Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 25

Le lendemain, Emilie ne put se défaire d'un sentiment de gêne tout au long de la journée.

Tout avait bien commencé pourtant, et elle s'était réveillée sans difficultés après s'être effondrée sur son lit à dix heures moins le quart et avoir dormi comme un loir. Certes, les quatrièmes années de Serdaigle et Poufsouffle commençaient le vendredi par deux heures de lavage de cerveau obligatoire (les cours de Défense contre les Forces du mal d'Ombrage) dont le simple fait d'y penser eut suffit à assombrir l'humeur de n'importe qui, mais rien ne justifiait cette appréhension qui s'empara d'elle sitôt avalé son petit déjeuner.

Les cours d'Ombrage suivaient désormais une routine à laquelle tous les élèves se conformaient. Elle commençait par rendre les devoirs, distribuait des retenues aux imbéciles qui n'avaient pas encore compris qu'il fallait toujours dire du bien de ce que le Ministère décidait dans son infinie sagesse, puis faisait lire quatre fois de suite un chapitre, dans un silence absolu. Pendant ce temps, elle surveillait le comportement des élèves, punissait les bavardages et en profitait pour fouiller dans leurs affaires à la recherche d'une hypothétique infraction à un décret.

Afin de palier à toute mauvaise surprise, Emilie lisait toujours en vitesse le chapitre qui allait faire l'objet de la leçon avant le petit-déjeuner. Connaissant la teneur du cours, elle pouvait ensuite prudemment observer un peu se qui se passait autour d'elle. Justement, ce jour là, peut-être alertée par les admonitions de Snape la veille au soir, elle remarqua l'attitude insouciante et surtout les grimaces suffisantes de plusieurs élèves lors de l'introduction du sujet d'étude (les Lutins) par Ombrage. Peter Strattford et Gladys Pauley. Belinda. Marcus Delawere. Emilie ne pouvait guère se tourner pour regarder le reste de la classe, mais cela suffit à lui faire froid dans le dos. Trois d'entre eux, Peter, Gladys et Belinda faisaient partie du même groupe qu'elle. Il était fort possible que Marcus appartienne à un groupe similaire chez les Poufsouffles. S'ils éveillaient les soupçons du crapaud, c'en était fait des autres. Emilie se promit d'avertir ses voisines de dortoir : Lucrezia pourrait ensuite de son côté prévenir Peter d'être plus prudent.

Le temps semblait s'écouler plus lentement que jamais et chacun posait les yeux au moins vingt fois par heure sur la grande pendule située au-dessus du bureau du professeur, dont les aiguilles de métal ouvragé finirent tout de même par indiquer 9 heures 45.

ooooo

Emilie avançait lentement dans le couloir, passant devant des groupes d'élèves surexcités, dépassant quelques cinquièmes ou septièmes années studieux, le nez fourré dans un livre ou dans leurs notes. La salle du cours de latin était à l'autre bout du château, au troisième étage, et le quart d'heure d'intercours suffisait tout juste pour arriver à temps, mais le professeur Templum ne se formalisait généralement pas de deux ou trois minutes de retard.

Peu avant les escaliers, elle remarqua deux élèves en train d'échanger des petits paquets carrés enveloppés de papiers vivement colorés : il y avait fort à parier qu'il s'agissait de farces issues des productions Weasley & Weasley, testées ou non. Instinctivement, Emilie regarda discrètement autour d'elle afin de déterminer si un membre de la Brigade inquisitoriale ne se pas trouvait dans les parages et s'il fallait prévenir les deux garçons. Non, la voie était libre et Emilie atteignait le bas des escaliers quand sa vision périphérique enregistra la présence d'une personne immobile sur sa droite. Se crispant légèrement, elle se força à avancer et tourna la tête d'un mouvement sec comme pour rejeter une mèche de cheveux sur le côté. Oui, à quelques mètres à peine, une jeune fille la fixait sans bouger. Emilie identifia, un peu surprise, Hermione Granger. Elle ralentit et croisa son regard avec aplomb un court instant, forçant la Gryffondor à détourner les yeux. A sa grande surprise, Granger se retourna aussitôt et partit d'un pas rapide dans la direction opposée. Interloquée, Emilie accéléra pour attaquer les marches, maudissant intérieurement la localisation de la salle de cours qui la conduisait à cracher ses poumons chaque vendredi matin.

