Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 23

Malgré le départ de Dumbledore et la fronde contre Ombrage, les choses se déroulaient encore avec une effrayante normalité : les élèves continuaient d'aller en cours, de faire leurs devoirs, d'aller aux matchs de Quidditch. Ceux de cinquième et septième année préparaient frénétiquement leurs examens, quelques uns passant parfois un ou deux jours à l'infirmerie en cas de surmenage ou de crise nerveuse.

Peu après les vacances de Pâques, les élèves de cinquième année durent prendre rendez-vous avec leur chef de maison afin de déterminer leur future orientation. La plupart n'avaient aucune idée précise d'une carrière ou d'une profession et commencèrent à compulser les brochures mises à leur disposition avec l'énergie du désespoir. Ces textes émanaient principalement du Ministère de la Magie et étaient parfois comiques tant ils essayaient de présenter sous un jour attractif les emplois les plus rébarbatifs.

Snape, en tant que chef de la maison des Slytherins, avait moins de suivi à assurer, ce qui lui convenait parfaitement. En effet, Slytherin abritait un nombre de Sang-purs plus élevé que dans n'importe quelle autre maison et nombre d'entre eux allaient tout simplement rentrer dans leurs familles aisées, s'insérer dans la bonne société, se marier et s'atteler à se reproduire (il venait parfois des frissons au Maître des Potions quand il se prenait à imaginer ce à quoi pourraient bien ressembler les rejetons de certains de ses élèves). Seuls les plus désargentés d'entre eux viendraient prendre conseil, ainsi que les Sang-mêlés. Et Alessandro Gabelli. Sa demande de rendez-vous avait surpris Snape, étant donné que Gabelli appartenait à une famille de Sang-purs plutôt nantis et qu'il se trouvait en transfert pour un an.

Assis à son bureau, Snape examinait le jeune Italien qui, il devait l'avouer, arrivait presque à le convaincre qu'il se trouvait tout à fait à son aise dans le bureau du professeur de Potions.

« Monsieur Gabelli. Vous avez des doutes sur votre futur ? »

Alessandro Gabelli dévisagea d'un air alarmé et un brin amusé son chef de maison : Snape arborait un tout petit sourire et un air goguenard.

« Non, professeur. Je voulais simplement avoir votre avis sur la profession que je souhaiterais exercer. »

Un Sang-pur décidé à se salir les mains, décidément, songea le professeur, des miracles pouvaient encore se produire.

« Je voudrais devenir un guérisseur », expliqua Gabelli.

Snape le fixa en fronçant les sourcils.

« C'est une idée qui vous est venue en vous levant ce matin ou bien vous y avez vraiment réfléchi ?

-J'y ai vraiment réfléchi, répondit l'élève d'un ton un peu coupant, en fronçant les sourcils à son tour : en fait, cela fait déjà un bon bout de temps que je pense suivre cette orientation.

-Savez-vous quel est le quotidien d'un guérisseur, monsieur Gabelli ? Snape ne lui laissa pas le temps de continuer : soigner des bobos, changer des draps et des pots de chambre, subir le mépris de patients qui ne font pas la différence entre un Elfe et un guérisseur, être accusé de détériorer l'état d'un patient quand vous savez que vous ne pouvez rien contre sa maladie, voir ce patient mourir, et, occasionnellement, sauver une vie. Voulez-vous vraiment passer votre vie de cette manière, monsieur Gabelli ? »

Alessandro regarda ses mains et déglutit :

« Oui. »

Snape soupira et reprit :

« Expliquez-moi pourquoi vous venez me trouver quand vous avez déjà pris votre décision ? J'ignore comment se fait le recrutement dans votre pays, monsieur Gabelli.

-J'aimerais connaître le niveau requis pour obtenir un apprentissage ici. Je ne suis pas sûr de vouloir être formé en Italie, professeur. »

Snape fixa l'élève devant lui d'un regard perçant :

« Pourquoi ?

