Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 26

La semaine suivante, Emilie dupliqua chapitre par chapitre au moyen d'un vulgaire sortilège de copie le livre de sortilèges donné par Snape à Noël.

Elle en avait travaillé un peu plus de la moitié sous la direction de son père, au cours de séances souvent épuisantes les dimanches après-midi dans les cachots. Snape la testait semaine après semaine sur les sorts qu'elle était sensée maîtriser parfaitement et être capable d'exécuter silencieusement.

Lui-même était un excellent duelliste et, s'il adaptait son niveau à celui de sa fille, il ne laissait pas pour autant passer la moindre faute et profitait de chaque hésitation pour lui envoyer un maléfice de picottis qui avait pour résultat de laisser Emilie pleine de courbatures à la fin de la journée. Cet entrainement rigoureux avait aussi pour conséquence de forcer la jeune fille à dissimuler de plus en plus ses facultés lors des rencontres du groupe clandestin de Défense contre les Forces du mal qu'elle avait intégré. Ce contrôle perpétuel était fatiguant et elle regrettait chaque jour davantage l'insouciance qu'elle avait pu avoir encore un an auparavant.

A Poudlard, chacun semblait se méfier de l'autre et cela ne datait malheureusement pas de l'arrivée d'Ombrage mais était lié avant tout à la division en quatre maisons et au rejet en bloc des Slytherins par les autres élèves. L'action de la nouvelle directrice n'avait fait que creuser l'abîme qui séparait les élèves et accentuer les divisions. Les matchs de Quidditch même, n'avaient plus le pouvoir d'entrainer les élèves dans de folles réjouissances. Les premières années imitaient leurs aînés et sortaient en groupes, surveillant leurs arrières.

Cependant, si la situation générale inquiétait Emilie, une autre préoccupation à caractère bien plus personnel la rongeait. Malgré sa présence régulière dans les appartements de Snape, elle avait l'impression d'être aussi étrangère à son père qu'elle l'avait été lorsqu'elle avait appris la vérité il y avait plusieurs mois de cela. Non, pire : il lui semblait qu'ils s'étaient éloignés l'un de l'autre après avoir été presque proches à Noël et au début de l'année. Mentalement, elle appelait Snape… Snape, mais elle l'interpellait rarement lorsqu'ils étaient ensemble et « papa » ou même « père » semblait maintenant hors de sa portée. Etait-il aussi embarrassé du tour impersonnel qu'avaient pris leurs relations ? Emilie savait déchiffrer ses expressions et ses attitudes sans peine désormais, mais elle aurait été incapable de dire s'il était satisfait des choses ou s'il regrettait lui aussi ce statu quo. Le silence complet de son père sur ses activités et sa vie même, sa pudeur, avaient pour résultat de laisser Emilie comme sur le seuil d'une pièce sans jamais pouvoir y entrer, avec une connaissance superficielle des choses, mais sans réelle compréhension ou empathie. Et il y avait le délicat problème de sa « faute » sur laquelle Emilie préférait fermer les yeux hermétiquement. En contrepartie, elle devait admettre qu'elle avait appris énormément de choses et surtout examiné ce qu'elle croyait déjà acquis dans les Potions avec un regard plus critique et plus exigeant mais la confiance qu'elle avait accordé sans discuter et l'espoir qu'elle avait placé dans l'apparition de son père dans sa vie ne pouvaient se satisfaire d'échanges réduits à ceux d'un maître et de son élève.

Les seuls moments où Snape paraissait abaisser sa garde étaient justement lors des cours supplémentaires de Potions du samedi soir où il semblait prendre un malin plaisir à manier en virtuose les sarcasmes et attendait avec patience qu'elle finisse par rire tout haut, adoptant alors un air particulièrement satisfait. De même, il tolérait avec une assez bonne grâce les timides plaisanteries qu'Emilie risquait à son sujet et avait même ri de bon cœur lorsqu'au mug blanc décoré de petites chauves-souris virevoltant en tous sens comme des attrapeurs autour du vif d'or, sa fille ajouta une théière et une petite cuiller assorties. La détente fut toutefois de courte durée et il observa qu'elle devrait veiller à les ranger soigneusement dans sa chambre car il n'avait pas l'intention de perdre sa réputation si par aventure Dumbledore voyait cela dans son salon. Ces moments de détente et d'amusement partagés étaient vécus avec la même intensité et remémorés avec le même plaisir par le père et la fille.

