Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 16
Les fêtes de Noël approchaient. Flitwick avait présidé à la décoration de la grande salle qui abritait un énorme sapin installé par les soins d'Hagrid, et dans lequel les Elfes avaient accroché plein de guirlandes, d'étoiles et de boules multicolores. Sur les murs avaient été fixées les grandes bannières des quatre maisons et du gui soulignait les marches de l'estrade sur laquelle prenait place la table des professeurs.
Beaucoup d'élèves pensaient plus à leurs vacances et à leurs retrouvailles avec leur famille qu'à leurs études. Pour les cinquièmes et septièmes années qui devaient préparer leurs BUSEs et leurs ASPICs, en revanche, les jours précédant les congés étaient occupés à des révisions frénétiques, les professeurs les ayant avertis qu'ils auraient des examens blancs à leur retour et leur ayant donné des devoirs supplémentaires particulièrement ardus.
De fortes chutes de neige avaient recouvert le château et les environs d'un épais manteau blanc, provocant l'émerveillement d'Emilie plus habituée aux rares petits flocons des hivers parisiens. Beaux-Bâtons, situé à l'Ouest de la France, était cependant souvent touché par des chutes de neige plus importantes, mais c'était les brouillards d'automne qui y étaient les plus remarquables quand une véritable purée de pois humide à souhait fondait sur les plaines et mettait à mal le moral de tous. La plupart des élèves de Poudlard étaient soit bien au chaud à l'intérieur ou rassemblés vers le lac en train de préparer d'homériques batailles de boules de neige. Emilie était restée dans l'une des cours intérieures, occupée à regarder tomber les gros flocons blancs d'un air béat quand elle entendit une voix moqueuse lancer derrière elle :
« Bah, alors ? Tu n'as jamais vu de neige ?
-Bien sûr que si, mais à Paris il ne neige pas autant. Ne me dis pas que l'Italie est sous la neige…
-Tu serais surprise !
-Florence ?
-Euh, non, peut-être pas maintenant.
-Ob-vious-ly », articula la Serdaigle avec un dédain soigneusement copié sur le phrasé légendaire du Maître des Potions. Ce petit mot était employé à tout bout de champ depuis que le récit de la réponse lapidaire de Snape à l'enquête menée par Ombrage sur ses qualifications avait fait le tour de l'école. Assez bizarrement, le Maître des Potions n'avait jamais jugé bon de sévir contre ceux qui l'imitaient. Ombrage, en revanche, paraissait à deux doigts de vomir à chaque fois que les trois petites syllabes retentissaient aux alentours.
Quelques secondes plus tard, une boule de neige adroitement lancée vint toucher l'arrière de la tête d'Emilie, qui se retourna en criant. Alessandro s'éloigna rapidement en riant tandis qu'elle ramassait de la neige en vitesse et tentait à son tour de l'atteindre. Emilie manqua Alessandro qui réussit à lui envoyer une autre boule sur l'épaule. Abandonnant toute prétention à la subtilité, Emilie courut vers Alessandro et, tirant sa veste en arrière y glissa une poignée de neige glacée ce qui eut pour résultat de faire hurler le jeune homme qui se dégagea en sautillant pour faire tomber la neige de ses habits. Alessandro en était à essayer de faire basculer par terre une Emilie gesticulante et lui piétinant les pieds avec méthode quand une main ferme surgissant d'une longue manche noire saisit l'un de ses bras :
« Monsieur Gabelli. Emilie. Pouvez-vous m'expliquer ce que vous êtes en train de faire ? » demanda Snape utilisant le ton qu'il réservait d'ordinaire pour terroriser les élèves se trompant d'ingrédients dans ses cours de Potions.
Alessandro se redressa en marmonnant, tandis qu'Emilie restait à regarder le sol, tentant de se faire oublier.
« Je vous demande pardon ? Il me semble que vos explications manquaient de clarté, interrogea le professeur avec un petit sourire pincé qui ne présageait rien de bon.
