Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 18
« Lucius vient de me faire un récit surprenant, Severus.
-Oui, Seigneur ?
-Son fils, Drago, aurait remarqué la présence de Potter dans les cachots à plusieurs reprises. »
Snape resta immobile, un genou à terre, et prit la peine de vérifier que le bouclier protégeant son esprit était parfaitement en place, choisissant avec soin les souvenirs à présenter à la créature devant laquelle il était contraint de se trainer.
« En effet, Seigneur. »
Voldemort se pencha et siffla dangereusement :
« Pourquoi, Severus ?
-Dumbledore pense que Potter a besoin de… contrôler ses émotions. Il m'a ordonné de lui enseigner l'Occlumencie…
-Et pourquoi as-tu négligé de mentionner cela, Severus ? interrompit Voldemort. Pourquoi dois-je attendre que d'autres, plus dévoués que toi, viennent me prévenir ? »
Snape sentit immédiatement Voldemort forcer son chemin dans son esprit. Il ne tenta pas de résister mais montra au contraire, en prenant soin de les dissimuler parmi des choses tout à fait anodines, un fragment de conversation avec Dumbledore où son hostilité envers Potter était évidente et plusieurs extraits de cours d'Occlumencie avec un Potter échouant tentative après tentative.
« Potter n'a aucune disposition pour l'Occlumencie, Seigneur. Il est faible, déclara l'espion avec un mépris non feint. Chaque « leçon » est un échec de plus pour Potter qui perd de plus en plus la maîtrise de ses émotions, mais Dumbledore croit qu'il apprend quelque chose.
-Je n'aime pas que l'on me cache des choses aussi importantes, Severus. Endoloris ! »
Snape se tordit de douleur mais ne cria pas, les muscles crispés puis comme étirés par une force invisible. Au bout de quelques secondes, Voldemort arrêta le sortilège.
« J'attends de toi des rapports complets, Severus. Tes efforts se sont relâchés ces derniers temps. Je veux savoir exactement tout ce que fait Potter et ce que trame le vieux fou. Est-ce compris, Severus ?
-Oui, Seigneur.
-Que sais-tu des activités de l'Ordre du Phœnix, Severus ?
-Il y a de nombreuses dissensions, Seigneur. Black est hors jeu car il est toujours sous mandat d'arrêt. Lupin s'affaiblit…
-Il ne reçoit plus de potion Tue-loup ? demanda Voldemort avec une joie mauvaise.
-Si, Seigneur, mais la Potion que je réalise depuis plusieurs mois est plus faible et neutralise moins les effets de la pleine lune, mentit Snape, les yeux baissés.
-Bien, Severus, approuva Voldemort : retourne à Poudlard. Veille à m'avertir immédiatement de tout changement important concernant Potter : je serai moins clément la prochaine fois.
-Oui, Seigneur. »
Snape attendit qu'un geste de Voldemort lui permette de se relever et sortit avec une lenteur délibérée, se forçant à se tenir droit en mettant la douleur dans un coin de son esprit, fixant chacun des Mangemorts présents sans ciller : il était imprudent de montrer la moindre faiblesse. Il entendit un ricanement sinistre et haut perché : Bellatrix Lestrange. Folle à lier mais dangereuse, car ne craignant rien. Pour une raison qui lui avait toujours échappée, elle paraissait amuser leur maître. Sur sa gauche, Lucius Malefoy le toisait avec sa morgue habituelle.
« Approche, Lucius. »
Snape prit son temps, espérant entendre la conversation de Voldemort et Malefoy.
« J'ai une mission de la plus haute importance à te confier, Lucius… »
Les portes se refermèrent, laissant Snape seul avec Queudver qui lui sourit d'un air malveillant, ayant visiblement apprécié la punition infligée par Voldemort au Maître des Potions. Snape laissa une expression de dégoût filtrer dans son visage auparavant inexpressif et apparut devant les grilles de Poudlard.
ooooo
« Il faudrait renforcer la surveillance du Ministère, Albus.
-Oui, j'ai déjà prévenu Kingsley et Maugrey. Y-a-t-il un moyen de connaître les intentions de Tom, Severus ? »
Snape soupira et agrippa les bras de la chaise. Les effets secondaires de l'Endoloris commençaient à se faire sentir. Il avait été chanceux cette fois, toutefois, car l'Impardonnable n'avait pas été employé à sa pleine puissance.