Elle continuait de croiser Granger régulièrement dans les lieux les plus incongrus et sut par Alessandro, avec qui elle échangea quelques mots à la bibliothèque, qu'il ne cessait de trouver Weasley sur son chemin.

Ils en étaient sûrs à présent, les deux Gryffondors les observaient de près et avaient le moyen de les trouver, où qu'ils se trouvent. Ce dernier fait les agaçait au plus haut point et ils avaient chacun de leur côté passé toutes leurs affaires au peigne fin à la recherche d'un hypothétique sortilège de localisation, mais sans résultat.

Potter de son côté paraissait littéralement hanté, dévoré de l'intérieur, se trainant dans les couloirs comme s'il ne dormait pas, des cernes noirs sous des yeux qui brillaient d'une lueur fiévreuse. Même les élèves des autres années, ceux qui ne partageaient pas la même classe ni la même maison, s'étaient rendus compte de ce changement. Alessandro, jamais à court de comparaisons cinématographiques, traitait la chose avec dérision, trouvant que Potter en faisait trop avec son air de zombie : « vous allez voir qu'il va vomir de la purée verte la prochaine fois » avait-il chuchoté d'un air goguenard. Assis à côté de lui en Potions, Nott n'avait pas tout compris, mais avait bien ri quand même. Peter Strattford observa un jour qu'il faisait presque peur avec « ses yeux de malade ». Emilie préféra garder le silence, ayant depuis longtemps remarqué à quel point Snape semblait détester le Gryffondor, mais elle se demanda si ce que son père lui avait dit sous le sceau du secret après les vacances de Pâques pouvait expliquer l'allure presque effrayante du jeune homme. Voldemort avait-il vraiment accès à son esprit ? Pouvait-il lui envoyer des pensées, des visions ? Une telle pensée suffisait à la faire frissonner : elle connaissait à présent suffisamment les principes de la Legilimencie pour réaliser ce que pouvait signifier l'horreur d'avoir un être hostile capable d'envahir son esprit.

ooooo

Ce jour là, Alessandro avait attendu 17 heures pour se diriger vers les serres, délaissant pour une fois la bibliothèque.

Il avait reçu les corrections de trois examens blancs et était globalement satisfait du résultat : O en Potions et Sortilèges, E en Runes et il savait, ayant croisé Sinistra dans les couloirs, qu'il devait s'attendre à un E en Astronomie aussi. Satisfaisant, mais pas assez s'il voulait être parmi les premiers et avoir les meilleures chances d'un apprentissage et surtout s'il voulait dans un futur immédiat briguer une inscription définitive à Poudlard. Il allait donc potasser de nouveau l'Astronomie et décida qu'il réviserait les Runes avec Emilie. De cette façon, tous deux récolteraient les bénéfices d'un tel arrangement : Emilie travaillerait quelque chose d'un peu plus dur que ce qu'elle faisait cette année et préparerait ainsi sa cinquième année, et lui pourrait avoir un « répétiteur ». Il était sûr de pouvoir décrocher un O en Runes en travaillant encore un petit peu plus.

Tout en réajustant l'une des sangles de son sac, il en profita pour échanger quelques mots avec Blaise Zabini. Parmi les Slytherins de son année, Zabini était l'un des rares à réussir à garder une certaine neutralité, sans pour autant être méprisé par les fanatiques comme Malefoy, Crabbe et Goyle, sans oublier Nott qui paraissait suivre le mouvement à sa manière un peu indolente, un statut qu'il devait autant à son habileté qu'à ses puissantes connexions familiales. Alessandro se méfiait cependant et veillait à ne jamais laisser transparaître ses véritables sentiments devant lui : neutralité ne voulait pas dire silence absolu sur les dires de ses camarades…