-Euh, je crois que… je voudrais demander un second transfert, professeur. »

Snape se leva et s'approcha du jeune homme.

« Quelle... étrange idée, monsieur Gabelli. Snape croisa les bras et appuya le bas de son dos contre son bureau sans cesser de scruter son élève : un transfert est, par définition, provisoire. Vous ne pouvez en obtenir qu'un seul. Si vous souhaitez rester à Poudlard, il vous faudra solliciter une inscription définitive. Les places ne sont pas nombreuses et la sélection est drastique. Snape soupira : encore une fois, je ne vois pas pourquoi vous choisiriez de rester ici quand vous pourriez retourner sous des cieux plus… cléments. »

Alessandro prit son courage à deux mains et demanda :

« Quel est le niveau requis, professeur ? Pensez-vous que j'aie une chance ? »

Tête de mule, avec ça ! pensa Snape qui se retourna pour attraper le dossier d'Alessandro Gabelli.

« C'est une profession qui demande un large éventail de compétences : vous ne pouvez pas vous contenter d'exceller dans un domaine et d'être tout juste passable dans les autres. Les trois matières indispensables sont les Potions, la Botanique et les Sortilèges. Snape examina avec attention les relevés de notes qu'il avait sous les yeux : manifestement vous avez des dispositions dans les trois, mais un E en Potions et en Botanique n'est pas suffisant pour espérer décrocher un apprentissage auprès des meilleurs. Je vous conseille de prendre rendez-vous avec madame Chourave pour qu'elle vous dise comment améliorer vos résultats dans sa matière. Pour les Potions, vous devrez perfectionner votre technique : vos réflexes sont bons, vos connaissances adéquates, admit Snape du bout des lèvres, mais le résultat est souvent décevant en raison de vos négligences. Je vous conseille de ne pas borner votre univers au manuel, mais de commencer à travailler chaque potion et chaque notion vue en cours dans l'ouvrage de Greengrass, Advanced Potions, an Exhaustive Survey. Quel est votre véritable niveau en Défense contre les Forces du mal ? demanda-t-il soudain.

-J'avais toujours de très bonnes notes en Italie, professeur. Notre système de notation est très différent, mais cela équivaudrait à un O, répondit le Slytherin avec un brin de fierté.

-Ne vous contentez pas des cours de Sortilèges de monsieur Flitwick. Puisque vous êtes manifestement doué en Sortilèges et avez de bonnes connaissances en Défense contre les Forces du mal, je vous suggère d'orienter votre travail en direction des sortilèges plus offensifs et de la Magie noire. Voyant la gêne qui s'emparait d'Alessandro, Snape continua d'une voix sombre : regardez-moi, monsieur Gabelli. Vous souhaitez rester à Poudlard et vous êtes un Slytherin : je pense que la situation ne vous a pas échappé. Votre carrière ne se bornera pas à soigner des maladies ou les conséquences de sortilèges ratés. Pour pouvoir soigner quelqu'un atteint par un sortilège relevant de la Magie noire, encore faut-il pouvoir identifier ce sortilège et connaître le moyen de l'annuler ou de le contrer avec efficacité. Je ne veux pas que vous pratiquiez la Magie noire, rassura le professeur : simplement que vous sachiez la reconnaître, vous en prémunir et si besoin est en protéger les autres. »

Snape se tourna brusquement et d'une voix ferme énonça avec force :

« Réfléchissez, monsieur Gabelli. Si vous persistez dans votre choix, veillez à travailler davantage.

-Oui, professeur. »

ooooo

Emilie fixait d'un regard vide le mur en face d'elle, les lèvres bougeant sans émettre le moindre son, récitant une leçon sur les vertus incomparables des Méguiacées.