« Pas pour l'instant. Lucius a réussi à coordonner l'expédition d'Azkaban et jouit pour l'heure de la faveur du Seigneur des Ténèbres. Bellatrix me hait. Tant que Lucius ne commet pas d'erreur et qu'il maintient son alliance avec Bellatrix, je n'aurais pas accès aux informations les plus significatives. Il doit y avoir quelque chose de la plus haute importance pour que le Seigneur des Ténèbres prenne le risque d'entrer au Ministère…
-Il ne veut pas y rentrer, pas maintenant Severus, corrigea doucement Dumbledore : cela ne lui serait d'aucune utilité. »
Il s'approcha, les coudes appuyés sur le bureau. Malgré lui, l'espion se pencha en avant comme pour recueillir une ultime confidence.
« Il ne peut obtenir seul ce qu'il cherche. Une prophétie, une fois enregistrée, ne peut être entendue que par la personne qu'elle concerne. »
Snape agrippait de nouveau les accoudoirs de la chaise de toutes ses forces, mais ce n'était pas dû aux effets de l'Endoloris. La culpabilité était toujours aussi vive, plus de quinze ans après.
« Pourquoi voudrait-il à nouveau l'entendre ? Il connaît…
-Il n'en connaît que la première partie, Severus. Tu avais été découvert avant que Sybille n'en formule la conclusion. »
Albus Dumbledore fut soudain inquiet en voyant le teint pâle de son interlocuteur prendre progressivement une nuance cireuse. De toute évidence déstabilisé, l'homme en noir en continuait pas moins de poursuivre les implications logiques de cette révélation.
« Alors il est en train de se servir du lien qu'il possède avec Potter pour le leurrer et le conduire à la prophétie, commença-t-il sur un murmure.
-En effet, confirma Dumbledore qui enchaîna d'une voix tranchante : il faut qu'Harry progresse en Occlumencie. »
Snape fixa Dumbledore d'un regard noir.
« Il ne fait aucun effort ! Il est fainéant, arrogant, irrespectueux…
-Sans l'Occlumencie Harry présente un danger pour notre cause, Severus !
-Je le sais ! cracha le professeur : comment croyez-vous que le Seigneur des Ténèbres a eu vent de ces leçons, Albus ? Drago a sans doute prévenu son père de la présence de Potter dans les cachots, mais il n'avait aucun moyen de savoir ce qu'il venait y faire. Le Seigneur des Ténèbres un point d'ancrage dans l'esprit de Potter. Comment ? Je ne sais pas… Snape soupira : nous perdons notre temps, Albus, il n'a fait aucun progrès.
-Peut-être devrais-tu montrer un peu plus de compréhension, Severus…
-Potter me hait et sa haine irraisonnée l'empêche de voir la logique de ces leçons ! Chaque échec est pour lui l'occasion de me défier, contra le Maître des Potions.
-Harry doit maîtriser l'Occlumencie. Si ces leçons ne suffisent pas, doubles-les : Emilie révisera seule, le samedi soir suffit pour ses cours de Potions avancées. »
Snape se leva et serra les poings, se maîtrisant avec difficulté, et ajouta la voix durcie par la colère :
« Bonne nuit, Albus. »
Le vieil homme fixa un long moment la porte par laquelle l'homme en noir était parti dans un bruissement de tissu, son long manteau flottant derrière ses épaules. Il avait cru que l'apparition d'Emilie Snape dans sa toile n'aurait été qu'un élément perturbateur passager. Toute évidence, il s'était trompé. Mécontent, il réfléchit aux différentes solutions qui pouvaient se présenter à lui, mais se résolut finalement à ne pas froisser le Maître des Potions. Sans l'espion, en effet, ses plans tomberaient à l'eau.
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Les deux silhouettes avançaient d'un bon pas sur le chemin menant au château, l'une grande et entièrement vêtue de noir, un long manteau flottant au vent, l'autre plus petite et portant des vêtements moldus. La journée n'était pas tellement avancée, mais la lumière commençait déjà à décliner.
Snape s'était présenté une heure plus tôt chez la grand-mère d'Emilie et avait été surpris par l'arrivée soudaine de sa fille lui décochant son plus beau sourire et le saluant en français avant de s'avancer vers lui et de presque lui passer les bras autour du cou. Snape avait été complètement pris de court : jamais personne ne s'était avancé vers lui avec autant de joie ni ne lui avait manifesté autant de chaleur. Crispé, il lui avait fallu un moment avant de pouvoir réagir et de se décider à avancer vers Emilie, conscient du regard malveillant que lui adressait la grand-mère de sa fille. Son hésitation ne lui avait pas échappé.