-Nous jouions, professeur.
-Ah. Vous avez… quinze ans, monsieur Gabelli ?
-Ou-i.
-Etonnant. Je vous en aurais donné dix. Je crois que vous avez l'ambition de passer vos BUSEs cette année ? Dans ce cas que vous suggère très fortement d'aller réviser. Tout de suite. »
Après avoir murmuré un « bien, professeur » où perçait la nervosité, Alessandro partit à grandes enjambées en abandonnant sa compagne à son sort tandis qu'Emilie tentait un discret mouvement latéral pour suivre la même direction.
« Emilie. »
Ah… raté, pensa-t-elle.
« La température est largement en dessous de zéro. Dois-je demander à madame Pomfresh de t'examiner pour savoir si tu souffres d'un grave désordre de santé qui pourrait expliquer que tu te promènes sous la neige avec des vêtements tout juste adaptés à un mois d'octobre ? Snape détailla ouvertement la tenue de sa fille, un sourcil levé.
-Il y a plusieurs couches, crut bon de préciser Emilie.
-Sans aucun doute. Je crois que tu devrais retourner dans ton dortoir mettre quelque chose de plus chaud.
-Mais ça va !
-Non ! la contredit Snape : cela fait des jours que tu traines en reniflant, et je ne pense pas que ce soit de tristesse. Alors soit tu mets des affaires adaptées à la température, soit tu restes à l'intérieur », déclara le Maître des Potions d'un ton qui ne souffrait pas de contradictions.
Snape regarda Emilie qui ne bronchait pas.
« Est-ce que tu as au moins quelque chose de plus chaud que cela ?
-Non, avoua la Serdaigle en creusant la neige du bout de sa basket : il ne fait pas très froid à Paris en hiver. »
Snape soupira et se retint de lever les yeux au ciel.
« Très bien. Nous irons donc samedi prochain te trouver des affaires plus adaptées, soupira-t-il d'un air sombre. En attendant, continua-t-il, négligeant l'air alarmé de sa fille : tu mets le manteau de ton uniforme ou tu retournes à l'intérieur pour boire quelque chose de chaud. Tout de suite. Estimes-toi heureuse que je ne demande pas à un Elfe de t'amener un verre de lait chaud et bien sucré », ajouta-t-il après coup, très amusé en constatant la grimace de dégoût qui gagnait les traits de Emilie.
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Dans la forteresse endormie, alors que patrouillaient seulement Rusard et Miss Teigne, quand on pouvait enfin respirer de la tyrannie tatillonne exercée tout le jour par Ombrage, deux hommes conféraient doucement de choses graves. Leurs visages étaient à peine éclairés par la lumière jaunâtre d'une grosse bougie posée sur un bureau sombre.
Albus Dumbledore regarda avec compassion l'homme en noir qui essayait de garder un peu de dignité malgré la douleur qui l'assaillait.
« Je t'en prie, Severus, assieds-toi. »
Snape se laissa tomber dans une chaise, baissant la tête et laissant de longues mèches de cheveux noirs cacher son visage. Ses poings serraient le bout des accoudoirs dans une vaine tentative de maîtriser les effets secondaires de l'Endoloris.
« Qu'a dit Tom Jedusor, Severus ?
-Je ne sais toujours pas si Dolores Ombrage fait partie des sympathisants du Seigneur des Ténèbres, Albus. J'ai tenté d'interroger Goyle, mais Pettigrow rôdait à proximité. Il y a plus important, déclara l'homme en noir avec urgence : le Seigneur des Ténèbres projette de faire évader certains Mangemorts d'Azkaban. Je ne connais malheureusement pas les modalités du plan. Vous savez que je ne compte plus parmi les plus proches du Seigneur des Ténèbres, expliqua Snape d'une voix où perçait une certaine dérision. On ne m'a pas encore pardonné mon absence lors de son… retour, il y a quelques mois, même si j'ai réussi à leur faire comprendre que j'avais été forcé de livrer Croupton.