Ce n'était pas qu'elle fut devenue férue de Botanique après avoir exploité son dégoût de la matière pour surmonter son faible envers Alessandro. Non, certainement pas. Cependant, après avoir passé des heures à apprendre par cœur les propriétés de plantes et de racines, à examiner avec attention les dessins de ses manuels et à rédiger plusieurs dizaines de fiches, elle en était venue à accepter qu'elle avait tout intérêt à continuer sur sa lancée pour pouvoir prétendre à un excellent niveau en Potions. Bien entendu, si son père avait eu la sotte idée de pointer sa « capitulation », Emilie aurait nié en bloc. Snape, qui était après tout un Slytherin, avait donc observé sans rien dire, mais ne s'en était pas moins posé quelques questions.

L'emploi du temps élaboré à Noël avait subi plusieurs transformations. D'abord pris par les cours inutiles dispensés à Potter, puis contraint de faire face aux conséquences désastreuses de l'emploi irraisonné de l'Occlumencie par sa fille, Snape avait exigé qu'Emilie ne travaille que sur l'aspect théorique de la discipline et qu'elle ne pratique, sous sa direction, puis seule, que des exercices de base de relaxation et méditation afin qu'elle puisse calmer ses angoisses et avoir une alternative à l'Occlumencie. Il s'était assuré qu'elle comprenait bien le fonctionnement de l'Occlumencie et de la Legilimencie et comptait débuter un véritable enseignement après les vacances de Pâques, en commençant par tester sa résistance à plusieurs attaques. Tous les dimanches, Snape travaillait avec elle sans relâche les sortilèges d'attaque et de défense, d'abord par des interrogations, puis de petits duels afin qu'Emilie puisse en arriver à réagir sans réfléchir.

En dehors du samedi et du dimanche, le père et la fille se voyaient peu maintenant, même si Emilie descendait en vitesse dans les cachots de temps en temps le soir après-dîner, sous le prétexte de réviser sous le contrôle du Maître des Potions.

Avec le départ de Dumbledore, Snape était de plus en plus forcé de s'éloigner de Poudlard : il fallait garder le contact avec l'Ordre du Phœnix et cela impliquait désormais d'aller Place Grimmaurd pour parler à Lupin qui était le seul à savoir où se trouvait leur chef. Snape avait rarement été aussi frustré. D'une part le Seigneur des Ténèbres élaborait une ou plusieurs opérations d'envergure sans qu'il puisse savoir exactement le détail de ce qui se tramait (le pire était qu'il était sûr de savoir que Dumbledore ne lui avait pas tout confié), d'autre part il lui fallait supporter les piques venimeuses de Sirius Black, coincé dans la maison de ses parents et en train de devenir complètement fou, si ce n'était pas déjà fait depuis longtemps. Ce contact avec un homme qu'il haïssait avait la fâcheuse conséquence de renvoyer virtuellement Severus Snape vingt ans en arrière à chaque rencontre. Les convocations régulières, aussi inutiles que douloureuses, du Seigneur des Ténèbres ne faisaient qu'aggraver la paranoïa et l'énervement de Snape qui ne pouvait donner libre court à sa colère que pendant les cours de Potions où le professeur réussit à atteindre au printemps un nouveau record de tension, d'intransigeance et de sarcasme.

A plusieurs reprises, Emilie avait trouvé un mot de Snape posé sur son bureau, lui enjoignant de travailler et de quitter les cachots avant 21 heures sans l'attendre. Ses tentatives pour savoir où partait Snape n'eurent aucun succès et lorsqu'elle resta un soir à l'attendre jusqu'à 23 heures, elle ne récolta que sa colère. Profondément blessée, elle quitta les cachots en courant, prenant le risque d'être vue par Rusard ou son horrible bestiole, Miss Teigne.

Emilie n'alla pas dans les cachots le lendemain. Heureusement rentrée sans encombre à la tour de Serdaigle, elle n'avait pas réussi à s'endormir, l'esprit agité par un mélange de colère et d'angoisse.