Les échanges avec madame Marlier avaient été réduits au minimum, la femme n'ayant que de la réprobation dans le regard et daignant à peine adresser la parole au père de sa petite-fille. Hélène Marlier n'était pas très grande et n'avait de toute évidence pas l'intention de faire un effort en levant la tête pour regarder Snape dans les yeux. Elle se contentait de fixer un point droit devant elle et le Maître des Potions avait eu la désagréable impression d'être traité comme un domestique. Malgré ses efforts pour paraître gaie, Snape vit qu'Emilie avait été peinée de son attitude. Snape était déconcerté par la jeune fille qui paraissait l'accepter sans difficultés et lire ses humeurs avec une facilité déconcertante. S'il était tout à fait honnête avec lui-même, il devrait reconnaître qui était heureux des liens qui existaient entre eux et de la confiance qu'elle lui manifestait, mais était aussi terrorisé à l'idée qu'elle puisse un jour se détourner de lui. Il ne la comprenait absolument pas car quand il essayait de savoir ce qui avait pu motiver cette acceptation il se heurtait sans cesse au fait que lui, dans des conditions similaires, n'aurait pu abandonner la méfiance avec laquelle il semblait être né. Amer, Snape se répétait sans cesse qu'elle finirait par ouvrir les yeux et qu'il valait mieux garder ses distances pour éviter d'être blessé. Une petite partie de lui-même cependant ne pouvait s'empêcher de se réjouir à chaque fois qu'Emilie lui témoignait un peu d'affection.
Il avait profité de la veille pour considérer avec attention l'emploi du temps d'Emilie et ses résultats. Dans l'ensemble, ils étaient satisfaisants, voire excellents dans les matières qu'elle appréciait. La question de la Défense contre les Forces du mal était un vrai défi car Snape savait qu'elle n'avait pas eu de cours très poussés en France et le sabotage orchestré par Ombrage faisait que sa fille était très en retard par rapport aux autres élèves, non seulement sur le programme qui aurait dû être suivi, mais surtout face aux dangers que posait le retour du Seigneur des Ténèbres. Snape commença à esquisser un plan d'apprentissage avant tout basé sur la pratique. Pour les autres matières, il décida d'agir au cas par cas selon les difficultés rencontrées et surtout de la forcer à travailler plus que jamais sa Botanique. Malgré quelques efforts, elle n'avait que des notes moyennes et des connaissances lacunaires qui se révéleraient bientôt insuffisantes pour continuer ses progrès en Potions. Snape savait qu'il allait devoir jouer serrer pour obtenir d'elle les efforts nécessaires car, après son sursaut en début d'année scolaire, elle s'était manifestement contentée de faire le strict minimum.
Arrivés dans les appartements du Maître des Potions, Emilie se laissa tomber sur le divan tandis qu'il demandait de quoi manger à un Elfe.
« Tout s'est-il bien passé ?
-Oui ! Et le jardin va bien, merci ! » ajouta avec un air goguenard Emilie.
Snape ne put retenir l'amorce d'un rire. Décidément, la Botanique était un sujet sensible…
Emilie fit semblant de prendre une mine coléreuse tout en observant son père discrètement. Ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait rire et elle-même avait plusieurs fois dû lutter pour ne pas éclater de rire à certaines de ses remarques que ce soit en privé ou en classe. Elle ne s'était pas trompée à son arrivée quand elle avait soutenu à Alessandro que Snape avait un véritable sens de l'humour. Évidemment, il était plus difficile de s'en apercevoir quand on était la personne visée par ses observations. Il avait l'air plus fatigué qu'avant les vacances et Emilie se demanda soudain ce qu'il faisait lorsque les cours s'arrêtaient et qu'il n'avait plus de copies à corriger.
« Etant donné que la tour de Serdaigle est quasi déserte, Albus Dumbledore a suggéré que tu t'installes ici, si tu le souhaites, bien sûr. Il y a une chambre et un cabinet de toilette qui ont été ajoutés pour toi. »
Snape désigna une porte apparue sur le côté droit du salon. Emilie se leva en hésitant.
« Tu peux y aller. Les Elfes ont apporté des paquets laissés à ton intention par tes amis. »
Emilie fila, à la fois curieuse de voir la pièce et impatiente d'ouvrir ses cadeaux de Noël. Ne sachant pas si elles pouvaient envoyer des paquets en France à leur amie, Belinda, Ann et Lucrezia avaient dit qu'elles laisseraient les cadeaux à Poudlard et Emilie devrait déposer les leurs sur leurs lits dans la tour de Serdaigle.
