Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 17
Snape parcourut silencieusement les couloirs menant à l'entrée du bureau de Dumbledore.
Malgré l'heure tardive et le danger d'être découverts par Rusard, il y avait encore des élèves qui prenaient le risque de rester en dehors de leurs quartiers après le couvre-feu. D'habitude, Snape utilisait ses insomnies chroniques pour patrouiller les corridors et traquer sans merci les fortes têtes et amoureux sans cervelle de Poudlard. La marche dans l'obscurité lui permettait de réfléchir à des problèmes liés à ses expérimentations ou aux multiples ramifications et possibilités engendrées par les manipulations du directeur ainsi que par ses propres mensonges.
Les sanctions infligées aux élèves assez stupides pour choisir des lieux publics pour se rencontrer étaient comme de petits bonus satisfaisant le côté sarcastique du Maître des Potions, sans pitié à l'égard des imbéciles. Après tout, qui aurait pu imaginer que Severus Snape puisse régulièrement relater les plus belles prises de ces soirées à Filius Flitwick autour d'un verre de Firewhisky, provoquant parfois le fou rire de son collègue qui, n'ayant pas la même discrétion, n'attrapait guère d'élèves en flagrant délit ? Le souvenir de la découverte de deux Poufsouffles en plein rut derrière une armure, observés par une Miss Teigne imperturbable et un Rusard si choqué qu'il en avait perdu la parole suffisait encore à provoquer un début d'hilarité chez la chauve-souris des cachots.
Ce soir cependant, il n'avait pas le temps de s'attarder et se hâtait après avoir reçu une convocation délivrée par un Fumseck un peu agacé de se voir transformé en pigeon voyageur, même pour une bonne cause.
« Le guérisseur Bernicus m'a transmis le dossier d'Arthur Weasley, Severus. »
Snape tendit la main, les yeux brillant d'intérêt et brûlant de savoir si Sainte-Mangouste avait enfin pu découvrir un moyen de guérir le blessé. Dumbledore lui donna le dossier avec une lueur inquiète dans ses pupilles bleues, espérant que le Maître des Potions pourrait trouver une solution là où les meilleurs guérisseurs échouaient encore.
Snape examina rapidement la couverture de gros parchemin, notant avec satisfaction qu'il s'agissait à l'évidence d'un double : si le Seigneur des Ténèbres avait un espion dans le service où était traité Weasley Sr., au moins ils ne seraient pas facilement trahis. Le dossier donnait une description complète des symptômes dont souffrait l'employé du Ministère, tous dus à un empoisonnement après la morsure par un serpent de race inconnue. Nagini.
Snape n'aimait pas les serpents et sa gêne menaçait régulièrement de se transformer en phobie quand le Seigneur des Ténèbres prenait un malin plaisir à envoyer la créature se promener parmi les Mangemorts en menaçant de lui en livrer un. Généralement, la victime envisagée se trouvait être Pettigrow, ce qui n'aurait pas déplu au Maître des Potions, mais il savait trop bien l'instabilité des humeurs du fou qui les commandait pour ne pas se méfier.
Snape parcourut le dossier et nota qu'Arthur Weasley était resté pendant plusieurs minutes inconscient et avait perdu beaucoup de sang pour une morsure de serpent. Si les bandages paraissaient avoir réussi à arrêter l'hémorragie sans complications, aucune des méthodes habituellement utilisées en cas de morsure de serpent venimeux n'avait fait effet. Le bézoard n'avait fait qu'enrayer la propagation de venin, mais n'avait en rien résolu la situation. D'après les diagnostics des guérisseurs qui s'étaient relayés à son chevet, le venin avait une capacité de résistance inédite aux antidotes connus et seul l'emploi répété de bézoards arrivait à maintenir l'homme en vie.
Snape releva la tête et déclara d'un air sombre :
« Il me faut un échantillon du venin, Albus. »
Le vieil homme assis devant lui sourit un peu et sortit une fiole d'une poche de sa robe rose pâle. Snape saisit le flacon en soupirant et en se retenant de lever les yeux au ciel. Même dans un cas aussi grave, Dumbledore ne semblait pas pouvoir s'empêcher de provoquer son irritation.
« Je vais tout de suite analyser cela et essayer de comprendre ce qui ne va pas dans les traitements qu'a subi Arthur jusqu'à présent. Dites à Bernicus que vous lui donnerez une réponse demain matin, Albus, mais je ne peux rien garantir », ajouta-t-il en voyant la lueur d'espoir qui illuminait le regard du vieil homme.