Les relations entre son père et elle restaient précaires, malgré une entente qu'elle était tentée de qualifier de miraculeuse en un si court laps de temps et avec un homme au caractère aussi imprévisible que celui de Snape. Emilie craignait toujours qu'il ne la renvoie chez sa grand-mère au moindre problème. Le plus petit compliment de sa part, la plus légère taquinerie avaient le pouvoir de rendre Emilie plus heureuse qu'elle ne l'aurait cru possible, tandis qu'un froncement de sourcils, une phrase un peu mordante ou un mouvement d'humeur déclenchaient une crise de panique qu'elle était incapable de calmer. Exigeante envers elle-même quand un sujet lui tenait à cœur, Emilie n'arrivait pas à relativiser ses erreurs et ses échecs en Potions tant elle redoutait de décevoir son père une fois de trop et d'être rejetée. Presque dix ans auparavant, elle avait réussi à supporter le départ de sa mère, au prix d'une timidité presque maladive qu'elle cachait de son mieux et qui était en partie responsable de son incapacité à se lier rapidement, mais elle n'était pas prête à envisager sa séparation d'avec son père. Cela ne voulait pas dire pour autant qu'elle accepterait d'être traitée comme une petite fille surprise la main dans le pot de confiture. Dans tout cela, il y avait une bonne dose de naïveté et d'aveuglement, ce qui expliquait des réactions violentes lorsqu'elle était malgré elle mise en face de la réalité et de la véritable personnalité de Snape, comme cela avait été le cas deux jours auparavant.

« 20 heures. Les cachots. » Emilie tourna et retourna le petit morceau de parchemin que lui avait remis Zabini pendant un intercours avec une courtoisie étudiée. L'écriture était sans aucun doute celle de Snape. Le ton aussi, pensa la jeune fille, l'estomac noué. Si son cerveau envisagea un instant, cinq secondes peut-être, d'ignorer la convocation, Emilie se résolut pourtant à devoir subir une longue et certainement pénible explication le soir même et passa le reste de la journée à dérouler dans sa tête les mille conversations fictives que lui suppléaient son imagination.

« Bonsoir. »

Snape se tenait debout face à la porte, muet, les bras croisés, le dos appuyé aux étagères. Rien dans son expression ne laissait deviner son humeur. Emilie s'avança, regarda lâchement à droite et à gauche, et finit par se décider à s'assoir sur une chaise près de la cheminée. Aucun ne prit la parole pendant un long moment, puis Snape se dirigea à son tour vers la cheminée.

« Je crois que nous nous sommes mal compris. »

Emilie soupira. Pas d'excuses. Pas de demande d'excuses de sa part. Juste un contournement de la situation : du Snape tout craché.

« Ces derniers temps ont été… difficiles. Snape enchaîna aussitôt, sans laisser à Emilie le temps d'émettre un son : quand je te demande de faire ou de ne pas faire quelque chose, il y a en général une bonne raison, Emilie.

-Je voulais juste savoir…

-Justement : il y a des choses qu'il vaut mieux ignorer, affirma le Maître des Potions avec fermeté.

-Je voulais juste savoir si tout allait bien ! »

Snape inspira profondément :

« Je t'en sais gré, mais tu dois accepter mes conditions. Je ne peux pas prendre le risque de t'expliquer les choses, et tu en sais déjà trop. Snape leva la main pour ne pas être interrompu : ces secrets ne sont pas seulement les miens, mais ceux de tous ceux qui souhaitent la fin du Seigneur des Ténèbres. Je ne prendrai pas le risque de les exposer, ni de te mettre en danger. Moins tu en sais, moins on peut glaner de renseignements à travers toi. »

Vexée, Emilie reprit la parole :

« Je sais tenir ma langue.