Les cours du professeur Templum étaient la seule occasion pour Emilie et Alessandro de se côtoyer pendant leurs études et ils avaient dès le début choisi de s'assoir ensemble au fond de la salle, même si le niveau assez ardu du cours de sixième année ne leur permettait pas d'échanger un mot. Alessandro était déjà assis lorsqu'Emilie entra en soufflant dans la salle. Il la salua d'un signe de tête amical tandis qu'elle posait son sac : en dehors de la bibliothèque et de leurs excursions solitaires dans les couloirs les plus écartés du château, tous deux veillaient à montrer des rapports cordiaux mais distants. Il fallait maintenir les apparences : un Slytherin ne devait pas, hors liens familiaux, se montrer trop lié avec quelqu'un d'une autre maison et, du point de vue opposé, il était extrêmement mal vu de fréquenter un Slytherin.

ooooo

Se penchant légèrement pour pouvoir parler à Belinda sans être entendue des autres élèves situés à proximité immédiate, Emilie plongea sa cuiller dans son ramequin de mousse au chocolat et engagea la conversation sur le sujet qui lui tenait à cœur depuis la matinée :

« Il faut que tout le monde soit plus vigilant, face à Ombrage.

-Comment ça ? fit Belinda en achevant d'avaler un biscuit.

-Bon sang, je vous regardais ce matin, Peter, Gladys et toi : vous vous moquiez quasi ouvertement d'elle ! chuchota Emilie d'une voix furieuse.

-C'est plutôt elle qui se moque de nous avec ses cours…

-Evidemment ! Mais gardez cette petite plaisanterie pour les moments où vous êtes sûrs d'être seuls ! N'importe qui aurait pu vous dénoncer ! C'est déjà un miracle qu'Ombrage n'ait rien vu », rétorqua Emilie un peu énervée de la nonchalance de son amie.

Lucrezia, assise à la droite de Belinda hocha la tête d'un air pensif.

« Tu as raison, il faut faire plus attention. On ne peut pas savoir avec certitude qu'aucun mouchard ne se trouve parmi nous. »

Emilie soupira, soulagée : au moins l'une de ses amies restait lucide. Ann était assise en face et avait arrêté de manger, sa cuiller plantée dans son dessert, les sourcils froncés.

« Qu'y a-t-il ? »

Ann cligna des yeux et regarda Emilie en reprenant sa cuiller.

« Rien, mais Weasley et Granger auraient pu creuser un trou dans ton dos par la force de leur regard. »

Emilie se retourna lentement et parcourut du regard la table des Gryffondors. Presque en bout de table, Weasley et Granger étaient en effet occupés à la fixer mais détournèrent leur regard, Weasley lâchant avec bruit sa cuiller sur la table, en faisant sursauter au passage ses voisins qui le regardèrent d'un air interrogateur.

ooooo

Abandonnant un instant la lecture de son manuel d'Arithmancie, Alessandro saisit sa baguette négligemment coincée dans la poche arrière de son pantalon et lança un sort de Tempus. Emilie ne devrait plus trop tarder désormais.

Il avait quitté la bibliothèque un peu plus tôt, surpris de ne pas l'y avoir rencontrée et était parti tranquillement à la recherche d'un endroit calme et à l'écart avant de lui donner rendez-vous au quatrième étage, dans un long corridor tendu de tissu damassé d'un ocre jauni et ne comportant plus que la trace de l'emplacement des tableaux qui avaient dû l'orner jadis. Parfois, Alessandro et Emilie se prenaient à rêver de pouvoir faire un plan complet du château, mais si certains éléments paraissaient fixes (les salles de cours, la grande salle, les dortoirs ou l'infirmerie, par exemple) beaucoup d'autres choses paraissaient variables et les escaliers mobiles n'en étaient qu'un tout petit exemple. Emilie disait parfois en plaisantant que cela lui rappelait le Musée du Louvre où on entrait encore par la façade sur la rue Saint-Germain-l'Auxerrois et où on se perdait dans un dédale de salles et d'escaliers tout l'après-midi avant de retrouver la sortie, après avoir parcouru dans le plus grand désordre la peinture classique, les vases grecs, l'Égypte antique et la peinture romantique. Elle soutenait qu'elle n'y avait jamais vu deux fois de suite la même chose, mais tout allait sans doute changer avec l'ouverture de la pyramide en construction.