La toute petite chambre ajoutée aux appartements de Snape était tendue de tapisseries crème (pas de vert Slytherin, ni de bleu Serdaigle, songea-t-elle) et comportait une armoire et un lit un peu plus petit que celui de son dortoir. On aurait dit une maison de poupée. Un tapis bordeaux couvrait le sol (à la suite de quel chantage Snape avait-il pu accepter ce rouge Gryffondor ? s'amusa Emilie). La jeune fille remit l'examen de la salle de bain à plus tard, préférant se jeter sur les paquets posés sur le lit emballés de papiers multicolores, certains avec des motifs d'étoiles filantes et un comportant même des petites sorcières miniatures parcourant la surface du papier sur leur balai. Ses voisines de dortoir avaient délibérément donné dans la frivolité avec du maquillage (« Ann pensait t'offrir un abonnement à Sorcière hebdo, mais je lui ai dit qu'il valait mieux aller à l'essentiel » écrivait Lucrezia), une belle écharpe rose pâle en coton épais très doux et un mug, deux tasses et une petite théière dont le point commun était un décor de chauve-souris qui faillit faire s'étouffer de rire Emilie. Une boîte assez lourde contenait deux livres envoyés par Alessandro, de la science-fiction et un livre policier que le jeune homme avait sciemment laissés dans leur carton de commande (« un peu de réalité moldue dans ce monde de sorciers » avait-il écrit, parodiant une publicité de chocolats).
Un dernier paquet rectangulaire assez lourd, enveloppé de papier bleu nuit, ne comportait pas de carte. En l'ouvrant, Emilie y découvrit un exemplaire flambant neuf du lexique de Potions de Melisseus, Grainedor et Greengrass.
« J'en possède un exemplaire dans ma bibliothèque, mais j'ai pensé que tu aurais besoin d'en avoir un toujours à portée de la main quand tu seras de retour à la tour de Serdaigle. »
Snape se tenait nonchalamment appuyé contre le chambranle de la porte d'où il avait pu observer le grand déballage. La réaction de sa fille le prit de court encore une fois et il sentit sa gorge se serrer en voyant le sourire presque digne du chat d'Alice au pays des merveilles qui illumina son visage. Emilie sortit en courant de la pièce, le livre serré contre elle, pour se jeter sur son coffre resté dans un coin de la pièce principale et en exhumer triomphalement deux paquets qu'elle tendit à son père.
« Merci ! Joyeux Noël ! »
Snape regarda les paquets, la gorge sèche, stupéfait qu'elle ait fait l'effort de lui offrir quelque chose.
« Ça ne mord pas. En revanche, il y a une date de péremption. »
ooooo
Si Emilie avait cru qu'elle passerait les vacances à se reposer ou à s'amuser, elle découvrit qu'elle s'était très lourdement trompée. Les cours s'étaient interrompus, mais personne n'avait dû prévenir Snape qui lui tendit un emploi du temps annoté de rouge pour le second semestre dès le lendemain de son retour. Chaque annotation concernait des révisions à faire, constata Emilie, ahurie. Le samedi soir comportait toujours les leçons de Potions avancées et le mercredi portait « révision » sans plus de précision mais Emilie savait que la soirée serait employée aux leçons d'Occlumencie.
La grande nouveauté concernait, enfer et damnation !, le dimanche où Snape avait apparemment décrété qu'elle passerait une partie de son après-midi dans les cachots. En voyant la mine contrariée de sa fille, Snape lui indiqua qu'il avait l'intention qu'elle travaille d'arrache-pied la Défense contre les Forces du mal. Ces cours devraient bien entendu rester strictement entre eux, mais Emilie n'avait pas à s'inquiéter car si elle avait besoin de prendre l'air ils pourraient aller près de la Forêt interdite où poussaient des « plantes » particulièrement intéressantes. Emilie étouffa alors un gémissement.
Pour les quelques jours où Emilie resterait dans les cachots en attendant la reprise des cours, Snape avait là aussi tout prévu et commença par lui tendre trois livres qu'elle devrait commencer à étudier.