-Là n'est pas la question ! cria presque Snape. Ta sécurité dépend de la capacité que nous avons à convaincre les sympathisants du Seigneur des Ténèbres que tu n'es qu'une adolescente comme les autres et que ton arrivée sur l'échiquier n'a aucune influence sur le cours des évènements. De même que je ne peux pas laisser penser au Seigneur des Ténèbres que tu as la moindre importance à mes yeux, tu ne dois pas paraître en savoir plus que les autres.

-Pour l'instant, j'en sais surtout moins que les autres, marmonna Emilie.

-Et bien tente de prendre cela comme une bénédiction ! Snape respira profondément et s'assit sur le rebord d'une chaise en se forçant à reprendre avec plus de douceur : Emilie, il est essentiel que tu sois préparée, mais le silence est crucial. Personne ne doit imaginer que tu disposes de quelque information que ce soit sur moi, les Mangemorts ou l'Ordre du Phœnix, excepté ce que dit la rumeur publique. »

Emilie soupira en gardant les yeux baissés.

« Emilie, ce n'est pas un jeu. Ne vas pas te lancer dans des associations improbables ou tenter de tirer les vers du nez de certains élèves dont les allégeances te paraissent plus que douteuses. Ne va pas te mettre en avant en prenant des initiatives.

-En gros, il faut que je continue de passer pour la petite Française stupide qui débarque ?

-N'exagère pas. Il te suffit de rester neutre, ou tout au moins aussi neutre que possible pour paraître crédible. Ne parle pas de moi, de nous, même à tes voisines de dortoir, donne l'impression d'être indifférente à tout cela. Dans cette situation, l'ignorance est un atout maître. Quand à la stupidité, ajouta-il d'un ton réprobateur : j'éviterais d'y songer, à ta place. »

Emilie émit un petit rire peu convaincu. Changeant brutalement le cours de la conversation, Snape demanda d'un air détaché :

« Et si nous parlions plutôt de la question de traumatiser ses petits camarades en jetant des sorts sans baguette ? »

ooooo

« Sergeant Pepper's lonely hearts club band !

-It was twenty years ago today ! Sergeant Pepper taught the band to play ! They've been going in and out of style ! But they guaranteed to raise a smile !... »

Sept élèves assis en rond par terre suivaient en guettant, les yeux rivés sur des petits papiers contenant le texte de la chanson, la moindre faute les efforts de Marry Barrymore pour arriver au bout sans se tromper dans les paroles. Sur une table basse étaient posées plusieurs bouteilles de Bière au beurre, ainsi qu'un enviable assortiment de spécialités en provenance directe de Honeyduckes.

« Sergeant Pepper's lonely heeeaaaaaarts cluuuuub baaaaaaaaand ! »

Mary avait fait un sans-faute et eut donc le droit de lancer le dé.

« 2 et 4, 24 ! »

Valentin Cliborn examina la feuille de papier où était soigneusement recopiée une liste de chansons et annonça avec un petit sourire :

« I want your sex ! »

Quelques ricanements et raclements de gorge accueillirent la proposition. Mary n'avait pas l'air contente. Les joues rouges, elle demanda du bout des lèvres :

« Quel est le crétin qui a marqué ça ? Comme elle n'obtenait pas de réponse, elle enchaîna : de toutes façons, elle est nulle cette chanson…

-On s'en moque, rétorqua Valentin : allez Mary, tu chantes ou tu passes ton tour. Comme elle haussait les épaules, il annonça à la cantonade : très bien, on rejoue. La chanson n'a pas été chantée, elle reste donc dans la liste ! »

Tout le monde rit, mais plusieurs élèves se demandèrent quels pièges comptait encore cette liste que personne n'avait contrôlée avant.

Le petit groupe issu des cours de musique de Flitwick, composé en majorité de d'élèves d'ascendance moldue, avait repris ses réunions dans l'ancienne salle commune de Serdaigle.