Alessandro regarda de nouveau l'équation donnée en exemple par le livre : l'Arithmancie lui posait moins de problèmes que pouvait en éprouver son amie, mais il devait tout de même admettre que certaines équations paraissaient parfois singulièrement perverses et il n'éprouvait pas d'affinités particulières avec cette matière. Ce n'était pas la première fois qu'il enviait son voisin de dortoir, Theodore Nott, qui paraissait se mouvoir là-dedans avec l'aisance de quelqu'un béni des dieux. Un bruit de pas résonna au débouché de l'escalier donnant sur le corridor et Emilie fit son apparition dans la lumière blafarde transmise par quelques fenêtres aux carreaux sales. Elle avait dû repasser par la tour de Serdaigle car elle avait ôté son uniforme pour y substituer un jean et gros pull bleu foncé. Plutôt frileuse, elle se plaignait souvent du froid qui régnait à Poudlard et avait dû sentir le besoin d'ajouter à sa tenue une longue écharpe en coton rouge foncé entortillée plusieurs fois autour de son cou.

Alessandro s'éloigna du mur où il s'était appuyé, endossa son sac et s'approcha de son amie.

« Salut ! Désolée, je n'ai pas eu le courage d'aller en bibliothèque après le cours de Flitwick.

-Salut ! Ce n'est pas grave. C'était le cours sur la musique ?

-Oui, Emilie soupira : tu ne peux pas savoir à quel point je regrette de ne pas pouvoir écouter mon walkman ! »

Alessandro hocha la tête. Même s'il ne partageait pas complètement les goûts d'Emilie en matière de musique, il regrettait comme beaucoup d'élèves de ne pas pouvoir écouter ses cassettes ou la radio. Chaque maison disposait bien de postes permettant de capter la Radio indépendante de Transmission magique, mais ils ne diffusaient que des stations « sorcières » et cela ne disait souvent rien aux élèves issus de familles moldues ou ayant été élevés parmi des Moldus comme Alessandro.

« Peut-être qu'on pourrait trouver un moyen, en y pensant vraiment… fit le jeune homme en commençant d'avancer, bientôt suivi par Emilie.

-La question mériterait d'être creusée. Où va-t-on ?

-Hum… la Tour des Elfes ?

-Ça marche ! »

Leur but en tête, tous deux parcoururent le corridor sur toute sa longueur, pour ensuite emprunter un étroit escalier en colimaçon et descendre au premier étage. Sur le palier du troisième niveau, cependant, ils firent une rencontre inattendue : Granger et Weasley appuyés chacun d'un côté du mur, elle les yeux au sol, lui les toisant d'un regard hostile. Surpris, Alessandro et Emilie s'arrêtèrent, les regardèrent, mais n'ouvrirent pas la bouche. Fronçant les sourcils, ils reprirent leur chemin, dévalant les escaliers en courant cette fois, puis tournèrent brutalement à droite, et firent basculer une lourde porte de chêne qu'ils claquèrent derrière eux. Alessandro lança tout de suite un Silencio, suivi par quelques protections appliquées par Emilie sur la porte et destinées à les avertir en cas de tentative d'écoute.

« Qu'est-ce qu'ils faisaient là ?

-Pas la moindre idée, Alessandro ricana : ça fait deux fois que je croise Weasley aujourd'hui. Figures-toi qu'il est venu travailler en bibliothèque -oui, il a pris des livres, même des livres de Potions- tout à l'heure. Je te rassure, il avait dû se perdre car il n'est pas resté longtemps ».

Emilie fronça les sourcils.