-Il faut absolument que tu retrouves la confiance de Tom, Severus.
-Je le sais ! laissa échapper l'homme en noir avec une inquiétude palpable, avant de retrouver son calme. Mais il y a différentes factions, Albus, et Lucius Malefoy fait tout pour prendre ma place. Pour l'instant, je ne suis plus en faveur, même si je reste un élément clef aux yeux du Seigneur des Ténèbres. Il faut attendre que Lucius fasse une erreur. Croyez-moi, il en fera une.
-Qu'a dit Tom Jedusor au sujet d'Emilie ? »
Snape prit quelques instants avant de répondre en hésitant un peu et en contrôlant chaque mot.
« Il m'a… reproché mon… association avec une Moldue, bien entendu. Je lui ai livré une version… particulière de ma fréquentation de la mère d'Emilie. Et j'ai insinué que vous aviez eu vent de notre liaison, saviez qu'un enfant était né, et l'aviez fait venir à dessein à Poudlard. »
Albus Dumbledore écarquilla les yeux.
« Il fallait qu'il croie que je ne me « liais » pas par plaisir avec cette femme et que j'avais été bel et bien contraint de reconnaître Emilie, une Sang-mêlée, sous peine de perdre ma place, expliqua patiemment Snape.
-Qu'a-t-il cru ?
-Ce que j'ai choisi de lui faire croire. Quant à Emilie, il pense que c'est une gamine bien sage, douée en Potions, totalement ignorante de ce qui se passe en Angleterre, mais désolée d'avoir trouvé son père, termina Snape avec un sourire amer.
-Cela ne l'a manifestement pas empêché de te blesser.
-Non, Albus. Après tout, il ne pouvait pas ne pas me punir de m'être rabaissé en faisant un enfant à une Moldue, n'est-ce pas ? » acheva Snape sur un ton ironique.
Albus Dumbledore fixa longuement l'homme presque prostré devant lui, vieilli prématurément par une activité de triple agent et à la merci des tortures d'un fou.
« Veux-tu que j'appelle Poppy, Severus ?
-Non. Merci, Albus, mais Ombrage ne peut se douter de la moindre chose. »
Dumbledore resta de longues heures assis près d'une fenêtre en regardant la neige tomber à gros flocons dans la nuit. L'emprise d'Ombrage sur Poudlard rendait difficile la communication entre les membres de l'Ordre du Phœnix, mais Fumseck avait accepté de délivrer un message à Kingsley Shackelbolt au sujet des Mangemorts d'Azkaban.
Sa pensée revint vers Severus Snape. Malgré l'attitude impassible ou carrément hostile du Maître des Potions dès qu'il lui demandait de parler d'Emilie, il savait qu'il tenait beaucoup à sa fille. Peu de choses se déroulant au château échappaient à Albus Dumbledore et il connaissait toutes les petites attentions que Snape avait envers elle.
Dumbledore soupira et de demanda si un jour viendrait enfin où Severus Snape lui ferait entièrement confiance. Probablement pas, car le Maître des Potions avait été trahi trop de fois, trop jeune. Severus Snape acceptait sans sourciller de mettre sa vie en jeu pour tenter de racheter une grave faute commise près de vingt ans auparavant, mais il ne laisserait pas sa fille y être mêlée de près ou de loin, refusant de voir qu'elle était impliquée du seul fait de sa naissance.
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Snape avait convenu avec sa fille qu'elle retournerait en France pour Noël, mais reviendrait pour le nouvel an. Emilie avait donc écrit à sa grand-mère pour lui demander l'autorisation de procéder comme le souhaitait son père, qui avait de son côté envoyé une missive assez sèche mais parfaitement courtoise, indiquant qu'il amènerait lui-même Emilie et reviendrait la chercher en personne.