Les grandes verrières des serres étaient sur sa droite et Alessandro reprit son chemin, choisissant la serre principale. Il avait toujours eu de bonnes notes en Botanique, mais cette fois-ci il briguait un O : il ne voulait rien laisser au hasard et sentait qu'il avait encore besoin d'approfondir le programme. Chourave avait laissé la possibilité aux élèves de cinquième et septième année de venir travailler directement devant les plantes pourvu qu'ils prennent rendez-vous, mais elle les avait assurés que le privilège serait révoqué à la moindre négligence ou dégradation. Parvenu devant la porte principale, le jeune homme sortit sa baguette de la poche de sa robe, murmura le mot de passe suivi d'un Alohomora et referma le ventail métallique derrière lui.

Les serres, dans leur état actuel, avaient sans doute dû être établies dans la seconde moitié du XIXe siècle, et se présentaient comme de vastes halles de verre et d'acier, le métal peint en vert clair dessinant d'élégantes volutes à la croisée des poutres soutenant le toit et des montants des parois. Le sol de terre couvert de graviers était divisé en rectangles cernés de minces chemins permettant de tourner autour des parcelles. Sur les longs côtés se trouvaient de longues tables de bois soutenant de nombreux pots de terre cuite de différentes tailles dans lesquels se trouvaient des plantes plus petites et supportant l'empotement. Des petits bâtons étaient fichés dans la terre devant chaque parcelle et portaient de petites tablettes de bois sur lesquelles étaient inscrits le nom de l'espèce, la variété et le degré de maturité de la plante.

L'ensemble ne différait guère, au premier abord, de n'importe quelle serre moldue. La nature d'une bonne partie des plantes qui s'y trouvaient, en revanche, aurait fait fuir un jardinier moldu. Il régnait dans ces lieux une atmosphère irréelle, presque en dehors du temps, déterminée par l'architecture, mais aussi par la lumière, un peu tamisée par la densité de la végétation et les mousses qui s'accrochaient aux dalles de verre, prenant ainsi une tonalité un peu verdâtre. Il y faisait généralement frais, un peu humide et une forte odeur d'humus s'exhalait des dizaines de parcelles abritées par la serre principale.

Malgré l'imminence des examens, les lieux étaient quasi déserts car la plupart des élèves estimaient les cours pratiques suffisants et préféraient réviser dans la douce chaleur et le confort de la bibliothèque. Alessandro se dirigea vers le fond de la serre, localisa les Botobulbes et posa son sac à la recherche de ses fiches. Le jeune homme commença par réciter mentalement tout ce qu'il savait sur l'espèce en général et cette variété en particulier, puis il regarda ses fiches pour vérification et entreprit ensuite d'examiner avec attention la plante. Une bonne observation lui permettrait de graver des détails dans sa mémoire, détails qui feraient suite la différence entre une copie sentant la révision livresque et celle où on devinerait que l'élève avait effectivement regardé et manipulé la plante vivante. Il tourna autour de la parcelle, grava dans sa mémoire l'aspect des larges fleurs rose pâle aux longs pistils dorés et se pencha pour voir les feuilles situées juste sous la corolle fleurie qui, séchées au soleil d'été et finement broyées, pourraient être utilisées dans plusieurs potions.

Il eut soudain le sentiment d'être observé et se redressa rapidement, le mouvement délogeant son sac accroché de façon précaire à une épaule et qui tomba par terre avec un bruit sourd amorti par le gravier. Derrière lui, à proximité des glapobacées, se tenait un grand garçon à la silhouette dégingandée d'adolescent grandi trop vite, la tête couverte de cheveux bruns soigneusement peignés avec une raie sur le côté, les yeux marrons écarquillés avec une expression inquiète et fixés sur Gabelli.

Alessandro s'assura que rien n'était tombé de son sac et inclina la tête :

« Londubat.

-G-Gabelli, répondit Neville Londubat qui continua de scruter le Slytherin d'un air un peu méfiant.