« Moi, c'est Granger que j'ai croisée deux fois, et la première fois elle a détalé quand elle a vu que je la regardais. Je trouve ça bizarre, ajouta-t-elle.

-Moi aussi, commenta laconiquement Alessandro en fixant un point devant lui.

-Tu crois que c'est lié à ce qui s'est passé hier ?

-Ce serait bien de Granger, ça : espionner quelqu'un parce qu'elle n'a pas pu mettre les mains sur un bouquin qu'elle convoitait ! rit Alessandro, avant de reprendre plus sérieusement : franchement, ça me paraît très bizarre comme coïncidence, mais s'ils ne peuvent s'y prendre avec plus de discrétion, je doute qu'ils découvrent le pot aux roses. »

Emilie mordilla sa lèvre inférieure et tritura les franges de son écharpe en regardant par terre.

« Comment sont-ils arrivés là ? Je veux dire : il n'y a jamais personne dans cette partie du château et nous n'y allons pas non plus régulièrement. Tu penses qu'ils t'ont suivi ?

-Ça m'étonnerait ! Je les aurais repérés sur le chemin, et en plus il n'y avait pas un chat dans les couloirs aujourd'hui !

-Pareil, je pense que j'aurais remarqué quelque chose depuis la tour de Serdaigle, Emilie ajouta après coup : le charme de Protée ne peut pas être « piraté », non ? »

Alessandro ouvrit grand les yeux avant de répondre :

« Non ! Il faudrait déjà savoir que nous communiquons de cette manière et il aurait fallu altérer le charme directement sur nos pièces. Tordu, même pour Granger, et en plus ils n'ont aucun moyen de nous prendre les pièces.

-Non. Tu sais, les membres de l'Armée de Dumbledore communiquaient aussi par un charme de Protée…

-L'Armée des têtes à claques, tu veux dire ? Bon, bah ça prouve juste que Granger possède bien un cerveau, mais ça on le savait déjà. Non, je ne crois pas au hasard, mais je ne sais pas comment ils nous ont trouvés. »

Emilie se dirigea vers une étroite fenêtre, bientôt rejointe par Alessandro qui s'assit sur un banc placé dans l'embrasure. Elle prit un mot d'excuse de Flitwick dans l'une de ses poches et transforma rapidement le parchemin dans sa forme originale : il s'agissait de la liste compilée la veille.

« Tiens, voici la liste des sortilèges vus par l'Armée des têtes à claques, comme tu dis. Je pense qu'elle est exhaustive. Il y a des choses que j'ai soulignées en rouge car je ne connais pas ces sorts. Si tu les sais, est-ce que tu pourrais me les apprendre ? »

Alessandro acquiesca et parcourut rapidement le parchemin du regard tandis que Emilie poursuivait :

« La mauvaise nouvelle, c'est que mon père m'a surprise avec cette liste… »

Alessandro leva des yeux inquiets vers son amie et gémit intérieurement : pas de doute, il serait prochainement convoqué dans le bureau de son chef de maison…

ooooo

Toujours impeccablement vêtus, leur sac de cuir sur l'épaule, deux cinquièmes années avançaient en discutant du devoir d'Arithmancie à rendre la semaine prochaine au cours de Vector. L'un d'entre eux salua d'un signe de tête un Poufsouffle sans pour autant s'arrêter tandis que son compagnon rajustait sa robe dont le col avait légèrement glissé et desserrait un peu sa cravate verte et blanche tout en enviant les tenues décontractées de la plupart des élèves prêts à partir pour le Pré-au-Lard. Galaad Tosnay et Walter Barrier tournèrent le dos au couloir menant directement à l'entrée principale pour se diriger vers l'aile ouest du château.

Dehors, près du lac, un jeune garçon de douze ans aux yeux bleus graves pour son âge et à la tête couverte par des boucles châtain-blond quitta deux de ses camarades et se dirigea d'un bon pas vers la façade de Poudlard, cherchant des yeux une Slytherin en cinquième année. Il finit par la trouver, assise sur une marche, le menton appuyé sur ses mains. Apercevant son frère, Oriana Blegounovsky se releva et lui fit un petit signe de la main en souriant.