Le samedi précédent, Snape avait emmené Emilie comme prévu au Chemin de traverse pour acheter des vêtements plus adaptés aux rigueurs du climat écossais. Un instant embarrassée, Emilie avait avoué ne pas avoir assez d'argent quand son père lui avait demandé en fronçant les sourcils comme si elle venait de dire une rare bêtise, s'il était normal en France qu'une enfant achète ses vêtements sur son argent de poche. Voyant le rouge monter aux joues de sa fille, il avait conclu par un « c'est bien ce que je pensais » avant de lui prendre les mains et d'apparaître à proximité du Chaudron baveur.
La rue et les allées alentours étaient noires de monde, chacun courant à droite et à gauche afin de réaliser ses achats de Noël. Snape emmena directement Emilie chez madame Guipure pour lui faire faire une robe, afin qu'elle ait une tenue traditionnelle qui ne soit pas obligatoirement la robe noire réglementaire de Poudlard. Le magasin de la couturière avait eu le pouvoir d'égayer subitement l'élève qui n'avait fait que trainer les pieds à son arrivée dans la ruelle commerçante. Le choix de la couleur était toute une affaire… Un instant tentée par du bleu, ayant observé, tâté, re-regardé, re-touché les échantillons, Emilie avait fini par choisir une teinte pourpre qui seyait bien à sa pâleur et qui, selon Snape presque à bout de patience, changeait un peu du « bleu Serdaigle ». Emilie avait bien été tentée de faire une remarque sur le « noir enterrement » mais avait préféré ne rien dire. Tout autour, madame Guipure et ses aides prenaient les mesures et conseillaient les clients dans un désordre apparent qui cachait en réalité une organisation bien rodée. Snape avait guidé ensuite Emilie presque au pas de course vers un magasin qui proposait des tenues très proches de la mode moldue et où se fournissaient beaucoup d'adolescents. Prenant pitié de son père qui patientait d'un air excédé derrière un pilier près de la sortie et menaçait de faire fuir les clients, Emilie avait choisi en vitesse trois pulls puis essayé, à l'insistance de Snape qui refusait de la ramener à Poudlard avec son éternelle petite veste chinoise, un épais manteau bleu marine.
Le Maître des Potions, voyant le choix de sa fille, eut l'air encore plus sombre et finit par articuler :
« Je ne suis pas couturier, mais je ne vois pas la moindre différence avec le manteau de ton uniforme. Je suppose qu'un point essentiel m'échappe ? »
Emilie pinça les lèvres, le rouge aux joues, balbutia quelque chose au sujet de la couleur, de poches, de boutons, bref, s'enferra lamentablement tandis que Snape profitait de la faille :
« Puisque ce type de manteau te plaît, celui de Poudlard fera l'affaire, inutile d'en avoir deux identiques, n'est-ce pas ? »
Enfin, après avoir aussi acheté des bottes à une vitesse record, Snape avait retrouvé son pas rapide et entrainé Emilie à sa suite, en tenant fermement son bras afin qu'elle ne soit pas tentée de s'arrêter devant chaque vitrine, chez un apothicaire de l'Allée des Embrumes pour choisir quelques ingrédients qui lui manquaient au château.
La petite boutique de Slugs et Worms était remplie de bocaux en faïence du sol au plafond. Emilie avait examiné les rayonnages et détaillé avec curiosité le rayon des quelques potions déjà préparées tandis que son père menait sa transaction. Aussitôt, Snape avait repris son bras et ouvert la porte en lui glissant qu'aucune potion, même préparée par le meilleur apothicaire de Londres, ne pouvait prétendre égaler celle d'un maître. Slugs et Worms, lui expliqua-t-il, réalisaient un joli profit sur ces potions, de qualité correcte, parce que la plupart des gens étaient trop paresseux ou incapables de faire leurs propres préparations.