-Je suis en train de réviser pour les BUSEs, expliqua Alessandro, étendant les bras et esquissant un léger sourire. Bravo, pensa-t-il, belle introduction, n'importe qui aurait pu deviner ce que tu faisais ici.

-M-moi aussi. »

Un silence gêné s'installa, les deux garçons jetant un œil nerveux sur le côté de temps à autre, tentant de déterminer s'il ne valait pas mieux retourner à leurs activités respectives.

« Je viens plusieurs fois par semaine », dit tout d'un coup Neville, presque étonné de sa témérité.

Alessandro leva les yeux vers le Gryffondor et lut la timidité mêlée d'appréhension qui envahissait le visage de Londubat. Il savait que les Slytherins étaient sans pitié pour celui qu'ils ne considéraient souvent guère mieux qu'un Cracmol et, comme tout le monde, il avait souvent rit des catastrophes qui survenaient pendant les cours de Potions dues à la maladresse légendaire de Londubat, renforcée par une sainte terreur du professeur de Potions. Cette fois cependant, il déplora que les moqueries méchantes de ses camarades aient produit cette défiance perpétuelle.

« Oui ? J'ai remarqué que tu étais vraiment doué en Botanique », dit Alessandro n'exprimant que la stricte vérité. Londubat était peut-être irrécupérable en Potions et peu doué en Sortilèges et Métamorphose, mais il était absolument brillant en Botanique, c'était incontestable.

Londubat regarda soudain le Slytherin comme s'il s'agissait d'une créature étrange. Un Slytherin faisant un compliment à un Gryffondor, oui, effectivement, la terre risquait de s'arrêter de tourner, pensa Alessandro, embarrassé.

« T-tu révises les leçons sur les Botobulbes ? Il faudrait aussi que tu regardes peut-être les Glominées, dans le dernier carré à gauche, reprit-il sans attendre : c'est un peu hors cursus, mais il s'agit de variétés proches aux propriétés légèrement différentes. Pour des comparaisons cela peut-être utile. »

Alessandro tourna la tête dans la direction indiquée et remercia Londubat qui commença à se détendre un peu.

« En fait, je pensais faire méthodiquement les Botobulbes, puis les Glapobacées, fit Alessandro en désignant le carré près duquel se trouvait Neville.

-Oui, il vaut mieux aller au fond des choses, mais pense aux variétés un peu éloignées. Cela te permettra d'étoffer un peu tes comparaisons et ça peut donner des idées.

-Merci, je vais suivre ton conseil : il faut absolument que j'obtienne un O.

-Tu te débrouilles bien pourtant, d'habitude », remarqua Neville.

Alessandro soupira et laissa poindre son anxiété :

« En général j'ai des E, mais ce n'est pas suffisant, expliqua-t-il. Je voudrais être un guérisseur et la Botanique est indispensable. »

Neville ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes :

« Tu es sérieux ? Je veux dire qu'il y a peu de gens qui veulent vraiment choisir cette carrière, enchaîna-t-il devant l'air subitement agacé de Alessandro, fâché d'entendre tout le monde douter de sa détermination.

-Oui, je suis très sérieux. Snape m'a dit que je devais absolument avoir des O en Botanique, Potions et Sortilèges. J'ai réussi à améliorer les Potions, dit-il, déclenchant un profond soupir en provenance du Gryffondor, et les Sortilèges ne me posent pas de problèmes. La Botanique en revanche…

-Sur quels livres travailles-tu d'ordinaire ?

-Le manuel de cinquième année, l'Herbologia Latina de Gregorius Andegavensis et divers livres pour des points particuliers.

-Normalement, cela devrait marcher, réfléchit à haute voix Londubat, les sourcils froncés. A mon avis il faut que tu passes du temps devant les plantes elles-mêmes, tu dois pouvoir améliorer tes notes en accentuant le côté « pratique ».

Neville commença à dresser le plan de révision qu'il pensait nécessaire au Slytherin qui écouta attentivement et nota les noms de plusieurs variétés de plantes à étudier pour enrichir ses connaissances. Le Gryffondor paraissait métamorphosé et discourait avec aplomb des plantes en général et de la serre où ils se trouvaient en particulier. Alessandro lui posa plusieurs questions auxquelles Londubat lui répondit sans grande hésitation. Nul en Potions, mais brillantissime en Botanique, pensa, admiratif, Alessandro.