Si l'un des hiboux prenant son envol, une patte lestée par une longue missive envoyée à ses parents par quelque élève mélancolique, avait scruté le château au lieu de fixer ses yeux jaunes dans le lointain vers sa destination, il aurait peut-être remarqué aussi un grand garçon très mince, aux cheveux raides flottant au vent, et avançant tranquillement en direction du château par des chemins détournés, prenant la direction inverse des groupes d'élèves criant et riant, tout excités à la perspective de passer l'après-midi au Pré-au-Lard. Lorsque la grande horloge sonna solennellement 14 heures, Alessandro Gabelli monta sans se presser l'escalier de la tour ouest, un petit rouleau de parchemin à la main. Mais si l'un des hiboux de la volière avait eu quelque espoir de s'envoler vers des cieux radieux, il dut vite se faire une raison car le jeune homme ne monta jamais au troisième étage.

L'atmosphère était tendue, même si aucun des cinq adolescents ne tenait à le laisser paraître.

Vladimir se tenait près de sa sœur, pas trop tout de même pour ne pas sembler chercher sa protection, le dos appuyé au mur de pierre. Oriana était assise sur une caisse abandonnée sur le sol, les jambes croisées couvertes par sa longue jupe de velours marron foncé et les bras croisés sur son pull de laine bordeaux. Galaad et Walter étaient en face, assis sur le rebord de l'une des deux fenêtres étroites dispensant une faible lumière dans ce qui avait dû être à un moment donné un lieu de stockage de graines pour les hiboux. Alessandro était dos à la porte et observait avec attention les quatre Slytherins, la gorge sèche et cherchant bêtement quelque chose à dire.

Galaad lui sauva la mise en levant le menton d'un air interrogateur en direction du jeune garçon et provoquant immédiatement une réaction de sa sœur aînée :

« C'est mon frère ! Tu nous as dit que l'on pouvait amener quelqu'un dont on était absolument sûr.

-Oui, Oriana, répondit Alessandro, mais a-t-il bien compris la nécessité de garder un silence absolu sur cette réunion et sur les suivantes si nous choisissons de poursuivre ?

-Je peux tenir ma langue ! », rétorqua le garçon, vexé.

Après un silence de quelques instants, Alessandro reprit la parole et demanda le nom du frère d'Oriana qu'aucun des cinquièmes années ne connaissait.

« Vlad ! fit-il, choisissant d'emblée un diminutif, manifestement embarrassé de porter un si grand nom.

-Bien. Je suppose qu'Oriana t'a expliqué dans les grandes lignes ce que nous avons envie de faire. Il poursuivit, après avoir noté le hochement de tête de l'élève de deuxième année : il est de la première importance que personne ne se doute de ce que nous tramons. Cela veut dire que vous devrez toujours avoir un bon prétexte pour disparaître deux heures le samedi ou le dimanche. Ne renoncez pas à vos activités habituelles ! Si vous avez une obligation sociale, nous changerons d'horaire. N'écrivez rien qui soit lié à nos rendez-vous ou aux sortilèges que nous verrons ensemble. Au besoin, si on vous questionne sur quelque chose que nous avons appris ensemble, prétendez ne pas savoir. Si vous souhaitez intégrer quelqu'un dans notre cercle, il vous faudra soumettre l'idée à tous les membres et nous aviserons. Ne mettez pas quelqu'un dans la confidence avant que nous ayons tous décidé de l'accepter ! Alessandro se tut, un peu crispé et attendant les réactions des autres.

-Restreignons-nous l'accès aux Slytherins ? » demanda Walter.

Galaad sursauta et lança un regard choqué à son camarade :

« Tu as envie d'inviter un Gryffondor ? »

Alessandro soupira et avança vers le centre de la salle :

« Pour l'instant il vaut mieux se limiter à ce que nous connaissons. Déterminer les sympathies et la loyauté de chaque membre potentiel sera déjà une activité à plein temps… Inutile de vous rappeler que si nous en sommes là, c'est parce que certains ont décidé de nous exclure d'office d'un groupe clandestin de Défense contre les Forces du mal, pensant que nous sommes tous, par définition, de futurs Mangemorts (la remarque provoqua un fort reniflement de dédain d'Oriana) alors qu'au contraire, les Slytherins ne partageant pas les idéologies des suiveurs de vous-savez-qui ont plus que les autres besoin d'assurer leur protection et celle de leur famille. Alessandro marqua une pause avant de poursuivre : ce qui m'amène à une question importante, à savoir la manière dont nous nous assurerons de la loyauté de nos membres. »

La dernière phrase du jeune homme provoqua un silence gêné.