Snape allait déjà repartir comme s'il avait le diable à ses trousses, quand Emilie lui demanda s'il y avait des librairies d'occasion au Chemin de Traverse. C'était un genre de demande auquel il était susceptible d'accéder, même si ce fut avec un soupçon de mauvaise volonté. Tous deux étaient alors partis en direction de Gringotts à proximité desquels se trouvait The Inkpot, une petite librairie bien achalandée et aux tarifs raisonnables. Pendant que Snape se perdait lui aussi dans les rayonnages, Emilie était partie en quête de son lexique de Potions. Alessandro n'avait pas trouvé le livre au Pré-au-Lard et Emilie en avait assez de devoir copier de longues séries de mots en français et en anglais et de ne pouvoir vérifier rapidement une traduction. The Inkpot avait deux exemplaires, en relativement bon état, mais après avoir ouvert la page de garde et lu les prix (7 et 4 gallions pour un ouvrage un peu plus défraichi), elle avait dû s'avouer vaincue et avait reposé les livres avec un soupir.
« Que cherches-tu ? avait demandé Snape, arrivé près d'elle avec sa discrétion habituelle.
-Oh, rien, je regarde.
-Tu as trouvé quelque chose ?
-Non.
-Très bien, allons-y. »
Snape avait fait signe à Emilie de le précéder et s'était penché rapidement pour lire le titre des ouvrages qu'elle venait de reposer. Le dos brun des reliures portait en lettres dorées passées Potion's Ingredients, a Glossary by Melisseus, Grainedor and Greengrass.
Curieusement, Emilie avait dû renoncer à sa leçon de Potions ce soir là, ayant reçu des mains d'un première année, encore sous le choc d'avoir croisé Snape sur son chemin, un message laconique l'informant que son père ne pourrait pas la voir. Elle s'était demandée ce qui avait bien pu se passer, mais n'avait pas revu Snape au petit-déjeuner, ni au repas de midi le lendemain. Snape avait pourtant assuré son cours le lundi matin avec ses sarcasmes habituels, mais avait préféré rester assis derrière son bureau pendant que les élèves préparaient leur potion ce qui leur avait accordé un répit bien mérité. Snape n'avait donné aucune explication à son absence lorsqu'Emilie était venue le trouver mercredi soir pour sa leçon d'Occlumencie, et elle n'avait pas osé lui poser des questions.
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Deux jours avant le début des vacances scolaires, la Gazette du sorcier avait publié en première page la nouvelle de la fuite de nombreux Mangemorts d'Azkaban, dont plusieurs comptaient parmi les pires ayant jamais soutenu Voldemort. Ce jour là, tous les élèves allèrent en cours la peur au ventre, au fur et à mesure que le récit des principales atrocités commises avant leur capture faisait le tour du château. Ils exagéraient, tout de même, non ? Emilie ne savait trop que croire. Ann semblait posséder tout un répertoire d'histoires atroces qu'elle se plaisait à relater le soir, quand les filles se préparaient à aller dormir. Belinda lui rétorqua qu'on pouvait difficilement torturer quelqu'un après l'avoir avadakedavraïsé, mais la petite blonde se contenta de hausser les épaules en lui lançant un regard noir agrémenté d'un « fais ta maline, tu riras moins après », avant de raconter une autre histoire épouvantable, plausible, celle-là.
Beaucoup commençaient à éprouver de la haine envers Ombrage qui se comportait comme si rien n'avait eu lieu et continuait de leur faire apprendre par cœur des manuels inutiles. Certains avaient l'air plus déterminés et beaucoup sentaient que quelque chose était dans l'air. Chez les Serdaigles, plusieurs déjà avaient remarqué les absences de Cho Chang, ainsi que celles de Luna Lovegood. Si Luna n'aurait pas tellement attiré l'attention, chacun étant habitué à ses excentricités, en revanche, le changement qui s'opérait chez Cho Chang agita les esprits, mais personne ne sut ou ne révéla la véritable raison de son comportement bizarre. Les mauvaises langues n'y voyaient que les traces de ses tourments sentimentaux à l'égard de Potter. Il y avait aussi la meilleure amie de Lisa Turpin, cette fille dégourdie et appréciée par une bonne partie de sa maison, ce qui était rare. Marietta Edgecombe n'était pas, quant à elle, une personnalité bien affirmée, mais elle faisait partie d'une petite troupe joyeuse de cinquièmes années, toujours fourrés ensembles. C'était justement le fait que Marietta n'était plus là à tous les instants qui avait fini par alerter plusieurs de ses camarades. Les cinquièmes années s'interrogeaient et, un secret n'en restant jamais un bien longtemps dans un internat, ce fut bientôt tout Serdaigle qui se mit à observer cette fille d'un peu plus près.