Quelques heures plus tard, épuisé, Severus Snape se laissa tomber brutalement sur un tabouret près de sa table couverte de fioles, chaudrons, ingrédients et parchemins en tous genres.
Le venin de serpent différait selon la race de l'animal, mais il existait des antidotes puissants qui pouvaient -devaient- fonctionner dans le cas de n'importe quelle morsure. Bien entendu, les guérisseurs de Sainte-Mangouste connaissaient leur travail et avaient tenté la plupart de ces antidotes. Dans un cas normal, chacun d'eux aurait dû faire l'affaire. Après avoir rapidement révisé ses connaissances sur les antidotes spécifiques, Snape avait dû admettre qu'aucun d'entre eux ne pourrait avoir plus d'effet que les antidotes génériques. Rien non plus dans ses connaissances en Magie noire ne pouvait l'aider : Nagini était un serpent, pas une créature issue de la Magie noire. Prenant sa tête dans ses mains, le Maître des Potions essaya de reprendre mentalement les principales données. D'après les analyses de Sainte-Mangouste, rien chez Arthur Weasley ne pourrait expliquer une quelconque réaction particulière au venin de serpent. La réponse se situait donc du côté de l'animal. Qu'avait Nagini de si spécifique ?
Snape se releva et commença à faire les cent pas, s'arrêta, puis partit chercher une robe et quitta ses quartiers pour parcourir les couloirs de Poudlard endormi. Après avoir hanté les galeries de l'aile ouest, le Maître des Potions reprit son cheminement en direction de l'aile sud puis obliqua vers le nord. Une fête organisée dans une salle de classe n'aurait pas réussi à briser sa concentration : le professeur finit par s'arrêter devant une fenêtre et s'adossa à l'un des ébrasements en regardant la Forêt interdite.
Il devait admettre qu'il ne savait pas grand-chose de ce serpent gigantesque que trainait partout avec lui le Seigneur des Ténèbres depuis son retour. Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il existait un lien plus profond que celui de maître à animal de compagnie quand on considérait le cas du Seigneur des Ténèbres et de Nagini. La créature semblait douée d'une intelligence presque… humaine et paraissait devancer la pensée de son maître. Le Seigneur des Ténèbres avait pris quant à lui un aspect reptilien repoussant. Snape avait bien entendu eu vent des récits colportés par Pettigrow, tout émoustillé d'avoir joué un rôle si important dans la résurrection corporelle de celui qu'il avait servi. Son absence lors du « retour » du Seigneur des Ténèbres cependant, avait privé le Maître des Potions de précieuses informations sur les modalités de la transformation, mais il savait qu'aucune potion (si tant est que l'un des Mangemorts ait possédé les connaissances requises) n'aurait pu produire ce résultat.
A sa connaissance, seuls le sang de licorne et le venin de serpent avaient permis au Seigneur des Ténèbres de « survivre » avant son ultime transformation. Le souvenir de Quirrrell et de ses forfaits provoqua le dégoût du Maître des Potions. Snape haussa un sourcil en réalisant l'incongruité de ce régime : sang de licorne et venin de serpent, y avait-il ingrédients plus antinomiques ? L'espion se redressa brutalement en fixant la masse sombre de la forêt et en repassant mentalement toutes les utilisations du sang de licorne et du venin de serpent dans la Magie noire. Parvenu à l'entrée de l'escalier menant aux cachots, Snape dévala les marches en courant et s'engouffra immédiatement dans son laboratoire à la recherche d'un ingrédient bien précis qui ne venait pas du fournisseur officiel de Poudlard.