Au bout d'un assez long moment, tous deux se rendirent compte que la lumière baissait peu à peu et qu'il devait être temps d'aller manger. Alessandro rangea ses affaires et tendit sa main vers Neville qui la fixa un instant, comme pétrifié.

« Une main tendue ici, en privé, pourra peut-être remplacer des saluts en public, dit Alessandro un peu gêné avant d'ajouter : merci, j'ai beaucoup appris. »

Londubat leva les yeux, déglutit et saisit la main tendue :

« Si tu as encore besoin d'aide en Botanique, n'hésite pas. »

Alessandro inclina la tête et quitta la serre, encore stupéfait par son initiative, suivi quelques minutes plus tard par un Neville Londubat encore sous le choc.

ooooo

Alessandro passait désormais plus de temps dans la bibliothèque que partout ailleurs, y restant presque chaque jour jusqu'à la fermeture et prenant le risque d'encourir le déplaisir de madame Pince qui houspillait sans ménagement les élèves de cinquième et septième année encore en train d'étudier.

Les BUSEs auraient lieu dans un peu plus d'une semaine et les cours avaient été remplacés par des séances d'étude, de révision et d'examens blancs qui accentuaient, si cela était encore possible, la nervosité des impétrants. Oriana, Galaad, Walter et Vladimir cherchaient encore activement, entre deux relectures de fiches pour les cinquièmes années, le moyen de s'assurer de l'absolue discrétion des futurs membres de leur cercle mais il semblait qu'aucun livre de sortilèges ou de charmes ne comportât de réponse satisfaisante et Alessandro envisageait de plus en plus sérieusement de s'introduire dans la section interdite.

Fermant son manuel d'Arithmancie en soupirant, tentant d'empêcher la migraine de prendre racine en se frottant le front, Alessandro étira des bras et sortit de son sac ses notes de Botanique. Les parchemins étaient réunis par une reliure à spirales posée pendant les vacances et qui avait provoqué la curiosité de plusieurs des membres de sa maison et le dédain de nombreux Sang-purs désapprouvant le recours à des moyens moldus. Un paquet rigide entouré d'un ruban contenait ses aide-mémoires rédigés méthodiquement sur des fiches bristol quadrillées et parfois agrémentés de dessins, mais Alessandro ne se faisait aucune illusion sur ses talents artistiques : il devait sans doute être le seul à pouvoir identifier les plantes gribouillées avec ses crayons de couleurs…

Le jeune homme localisa son manuel sous la pile de livres à gauche de sa table et entreprit de trouver son exemplaire de l'Herbologia latina. Un premier survol des livres empilés et éparpillés autour de lui ne donna rien, mais il recommença patiemment en regardant chaque reliure. L'ouvrage lui échappait toujours. Alessandro fit alors l'effort de lire tous les titres, même quand il était sûr de reconnaître chaque tome, puis il prit son sac et regarda dedans mais sa légèreté indiquait déjà l'absence de l'épais volume. Rien par terre non plus. Agacé, le jeune homme regarda de nouveau les livres en face de lui : il était sûr d'avoir sorti l'Herbologia avec ses autres manuels en arrivant à 16 heures. Rien. Il n'avait tout de même pas commis l'erreur de le replacer dans les rayonnages de la bibliothèque ? Il écarta d'emblée cette possibilité car il n'avait encore rangé aucun livre et le dragon allait sans doute lui en faire voir de toutes les couleurs à la fermeture, dans moins d'une heure. Il n'avait porté aucun livre hors de la section des Potions où il étudiait et, quand il s'était levé quelques minutes auparavant pour aller aux toilettes, il n'avait pris que son sac et avait même failli foncer dans Weasley qui regardait les étagères d'un air perdu comme s'il découvrait la bibliothèque pour la première fois. Cela n'aurait pas étonné Alessandro plus que ça…

Weasley ! Le jeune homme se leva brusquement, endossa son sac et parcourut nerveusement chaque section : Weasley n'était pas là, mais Granger non plus et ça, c'était inédit. Il n'avait plus aucun doute : Granger avait remarqué l'échange entre Emilie et lui autour de l'Herbologia latina deux semaines auparavant et avait déjà tenté de lui prendre son livre.