Connaissant désormais le véritable rôle de Snape, Emilie tenta de deviner s'il y avait un espoir de capturer les évadés d'Azkaban mais le Maître des Potions avait l'air plus impénétrable que jamais et disparut à nouveau le lendemain sans que ses cours soient remplacés. Quelques élèves se réjouirent d'échapper aux Potions mais la plupart regardèrent Snape d'un air hostile lorsqu'il fit son apparition dans la grande salle au dîner. Il était clair que la loyauté de l'homme en noir envers Voldemort ne faisait aucun doute pour la majorité d'entre eux, enhardis par l'attitude insolente de Potter et Weasley.
Le dortoir semblait avoir été dévasté par une tornade. Ses quatre occupantes avaient commencé à faire leurs bagages pour rentrer chez elles pour les fêtes de fin d'année. La sélection des vêtements et objets à prendre avait eu pour résultat un encombrement complet des lits et du sol, le maigre espace restant étant occupé par les coffres grands ouverts dans lesquelles les jeunes filles entassaient plus ou moins rationnellement leurs affaires.
« Tu as vu mon shampooing ?
-Non. Mais si tu vois mes boucles d'oreilles, tu sais les anneaux bleus, dis-le moi », répliqua Belinda, sans même tourner la tête.
Ann, à bout de nerfs après avoir failli tomber en essayant de slalomer entre les piles, avait fini par se tenir carrément debout dans son coffre et entassait des vêtements tout autour de ses jambes maigrichonnes, attendant de dégager suffisamment d'espace pour pouvoir en sortir. Belinda avait commencé avec panache en envoyant tout et n'importe quoi directement dans son coffre, mais avait dû bientôt réviser sa stratégie en constatant que les choses rentraient bien plus difficilement que si tout avait été correctement plié. Lucrezia et Emilie, quant à elles, étaient très occupées à plier soigneusement leurs affaires et à calculer au millimètre et au gramme près l'organisation de leurs coffres.
Il régnait une fébrilité inhabituelle dans la tour de Serdaigle, très éloignée de l'ambiance studieuse coutumière. Tous ou presque étaient en train de plier bagage et d'échanger des adresses pour rester en contact pendant les vacances. Emilie n'avait pas de hibou, aussi ses trois camarades convinrent de lui envoyer d'abord une lettre et elle répondrait par retour du courrier. Alessandro avait aussi promis d'envoyer un mot d'Italie, entre deux révisions et deux repas. Apparemment, sa famille était assez importante et il irait chez les uns et les autres afin d'avoir des nouvelles et saluer tout le monde.
Pour la première fois, Emilie prendrait le Poudlard Express. Snape avait en effet exigé qu'elle parte avec les autres élèves, refusant qu'elle sillonne seule l'Angleterre et la France, littéralement abasourdi quand sa fille lui relata qu'elle était venue à Poudlard par ses propres moyens et fermement décidé à donner le fond de sa pensée à sa grand-mère. Snape la rejoindrait à Londres, puis ils iraient en France via Portoloin.
Emilie était très nerveuse à l'idée de revoir sa grand-mère et en imaginant la rencontre avec son père quand il viendrait la déposer à Paris. Elle avait tenté, coûte que coûte, de garder le ton qu'elle employait « avant » dans ses lettres, mais les réponses en provenance de France étaient si froides qu'elle avait l'impression de n'être qu'une hypocrite. Emilie espérait de tout cœur que les choses s'aplaniraient lorsqu'elle pourrait parler avec elle.