« Comment veux-tu faire ? demanda Galaad.

-Granger avait eu de l'idée… réfléchit Walter à haute voix.

-Avoir CAFARD écrit sur le front est peut-être humiliant, mais cela ne prévient pas la trahison, remarqua Oriana.

-Non, tu as parfaitement raison. Alessandro regarda le sol dallé et poussiéreux avant de continuer, réfléchissant à haute voix : il nous faudrait quelque chose qui empêche de parler de nos réunions. Une sorte de lien qui restreindrait chaque membre…

-Un serment ? demanda Galaad.

-Un serment inviolable ? Tu es fou ! cria presque Oriana.

-Non, bien sûr que non ! contra Alessandro. Il faudrait quelque chose d'équivalent, mais sans la conséquence fatale d'un serment inviolable. Quelque chose comme une Baguette des Serments…

-Une quoi ? fit Walter, les yeux ronds d'étonnement.

-Rien, c'est dans un livre de fantasy moldu…

-C'est quoi, la fantasy ? demanda Vladimir.

-Qu'est-ce que c'est que cette Baguette des Serments ? » demanda Galaad en fronçant les sourcils.

Alessandro reprit la parole en levant les yeux au ciel, un coin de sa bouche relevé et les mains tendues paumes vers le plafond, comme pour s'excuser de ses références à un type de littérature moldue qu'il était sûr de voir raillé des autres.

« Bon, c'est une histoire qui se passe dans un monde imaginaire, mais avec de la magie. Mais ça n'a rien à voir avec la vraie magie. Bon, bref, continua-t-il en voyant les mines dubitatives des quatre autres : dans cette histoire, les magiciennes prêtent serment sur une Baguette des Serments à la fin de leur apprentissage et font trois serments, dont celui de ne pas mentir. Si elles essayent de mentir, aucun mot ne sort de leur bouche.

-Je vois ! s'écria Oriana très enthousiaste.

-Tu connais un sortilège… avança Walter, plein d'espoir.

-Non, justement ! Mais on peut se mettre à chercher tous les cinq cette semaine. On pourrait peut-être essayer de combiner des sorts… il vaut mieux ne rien commencer avant d'avoir résolu ce problème.

-Oui, tu as raison », approuva Galaad, un peu dubitatif quant à cette nouvelle entreprise.

Tous les cinq commencèrent à échanger des pistes possibles pour trouver un sortilège qui puisse assurer la sécurité de leur groupe et convinrent de se retrouver la semaine suivante, mais à 16 heures.

« Sinon, par quoi commencerons-nous ? demanda Walter.

-J'ai relu le recueil qui circule à Slytherin. Théoriquement nous sommes censés pouvoir lancer tous ces sorts, mais cela ne nous fera pas de mal de réviser, ne serait-ce que pour Vlad, fit Alessandro en souriant au plus jeune de la troupe. A part cela, j'ai mis la main sur le programme étudié par les Gryffondors avant leur découverte par Ombrage. Ses complices échangèrent des regards inquisiteurs, spéculant clairement sur la « source » de l'Italien. Alessandro continua d'une voix ferme, défiant quiconque d'opposer la moindre remarque : j'ai aussi l'intention d'étudier de près des sortilèges permettant de contrer des sorts de Magie noire ».

Une telle remarque, qui aurait éveillé des soupçons et provoqué un tollé chez la plupart des autres élèves de Poudlard, ne suscita que de graves hochements de tête de la part des autres Slytherins.


Note de l'auteur : la Baguette des Serments, c'est évidemment l'Oath Rod de Jordan dans The Wheel of Time.