Alessandro sortit comme une furie de la bibliothèque et descendit les escaliers quatre à quatre. S'il avait un peu de chance, il trouverait Weasley et Granger avant qu'ils n'aient le temps d'aller trop loin. La logique voulait qu'ils se dirigent vers la tour de Gryffondor. Aucun Slytherin ne commettrait l'erreur d'être aussi évident, mais un Gryffondor allait toujours au plus simple.

Alessandro était arrivé au rez-de-chaussée et avançait à grands pas en regardant avec attention autour de lui, cherchant des yeux une tête rousse ou une masse de cheveux bouclés. Soudain il les vit, alors qu'ils approchaient des grands escaliers près de la grande salle. Alessandro se mit à courir, bousculant plusieurs élèves qui évitèrent cependant de faire des remarques en avisant les couleurs de son uniforme. Arrivé derrière eux, le jeune homme allongea les bras, leur saisit chacun une épaule et les tira violemment en arrière. Aucun n'eut le temps d'émettre un son avant qu'Alessandro ne prenne la parole à mi-voix, sans les lâcher :

« Je vous conseille de ne pas faire d'esclandre. Après tout, le règlement reproduit dans Hogwarts, a History stipule bien qu'il est interdit de voler. »

Granger avait l'air malade et Weasley était rouge de colère. Alessandro continua, les mâchoires serrées :

« Nous allons tous les trois nous diriger bien sagement vers la cour intérieure. Si jamais vous vous sentiez d'humeur vagabonde, vous pouvez être sûrs que j'irais sans la moindre hésitation trouver Snape et McGonagall. »

Tous les trois firent demi-tour, Weasley et Granger suivis d'Alessandro, passèrent l'entrée de la grande salle, prirent un couloir sur le côté puis finirent par déboucher sur une cour intérieure déserte à cette heure. Arrivés au centre, les deux Gryffondors se retournèrent tandis qu'Alessandro tendait la main droite :

« Mon livre. »

Granger esquissa un geste vers sa sacoche, mais Weasley l'interrompit.

« Mon livre. Après un silence, Alessandro reprit, le visage impassible : la page de garde comporte mon nom et les armes de la famille Gabelli. Si on vous trouve avec, vous n'aurez aucun moyen de récuser l'accusation de vol. »

Granger ouvrit son sac sur le champ et en sortit le livre, le tendant au Slytherin comme s'il lui avait brûlé les doigts.

« Nous pensions que c'était un livre de la bibliothèque.

-Ben voyons, railla Alessandro : parce qu'il vaut mieux voler les livres de la bibliothèque ? Je pense que Pince serait d'un avis différent. Granger, n'essaye pas de mentir, tu n'as pas été placée chez les Gryffondors sans une bonne raison… »

Hermione Granger, très pâle, ne trouvait rien à dire pour une fois et Weasley, qui essayait visiblement de maîtriser sa colère, préféra rester muet.

« J'aimerais savoir ce que vous vouliez faire avec l'Herbologia latina de Gregorius Andegavensis, fit Alessandro d'un ton moqueur. Weasley, je doute que tu saches assez de latin pour le lire et Granger, je suis sûr que tu peux trouver des moyens plus avouables de mettre la main sur un exemplaire sans essayer de voler le mien. Alors ? Non, rien à dire ? Faut-il aller voir McGonagall, finalement ? Alessandro pressa : et pourquoi me suivez-vous, ainsi qu'Emilie Snape, depuis deux semaines ?

-Nous ne…

-Allons, Granger ! Je t'ai dit que tu ne savais pas mentir : ce n'est pas en cinq minutes que tu apprendras ! », rétorqua le Slytherin d'un ton sec.