Une partie des soirées se passait à chanter un répertoire choisi de tubes moldus, tournant généralement autour d'un thème, de groupes à la mode ou plus anciens mais suffisamment connus, les comédies musicales, ou encore la musique de films. Cette dernière catégorie donnait lieu à quelques délires mémorables où, passé le générique dont le thème principal était hurlé plus ou moins faux, chacun y allait de son imitation ou de sa petite récitation de dialogues.

Ce petit club n'était pas le seul abrité par la tour de Serdaigle et le décret d'Ombrage qui avait dissout les anciennes associations avait en réalité été délibérément ignoré par les élèves de toute l'école : il en avait résulté la prolifération d'une multitude de petits groupes, certains se retrouvant à date fixe dans un endroit précis, d'autres au contraire changeant de jour et de lieu de rendez-vous de manière aléatoire à l'image de l'Armée de Dumbledore. La plupart étaient tout à fait innocents et consistaient en groupes de jeu, de musique, de lecture ou d'étude (plus rare, mais il y avait toujours des fous pour vouloir étudier 24 heures sur 24). Quelques groupes étaient transversaux, mêlant des élèves de différents âges et maisons mais la majorité respectaient les distinctions de maisons.

L'Armée de Dumbledore n'existait plus. Officiellement. Pourtant, la découverte de cette organisation centrée autour de Potter et des sortilèges que les membres y avaient appris avaient fait réfléchir un grand nombre d'élèves. Il eut fallu être aveugle et sourd pour croire ce que martelait La Gazette du sorcier numéro après numéro et ce qu'Ombrage voulait faire rentrer dans la tête des jeunes gens à force de décrets idiots et de retenues sadiques. Tous connaissaient ou avaient un ami qui connaissait une famille qui avait subi des intimidations. De même, ceux qui étaient d'ascendance moldue colportaient entre eux des récits de disparitions étranges ou de morts inexpliquées. Dans ce dernier cas pourtant, il entrait une certaine exagération et un goût des histoires effrayantes.

Beaucoup songèrent qu'il serait peut-être sage de copier les Gryffondors et d'étudier par leurs propres moyens les sortilèges de défense et d'attaque. Malgré le ressentiment réel qui existait entre les membres de l'ex-Armée et ceux qui en avaient été écartés, ces derniers allèrent trouver leurs camarades afin d'avoir de l'aide et se mirent à étudier de nuit en petits comités au sein de leurs maisons respectives.

Bientôt, Belinda coinça Emilie un matin dans la salle de bains et lui dit, après avoir ouvert les robinets de tous les lavabos pour décourager les oreilles indiscrètes (une pratique apprise en regardant des films d'espionnage qui manqua de déclencher un fou rire chez son amie), qu'un groupe étude de Défense contre les Forces du mal s'était formé autour de Cho Chang et comportait aussi Ann et Lucrezia. Les membres avaient décidé, après un vote à la majorité, d'y intégrer Emilie. Celle-ci n'eut pas de peine à comprendre qu'elle devait cette invitation à ses voisines de dortoir, en voyant les regards en biais que lui jetèrent les autres lorsqu'elle se présenta à la réunion suivante. Les sorts travaillés servaient avant tout à désarmer un adversaire et faisaient partie de l'éducation de base que Snape avait inculquée à sa fille après Noël. Emilie veilla cependant à ne pas trahir ses compétences et à rester dans la moyenne des élèves. Elle eut soudain l'impression de jouer un rôle et cette sensation ne lui plut absolument pas, mais elle avait besoin de se sentir pleinement intégrée et savait d'autre part que Snape n'apprécierait pas de voir exposés les cours hors-cursus qu'il dispensait.


Note de l'auteur : vous avez sans doute reconnu les interprètes des deux chansons citées. Non ? Sergent Pepper's lonely hearts club band est une chanson des Beatles et I want your sex était chanté par George Michael.

J'en profite pour saluer tous ceux qui suivent cette histoire et remercier GwenSnape pour sa review (et tous les autres, évidemment, mais j'ai pu répondre en privé).