« Il est de la plus haute importance que Bernicus ait l'air de faire plusieurs tentatives, Albus. »
Dumbledore acquiesça et sourit, mais Snape ne lui laissa pas le temps de prendre la parole et se pencha vers lui :
« Je ne garantis rien, Albus. Il est possible qu'Arthur soit sauvé, mais il est aussi possible que je me trompe et que nous n'ayons toujours pas de solution. »
Le vieil homme fixa un point sur le tapis d'un air las et hocha la tête :
« Je trouve ton hypothèse convaincante. Je dirai à Bernicus de faire plusieurs essais…
-Prions pour qu'il soit bon comédien ! Dites-lui de tenter l'essence d'Avriega, la Polletonite broyée et des plumes de Jobarbille. Evidemment, rien de cela ne marchera, mais cela ne détériorera pas l'état d'Arthur. Il faudra ensuite qu'il ait l'air d'avoir une illumination et qu'il aille chercher du sang de licorne, puis qu'il déclare qu'il va le combiner à l'essence d'Avriega. Voyant le directeur hocher la tête, Snape continua en tendant une fiole remplie d'un liquide visqueux argenté aux reflets bleus : il utilisera ce flacon. Si mon hypothèse est la bonne, nous aurons peut-être là l'antidote. Qu'il ne laisse surtout pas la fiole vide n'importe où ! La Magie noire laisse des résidus facilement identifiables pour ceux qui savent chercher, Albus », prévint le Maître des Potions.
Albus Dumbledore regarda attentivement l'homme en noir au visage marqué par de grands cernes noirs et aux traits tirés, ses cheveux raides pendant sans vie le long de ses joues blêmes. Parfois il avait honte en réalisant à quel point il avait pu exploiter sans état d'âme les compétences de cet homme en le confinant dans une école alors qu'il aurait pu devenir un chercheur reconnu. Le remord était un puissant moyen de pression et il avait utilisé sans vergogne cette faille pour faire de Severus Snape la pièce maîtresse dans son combat contre Voldemort. Le plus étonnant était qu'un homme aussi retord que le Maître des Potions ne se soit encore jamais rebellé.
« Je vais contacter Bernicus et prétendre avoir trouvé cet antidote. »
Snape hocha la tête et prit la parole :
« Aucun membre de la garde rapprochée du Seigneur des Ténèbres n'a la moindre compétence en Potions. Le vieux Nott se terre quelque part depuis son évasion et ne viendra pas fourrer son nez dans nos affaires. La « découverte » de Bernicus peut paraître plausible, mais il faut qu'il soit convaincant et ne laisse aucune preuve d'une quelconque utilisation de la Magie noire. Au moindre soupçon, mon rôle serait dévoilé. »
Dumbledore attendit que l'espion ait quitté son bureau pour lancer plusieurs incantations et s'assurer d'avoir une connexion fiable avec le Réseau de la poudre de cheminette. Bernicus répondit immédiatement et, à en juger par son expression fatiguée, avait dû attendre toute la nuit la réponse du chef de l'Ordre du Phœnix.
« Nous n'arrivons pas à arrêter l'hémorragie, Albus. Dès que nous retirons les bandages, la blessure se rouvre. Nous arrivons à peine à contenir le venin… »
Dumbledore expliqua alors au guérisseur l'hypothèse qui « lui » était venue à l'esprit, lui confia la fiole préparée par Snape et lui expliqua son rôle. La vie d'Arthur Weasley ne tenait désormais qu'à l'intuition du Maître des Potions et à sa connaissance de la Magie noire.
ooooo
Le quai était envahi par des hordes d'adolescents hurlant et courant dans tous les sens, accueillis par des parents non moins bruyants et gesticulants, attrapant les bagages et les cages contenant hiboux, chats et crapauds dont les cris ajoutaient au capharnaüm ambiant.
Debout dans l'ombre d'une arcade à l'avant du train, le plus isolé possible, Severus Snape tentait de localiser sa fille. Qu'est-ce qui prenait autant de temps à cette gamine ? Avec sa chance, elle était montée dans le dernier wagon et continuait de discuter avec ses amies sur le quai… Il aurait bien sûr pu apparaître avec Emilie directement à Londres mais il avait décidé sur un coup de tête de lui faire prendre le Poudlard Express qu'elle n'avait pas pu découvrir à son arrivée. Snape secoua la tête. Quelque chose n'allait pas : Severus Snape n'agissait jamais sur un coup de tête, il planifiait.