Un silence embarrassé plana sur la scène, finalement rompu lorsque Weasley, qui ne pouvait apparemment plus contenir sa colère, explosa :

« On sait très bien que vous mijotez quelque chose tous les deux !

-Ah oui ? fit Alessandro avec dédain : évidemment, étudier dans une bibliothèque doit forcément paraître suspect à tes yeux.

-Vous cachiez quelque chose dans ce livre, finit par dire Granger qui venait de recouvrer la parole.

-Vraiment ? Figure-toi que j'utilise ce livre, mon livre, si je puis me permettre, régulièrement et que je l'avais prêté à Emilie Snape.

-Pourquoi me l'avoir arraché des mains, alors ?

-Parce que, énonça Alessandro avec lenteur, comme s'il parlait à un enfant attardé : parce que la moindre des politesses est de demander la permission avant de saisir la possession d'autrui, qui plus est en la lui prenant des mains. C'est une base de l'éducation, je suis navré d'avoir à te l'apprendre. »

Granger inspira profondément et contra :

« Je sais que vous cachez quelque chose. »

Il fallait lui reconnaître du courage et de la détermination, songea Alessandro avant de demander, sans la quitter des yeux :

« Et quoi ? »

Aucun ne répondit, Granger détourna les yeux et Weasley continua de fixer un point loin derrière la tête du Slytherin qui, à bout de patience, allait quitter les lieux en leur intimant de cesser de le suivre à l'avenir, ainsi qu'Emilie, lorsque Weasley recouvra la voix :

« Vous passez votre temps à discuter à part. Chacun sait qu'elle est quasiment une Slytherin et qu'elle connaît pas mal de Potions et de sorts douteux : c'est la fille de Snape, bon sang ! »

Alessandro réagit immédiatement, rouge de colère :

« Vous me dégoûtez ! Tu t'es comporté envers elle avec la dernière des grossièretés ! Quelqu'un a-t-il déjà attaqué tes parents devant toi ? Non, je ne pense pas : voyons, qui s'en prendrait à une honnête famille dont la progéniture a réussi avec une belle constance à hanter les dortoirs de la tour des Gryffondors ! En revanche, dénigrer la famille d'une élève en échange scolaire sans que quiconque ne prenne sa défense parce que c'est la fille de la chauve-souris des cachots, c'est bien ! Alessandro nota au passage que Granger avait baissé la tête et continua, la voix rauque à force de maintenir un chuchotement quand il avait envie de crier : je passe aussi sur vos attaques perpétuelles contre les Slytherins. C'est normal, ce sont tous des Mangemorts, n'est-ce pas? Ah non, tiens ! Alessandro avait relevé la manche de sa robe et déboutonnait son poignet de chemise pour exposer son bras gauche aux deux autres élèves. Satisfaits ? »

Le visage de Ron Weasley virait progressivement du rouge au blanc, tandis que Granger était clairement rongée par la culpabilité. Typique : faites confiance à un Gryffondor pour éprouver des remords après coup. Alessandro reprit la parole plus calmement, l'amertume pointant dans sa voix :

« Votre Armée a été la pire chose que vous ayez pu faire. En excluant la plus grande partie de l'école et tous les Slytherins vous avez créé une division que rien ne pourra effacer. Pensez-vous qu'il n'y ait que les amis de Potter qui aient besoin de savoir se défendre ? Que faites vous des élèves issus de familles moldues, des Sang-mêlés et même des Sang-purs qui aimeraient trouver le moyen de contrer ce que leur famille leur réserve peut-être ? Le problème est que vous êtes incapables de surmonter vos préjugés. »

Avant de partir le jeune homme ajouta :

« N'essayez plus de nous suivre. Je doute de toutes façons que l'analyse détaillée d'un film ou d'un livre moldu aient le moindre intérêt à vos yeux, alors si vous ne voulez pas perdre votre temps, laissez tomber. »

Alessandro quitta la cour son livre sous le bras et se mit à courir en réalisant que la bibliothèque fermait dans moins de dix minutes. Ron Weasley et Hermione Granger restèrent dans la cour, assis sur un banc, silencieux.