L'un, Emilie remarqua qu'il était au-dessus de la pile, était un manuel de Potions à usage médicinal pour des bobos de la vie de tous les jours. Étant donné qu'elle était en avance, Snape ne voyait pas d'inconvénient à ce qu'elle se familiarise avec des sujets plus spécialisés. Un livre à la couverture de cuir brun paraissait plus ancien. Il s'agissait d'un manuel de sortilèges destinés à l'attaque ou à la défense. En feuilletant l'ouvrage, Emilie remarqua qu'une bonne partie des sorts pouvait être classée dans la catégorie un peu floue de ce qu'elle nommait des sortilèges « gris », mais que beaucoup n'hésiteraient sans doute pas à les définir comme de la Magie noire. Elle savait que Snape avait la réputation d'en être un adepte : il avait après tout admis devant elle avoir été fasciné dans sa jeunesse par cette branche de la magie, et elle se demanda en feuilletant l'ouvrage s'il existait encore à ses yeux une véritable frontière entre Magie noire et Magie « blanche ».
Le dernier livre était un manuel de Botanique, plus complet que celui qu'utilisait Pomona Chourave. Là, Emilie ne prit pas la peine de masquer sa colère et regarda son père d'un œil noir :
« Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.
-Tst, tst, attention à votre ton, jeune fille, fit Snape d'un air satisfait avant d'ajouter, les sourcils froncés : sans Botanique, pas de Potions, Emilie. Capitule car tu n'y échapperas pas ».
Emilie soupira en ronchonnant :
« Ça ne veut pas dire que cela doit me faire plaisir ! »
Les leçons de Défense contre les Forces du mal commencèrent sur le champ. Snape ne prit même pas la peine de s'enquérir de ce qu'elle savait ou pas, mais lui expliqua la manière dont il voulait qu'elle travaille.
Elle devait utiliser son nouveau manuel en étudiant, pour chaque sortilège d'attaque, la ou les parades possibles. Snape avait déjà annoté le livre en soulignant tous les sorts d'attaque qu'elle devait connaître et savoir jeter. Pour les autres, dont Snape reconnut sans hésitation qu'ils touchaient de très près à la Magie noire, Emilie devrait connaître leur nom, savoir les identifier, et apprendre leurs effets. Tous les sortilèges de défense devaient être sus, mais Snape lui demanda de faire attention aux effets secondaires de certains d'entre eux. Elle travaillerait d'abord seule en lisant et apprenant la « théorie », tandis qu'ils pratiqueraient ensemble les mouvements de baguette et commenceraient à s'entrainer à jeter et contrer les sortilèges.
Parallèlement, Snape décida d'accélérer les cours d'Occlumencie, profitant du fait qu'Emilie était dans les cachots pour plusieurs jours. Elle maîtrisait mieux les techniques de base qui consistaient à garder son esprit et le vider, ainsi qu'à projeter une ou deux images ou des souvenirs choisis, visibles pour un Legilimens. En revanche, elle devait encore améliorer la dissimulation de ses souvenirs ou de ses émotions car elle avait tendance à bloquer tout, plutôt que de laisser apercevoir seulement quelques éléments significatifs ou au contraire délibérément mensongers. Elle utilisait cependant encore beaucoup trop l'Occlumencie au goût de Snape que cela préoccupait et qui essayait de lui faire abandonner cette solution trop dangereuse, tout en reconnaissant qu'il ne pourrait sans doute pas lui faire cesser en un instant une habitude prise des années auparavant.
Au cours des quelques jours passés dans les cachots, tous deux réalisèrent progressivement qu'ils commençaient à mieux se connaître et laissèrent petit à petit poindre leurs véritables émotions.
Snape avait découvert que sa fille s'amusait régulièrement des réflexions sarcastiques et un peu méchantes qui lui étaient devenues une seconde nature et prit plaisir à provoquer son rire étouffé en multipliant les plaisanteries plus ou moins mordantes, attendant le moment où elle finirait par craquer et éclater de rire, un peu confuse. Il va sans dire que son plaisir à lui était de garder un visage impassible, en se délectant de l'air confus qu'elle avait en imaginant qu'il désapprouvait son hilarité. De même, la taquiner au sujet de son aversion pour la Botanique, en lui demandant de réciter impromptu, les yeux fulminant de colère, les propriétés du Filet du diable avant de la laisser avaler une pâte de fruit par exemple, ne manquait pas de lui procurer un véritable amusement. Décidément, on pouvait vraiment tout obtenir de cette gamine par un subtil chantage aux Potions, aux sucreries ou au chocolat…
De son côté, Emilie s'était enhardie et avait fini par répliquer au chantage par la provocation, en utilisant le mug aux chauves-souris offert par Ann. Le visage figé de son père avait rencontré son regard faussement innocent, puis avait pris une expression calculatrice qui ne laissait rien présager de bon. De fait, Emilie dut analyser ensuite avec la plus grande précision la croissance des Botobulbs et de la Tentacula vénéneuse (et récolta un devoir écrit avec schémas en plus, pour sa peine), mais elle mit un point d'honneur à laisser le mug en évidence sur la table du salon.
