aussi parvenir à manipuler Dumbledore pour terminer le match avant que qui que ce soit ait le temps de réaliser ce qui se passait.