Snape soupira et continua de regarder le flot des élèves passer devant lui. Une grande fille à la carrure digne d'un gardien de but moldu était flanquée de parents au format aussi impressionnant, fendant la foule le nez en l'air : Milicent Bulstrode. Pas une lumière, elle faisait plutôt baisser le standing des Slytherins, tout comme les deux comparses de Malefoy, Crabbe et Goyle aux cervelles aussi épaisses que celles de leurs Mangemorts de parents. Un gamin surexcité assommait ses parents de paroles. Colin Crevey. Qu'avait-il fait de son appareil photo ? Crevey dépassa en courant l'avant du train et brandit son appareil pour prendre la locomotive de l'Express en photo, éblouissant les gens 10 mètres à la ronde grâce à un flash mal réglé. Bon, il ne l'avait pas oublié au château. Snape grimaça en clignant des yeux. Ah. La gloire de Poudlard, le Golden Trio. Enfin, le Golden Trio noyé au milieu d'une mer de tignasses rousses. Les Weasley presque au grand complet, avec en tête d'affiche les jumeaux infernaux. Snape devait bien reconnaître que dans leur genre, ils avaient du génie.
Deux adolescents tentaient avec une belle application d'avancer tout en se bécotant. Apparemment, les parents n'étaient pas en vue. Écœurant. Le jeune homme releva la tête : Strattford. Logiquement, la jeune fille devait être Lucrezia Blackwell si la chronique sentimentale de Poudlard était à jour. Snape prêta plus d'attention : normalement, sa fille devait se trouver dans les parages. Il finit par la localiser quelques mètres en arrière trainant derrière elle une espèce de valise moldue à roulettes décorée de rubans multicolores. Snape fixa la chose d'un regard incrédule, envisagea de renier l'adolescente sur le champ et sans préavis, puis avança d'un pas, sachant qu'Emilie devait le chercher et le verrait. Elle arriva, en effet, le regardant d'un air aussi étonné que lui.
Emilie avait pris l'Express comme la plupart des autres élèves et avait trouvé une place avec Ann, Lucrezia et Belinda, bientôt rejointes par Peter dans l'une des voitures de queue du train, avec deux premières années qui ne pipèrent mot, craignant sans doute qu'Emilie Snape ne soit aussi caustique que son illustre père. Ses camarades avaient raconté des tas d'anecdotes sur les précédents voyages tandis qu'Emilie essayait de graver dans sa mémoire les moindres détails du trajet. A l'arrivée, elle chercha des yeux Snape tout en avançant. Elle finit par le voir, presque à la sortie du quai, et crut que ses yeux allaient sortir de leurs orbites. Le Maître des Potions était toujours entièrement vêtu de noir, mais il portait des vêtements moldus. La vue de son père vêtu d'un jean, d'un col roulé et d'un épais manteau la laissa muette un instant.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Emilie mit un instant avant de réagir et comprit que Snape l'interrogeait sur sa valise :
« Une valise. En fait, c'est mon coffre, mais c'est plus facile à transporter comme ça. »
Snape fixa encore la valise comme s'il n'en avait encore jamais vu, sortit sa baguette et murmura un Reducto, déposant la valise miniature dans sa poche. Voyant que sa fille n'avançait pas, il leva un sourcil.
« C'est un jean, dit Emilie avec une pointe d'hésitation en désignant le pantalon de son père.
-En effet, ton sens de l'observation m'étonnera toujours. Je ne vis pas parmi les Moldus, mais je doute que les redingotes et les robes soient à la mode cet hiver. Pouvons-nous y aller ? soupira Snape.
-Oui. Comment fait-on ?
-J'ai un Portoloin. Nous allons arriver à Paris, près de votre Ministère de la Magie. Ensuite, nous apparaîtrons chez ta grand-mère. Pour cela, j'ai besoin que tu te concentres sur l'endroit où elle habite. Tu garderas l'image la plus précise possible dans ton esprit et je regarderai avec la Legilimencie. Je te promets que je ne regarderai rien d'autre », ajouta Snape sévèrement en voyant l'air alarmé d'Emilie.
Emilie avait décrété, un peu hâtivement sans doute, que les Portoloins étaient l'invention du diable, après avoir manqué de s'étaler de tout son long dans la rue, près d'un énorme bâtiment en briques et pierres de taille. Ce ne fut rien à côté de la pure horreur de l'apparition. Snape avait examiné attentivement l'image d'une modeste maison de briques bien tenue dans une banlieue parisienne tranquille que lui montrait la mémoire de sa fille, avant de prendre ses mains pour apparaître. Emilie n'avait pas eu le temps de s'y préparer et, outre le fait qu'elle avait encore atterri de façon plutôt disgracieuse, elle avait en plus une assez forte nausée contre laquelle elle lutta de longues secondes, regardant fixement en l'air et respirant le plus calmement possible sous l'œil amusé de Snape.