Snape et Emilie prenaient généralement leur déjeuner dans la grande salle, autour de la table ronde installée pour les professeurs et les quelques élèves restés au château mais restaient dans les cachots pour le dîner.
Le 31 décembre et le 1er janvier furent employés à la réalisation de potions dans le laboratoire privé de Snape. Emilie, reléguée au rôle d'assistant, en profita pour observer le plus attentivement possible son père en train de travailler. Les cours le montraient rarement à l'œuvre, lorsqu'il saisissait parfois avec impatience une louche ou un couteau pour rectifier l'erreur d'un élève, mais ces deux jours mirent en évidence l'impeccable technique et la dextérité d'un véritable Maître des Potions. Emilie se demanda in petto si Snape n'avait pas eu un jour le rêve de se consacrer à la recherche et de ne travailler qu'à son compte, avant d'être pris dans l'engrenage de ses fautes, de leurs conséquences et de leur rachat, confiné à Poudlard. Snape n'avait jamais parlé de sa carrière à sa fille, mais il suffisait de l'observer un quart d'heure en cours pour constater à quel point il détestait enseigner aux adolescents et qu'il n'avait certainement pas dû choisir cette carrière de son plein gré.
Lors de leurs travaux, Emilie se contentait d'apporter ustensiles et ingrédients, mais son père en profitait pour vérifier ses connaissances sur telle ou telle potion et ses composants, satisfait de voir qu'elle semblait assimiler correctement les notions abordées lors des cours avancés du samedi soir.
Le laboratoire était bien plus petit que la salle de classe des Potions, mais comportait quatre paillasses carrelées d'une propreté irréprochable. Les murs étaient couverts d'étagères sur lesquelles s'entassaient chaudrons, balances, couteaux, spatules, cuillers et louches de toutes tailles et divers matériaux, tandis que près d'un bureau, au fond, étaient rangés des ouvrages de base aux couvertures défraichies et à la reliure usée. Une petite porte donnait sur un petit magasin d'ingrédients, réservé à l'usage exclusif de Snape et tenu avec la plus grande rigueur. Le Maître des Potions fournissait toutes les potions et pommades destinées à l'infirmerie et mettait souvent à profit ses congés pour réapprovisionner les armoires inventoriées régulièrement par madame Pomfresh.
Dans cette relative quiétude, la brusque inspiration de Snape posant brutalement sa tasse de thé sur son bureau et se levant soudain pour mettre les potions en cours sous Preservatio prit Emilie de court, qui le regarda, sans comprendre, serrer son avant-bras gauche dans sa main droite.
« Ne touche à rien. Si je ne suis pas de retour pour le dîner, demande à un Elfe de t'apporter à manger. Ne vas surtout pas seule dans la grande salle, cela provoquerait des questions inopportunes. Ne m'attends pas », lança froidement le Maître des Potions.
Emilie n'avait pas répondu, fixant le paquet d'étoffe noir qu'il tenait à la main en revenant de sa chambre. Elle ne bougea pas non plus en entendant la porte se refermer, mais sentit soudain son sang se glacer dans ses veines en réalisant ce qui venait sans doute se passer. Elle savait que les Mangemorts étaient régulièrement convoqués par Voldemort et qu'ils avaient une marque sur l'avant-bras leur permettant d'apparaître directement, mais imaginer son propre père porter lui aussi cette marque infamante devint soudain intolérable et elle courut s'enfermer dans sa chambre, restant assise de longues heures sur son lit avec un livre dont elle ne lut pas une seule ligne. Emilie était encore éveillée lorsque Snape rentra après avoir conféré longuement avec Dumbledore. Aucun n'eut le courage d'aller trouver l'autre.
Note de l'auteur : Toutes mes excuses pour ceux qui ont lu le chapitre cette nuit. J'avais fait une énorme boulette que le commentaire judicieux de LaSilvana m'a permis de corriger in-extremis. C'est la meilleure preuve de l'importance de ces commentaires, non ? J'ai donc modifié un peu une partie du chapitre (la deuxième scène). Toutes mes excuses donc pour cette erreur et un énorme merci à LaSilvana.
J'en profite pour vous souhaiter de très bonnes fêtes de fin d'année, pleines de bulles. A l'année prochaine !