« Tu pourras vomir à chaque apparition, si ça te chante, quand tu auras ton brevet, mais je te serais reconnaissant d'éviter de le faire tout de suite. »
Et dire que j'ai un jour pensé que son humour sarcastique pouvait être drôle ! gémit intérieurement Emilie.
Après un instant d'hésitation et un court débat intérieur, elle appuya sur la sonnette plutôt que d'utiliser sa clef. La porte s'ouvrit sur une femme blonde d'une cinquantaine d'années tirée à quatre épingles, d'assez petite taille, tout sourire en voyant sa petite-fille mais prenant immédiatement une expression d'intense désapprobation en apercevant l'homme qui l'accompagnait, resté quelques pas en arrière.
« Bonjour, fit Emilie en tentant de briser le silence glacial qui était descendu sur eux.
-Bonjour Emilie, entre, s'il-te-plaît. »
L'invitation ne s'étendait visiblement pas à Snape qui fit pourtant un pas en avant, posa une main sur la porte pour éviter qu'on ne la lui claque au nez, et déclara dans un français impeccable mais à l'accent assez fort :
« Madame, je crois qu'aussi déplaisante soit ma visite nous avons besoin de parler quelques minutes. Préféreriez-vous que nous ayons cette conversation sur le trottoir ?
-Entrez, finit par répondre sèchement la grand-mère d'Emilie qui s'effaça pour lui indiquer de pénétrer dans un salon tapissé de papier peint clair.
-Je t'appellerai tout à l'heure » dit Snape à sa fille tandis que la porte se refermait, excluant de fait Emilie qui nota au passage qu'un Silencio avait été placé sur la pièce.
Allant et venant dans le couloir, Emilie tentait d'imaginer ce que son père et sa grand-mère pouvaient bien avoir à se dire. Elle avait la nette impression qu'aucun des deux ne le lui divulguerait. Sa grand-mère n'avait jamais tellement parlé à sa petite-fille de sa famille et les lettres échangées après sa reconnaissance, à l'exception de la première, n'avaient plus contenu aucune allusion à Snape. Quand à ce dernier, Emilie savait de première main qu'il était profondément mal à l'aise dès qu'il s'agissait de discuter de la moindre chose un peu personnelle. Emilie fila en face, dans la cuisine, incapable de rester tranquille et resta là, assise sur une chaise, en attendant un peu nerveusement de découvrir qui tuerait qui.
En réalité, la conversation avait été rapide et la porte s'ouvrit bientôt sur un Severus Snape à l'air plus vindicatif que jamais, suivi de près par sa grand-mère dont l'expression impénétrable aurait fait l'admiration d'un maître de l'Occlumencie. Emilie resta dans l'encadrement de la porte, regardant son père et sa grand-mère tour à tour.
« Je reviendrai te chercher le 26 dans la journée. »
Emilie hocha la tête.
« Au revoir. »
Snape inclina la tête et sortit. Bon, on avait déjà fait mieux comme salutations…
« Emilie, il y a un gâteau au chocolat dans le four, si tu veux. Vas poser tes affaires. Veux-tu un chocolat ou un jus d'orange ?
-Un jus d'orange, s'il-te-plaît. C'est quelqu'un de bien », ajouta après coup Emilie en regardant sa grand-mère droit dans les yeux.
Hélène Marlier eut un regard dur en direction de la porte d'entrée par laquelle venait de disparaître l'objet de son mécontentement, mais ne répondit rien.
Les choses prirent très vite un tour plus « normal » même si toutes les deux n'évoquèrent jamais Snape pendant ces quelques jours, créant ainsi l'atmosphère tendue un peu fatigante du proverbial « squelette dans le placard ».
Emilie était montée rapidement dans sa chambre pour déballer ses affaires et avait trouvé, comme toujours, toute une série de petits cadeaux disposés un peu partout dans la pièce. C'était une habitude de sa grand-mère qui aimait aussi cacher de petits présents dans son coffre en les ajoutant in extremis quand Emilie avait le dos tourné. Cette découverte qu'elle prit comme un signe indubitable de réconciliation l'avait immédiatement rassurée, en lui montrant que la colère de sa grand-mère envers elle avait été de courte durée. Il y avait surtout des livres, mais aussi plusieurs 45 tours de groupes dont Hélène Marlier savait qu'ils faisaient partie des préférés d'Emilie. Depuis qu'elle était enfant, Emilie avait une passion pour la musique et pouvait en écouter pendant des heures, poussant le vice jusqu'à passer en boucle un passage particulier, ce qui avait eu le don de rendre folle sa grand-mère avant qu'elle n'ait la bonne idée de lui offrir un casque. Pour les livres, les choses étaient devenues plus complexes quand elle avait grandi car elle aimait lire dans la langue originale lorsqu'elle le pouvait et sa grand-mère qui ne connaissait que le français ne pouvait guère trouver quelque chose qui lui convienne. Cependant, elle trouvait souvent des livres susceptibles de lui plaire, tournant surtout autour de l'histoire, des contes et légendes et de la mythologie. Pour Noël, Emilie avait envoyé une petite liste, mais s'agissant surtout de livres de magie, elles avaient décidé qu'elles iraient ensemble dans l'Allée des Merveilles, l'équivalent parisien du Chemin de Traverse.
Emilie avait vite reçu des lettres de ses trois voisines de dortoir auxquelles elle avait répondu rapidement, profitant de la présence d'un hibou. Alessandro lui envoya une longue missive la veille de Noël, lui relatant son retour en Italie et lui donnant un compte-rendu détaillé de ses promenades et des films qu'il était allé voir, bien décidé à rattraper le temps perdu. Emilie commença une longue réponse et décida de l'envoyer depuis le bureau de poste de l'Allée des Merveilles, le 24 au soir.
Le reste du temps se passait à regarder le soir des films enregistrés à la télévision par sa grand-mère, à lire, à se saouler littéralement de musique et à réviser de temps en temps, une activité qu'elle aurait bien volontiers laissée de côté mais qu'elle reprit après un message assez direct de son père.
Snape lui avait en effet indiqué qu'il prendrait de ses nouvelles : il avait été très clair, en exigeant qu'Emilie écrive en retour immédiatement, peu importait l'heure ou la longueur du message. N'importe qui se serait douté que le Maître des Potions n'avait rien d'une pipelette et qu'il avait un but précis en tête. Après deux messages dans lesquels Emilie se contenta d'écrire que tout allait bien, elle en reçut en retour une question : Y-a-t-il des plantes intéressantes dans le jardin de votre maison ? « plantes », pas « fleurs ». Emilie vit toute de suite la différence sémantique et gémit. Est-ce une façon Slyterin de suggérer que je travaille ma Botanique ? Snape avait dû apprécier l'humour : Je constate que l'intelligence Serdaigle a encore une fois fait mouche. Emilie avait donc sorti son manuel de Botanique du fond de son coffre avec l'enthousiasme d'un condamné aux travaux forcés.
Le 24 et le 25 décembre passèrent à toute vitesse, après les courses frénétiques dans les nombreuses boutiques décorées de couleurs vives de l'Allée des Merveilles, puis chez les commerçants moldus pour le repas de Noël. Emilie trouva deux livres en anglais pour Alessandro mais était à court d'idées pour ses autres camarades et surtout pour Snape. Elle s'était bien un peu demandé s'il fallait vraiment qu'elle fasse un effort, mais avait été vite rattrapée par les convenances. La tradition voulait qu'on offre des cadeaux à sa famille, alors… Est-ce qu'il ferait quelque chose, lui ? Pas sûr. Non, sûrement pas. Elle finit par se rabattre sur des chocolats qu'elle alla choisir dans une petite boutique près de l'église de la Trinité. Elle prit un assortiment de chocolats noirs pour son père, et y ajouta sur un coup de tête un choix de pâtes de fruits, la spécialité de la maison. Après tout, s'il n'aimait pas, elle se chargerait de les manger… Pour sa grand-mère elle avait déjà un beau foulard en soie, trouvé chez madame Guipure entre deux essayages, dont on pouvait changer la couleur autant de fois qu'on le souhaitait. Avec l'aide de Flitwick, Emilie avait adapté le sortilège afin qu'il puisse fonctionner pour une Moldue.
Note de l'auteur : Voici un chapitre posté plus tôt que prévu car je n'aurai pas accès à internet pendant quelques jours. Je vous souhaite à tous d'excellentes fêtes, un trrrrrèèèèès joyeux Noël avec pleeeeiiins de cadeaux, des tas de bonnes choses à manger, en bonne compagnie.
A la semaine prochaine !
